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vendredi 30 juin 2006

Aujourd'hui, c'est DADVSI

Ce vendredi 30 juin, dernier jour de la session, le parlement aura à se prononcer définitivement sur ce texte désormais connu sous son acronyme DADVSI. La commission mixte paritaire s'est réunie le 22 juin et est parvenue, après moult discussions, à un accord. Nul doute que le texte sera voté et promulgué avant le 14 juillet.

Finalement, les parlementaires ont bien travaillé. Quand on compare le projet initial et ce qui sort aujourd'hui, les avancées sont indéniables. Un flou juridique sur la question des téléchargements illégaux est levé. On sait maintenant clairement ce qu'il en coûte (pas bien cher pour le petit amateur) et quelles sont les critères d'appréciation du caractère délicteux du téléchargement. On ne risque plus cette roulette russe où suivant votre ressort de cour d'appel, vous étiez plus ou moins sévèrement poursuivi et condamné. Ensuite, l'interopérabilité est maintenue comme un frein aux mesures techniques de protection. Même si la redaction technique n'est pas d'une précision absolue, l'idée est là, très clairement inscrite dans la loi.

Reste maintenant à appliquer cette loi. Une autorité de régulation doit être mise en place sur les mesures techniques de protection. Que sera-t-elle ? Des mesures répressives sont décidées, comment vont réagir les tribunaux ? Nous n'en savons encore rien et cela ne relève pas du Parlement, qui ne peut pas être responsable de l'éventuel mauvais usage des outils qu'il crée. Certaines mesures seraient inapplicables ? Peut-être, et alors, ce ne sera pas la première fois en France qu'une loi sera inappliquée. On sait se débrouiller autrement et la régulation se fera d'une autre manière. C'est d'ailleurs sans doute souhaitable que la loi ne règle pas tout dans un domaine aussi technique et évolutif.

A tous ceux qui sont inquiets, je réponds : Faites un peu confiance à la société. Certes les mesures techniques de protection sont des menaces par leur capacité de fichage et de flicage sur internet. Et alors, personne ne serait capable d'inventer des logiciels ou des instruments pour affoler ou rendre inopérants ces mouchards ? A partir du moment où on les peut "intoxiquer" par de fausses informations, ils deviennent initéressants pour ceux qui les ont installés. Est-ce qu'un tribunal ira condamner un informaticien coupable d'avoir trouvé le moyen de contourner cette fonction ? Bien sûr que non !

Le texte initial n'était pas terrible. Juridiquement écrit avec les pieds (mais ça, c'est malheureusement la norme), muet sur plusieurs grands enjeux, très orienté vers les intérêts commerciaux, il avait effectivement de quoi inquiéter. La discussion parlementaire a eu lieu, et on ne peut pas dire que le texte ait été voté en catimini. La mobilisation sur internet a été forte, avec à la fois des débats de très haute qualité sur les enjeux et des fantasmes les plus hallucinants. Ce débat est toujours ouvert et cette loi n'est qu'une étape, un épisode qui n'a rien d'irrémédiable et d'irréversible.

jeudi 29 juin 2006

Versac président !

Hier soir, première rencontre de la république des blogs. Une réussite ! Le temps était de la partie, le lieu parfait avec une terrasse immense, peu de passage de piétons, pas de voitures à proximité. Et surtout, des participants, car on vient à ce genre de pince-fesse pour ça, voir du monde et mettre des visages sur les blogs et les pseudos.

Parfois on est surpris, parfois non. On se fait une idée du personnage par rapport à sa plume, à son style. Dans l'ensemble, je ne me trompais pas trop, du moins pour ceux dont je fréquente assiduement le blog comme mon ami papiste Koztoujours, mais aussi Maître Eolas, Guillermo de Radical chic, Versac, Verel, le professeur Rolin. Je ne pourrais pas citer tout le monde, que les oubliés m'en excusent. En tout cas, je reviendrai.

Mention spécial pour Versac, "la maitresse de maison", nouveau parrain de la blogosphère politique. On attend maintenant la suite (non, je ne mets pas la pression, ou si peu...)

mardi 27 juin 2006

Pour en finir avec l'ethnocentrisme

Au cœur de notre démarche, il y a le refus de l'ethnocentrisme, de cette prétention déraisonnable et inacceptable de l'Occident à porter, en lui seul, le destin de l'humanité. Il y a le rejet de ce faux évolutionnisme qui prétend que certains peuples seraient comme figés à un stade antérieur de l'évolution humaine, que leurs cultures dites "primitives" ne vaudraient que comme objets d'étude pour l'ethnologue ou, au mieux, sources d'inspiration pour l'artiste occidental. Ce sont là des préjugés absurdes et choquants. Ils doivent être combattus. Car il n'existe pas plus de hiérarchie entre les arts et les cultures qu'il n'existe de hiérarchie entre les peuples. Ces peuples, dits "premiers", sont riches d'intelligence, de culture, d'histoire. Ils sont dépositaires de sagesses ancestrales, d'un imaginaire raffiné, peuplé de mythes merveilleux, de hautes expressions artistiques dont les chefs-d'œuvre n'ont rien à envier aux plus belles productions de l'art occidental. En montrant qu'il existe d'autres manières d'agir et de penser, d'autres relations entre les êtres, d'autres rapports au monde, il proclame qu'aucun peuple, aucune nation, aucune civilisation n'épuise ni ne résume le génie humain. Chaque culture l'enrichit de sa part de beauté et de vérité, et c'est seulement dans leurs expressions toujours renouvelées que s'entrevoit l'universel qui nous rassemble.

Devinez le nom de l'auteur de ces phrases ...

Quand on veut bien écouter

Comme beaucoup, j'ai écouté notre président de la République, hier soir sur France 2 (seulement la deuxième partie). Comme beaucoup, je n'en attendais pas grand chose. J'ai alors pris la peine d'écouter, pas seulement entendre, ce que le président disait. Au delà de l'aspect "communication marketing", exercice obiligé de ce genre d'intervention, j'en ai retenu des paroles qui, quand on veut bien se donner la peine de faire attention, sont finalement plus sensées et intéressantes que ce que les médias veulent nous faire croire.

J'ai été très marqué par cette réflexion de Chirac qui dit que les succès actuels, notamment sur le plan économique, sont dûs au travail des français. Le gouvernement peut impulser, accompagner, mais il ne peut pas tout faire à la place des gens. Et quand on regarde les résultats économiques, on relativise beaucoup le catastrophisme d'une France qui serait en train de s'écrouler. Certes, ce n'est pas parfait, mais les années Chirac n'auront pas été une période d'effondrement et de fragilisation, comme les années Berlusconi ont pu l'être pour l'Italie. La France n'a peut-être pas beaucoup avancé, elle n'a pas beaucoup reculé non plus !

J'ai été aussi profondement agacé par Arlette Chabot, parfaite représentante de ce milieu médiatique parisien. En poste depuis 1974, elle atteint, comme beaucoup d'autres dans les hautes sphères médiatiques, des records de longévité. Et ce sont les mêmes qui trouvent que la classe politique ne se renouvelle pas assez et qui tirent sur Chirac, en poste depuis 40 ans. L'hôpital qui se fout de la Charité ! Dans la deuxième partie de son interview, elle n'a pas arrêté de ramener les histoires de personnes, les querelles, les rivalités. A chaque question sur la fin de l'entretien, c'est Villepin par ci, Sarkozy par là. Comme si la politique et la chose publique se limitait à ces considérations au ras du sol. Chirac ne s'est pas privé d'évoquer "l'ébullition médiatique", les "fantasmes" et les "débats pseudo-intellectuels d'un certain nombre de commentateurs". Qu'il y ait des désaccords et des discussions entre les personnalités qui dirigent la France, c'est normal et c'est heureux. On aurait plutôt à s'inquiéter d'un consensus général, où tout le monde ronronne. Ce sont les ambitions et les rivalités qui font avancer les hommes et les projets. Pas la peine d'en faire tout un foin !

Et si, finalement, Chirac n'avait pas été un si mauvais président ? C'est l'histoire et le recul qui nous le dirons, dans 20 ou 30 ans seulement (au plus tôt). En attendant, nous sommes prisonniers, dans notre appréciation, de ce que nous en disent les médias, qui font véritablement écran entre les français et leur classe politique. Et ces médias parisiens ont décrété que Chirac est mauvais, qu'il doit partir, qu'il est en fin de règne et que rien ne va plus. Il faudrait qu'ils comprennent, tous ces pontifes de la télévision, de la radio et de la presse écrite, qu'en jouant ainsi avec le public, il y laissent leur crédibilité. C'est comme cela que des journaux comme Libération se cassent la figure. Il n'y a pas à chercher plus loin.

lundi 26 juin 2006

Une certaine conception de l'homme

La tradition biblique, une fois enlevés tous les scories, additions et commentaires nous offre, entre autres choses, une certaine conception de l'homme et de l'humanité.

A travers de grands récits mythiques, et sous le couvert d'une autorité divine, la Bible dessine les contours d'une humanité radicalement différente du reste des espèces vivantes. Avec le mythe d'Adam et Eve, c'est une coupure profonde et infranchissable qui s'instaure entre l'homme et les autres animaux, qui lui sont soumis. L'homme devient une espèce à part, mais au sein de laquelle tous sont absoluments égaux. L'épisode de Noé est là pour nous rappeler que nous sortons tous de la même souche, et que l'espèce humaine est "choisie par Dieu". Si certains ont voulu capter à leur profit cette élection divine, la tradition chrétienne en a rétabli l'universalité.

D'autres textes, notamment les 10 commandements, mais aussi l'épisode de Caïn et d'Abel tirent les conséquences de cette position fondatrice en proscrivant la violence entre êtres humains, que ce soit la violence physique (tu ne tueras point) mais aussi la jalousie, la fameuse violence mimétique de René Girard (tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton prochain). La tradition chrétienne a encore plus creusé ce sillon, en allant plus loin et en proposant, non plus seulement des interdictions, mais aussi un idéal positif. L'Amour du prochain prôné par les évangiles n'est rien d'autre que le prolongement et un certain aboutissement de la tradition biblique.

Enfin, la tradition biblique insiste également sur notre inscription dans une filiation (tu honoreras ton père et ta mère). Nous sommes des héritiers et nous avons pour mission de transmettre à notre tour. Cela représente une responsabilité, car nous ne sommes pas propriétaires et finalement, malgré nos illusions, nous n'inventons rien. La Bible n'est d'ailleurs qu'une saga familiale, celle des descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

Cette conception de l'humanité est le résultat de choix, de décisions humaines qui remontent à la nuit des temps, qui ont été formalisés dans des grands réçits parvenus jusqu'à nous. Cette conception de l'homme, elle est détachable de ces réçits, elle est détachable de l'autorité divine qui a longtemps servi à la couvrir et à l'imposer. Cette conception de l'homme, elle est toujours d'actualité et c'est à ceux qui y adhèrent de la défendre et de la reformuler dans un langage compréhensible de nos contemporains. Etre chrétien, ce n'est pas seulement croire en Dieu, c'est aussi avoir une certaine idée de l'humanité.

jeudi 22 juin 2006

Socialistes des beaux quartiers

François Hollande n'aime pas les riches. Ce cri du coeur d'un socialiste (ou du moins d'un membre du PS, ce qui peut être différent) amène à poser quelques questions, à commencer la définition du mot riche.

Grâce à quelques personnes bien informées, on apprend que le couple Hollande-Royal est propriétaire à Paris. Leur petite SCI (Société civile immobilière) est domiciliée 28 avenue Duquesne, dans le 7ème arrondissement. On peut penser qu'il s'agit de leur domicile parisien. Avec un capital social de 914 000 euros (en 2000), on peut présumer que ce n'est pas un studio. Dominique Strauss Kahn habite également dans le 7ème arrondissement. De son coté, Jack Lang demeure place des Vosges et Laurent Fabius a longtemps eu un appartement place du Panthéon. Quant à Bertrand Delanoé, il a erré entre Montmartre, le Marais avant d'atterrir à Saint-Germain des prés. Ce sont des quartiers sympathiques de Paris, mais pas donnés. Il faut quelques moyens pour y vivre ! Enfin, Lionel Jospin a eu l'occasion, ces dernières années, de profiter de sa maison de vacances à l'ïle de Ré. Avec la hausse récente des prix de l'immobilier, je ne serais pas surpris que tous ces braves socialistes aient crevé le plafond de l'ISF. Rien que des pauvres donc !

Ils sont drôles ces socialistes, qui prétendent représenter les couches populaires, et qui sont propriétaires dans les beaux quartiers de la capitale (sans compter les résidences secondaires). Peut-être que François Hollande, en déclarant ne pas aimer les riches, pensait à ses petits camarades du bureau national du PS...

mercredi 21 juin 2006

Jus politis

Le CSA vient de nous démontrer ses qualités de danseur de salon, avec ses décisions sur le temps de parole de l'UDF et de François Bayrou. Après l'avoir classé à titre personnel dans l'opposition, il vient de le retirer de l'opposition pour le mettre nulle part. Un tel degré d'inventivité est tout simplement stupéfiant, mais après ces dernières semaines, qu'est ce qui peut encore nous étonner ?

Cette valse-hésitation a fait l'objet de nombreux commentaires sur la blogosphère, notamment de la part des juristes, Maitre Eolas, le professeur Frédéric Rolin et François de Droit Administratif. Ces éminents juristes envisagent ces décisions sous l'angle strictement juridique, avec des réflexions très pointues, solides et argumentées. Parfois, emportés par leur verve de commentateurs d'arrêts, ils en oublient la nature de l'autorité qui a pondu les décisions contestées.

Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a un statut officiel d'Autorité Administrative Indépendante, mais dans les faits, c'est une instance beaucoup plus politique qu'administrative. Le domaine de l'audiovisuel est éminemment sensible et le rôle du CSA est de préserver des équilibres de manière à éviter les accusations de mainmise du pouvoir en place sur les médias. Berlusconi est là pour nous rappeler que le danger existe et que c'est pas un simple fantasme néo gaulliste. Le problème est que la politique est chose extrêment mouvante et la faire entrer dans des cases ressemble à la quadrature du cercle.

Ce qu'il faut prendre en compte, c'est la réalité, non pas les découpages préétablis. Si l'opposition et la majorité recouvraient exactement les clivages droite-gauche, ce serait trop facile. On peut être de droite et être dans l'opposition. Je ne vois aucune contradiction. Maintenant, à partir de quand peut-on dire qu'un parti est dans l'opposition ou dans la majorité. Les communistes entre 1988 et 1993 ont joué avec les limites. Aujourd'hui, c'est l'UDF qui fait le grand écart, avec à la fois un ministre et un chef de parti qui vote la censure. La tâche serait encore trop simple s'il fallait se limiter aux partis et groupes représentés à l'Assemblée nationale. Le scrutin majoritaire, qui a ses vertus, a pour effet de laminer les petits partis. Un FN à 15% mais sans aucun député, ou des verts à 10% et seulement 3 députés n'auraient droit qu'à des miettes d'accès aux médias. Après cyberbudget, on peut lancer cyberCSA, les contraintes sont aussi drastiques.

Finalement, le respect formel du droit administratif et des procédures juridiques n'est pas la priorité première du CSA et cela se comprend. On lui demande une régulation politique, pas une régulation juridique comme c'est le cas pour la plupart des vrais AAI. La période est politiquement très tendue, cela se voit dans les incidents et les affrontements violents, que ce soit les attaques de Bayrou contre le gouvernement ou les échanges entre François Hollande et Dominique de Villepin lors des questions au gouvernement. Le CSA a pris une décision de classer François Bayrou dans l'opposition, avec des arguments crédibles et parfaitement légitimes. Devant le tollé et l'incompréhension, le CSA a su réagir vite et modifier sa décision, au risque d'être un peu ridicule.

Le véhicule a passé l'obstacle. Le puriste vous dira que la peinture est rayée et que l'aile arrière est un peu enfoncée. Le réaliste vous dira que la voiture roule toujours et que c'est cela qui compte.

vendredi 16 juin 2006

De quoi se mêlent les églises ?

C'est sous ce titre que la Fédération Protestante de France lance une série de débats pour 2007. Au risque de choquer les tenants de la laïcité pure et dure, les protestants, par la voix de l'une de leurs organisations représentatives, veulent peser sur les débats de la campagne présidentielle. Cette position est assumée et revendiquée, d'où ce titre un peu provocateur.

Effectivement, de quoi se mêlent-ils ? Dans son introduction et dans un article de présentation publié dans le journal Réforme, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération Protestante de France, précise le sens de la démarche. Il fait la distinction entre LE politique, et LA politique. Quand on parle du politique au masculin, on entend tout ce qui concerne la définition de ce que doit être notre société, ses projets d'avenir, ses valeurs collectives. Dans ce cadre là, les religions sont aussi légitimes que n'importe quel autre groupe pour proposer et débattre. Par contre, là où les religions n'ont pas à s'aventurer, c'est dans les terres de LA politique, qui recouvre toutes les opérations techniques destinées à mettre en oeuvre ces projets et valeurs. Cet aspect "technique" est à laisser au personnel politique et les clercs n'ont pas à s'en mêler. Sur ces bases, il est légitime que les protestants fassent leurs propositions et lancent des débats. Ensuite, les politiques reprennent ou ne reprennent pas, c'est leur affaire.

Les dossiers mis en ligne par la fédération protestante sont riches et intéressants. On sent qu'un véritable travail a été mené pour élaborer des synthèses. A coté de textes un peu datés, mais encore significatifs, on trouve des contributions ultra récentes, qui font allusion à des évènements ayant eu lieu au mois de mai, comme le texte de Florence Taubmann sur l'antisémitisme. Ces contributions reflètent plutôt l'esprit et la pensée du protestantisme "traditionnel" (calvinistes et luthériens), plus présents au sein de la Fédération Protestante de France que les évangéliques et les pentecôtistes. Pour autant, comme c'est toujours le cas dans le protestantisme, ces prises de positions n'engagent que leurs auteurs et en rien l'ensemble des protestants (à l'inverse de l'église catholique où la parole du Vatican engage l'ensemble des fidèles). La Fédération Protestante de France n'est qu'une organisation représentative parmi d'autres, même si elle est la plus importante en taille et la plus visible médiatiquement. Les protestants ont toujours été allergiques à toute forme d'institutionnalisation et d'autorité supérieure qui prétendrait parler au nom des autres. Cela n'empêche pas de participer aux débats !

Attendons de voir ce qui va sortir de ces discussions, en espérant que les participants fassent preuve d'audace, d'innovation et surtout d'acceptation et d'écoute réelle de paroles différentes. Pour avoir parcouru quelques textes, je suis frappé par le caractère finalement très "conformiste" et "bien-pensant" des positions exprimées. Les problèmes et les enjeux sont posés de manière très classique. C'est à la fois prévisible et décevant. Prévisible car une institution telle que la Fédération Protestante de France ne peut produire que des bases de débats "consensuelles" qui ressemblent beaucoup à mon goût à de l'eau tiède. Mais c'est inévitable de la part d'une fédération. C'est aussi décevant, car la pensée protestante est capable de prises de positions beaucoup plus radicales et inventives. J'aurais aimé être surpris par des textes "décalés". J'espère que cette face de la pensée protestante se retrouvera dans les commentaires et les contributions extérieures.

jeudi 15 juin 2006

L'Etat actionnaire

Dans l'affaire du projet de fusion entre Suez et GDF, la classe politique française a fait une fois de plus la preuve de la prévalence de l'idéologie sur le réalisme. Chaque camp a joué sa partition, celle qu'attendait les militants, sans oser aller de l'avant et poser le débat de manière constructive.

A droite, c'est le chant libéral et patriotique. L'Etat ne doit pas être actionnaire, l'Etat ne doit pas se mêler d'économie. Il faut donc tout vendre et laisser libre un marché "forcement rationnel". C'est là un mouvement de fond qui profite de toutes les occasions pour agir, quitte à passer des alliances improbables, comme cette fois ci avec les "nationalistes économiques". Le principal argument médiatique du gouvernement est de préserver le caractère "français" de GDF, de le protéger ainsi les intérêts supérieus du pays dans le secteur de l'énergie (Comme si EDF et Aréva ne comptaient pour rien). A gauche, c'est l'antienne de la "propriété collective des moyens de production" qui revient. On a adouci les paroles, mais la ligne mélodique est toujours la même. L'Etat doit rester majoritaire, point. Plus dogmatique (à droite comme à gauche) tu meurs !

Le débat est pourtant crucial, mais encore une fois, il est mal posé par des acteurs politiques irresponsables et démagogiques. On pose le fait d'être majoritaire dans le capital comme une fin en soi, alors que ce devrait être un choix fait en fonction d' objectifs plus larges. Le vrai problème sous jacent, que personne n'ose aborder de front, c'est le comportement de l'Etat comme actionnaire d'entreprises privées, qui est absolument pitoyable.

L'important aujourd'hui, c'est d'être présent dans les circuits de décision des grands groupes privés de niveau mondial. Etre influent, peser sur les choix stratégiques des acteurs de premier plan. Voilà le véritable objectif, qui permet aux Etats de préserver leurs intérêts vitaux. Et l'un des moyens, sinon le seul, c'est d'être présent dans les conseils d'administration et lors des réunions où les décisions sont réellement prises. Le degré d'influence réelle ne se mesure pas seulement au pourcentage détenu. Mieux vaut 20% d'un groupe mondial, leader sur son marché, que 100% d'un petit ou d'un moyen, qui n'a pas d'autre choix que de s'aligner et de définir sa politique en fonction des décisions prises par les leaders mondiaux.

Etre un bon actionnaire, tirer le maximum d'avantages de ses positions nécessite une constance, une unité de décision que les politiques français n'ont pas, et ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir. Le temps des politiques n'est pas du tout celui des décideurs économiques. La rotation des décideurs politiques est très rapide, beaucoup plus que le noyau des conseils d'administration. Cela joue sur les hommes qui représentent les pouvoirs publics au sein des lieux de pouvoirs économiques, qui changent selon les alternances. Quels poids peuvent-ils avoir face à des individus qui sont là avant eux, qui ont l'assurance d'être encore là après eux, qui ont la mémoire et les relations qui ne peuvent être détenues que par des êtres humains. L'horizon temporel n'est pas le même non plus. Les décisions économiques et industrielles sont lourdes et engagent parfois sur des années voire des décennies. Pas question de tourner casaque tous les cinq ans.

Pour peser réellement sur les choix économiques et industriels, les politiques français doivent engager des réformes d'une profondeur insondable. C'est tout leur mode de fonctionnement qui doit être remis en cause. Les politiques français doivent apprendre à collaborer par delà les clivages, pour prendre des options et procéder à des nominations qui ne seront pas remises en cause par une alternance. A défaut de volonté politique de réforme, ce qui semble être le cas, on en restera réduit à jouer les seconds couteaux, à courir en pleurant après des décisions sur lesquelles nous n'avons pas pesé, à gesticuler pour masquer une incapacité d'autant plus déplorable que l'Etat français a tout en mains pour peser (hommes compétents, capitaux, grandes entreprises leaders) et finalement à accuser la "mondialisation". Bref, à faire de la politique là où il faudrait de la gestion.

mercredi 14 juin 2006

Moderniser les charentaises ?

Le programme de travail de l'Assemblée nationale vient de faire apparaitre, pour les 27, 28 et 29 juin prochain un projet de loi portant modernisation de la fonction publique. Adopté en conseil des ministres le 8 juin, il se retrouve en discussion moins de trois semaines après. Rapiditité étonnante, même si le record n'est pas battu.

Ce projet comporte des dispositions intéressantes, analysées notamment par cacambo, adaptant et modernisant la formation continue des fonctionnaires. La notion de "droit à la formation professionnelle tout au long de la vie" est introduite à cette occasion. On y trouve aussi des dispositions levant les obstacles et chicaneries que l'on opposait parfois aux fonctionnaires à temps partiel qui avaient le souhait de trouver un complément d'activité dans le privé. On y trouve aussi une remise à plat et une simplification des règles de mise à disposition de fonctionnaires. Toutes ces dispositions sont utiles et attendues, mais il n'y a là rien d'urgentissime. Alors pourquoi cette inscription expresse à l'ordre du jour, alors que des textes majeurs tels que le loi sur l'eau ont "poireauté" pendant un an entre l'examen au Sénat et celui à l'Assemblée.

La réponse est à chercher dans le très vif intérêt porté par la haute fonction publique aux sujets traités par ce texte. Quand on parle règles de mises à disposition et cumuls d'activités et de rémunérations, ce sont les passages entre le public et le privé, le fameux "pantouflage" que l'on évoque. La haute fonction publique française est en effet très mobile. On circule facilement entre les grands corps, passant du Conseil d'Etat à un poste de sous-préfet, d'une chambre régionale des comptes à un poste de chef de bureau dans un ministère. Beaucoup de membres de prestigieuses institutions comme l'inspection des finances, le conseil d'Etat ou la cour des comptes n'y exercent pas leurs talents. Ils sont soit mis à disposition d'autres administrations, soit dans le privé, où les rémunérations sont d'un tout autre niveau. Le tout se passant parfois dans une belle opacité et un joyeux désordre, avec quelques cas (rares) à la limite du scandale.

Une commission de déontologie est censée éviter les abus et faire respecter les interdictions. Elle fait ce qu'elle peut avec les moyens qu'on lui donne. Il est par exemple interdit à un haut fonctionnaire ayant eu la tutelle ou le contrôle d'un secteur d'activité de se faire embaucher par une entreprise de ce secteur dans un délai de cinq ans après la fin de ses fonctions. Cela permet de préserver l'indépendance du fonctionnaire qui sait qu'il n'a rien à attendre des entreprises de son secteur. Parfois, la commission rend des avis avec réserves, mais le transfert se fait quand même. Le fonctionnaire en question se trouvait alors sous la menace de poursuites pénales pour prise illégale d'intérêts.

Il fallait donc "moderniser", ce qui se traduit concrètement par des assouplissements. En remettant un peu d'ordre, en abrogeant des textes anciens devenus obsolètes, on en profite pour faciliter la vie des pantouflards. Désormais, le délai de "viduité", qui interdisait de partir vers un secteur que l'on contrôlait est réduit de cinq à deux ans. Par ailleurs, un avis favorable de la commission de déontologie, même avec réserves, protègera des poursuites pénales. On va enfin pouvoir pantoufler l'esprit tranquille. Dans le même état d'esprit, on assouplit les règles concernant les cumuls d'activités (et surtout de rémunérations). On réaffirme le principe de l'interdiction du cumul, mais en y apportant des dérogations. Les fonctionnaires devront donc continuer à "consacrer l'intégralité de leur activité professionnelles aux tâches qui leurs sont confiées", sauf exceptions dont la liste sera établie par décret (et devinez qui prépare les décrets ?). Comme si un salarié à temps plein avait le temps de faire autre chose ! En fait, il existe deux types de postes dans la haute fonction publique française. La première catégorie regroupe les postes à haute responsabilité, où le boulot ne manque pas. Les rémunérations et les primes sont conséquentes et les possibilités de progression de carrières intéressantes. Ceux-là n'ont pas trop le temps d'avoir des activités périphériques. Et puis il y a la deuxième catégorie, où la pression est moindre. Certes il y a du boulot, mais pas trop quand on a envie de dégager du temps pour autre chose. On peut s'organiser, travailler chez soi. C'est le cas par exemple des corps de contrôle et d'inspection. Certains y sont par choix, préférant se livrer à d'autres activités en parallèle (arts et lettres, vie de famille, militantisme...). D'autres y sont placardisés, pour des raisons diverses et variées (et où la couleur politique du fonctionnaire arrive en bonne position). Le seul problème est que pour eux, les rémunérations sont assez chiches et les primes rares. Cumuler les rémunérations est alors quasiment une nécessité, surtout pour ceux qui n'ont pas demandé à être placardisés. CEla n'enlève rien au fait que la haute fonction publique française, c'est quand même un monde à part. On a même parfois du mal à croire que cela se passe en France.

Ce texte est écrit par les hauts fonctionnaires pour les hauts fonctionnaires. Il ne saurait donc attendre et quand en plus on dispose d'une fenêtre de "discrétion" avec le mondial de football, il n'y a pas à hésiter. Mais en proposant ce texte, le gouvernement ouvre une boite de Pandore. Car ce projet est un véhicule législatif où l'on peut caser toutes les propositions que l'on veut sur la fonction publique. C'est offrir sur un plateau une friandise aux ultra-libéraux de l'UMP, qui ne vont pas manquer de provoquer un débat sur le nombre de fonctionnaires, sur leurs "privilèges" avec bien entendu des propositions concrètes sous forme d'amendements. Attendez vous à entendre parler à nouveau du droit de grève dans la fonction publique, du service minimum dans les transports et autres provocations que je n'oserais pas évoquer ici. Ce serait aussi l'occasion de revoir les règles de mise en disponibilité et de détachement de cette haute fonction publique, qui s'en sert abondamment, notamment pour exercer des mandats politiques...

mardi 13 juin 2006

L'occasion manquée

Serge July quitte Libé, poussé vers la sortie par un actionnaire désireux d'exercer le pouvoir et surtout, de ne pas perdre l'argent déjà investi. Au delà du conflit de pouvoir, somme toute très classique, c'est une page qui se tourne à Libération.

Qui aurait dit en 1973, lorsque July prend les commandes, qu'il partirait suite à un désaccord avec un actionnaire principal (!) appelé de Rothschild (!!). Le mot actionnaire était alors une insulte et le nom de Rothschild symbolisait 'l'ennemi de classe". Cela donne une idée du chemin parcouru, par le titre, mais aussi par Serge July, emblématique de sa génération. Ce départ est salutaire, pour le titre Libération, et pour la presse en général. A 64 ans, il n'est pas anormal que l'on fasse valoir ses droits à la retraite. Après 33 ans de pouvoir, il est bon que d'autres arrivent et apportent de l'air frais à une entreprise visiblement à bout de souffle.

On aurait tout pour se réjouir, s'il n'y avait le nom du successeur présumé, Edwy Plenel. Un dinosaure qui en remplace un autre. Même parcours, même positionnement politique. Désespérant ! Comme s'il n'y avait pas de talents ailleurs ou même en interne, au sein de la rédaction de Libération.

Des blogs politiques ?

Par le biais de Koz, et de Versac je prends connaissance de la nouvelle initative de l'UMP de lancer une plate forme de blogs militants. La stratégie présidentielle se met en place, chaque candidat ayant compris qu'il ne faut pas rester absent de ce terrain.

Je suis allé jeter un petit coup d'oeil sur ce site. J'en suis ressorti peu convaincu. Il est vrai que je ne l'était déjà pas en y entrant. Le militantisme consiste à faire valoir ses idées, à les défendre, les promouvoir et finalement, les imposer. Le militant n'est pas une position d'écoute et d'échange, mais de prosélytisme. C'est, pour moi, en contradiction flagrante avec la logique profonde des blogs. Cela se voit d'ailleurs, les blogs les plus lus et les plus influents sont ceux qui laissent des ouvertures, qui donnent à réflechir sans forcement orienter. Ce sont aussi des blogs où les commentaires apportent la contradiction et amorcent de véritables dialogues.

Ces blogs militants n'apporteront pas autre chose que du bruit. Ils ne seront guère fréquentés que par les militants, ceux du même bord pour les louanges et l'autopersuasion, ceux du bord opposé pour des attaques stériles. Concernant les blogs d'élus, on constate que très peu sont de véritables blogueurs. Les autres ont un "site internet" pompeusement rebaptisé blog pour faire tendance. Le débat et les échanges n'y ont pas leur place. J'ai bien peur que la cyber campagne ne tourne à la foire d'empoigne et ne fasse finalement que du tort aux blogs politiques en général. Le grand public, alléché par la promo médiatique faite autour de ces "blogs militants" va s'y précipiter, pour être, pour la plupart, cruellement déçus. On ne fait que transposer sur la toile les comportements de meetings électoraux.

C'est pourquoi je m'associe pleinement à l'initiative de Versac, qui lance "la République des blogs". J'espère que cette action permettra de donner une visibilité suffisante à de vrais blogs, où la discussion est libre et ouverte. Car c'est de là qu'émergeront (au moins en partie) les initiatives et les débats politiques de la génération des trentenaires.

lundi 12 juin 2006

Du bon usage de la Monarchie

Le roi Bhumibol de Thaïlande fête en ce moment ses soixante ans de règne, dans la ferveur populaire, à la limite de l'adoration. Cet exemple lointain mais très actuel montre que la monarchie, suivant l'usage qui en est fait, peut être source de bienfaits et de stabilité pour un pays.

Les français dénoncent vigoureusement ce système et mis à part quelques énergumènes folkloriques et somme toute inoffensifs, personne ne songe à rétablir la monarchie dans notre pays. Pourtant, la France ne cesse de courir après les signes extérieurs de monarchie. Le président de la 5ème république a tout du monarque et les Français vont se chercher une famille royale de substitution sur un rocher de la côte d'azur. Etrange paradoxe. La France a coupé la tête de son roi en 1793 et ne s'en est jamais remise. Pourtant, ce système ne présente pas que des inconvénients, à condition d'être bien bordé et encadré.

La Monarchie offre un incomparable symbole pour un pays. C'est un facteur d'identification très fort qui permet de maintenir l'unité d'un Etat. Le roi des belges ne sert d'ailleurs qu'à cela. Un roi, c'est aussi du faste et de la représentation de haut niveau. Quand la reine d'Angleterre reçoit, cela à un prestige qu'aucun président de la république n'aura jamais. Enfin, une famille royale, ça fait rêver et à défaut, cela fait vivre la presse people. Pensez à ce que deviendrait nos Gala, Voici et autres Paris Match sans les familles d'Angleterre et de Monaco !

La monarchie, c'est aussi l'assurance d'une stabilité et d'un professionnalisme au sommet de l'Etat. Les monarques sont nés et élevés pour ce rôle. Ils ont la formation requise, intellectuellement, mais aussi dans le maintien, les manières et le style. Le risque républicain d'une first lady plouc et mal fagotée n'existe pas ou plus faiblement. Politiquement, à condition que les rôles soient clairement définis, il est intéressant pour le pays de disposer d'une personne d'expérience, qui peut dans l'ombre, en faire profiter les premiers ministres plus novices. La reine d'Angleterre est au courant de toute la politique britannique depuis 54 ans. Une mémoire et une expérience fabuleuses dont profitent les premiers ministres anglais.

Un monarque, c'est aussi un arbitre de dernier recours en cas de crise. Souvenez vous de l'intervention du roi d'Espagne qui fait échouer un putsch militaire en 1981 et plus généralement de son rôle majeur dans la transition démocratique. J'ai également été frappé par une intervention du roi Bhumibol de Thaïlande, dans les années 1990. La tension politique est extrême, avec des manifestations monstre de l'opposition comme un général-premier ministre très tenté par une répression dure. Au bord du chaos, le premier ministre et le chef de l'opposition sont convoqués au palais et écoutent, à genoux, l'enguelade du roi qui leur intime l'ordre de se calmer, le tout en direct à la télévision. Dès le lendemain, le calme régnait à Bangkok. Edifiant !

A coté de cela, les monarchies présentent quelques inconvénients. Cela coûte plus cher, mais pas tant que cela et au final, les citoyens en ont pour leur argent. Un autre souci est celui de la désignation du monarque, qui obéit à des règles non démocratiques et surtout très rigides. La plupart des monarchies fonctionnent sur le principe de l'hérédité, le trône passant du père au fils, avec des variations (possibilité ou non d'accepter les femmes, primauté de l'aîné ou choix possible). Les monarchies sont prisonnières de leur système et quand l'héritier désigné n'est pas à la hauteur, c'est le drame. Les belges ont quelques raisons de redouter le décès du roi Albert II et beaucoup de britanniques souhaitent longue, très longue vie à leur reine. Mais ce ne sont que des détails et des solutions peuvent toujours être trouvées. Les "erreurs de casting" sont écartées avant, ou poussées à l'abdication, comme le fut Edouard VIII d'Angleterre.

La seule véritable objection est l'absence de légitimité démocratique, mais là encore elle ne tient pas. Les monarques ne peuvent exercer leur pouvoir qu'avec le consentement du peuple et de la classe politique. Tout monarque qui sort des limites qui lui sont imposées se fait rappeler à l'ordre. Le roi du Népal vient d'en faire l'expérience, et il peut s'estimer heureux d'avoir conservé son trône. Un roi, cela se renverse, parfois démocratiquement comme en Italie en 1946 ou en Grèce en 1974. La faible légitimité démocratique va de pair avec une large absence de pouvoirs réels. Les monarques, à de rares exceptions, ont des prérogatives limitées et ne pèsent pas lourd dans la détermination de la politique générale de leur pays. En Espagne comme au Royaume Uni, le véritable patron, c'est le premier ministre.

Alors, vive le roi ?

vendredi 9 juin 2006

Cela se soigne

Trouvé dans la revue "la banquet" de mars 2006. Un entretien avec Louis Schweitzer, énarque, ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius premier ministre, ancien PDG de Renault, sur les processus de décisions. Je cite:

"Lorsque j'étais fonctionnaire à la direction du Budget, je considérais que l'objectif était de parvenir à la bonne décision, au choix rationnel. En approchant le monde politique, j'ai compris que l'objectif n'était pas d'arriver au choix le plus intelligent, mais à celui dont les conséquences pratiques seraient les meilleures. Cela signifie qu'il faut anticiper tout le système de mise en oeuvre et ses conséquences. Si on ne le fait qu'après la décision, cela ne marche pas."

Si tous les énarques de France pouvait comprendre également...

L'expo Villepin

Depuis quelques semaines, une exposition d'art contemporain se déroule sous la verrière du Grand Palais à Paris : La Force de l'art. On a beaucoup glosé et on s'est beaucoup moqué, certains la rebaptisant "la farçe de l'art".

Bien que peu amateur d'art contemporain, j'y suis allé. Quand on a des invitations gratuites, avec visite guidée avant l'ouverture au public, c'est à dire dans le calme, on ne fait pas la fine bouche. Et finalement, je n'ai pas trouvé cela trop mal. Certes, je n'aurais pas payé pour y aller, mais bon, je n'ai pas perdu l'heure que j'y ai passé. L'ensemble est assez monumental, dans un cadre superbe, mais inachevé. Il reste pas mal de bricoles d'amenagements intérieurs pour que la verrière du Grand Palais devienne un lieu véritablement "classe". Ce n'est qu'une affaire de temps et de peintures.

Sur les oeuvres, on a évité le pire, genre "poubelle renversée" et art minimaliste. Pour ceux qui aiment ce genre d'âneries, il faut aller en ce moment à Beaubourg. La visite de la force de l'art est à faire en deux temps. Vu du sol et vu d'en haut, pour ceux qui ont la possibilité et la chance de monter dans le déambulatoire qui se situe à mi hauteur. Certaines oeuvres sont bien plus intéressantes vues de loin et de haut. Elles prennent une autre dimension, notamment certains tableaux, où le recul est insuffisant au sol. Cette exposition est artistique, mais aussi ludique. Parfois, on se retrouve presque dans un centre de loisirs, notamment avec la salle sans lumières : un lieu où l'on marche sur un tapis un peu gonflé dans une pièce absolument sombre, sans la moindre lumière. On ne voit rien, et on est un peu instable puisque l'on marche sur un matelas. Amusant et pas très rassurant en même temps.

Quelques journalistes ont lancé que c'était une "expo Villepin", thématique reprise par les moutons de la presse nationale. Pourquoi cette appelation ? Tout simplement parce que c'est Dominique de Villepin qui en a fait l'annonce à la presse. On a alors ressorti tous les poncifs sur "l'art, fait du prince", Villepin qui serait à l'origine de l'idée l'aurait imposée. Que de salades ! L'origine de cette exposition, c'est le FIAC, le fonds d'art contemporain, qui s'inquiète du décrochage des artistes et jeunes créateurs français. Lors des biennales et autres grandes expositions institutionnelles, plus de 80% des artistes sont des étrangers. Cela finit par se ressentir sur le marché et sur la cote des artistes français. D'où l'idée d'une grande exposition, bien médiatisée, présentant le travail des jeunes artistes français. Si c'est Dominique de Villepin qui a fait l'annonce et la présentation, c'est par une gentillesse du ministre de la Culture. Voyant son pauvre premier ministre un peu mal après le CPE, il a voulu lui faire une fleur en lui laissant une annonce que l'on pouvait penser positive, consensuelle et non raccordable aux considérations politiques du moment. Et bien même pas !

mercredi 7 juin 2006

Le sens de l'essentiel

La campagne présidentielle est lancée. La presse nationale est sur la bête depuis bien longtemps et les blogs s'y mettent sérieusement, commentant avec avidité le moindre mot qui sort de la bouche de Ségolène Royal. C'est la nouvelle pythie dont on dissèque et commente les propos, que ce soit chez Jules de diner's room, chez Koz, chez Versac.

Alors que les blogs se voudraient des alternatives à la presse et aux médias, dont les faiblesses et les insuffisances sont règulièrement soulignées, ils tombent dans les mêmes travers. Les bloggeurs les plus en vue se jettent comme des voraces sur des bribes d'info, sur du vent et du bavardage. Un jour c'est la petite phrase de Sarkozy, le lendemain les déclarations surprenantes de Royal, le surlendemain le projet socialiste. Est ce que ces élements sont véritablement décisifs pour l'avenir de la France et la manière dont elle sera gouvernée dans les cinq prochaines années. J'ai bien peur que non et je suis un peu triste que les blogs tombent eux aussi dans les miroirs aux allouettes de la communication tendus par les spins doctors.

Dans un système politique, un dirigeant tel que le président a des pouvoirs certains, mais ne peut rien faire seul. Il peut impulser, bloquer ou freiner, mais si les relais ne suivent pas, il est largement impuissant car il n'a aucun pouvoir magique. Ces relais, c'est le monde politico-médiatique, mais aussi la haute fonction publique, les chefs d'entreprise, les leaders culturels et d'autres encore. Pour arriver à avancer, le président doit d'abord disposer d'une autorité, "l'autorictas" des romains, qui est un mélange subtil de pouvoir politique, de charisme personnel, de représentativité, de popularité. Elle est attachée à la personne et les pouvoirs conférés par la fonction ne font pas tout. Lorsque cette autorité fait défaut, comme c'est le cas actuellement avec Jacques Chirac et Dominique de Villepin, plus rien ne bouge, plus personne ne suit. Les deux candidats qui se dégagent ont-ils cette "autorictas". Pour Nicolas Sarkozy, c'est évident, il en aurait même trop, ce qui fait peur. Ségolène Royal est en train d'acquérir cette "autorictas", mais il faut qu'elle survive encore à quelques épreuves pour être pleinement détentrice d'une autorité suffisante. Dans ce domaine, la communication et l'image sont essentiels et c'est là le but principal d'une campagne: renforcer son autorité et accessoirement démolir celle de ses adversaires.

Mais il y a un autre aspect, tout aussi important qui est l'état de l'opinion des relais de pouvoir. Pour qu'une action soit lancée, qu'une réforme soit menée, il faut qu'elle ait l'assentiment de ces relais, ou qu'au moins, elle ne subisse pas leur hostilité. Cela nécessite un long travail d'analyse et de préparation. Combien de réformes ont échoué parce que mal préparées, mal expliquées, elles ont été mal relayées et pas appliquées. On ne réforme pas contre le pays et surtout pas contre ceux qui sont chargés de l'explication et de l'application. Cette donnée est largement hors du champ d'action des candidats à la présidentielle, c'est un peu une donnée objective qui s'impose à eux. Cela donne des drames d'après-élection, quand les promesses des candidats ne sont pas suivies d'effets, voire quand c'est la direction opposée qui est prise. 1983 et la rigueur pour la gauche, 1995 et le plan Juppé pour la droite en sont de bons exemples.

C'est pourquoi il faut absolument faire le tri dans les déclarations des candidats entre ce qui relève de l'incantation, de la communication pure, et ce qui est l'expression d'une réelle volonté et qui entre dans le champ du possible. C'est exigeant, cela nécessite du recul, des connaissances particulières du fonctionnement de la France. De très rares personnes sont en mesure de faire seuls ces analyses et de distinguer le bon grain de la réalité de l'ivraie médiatique. Mais collectivement, chacun peut apporter un pierre à l'édifice, en fonction de ce qu'il connait, de ce qu'il maîtrise et des informations auxquelles il a accès. C'est là que se situera la vraie valeur ajoutée des blogs.

mardi 6 juin 2006

Le droit de vieillir dans la dignité

Le sujet de l'euthanasie et plus globalement de la fin de vie prend de plus en plus d'ampleur. Du fait des progrès de la médecine, la mort est plus lente à venir, on reste traîner et la tentation est grande d'aider un peu la nature. Pour les uns, la vie est quelque chose de fondamental, un bien précieux et pour les croyants, un don de Dieu que l'on ne peut pas refuser. Pour d'autres, la vie peut être un lit de souffrance et devenir un fardeau, pour soi et pour son entourage. Lorsque le handicap lourd et la grande vieillesse sont là, que la pente est forcement descendante, pourquoi vivre quelques années de plus dans un état de déchéance et de décrépitude où on perd toute dignité. La question se pose effectivement et de plus en plus réclament le droit d'abréger leur vie, de partir avant la chute.

Je suis fondamentalement contre la légalisation de l'euthanasie. Tuer ne doit jamais devenir un acte légal, c'est une question de civilisation et cela touche aux fondements même de ce qui fait de nous des êtres humains. Pour autant, l'homme reste libre de décider de ce qui le concerne. Ce débat sur les droits des malades en fin de vie a été mené de manière admirable par les députés en 2004. En laissant une ouverture, le législateur a pris en compte une réalité, sans pour autant l'aborder de front et encore moins en parler, celui de la fin de vie et du suicide des personnes âgées.

En France, on ne parle pas de la mort, et on ne parle pas des vieux. On parque les deux derrière les murs d'institutions spécialisées. Et pourtant, on y passera tous, par la vieillesse (pour la plupart) et par la mort (pour tous). On commence à développer de plus en plus le maintien à domicile, et c'est heureux, car vivre en maison de retraite... Rien que d'y penser, quand je vais voir ma grand mère, ça me donne froid dans le dos. On passe la journée pour la passer, en attendant le jour suivant et finalement en attendant la mort, qui viendra plus ou moins vite. On s'occupe de plus en plus des séniors, mais de ceux qui sont valides. Le sujet est encore largement tabou, sur le plan collectif, et malheureusement aussi sur le plan individuel. Combien d'enfants, qui en ont pourtant les moyens, rechignent à payer l'aide alimentaire pour la maison de retraite, quand les revenus de leur vieille maman ne suffisent pas ? Combien de personnes âgées, chez elles ou en institutions ne recoivent pas de visites ?

Sur ce sujet, qu'est ce que propose la société ? Pas grand chose car personne n'ose aborder le problème de front. Pourtant, des épisodes comme la canicule de 2003 auraient permis d'ouvrir le débat. On se retrouve ainsi avec des pratiques contestables et non dites. Passé un certain âge, on devient un malade de seconde classe. Après 70 ans, un homme atteint d'un cancer de la prostate ne sera plus opéré. On lui fait des séances de rayons, qui réduisent la tumeur et lui offrent un sursis. Mais seulement un sursis, pas une guérison. Plus globalement, on ne soigne pas une personne âgée comme on soigne un jeune. Certains acceptent cet état de fait, d'autres voudraient continuer à vivre, pour de vrai et non pas en sursis. Et vivre, cela veut dire être utile à quelque chose, et là encore, la société de propose rien, ou si peu. On s'est réjouit des progrès de la médecine, de l'allongement de la durée de vie. Les journaux s'extasiaient sur la longévité de Jeanne Calment. Oui, mais si c'est pour finir comme cela... C'est toute une vision du grand âge qu'il faut repenser, en se plaçant, nous jeunes et bien-portants, à la place des grands vieillards que nous serons probablement un jour.

Dans ces conditions, on peut comprendre ceux qui décident de partir alors qu'ils sont encore relativement valides, mais qui ne veulent pas vivre cette fin de vie qui n'apporte rien à personne et qui coûte à tout le monde. Mais reste un sentiment de formidable gâchis, d'un abandon collectif coupable, car le suicide est presque toujours un acte de désespoir. A-t-on fait tout ce qui était en notre pouvoir pour rendre supportable cette vie que l'on s'acharne à prolonger ?

lundi 5 juin 2006

C'est lundi, c'est ....

Ce matin, Lundi de pentecôte, je suis au travail. Depuis l'an dernier, ce n'est plus un jour férié. On peut le déplorer mais il faudra s'y faire. Enfin, pas tous...

Ce matin, le métro était clairsemé, les couloirs des administrations publiques déserts. Les horaires des transports publics sont ceux des "dimanches et jours fériés". Les écoles et les mairies sont également fermées. Finalement, les seuls qui travaillent, une fois de plus, ce sont les entrepreneurs et les salariés du privé, pour qui la question ne s'est même pas posée. Pour les premiers, plus de travail, c'est plus de revenu (en principe). Les dindons de la farce, ce sont les employers du privé, employés, cadres et ouvriers, car leurs salaires n'augmenteront pas pour autant. C'est de la perte sèche. Cela illustre magistralement cette France du travail à deux vitesses, entre ceux qui peuvent s'arranger et négocier, qui ont un "statut" et une relative "indépendance" vis à vis de leurs employeurs et les autres.

Ces autres sur qui tout retombe toujours, ceux qui sont dans les petites structures où les absences sont limitées, car il faut bien que le boulot se fasse. Cela aurait été sympa que les "nantis" jouent le jeu et ne pas laissent la charge de la solidarité avec les personnes âgées (enfin c'est le prétexte officiel) aux salariés du privé, ceux qui ne sont pas syndiqués et sont sous statut de droit privé. Mais non, chacun pense à sa petite situation, à son petit week-end prolongé et tant pis si cela met dans la merde un certain nombre de français.

Et après, ces mêmes salariés du public viennent demander aux autres de s'associer à leurs mouvements, à leurs revendications et s'étonnent de trouver peu d'écho. Qu'ils se remémorent donc où ils étaient lors du lundi de pentecôte.