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dimanche 19 mai 2013

La place de la science dans les débats

Le Monde vient de publier une tribune à propos du débat sur les "races" dans laquelle je me retrouve complètement (ou presque). On y parle de la science et de son instrumentalisation dans les débats politiques et sociaux.

Les auteurs partent du principe qu'il existe, au sein de la "race" humaine des sous-ensembles distincts, notamment génétiques. Quand on réalise le séquençage du génome d'une personne, on sait d'où viennent ses ancêtres. C'est quelque chose de normal, qui se retrouve aussi dans le monde animal, où il existe des "sous-espèces" auxquelles on donne des noms compliqués en latin, afin de les différencier. Dans certains cas, les différences sont très visibles, dans d'autres nettement moins, avec des débats scientifiques pour déterminer les frontières entre sous-espèces, voire déterminer leur existence. Tout ces débats ne sortent pas du milieu des scientifiques concernés, et ça n'a pas lieu d'être.

Les choses se compliquent singulièrement quand il s'agit de l'homme. Les auteurs du texte rappellent qu'à la base, l'homme est un animal, et il a beau essayer, il n'arrive pas à se soustraire aux lois de la nature. On peut se voiler la face autant qu'on peut, se prétendre supérieur et à part du monde animal, on reste biologiquement régit par les mêmes règles. Il n'y a donc pas de raisons, scientifiquement, pour qu'il y ait des sous-espèces chez les animaux et pas chez l'homme.

On arrive alors sur un terrain très glissant... Mais on sort de la science pour entrer dans la politique. La science constate des faits, mais c'est la politique qui les interprètent ! Sur cette question de l'interprétation et du sens qu'il faut donner aux différenciations entre sous-groupes humains, le passif est très lourd, et le sujet continue d'être très hautement polémique. D'où des réactions violentes à cet article. Débattre sereinement sur un tel sujet est quasiment impossible, tellement il est hystérisé. C'est dommage, car on se prive ainsi de possibilités d'apaisement, par l'élaboration de positions claires et pouvant faire consensus.

Dès que l'on aborde cette question de la différence entre hommes, on tombe sur un débat qui remonte au moins au néolithique, celui de la conscience pour l'être humain de son individualité et de son insertion dans un groupe. Pour simplifier, c'est la question du "moi, nous, eux" qui permet à chacun d'élaborer des cercles concentriques autour de sa propre personne, et de séparer notamment les amis des ennemis. Nécessairement, les différences physiologiques visibles sont un, sinon le critère premier de différenciation, celui qui permet de classer dans "nous" ou "eux". S'ajoute à cette différence physiologique des différences culturelles, qui parfois, se recoupent avec les différences physiologiques, ce qui renforce encore la coupure. S'il est noir et qu'il fait les choses d'une certaine manière, quand moi je suis jaune et que je fais les choses autrement, c'est clair que nous ne sommes pas dans la même communauté. Quand on regarde ce qui se passe aujourd'hui, cette manière de voir les choses a encore de beaux restes, même si nous tendons, fort heureusement, à dépasser cela.

Les recherches scientifiques et ses résultats objectifs ont clairement été utilisés pour "justifier" tout cela. Comme souvent, on lit les résultats des recherches en fonction de ses préjugés, pour y trouver la confirmation de ce qu'on pense. Malheureusement, les choses ont gravement dérapé au XIXe siècle, car ces résultats scientifiques ont croisé des idéologies basées sur l'idée que, non seulement il existe des races humaines différentes, mais qu'en plus, certaines sont supérieures aux autres, et qu'en plus (cerise sur le gâteau), les critères étant purement héréditaire, la génétique faisant absolument tout, les "races inférieures" sont "irrécupérables". Avec ce postulat de la supériorité de "races" par rapport à d'autres, on sort complètement du champ scientifique, pour entrer dans l'idéologie la plus pure. On a eu des travaux qui se disaient scientifiques, au XIXe siècle et au début du XXeme. Il ne faut pas s'étonner du résultat, Hitler n'a fait que mettre en oeuvre un programme construit intellectuellement depuis plus de 70 ans, avec des bases qui se voulaient "scientifiques", donc irréfutables.

Il faut reconnaitre que tout cela a largement plombé les débats sur le sujet. C'est justement un piège dont nous n'arrivons pas à sortir. Il reste des traces de cette idéologie raciste, dont Hitler n'était que l'aboutissement ultime, des gens qui continuent à y croire. Ils sont marginaux, fort heureusement, mais crient fort et sont dans une position de destruction et de haine. Il n'y a pas mieux pour polluer un débat. Il reste aussi un certain nombre de personnes, très nombreuses, qui continuent à penser qu'il existe des différences entre "sous-espèces" de la race humaine, et qui, sans aller sur le terrain de la supériorité intrinsèque d'une race sur une autre, en tirent des conséquences en termes d'appartenances et de communautés, considérant, pour simplifier, que ceux qui n'ont pas la même couleur de peau (qui est le marqueur de différence le plus perceptible) ne font pas partie de leur "communauté" (que ce soit la famille ou la communauté nationale). Certains hystériques font l'amalgame, et considèrent que tout ceux qui font une différence basée sur la couleur de peau sont des nazis. C'est pas toujours dit comme ça, mais il y a clairement un amalgame qui est fait entre cette question de l'appartenance, qui remonte à très loin, et un grave dérive du XIXeme siècle. Leur position se comprend aussi, mieux vaut viser large pour être certains contrer toute tentative de perpétuation des idées racistes qui ont fait tant de dégâts. Il y a donc deux débats très différents qui se retrouvent amalgamés.

Le premier sujet, celui de la lutte contre l"idéologie raciste, qui a irrigué le nazisme, ne fait pas débat à mes yeux. Les résultats sont là, une horreur absolue, qui a disqualifié définitivement ces théories. Les poursuites pénales sont alors justifiées, il y a nécessairement apologie de crimes contre l'humanité quand on défend une idéologie qui a donné Auschwitz. Il n'est pas possible de soutenir l'idéologie en question sans assumer les conséquences qu'ont donné le passage à la pratique.

Le deuxième débat est différent, et bien difficile à trancher. Il touche à la question des appartenances, des communautés et des affinités. Le choix a été fait depuis très longtemps, l'origine même de la société, d'avoir recours à des corps intermédiaires : la famille (plus ou moins élargie), la tribu, puis sont venus les structures étatiques et les Nations, qui sont encore aujourd'hui des communautés d'appartenances fortes. De ce fait, il y a d'un coté ceux qui font partie de ma communauté et ceux qui n'en font pas partie. Se pose alors la question des critères d'appartenance et d'entrée dans les communautés, car de tous temps, il y a eu des mouvements, des entrées et des sorties (à commencer par l'échange des femmes, afin d'éviter la consanguinité). Cette circulation des personnes, ces critères d'appartenance ou de non appartenance ont fait l'objet de codifications très précises, et ont occupé pas mal de temps dans les structures politiques : qui fait partie du groupe, qui n'en fait pas partie, sur quels critères ? On est au coeur du champ d'étude de l'anthropologie et notre vie politique française a bruissé, il n'y a pas si longtemps, de débats portant précisément sur cette question...

Il est évident que la couleur de peau, et donc la différence visible, a été et reste encore un critère (parmi d'autres) considéré comme pertinent par certains pour déterminer si on accepte ou non une personne dans sa communauté. On peut ne pas être d'accord avec la pertinence de ce critère, considérer que la couleur de peau et l'appartenance à un autre groupe ethnique ne doit pas être pris en compte, voire que ce critère est illégitime. C'est même la position dominante dans nos sociétés, qui pénalisent un certains nombre d'exclusions du fait de l'appartenance à une autre communauté "ethnique" (c'est maintenant comme ça qu'il faudra le dire, même si le terme est tout aussi inexact que "race"). Mais ce n'est pas assimilable au racisme profond, celui du nazisme. C'est cette confusion des deux débats qui a donné tant de grain à moudre et tant de voix au Front national, car on ne peut pas utiliser les mêmes outils pour les deux débats.

Dans cette affaire, la science est une victime collatérale. Elle est constamment instrumentalisée car on lui demande de répondre à des questions politiques et anthropologiques lourdes et polémiques, qui influe sur les postulats de base des programmes de recherches, qui seront d'autant mieux financés qu'ils répondent aux demandes politiques. Cela joue aussi sur l'interprétation de résultats, avec comme summum le fait de couvrir du manteau de la scientificité des opinions et préjugés, faisant dire à des résultats scientifiques ce qu'ils ne disent pas. Le message que je retient de cet article est : "merci de laisser la science en dehors de vos querelles politiques" et je le partage. Je partage également la crainte exprimée dans l'article de voir les mêmes erreurs se reproduire pour le débat sur le genre, où les sciences "dures" sont sommées de confirmer ou d'infirmer des positions avant tout anthropologiques sur des sujets hautement polémiques.

mardi 14 mai 2013

Gaymard et le conflit d'intérêt

Rue89 vient de sortir une information intéressante. Hervé Gaymard siège au conseil d'administration des éditions Dargaud depuis 2007. Or, depuis 2007, il est beaucoup intervenu sur les sujets liés au livre et à l'édition, étant même "l'auteur" de plusieurs propositions de loi très favorables au monde de l'édition : prix unique du livre numérique, TVA réduite pour le livre numérique, PPL oeuvres indisponibles, dérogations aux règles des délais de paiement dans le secteur du livre, autant de textes qui sont allés jusqu'au bout et sont devenues des lois. Il est aussi l'auteur de rapports sur le livre. Bref, entre 2007 et 2012, Hervé Gaymard est le "Monsieur livre et édition" au sein du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, celui est désigné rapporteur sur les textes relatifs à ces sujets et qui bénéficie de la confiance de ses collègues, bref, qui fait la pluie et le beau temps sur ces questions au Parlement.

Nous sommes ici devant un cas d'école concernant les conflits d'intérêts. En 2011, le rapport Sauvé donne une définition des conflits d'intérêts que je trouve assez bonne : "Un conflit d’intérêts est une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission, lorsque cet intérêt, par sa nature et son intensité, peut raisonnablement être regardé comme étant de nature à influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions". Pour qu'il y ait conflits d'intérêts, il faut qu'une personne investie d'un mandat public, ait aussi des intérêts privés, financiers ou moraux et que cette personne intervienne dans le cadre de ses fonctions publiques sur le secteur où elle a des intérêts privés. Il faut aussi que l'intérêt ou le lien avec l'intérêt privé soit suffisamment personnel et spécial, et enfin, et c'est là que le piège se referme, l'apparence suffit pour que le conflit d'intérêt soit consommé, car pour écarter tout problème, il faudrait que la personne concernée apporte la preuve qu'elle n'a pas agit en faveur de l'intérêt privé au détriment de l'intérêt général. Or, il est impossible d'apporter la preuve que quelque chose n'existe pas.

Bien entendu, Hervé Gaymard et l'éditeur nient tout problème, et ils sont sans doute (mais peut-on en être certain) de bonne foi et parfaitement honnêtes. Et pourtant, quand on regarde la définition des conflits d'intérêts, toutes les conditions sont remplies :

Hervé Gaymard est à la fois député, donc titulaire d'un mandat qui lui impose de privilégier l'intérêt général, et membre du conseil d'administration d'une maison d'édition, donc titulaire d'une position de pouvoir qui peut l'amener à chercher à favoriser, à la fois cette maison d'édition en particulier, mais aussi l'ensemble du secteur de l'édition. Que les fonctions soient exercées de manière bénévole ne changent strictement rien, car je doute qu'Hervé Gaymard soit dans le besoin et fasse partie de conseil d'administration pour payer son loyer arrondir ses fins de mois. Par contre, on peut penser que la position de pouvoir et les réseaux que lui procurent cette place en vue sont plus intéressantes. Il y a plein de motivations et de rémunérations autres que financières qui peuvent motiver de faire passer l'administrateur de Dargaud avant le député.

La deuxième condition du mélange des genres dans le cadre du mandat public est également plus que remplie. Si Hervé Gaymard s'était soigneusement tenu à l'écart, à l'Assemblée nationale, des sujets relatifs au livre et à l'édition, et n'avait jamais mis les pieds en commission des affaires culturelles, il n'y aurait eu aucun souci. Malheureusement, le livre et l'édition ont été au cœur de son activité parlementaire, il n'a quasiment fait que ça. Et en plus, il était le spécialiste reconnu du sujet, celui dont l'avis avait un poids important sur ces questions. Les possibilités de mélange des genres étaient permanentes.

Enfin, tous les textes qu'il a proposé servent très exactement les intérêts du milieu de l'édition, pour être précis, les intérêts des gros éditeurs, groupés au sein du SNE, le syndicat national de l'édition. Il a notamment été l'auteur, du moins le porteur, et surtout le rapporteur de la loi sur les livres indisponibles, dont on se rend progressivement compte combien elle a été taillée pour les seuls intérêts des éditeurs, au détriment des auteurs. Cela en était même indécent. L'application de la loi a confirmé avec éclat cela.

Je ne met pas en cause l'honnêteté d'Hervé Gaymard. Je dis juste que les apparences sont contre lui, et quoi qu'il fasse ou dise, il y aura toujours une suspicion. A-t-il été, comme rapporteur, au service de l'intérêt général ou au service des éditeurs qui en échange, lui ont offert un beau poste honorifique, lui donnant accès et prestige dans un milieu qui le fascine, comme il le dit lui-même dans sa défense. Quelque part, les éditeurs lui ont peut-être permis de réaliser un rêve de gosse, ou d'assouvir sa passion pour le monde littéraire, en l'intégrant à leur petit monde, ce qui peut très avantageusement remplacer des rémunérations financières. Cela pouvait bien valoir que le député Gaymard rende quelques "services". Il est impossible de prouver que c'est vrai ou faux.

Dans un cas comme ça, même s'il n'y a rien de pénalement répréhensible, il vaut mieux s'abstenir, car on jette un doute sur la loi et sur le fait qu'elle soit vraiment l'expression de l'intérêt général...

Le rapport Lescure

Pierre Lescure, après 9 mois de gestation, vient d'accoucher d'un beau bébé, 486 pages, 2,3 kilos. Je n'aborderai dans ce billet que l'impression générale sur les 41 premières pages, celles de la synthèse. Je traiterai certains sujets précis dans des billets séparés, tellement j'ai de choses à dire.

Bien évidemment, je ne suis pas d'accord avec toutes les analyses, certaines mesures m'apparaissent trop timides, d'autres m'apparaissent vaines et inutiles. Aucun rapport n'est parfait, mais globalement, je trouve que le rapport Lescure est excellent. On voit clairement que ses auteurs, Lescure revendique dès la départ d'avoir travaillé en équipe, ont écouté, sans prendre parti, ont cherché à comprendre ce qu'est le numérique, quelles sont les attentes de chacun. On est très loin des rapports précédents, qui n'étaient que l'habillage officiel des revendications d'une catégorie particulière, qui légitimait ainsi ses propres revendications, qui malheureusement se traduisaient ensuite par un hold-up législatif, d'où les difficultés récurrente sur les lois "en i" depuis 2005. Ici, on est devant un "vrai" rapport, sur lequel un consensus peut se faire. Je ne dis pas qu'il se fera forcément, car sur certains points, les antagonismes sont évidents et difficilement conciliables. Mais au moins, les choses sont posées sur la table, et le politique, dont c'est le rôle, sera amené à trancher ou à arbitrer entre des intérêts contraires en pleine connaissance de cause. C'est la première fois que ça arrive sur les questions numériques.

Sur l'essentiel des analyses sur les sujets qui m'intéressent, je suis globalement d'accord avec son approche. Il m'arrive bien entendu de ne pas être d'accord ou d'avoir des réserves, mais dans ces cas là, je peux admettre la légitimité des positions de Lescure, qui se défendent, car il cherche à ménager les uns et les autres afin de préserver l'acceptabilité de son rapport. Sur bien des sujets, des compromis, forcément pas complètement satisfaisants, devront être passés et parfois, je n'ai pas la même position que Pierre Lescure sur ce que doit être le compromis. Néanmoins, sur les grands axes (je ne parle pas des détails techniques des propositions) et notamment sur ces analyses, je n'ai pas de désaccord fondamental, de trucs qui m'ont fait hurler.

Le rapport Lescure m'apparait donc comme une base de départ acceptable dans les débats qui ne vont pas manquer de s'ouvrir. La mission est donc remplie pour Pierre Lescure. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement, qui doit rendre ses arbitrages, tant sur les chantiers prioritaires (tout ne pourra pas être mené en même temps) que sur les choix qui lui reviennent et sur lesquels Lescure n'a fait qu'esquisser les pistes possibles. J'attends maintenant les textes législatifs, deuxième étape d'un processus qui démarre quand même beaucoup mieux qu'en 2007. Espérons que la phase politique conservera le même esprit que celui du rapport Lescure.

samedi 4 mai 2013

Regards extérieurs

Une "enquête" du Nouvel Obs sur la "galaxie catho-réac-décomplexée" fait beaucoup s'agiter le milieu concerné, et notamment ceux qui fréquentent Twitter. L'article, assez long, est en fait la mise en ligne d'un papier destiné au print. Il est donc destiné à une large diffusion auprès du lectorat habituel du Nouvel Obs, lui donnant à lire ce qu'il a envie de lire. C'est le propre de la presse française, et de la presse en général. Ils sont des clients, qui n'achètent que s'ils y trouvent ce qu'ils cherchent, y compris dans l'angle de vue. En cela, le journaliste est davantage le miroir des attentes de ses lecteurs que le fidèle descripteur de la réalité.

Ce papier n'échappe pas à la règle commune, bien au contraire. On est au lendemain des manifs pour tous, qui ont connu un grand succès. Les lecteurs du Nouvel Obs se demandent qui sont ces gens qui ont manifesté, et qui sont franchement en dehors de leurs champs de fréquentations. Leur journal préféré se doit donc de leur offrir une "plongée" dans cette galaxie inconnue pour eux. Mais cela ne doit pas se faire n'importe comment, et la description de l'objet inconnu doit se faire selon des catégories et avec des références familières aux lecteurs du Nouvel Obs. Il faut leur faire découvrir de la nouveauté, mais dans des cadres connus, sinon, le public n’accrochera pas. C'est la règle de base du journalisme que de ne pas trop dérouter son lectorat, tout en lui apportant des connaissances qu'il n'a pas sur un sujet qu'il maîtrise mal, mais où il a envie d'en savoir plus.

Bien entendu, les cathos concernés hurlent après cet article et ses nombreuses erreurs factuelles. Il est vrai que le petit paragraphe sur la "fraternité saint Médard" est à hurler de rire quand on connaît un peu le sujet : "Sous l'égide de Mgr Giraud, chargé des communications sociales, un collectif tout à fait confidentiel, sans site ni page internet, baptisé la Fraternité des Amis de Saint Médard, se réunit tous les deux mois pour faire le point sur les initiatives. Fer de lance de la communication web de l'Eglise, il rassemble les 100 twittos et blogueurs cathos les plus suivis". Je vais régulièrement aux réunions de ce collectif confidentiel, qui au passage, donne les dates et lieu de réunion sur Twitter et sur un site internet. J'y ai croisé Mgr Giraud une fois (il est fort sympathique au demeurant) et il n'est à l'origine de rien ni l'égide de quoi que ce soit. On ne fait pas le point de grand chose et l'activité principale, sinon exclusive est de boire de la bière et de papoter. Enfin, je suis loin d'être catho...

On peut malheureusement craindre que le reste de l'article soit à l'avenant, mélange de faits vrais, de propos véridiques tenus par des personnes interviewées, et d'extrapolations, de généralisations. Quand on est "de l'intérieur", on ne peut pas franchement se reconnaître dans ce miroir, et c'est logique, car il est souvent difficile de se reconnaître individuellement dans un portrait collectif. Pour autant, il y a des choses assez vraies, quand on ne rentre pas dans le détail. Cette image d'une église catholique en pleine communautarisation et en plein repli identitaire autour des fondamentaux catholiques. C'est l'achèvement d'une mutation que tous les observateurs perçoivent. Mais forcément, il y a des raccourcis et des simplifications...

Les catholiques concernés ont pourtant tort de rejeter en bloc cet article, de manière viscérale. Ils ne doivent pas le lire comme la description exacte de ce qu'ils sont, mais comme la description de ce que la couche sociologique des lecteurs du Nouvel Obs pense qu'ils sont. C'est très différent et cela peut être utile, car ils ont un exemple de l'image que d'autres peuvent avoir d'eux, et percevoir ainsi les décalages entre cette description et la réalité de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent.

Il est toujours bon de savoir ce que "l'autre", celui qui est différent (et pas forcément hostile) pense de nous. C'est comme cela et pas autrement qu'il faut lire cet article, et en tirer les enseignements, car quand on lit ce papier du Nouvel Obs sous cet angle, il est très riche d'enseignements pour les catho-réacs-décomplexés.

vendredi 3 mai 2013

Cosmétique du Think tank

Le gouvernement vient de créer le commissariat général à la stratégie et à la prospective. Il remplace le Centre d'analyse stratégique, qui remplaçait le vénérable commissariat général au Plan. Pour connaitre l'ampleur du changement, j'ai comparé les deux décrets de création. C'est édifiant, voici quelques exemples :

Centre d'analyse stratégique : "Le Centre d'analyse stratégique exerce, sous l'autorité du Premier ministre, des missions de veille, d'expertise et d'aide à la décision pour la conduite des politiques publiques. Afin d'éclairer le Gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale ou culturelle, il élabore, soit à la demande du Premier ministre, soit de sa propre initiative dans le cadre d'un programme de travail annuel arrêté dans les conditions prévues aux articles 3 et 4, des rapports, recommandations et avis. Il établit un rapport annuel. Il associe à ses travaux des experts, personnalités qualifiées et représentants de la société civile, français ou étrangers".

Commissariat général à la Stratégie : "Il est institué, auprès du Premier ministre, un Commissariat général à la stratégie et à la prospective. Le commissariat général apporte son concours au Gouvernement pour la détermination des grandes orientations de l'avenir de la nation et des objectifs à moyen et long terme de son développement économique, social, culturel et environnemental ainsi que pour la préparation des réformes décidées par les pouvoirs publics. Par ses méthodes de travail, notamment l'association des partenaires sociaux et des autres parties intéressées, il favorise la concertation, l'élaboration d'analyses et de scénarios partagés et la large participation de l'ensemble de la société française à la réflexion sur l'avenir".

Centre d'analyse stratégique "Il est institué auprès du directeur général du Centre d'analyse stratégique un comité d'orientation qui comprend le président délégué du Conseil d'analyse économique, le président délégué du Conseil d'analyse de la société, le président du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale, le président du Conseil d'orientation des retraites, le président du Conseil d'orientation pour l'emploi, le président du Haut Conseil à l'intégration, le secrétaire général des affaires européennes et le délégué interministériel à l'aménagement et à la compétitivité du territoire".

Commissariat général à la Stratégie "Le commissariat général travaille en réseau avec les organismes suivants : le Conseil d'analyse économique ; le Conseil d'orientation des retraites ; le Conseil d'orientation pour l'emploi ; le Haut Conseil de la famille ; le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie ; le Haut Conseil du financement de la protection sociale ; le Conseil national de l'industrie ; le Centre d'études prospectives et d'informations internationales. Le commissaire général coordonne les travaux des organismes membres du réseau. A cet effet, il réunit leurs présidents, président délégué, vice-président ou directeur. Le commissaire général adjoint réunit, en tant que de besoin, les secrétaires généraux de ces organismes".

"Le Centre d'analyse stratégique est dirigé par un directeur général assisté d'un directeur général adjoint. Le directeur général et le directeur général adjoint sont nommés par décret en conseil des ministres".

"Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective est dirigé par un commissaire général nommé par décret en conseil des ministres, assisté d'un commissaire général adjoint".

La lecture en parallèle des deux décrets montre clairement qu'on a juste changé le nom, changé les dirigeants pour virer des types de droite et les remplacer par d'autres de gauche (surtout ça d'ailleurs) et on a bazardé au passage le comité théodule de Luc Ferry, celui où il plaçait ses amis et qui lui permettait de toucher sa paie de prof sans faire le moindre cours. Pour le reste, strictement rien ne change. On a toujours une pléthore de comités théodules autour du premier ministre, vaguement coordonnés par un organisme central, qui n'est finalement qu'un Think tank public, qui produit des choses plus ou moins intéressantes.

Il y a une vague tentative pour l'associer à la définition des objectifs de long terme : il "conduit des travaux de prospective permettant d'éclairer les pouvoirs publics sur les trajectoires possibles à moyen et long terme pour la France, compte tenu des évolutions prévisibles de la société et de l'environnement européen et international et des études stratégiques permettant d'éclairer l'action du Gouvernement et la préparation des réformes, notamment par une analyse du contexte de la décision et de son impact prévisible à court et moyen terme". Quand on voit comment l'actuel gouvernement pilote à vue, on ne peut que sourire...

Et pourtant, ce ne sont pas les rapports qui manquent, puisque Jean-Marc Ayrault avait demandé un rapport avant de décider cette révolution cosmétique de la prospective française. L'un des plus récents rapports budgétaire, qui date de la fin 2012, parle pudiquement, pour l'ensemble des organismes de prospective, d'un "potentiel sous-exploité" et, pour le centre d'analyse stratégique, d'un "organisme très autonome". Quand on sait qu'il était déjà censé chapeauter les autres, qui étaient encore plus "autonomes", on se dit que ça devaient être des planques en or massif. Et bien ça va continuer à l'être...

jeudi 2 mai 2013

L'avenir de Dailymotion

Arnaud Montebourg vient de bloquer le rachat de Dailymotion, filiale du groupe Orange, à Yahoo. Cela n'a pas manqué de mécontenter un certain nombre de personnes, tant sur le fond de la décision, que sur la forme, Montebourg ne connaissant que le grandiloquent et le fouet qui claque. On passe malheureusement a coté des vrais enjeux, et des vraies raisons de coller des baffes à Montebourg.

Dailymotion est une belle réussite française, un trop rare exemple de start-up qui a réussi à grossir pour se tailler une place au soleil au niveau mondial. Certes, elle est loin derrière Youtube, mais c'est un acteur non négligeable. Elle s'est adossée au groupe Orange, leader français des télécoms. Jusqu'ici tout va bien, la pépite grossit tout en restant dans le giron national, ce qui permet d'espérer qu'un acteur français puisse enfin émerger. Cela permet de faire régulièrement retentir des cocoricos, et ça, en France, on aime. Pourtant, industriellement, je vois mal ce que Dailymotion fait chez Orange, alors que je vois très bien ce que Dailymotion peut apporter à Yahoo. Je vois également mal comment Orange peut assurer seul le financement de la nouvelle phase de développement de dailymotion.

Dailymotion est une plate-forme de contenus audiovisuels, dont tout groupe positionné dans le secteur des contenus se doit d'être en possession. Il faut avoir l'ensemble des outils pour être au top mondial. Ce n'est pas du tout par hasard que Google a racheté youtube, et c'est justement pour pouvoir rivaliser avec Google que Yahoo a cherché à acquérir Dailymotion. Il y a une véritable logique industrielle à ce rapprochement, et c'est même vital pour Yahoo, en perte de vitesse, s'il veut rester dans la course. Si on veut affaiblir Google, plutôt que de lui coller des procès, on peut aider un vrai concurrent à émerger, en lui donnant tous les outils et les atouts pour aller chatouiller le grand méchant Google. Il n'y a pas beaucoup d'acteurs qui peuvent le faire. Il y a Yahoo et Microsoft, et c'est à peu près tout. On vient gentiment de tirer dans les pattes de Yahoo. Il doivent être en train de boire le champagne à Mountain view.

Il se trouve qu'Orange n'est pas une entreprise de contenus, mais de tuyaux. La stratégie de diversification vers les contenus a été abandonnée, et c'est une bonne décision quand on voit la situation de Vivendi, qui a été pensée comme une alliance "tuyaux-contenus". On ne peut pas faire les deux métiers, il y a des synergies qui seraient possibles, mais que le droit de la concurrence interdit de fait. Je ne vois pas vraiment ce qu'Orange peut tirer de Dailymotion. Je pense qu'Orange non plus, ne le voit pas, d'où l'idée de vendre, très cher, à un acteur dominant dans les contenus. Non seulement Orange engrange du cash, mais en plus, elle n'a plus à prévoir des investissements pour développer une activité qui n'est pas son cœur de métier.

Mais voilà, Monsieur Montebourg n'a vu qu'une chose : une de nos plus belles réussites dans le numérique, celle qui permet régulièrement de pousser des cocoricos, va passer sous pavillon étranger. Avec cela, resurgit le syndrome Arcelor, du nom de cette grande entreprise française de la sidérurgie que l'on a revendu à Monsieur Mittal. Cela s'est terminé par la fermeture du site de production de Florange, abcès politiquement purulent depuis maintenant plusieurs années. Monsieur Montebourg se moque pas mal qu'économiquement parlant, Dailymotion soit bien mieux chez Yahoo que chez Orange, tant pour l'accès aux marchés que pour les investissements de développement. Ce qu'il craint, c'est que des emplois quittent la France. La seule solution, à ses yeux, est donc de garder le contrôle de l'entreprise en France.

La position d'Arnaud Montebourg est parfaitement logique et cohérente, mais ne sert que son intérêt à lui. Pour Dailymotion, c'est une catastrophe, car Orange n'a pas les moyens de lui permettre de franchir la prochaine étape de son développement. Quand on vise le marché mondial, on ne peut pas rester franco-français, et surtout, on a besoin de beaucoup de capitaux que le marché français ne peut pas apporter. Entre permettre un vrai développement de Dailymotion, donc des emplois en plus, avec le risque qu'une partie des emplois ne soit pas en France, et brider ce développement pour s'assurer que les emplois restent bien tous en France, Montebourg a logiquement choisit la deuxième solution. L'allergie française au risque a encore frappé...

mercredi 1 mai 2013

Bordel ordinaire au PS

Au Journal Officiel du 30 avril, est parue la nomination de quatre parlementaires en mission, chargés de traiter de la question de "la fiscalité des structures privées non lucratives". Il s'agit de s'occuper d'une faille du dispositif du Crédit d'impôt compétitivité emploi, le fameux CICE voté d'hiver dernier en loi de finances, et dont doit sortir, selon le gouvernement le croissance et l'emploi. Comme dans tout dispositif fiscal pondu par les crane d'oeufs de Bercy, il y a des bugs. Voici le problème, finalement assez simple à comprendre, autrement plus difficile à résoudre : le CICE est un crédit d'impôts, qui ne touche donc que les entreprises qui payent l'impôt sur les sociétés. Or, il se trouve que nombre de structures à but non lucratif interviennent sur les mêmes activités que des entreprises. C'est le cas par exemple dans le médico-social, dans les services à la personne. On a donc des entreprises bénéficiant du CICE, et des associations qui n'en bénéficient pas, qui sont en concurrence directe sur les mêmes marchés, auprès des mêmes clients. Il y a donc une distorsion de concurrence, puisque les entreprises ont des marges de manœuvre, notamment sur les prix, que n'ont pas les autres n'ont pas. Un vrai sujet de fond, pas glamour, mais sérieux.

La procédure du parlementaire en mission est connue et balisée, inscrite dans la Constitution. Elle permet au gouvernement de donner à un parlementaire les moyens matériels de pondre un rapport, en lui mettant à disposition du personnel qualifié. Pour le député, c'est tout bénéfice, car par la suite, il pourra se prévaloir de son rapport, de ses propositions. Cela lui donne une légitimité à intervenir dans un secteur ou sur un sujet précis où il fait figure d'expert. C'est donc une très belle carotte à parlementaires, une récompense quand on est sage. En fait, ça marche comme à l'Assemblée nationale quand on est rapporteur sur un texte, c'est l'administrateur qui bosse, le parlementaire s'investissant plus ou moins dans le rapport. Bref, ça met en valeur et ça ne demande pas nécessairement de beaucoup bosser si on n'en a pas envie.

D'où ma surprise quand je découvre qu'une députée socialiste vient de refuser sèchement la mission qu'on vient de lui confier. C'est là que je me dis que vraiment, c'est le bordel au PS. Elle refuse pour deux raisons, la première c'est qu'on ne lui a pas demandé avant, la deuxième, c'est parce qu'elle n'est pas copine avec les autres co-rapporteurs. C'est pathétique !

Sur le fait de ne pas avoir été prévenu, c'est clairement une boulette de Matignon. Ce n'est pas compliqué de passer un coup de fil pour s'assurer que la parlementaire est bien d'accord avec sa nomination, et même si c'est une fleur que le gouvernement lui fait, il ne faut pas présumer de l'acceptation. La gestion des susceptibilités et des egos, c'est un job à plein temps en politique. De son coté, la députée pouvait faire part de son mécontentement en privé, laisser filer et ne pas s'investir dans le rapport. Ce n'est pas trop grave, vu qu'il y a trois autres co-rapporteurs et que le rapport se fait tout seul puisque ce sont les fonctionnaires qui bossent. C'est la même chose avec ceux qui refusent la légion d'honneur, il y a ceux qui la renvoient à la figure du gouvernement dans les médias, et d'autres qui se taisent et ne se font jamais remettre la décoration, ne la portent donc jamais et n'en font mention nulle part. Le choix de la députée de faire du scandale n'est pas très sympa pour le gouvernement, qu'elle est censée soutenir, ça fait un couac de plus, dans une liste déjà très longue.

C'est la deuxième raison qui me sidère le plus. Elle n'est pas copine avec deux des co-rapporteurs, et ne veut pas travailler avec eux, et encore moins voir son nom associé à eux. On est au niveau cour de récréation d'école primaire ! Cela révèle que l'ambiance au sein du PS est pourrie. On la savait depuis très longtemps, c'est même le mode de fonctionnement normal au PS. Mais que cela sorte ainsi dans les médias, aussi crument, c'est inquiétant, car cela veut dire que c'est en train de déraper. Il y a une règle en politique qui veut qu'on peut s'écharper au sein d'un même parti, voire s'entre-tuer, mais pas en public, sous peine de gros dégâts d'image. Qu'une députée PS puisse balancer aussi tranquillement dans les médias que deux de ses co-rapporteurs sont des types qu'elle méprise, avec qui elle ne veut pas voir son nom associé, c'est quand même assez violent, même si ça n'a pas la portée d'un combat à mort de grands fauves à la Copé-Fillon. C'est un détail révélateur, car quelque soit les raisons et les excuses qu'on peut trouver à Valérie Rabault, elle a commis une erreur de communication, en s'épanchant dans les médias, et en donnant avec autant de candeur une image de ce qui passe réellement en coulisses, à savoir un bordel sans nom.

En fait, le problème se trouve au sommet. Ce qui est surprenant, c'est que le gouvernement mette quatre rapporteurs sur un même sujet. Ça fait beaucoup et normalement, c'est un député par mission, deux au grand maximum. Ça révèle que le distributeur de sucettes fonctionne à plein régime, voire en sur-capacité. Le gouvernement cherche visiblement à faire plaisir à beaucoup de parlementaires, au point de devoir couper les rapports en quatre afin qu'il y en ait pour tout le monde, et que chaque "sensibilité" du PS y soit représentée. Ça ressemble un peu à des enfants qui se battent autour de la hotte du père Noël, ou si on veut être plus cruel, une meute de loup autour de la carcasse d'un faon. Je peux comprendre que la députée ait estimé qu'on se moque d'elle en la mettant dans une fournée de quatre co-rapporteurs, surtout quand on sait que le but n'est pas d'écrire le rapport mais de s'en prévaloir après dans les médias et dans l'hémicycle. Si en plus, vous avez dans les quatre, des députés qui ont des visions politiques différentes, donc pas la même approche du problème, donc des solutions différentes à proposer, ça peut tourner à la cacophonie.

A ce que j'entends dans les couloirs de mon lieu de travail, cette sortie médiatique de Valérie Rabault n'est que la partie émergée de l'iceberg...

mardi 30 avril 2013

Des graines aux pigeons

François Hollande, se rendant compte des dégâts politiques des lois de finances de l'hiver dernier sur le segment "chefs d'entreprise" a voulu opérer une opération séduction, afin d'amadouer un peu ce public qui a été particulièrement traumatisé par la première année de présidence socialiste. La fronde des pigeons n'a été que la partie médiatiquement visible d'une inquiétude réelle du monde de l'entreprise, devant une équipe gouvernementale qui non seulement, ne sait pas ce qu'est une entreprise, faute d'y avoir mis les pieds un jour, mais en plus, prétend tout régenter avec un biais idéologique très à gauche.

Il a donc organisé un grand raoût à l'élysée, avec plein d'annonces censées faire plaisir aux chefs d'entreprises, et notamment à ceux qui ont gueulé cet automne. Pour être certain de ne pas se planter, Fleur Pellerin a fait plancher depuis janvier, les représentants de ce milieu, avec comme mission de rédiger la lettre au père Noël. En clair, on a demandé au public concerné ce qu'il faut lui donner pour avoir la paix sociale. Un grand classique, qui permet une belle opération de communication, mais où l'intérêt général n'en sort pas nécessairement grandi. En effet, les demandes d'un public précis n'est pas forcément l'intérêt général, souvent c'est plutôt leur intérêt très catégoriel qui l'emporte, et tant pis s'il y a des dégâts collatéraux. Cette fois ci, je dois reconnaitre que même si certaines mesures sont un peu pipeau, dans l'ensemble, les intentions sont bonnes et ne lèsent personne. Les "experts" qui ont travaillé et proposé ont été corrects et n'ont pas demandé à être gavés, comme trop de lobbies (au hasard les cultureux).

La première demande est qu'on oriente davantage l'épargne des français vers la création d'entreprise, en réorientant les outils déjà existants. C'est pragmatique, et la solution est là : créer des outils clairement identifié "investissement dans les PME" où l'épargnant lambda, qui n'a ni le temps ni les compétences pour gérer ses investissements, puisse quand même investir dans ce segment de l'économie. Personnellement, je n'ai pas d'argent à investir, mais j'en aurais et je voudrais participer au financement des PME et stars-up, je serais bien ennuyé, car je n'ai aucun produit vraiment simple et clairement identifié. Au moins, PEA et assurance-vie, je sais ce que c'est, et si j'ai juste une case ou deux à cocher dans mon formulaire pour qu'une partie des placements aille vers les entreprises, c'est très bien. Il y a un véritable gisement inexploité, faute d'outils pour toucher l'investisseur lambda, qu'il n'est pas bien difficile de convaincre de prendre quelques risques "pour le bien de l'économie". Après tout, entre payer encore plus d'impôts ou faire quelques placements à risque pour relancer la machine économique, mon choix est vite fait ! L'idée d'inciter les grandes entreprises à investir dans les jeunes pousses est également bonne, mais c'est un peu triste de devoir le faire par un crédit d'impôts, donc sur fonds publics, alors que c'est l'intérêt bien compris des grosses boites que d'avoir un terreau de PME et de stars-up dans leurs secteurs.

Les changements fiscaux sont vitaux, et les mesures annoncées par Hollande sur les plus-values ou sur le statut des Jeunes entreprises innovantes vont dans le bon sens. Le problème est triple sur cette question de la fiscalité. La première problématique, qui n'est pas la plus essentielle, est celle du poids financier du prélèvement. Il est évident que moins on paie d'impôts, mieux on se porte. Tout le monde voit donc avec intérêt et bonheur tout diminution de la pression fiscale. La deuxième problématique, qui arrive loin devant dans les réclamations des chefs d'entreprises, c'est la complexité du droit fiscal, qui fait perdre du temps et génère coûts et stress. Le chef d'entreprise, notamment dans la PME, souhaite avant tout se consacrer au maximum au développement de son business et déteste tout ce qui est paperasse et dossiers à remplir. Notre droit fiscal est devenu une usine à gaz monstrueuse, avec tellement de niches qu'il faut sans cesse calculer pour savoir quelle option prendre, avec à la clé des documents à fournir et un risque important de contrôles. Hollande a pris l'engagement qu'il n'y ait plus de contrôles fiscaux systématiques quand une entreprise demande à bénéficier du Crédit impôt recherche. Voilà un petit truc qui sera réellement utile. Si en plus, le ministre du Budget pouvait continuer à mettre la pression pour qu'on évite au maximum les contrôles tatillons pour des bouts de chandelles, on aura fait de gros progrès. La troisième problématique est celle de la stabilité du droit. En France, notre droit fiscal est à un stade avancé de la maladie de Parkinson, et c'est dramatique. Quand on monte un plan d'affaires, on le fait sur la base du droit existant, et toute modification du droit entraine une modification de l'équilibre de l'entreprise. Si on pouvait adopter un moratoire sur certaines dispositions, en s'interdisant de les modifier pendant deux ou trois ans, là encore, on aura fait beaucoup !

La suppression de fichiers banque de France, notamment celui qui recense ceux qui ont connu un dépôt de bilan est une bonne idée, et l'état d'esprit qui l'anime, offrir une deuxième chance après un échec non fautif, va dans le bon sens. Mais cela nécessite une révolution culturelle dans les esprits, ce qui est loin d'être gagné. Cela nécessite aussi que les banques acceptent de jouer le jeu, car le problème de fond est l'accès au crédit. Si les banquiers continuent à être frileux dans leurs accords de crédits aux créateurs d'entreprises, ils trouveront toujours les moyens de détecter ceux qui sont "à risque". Cette suppression du fichier 040 de la Banque de France, c'est juste casser un thermomètre, mais pas dit que cela aura des effets profonds. Mais symboliquement, c'est très vendeur auprès du public visé par Hollande...

Par contre, pour ce qui est des visas "créateurs d'entreprises" et de l'aide à l'internationalisation, je rigole doucement. Les facilités administratives pour ceux qui veulent investir en France, c'est la moindre des choses, et ce n'est pas cela qui compte dans la décision d'investir en France. Je suis à peu près certain que cette mesure va être transformée en usine à gaz administrative et ne jouera absolument pas le rôle qui lui est assigné. Pour ce qui est des "maisons de l'international", je rigole doucement. Ça existe depuis très longtemps, on a plein, même trop de structures, et mettre tout le monde sous le même toit, sans la moindre fusion de structures, ça ne mène pas loin. Pour améliorer les choses, il faudrait tout supprimer, et mettre en place dans chaque pays une structure légère, composée de contractuels connaissant bien le pays, avec un seul mot d'ordre : se mettre au service des entrepreneurs qui viennent demander quelque chose, sans avoir de dossiers à faire remplir, de reporting compliqués à rendre à une hiérarchie pesante.

Enfin, on a comme d'habitude les mesures qui font hurler de rire tellement elles sont ridicules. La palme revient cette fois ci, à l'unanimité du jury et au premier tour, à l'idée de mettre en place une formation à l'entreprenariat en collège et en lycée. Et qui va le faire ? les profs d'économie, fonctionnaires n'ayant jamais vu de près la moindre entreprise, pour qui les saines lectures, c'est le Monde diplomatique et Alternatives économiques ? A hurler de rire !! La proposition de créer un fond spécial, à la BPI, pour la création d'entreprise dans les cités, c'est pas mal non plus. Encore faudrait-il qu'il y ait des créations d'entreprises dans ces cités, et que les chefs d'entreprises connaissent l'existence de ce fond et trouvent le chemin du guichet. C'est mission impossible ou presque, et on renforce encore la complexité du dispositif d'aide à la création d'entreprises. Plutôt de créer une nouvelle aide spécifique, il faudrait en fusionner un maximum afin de renforcer la visibilité de celles qui restent.

Au final, l'ensemble n'est pas trop mauvaise, les experts des tables-rondes ont plutôt bien travaillé. Là où j'ai plus de doutes, c'est sur la capacité des socialistes à comprendre réellement le monde des entreprises et des entrepreneurs, et à tenir le cap des mesures annoncées. La lutte pour la simplification et la stabilité fiscale doit être permanente, car les fonctionnaires de Bercy ne savent que raffiner la norme. Pour l'accès aux financements, il faudra aussi s'y tenir et ne pas se mettre à surtaxer les instruments d'épargne utilisés par les particuliers. Ce train de mesures aurait été annoncé en juillet dernier, j'aurais applaudi des deux mains. Il arrive quand même après plusieurs épisodes désolants, où les socialistes ont affiché, non seulement une méconnaissance du monde de l'entreprise, mais aussi une indifférence totale, voire un mépris pour les créateurs d'entreprise.

lundi 29 avril 2013

Lendemain de mariage pour tous

Le projet de loi sur le mariage pour tous est adopté, une seconde phase commence, celle de "l'après". Les manifestations ont été des réussites, malgré des dérapages finalement assez limités et quelque part, inévitables dans ce type d'évènement. Les "veilleurs" nous le disent, "quelque chose s'est levé", des réseaux se sont mis en place, ont mené une action efficace. Certes, le mariage pour tous est passé, mais la mobilisation des anti a permis de refermer la porte des réformes sociétales. Jean-Marc Ayrault vient d'en prendre acte en renvoyant la PMA aux calendes grecques. Je doute très fortement que le texte sur la famille, annoncé comme la deuxième étape de la réforme, ne voit le jour. Que faire maintenant, c'est la grande question pour les antis.

Chez les opposants à ce texte, la tentation est grande de maintenir la pression, de capitaliser sur ce succès de la mobilisation, et d'aller plus loin. Tous les messages venant de ce camp indiquent clairement que l'heure n'est pas à la démobilisation et au retour dans les foyers. Frigide Barjot laisse entendre qu'elle va poursuivre en politique, et parle d'une candidature aux municipales. Cela ne sera pas facile.

Les premiers scuds n'ont pas tardé à tomber, sous la forme d'un déshabillage en règle de Frigide Barjot dans les médias, où sa vie privée est balancée sans la moindre pudeur et encore moins de bienveillance. C'est vrai que l'écart entre ce qu'elle est réellement et l'électorat catholique conservateur qu'elle vise est assez abyssal. Frigide Barjot, candidate à Versailles, ça fait un score sans doute ridicule. Les attaques ont aussi comme but de la décourager à se lancer dans la conquête du pouvoir. Qu'elle soit l'égérie médiatique d'un vaste mouvement de contestation, c'est très bien, mais qu'elle ne s'avise pas de sortir de son rôle, car elle prend des risques. Elle entre en concurrence avec des gens sans scrupules, pour qui le pouvoir n'est pas un jeu. On se retrouve dans la même configuration que Coluche en 1980. Tant que sa candidature à la présidentielle n'était qu'une blague, tout le monde trouvait ça drôle. Mais quand des sondages ont commencé à lui donner 15% d'intentions de vote, il s'est pris des peaux de bananes qui l'ont très vite dissuadé de continuer la blague. La conquête du pouvoir implique d'y être préparé, d'être blindé et de ne pas avoir trop de "casseroles". Frigide Barjot est en train de l'apprendre à ses dépens.

La suite va être compliquée, car une fois le texte promulgué, les premiers mariages célébrés et la coupure estivale arrivée, il va falloir faire redémarrer la machine. J'ai été frappé, lors de la deuxième lecture, de l'absence de manifestations en journée aux abords de l'Assemblée nationale. Tout commençait vers 19 heures, à l'heure de la sortie des bureaux. En fait, les "manifpourtous" sont des gens qui travaillent, ont des familles, et sont finalement assez difficilement mobilisables. On peut y arriver, sur un gros coup, après une longue période de préchauffage. Je crains fort, pour les organisateurs, qu'ils ne soit pas possible de maintenir un tel degré de mobilisation sur le long terme. Il va rester des contacts, un sentiment d'avoir vécu quelque chose de fort. Un peu comme les JMJ de 1997 pour les catholiques. Les réseaux qui se sont renforcés à cette occasion n'arriveront sans doute pas à "transformer l'essai".

Pour arriver à émerger en politique, il faut des leaders capables de continuer à exister sans mobilisation dans la rue, qui tiennent le choc de la vie politique. Il faut aussi un message politique rassembleur et qui ne se limite pas à un sujet particulier. Sur ces deux plans, les anti-mariage pour tous sont un peu faiblards, voire au delà. Comme leaders connus, et donc capables de survivre médiatiquement, on a Frigide Barjot, mais on l'a vu plus haut, elle va sans doute exploser en vol et se retirer de la scène politique sous la pression (et c'est le mieux à faire pour son équilibre psychologique). On a aussi Tugdual Derville, qui s'est également fait une belle notoriété. Ils ont aussi ressorti Christine Boutin du frigo, mais à 69 ans, sans mandat et sans avenir politique, elle n'ira pas loin. Bref, pas grand chose de solide n'émerge pour porter le mouvement au delà de la période de mobilisation. Sur le plan des idées, Tugdual Derville tente de placer son concept d'écologie humaine (sur lequel je n'ai aucun avis), mais je vois mal comment bâtir un projet politique d'ensemble qui puisse parler à d'autres qu'à la communauté "catholique conservatrice". Le grave défaut de ce mouvement "anti-mariage pour tous" est d'avoir une assise beaucoup trop étroite. Quand on regarde les images des manifs, c'est blanc (pas de personnes de couleur ou très peu) c'est propre sur soi, ça respire les quartiers bourgeois et la sortie de la messe. Impossible de ratisser électoralement en dehors de ce milieu, tant le mouvement a été identifié à cette couche de la population. Même en faisant le plein des voix, ça n'ira pas chercher loin.

Ce mouvement qui vient de naitre et cherche à entrer dans la vie politique se fera sans doute assez vite croquer par les grands prédateurs. Les leaders de l'aile droite de l'UMP, mais aussi d'anciens du FN, celui du courant légitimiste à l'ancienne (Maurras, Barrès et la messe en latin) vont se précipiter sur cette proie fragile, pour s'empresser de la récupérer. Les meilleurs éléments ont sans doute déjà été repérés et vont se voir proposer des investitures ou de bonnes places sur les listes UMP aux municipales, avec des chances sérieuses d'être élus. Pour certains qui étaient déjà élus, ils vont avoir le choix entre monter une liste "spécifique" et au mieux, fusionner avec un poste de 8ème adjoint, soit être numéro 2 ou 3 de la liste UMP, avec au bout un accès à l'équipe restreinte qui exerce réellement le pouvoir, avec d'autres investitures pour la suite aux cantonales et aux régionales de 2015. Quand on est jeune, ambitieux et qu'on a un peu talent, on n'hésite pas une seule seconde...

samedi 27 avril 2013

Sus aux teutons

Le Parti socialiste vient de se tirer un missile nucléaire dans le pied, avec ce projet de texte, qui a fuité, concernant les relations à avoir avec l'Allemagne. Proposer une "confrontation" avec l'Allemagne, c'est de la bêtise à l'état pur. Et le pire, c'est que ce n'est pas le délire de quelques apparatchiks idéologisés, c'est relayé par le président de l'Assemblée nationale, numéro 4 de la République française. On vient encore de descendre d'un cran dans la décomposition politique de la gauche française.

Le lien avec l'Allemagne est le moteur de l'Europe. Tous ceux qui observent un tant soit peu les institutions européennes savent qu'un projet soutenu par la France et l'Allemagne a fait un grand pas pour obtenir une majorité. A l'inverse, un projet dont ni l'Allemagne ni la France ne veulent, aura bien du mal à trouver une majorité, et si c'est le cas, ça ressemblera à un attelage baroque entre Angleterre, Italie, Espagne et quelques autres pays. Jusqu'ici, l'entente a toujours été de mise, et même s'il y a parfois eu des frictions liées aux tempéraments des responsables politiques, globalement, le tandem a bien fonctionné. Les conséquences d'une rupture de l'axe franco-allemand seraient dramatiques pour la France et pour l'Europe. L'Allemagne devra se trouver un autre partenaire, qui pèse au moins aussi lourd que la France en terme de voix, et ce nouveau partenaire, ce ne peut être que les anglais. On a déjà vu ce que cela donnait, lors du dernier budget européen, où la décision a été prise entre Merkel et Cameron, laissant Hollande sur la touche. Je ne vais pas m'étendre plus loin, mais si Hollande et les socialistes commettent l'erreur de rompre l'axe franco-allemand, ce sera une faute historique, absolument impardonnable !

Pour l'instant, Certains semblent avoir encore un peu de jugeote, comme Ayrault qui fait ce qu'il peut pour réparer les dégâts. Malheureusement, les dégâts sont faits. Une relation diplomatique se distend progressivement, par petites touches. Cette affaire est un coup de canif de plus, qui même rattrapé, laissera une cicatrice. Les termes employés n'ont rien de diplomatique, et sont même insultants pour les allemands. On peut penser ce qu'on veut de leurs choix politiques, ne pas les approuver, mais avant de balancer des trucs dignes d'un blog militant de gauche, on analyse un peu et on cherche à comprendre. Dans les attaques socialistes contre l'Allemagne, on ne sent aucune réflexion de fond, juste des propos de café du commerce sur "l'égoïsme" allemand. Au passage, Cameron se prend le qualificatif de "thatchérien", qui fleure bon la disqualification militante : c'est l'héritier de Margaret, pas besoin d'en dire plus, rien qu'avec ça, il est le mal incarné. Le summum de la connerie est de faire ça maintenant, alors que les allemands sont en pleine campagne électorale. Si on veut jouer au bras-de-fer avec les allemands, je sais parfaitement qui va gagner. On est au delà de la maladresse et même de l'amateurisme...

Cette idée de provoquer une "tension démocratique" avec l'Allemagne est absurde et idiote. Peut-on m'expliquer, au parti socialiste ou chez Claude Bartolone, comment on fait concrètement ? On sait tous que l'Union Européenne n'a pas un fonctionnement très démocratique, et que tout se joue dans les négociations entre États. Je vois mal comment les élections européennes pourraient servir à une confrontation entre deux grands pays, quand on sait que ce vote se joue sur des enjeux nationaux. Est-ce qu'il y aurait là une stratégie du PS pour sauver la mise l'an prochain, avec le slogan "en votant PS, vous votez contre l'Allemagne et la grosse Angela" ? Je n'ose l'imaginer, mais en même temps, je me dis qu'au PS, tout est devenu possible, y compris le pire.

Le document et les prises de positions montrent clairement que sur le fond, le PS est à sec, faute d'avoir travaillé. On le savait déjà, mais c'est une démonstration éclatante qu'il n'y a plus de pensée politique structurée au Parti socialiste. L'indigence intellectuelle de ce document est sidérante, on est au niveau du tract militant dans une primaire cantonale. Aucune analyse, aucune perspective, aucune proposition. On sonne juste la charge contre des "méchants" en les accusant d'être responsables de ses malheurs et de sa propre impuissance politique. En clair, les socialistes cherchent à se dédouaner des résultats économiques de la France depuis qu'ils sont au pouvoir, en faisant porter la responsabilité de leur échec à notre principal allié européen. C'est de l'irresponsabilité complète. Cela viendrait d'un parti d'opposition, passe encore (quoi que...) mais là, ça vient du parti au pouvoir, et en plus, qui n'a pas encore un an d'exercice du pouvoir, et à qui il reste théoriquement 4 ans !

Par ce document, on voit que certains au Parti socialiste, et parmi les plus hauts responsables, font le choix de la fuite en avant idéologique. On voit aussi que l'emprise de François Hollande sur ses troupes est faible, voire inexistante. Etre le parti au pouvoir implique de faire attention à ce qu'on écrit, à ce qu'on publie. Et si certains peuvent ne pas vouloir respecter cette règle, il est du rôle du patron de leur faire entrer ça dans le crane, y compris en tapant. On pouvait reprocher beaucoup de choses à Sarkozy et à l'UMP entre 2007 et 2012, mais un truc comme ça ne serait jamais arrivé ! C'est bien d'être pluraliste, démocratique, d'avoir des débats "ouverts et sans tabous", mais quand on est au pouvoir, il faut parfois savoir mettre une sourdine et renvoyer certains débats à des temps ultérieurs (quitte à ce que ça pète à la gueule quand on soulève le tapis, une fois dans l'opposition).

Le pouvoir en place est en pleine déliquescence. Si des dérapages comme celui-ci se reproduisent, c'est l'explosion. On est en plein dans l'effet de souffle de l'affaire Cahuzac. Comme pour une bombe nucléaire, vous avez d'abord l'impact "classique" qui fait beaucoup de dégâts, puis après, vous avez les retombées radioactives, qui sont encore pire. On sent une panique chez les dirigeants socialistes, pris dans la nasse entre les scandales divers et variés, les chiffres du chômage qui sont catastrophiques, sans aucune perspective à long terme, avec un chef qui bat des records d'impopularité sans que l'on sache comment il peut rebondir. Le Parti socialiste est un navire mal conçu, qui n'a pas pris assez de vivres pour la traversée, qui se retrouve pris dans une tempête avec un capitaine qui n'assure pas, et surtout, ne rassure pas. L'image du capitaine de pédalo était vraiment prémonitoire. C'est exactement ça !

mercredi 24 avril 2013

Concours de la meilleure PPL Cahuzac

Les députés de droite ont été toujours été de grands producteurs de propositions de loi, la plupart d'ayant aucun intérêt, si ce n'est de faire parler du député qui l'a déposée. La droite est également spécialiste des lois faits-divers, ces textes de loi destinés à répondre à une émotion médiatique, en faisant croire qu'on agit pour résoudre le problème. La combinaison de ces deux facteurs a donné des résultats absolument spectaculaires sur l'affaire Cahuzac, qui a donné lieu à un véritable concours Lépine de la proposition de loi au sein du groupe UMP. Je vous lire ici la sélection, à vous de juger de la meilleure (ou de la pire...), avec plusieurs catégories.

Dans la catégorie "création d'un délit de parjure", nous avons Thierry Lazaro. Elle est taillée sur mesure pour Cahuzac. Daniel Fasquelle a aussi la sienne, qui est un peu plus large mais dans le même esprit. La plus belle est sans contestation possible celle de Pierre Morel-à-L'Huissier, qui devrait renvoyer une bonne partie de la classe politique, locale et nationale, en correctionnelle. La villiériste Véronique Besse propose de créer une prestation de serment devant les assemblées pour les ministres, avec des sanctions possibles s'ils mentent devant les assemblées parlementaires.

Dans la catégorie "inéligibilité à vie, voire au delà", nous retrouvons Pierre Morel-à-L'Huissier, qui une fois de plus, ne fait pas dans le détail. Tous inéligibles à vie quand on est condamné pour un délit financier. On retrouve aussi Thierry Lazaro, qui propose l'inéligibilité ceux qui ont menti. Cette PPL va piquer les yeux de tous les juristes, car insérée dans le code électoral, elle créé une inéligibilité qui n'est pas basée sur une condamnation effective, ni même sur des faits clairement établis par une autorité judiciaire. Fernand Siré est plus soft, et propose que l'on doive fournir son extrait de casier judiciaire dans le dossier de candidature aux élections, mais veut aussi mettre l'inéligibilité (10 ans seulement, il est bon prince) dans la Constitution et dans le code électoral. Lionnel Luca propose la même chose, mais en inscrivant carrément cela dans la Constitution.

Dans la catégorie "anti-retour", Daniel Fasquelle frappe fort, en demandant qu'un ministre qui démissionne, après avoir menti devant la représentation nationale, doit passer devant la cour de justice de la République, qui peut décider de le déchoir de son mandat. Il a trouvé l'idée tellement bonne qu'il en a fait une deuxième version, une sorte de "PPL de repli".

Un vrai feu d'artifice, qui montre que la droite est toujours très en forme pour écrire avec les pieds des propositions de loi débiles et juridiquement intenables...

mardi 23 avril 2013

Enfin fini ?

Le texte du projet de loi sur le mariage entre personnes du même sexe a été adopté définitivement. Reste le passage devant le conseil constitutionnel, mais ne rêvons pas, il ne sera pas censuré. Il sera promulgué et entrera en application. Je dois dire ici mon soulagement que ce soit enfin fini, tellement ce texte, mais surtout les débats autour m'ont profondément gavé (surtout à la fin). Chez tous les protagonistes, mais particulièrement chez les anti, le cerveau était en mode off. Que de bêtises et d'âneries j'ai pu entendre, avec souvent un ton pontifiant et absolument sur de soi. Cela en devenait risible tellement le décalage était grand entre la certitude que l'on percevait dans le ton, et l'énormité de ce qui pouvait être proféré. C'est la vie politique telle que je la déteste, lorsque l'émotion la plus brute et la plus conne prend le pas sur l'intelligence et le recul. Dans cette affaire, aucun camp n'en sort véritablement vainqueur.

Certes, la gauche a réussi à faire passer la mesure, et pourra la mettre à son bilan. C'est sans doute à peu près tout ce qu'elle pourra afficher, ce qui est bien maigre. Les débats dans l'hémicycle et dans le pays auront permis de souder un peu le parti socialiste. Quelques personnalités auront tiré leur épingle du jeu, en ayant montré leur épaisseur et leur étoffe. Je pense à Christiane Taubira, la ministre, à Jean-Jacques Urvoas, le président de la commission des lois, ou encore à Erwann Binet, le rapporteur. Mais cette victoire n'est pas sans un coût élevé. Le texte aura "clivé", c'est le moins qu'on puisse dire. "Moi président, je serai président d'un pays apaisé". Raté ! Le milieu homo, qui a réclamé ce texte à cor et à cris sera sans doute assez peu reconnaissant au pouvoir socialiste, une fois l'euphorie retombée. Cette loi sera considérée comme la moindre des choses, la réalisation d'une promesse acquise. Ils voudront passer à l'étape suivante, et se montreront aigris et ingrats s'ils ne l'obtiennent pas. Finalement, le PS n'aura pas de remerciements pour l'avoir fait, mais se serait fait taper dessus s'il ne l'avait pas fait. Le plus gros souci, c'est qu'il a fallu mettre beaucoup d'énergie et griller beaucoup de cartouches sur cette réforme. Je ne suis pas certain qu'il reste assez de carburant dans le réservoir pour aller à l'étape suivante et poursuivre les réformes sociétales. Certes, le pouvoir socialiste à gagné sur ce texte, mais il risque fort de ne pas y en avoir d'autre derrière.

A droite, les anti-mariage pour tous auront perdu sur le fond : le texte est passé, et la plupart sont lucides, on ne reviendra jamais dessus. Mais cela aura permis une assez belle mobilisation de la frange conservatrice, qui aura vécu de "grands moments", de ceux dont on parle encore 30 ans après, entre "anciens combattants". Politiquement, cette droite dure, mais pas extrême, est en état de marche, avec des réseaux militants, des leaders, une cohésion qu'elle n'avait pas. Elle bénéficie de l'ossature que forme la communauté catholique, très investie dans le mouvement, qui lui donne une cohésion d'ensemble. Le pouvoir socialiste va se mordre les doigts pendant les 4 ans qui restent d'ici 2017 d'avoir mis en selle cette frange de la droite, qui sera sans doute le fer de lance d'autres contestations de sa politique. Pour le reste de la droite, c'est le naufrage. Les conservateurs ont occupé tout l'espace, la droite libérale a été absolument inaudible, car elle n'a pas osé parler. Les dernières semaines, et notamment la deuxième lecture à l'assemblée ont crispé cette frange libérale, qui sentait bien la radicalisation des conservateurs, qui creusait encore davantage un fossé déjà existant. Ce n'est pas par hasard que ce sont les copéistes qui ont été en pointe dans les débats parlementaires. Si la droite libérale veut continuer à exister, il va bien falloir qu'elle se lance, et qu'elle arrête de se taire et de laisser les autres occuper la place. A force de ne rien dire, de ne rien proposer d'autre que l'abstention, on finit par disparaitre.

L'extrême droite n'a pas profité de l'affaire. Le fond de commerce de Marine Le Pen, c'est la crise, le désespoir des classes populaires face au chômage et à la misère. On ne l'a guère vue et entendue sur le mariage pour tous, et ceux qui se sont mobilisés ne sont clairement pas dans sa mouvance. De ce fait, la part de son électorat qui s'est investie, la vieille extrême droite de Maurras, l'a fait derrière d'autres leaders, avec d'autres courants dont elle peut se rapprocher, justement du fait de ce combat partagé. Contrairement à Jean-Marie Le Pen, dont c'était la terre de prédilection, cette droite aristo-réactionnaire n'est pas la tasse de thé de Marine Le Pen, qui fait davantage dans le populisme. On peut donc imaginer que les réacs bourgeois pourraient rejoindre ce courant conservateur, très bien incarné par Christine Boutin, en le droitisant. On assisterait alors à une recomposition de la droite de la droite, avec Marine Le Pen et les poujado-populiste, Boutin et les conservateurs-réacs, ne laissant finalement qu'assez peu de choses à Jean-François Copé, qui est peut-être le vrai perdant si les militants anti-mariage, les Boutin-Barjots, décident de ne pas rallier l'UMP mais de se lancer en autonomes (ce qu'ils semblent avoir envie de faire).

Il encore trop tôt pour voir clairement comment les choses vont évoluer, mais cette mobilisation anti-mariage pour tous aura été un accélérateur de mutations déjà en cours et un facteur de recomposition du paysage politique à droite. Il y aura encore bien des secousses et des réactions, tant de la droite libérale (je l'espère !) que de l'extrême droite. Tout dépendra aussi de la survie de ce mouvement, de sa capacité à se structurer. Ce bel attelage Boutin-Barjot peut très bien exploser dans les prochains mois (c'est probable même). Il restera quand même que le courant "conservateur" dans la typologie de René Rémond, aura connu un revival qui durera.

lundi 22 avril 2013

Prendre les gens pour des cons

Jean-François Copé vient d'annoncer qu'il cessait ses activités d'avocat. Officiellement, c'est pour se consacrer pleinement à ses activités politiques, parce que la situation de la France est grave.

J'appelle ça se foutre de la gueule du monde !!

Jean-François Copé est avocat depuis maintenant plusieurs années. Il a commencé par exercer dans un grand cabinet d'avocat, dans une fonction de "médiation". Autant le dire clairement, comme avocat d'affaires et carnet d'adresse sur pattes. Une forte odeur de conflits d'intérêts, pour ne pas dire pire, émane de ces activités.

En 2010, une première attaque a lieu contre les cumuls avocat-député, car beaucoup se sont engouffrés dans la brèche. Un premier débat a lieu dans la foulée de la publication du livre de Martin Hirsch, Pour en finir avec les conflits d'intérêts, visant très explicitement Copé. Cela se termine par un coup d'arrêt à la passerelle, en 2011. Sentant que les choses arrivent en pleine lumière et que ce n'est jamais bon pour les affaires, Copé a prudemment quitté le cabinet Gide en fin 2010, tout en restant avocat, domicilié au cabinet de sa soeur, elle aussi avocate. Aujourd'hui, une nouvelle offensive a lieu sur ce sujet, avec une pression pour rendre public le patrimoine. La pression est une nouvelle fois mise sur Copé, qui y répond en annonçant l'arrêt total de ses activités d'avocat.

A chaque fois, l'excuse officielle est "j'ai trop de travail", je souhaite me concentrer sur mes mandats.

Entre 2007 et 2010, Copé est maire de Meaux, président de l'intercommunalité, président du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, avec un activisme important de sa part. Etrangement, il trouvait le temps de faire l'avocat. En 2010, il arrête le cabinet, mais garde une activité, dont on ne connait pas la nature, et dont on ignore donc si elle a continué à lui prendre du temps, alors même qu'il justifiait sa sortie du cabinet Gide par la volonté de dégager davantage de temps. Aujourd'hui, la justification est encore celle-là, la question du temps, qu'il souhaite désormais consacrer aux affaires politiques.

Si Copé, a davantage de temps libre, c'est bien maintenant qu'il est dans l'opposition, où le job de député est moins prenant (quoi que, avec toutes les erreurs de la majorité...) que quand il était un pilier de la majorité parlementaire. Je ne vois en quoi sa charge de travail, sur le plan politique, à changé depuis 2012, ni en quoi la situation du pays s'est tellement dégradée qu'il faille, là maintenant, abandonner des activités privées d'avocat. Au passage, il flingue complètement ses déclarations de 2010, puisque s'il ressent le besoin d'arrêter ses activités d'avocat pour dégager du temps pour sa famille politique, c'est qu'il avait encore un volume d'affaires et d'activité non négligeable. Donc, soit il avait continué à brasser des affaires en 2010, et il s'est moqué du monde à cette époque, soit il avait arrêté quasiment complètement, et c'est maintenant qu'il se moque de nous. L'excuse du "je dois me concentrer sur mes mandats", ça ne marche qu'une fois !

Tout cela ne tient pas la route, ça crève les yeux. La vraie raison de ce retrait, c'est que Jean-François Copé, en très bon animal politique qu'il est, sens que ça ne tiendra plus longtemps, et qu'il va falloir arrêter complètement (du moins pour un temps) ce cumul d'activités, dont le principe même ne passe plus. La première fois, il a cru qu'un simple recul suffirait, mais là, visiblement, il va falloir en faire plus. A chaque fois, le recul a lieu au dernier moment, et est millimétré pour ne pas aller plus loin que nécessaire dans le sacrifice des lucratives activités privées. Comment Copé pense-t-il faire croire à qui que ce soit qu'il est sincère quand il dit que c'est pour mieux se consacrer à son activité politique ? Comment peut-il croire convaincre à une quelconque conversion sur la transparence et la lutte contre les conflits d'intérêts ?

Le décalage est tellement énorme, l'excuse tellement bidon...

samedi 20 avril 2013

Nouveau naufrage en vue à gauche

Un nouveau naufrage politique attend le Parti socialiste et le gouvernement, il s'agit de la Banque publique d'investissement. L’ambiguïté de départ vient d'éclater au grand jour, et vu les acteurs de cette nouvelle farce, ça devrait être grandiose. Deux lignes politiques s'affrontent autour de cette BPI. Pour les uns, que j'appelle les "technocrates", c'est un outil pour rationaliser les investissements publics et éventuellement, injecter un peu plus d'argent public dans l'économie française, mais en respectant ce qu'on peut appeler une "saine gestion", c'est à dire de ne pas dilapider le capital. Pour les autres, les "politiques", qui entendent faire de cette BPI un camion de pompiers pour éteindre les incendies sociaux dans les entreprises dont la fermeture fait beaucoup de bruit dans les médias, et où ils n'ont plus les outils pour arriver en sauveurs.

Rien que sur cette ambiguïté, ça va péter, mais en plus, le choix des acteurs va rendre la déflagration assez formidable. Les technocrates ne vont certainement pas vouloir se transformer en organisme de défaisance, récupérant tous les canards boiteux de France afin de garantir les emplois. D'abord, ce n'est pas du tout leur culture. Ils sont, en profondeur, des gestionnaires prudents, qui se veulent les gardiens du bon usage des deniers publics. Ils sont dressés à ça depuis leur plus jeune âge, c'est le cœur de leur conscience professionnelle. Ils ne lâcheront jamais. De l'autre coté, vous avez Ségolène Royal et Arnaud Montebourg, deux politiques à l'état chimiquement pur, pour qui c'est le choix politique qui prime, et l'intendance doit suivre. Pas besoin de vous faire un dessin...

A la fin, ce sont les technocrates qui gagneront. Pour plusieurs raisons. La première est qu'ils sont indispensables pour faire tourner la machine, et que les élus n'ont personne à mettre à leur place. Je ne connais aucun technicien compétent dans ce domaine qui s'aventurerait à accepter ce poste en sachant qu'il aura tous les technos de Bercy, de la Banque de France et de la Caisse des dépôts à lui tirer dans le dos. C'est tout simplement suicidaire. Ensuite, la BPI, c'est un 50/50 entre l’État et la Caisse des dépôts. Cela veut dire que nos politiques ne sont pas seuls maîtres à bord, et doivent composer, au sein des structures de décision, avec d'autres. Enfin, les technocrates ont le temps pour eux, alors que les politiques ont un horizon plus limité, 2015 au mieux. Un défaite électorale de Ségolène Royal la ferait dégager de son poste, puisqu'elle est là comme présidente de conseil régional, au titre de la représentation des collectivités territoriales. S'il fallait en plus d'autres arguments, on peut raisonnablement penser que la demande des politiques de soutien à fonds perdus des canards boiteux industriels n'est pas très euro-compatible (l'UE interdit les aides d’État faussant le libre jeu de la concurrence). Bref, les politiques ne peuvent pas gagner, tout juste peuvent ils obtenir des technocrates quelques aumônes, qui leur permette de faire croire qu'ils sont influents et qu'ils ont sauvé des emplois. On peut penser que les entreprises en difficulté en Saône-et-Loire et en Charente-Maritime ont plus de chances de se retrouver sur le haut de la pile, mais c'est à peu près tout !

On va donc au clash, et sans attendre en plus. Il ne peut se terminer que par une humiliation pour les imprudents politiques. On le voit, ça crève la vue, Montebourg et Royal vont dans le mur en klaxonnant, ce qui fera rejaillir leur échec sur l'ensemble du gouvernement et de la gauche. Mais c'est plus fort qu'eux...

vendredi 19 avril 2013

La séance de la Honte

Cette nuit, l'Assemblée nationale a terminé l'examen, en seconde lecture, du projet de loi sur le mariage pour tous, dans une ambiance absolument lamentable. Une honte. Cette photo, prise par un député PS anonyme, résume bien ce que fut l'attitude du groupe UMP, du moins des quelques ultras présents dans les travées, et qui ne sont en rien représentatifs de ce groupe. On y voit des députés descendant faire le coup de poing contre un commissaire du gouvernement (le directeur des affaires civiles et du sceaux au ministère de la Justice) pour un regard de travers. Ceux qui figurent sur cette photo doivent avoir honte, ce matin...

La honte est à plusieurs titres. D'abord la violence physique, qui est inexcusable, quel que soit le lieu, quel que que soit le prétexte. On peut tourner autour du pot tant qu'on veut, arguer de toutes les provocations, c'est toujours celui qui cogne en premier qui a tort ! Ce qui est grave, c'est que le rôle du Parlement est justement d'exprimer et de canaliser la violence des affrontements politiques, pour éviter qu'ils ne débouchent sur des affrontements physiques et violents. Or, en se livrant eux-mêmes à des violences au sein de l'hémicycle, les députés manquent à leur rôle suprême, qui est justement d'exprimer des clivages et des affrontements tout en désamorçant le potentiel de violence et de débordement. Malheureusement, sur la question du mariage pour tous, cette scène n'a été que le point d'aboutissement d'une faillite complète, qui a vu des députés préférer aller à la manifestation que dans l'hémicycle, et en revenir dans l'état d'esprit, échauffé, de manifestant, et non pas de parlementaire.

C'est aussi une honte pour le groupe UMP, dans son entier, présents bien entendus, mais aussi absents. L'UMP s'est fait complètement déborder par les plus extrémistes et les excités, et leur a laissé le champ libre. Je comprends parfaitement que face à cette escalade dans la bêtise militante, à laquelle nous avons assisté sur ce texte, certains préfèrent rester chez eux et ne pas s'associer à ces dérapages. Sauf qu'à un moment donné, quand ça dérape vraiment trop franchement, il faut que des voix s'élèvent pour dire que ça va trop loin, et que la "solidarité" de groupe ne va pas jusqu'à laisser dire n'importe quoi, et surtout, jusqu'à accepter la violence physique. Les incidents de cette nuit, le coup de poing, mais aussi la longue litanie d’imbécilités qui ont pu être prononcées par des députés UMP engagent l'ensemble du groupe, si aucune voix ne s'élève, au sein du groupe, pour s'en désolidariser. Se taire, c'est cautionner ce qui s'est passé et l'endosser, quand bien même on était absent de l'hémicycle, ou quand bien même on est resté assis à sa place au moment de l'incident violent.

C'est une honte pour le parti UMP, et la droite républicaine dans son ensemble, que d'avoir laissé le champ libre à sa frange extrémiste, que de ne pas avoir eu le courage, face à ces excités, de dire qu'ils ne pensaient pas comme eux. Quand on entend dire que des manifestants ont été "gazés", alors qu'ils ont pris un peu de gaz lacrymogène, quand certains disent qu'il y a eu des violences policières, mais que personne n'a été hospitalisé, c'est excessif. J'aurais aimé qu'une voix courageuse, au sein de l'UMP, prenne le contre-courant de cette logorrhée militante et remette les choses à leur juste place. Il y a eu des dérapages du côté des manifestants à cause de quelques éléments radicaux, qui n'étaient en rien représentatifs de l'ensemble des manifestants, qui étaient calmes et respectueux des consignes. Mais il n'y a pas eu non plus de violences policières. Pas de morts, même pas de blessés !

La question, en cette fin de débat sur le mariage pour tous, ce n'est plus tellement pour ou contre le texte en lui-même (de toute manière, c'est plié) mais c'est de se positionner par rapport aux propos et postures des manifestants et de leurs leaders. J'attendais des parlementaires qu'ils sachent prendre de la hauteur par rapport à la base, pour justement faire la part des choses et porter une parole modérée, donc crédible et audible auprès du plus grand nombre. Non seulement ils ne l'ont pas fait, mais en plus, ils se sont complètement alignés sur la base, en lui courant après, montrant ainsi qu'ils ne sont pas leaders mais à la remorque d'un mouvement social. La plus belle faillite politique est celle-là, car l'UMP n'a rien à gagner à coller ainsi à un mouvement extrémiste et radicalisé. Non seulement elle n'y gagnera pas beaucoup chez les militants radicaux, qui considèrent cet alignement comme "normal" et étant la moindre des choses, mais elle y perdra chez les modérés, qui vont lui reprocher de s'être compromis avec des pratiques et des attitudes qui leurs déplaisent profondément.

Autant sur la première lecture du texte, l'UMP n'a pas trop mal joué, autant elle a fait naufrage en deuxième lecture, en se laissant entraîner par la radicalisation d'un petit noyau de militants qui ne sont certainement pas représentatifs de toute la droite, tant sur le plan des idées que des méthodes.