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mercredi 19 novembre 2014

L'ouverture des séances supplémentaires

L'article 6 de proposition de réforme du Règlement vise à mettre un verrou aux demandes du gouvernement, toujours avide de faire siéger les députés du lundi au vendredi, pour faire passer tous ses textes.

Actuellement, seuls les mardis, mercredis et jeudis sont ouverts pour y placer des débats. Les lundis et vendredis sont réservés à la circonscription, mais peuvent être "ouverts" sur la demande du gouvernement. Comme cette demande est "de droit", personne ne peut s'y opposer. Autant dire que le seul frein du gouvernement, c'est la présence de ses propres troupes, afin qu'il y ait quelques députés dans l'hémicycle. Les séances du lundi commencent rarement avant 16 heures. Par contre, le vendredi, cela peut parfois aller très loin dans la nuit. Autant dire que cela plaît très moyennement aux députés !

Lors de cette réforme du règlement, l'idée a germé de faire comme au Sénat, où l'ouverture des lundis et vendredis n'est pas de droit, mais soumise à validation de la conférence des présidents. Le gouvernement doit donc s'assurer, avant de placer des textes ces jours-là, que les sénateurs sont d'accord, car ils peuvent bloquer la demande. Le verrou fonctionne au Sénat, car les sénateurs n'hésitent pas à dire non au gouvernement. Ce n'est malheureusement pas le cas à l'Assemblée nationale, où le groupe majoritaire ne dit que rarement non au gouvernement dont il est le soutien. Si cet article est adopté, en pratique, il ne se passera pas grand chose car, sauf abus flagrants, la conférence des présidents, où le président du groupe majoritaire est le maître des votes, ne s'opposera pas à la demande du gouvernement.

A cette occasion, un débat a surgit, car le président de la commission des lois et rapporteur du texte, Jean-Jacques Urvoas, a émis des réserves sur cet article. Il estime qu'il va trop loin dans la limitation des pouvoirs du gouvernement et que sa constitutionnalité est donc douteuse. Je ne saurais me prononcer sur le bien-fondé de la remarque, mais il est vrai que les "Sages" ont toujours été très chatouilleux dès qu'il s'agit de protéger les prérogatives du gouvernement face au Parlement. Apparemment, leur logiciel de pensée est resté bloqué sur l'année 1958 et ils sont toujours dans la hantise des débordements de la IVème République. Comme les réformes des Règlements sont systématiquement soumis au Conseil constitutionnel, on aura assez vite la réponse.

Ce débat pourrait passer pour purement académique et dénué d'intérêt pratique. Sauf que le dispositif existe au Sénat et qu'il est effectivement utilisé. S'il est déclaré inconstitutionnel dans le cadre de l'examen du Règlement de l'Assemblée, il y a fort parier que cela fasse jurisprudence aussi pour le Sénat. Celui-ci se ferait alors rattraper par la patrouille, car le nouveau président du Sénat concocte sa réforme du règlement. Même si la question ne figure pas dans le texte soumis au Conseil constitutionnel, celui-ci a les moyens de soulever d'office un point du règlement qui lui déplaît...

Nous avons donc un article qui, en apparence, réduit les pouvoirs du gouvernement, mais qui, au final, pourrait lui rendre service, en dégommant par ricochet une disposition du règlement du Sénat qui le gêne. Heureux hasard ou coup tordu des députés contre leurs "collègues" du Sénat ? Je ne saurais dire...

La Réforme du Règlement

L'Assemblée nationale vient d'engager une réforme de son règlement. Certes, elle est d'ampleur limitée, car l'UMP refuse une modification de la Constitution ou des lois organiques qui encadrent les règles de fonctionnements de l'Assemblée. Ils considèrent, et n'ont pas forcément tort, qu'une réforme d'ampleur a déjà eu lieu en 2009. Elle n'est certes pas parfaite, mais il faut la laisser vivre et aller au bout des possibilités qui sont offertes. Toutes les conséquences n'en ont pas encore été tirées, on le voit bien avec la semaine de contrôle, qui ne trouve pas sa place dans sa configuration actuelle, ou encore avec le temps législatif programmé, pour lequel on découvre de nouveaux usages auxquels on n'avait pas pensé.

Pour autant, le projet de réforme est intéressant. Il contient quelques mesures qui sont loin d'être anodines, ouvrant des perspectives. C'est aussi un moment d'introspection, où les députés font un peu le bilan de la réforme de 2009, mais aussi de l'évolution des pratiques. Que ce soit l'impact du site nosdéputés.fr, les nouvelles règles de déontologie ou encore la perspective du non cumul et de ses implications sur le travail parlementaires, de vrais sujets sont débattus. Aucun député n'est indifférent, car c'est leur quotidien qui est concerné. Suivre les débats d'une réforme du règlement, c'est le meilleur moment pour étudier le fonctionnement du Parlement : pas besoin de courir après les députés pour solliciter des entretiens, ils se réunissent spontanément pour un brainstorming de haut niveau.

J'entends donc profiter de ce moment pour réaliser une série de billets (le nombre n'est pas encore fixé) pour explorer tous les aspects de cette réforme, expliquer en détails les mesures intéressantes, comprendre, à travers les discours, ce qu'est un député et la manière dont il envisage son rôle.

jeudi 13 novembre 2014

Lagarde n'est pas au bout du chemin

Jean-Christophe Lagarde vient d'être élu président de l'UDI. C'est le meilleur choix, le moins mauvais plutôt, que pouvaient faire les adhérents de ce parti. C'est d'ailleurs lui que je voyais arriver, dès la démission de Borloo. Pour autant, le nouveau patron des centristes n'est pas sorti d'affaire.

Son espace politique n'est pas totalement ouvert. L'UMP se déchiquète magnifiquement, et est toute occupée à ses querelles internes. Cela laisse un espace politique au centre, d'autant plus important que Nicolas Sarkozy tente un retour par la droite de la droite. Finalement, le seul à pouvoir vraiment faire de l'ombre à Lagarde, c'est Bruno Lemaire, qui se donne une image de réformateur lisse, capable de séduire à l'UDI. A gauche par contre, les nouvelles ne sont pas excellentes, car Manuel Valls prend progressivement un ascendant, et son positionnement, très à la droite du PS, qu'il ne renie pas une fois arrivé au pouvoir, laisse peu de marge à l'UDI. Il y a peut-être une lueur d'espoir chez les radicaux de gauche, qui vont commencer à se chamailler pour la succession, d'ores et déjà ouverte de Jean-Michel Baylet.

La situation interne n'est pas brillante. Il va falloir tout le talent de Jean-Christophe Lagarde pour arriver à faire quelque chose de cette présidence de l'UDI avant 2017.

Le premier souci est une élection médiocre, au deuxième tour, avec 53%. Pas de quoi donner une grande légitimité de départ à l'élu. Il va y avoir des plaies à panser, car la campagne a été particulière dégueulasse, des récompenses à accorder et un appareil politique à remettre en ordre de bataille. Il a prouvé qu'il avait les qualités d'un combattant, même s'il ne faut sans doute pas trop aller regarder en cuisine la manière dont le plat est préparé. Les départements de la petite couronne parisienne ne sont pas des terres électorales pour bisounours, mais pour des cow-boys. Nous avons un aperçu pendant la campagne interne, avec les fuites savamment orchestrée sur les méthodes de Lagarde. Je lui fait confiance sur cet aspect de "cuisine interne", même s'il y aura du sang sur les murs, chose que les centristes n'aiment pas.

Le deuxième souci est d'arriver à produire quelque chose de neuf, idéologiquement, au sein d'un parti très éclaté et individualiste. Entre les radicaux, les démocrates chrétiens, les libéraux, et ceux qui sont là parce qu'ils sont de droite sans vouloir être à l'UMP, il n'y a finalement pas grand chose en commun. Cela a toujours été le problème de l'UDF, et la raison pour laquelle ils se sont quasiment toujours fait bouffer par les gaullistes. Mis à part avec l'élection de Giscard, qui a profité d'une bonne image (en 1974, après, ça c'est gâté) et d'une trahison orchestrée par Chirac, c'est toujours le RPR qui était devant. Même déchirée, l'UMP reste une belle machine de guerre, avec une unité idéologique autour de quelques "valeurs" simplistes, celles qui permettent de rassembler facilement. Compliqué de jouer sur l'intelligence, la tactique habituelle des centristes. Il faudrait une révolution culturelle pour sortir les centristes de leur culture de "perdants magnifiques", de Poulidor de la droite.

2017, ça va arriver vite. Pour avoir l'espoir de faire autre chose que de la figuration à la présidentielle, la seule élection qui compte véritablement, il faudra être opérationnel dès la fin 2016, ce qui laisse deux ans, grand maximum, à Jean-Christophe Lagarde, pour s'imposer réellement. Pas gagné... mais pas perdu non plus.

mardi 4 novembre 2014

La minute de silence

Cet après-midi, les Verts ont demandé qu'une minute de silence soit observée, pendant les questions au gouvernement, à la mémoire de Rémi Fraisse, mort lors d'une manifestation. Claude Bartolone a refusé, et il a eu raison.

Techniquement, les questions au gouvernement sont une séance à part, car elle est télévisée. Pour des raisons d'équilibre de temps de parole entre les groupes, il faut veiller à ce que chaque groupe ait son quota, dans le temps de la diffusion. C'est parfois difficile à tenir, notamment quand le Premier ministre, qui parle autant qu'il le veut, fait déborder la séance au delà de 16h (et que l'antenne de France Télévision est alors coupée). Si on commence à accepter les rappels aux règlements et autres "incidents de séance", ce n'est plus tenable, car les députés ne manqueraient pas de bordéliser complètement cette séance, déjà bien chaotique. Le refus de Claude Bartolone est donc compréhensible de ce point de vue.

Mais il n'est pas possible d'en rester là, car cette demande est très politique et il ne faut pas se cacher derrière le règlement. Le refus de Claude Bartolone est aussi politique. Et là encore, je lui donne raison.

Je peux comprendre la volonté des Verts de faire de Rémi Fraisse un "martyr". C'est l'un des leurs, il est mort dans des circonstances tragiques, alors qu'il n'avait pris aucun risque inconsidéré. En France, il n'y a pas de raison de craindre d'être tué lors d'une manifestation, c'est rarissime. Ce décès est sans doute dû à un très malheureux concours de circonstances. Mais il n'en reste pas moins que l'émotion suscitée par sa mort est parfaitement compréhensible et légitime. Le retard à l'allumage du gouvernement, qui a attendu longtemps avant d'exprimer des mots de compassion, frôle la faute politique lourde.

Ce qui est plus critiquable, c'est la volonté des Verts, et particulièrement de Cécile Duflot de faire de Rémi Fraisse une "icone" et de lui donner ainsi un statut de "victime politique". Il y a clairement une instrumentalisation d'un évènement tragique, et c'est contestable en soi. On est dans un "récit partisan", une lecture très particulière de l'évènement. Je ne dis que ce point de vue est illégitime. La politique, c'est aussi cela. Mais on n'est pas obligé de partager cette écriture de l'histoire. En cherchant à imposer son récit dans un cadre officiel et institutionnel, Cécile Duflot, à mes yeux, va trop loin, car elle veut forcer une reconnaissance officielle de son point de vue militant.

Le refus de Claude Bartolone est parfaitement légitime, car en acceptant, il engage l'institution et donc l'ensemble des députés, qui sont parfois très loin de partager le point de vue de Cécile Duflot sur cet évènement. Son rôle est de préserver l'institution, en évitant qu'elle soit instrumentalisée à des fins de polémique politicienne. Que les Verts rendent un hommage à Rémi Fraisse lors de leurs meetings, c'est leur droit le plus strict et je n'irai pas le leur reprocher. Mais ils n'ont pas à l'imposer à la représentation nationale.

samedi 25 octobre 2014

Qui dirige la France ?

C'est au tour de Gilles Carrez de se retrouver dans la ligne de mire, pour être en "délicatesse" avec le fisc. Pour celui qui a été rapporteur général du budget de 2002 à 2012 et depuis, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, il faut reconnaitre que c'est assez comique.

Je rigole beaucoup moins quand j'écoute les explications qu'il fournit, notamment à Médiapart. L'homme est de bonne foi, je n'ai pas franchement de doutes. Mais justement, cette bonne foi rend encore plus inquiétant ce qui suit.

Son problème fiscal vient de l'ISF. Maire du Perreux-sur-Marne, coquette citée du Val-de-Marne où l'immobilier n'est pas donné, il est l'heureux propriétaire d'un pavillon qui lui sert de résidence principale. Jusque là, pas de souci. Il se trouve qu'ayant sans doute quelques biens ou placements, il est aux limites du seuil de l'ISF, qui est de 1,3 millions d'euros. Il considère qu'il n'y entre pas, car il pense bénéficier de la loi fiscale, qui offre un abattement de 30% sur la valeur de la résidence principale. Mais le fisc ne l'entend pas de cette oreille, car Gilles Carrez détient sa maison via à une société civile immobilière. Or, pour les impôts, on ne bénéficie de l'abattement de 30% que si on possède sa résidence principale "en direct". Donc le président de la commission des finances, celui-là même qui a fait voter cet abattement de 30% en 2007, s'est trompé dans sa déclaration...

Là, je commence à m'inquiéter, car en matière d'expertise fiscale, sur les bancs de l'Assemblée nationale, Gilles Carrez est un cador. Ils ne sont pas nombreux à maitriser ainsi la matière, moins d'une dizaine (et encore...). En fait, ils ne la maitrisent pas si bien que ça. Rassurant...

Je n'ai pas creusé, mais je pense que c'est en fait d'ailleurs que vient le problème. Gilles Carrez affirme qu'au moment du vote de son amendement, en 2007, il était clair dans son esprit que l'abattement de 30% devait bénéficier à toutes les résidences principales, quelque soit le mode juridique de détention. Visiblement, ce n'est pas ce qui est écrit dans le code des impôts. Ou pire, ce n'est pas ce que l'administration fiscale lit... et c'est pourtant cette interprétation qui l'emporte.

Entre ce que décide le Parlement, ce qui est effectivement écrit dans le code général des impôts et la manière dont le fisc l'applique, il semble y avoir des différences plus ou moins importantes. On se pose alors la question : qui dirige la France, en fait ?

dimanche 19 octobre 2014

Les limites de Wikipédia

Ces derniers jours, le blogueur Thierry Crouzet éructe contre Wikipédia. Une page sur une théorie économique, à laquelle il semblait tenir, a été supprimée. Il se répand en critiques, tant sur son blog que sur les réseaux sociaux, soutenus par des gens que j'ai connus plus inspirés.

En gros, Thierry Crouzet reproche à un petit groupe, qu'il qualifie de "sectaire", d'avoir monté une cabale, pour supprimer des pages qu'il estime parfaitement admissibles. On est là devant un cas hyperclassique sur Wikipédia, qui arrive tout le temps en fait. Chacun vient y déverser sa prose, ses théories, plus ou moins fumeuses, sans trop se soucier d'apporter des sources et des validations. Bien entendu, à chaque fois sans s'être renseigné sur les critères d'admissibilité ni sur les procédures. Bref en ignorant tout ou presque du fonctionnement de Wikipédia. Et après, ça crie et ça hurle au complot et l'obscurantisme...

Je ne connais pas la théorie économique dont la page a été supprimée, au grand dam de Thierry Crouzet. Je ne saurais donc me prononcer sur le fond. Pas besoin, de toute manière, car la page ne répond pas aux critères d'admissibilité, faute de sources crédibles. En effet, en lisant les pages de Wikipédia sur le débat de suppression, on voit que les sources sont toutes issues de l'auteur de la théorie. Elle est exposée dans un livre auto-édité et n'a pas fait l'objet d'articles scientifiques dans des revues reconnues. Contrairement à ce que certains peuvent croire, Wikipédia n'est pas un page blanche ouverte à tout. Elle recueille le savoir validé, c'est-à-dire reconnu par une communauté scientifique spécialisée. On ne peut pas mettre sur Wikipédia ce que l'on appelle du travail inédit, car il n'a pas été validé. C'est le B-A-BA d'une encyclopédie. Donc la décision de suppression de la page "théorie relative de la monnaie" est parfaitement justifiée rien que pour cela : Travail Inédit.

Thierry Crouzet semble passer à côté de cela, pour attaquer la communauté chargée de "réguler" Wikipédia. Il est vrai qu'on pourrait en dire bien des choses, qu'elle est loin d'être parfaite, et que la "régulation des régulateurs" est une vraie boucherie. Les critiques visant le côté très bureaucratique et abscons des procédures de Wikipédia sont fondées, et certains membres "éminents" parmi les contributeurs sont des psychorigides, pour ne pas dire pire. Bien que des structures existent, l'accueil des nouveaux est une grosse faiblesse de la communauté.

Mais...

Wikipédia existe et produit un contenu reconnu comme étant de qualité au moins équivalente aux quelques encyclopédies papier qui subsistent encore. Le projet, lancé en 2001, fonctionne et c'est grâce à cette communauté et aux procédures mises en place. Oui, c'est parfois compliqué, mais c'est absolument nécessaire si l'on veut construire quelque chose d'aussi complexe que Wikipédia. Le fonctionnement "politique" de la communauté est absolument fascinant à observer. Quand on assimile les règles de base, et qu'on a un peu de bouteille, on peut s'intégrer sans trop de problèmes dans un groupe où on est reconnu en fonction du travail qu'on fournit. L'argument d'autorité n'a pas sa place, et le type qui débarque d'on ne sait où en prétendant que lui seul sait, et que les autres sont des cons, peut se faire envoyer balader assez méchamment.

Quelque part, c'est un peu ce que fait Thierry Crouzet, qui n'est personne sur Wikipédia, et qui prétend imposer ses théories et faire la leçon en des termes peu sympathiques. Il ne faut pas s'étonner d'être mal reçu dans ces conditions...

lundi 13 octobre 2014

Misère de la critique intellectuelle

La vie intellectuelle française devient de plus en plus misérable. Non pas dans la production, mais dans la critique et l'animation du débat. C'est tout simplement pitoyable. Deux exemples très récents viennent illustrer cela, la polémique ahurissante autour de la participation de Marcel Gauchet aux journées de Blois, et la manière dont le prix Nobel d'économie de Jean Tirole a été commentée par certains. On comprend mieux pourquoi notre pays, qui a pourtant des pépites, se casse la gueule...

D'abord Marcel Gauchet. Je dois commencer par dire que j'apprécie énormément la pensée de Marcel Gauchet, qui est à mes yeux un des meilleurs penseurs politiques français actuellement en activité. Même si je ne suis pas nécessairement en accord avec tout ce qu'il écrit, je lui reconnais une hauteur de vue et une capacité à animer un débat absolument hors pair. Qu'il participe aux journées de l'histoire de Blois devrait réjouir tout ceux qui aiment l'histoire, car c'est la promesse d'un moment de haut niveau. Et bien non, il se trouve des couillons, totalement inconnus au bataillon, pour lui cracher dessus. Ce n'est pas le plus grave, car des aigris, qui envient ceux qui sont meilleurs qu'eux, ça existe partout. Non, le plus grave, c'est qu'ils trouvent des relais médiatiques. En effet, nos deux couillons anti-Gauchet ont quand même réussi à passer trois tribunes dans Libé...

Je vous passe l'indigence de l'accusation, Laurent Bouvet leur règle très bien leur compte dans Slate. Il n'y a que des élucubrations, portée par une piétaille qui ne représente rien. Je me suis amusé à regarder la liste des signataires de la pétition, parue dans Libé. Je n'y vois aucun nom connu, à part Arlette Farge, dont je me demande ce qu'elle vient faire là (à moins qu'elle ait un compte personnel à régler avec Gauchet). Un média digne de ce nom se doit de filtrer ce qu'il publie, surtout quand c'est d'une telle pauvreté intellectuelle et que c'est porté par un troupeau disparate d'illustres inconnus. Si c'est cela le niveau du débat intellectuel que Libération prétend animer, on est mal barrés...

L'autre moment d'énervement, c'est la manière dont à été reçue l'attribution à Jean Tirole du prix Nobel d'économie (je sais, c'est pas le titre exact, mais j'assume le raccourci). Je ne connais rien à l'économie, j'ai découvert le nom de ce monsieur aujourd'hui. Je ne saurais donc porter un jugement sur le fond de sa pensée. Simplement, je constate qu'un jury international (donc non franco-français) a jugé bon de le distinguer. En soi, c'est le signe que la France est encore capable de produire des penseurs de très haut niveau, ce qui est rassurant (à mes yeux du moins). Plutôt que de voir cet aspect, un concert s'est élevé, illustré à merveille par cet éditorial de Médiapart (qui me déçoit de plus en plus). Tout ce qu'ils retiennent, c'est que Jean Tirole est un méchant néolibéral, et que lui donner le prix Nobel, c'est servir la soupe de cette engeance maléfique, et que de toute manière, le jury des Nobel de l'économie ne récompense que des ultra-libéraux, donc c'est de la merde.

Je rigole doucement, car ces mêmes personnes, quand elles parlent de Joseph Stiglitz, leur idole, n'oublient jamais de signaler qu'il est prix Nobel d'économie, dont habilité à parler de manière crédible. Un prix Nobel, c'est bien quand il récompense quelqu'un qui pense comme moi, c'est du grand n'importe quoi sinon. On peut ne pas être d'accord avec Jean Tirole ou Joseph Stiglitz, mais j'estime qu'à ce niveau intellectuel, la pensée et l'oeuvre de ces économistes est suffisamment dense et complexe pour mériter des débats moins réducteurs et appauvrissants. Pourtant, c'est globalement la soupe qu'on nous a servi aujourd'hui dans les médias français, entre les "cocoricos" des nationalistes, tous contents d'avoir deux Nobels cette année, et les crachats des gens qui croient qu'être de gauche, c'est baver sur ceux qui n'ont pas une doxa néo-marxiste.

Comme j'aimerais un débat médiatique de qualité, où on parle du fond, des idées (quitte à s'écharper, ce n'est pas la question) en respectant la pensée des uns et des autres, sans mauvaise foi ni raccourcis. Cela devrait être le rôle des médias et des journalistes que d'organiser ce débat de qualité. C'est loin d'être le cas...

samedi 27 septembre 2014

Le pipeau de l'obsolescence programmée

Les députés ont adopté hier, en commission, dans le cadre du texte sur la transition énergétique, un amendement qui prétend lutter contre l'obsolescence programmée. Vous savez, le phantasme qui consiste à croire que les fabricants sabotent volontairement leurs produits pour réduire leur durée de vie. Alexandre Delaigue en parle très bien. Qu'il y ait, de manière ponctuelle, de telles pratiques, c'est possible, mais leur répression est déjà possible. L'arsenal législatif est amplement suffisant. Rien qu'avec le délit de tromperie sur la qualité de la marchandise, on fait tomber bien des industriels indélicats.

A travers cet amendement, proposé par les écologistes (pas un hasard), ce qui est recherché, c'est moins lutter réellement contre le phénomène que de faire mousser débats et fantasmes militants.

Tout ceux qui ont eu un espoir en lisant, dans leurs journaux préférés, la reprise de la dépêche AFP, vont vite déchanter. Juridiquement, le texte ne tient pas la route. Personne ne s'est malheureusement donné la peine d'aller voir, ce qui est bien dommage.

D'abord, on est en droit de la consommation, domaine sous très étroite dépendance de la législation européenne. En clair, si c'est pas dans la directive, c'est dehors, ce qui est le cas ici. Dans cet amendement, les écologistes proposent d'exercer une répression de nature pénale contre les fabricants qui ont intentionnellement réduit la durée de vie du produit dès sa conception.

Tout cela, il va falloir le prouver, et c'est tout sauf évident. C'est même quasiment impossible tellement les conditions à remplir sont drastiques. Cela pose aussi un problème constitutionnel de légalité des délits et des peines. Il faut, en droit pénal, que les termes soient précis et sans équivoque, afin que nul n'ignore, au moment de commettre un acte, qu'il tombe sous le coup du droit pénal. Et là, j'aimerais que les écologistes m'expliquent comment on définit "la durée de vie d'un produit" et comment on arrive alors à savoir qu'elle a été réduite.

Vous l'aurez bien compris, cet amendement est totalement inopérant, et ne survivra pas longtemps. Nous sommes en début de processus législatif sur la loi transition énergétique. Derrière, il y aura sans doute un passage devant le conseil constitutionnel, puis, si jamais il y a tentative de mise en oeuvre, le droit européen viendra l'achever.

Voilà comment on entretient un mythe urbain des temps modernes, et on en retire tous les bénéfices, quand on fait de la politique, sans avoir à chercher une efficacité réelle. Beaucoup de choses, en politique, marchent comme ça. Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir fait du bon boulot, mais d'avoir une reprise par l'AFP...

mercredi 24 septembre 2014

C'est l'histoire de trois jihadistes

L'histoire fait rire, elle devrait faire pleurer. Sur notre classe politique, notre haute administration et notre système médiatique.

Trois jihadistes français revenant de Syrie se font pincer en Turquie. Le gouvernement de ce pays décide de les expulser vers la France, afin d'y être récupérés par les services secrets, avides de ce genre de gibier. Mais voilà qu'un pilote d'Air France refuse de les embarquer. Le gouvernement turc ne se laisse pas démonter et met les jihadistes dans l'avion suivant. Au lieu d'atterrir à Paris, nos oiseaux se poseront à Marseille. Un détail pour les turcs. Sauf que voilà, la communication avec Paris, si tant est qu'elle ait existé, passe mal.

Personne à Marseille pour former le comité d'accueil. Et voila qu'en plus, les contrôles "normaux" sont en panne, ce qui fait que nos terroristes franchissent sans aucun souci tous les barrages et se retrouvent lâchés dans la nature sans avoir été inquiétés le moins du monde. Ils en furent d'ailleurs les premiers étonnés. Apprenant qu'ils sont recherchés, ils décident de se rendre aux forces de l'ordre et se présentent à une gendarmerie. Mais celle-ci est fermée, à la suite d'un regroupement d'effectifs pour cause de restrictions budgétaires. Ils finissent par arriver à bon port et sont entre de "bonnes mains".

C'est tout simplement ridicule et grotesque. Surtout une semaine après l'adoption d'une loi sur le terrorisme, avec une interdiction de quitter le territoire... Ils doivent bien rire les apprentis jihadistes !

On a tous les travers de la politique à la française sous les yeux. On pond loi sur loi, n'hésitant pas devant les surenchères, avec des talents réels pour mener des opérations de communication. Et puis derrière, on ne met pas les moyens adéquats pour appliquer les textes que l'on vote. D'ailleurs, si on mettait réellement les moyens, on se passerait volontiers de nombreuses lois, purement inutiles comme cette loi terrorisme, pas encore définitivement votée et déjà obsolète.

C'est comme ça pour tout, en particulier dans le "régalien", que ce soit la police, la justice, l'éducation. On lance réforme sur réforme, concoctées dans les bureaux par des fonctionnaires qui ne savent faire que cela. Quand vous n'avez qu'un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous. On est en plein dans ce syndrome.

S'il n'y avait que le gouvernement à être mouillé... Voilà qu'en creusant, on se rend compte que les médias ne sont pas blancs. En effet, le ridicule s'est accentué par le fait que l'arrestation de ces trois jihadistes avait été annoncée en grande pompes par itélé à 13h30, heure à laquelle l'avion censé transporter nos jihadistes devait atterrir à Paris.

Voilà donc qu'un média à grande audience annonce un évènement qui n'a pas eu lieu, mais qui aurait dû avoir lieu s'il n'y avait pas eu un pilote, à Istanbul, qui a refusé de prendre trois jihadistes dans son appareil... En clair, le ministère de l'Intérieur a pré-vendu l'exclusivité de l'annonce à i-télé, qui s'est empressé de ne rien vérifier et de jouer consciencieusement son rôle de porteur d'eau du pouvoir. Cela met crument en lumière tous les articles de presse parus au moment de l'examen de la loi sur le terrorisme dans divers journaux. On a dépassé le stade de la honte.

Plus rien ne va dans ce pays...

dimanche 21 septembre 2014

Inquiet

La semaine qui vient de s'écouler a été fertile en évènements franchement inquiétants. Après la phase précédente qui a vu la majorité s'effriter encore un peu plus, c'est maintenant la "rentrée sociale", celle des premières manifestations et revendications. C'est traditionnel, ça arrive tous les ans, dans la deuxième quinzaine de septembre, quand tout le monde est revenu, et qu'on peut mobiliser utilement un secteur.

Ce sont d'abord les professions réglementées qui ont ouvert le bal. Je ne vais pas pleurer sur les notaires, pharmaciens et huissiers de justice, ils ont de la marge avant d'être dans la misère. Mais je dois reconnaitre que leurs opérations ont été rondement menées et efficaces. Une belle démonstration de force, qui indique clairement que l'ensemble de ces secteurs sont mobilisés, organisés, et attendent le gouvernement de pied ferme. Pour l'instant, le pouvoir en place n'a pas trop reculé ouvertement, mais on peut penser que la fameuse loi sur les professions réglementées devrait ressembler à la loi bancaire, une montagne qui accouche d'une souris.

Ensuite, ce sont les agriculteurs bretons qui sont entrés dans la danse. Et là, on rigole beaucoup moins. Dès le début, ils brûlent un centre des impôts. Normalement, une telle action, c'est exceptionnel et après un long moment de mobilisation. Cela ne se fait d'entrée de jeu. Il semble que ce mouvement soit plus ou moins spontané, sans réel contrôle syndical. Si la base dépasse les cadres d'entrée de jeu, c'est inquiétant. Là encore, Valls a annoncé une réaction, avec des poursuites judiciaires, dont on attend de voir ce que cela va donner. Si c'est pour créer des "martyrs", cela ne fera qu'envenimer le conflit. Cela laisse présager d'autres actions de la profession agricole, pas réputée pour son tact.

Quand on écoute un peu les discours des différents segments de la population, on sent des gens à bout (à tort ou à raison, c'est un autre problème). Il y a une tension palpable chez les français que l'on sent monter, une sorte de désespoir face à ses dirigeants. La gauche, qui apparaissait comme un recours avant 2012, s'est complètement cramée. Quoi qu'en disent certains, Marine Le Pen n'est pas une alternative. Elle n'est pas en mesure de gouverner et cela se voit. On est avec un horizon politique bouché. L'offre ne correspond désespérément pas à la demande. C'est de plus en plus criant et cela contribue à la tension et à l'énervement, surtout quand en plus, certains élus se font prendre la main dans le pot de confiture, à ne pas déclarer leurs impôts ou à falsifier leurs diplômes.

Tout cela ne serait rien s'il n'y avait pas un mur devant nous, qui s'appelle L'Union Européenne. Depuis 2012, tous les signaux sont envoyés depuis Bruxelles, demandant à la France de rétablir sa situation économique et budgétaire. En ce début d'automne 2014, les dirigeants français ont avoué qu'ils ont échoué à contenir les déficits, et qu'ils n'y arriveront pas. Aucune réforme structurelle, autre demande de la Commission, n'a été mise en place. Bref, nous n'avons rien fait. Or, voilà qu'une nouvelle Commission se met en place, avec un français comme commissaire chargé de surveiller le respect de notre "contrat de réformes". Autant dire que dans les mois à venir, on va avoir droit à des diktats de Bruxelles, façon Troïka en Grèce...

Que va-t-il se passer quand l'Union Européenne va nous imposer, beaucoup plus fermement qu'elle ne l'a fait jusqu'ici, de tailler dans le gras, et de mettre en place des remèdes de cheval. Comment vont réagir les fonctionnaires si, par exemple, on leur annonce une vague de licenciements et une baisse autoritaire de 5% des traitements et pensions ? Seul un gouvernement politiquement fort, avec un cap clair peut imposer de telles mesures (et encore). Vu l'état de déliquescence du pouvoir en place, il tient, au mieux, 48h...

jeudi 4 septembre 2014

Que faut-il faire ?

Ce soir, je suis un peu désespéré. Après 9 jours au gouvernement, Thomas Thévenoud, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, au Tourisme et aux Français de l'étranger vient d'être contraint de démissionner. Celui qui a été membre de la commission d'enquête sur l'affaire Cahuzac avait tout simplement oublié, pendant plusieurs années, de déclarer ses impôts, et donc au passage, de les payer.

Ce monsieur est vice-président du Conseil général de Saône-et-Loire depuis 2008 et député depuis 2012. Son épouse est la chef de cabinet du président du Sénat. Ce sont donc des gens à priori intelligents et au courant des procédures. Thomas Thévenoud m'est toujours apparu comme une personne sympathique et sensée. Certes carriériste, mais comme les autres. Comment justifier l'absence, pendant plusieurs années, de déclarations fiscales ? Je reste sans voix. Mais, en plus, se faire avoir pour ça un an après l'affaire Cahuzac, je ne sais plus quoi dire. Soit c'est de la négligence, et ça relève du pathologique tellement c'est de l'inconscience, voire du suicide politique. Soit c'est parfaitement conscient, et là, c'est gravissime...

Les dégâts pour le PS, et la classe politique dans son ensemble risquent d'être absolument dramatiques. C'est peut-être une deuxième affaire Cahuzac, qui peut provoquer un effet de souffle. Je vois mal, après les lois de 2013, ce que l'on va pouvoir proposer comme "réforme expiatoire" pour calmer la colère, légitime, des électeurs. Est-ce qu'une nouvelle loi, d'ailleurs, aurait un quelconque effet ? J'en doute...

Cette affaire tombe le même jour que la sortie du livre de Valérie Trierweiler, une bombe lancée par une femme éconduite, en quête de vengeance. De cela, il ne peut rien sortir de bon pour le débat public, sinon faire chuter encore plus bas un François Hollande qui est tombé à 13% de bonnes opinions, dans le dernier sondage. On est le 4 septembre, la rentrée "sociale et politique" n'a même pas encore eu lieu. On serait dans un pays moins démocratique, ça sentirait le putsch, tant le président en place est affaibli.

La question se pose de plus en plus de la capacité de François Hollande à résister à la moindre contestation sociale. Un peu comme en grand vieillard, déjà bien affaibli par l'âge, qui attrape la grippe. Il est à la merci du moindre rhume...

On ne tiendra pas jusqu'en 2017 comme ça !

dimanche 31 août 2014

La faute des institutions ?

La récente crise politique a été l'occasion d'un regain de critiques, à gauche, contre la cinquième république. Un président de région s'est même à moitié étranglé quand il a entendu Hollande demander "un PS à l'unisson de ses décisions". Tous les apprentis constitutionnalistes vont nous ressortir, dans les prochaines semaines, leurs "VIe république", brandissant le concept, sans rien mettre de concret dedans...

Les institutions de la Cinquième République sont en train de démontrer, une fois de plus, leur robustesse. Le but d'une constitution, c'est d'organiser le pouvoir, afin que le pays soit gouverné de manière efficace, sans blocage, tout en ayant des rendez-vous électoraux réguliers. Je n'en demande pas plus à une constitution. Certes, celle de la Cinquième République n'est pas parfaite, et son défaut majeur vient de l'élection, en 1962, du président de la République au suffrage universel. Le texte de 1958 m'apparaissait bien meilleur, mais la constitution actuelle remplit son rôle.

Le problème ne vient pas des institutions, mais des socialistes, qui n'ont jamais accepté de se faire à cette monarchie républicaine, tout en ne la réformant pas quand ils en avaient l'occasion. En 1981, Mitterrand pouvait le faire, il s'en est bien gardé, car les institutions lui allaient finalement très bien une fois installé à l'Elysée.

C'est vrai que c'est confortable, quand on est manche. On peut gouverner sans trop de difficultés, tant qu'une majorité ne se monte pas contre vous. Il faut se rappeler qu'en 1958, la perspective, pour un gouvernement, d'avoir une majorité absolue est inimaginable. De plus, les constituants de 1958 ont bénéficié de plus de 30 ans de réflexion constitutionnelle. Depuis les années 30, on se posait la question de la réforme de la IIIe République, qui pour le coup, était une très mauvaise constitution. Une première tentative a été menée avec la constitution de 1946, mais ce ne fut pas une réussite sur le moment. Mais les erreurs de 1946 n'ont pas été oubliées et ont servi à mieux écrire en 1958.

Les socialistes et la gauche en général sont restés parlementaristes. C'est leur culture politique, cela vient de très loin. C'est une tradition politique tout à fait honorable, et si elle respecte un peu plus la délibération collective et le respect des minorités, elle manque d'efficacité par rapport à la tradition bonapartiste, d'un exécutif fort. Or, au vu des désordres des IIIe et IVe République, un choix a été fait en 1958 de donner un coup de barre en direction de l'efficacité, donc d'un exécutif fort. Comme il y avait en plus la guerre d'Algérie à régler, la constitution de 1958 est passée assez facilement. C'est en 1962 que ça s'est gâté. La guerre d'Algérie est terminée, donc le besoin d'un exécutif fort se fait moins bien sentir. C'est le moment où le général de Gaulle choisit d'aller encore plus loin dans le bonapartisme, rompant l'équilibre de 1958. Une majorité de parlementaires refuse cette évolution en engageant l'épreuve de force contre De Gaulle. C'est la motion de censure qui renverse Pompidou et oblige De Gaulle à dissoudre. Cela se termine par une défaite en rase campagne des opposants, puisqu'en 1962, non seulement les français adoptent l'élection du président au suffrage universel direct, mais en plus, envoient au Palais-Bourbon une majorité absolue en faveur des gaullistes.

A partir de ce moment là, la guerre est terminée. Les bonapartistes ont gagné pour longtemps. On aura bien quelques escarmouches d'arrière-garde, au Sénat, ou avec quelques ouvrages brillants comme celui d'un certain François Mitterrand. Ce dernier, dès l'année suivante, rend les armes en se présentant à la présidentielle, acceptant de fait les institutions, contrairement à Pierre Mendès-France, qui refusa d'être candidat. Il aurait fallu accompagner cette acceptation du régime d'une adaptation de la manière de fonctionner en interne. C'était sans doute trop demander à la gauche, pour qui la personnification du pouvoir est le mal absolu. Mais ce faisant, la gauche prend le risque de se tirer des balles dans le pied dans sa pratique des institutions, une fois au pouvoir.

Cela devait péter un jour. La chance des socialistes, est d'avoir eu en Mitterrand un leader incontesté, capable de s'imposer autrement qu'en utilisant l'outillage du parlementarisme rationalisé. Pourtant, le virage de 1983 était autrement plus raide, politiquement et idéologiquement, que celui de 2014. Ensuite, Jospin a eu la chance d'arriver en période de prospérité, où il y avait plus d'occasion de faire des cadeaux que de prôner l'austérité. Il était Premier Ministre, et donc dans un mode d'exercice très parlementaire du pouvoir. Le hiatus entre la culture politique de la gauche et l'esprit des institutions de la Cinquième République n'a pas trouvé à s'exprimer.

C'est ce qui arrive aujourd'hui, dans la douleur. Le seul vrai patron, c'est le président de la République. Les autres peuvent gueuler, ils sont impuissants. Nombre de caciques socialistes sont en train de le vivre, et c'est particulièrement amer. Deux voies se présentent à la gauche, pour régler structurellement le problème. La première serait de faire évoluer sa culture politique, pour "accepter" la monarchie républicaine. Je n'y crois pas un seul instant, tant les résistances seront fortes. Il n'y a qu'à voir la manière dont le PS fonctionne en interne. La deuxième voie serait de réformer les institutions, pour qu'elles soient plus conformes à la manière de gouverner de la gauche. Je n'y crois pas non plus, car le gouvernement ne dispose pas de la majorité suffisante au Congrès, et n'a pas la capacité de passer par un référendum, qui se transformerait en plébiscite, avec un désastre pour Hollande.

mardi 26 août 2014

Nouveau gouvernement et fin du PS

La composition du gouvernement Valls 2 est désormais connue. Beaucoup de sortants reconduits, quelques mouvements internes (dont l'arrivée de Fleur Pellerin à la Culture, qui est une excellente chose pour le numérique) et pourtant, une impression de changement. L'arrivée d'Emmanuel Macron au poste d'Arnaud Montebourg est sans conteste le symbole de ce remaniement. A la place d'un politique flamboyant bien à gauche, on a un technocrate centriste, ancien banquier chez Rothschild. Tout est dit ou presque...

Cette nomination a le mérite de la clarification. On a un gouvernement de centre gauche, qui assume le fait que les technocrates dirigent réellement le pays et sa politique économique. On continue à aller dans le mur, mais sans chercher à faire prendre des vessies pour des lanternes. Je ne crois pas au succès du gouvernement Valls 2. Il va juste précipiter la chute, car il oublie que pour gouverner, il ne suffit pas d'avoir une majorité numérique à l'Assemblée nationale, il faut aussi l'assentiment du pays, sans lequel aucune majorité ne tient, aussi pléthorique soit-elle.

Le problème du couple Valls-Hollande vient de là. Sa majorité parlementaire est très incertaine, et l'optique est de gouverner en dépit de la majorité parlementaire, avec un seul argument : tu te couches ou c'est la dissolution. Tous les députés socialistes savent qu'en cas de législatives anticipées, ils sont à Pôle Emploi pour la plupart. Veulent-ils attendre 2017 pour se faire battre, où préfèrent-ils en finir plus tôt ? C'est sur cela que Manuel Valls va s'appuyer pour faire passer ses textes, en utilisant toute la palette de parlementarisme rationalisé (49-3, vote bloqué...). Le choix de maintenir Jean-Marie Le Guen comme secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement est un signe qui ne trompe pas. En quelques mois, ce type est arrivé à se faire détester des députés, pour sa brutalité. Il tient plus du maton que d'autre chose. Sa feuille de route est claire, il faut que les bagnards du Palais-Bourbon avancent et votent, à la Schlague si nécessaire.

Le premier test sera le vote de confiance, qui aura lieu en septembre ou début octobre. En mettant le paquet et en jouant l'intimidation, ça devrait passer. Je prends les paris que le budget et le PLFSS passeront à coup de 49-3. Pour les autres textes, ceux qui sont moins politiques, le gouvernement devrait arriver à les faire passer sans trop de difficulté. Je vois mal les frondeurs attaquer sur la transition énergétique ou sur la loi numérique. Cahin-caha, on peut arriver comme ça jusqu'en 2017, car la dissuasion nucléaire, c'est efficace. Ce qui est à craindre, c'est une accumulation de rancœurs et de frustrations sans précédent. Déjà qu'ils ne s'aiment pas beaucoup, au sein du PS, mais là, ça va être la haine à mort.

Le danger est que cette haine prenne le pas et provoque un éclatement du PS. La seule fenêtre de tir, c'est les législatives, puisque le financement public des partis dépend du nombre de voix recueillies aux législatives. Les frondeurs vont avoir tout le temps pour monter leur structure, lui donner une armature doctrinale et recruter des candidats. Puisqu'ils sont dans l'opposition de fait, ils n'auront que ça à faire. Le moment venu, il risque d'y avoir un candidat "dissident" PS à la présidentielle, ou au moins à la primaire (au hasard Arnaud Montebourg) et après la défaite du candidat de gauche, deux candidats dit "socialistes", l'un du PS-Valls, l'autre du PS-Montebourg. Il y a réellement un espace politique pour Montebourg, qui prend un leadership exactement au moment où Mélenchon, qui a tenté (et raté) la même aventure, se retire. Ce sera une boucherie à court terme, mais une clarification à long terme pour la gauche.

Cette rivalité va permettre (je sais, je suis optimiste) un renouveau doctrinal à gauche. Rien de tel qu'un rival dans son propre camp pour avancer et bosser. Ce qui a tué le PS, c'est de ne plus avoir été en rivalité avec le PCF et de s'être installé dans la rente. Il suffisait d'attendre l'alternance, de toute manière, il n'y avait personne d'autre à gauche pour prendre le pouvoir. Si la gauche retrouve enfin une émulation, avec un parti de centre gauche et un autre bien à gauche, tous les deux en capacité de faire des scores, ça peut donner quelque chose sur le plan des idées. Par contre, pour ce qui est de la prise et de l'exercice du pouvoir, c'est autre chose...

lundi 25 août 2014

Une marche plus bas

Finalement, le couple Valls-Hollande a choisi la manière forte, en virant Montebourg du gouvernement. Au passage, ils débarquent aussi Hamon, Filippetti et probablement Taubira. Peut-être que d'autres monteront aussi dans la charrette, mais déjà, il y a du lourd, tant sur le plan des individualités que sur la signification politique de ces départs. Le choix de la méthode, faire démissionner le gouvernement est également lourde de sens. En voulant montrer les muscles, le président s'est encore plus affaibli.

Quand on veut "nettoyer" son gouvernement de quelques indésirables qui auraient commis une faute, genre manquement à la solidarité gouvernementale, on les virent individuellement. Le président peut démissionner sans problème un ministre, on l'a vu avec Delphine Batho. Cela a le mérite de ne pas laisser au ministre en question le temps de réagir et de faire croire que c'est lui qui a choisi de partir. C'est dehors, avec un coup de pied au cul, façon Delphine Batho. Et on passe à autre chose. En choisissant de faire démissionner l'ensemble du gouvernement, Hollande et Valls on laissé 24 heures aux "frondeurs" du gouvernement pour organiser leur sortie. Erreur tragique, car en politique, la mise en scène est primordiale. Montebourg et Hamon passent désormais pour des victimes, virés pour "avoir été de gauche", comme le sous-entend clairement Aurélie Filippetti dans sa lettre.

Choisir cette méthode est aussi une manière de dire que ce gouvernement Valls 2, ce n'est pas un remaniement technique, mais un nouveau départ politique. C'est reconnaitre que la synthèse du mois de mars, lors de la constitution du premier cabinet Valls est devenue caduque. Donc le vote de confiance des députés l'est aussi, et qu'il va falloir, dans les semaines qui viennent, redonner une légitimité politique et parlementaire à ce gouvernement Valls 2. C'est un nouveau fusible qui crame. Quel aveu d'échec ! Et tout cela en 5 mois...

Ces départs sont une véritable saignée politique pour le gouvernement, et représentent un resserrement du socle de la majorité. Les frondeurs ont trouvé les leaders politiques et médiatiques qui leur manquaient. Non seulement ils vont avoir plus de visibilité, mais en plus, ils vont recruter. Les messages délivrés depuis vendredi par Montebourg et Hamon forment une base politique cohérente et très vendable, tant à gauche que dans le reste de la population. Le départ de Taubira, s'il se confirme, n'a pas la même portée politique, car la garde des sceaux ne représente aucun courant. Mais c'est une forte personnalité en moins, une conscience morale depuis les débats du mariage pour tous, dans un gouvernement qui n'en compte plus beaucoup.

La composition du nouveau gouvernement doit être annoncée demain, mais je vois mal comment elle pourrait se traduire par un élargissement de la base politique de Valls. Si des Verts y viennent, c'est purement cosmétique, puisque cela ne signifie pas une adhésion des écologistes. Les noms qui circulent pour le poste de ministre de l'économie sont ceux de techniciens non élus, genre Emmanuel Macron ou Louis Gallois. Certes, ils sont parfaitement compétents pour assurer le job, mais ils n'apportent politiquement rien. Je n'imagine pas les centristes accepter de monter dans cette galère, d'autant plus que Bayrou s'est tourné clairement vers la droite en faisant les yeux doux à Juppé.

La prochaine étape, c'est la crise parlementaire, avec le rejet d'un texte majeur, voire pire, le refus de la confiance. Cela finira par venir, car progressivement, un certain nombre de personnes, à commencer par ceux qui sortent du gouvernement, auront intérêt à ce que tout explose. Si Montebourg, Hamon et leurs alliés arrivent à faire passer le message qu'ils sont la "vraie" gauche, qu'ils ne sont pas responsables du bilan de Hollande, un passage devant les urnes ne serait pas un trop gros risque pour eux. Il pourrait même être dans leur intérêt qu'il soit anticipé et soudain, afin de prendre au piège l'UMP, encore très désorganisé et empêtré dans ses querelles internes. Il leur reste encore à s'organiser et à se structurer. Leur objectif va être maintenant de s'emparer du PS, en 2015. S'ils échouent, il restera l'arme atomique de la dissolution...

dimanche 24 août 2014

Crise politique

La rentrée politique est lancée, et débute avec la première vraie crise politique pour François Hollande. Arnaud Montebourg et Benoit Hamon viennent d'ouvrir le feu, et Manuel Valls, le premier ministre, a considéré "qu'une ligne jaune a été franchie". En clair, il demande des sanctions. François Hollande va donc devoir choisir entre virer Manuel Valls ou le duo Hamon-Montebourg. Si ce n'est pas maintenant, ce sera plus tard. Toute tentative de rabibochage ne fera qu'envenimer la situation. Hollande et Valls sont de plus en plus isolés, et cela n'ira pas en s'améliorant.

En 2012, au début du quinquennat, sa majorité est composé d'un groupe PS solide et soudé, des radicaux de gauche et des Verts. Les communistes ne sont pas au gouvernement, mais sont plutôt bienveillants. Rapidement, les communistes s'éloignent et deviennent de plus en plus critiques. Ils finissent par basculer clairement dans l'opposition à la nomination de Manuel Valls. De leur coté, les Verts avalent des couleuvres et finissent par en avoir marre. Le changement de gouvernement est l'occasion pour eux d'amorcer leur sortie de la majorité. A part une députée EELV qui a basculé à Nouvelle Donne (et donc dans l'opposition franche et claire), les parlementaires écologistes sont hésitants, entre soutien au gouvernement et abstention. Cécile Duflot a appuyé sur l'accélérateur, avec son livre décapant sur son expérience gouvernementale. En fine tacticienne, elle a compris qu'il faut se dissocier au plus vite de Hollande et de son bilan pour espérer sauver les meubles aux prochaines élections.

Dans le même temps, le groupe socialiste se fissure, avec entre quarante et soixante-dix députés qui sont en semi dissidence. Les chiffres varient selon les textes et les sujets abordés, mais en gros, un quart du groupe PS grogne sévèrement. Les raisons sont multiples et variées. On trouve dans ces frondeurs l'aile vraiment à gauche du PS, ainsi que les partisans de Martine Aubry, qui n'a jamais digéré sa défaite aux primaires de 2011 et dont les "amis" ont été écarté des responsabilités. La nomination de Valls, le plus à droite du PS sonne comme une provocation, et surtout, permet de justifier l'expression de désaccords de fond sur la politique menée depuis 2012.

Après avoir fait l'actualité politique du printemps, les frondeurs plafonnaient un peu. Leur nombre restait stable au fil des textes, et n'était pas en mesure de faire trébucher le gouvernement. Certes, ils occupaient de l'espace médiatique (faute aussi aux "légitimistes" de l'investir) mais quand il fallait voter, ils n'osaient pas franchir le Rubicon. Valls pouvait espérer un enlisement, et de ce fait, regagner du terrain en ramenant, une par une, les "brebis perdues" de la fronde. Et voilà que cette opposition de gauche se retrouve relancée par deux ministres particulièrement emblématiques et "politiques". Si jamais Montebourg et Hamon sont virés du gouvernement, ils vont prendre la tête de la fronde. Cela aura quand même plus de gueule, et surtout, de retentissement médiatique, que les actuels leaders des frondeurs, parlementaires certes honorables, mais sans grand charisme. Cela aura aussi comme effet de renforcer les rangs des frondeurs. Si deux ministres acceptent de quitter le gouvernement, ça justifie un basculement. La dynamique s'inverse pour Manuel Valls...

Le scénario prévisible avec Hollande est un rabibochage de façade. Il ne va virer personne, et couvrir d'un voile les désaccords, en demandant à chacun de faire un effort (allez, on se fait un bisou et on fait la paix). Dans l'affaire, c'est Valls qui aura perdu s'il accepte cela, car son autorité aura été réduite à néant ou presque. Deux ministres "de poids" lui envoient une baffe, après qu'il ait clairement recadré un autre ministre (Michel Sapin, qui avouait, au 15 août, que pour la croissance, c'est mort) et rien ne se passe. Comment voulez-vous être respecté après ça ? Il va se retrouver dans la situation de Jean-Marc Ayrault... Je ne suis pas certain que cela déplaise à Hollande, qui coupe ainsi les ailes d'un rival. C'est juste triste pour la France, mais je crains que cela échappe à Hollande, qui manque désespérément de hauteur de vue !

Ça finira mal. Je ne vois pas Hollande tenir jusqu'en 2017 à ce rythme. Les Verts vont passer clairement dans l'opposition à plus ou moins long terme, quand les quelques députés Ecolo qui se voient ministres comprendront que c'est mort. Les frondeurs du PS vont se sentir pousser des ailes, et si leur nombre augmente, ils feront pression encore plus sur le gouvernement, au point de bloquer toute initiative. Les radicaux de gauche ne seront pas en reste et feront monter les enchères pour rester dans la coalition gouvernementale. Quand on regarde l'arithmétique parlementaire, elle est inquiétante pour Hollande, car le groupe PS seul n'est qu'à une voix au dessus de la majorité absolue. Si communistes et Verts se mettent à voter systématiquement contre ou s'abstiennent, si une partie substantielle du groupe PS est incertaine, et qu'il faut négocier sur tous les textes avec les radicaux, il va y avoir des "accidents industriels" à l'Assemblée nationale et par répercussion, dans les médias. Le capital politique de Hollande (le peu qui en reste) va s'effondrer. Même pas capable de faire voter ses textes au Parlement...

L'issue apparait incertaine. La dissolution n'aura lieu que si le gouvernement est formellement renversé par une motion de censure ou qu'un rejet du budget rend le pays ingérable. On n'en arrivera pas là, car les députés PS savent qu'une dissolution signifie leur défaite personnelle. Aucune majorité ne s'est fait hara-kiri, et ce n'est pas demain que cela va commencer. L'attelage ira, cahin caha jusqu'en 2017, mais en totale incapacité de prendre une mesure forte. On aura un gouvernement zombie, fortement impopulaire, qui ne restera en place par le force de l'inertie, avec l'espoir (absurde) que la reprise économique arrivera comme par miracle avant l'échéance électorale. C'est sur ce pari que Hollande vit depuis 2012. Avec les résultats que l'on constate...

Où alors quelque chose fait tout péter...