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samedi 24 février 2007

Le fou et les garde-fous

Ca y est, les nominations sont tombées pour le Conseil Constitutionnel. Président, Jean-Louis Debré, entouré de Guy Canivet, premier président de la Cour de Cassation et Renaud Denoix de Saint-Marc, ancien vice-président du Conseil d'Etat.

Je n'ai pas grand chose à rajouter à un précédent billet, où je relativise l'impact de la nomination de Jean-Louis Debré à ce poste. Avec ces deux très hauts magistrats, on sait qui va écrire les décisions, et ce ne sera Jean-Louis. Etant quand même ancien magistrat, on peut présumer qu'il saura lire sans trop de mal ce que les autres lui auront préparé et qu'il aura la sagesse de les laisser faire. Nous aurons donc un président du Conseil Constitutionnel qui règnera, mais ne gouvernera pas beaucoup. C'est une bonne chose que les deux magistrats soient nommés en même temps. Ils vont pouvoir assurer l'encadrement pendant tout le mandat de Jean-Louis Debré. Reste maintenant à prier Dieu pour qu'il leur accorde longue vie, car neuf ans, c'est long, et en ce moment, les magistrats de grand talent ne font pas tous de vieux os.

vendredi 23 février 2007

Virages et réajustements

La même semaine, les deux candidats majeurs procèdent à des ajustements dans leurs équipes de campagne. Deux opérations en apparence similaires, mais qui sont en fait très différentes dans leur portée.

Pour Sarkozy, c'est un mini remaniement, avec la mise au placard de la très vulgaire Nadine Morano. Ceux qui la connaissaient s'étonnaient qu'elle ait été propulsée au poste de porte-parole. Elle a des qualités, comme Roselyne Bachelot, mais pas pour ce poste. Elles sont toutes les deux trop "nature" et décomplexées pour ne pas sortir connerie sur connerie. Au passage, Sarkozy fusionne des organes de conseil qui faisaient doublon. En fait, il rapatrie sur son siège de campagne les groupes qui se réunissaient au ministère de l'Intérieur. Pas sûr que le nouveau locataire annoncé de la place Beauvau (François Baroin) leur laisse la jouissance des salles de réunion. L'architecture globale et les équilibres de pouvoir n'en sont pas grandement modifiés.

Chez Ségolène Royal, par contre, c'est le virage à 180 degrés, avec en prime avalage de chapeau. Alors qu'elle a construit son début de campagne sur une rupture avec les éléphants du PS, elle est obligée de les appeler à la rescousse. C'est une humiliation personnelle et surtout l'aveu que sa tactique initiale était une impasse. Elle a cru qu'on pouvait mener et gagner une campagne présidentielle comme un raid solitaire, avec un chef entouré d'une petite équipe. Elle a cru pouvoir faire l'économie de structures largement discrédités, en les contournant. L'intuition n'était pas mauvaise à la base, tant les partis politiques sont en effet discrédités comme "prescripteurs politiques". Elle a cru que les autres canaux, en premier lieu internet, pouvait assurer le contact avec l'électeur, sans être obligée de dépendre des canaux habituels, encore contrôlés par ceux-là même qu'elle a voulu écarter. Cruelle désillusion !

Pari perdu pour Ségolène Royal, qui doit maintenant partir sur un autre pied. Pas évident de changer le point d'équilibre, de fusionner des équipes qui se regardaient en chiens de faïence avec des tensions fortes révélées par le départ fracassant d'Eric Besson. Deux mois avant le premier tour, c'est bien tard. Les tensions passées, les rancoeurs ne s'effacent pas comme cela, les nouvelles habitudes de travail ne se prennent pas en deux jours, surtout quand une des équipes a du se résoudre, à son corps défendant, à cette réorganisation. L'effet sera essentiellement médiatique, avec la mise en route des éléphants, qui vont mettre à la disposition de la candidate leurs réseaux et leur surface médiatique. Reste aussi à savoir si Ségolène Royal entend travailler réellement avec eux, ou si la mise en place de ce comité est un moyen de neutraliser les éléphants sur la base du vieux principe "mieux vaut les avoir dedans que dehors". Cela, seul l'avenir nous le dira.

La leçon n'est toutefois pas perdue pour les autres. Un candidat qui veut espérer gagner ne peut pas le faire en solitaire. Il doit être entouré de poids lourds, de personnalités qui auraient pu être candidats. C'est là une faiblesse structurelle de Bayrou, qui a fait le vide autour de lui à l'UDF. C'est un homme seul, qui "vit au dessus de ses moyens" et surfe sur une vague médiatique favorable, comme l'a fait Ségolène Royal lors des primaires socialistes. Mais une fois que la vague se retire, c'est dur, très dur, et Bayrou n'a aucune réserve d'éléphants.

Expert ou militants ?

De plus en plus d'experts, d'intellectuels (ou de pseudo-intellectuels) annoncent qu'ils se rangent derrière tel ou tel candidat. Le dernier en date, relevé chez Versac, est l'exemple de Thomas Piketty, économiste, qui vient de passer chez Ségolène Royal avec armes et bagages.

Ce faisant, il passe du statut d'expert à celui de militant et c'est ce dernier qui compte. On ne peut pas être les deux à la fois. C'est pourtant cette escroquerie intellectuelle que les candidats essayent de nous faire avaler. Le véritable expert, c'est celui qui observe la réalité sans prendre parti dans la course aux places et la conquête du pouvoir. Certes, rien ne nous dit que tous les experts sont totalement neutres politiquement, ce n'est certainement pas possible. Mais pour ceux qui clament ouvertement leurs préférences, pas de doute, ils sont devenus des militants et doivent désormais être entendus comme tels. Ils acceptent en effet d'être instrumentalisés, eux et leur expertise, au service d'une écurie de course dont le but n'est pas de faire triompher la vérité mais leur canasson, par tous les moyens possibles.

J'ai du mal à comprendre ce désir d'experts reconnus, de savants, de se commettre avec les basses besognes électorales. Leur expertise n'a rien à y gagner, elle aurait plutôt à y perdre en entachant de partialité politique ce qu'ils ont dit et ce qu'ils pourront dire après. Ils risquent de se faire enfermer dans des clichés, des étiquettes dont ils auront du mal à se défaire. Les gains sont plus à espérer en termes de pouvoir, de reconnaissance symbolique, de progression de carrière, pour lesquels certains n'hésitent pas à vendre la crédibilité que leur donne leurs titres, universitaires ou autre, et leurs éventuels écrits. Pourtant, un expert peut participer à la vie de la cité sans pour autant descendre dans l'arène, en jouant justement le rôle que les politiques n'assument plus, à savoir poser clairement les enjeux et expliquer les tenants et les aboutissants.

jeudi 22 février 2007

Le marronnier Ingrid Betancourt

Comme tous les 23 février depuis quatre ans, le marronnier Ingrid Betancourt refleurit. Ses enfants ressortent dans les médias pour attirer l'attention sur leur mère, au point qu'une candidate se sent obligée de dire que cette captivité est "intolérable". On sent la mobilisation médiatique obligatoire, basée sur un mélange de compassion et de terrorisme intellectuel, exactement ce que je déteste.

Ingrid Betancourt fait partie de la très haute bourgeoisie colombienne. De ce fait, elle a des amis, des relations et des relais dans les médias et particulièrement en France, c'est là toute la différence avec les autres. Quand on parle des otages des FARC en Colombie, il n'y en a que pour elle. Pourtant, elle est loin d'être la seule. Récemment, un ancien ministre (qui l'est redevenu) à réussi par un gros coup de chance à s'évader, après plusieurs années de captivité. Pourquoi n'a-t-on parlé de lui qu'au moment de son évasion ? Pourquoi n'a-t-il pas été fait citoyen d'honneur de municipalité (de gauche) en France au même titre qu'Ingrid Betancourt. Et tous ces pauvres paysans, otages anonymes, c'est encore pire. S'il n'y avait eu qu'eux, jamais nos médias ne nous auraient parlé des FARC.

La famille fait aujourd'hui le tour des candidats pour faire signer son pacte, le "manifeste pour la libération d'Ingrid Betancourt". Ce qui est demandé est rien moins que scandaleux. Il faudrait que la France érige la libération d'une personne précise comme priorité internationale, et mette en oeuvre tous les moyens pour y parvenir. La Famille et les amis d'Ingrid Betancourt se plaignent de ne recevoir jusqu'ici que de la compassion. Personnellement, je suis prêt à leur accorder la mienne. Je comprend parfaitement la douleur d'enfants qui sont séparée de leur mère, retenue en otage dans des conditions difficiles. Je l'accorde d'ailleurs à toutes les autres familles qui sont dans cette situation, et il y en a dans le monde, certaines ayant d'ailleurs moins les moyens matériels de traverser l'épreuve que les Betancourt. Mais cela justifie-t-il des demandes aussi exorbitantes et surtout égoïstes ? Les autres otages, on s'en tape, on les évoquent à peine (Ingrid Betancourt et les 4000 autres otages), seule compte Ingrid Betancourt. Tous ceux qui se mobilisent pour cette cause l'auraient-ils fait s'il n'y avait pas eu parmi les otages cette femme très photogénique si séduisante et si bien soutenue ?

De la situation de la Colombie, les auteurs de ce manifestent semblent s'en moquer également. La solution ne serait-elle pas d'essayer de résoudre la crise politique qui a amené les FARC à se lancer dans la lutte armée et la prise d'otages ? Cela ne semble pas être la position du comité Ingrid Betancourt, qui prône, ni plus ni moins, l'ingérence dans les affaires intérieures colombiennes en demandant de faire pression sur le gouvernement colombien, voire de rompre les relations diplomatiques s'il choisit la méthode radicale de l'intervention militaire. Pendant ce temps là, au Darfour, il se passe des choses autrement plus graves qui ne suscitent pas la même mobilisation. Il est vrai qu'il n'y a pas de franco-soudanaise en danger...

Enfin, les promoteurs de ce comité reprennent la détestable méthode de Nicolas Hulot, celle du chantage électorale. "Si vous ne vous engagez pas sur le sujet qui m'intéresse, je fais voter contre vous". Vraiment, cette cause n'a rien pour me plaire.

Ah les juristes !!

Marié à une juriste, je suis aux premières loges pour subir leurs petits travers et les déformations professionnelles de cette catégorie très présente sur les blogs (sur lesquels on retrouve ces travers). Parfois, cela m'amuse, parfois cela m'agace.

Les juristes ont une tendance facheuse à raisonner dans le vide, à traiter un sujet pour lui-même sans intégrer qu'un acte est signé en fonction d'un but. On ne signe rien pour le plaisir, mais toujours en vue d'obtenir quelque chose. Les contenus peuvent parfois être approximatifs, comporter quelques mentions inexactes. Sans même se poser la question de savoir si cela change quelque chose, le juriste se précipite sur l'erreur. Peu importe si on rallonge ou on complique inutilement l'opération, les formes doivent être scrupuleusement respectées et les indications parfaitement exactes. Essayez donc d'aller vite avec un juriste ! Il va vouloir lire toutes les conditions, toutes les clauses, même si ce sont des formulaires-type à prendre ou à laisser, que des centaines de personnes signent tous les jours sans qu'il ne leur soit causé de dommages de ce fait. Je comprend qu'il faille des formalités et un peu d'exactitude, mais cela ne doit pas prendre le pas sur le reste, tentation à laquelle les juristes succombent trop souvent. Une attention trop marquée à la justesse d'un mot, à la beauté intellectuelle d'un mécanisme juridique leur font parfois oublier que pour la plupart des gens, ce qui compte, c'est l'efficacité au meilleur coût.

mercredi 21 février 2007

L'argent caché de l'Elysée

C'est sous ce titre assez accrocheur que René Dosière a publié le résultat de ses investigations sur les finances présidentielles. Il raconte, dans ce petit ouvrage agréable à lire, sa prise de conscience d'un "trou noir" des finances publiques, le budget de la présidence de la République. Personne ne s'y intéressait jusque là et l'Elysée se gardait bien de communiquer sur le sujet.

Au fil de ses recherches, il découvre que les documents budgétaires sur la présidence seraient sanctionnés, dans le privé, pour présentation de faux bilans. En fait, les deux tiers des dépenses de l'Elysée sont en fait prises en charge par des ministères, et n'apparaissent donc pas dans les documents comptables. Cela va de la prise en charge de dépenses (de transport notamment), la mise à disposition de personnels jusqu'aux ponctions directes. Et tous les ans, il en faut encore plus, avec des augmentations hallucinantes.

Ce livre est le résultat du travail d'un parlementaire intègre et reconnu de ses pairs (il est vice-président de l'Assemblée nationale, poste que l'on ne confie pas à n'importe qui). Il a voulu mener un véritable travail d'investigation, ce que tous les députés devraient faire pour mener à bien leur mission de contrôle de l'action du gouvernement. On découvre au fil des pages l'ampleur du travail à accomplir, mais aussi la relative faiblesse des moyens des députés. Il faut de la ténacité et le cuir épais pour se lancer dans un véritable contrôle. Mais ce n'est pas mission impossible, la preuve. Même si René Dosière n'a pas eu tous les chiffres et renseignements qu'il demandait, il a pu dresser une image assez exacte des pratiques budgétaires de la présidence, et surtout, de l'extraordinaire augmentation des sommes allouées à la présidence depuis l'élection de Jacques Chirac : + 798%.

On sent toutefois que le travail est inachevé, que certaines questions ne sont qu'à peine esquissées. La plus importante, et la plus brulante est quand même évoquée : Mais à quoi sert tout cet argent ? Qu'est ce qui fait que Jacques Chirac ait besoin de tant que cela d'argent, de beaucoup plus que ses prédécesseurs ? René Dosière n'apporte pas de réponse, car il faudrait une enquête plus poussée, qu'il n'a ni le temps, ni les moyens de mener. Le lièvre est quand même levé, c'est toujours ça.

mardi 20 février 2007

Il y a incident et incident

Jean-Marie Le Pen nous ressort une dernière fois sa panoplie de provocateur médiatique, avec cette tentative de choquer en qualifiant les attentats du 11 septembre 2001 "d'incidents".

Il se base sur le bilan humain, 3000 morts, il est vrai assez faible comparé aux grandes catastrophes du XXème siècle, ou comme le fait Le Pen, au nombre de morts en Irak. Sur le plan numérique, il n'a pas tort, mais il est de mauvaise foi en ramenant le 11 septembre 2001 à une simple affaire de bilan numérique.

Les attentats du 11 septembre, c'est avant tout un profond traumatisme psychologique, aux USA, en Occident et dans le monde entier. C'est un évènement qui s'est déroulé quasiment en direct sur toutes les télévisions du monde, lorsque le deuxième avion est arrivé sur la tour intacte. Les images de cette journée existent, l'évènement a été filmé sous toutes les coutures. Il a aussi frappé un lieu hautement symbolique, le quartier d'affaires de New York, les tours jumelles, symbole dans le symbole.

C'est sous cet angle là qu'il faut aborder les attentats du 11 septembre 2001 pour comprendre leur portée historique. En prenant l'optique adoptée par Jean-Marie Le Pen, on pourrait dire la même chose de l'exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Après tout, ce n'est qu'un parmi d'autres à passer sur l'échafaud, un "détail" de la Révolution...

Décidement, il vieilli le papy, même ses provocations ne suscitent plus l'indignation, juste une remise en perspective argumentée et calme. C'est encore comme cela qu'on le combat le plus efficacement.

De l'utilité du prime-time

Depuis le début de la campagne, la mode se répand de "live-bloguer" devant les émissions politiques de prime-time à la télévision ou à la radio. Les résultats sont au final assez décevants, et les blogueurs ayant tenté l'expérience s'en sont rendus compte rapidement.

Le blog n'est pas le format adapté, simplement parce que la rapidité de l'émission télévisée, de son déroulement ne permet pas un suivi écrit. Le blogueur laisse forcement passer beaucoup de chose. Pendant qu'il réfléchit, qu'il écrit, l'émission continue. Vouloir analyser le contenu d'une émission de télévision ou de radio en temps réel tient de la mission impossible.

Le deuxième obstacle est le flot de contenu de valeur parfois très inégale de ce type d'émission (surtout à la télévision). Il faut sans cesse le répéter, le but des médias est de faire de l'audience, point ! Pour y parvenir, il faut donner aux téléspectateurs ce qu'ils ont envie de voir (de l'émotion, des sensations, bref du sang et des larmes) et leur proposer une mixture qui soit à leur niveau et conforte leurs clichés et leurs idées reçues. Déranger, questionner, faire réfléchir, c'est beau, mais ce n'est pas avec cela que l'on fait de l'audience en prime-time. De temps en temps, un vrai contenu émerge, parce qu'une question est bien posée, qu'un invité à quelque chose de consistant à dire (et qu'on le laisse parler). Mais tout cela est trop souvent noyé dans un océan de mièverie, de publicité et, il faut le dire, de bêtise. Pourquoi alors demander à l'émission "j'ai une question à vous poser" plus qu'elle ne pouvait donner ? Qui aurait l'idée de live-bloguer devant une émission de Fogiel ou d'Ardisson ?

J'ai moi aussi suivi l'émission avec Ségolène Royal hier soir. Moi aussi j'ai bondi parfois, été affligé de la pauvreté des réponses, voire des contrevérités. Finalement, j'en retient quelques petites choses comme une proposition de transférer aux Régions les investissements sur les prisons. Je serais curieux de connaitre l'avis de ses amis présidents de Région sur ce thème, parce que là, pour du transfert de charges, c'est du lourd. J'ai aussi été très amusé par la question, très directe "qu'allez vous faire de François Hollande ?" et la non réponse de Ségolène Royal. C'est dans ces petits détails, ces non-dits qu'on en apprend plus sur la candidate, sa manière manager (ce que l'on attend d'elle comme présidente) que les scènes "émotion" comme celle du pauvre handicapé en larmes que la bonne dame va réconforter.

L'ensemble n'était donc pas inintéressant, à condition de faire le tri, qui ne peut se faire qu'avec le recul, sans chercher à tout noter dans la minute. Il faut laisser les choses se décanter, comme l'ont fait Jules de diner's room et Versac. Suivre en direct a de l'intérêt, être dans le studio apporte un angle de vue supplémentaire, mais ce n'est pas exploitable tel quel, en direct dans un blog.

lundi 19 février 2007

On remet la gomme

Augustin Legrand vient de terminer son tournage en Afrique du Sud, il est donc à nouveau disponible pour reprendre son petit numéro. Pas sûr pourtant que cela prenne une deuxième fois.

Il a recadré son action sur la problématique des SDF, beaucoup plus casse-gueule que la question du logement. Les SDF, ce n'est seulement une affaire de place dans des centres d'accueil. Les SDF sont souvent un concentré de problème (désocialisation, trouble psychiques, alcoolisme...). Des places en foyer, il y en a, qui ne sont pas occupées. Pour Augustin Legrand, c'est par défaut d'information des SDF. Comment veut-il faire, les moyens déjà mis en oeuvre, comme le SAMU social, sont déjà considérables. Cette question de la marginalité, de la misère, elle a toujours existé, et cela peu paraitre étrange, mais on ne s'est jamais autant occupé d'eux que maintenant.

Son initiative sent vraiment le réchauffé, le coup médiatique avec une grosse provocation, la demande de démission de la ministre. Elle n'aurait rien fait depuis "l'accord du 8 janvier", le truc qu'il avait bâclé pour pouvoir partir faire son tournage en Afrique du Sud, sans donner l'impression d'abandonner le mouvement. A l'époque, j'avais trouvé qu'il s'était contenté de bien peu. C'est difficile de se dire satisfait de belles paroles en janvier, de revenir en février pour hurler que rien ne va plus. Comme si l'action publique pouvait se mettre en branle et régler tous les problèmes sociaux en un mois.

Il devrait comprendre que dans les médias, les plats ne passent qu'une fois. S'il est vraiment sincère dans la cause qu'il défend, il peut s'investir, il y a du boulot à faire, mais autrement que dans les tentatives d'agit-prop.

dimanche 18 février 2007

Haut-fonctionnaire sous l'Occupation

Maurice Papon est mort. Même après son décès, les petites querelles mesquines continuent, certains continuant à s'acharner sur l'homme, sans être capables de prendre de la hauteur. Le procès Papon a été raté, il est passé a côté de sa dimension historique pour deux raisons. Plutôt que le procès d'un homme, il aurait du être le procès d'un groupe, voire d'une génération de hauts fonctionnaires. Cela aurait dû aussi être le procès d'un comportement global, plus que le procès de l'action sur un point très précis, celui de la déportation des juifs.

L'Histoire reviendra un jour sur cette génération d'hommes de pouvoir, qui ont commencé leur carrière sous l'Occupation, et qui l'ont poursuivie sans être trop inquiétés, malgré des compromissions. Combien furent relevés d'une indignité nationale pourtant justifiée, pour reprendre le cours normal d'une carrière dans les affaires ou la politique (je pense en particulier au cas Bousquet). Ils ont servis avec loyauté et efficacité le régime de Vichy, puis ont commencé à prendre des contacts avec la résistance fin 1943, quand ils ont senti que le vent tournait. A la libération, ils étaient là, serviteurs dévoués et efficaces, prêts à servir tout aussi loyalement le nouveau régime. En 1944, le général De Gaulle n'avait qu'une obsession, empêcher les Américains de mettre en place une administration d'occupation. Il fallait que l'ordre soit maintenu, que la machine administrative continue à tourner. Et il n'avait pas d'élite de remplacement. Il a donc gardé en poste ces résistants de la vingt-troisième heure, si efficaces et loyaux.

En 1945, avec la création de l'ENA, c'est le triomphe de l'idée d'une haute administration d'élite, très bien formée, capable de servir n'importe quel gouvernement. Les Papon et autres hauts fonctionnaires de Vichy rentraient parfaitement dans ce cadre et ont souvent fait des carrières magnifiques, aux côtés d'authentiques résistants qui avaient compris qu'il ne fallait pas être trop regardants, car on avait besoin de tous les talents pour reconstruire la France. Comme ils se sont retrouvés aux commandes pendant plusieurs décennies, personne n'a eu l'idée d'aller se pencher sur leur passé, sur leur comportement sous l'Occupation. Pendant des années, François Mitterrand a bloqué le dossier, parce qu'il était l'un d'eux, au parcours typique : Franscisque en 1942, avec diverses occupations administratives de second rang (il est encore jeune), "résistant" en 1943 et ministre en 1945. Il aurait été secrétaire général de la Préfecture de la Gironde, se serait-il comporté différemment de Papon ? Sa hantise était que le procès d'un homme vire au procès d'un groupe, dont il faisait partie, qui a choisi de sacrifier son honneur à sa carrière.

C'est sur l'attitude globale de cette génération qu'il faut se pencher, sur tous ces fonctionnaires petits ou grands, qui ont si bien servi le gouvernement de Vichy. Les policiers qui allaient arrêter les juifs pour les amener au Vel d'hiv sont dans la même logique, loyauté au régime en place, quel qu'il soit. La poignée de résistants héroïques ne saurait malheureusement sauver l'honneur d'une Nation, comme la légende gaulliste a voulu le faire croire. Quelques arbres ne cachent pas une forêt. Le procès Papon aurait un grand moment d'Histoire si, à travers un homme "emblématique", on avait pu mettre en lumière cette France qui s'est finalement accomodée de la défaite et de l'Occupation, qui a fermé les yeux sur beaucoup de choses par lâcheté, dans la droite ligne de son comportement dans les années 30 (déjà, les accords de Munich en 1938 avaient révélé ce que cette génération de dirigeants avaient dans le ventre). Malheureusement, les intérêts mémoriels d'une communauté ont maintenu ce procès à un petit niveau. Peut-être était-ce trop tôt pour que l'on progresse dans ce mouvement lancé en 1995 par Jacques Chirac, où il reconnaissait la responsabilité, et donc la culpabilité de l'Etat français dans les crimes commis sous l'Occupation, la déportation des juifs, mais aussi le reste.

samedi 17 février 2007

La question de la Recherche

Ségolène Royal a fait son choix. entre un deuxième porte-avions nucléaire et la Recherche, elle a tranché, ce sera la Recherche. Le deuxième porte-avions, il se fera si d'autres pays européens mettent la main au porte-monnaie, c'est à dire jamais. Cette décision ne me surprend absolument pas, elle est dans la logique du PS, tout comme le choix de la Défense est dans la logique de l'UMP. Les deux se défendent.

Le deuxième porte-avion est une nécessité si on souhaite garder une crédibilité militaire et stratégique. Nous n'en avons qu'un, qui est pendant la moitié de l'année en entretien et réparations. Le deuxième porte-avion permettrait d'assurer une force de projection 12 mois sur 12. L'Europe de la Défense étant balbutiante, demander aux européens de payer tout en laissant le commandement aux français est absurde. Même chose pour une association franco-anglaise, quand on connait les divergences stratégiques entre les deux pays.

Faire le choix de la Recherche, c'est s'assurer (ou tenter de s'assurer) une place dans la guerre économique, où l'innovation est vitale. Stratégiquement, c'est un bon choix et la Droite a eu tort de ne pas s'occuper assez de ce sujet. Pour autant, la recette préconisée par Ségolène Royal, toujours plus de crédits, est un emplâtre sur une jambe de bois. Le système français de recherche est très peu productif (au sens résultats concrets par rapport à l'argent investi). Le nombre de brevets est ridicule, en chiffres absolus, mais surtout par rapport au nombre de personnes et aux crédits accordés.

La Recherche française, c'est un gros machin bureaucratique. D'un coté vous avez le CNRS et l'INSERM et de l'autre les enseignants-chercheurs du Supérieur. Il y a encore en France d'excellents chercheurs, avec même des leaders mondiaux (les mathématiciens français sont en pointe), mais leur existence tient un peu du miracle tant le système français est sclérosé et idéologiquement orienté (tout sur la recherche fondamentale et quasiment rien sur la recherche appliquée). C'est une organisation où il est long et difficile d'entrer, qui marche au copinage, à la cooptation autant qu'aux mérites intrinsèques. Beaucoup d'outsiders, de jeunes docteurs vont devoir gacher leurs meilleures années à ramer pour se faire une place au soleil. Par contre, une fois que vous êtes dans la place, il suffit d'assurer un service minimum, car vous êtes quasiment invirable. Pour ceux qui veulent continuer la recherche (la grande majorité), une bonne partie du temps est passée dans la paperasse administrative, les demandes en trois exemplaires pour trois francs six sous, la présence dans des endroits où on perd son temps (instances consultatives et colloques-bidons) mais où il faut être pour être bien vus des mandarins et donc voir ses dossiers avancer. Pourquoi s'étonner que les jeunes aillent chercher ailleurs, vu ce qu'on leur propose (moins de 50% du temps consacré à la recherche pure) et le prix qu'on leur demande (des années de précarité, à se faire exploiter par les mandarins en place). Ce n'est pas en mettant des crédits supplémentaires qu'on va résoudre la question. Cela va juste permettre de créer quelques postes statutaires de plus.

La Recherche française a surtout besoin d'un électrochoc et d'une remise en cause totale de ses bases de fonctionnement. Il faut de la souplesse et du contrôle. Que l'on en finisse avec le fonctionnariat, les postes à vie, pour attribuer les crédits en fonction de projets, avec des objectifs clairs et évaluables (scientifiquement et financièrement). Il faut absolument adopter la logique de la LOLF, qui est en train de réaliser des miracles sur l'appareil d'Etat. Mais cette réforme est difficile, les personnels statutaires et ceux qui aspirent à l'être étant arcboutés sur un état d'esprit où le mot évaluation est pris comme une injure. La Droite a compris que mettre toujours plus d'argent dans ce tonneau des Danaïdes ne servait à rien sans réforme profonde. Ils ont donc réduit les crédits et tenté de réformer. François Goulard, ministre de l'Enseignement Supérieur s'est lancé, mais avec les mains tellement liées qu'il n'a pas pu faire grand chose à part nommer des dirigeants plus réformistes à la tête du CNRS. Il s'est aussitôt retrouvé avec les corporations de chercheurs, qui sous le mot d'ordre de "sauvons la recherche" voulait surtout dire "sauvons le fonctionnariat de la recherche à la française". Et ce n'est pas du PS qu'il faut attendre une réforme de fond, quand on sait que la Recherche française, ce sont des fonctionnaires et des enseignants, qui votent massivement à Gauche.

Finalement, on risque de se retrouver avec un seul porte-avion et une Recherche au même niveau. bref, on aura une fois de plus tout perdu.

vendredi 16 février 2007

Freiner les candidats

Ces jours derniers, le débat sur le chiffrage des programmes et leur coût a pris une tournure inattendue. Dans chaque camp, les experts sont intervenus pour calmer les ardeurs dépensières des candidats. A l'UMP, ce sont les actuels argentiers de la commission des finances, Pierre Méhaignerie et Gilles Carrez, aidés du très compétent Alain Lambert qui ont mis le holà. Il était temps car Nicolas Sarkozy semblait avoir quitté la terre dans son souhait de promettre tout à tout le monde, et surtout d'en promettre plus que la déjà très généreuse Ségolène Royal. Au PS aussi, le débat semble avoir eu lieu en interne. Il s'est terminé par le départ en fanfare de l'expert économique, Eric Besson.

Même débat, même situation en interne, dénouement différent. Les contre-pouvoirs semblent bien fonctionner à droite, on ne peut pas en dire autant à gauche. Finalement, cette petite histoire est plutôt rassurante, car on sait maintenant qu'il y a à droite des gens qui peuvent contredire Sarkozy et le faire reculer. Il n'est pas seul aux manettes et doit composer au sein de son propre camp. Et surtout, il sait reconnaitre quand il est allé trop loin et fait machine arrière, quite à avaler la couleuvre. Tous ne peuvent pas en dire autant, et si les contre-pouvoirs existent aussi au PS, ils sont inopérants, la position officielle du PS et de la candidate n'ayant pas varié et le fauteur de trouble étant amené à s'en aller.

Moi aussi je commence à bien la sentir cette campagne !

Garden party

Trouvé au JO 13 février 2007, une réponse donnée par le premier ministre à René Dosière, député socialiste (QE 99313), qui lui demande des informations très précises sur l'organisation de la garden party du 14 juillet à l'Elysée. Combien d'invités, combien de traiteurs, conditions des marchés publics de fourniture et surtout, coût de la manifestation.

La réponse est assez évasive. Plusieurs milliers de personnes invitées, on peut faire plus précis dans le chiffrage. Rien sur les passations de marchés publics, juste un chiffre sur le coût, mais c'est ça qu'on attendait. En 2006, la Garden party du président a couté 480 000 euros en frais de traiteur. On dit que la nourriture y est excellente et abondante. A ce prix là, ça peut...

Quand on veut tuer son chien...

... On l'accuse d'avoir la rage. C'est ce qui est arrivé à Alain Duhamel, écarté sans ménagement de la couverture de la campagne présidentielle pour avoir fait son coming-out centriste. C'est à mon sens un prétexte saisi par le direction de France Télévision pour écarter ce vieux briscard du journalisme politique (il animait déjà le débat Giscard-Mitterrand en 1974). Si l'idée est de virer les vieux dinosaures qui encombrent l'antenne, ce n'est pas forcement une mauvaise idée. Certes, les vieux peuvent avoir encore beaucoup de talent, mais les jeunes en ont aussi. Il faut leur permettre de s'exprimer, les faire éclore, et pour cela, il faut faire de la place sur les plateaux télés et autour des micros. Vu sous cet angle, la mise à l'écart (relative) de Duhamel, 67 ans, sur les écrans de télévision depuis 1970, ne me paraît pas scandaleuse.

C'est la manière de faire qui est plus gênante. Comme c'est encore un pilier de ce milieu fait de connivences, de renvois d'ascenseur et de barbichettes tenues, l'animal pouvait se débattre et résister à la mise en fourrière. Il fallait un prétexte, gros de préférence, qui ne lui permette pas de faire jouer ses réseaux et qui le disqualifie. L'opération a réussi, du moins à court terme. Parce que sur le long terme, les retours de flammes risquent d'être méchants. L'hypocrisie du prétexte est souligné par tous les commentateurs. Si on devait virer de l'antenne tous les journalistes "politisés", il ne resterait plus grand monde sur les plateaux télé. Tout le monde connait maintenant les liens consanguins entre les milieux politiques et ceux de la presse nationale, qu'elle soit écrite ou audiovisuelle. Ils se marient même, preuve de l'existence de points de contacts fréquents. Au moins, Alain Duhamel a l'honnêteté d'assumer ce qu'il est, un centriste bon teint, ce qui est un secret de polichinelle. C'est d'ailleurs là son tort, car il se serait déclaré de gauche ou d'extrême-gauche, il n'aurait pas été dérangé. Autre retour de flamme, il va maintenant exister une "jurisprudence Duhamel", qui permettra de mettre au placard les journalistes ayant exprimé leurs choix politiques personnels. La chasse est désormais ouverte ! Si vous avez des vidéos de journalistes du service public qui annoncent clairement leur couleur politique, envoyez les au PDG de France-Télévisions, vous savez, celui qui a écrit "Conversations", le livre de campagne de Madame Chirac, en 2002...

jeudi 15 février 2007

Séquence nostalgie

Lors des séances de l'après-midi, le président de séance arrive dans l"hémicycle en passant entre deux rangées de gardes républicains, sabre au clair, avec les roulements de tambour. C'est très classe et impressionnant, même si cela ne dure que deux minutes. Aujourd'hui, c'est sans doute la dernière fois avant longtemps que j'assiste à ce cérémonial, les séances se terminant la semaine prochaine et ne reprenant qu'en juin, à un moment où j'aurai sans doute quitté la maison. C'était aussi probablement le dernier passage d'Hélène Mignon, vice-présidente. Et pour rendre ce moment encore plus unique, parmi les spectateurs, se trouvait le président en titre, Jean-Louis Debré, qui lui aussi s'apprête à quitter la maison.

Patinage pas très artistique

Nouveau cafouillage dans l'équipe de campagne du PS. Après l'envoi "par erreur" d'une mauvaise version d'une interview à un journal, voilà qu'aujourd'hui, c'est l'économiste en chef, Eric Besson, qui claque la porte.

Certains de mes commentateurs sautent sur la moindre remarque sur Ségolène Royal pour me faire un procès en "Ségo bashing". Je ne fait pourtant que constater la série de plus ou moins grosses erreurs qui émaillent sa campagne, sans inventer et sans monter en épingle des propos qui ne méritent pas de l'être. Tout cela me fait affirmer depuis longtemps qu'il y a trop d'amateurisme pour que cela se termine par une victoire de Ségolène Royal. Bien sur qu'il doit y avoir un peu de susceptibilité et d'ego chez Besson, comme il y en a chez tous les hommes politiques. Mais il n'y a pas que cela. En plein débat sur le chiffrage des programmes, le spécialiste du sujet ne claque pas la porte sans de bonnes raisons. Eric Besson savait que son geste aurait des répercutions médiatiques lourdes, et ferait très mauvais effet. S'il y avait simplement eu quelques désaccords et qu'il ne souhaitait plus cautionner les propos de la candidate sur les questions économiques, il lui suffisait de se taire et de laisser un autre parler à sa place, le tout avec une excuse diplomatique, comme celle donnée par Jospin pour justifier son absence au grand meeting du 11 février. Les médias se seraient à peine rendu compte de son silence...

Non, il y a dans ce geste une volonté de nuire à la candidate, une désolidarisation qui en dit long sur l'ambiance au PS. Ce n'est pas avec une équipe comme cela que l'on gagne une présidentielle.

Il faut sauver le soldat Kareem

L'info vient de tomber simultanement sur deux sites "infos bloguesques" que je consulte régulièrement, Pointblog et les blogonautes. Il faut soutenir un blogueur égyptien à qui son gouvernement fait des misères pour avoir dit des choses qui ne lui plaisent pas sur son blog.

Ce jeune homme offre en effet le profil parfait : jeune (22 ans), étudiant en droit (niveau culturel supérieur), blogueur, égyptien (à la fois proche mais pas trop). Il est attaqué pour des prises de position sur des thèmes qui ont une forte résonance chez nous : droit des femmes, islam, dictature. Et en plus, il prend la pose du résistant. Il a vraiment tout pour plaire. Il passe au tribunal en Egypte très bientôt et risque neuf ans de prison. Les internautes devraient donc se mobiliser pour le défendre. Se met alors en place un buzz "organisé" sur Internet. Une pétition est en ligne, des logos sont disponibles, à mettre sur son site, bref tout l'attirail habituel qui permet de se sentir mobilisé et d'avoir bonne conscience.

Pour quel résultat ? Je doute que l'université Al Azhar (ultra conservatrice) soit très sensible à ce genre de mobilisation. Le gouvernement égyptien non plus, car ce qui est finalement reproché à ce blogueur, ce n'est pas tant ses prises de position philosophiques que d'avoir parlé de sujets que le gouvernement veut absolument cacher comme par exemple les émeutes interconfessionnelles (les agressions de coptes par des musulmans radicaux). Amnésty international part (volontairement ?) sur une fausse piste en présentant ce blogueur comme un "prisonnier d'opinion". Il y a peut-être un peu de cela, mais ce n'est pas la raison première de ses ennuis. Mais cela, on ne le dit pas trop, on préfère appuyer sur les aspects qui permettent de "vendre" cette bonne cause.

Une fois de plus, on se retrouve avec une instrumentalisation d'un cas individuel, calibré pour "parler" au public occidental. Il nous ressemble, il a nos idées et on l'attaque parce qu'il les expriment. On nous sort tout l'attirail "émotionnel", avec focalisation sur une personne que l'on individualise au maximum (on a sa photo, son nom, son parcours, les liens vers son blog...). Une cause qui peut être juste est tellement focalisé sur une personne emblématique qu'on en oublie la cause pour ne plus parler que de cette personne. Parfois, c'est un jeu voulu par les proches de ces "bannières" qui instrumentalisent une cause pour tirer d'affaire leur proche. C'est typiquement le phénomène "Ingrid Bettencourt", avec un portrait médiatiquement vendeur, une famille qui rappelle régulièrement dans les médias qu'elle est toujours prisonnière (et comme on approche du 23 février, anniversaire de son enlèvement, on va encore y avoir droit). Tout ce barnum médiatique des mobilisations obligatoires a le don de m'agacer prodigieusement. On se donne bonne conscience, on se gargarise de notre influence, pour des résultats concrets souvent proches du néant.

mercredi 14 février 2007

Ségolène l'africaine

Une fois de plus, Ségolène surprend. Cette fois c'est sur l'Afrique, mais pour changer, la bourde est désormais par écrit. Je ne savais pas qu'on pouvait atteindre ce niveau de nullité dans une équipe de campagne. Envoyer un texte "non validé" à un hebdomadaire, il faut le faire, mais en plus le dire pour essayer de rattraper la bourde, c'est la totale. Même Jack Lang aurait été plus habile, c'est dire...

Depuis Foccart et la Francafrique, les choses n'ont pas vraiment changé dans les relations entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique. La France s'est toujours accommodée de régimes, au mieux corrompus (quasiment tous), au pire saguinaires (Bokassa) qu'elle faisait et défaisait au gré de ses intérêts et du degré de scandale acceptable. La politique africaine était une affaire de relations personnelles, amicales, trop parfois (souvenez vous les diamants de Giscard). Chirac n'a pas dérogé à ce style qu'avait d'ailleurs très bien illustré son prédecesseur François Mitterrand, qui ne pouvait qu'être approuvé par les potentats africains dans le choix de son conseiller "afrique" (en l'occurrence son fils).

Ségolène Royal a été aux premières loges, au cabinet de François Mitterrand, pour connaitre les tours et détours de ce genre de manières. Dans son interview, elle semble vouloir rompre avec ce type de relations entre la France et l'Afrique, et c'est tout à son honneur. Le constat du discrédit de la France sur le continent noir est partagé par tous. Aujourd'hui, il ne nous reste plus que les points chauds à gérer, là où il faut envoyer des troupes d'interposition et prendre des coups. Quand il y a des affaires à réaliser, comme au Congo Kinshasa, ce sont les américains qui sont là. Vouloir repartir sur d'autres bases est une évidence, tellement l'ancien système a échoué.

La politique africaine est véritablement le lieu où se téléscopent deux philosophies de politique étrangère. La première, celle des droits de l'homme voudrait que la France oriente son action vers une aide au développement efficace, au service exclusif des populations. La seconde philosophie est celle des affaires, c'est la diplomatie-Elf, où ce qui compte sont les intérêts économiques des Etats et des grandes multinationales (qui sont leur bras armé), le contrôle des ressources naturelles et des approvisionnements industriels d'un Occident qui veut en avoir toujours plus pour le moins cher possible. La France a malheureusement beaucoup axé son action en Afrique en fonction de ses intérêts économiques, comme les autres d'ailleurs. Tant que les USA et les autres grandes puissances continueront à jouer le rôle du prédateur, celui qui voudra jouer au gentil sera le dindon de la farce. La France est un peu condamnée à continuer ce jeu, pour éviter que le contrôle de ressources stratégiques pour l'Europe ne passe à d'autres. Cela s'appelle la Realpolitik.

Une politique de réel co-développement pour l'Afrique ne peut se mener qu'au niveau multilatéral. La France n'a plus le pouvoir de décider seule et doit agir dans le cadre mondial, où elle pèse encore un peu, mais de moins en moins. Les actions menées en faveur du développement en Afrique (il y en a quand même) sont d'ailleurs le fait d'ONG, de filiales de l'ONU, de la banque mondiale. Autant d'instances où nous sommes représentés, mais que nous ne contrôlons pas. Malheureusement, les choses ne sont pas prêtes de changer, le nombre de prédateurs cherchant à se servir sur la bête étant plutôt en augmentation, comme le révèle la très récente tournée en Afrique du président chinois.

Des personnalités de gauche, au fait de ces questions, ont du se rendre compte, après coup, des dégâts que peuvent provoquer de tels propos. On se met ainsi à dos l'ensemble des acteurs du système actuel (au premier rang desquels Total, par ailleurs attaqué sur ses profits), ce qui peut l'handicaper sérieusement si elle devient présidente.

La Relance européenne par la culture

La construction européenne est actuellement en panne. Depuis le 30 mai 2005, personne ne le conteste. Il faut sortir de cet enlisement, là encore, pas d'opposition. Cela se gâte quand on commence à évoquer les directions que l'on pourrait prendre. Une piste intéressante commence à émerger, la relance par la culture. Elle est pertinente sur plusieurs angles.

L'élargissement a provoqué des tensions, par les incompréhensions, les différences et les motivations divergentes. Il est loin le temps d'une petite Europe, à six ou neuf, où tous se connaissent et se fréquentent depuis longtemps. Il est devenu urgent de remettre du liant dans la construction européenne, de faire réémerger un projet commun, un appui pour faire avancer le "vouloir vivre ensemble" sans lequel une construction politique ne peut pas tenir. Les artisans de l'élargissement à l'Est avaient sans doute sous-estimé ce point, estimant que les cultures et les traditions étaient assez proches pour que l'attelage tienne. Ils se sont un peu trompés et nous ne pouvons pas faire l'économie d'un débat sur ce qu'est l'Europe et ses fondements culturels. La question turque oblige à cette reflexion.

Cette relance sur la culture offre aussi d'être assez consensuelle et de ne pas sortir des sentiers battus sur le fonctionnement de l'Europe. On va repartir sur un axe franco-allemand, avec comme thématique "vendeuse" en interne et en externe, la préservation de la diversité culturelle. Comprendre "tous contre la culture anglo-saxonne et l'anglais". Le Royaume-Uni continuera de jouer son rôle (ils le font si bien) et Hollywood est un épouventail tellement efficace qu'on serait stupide de s'en passer. Accessoirement, c'est un enjeu économique colossal, qui touche bien entendu aux industries culturelles (médias, cinéma), aux questions de droits d'auteurs, mais aussi indirectement à l'accès à la mondialistion, qui se fait actuellement en anglais. Faire de l'Europe un phare culturel "non américain" est un projet susceptible de mobiliser en interne, ainsi qu'une contre-offensive économique et politique pour enfin faire de l'Europe un leader mondial.

Deux ans après le séisme du référundum, l'Europe est peut-être en train de redémarrer. Il était temps.

mardi 13 février 2007

Appétits frustrés

Le bruit court que Jean-Louis Debré pourrait être nommé président du Conseil Constitutionnel, récompense de sa fidélité sans faille au président et garantie de sa survie en cas d'élection de Nicolas Sarkozy. Si cette éventualité devait se réaliser, il serait obligé de laisser le poste de président de l'Assemblée nationale.

Cela aiguise un certain nombre d'appétits, qui se cachent plus ou moins bien. La bête n'est pas encore morte que les rapaces tournent autour de la présumée dépouille. Bien maigre de toute manière la dépouille, parce que le 24 février, les travaux du Parlement s'arrêtent. Passé cette date, le président n'a plus rien à présider, plus de nominations (Conseil constitutionnel et CSA) à opérer. Elire un nouveau président obligerait les députés à revenir à Paris uniquement pour cela. Autant dire qu'après un lundi sucré pour tenir un congrès sans enjeux à Versailles, les députés ne vont pas être enthousiastes.

La solution qui se dessine est de ne pas élire de remplaçant et de faire assurer l'intérim par le premier vice-président, Yves Bur. Pour le boulot qu'il y aura, cela sera amplement suffisant. Cela évite un combat de vieux crocodiles pour un enjeu ridicule. Cela permet de ménager le choix de la prochaine assemblée, qui ne se sentira pas obligée de reconduire un intérimaire.

Le début de la fin du tabac

Le décret sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics est entré en vigueur le 1er février dernier. Il a eu des effets importants, car ce genre de mesure est un levier pour tout ceux qui ne disaient rien, mais n'en pensaient pas moins. Combien d'employeurs ne voulaient plus voir de fumeurs dans les bâtiments, mais ne savaient pas comment l'imposer sans pourrir l'ambiance ? Combien de salariés non fumeurs en avaient marre de se faire intoxiquer mais n'osaient pas trop élever la voix de peur de passer pour des mauvais coucheurs ? Toutes ces victimes du tabagisme passif ont enfin pu mettre les fumeurs dehors, où ils n'empoisonnent qu'eux-mêmes.

Comme pour la sécurité routière, cette mesure est en train d'amorcer un changement dans les mentalités. Les clients non fumeurs des bars (qui ont pourtant un sursis d'un an) n'hésitent plus à faire des remarques appuyées lorsque la zone non-fumeurs est totalement inopérante ou quand un fumeur s'installe avec sa clope en zone non fumeur. C'est vraiment un nouvel état d'esprit qui émerge. Associée aux mesures de hausses de prix, cela aboutira dans quelques années à des résultats appréciables sur le nombre de cancers.

Jacques Chirac avait placé comme priorités de son second mandat la lutte contre la vionlence routière et contre le cancer. Il faut reconnaitre que le travail a été fait, dans la limite de ce qui est possible aux politiques. Et les résultats sont là, de manière durable, par un changement profond des habitudes. Comme quoi, la volonté politique arrive encore à faire bouger les lignes.

lundi 12 février 2007

La "timbale" de l'élection

A chaque élection, il y a un thème majeur qui occupe le devant de la scène et focalise la campagne. En 2002, c'était l'insécurité, en 2007, j'ai bien l'impression qu'il s'agit de la dette et plus globalement de l'équilibre des Finances Publiques. Celui qui arrivera à accaparer la légitimité sur ce thème tiendra la corde pour l'élection présidentielle.

Structurellement, c'est un sujet qui favoriserait la Droite, qui a une meilleure "image gestionnaire" que la Gauche, plus encline d'abord à dépenser et ensuite à chercher les recettes. Toutefois, le bilan des cinq dernières années n'est pas folichon sur cette question de la dette et Ségolène Royal a là une petite ouverture. Petite toutefois, car en 2006, le gouvernement Villepin a commencé à stabiliser l'endettement.

Comme pour l'insécurité, c'est un sujet qui ouvre des boulevards aux fantasmes et aux théories délirantes. Nos amis économistes vont avoir du boulot pour démêler le vrai du faux. La dette publique, cela ne fonctionne pas du tout comme celle des ménages. La dette publique, c'est un mélange de plusieurs agrégats, que l'on peut calculer de diverses manières. Chacun va sortir ses chiffres, contester ceux de l'autres. Et là, chacun à ses chances pour décrocher la timbale.

le nombre de sous-marins

Deux blogs recemment ouverts (et pour certains fermés aussi sec) offrent un éclairage intéressant sur les potentialités de la blogosphère. Il s'agit du blog "changeons de candidat" qui voulait virer Ségolène Royal et de celui des voisins du QG de campagne de Sarkozy, rue d'Enghien, qui voulaient le renvoyer à Neuilly.

Ces blogs sont deux exemples de tentatives de déstabilisation. Une nouvelle manière d'attaquer un candidat, de lui planter une épine dans le pied. Qui est derrière ces blogs, on peut le deviner, on ne le saura jamais vraiment car ce type d'opération est très facile à sous-traiter, voire peut être montée par des francs-tireurs. Les manipulations et les coups tordus ne sont pas nés en 2007, internet et les blogs se contentent de leur donner un nouveau terrain de jeu et une meilleure efficacité. A la limite, nul besoin de savoir qui est derrière, le contenu est suffisamment éloquent.

Faut-il en parler ? Je pense que oui, ne serait-ce que pour indiquer l'existence de la manipulation et tenter de la désamorcer. L'information circule tellement vite sur internet qu'il est illusoire d'essayer de limiter la diffusion. J'ai d'ailleurs été très amusé de la réaction de Christophe Grébert, militant socialiste, sous l'article de pointblog qui évoque le blog anti-ségolène. Il s'indigne qu'on puisse faire la publicité pour ces blogs et de ce fait, participer à la manipulation. Par contre, rien sous le billet traitant du blog des voisins du QG de campagne, qui est pourtant exactement du même tonneau.

Cela va encore relancer la fameuse polémique du "on trouve n'importe quoi sur internet" et de l'anonymat des blogueurs. Oui, on trouve de tout sur internet, car ce n'est qu'un reflet du monde tel qu'il est. Mais poser la question comme cela, c'est faire fi de l'esprit critique des internautes et les prendre pour des imbéciles. Le caractère polémique et manipulatoire des deux blogs en question ne fait guère de doute, c'est tellement gros que c'en est même amusant. La nouvelle génération, celle qui a grandi avec l'ordinateur et internet sait d'instinct faire la distinction entre le sérieux et la manipulation, entre ce qui est référencé et sérieux et ce qui ne l'est pas. L'anonymat ne me gène pas, car il permet de se concentrer sur ce qui est dit plutôt que sur "qui le dit". A la limite, on se moque de connaitre l'identité réelle d'un blogueur, si ce qu'il écrit au fil de son blog est solide. Comment s'appelle Maître Eolas ? L'information n'a aucune incidence sur le crédit que je lui accorde.

Laïcité mal posée

Proposition 74 de Ségolène Royal

"74. Refuser toute remise en cause de la loi de 1905, et intégrer à la Constitution une charte de la laïcité"

En posant ainsi la question de la laïcité, Ségolène Royal montre qu'elle se moque complètement de ce thème. Elle cède ainsi aux intégristes de son camp, qui la somment de dresser un rempart sur un sujet abordé par l'adversaire de manière innovante. Eriger un texte de loi en dogme est totalement stupide. Ce qui compte, ce sont les principes qui sous-tendent cette loi, l'esprit plus que la lettre. Par cette proposition, Ségolène Royal montre qu'une fois de plus, elle est figée dans un conservatisme qui tranche avec l'approche innovante de Nicolas Sarkozy.

Cette loi de 1905 m'apparait un peu comme une ligne Maginot : sa construction a demandé beaucoup d'effort, elle aurait pu avoir une utilité dans les premières années, mais à quoi pouvait-elle servir face aux progrès de la tactique militaire et des armements. Elle a été votée dans un contexte précis, de lutte âpre de la république contre une église catholique qui n'avait pas fait le deuil de son influence sociale et de son pouvoir temporel. Il fallait absolument préserver l'espace publics de toute tentative d'emprise philosophique ou religieuse. Aujourd'hui, la situation a largement changé et les dispositions de cette loi destinées à limiter et à contrôler l'accès des religions à l'argent public n'ont plus de sens. Le risque n'existe plus. Il faut alors savoir adapter un texte, car ce qui a pu être un rempart utile peut devenir un obstacle gênant.

Madame Royal parle d'une "charte de la laïcité" qu'il faudrait instituer et constitutionnaliser. Je suis souvent rétif aux constitutionnalisations à tort et à travers (comme pour l'environnement ou l'interdiction de la peine de mort). Mais là, pour le coup, je ne serais pas hostile à l'intégration de quelques principes de laïcité dans le bloc de constitutionnalité. Encore faudrait-il savoir ce que la candidate socialiste entend par laïcité. Je crains le pire, je crains qu'elle n'en soit encore sur les vieux schémas laïcards, anti-religieux, alors qu'à mon avis, la laïcité, c'est bien plus que cela.

Voilà une question que j'aimerais poser à Ségolène Royal : Qu'entendez-vous par Laïcité ?

Le principe du Tiers-exclu

Notre société occidentale fonctionne depuis très longtemps sur le principe dit du Tiers-exclu. Face à deux positions A et B, notre pensée occidentale tend naturellement à trouver deux propositions : on est A ou on est B et laisse complètement de coté deux autres propositions pourtant intéressantes. On peut aussi n'être ni A ni B, mais surtout être à la fois A et B.

A chaque fois, notre culture nous pousse vers le dualisme, le manichéisme. Le mode binaire, c'est tellement confortable et bien pratique intellectuellement et moralement, avec les bons d'un coté, les méchants de l'autre. En ces temps de campagne électorale, ce vieux pli intellectuel ressort, avec cette polarisation Droite-Gauche. Seul François Bayrou essaye de sortir de ce clivage, mais il échouera comme ceux qui ont tenté cette aventure avant lui, dont certains avaient une autre envergure. Il échouera car il tombera toujours sur ce principe du Tiers-exclu sur lequel est bâti notre système de pensée, et qui forcement, rend sa position intenable, exclue.

La véritable révolution serait justement d'envisager les choses du monde dans leur complexité, d'accepter le flou, l'indécision, le fait de ne pas pouvoir tout ranger dans des petites cases. Admettre qu'un homme, qu'une société, qu'une situation puissent être à la fois bien et mal, sain et malsain, blanc et noir, c'est accepter de ne pas avoir une entière maîtrise sur le monde, du moins accepter de le reconnaitre. Car c'est évident, nous ne controlons pas tout, loin de là, et pourtant, nous nous efforçons de limiter au maximum les incertitudes, les énigmes. Dans la culture occidentale, l'homme a vocation a dominer le monde et à le soumettre. A défaut d'y arriver toujours concrètement, on secrète des théories, des schémas mentaux qui nous donnent l'illusion de tout comprendre, de tout maîtriser. Quand une théorie est démentie par la réalité, on change de théorie mais on continue à croire qu'on peut tout comprendre, tout expliquer.

Une autre voie est celle offerte par exemple par le bouddhisme et d'autres sagesses non occidentales. L'homme est un élément du monde parmi d'autres. Il n'est ni omniscient, ni omnipotent et n'a pas vocation à l'être. Ces sagesses prônent la modestie, le respect face aux êtres et au monde. C'est un autre monde intellectuel que nous ignorons trop et où nous devrions puiser davantage.

samedi 10 février 2007

Le prisme de la presse étrangère

L'idée générale, que j'ai longtemps partagée, veut que, notre presse nationale française ne valant pas tripette, les seules informations objectives se trouvent dans la presse étrangère, anglo-saxonne de préférence. C'est vrai qu'il y a beaucoup à redire sur la manière dont nos journalistes politiques traitent de l'actualité, mêlant information et opinion, grossissant certains faits et en occultant d'autres selon leurs critères personnels et donc subjectifs. Ce faisant, on élève sur un piedestral la presse étrangère, sans critiquer (au sens positif du terme) ce qu'elle apporte.

Un billet sur le site betapolitique est assez révélateur. On y lit par exemple que la presse américaine s'intéresse beaucoup aux propos de Lilian Thuram, qui accuse Sarkozy d'avoir une vision raciale des problèmes de la société. L'autre sujet du moment, c'est la repentance vis-à-vis de l'Algérie et de la colonisation en général. Enfin, ils voient dans Sarkozy un admirateur du modèle anglo-saxon. Aucune de ces informations n'est fausse, ni complètement mineure. Pour autant, la campagne ne se résume pas à ces questions raciales et mémorielles. La vision de la presse étrangère est en fait orientée par les préoccupations et les sujets qui parlent aux lecteurs anglais et américains. La question raciale est nettement plus sensible aux USA qu'en France, et l'écho de Thuram est plus fort là-bas, car, en France, son impact sera assez limité. Croire qu'il pourrait avoir un impact électoral majeur dans les banlieues, c'est à mon avis, une erreur d'analyse, les journalistes essayant d'analyser la situation française avec des lunettes d'Américain. C'est la même chose pour les questions de repentance mémorielle qui, bien qu'agaçantes, ne sont pas l'enjeu majeur de cette élection.

Il faut donc prendre la presse étrangère pour ce qu'elle est, un produit de qualité mais orienté vers une clientèle qui n'est pas française, qui s'intéresse avant tout à elle. Les Américains ne se préoccupent de l'étranger qu'autant qu'ils sont directement concernés, mis en valeur (on nous admire) ou que cette actualité étrangère fait écho à leurs propres débats internes. Les journaux anglo-saxons sont donc tout autant biaisés que les notres, ce n'est simplement pas le même biais.

vendredi 9 février 2007

La pauvreté des médias

Je suis allé hier soir pour la seconde fois à l'émission club europe 1 2007. Autant je m'étais amusé la première fois, avec un busiris de Xavier Bertrand, la présence de Marine Le Pen et de Clémentine Autain, autant je me suis ennuyé cette fois-ci. Le plateau n'était pas aussi relevé et même Jean-François Copé n'a pas été aussi performant. Les extrèmes étaient représentés par le porte-parole de José Bové et celui de Philippe de Villiers, bien ternes et prévisibles.

Plusieurs impressions de la première fois se sont confirmées. Chacun vient là pour parler, pour débiter sa marchandise, sans écouter les autres, sans chercher à réellement dialoguer. Une sorte de convention tacite existe entre les participants, qui veut qu'on se chatouille un peu, mais pas trop. Pas d'affrontements, d'échanges véritables, c'est langue de bois contre langue de bois. Même les auditeurs, censés poser des questions, font en fait de la propagande politique et assènent leurs opinions. A chaque fois, les animateurs sont obligés de les couper dès que possible, en passant la parole au bord politique interpellé par l'auditeur, qui botte en touche la question, pour arriver directement au message qu'il veut faire passer. La palme revient à Jean-Christophe Lagarde, député-maire UDF de Drancy, qui m'a donné l'impression de repasser le même disque tout au long de l'émission, avec les mêmes mots et le même contenu.

Plus ça va, plus je déchante sur l'apport des grands médias généralistes au débat public quand ils restent dans les formats classiques. Les deux animateurs ont été aussi transparents que la première fois, se contenant de distribuer la parole. Quand on voit ce que certains peuvent faire à la radio, c'est affligeant.

Les grands moyens

Via Koztoujours, cette information amusante révélée par le Parisien. En 2003, Thomas Hollande, fils de François et Marie-Ségolène s'est fait agresser et voler son scooter. La Police a mis en oeuvre les grands moyens, les mêmes que pour le fils Sarkozy, pour tenter de le retrouver. Certains à Gauche ont encore perdu une occasion de se taire. Mais le plus navrant est que le vrai débat de fond qui aurait pu naitre a été éludé.

Ces deux affaires ont révélé au grand jour que les policiers mettaient beaucoup plus de zèle et de moyens lorsqu'un people est impliqué dans le dossier. Selon que vous serez puissant ou misérable... Le vrai sujet, il est là ! Le pire est que les policiers n'ont même pas d'instructions particulières pour transférer ces affaires aux brigades "spécialisées", ils le font spontanément. Sur certains points, on peut comprendre qu'un souci de discrétion amène à "délocaliser" l'enquête, pour des histoires de respect de la vie privée ou de sécurité (en cas de menaces de mort par exemple). Mais ce qui n'est pas acceptable, c'est que l'on mettre en oeuvre des moyens exceptionnels sur des affaires courantes et banales uniquement parce la victime est une "personnalité" ou un membre de sa famille. Cela heurte de plein fouet le troisième mot de notre devise nationale.

Un véritable boulot est à mener sur l'égalité dans notre pays, et le silence assourdissant des partis de gouvernement sur cet aspect de l'affaire "scooter" est inquiétant. Cela n'a pas dérangé un couple qui se dit socialiste que la police mette des moyens exceptionnels en oeuvre pour retrouver le scooter de leur fils, en sachant parfaitement qu'ils bénéficiaient là d'un traitement de faveur. C'est tout aussi déplorable quand il s'agit du ministre UMP de l'Intérieur. Le décalage entre la posture politique et le comportement privé est ici flagrant et n'est franchement pas à l'honneur de notre classe politique. C'est à ces petits éléments, ces petits faits qu'on jauge une personnalité politique, bien plus qu'à ses discours de campagne !

jeudi 8 février 2007

Savoir raison garder

La fédération protestante de France refuse de s'associer à d'autres confessions dans leur revendications vis-à-vis des candidats. Certains thèmes essentiels ne doivent pas être galvaudés lors des campagnes électorales, par le biais de chartes que signeraient tous les candidats.

C'est l'anti-Hulot et c'est la voix de la sagesse. Les campagnes présidentielles sont des sommets de démagogie, les candidats étant prêts à signer n'importe quoi, du moment que cela peut leur faire gagner des voix et que cela évite d'en perdre. Quelle est la sincérité d'engagements souscrits le couteau médiatique sous la gorge, comme le fameux pacte écologique de Nicolas Hulot ? Même si cela part d'une bonne intention, pour une juste cause, la méthode et le moment sont mal choisis. Certains débats que l'on considère comme essentiels doivent être menés à froid, en l'absence d'échéance. Si un sujet essentiel est si urgent qu'il ne souffre pas un délai de quelques mois ou d'un an, c'est qu'il est déjà trop tard.

Une campagne présidentielle n'est pas le bon moment pour traiter de certains sujets de fond, ceux qui doivent se régler par consensus. Les solutions à certains problèmes sont soit tranchées, soit impopulaires. N'attendez pas d'un candidat à l'élection présidentielle qu'il prennent des positions qui pourraient lui aliéner une partie de son électorat. C'est triste, c'st regrettable, mais c'est comme cela. Il faut faire avec les règles du jeu. Il y a des sujets qui ne doivent surtout pas devenir des enjeux de campagne, car cela oblige à poser le sujet d'une certaine manière qui n'est pas forcement la bonne. On crée un affrontement, une dramatisation qui crée le conflit, qui met en lumière ce qui oppose alors qu'il faudrait au contraire valoriser ce qui unit. Une fois posé, même mal, le sujet est figé pour un certain temps. Il n'y a pas meilleure manière de se retrouver dans des impasses. C'est un peu l'erreur qui a été faite sur le mariage et surtout sur l'adoption pour les homosexuels. La communauté gay en a fait un sujet de revendication, pour un droit que beaucoup n'utiliseront pas. Combien de couples homosexuels hommes sont prêts à s'encombrer d'un enfant à élever ? Pas beaucoup, ils ont déjà assez de mal à assurer la stabilité des couples. C'est une demande qui émane beaucoup plus des lesbiennes, qui veulent qu'un lien civil unisse une femme avec l'enfant de sa compagne. La manière dont la question est amenée ne risque pas de leur apporter une solution rapidement.

Les vrais responsables sont ceux qui savent attendre, passer leur tour quand le moment n'est pas propice. Résister au miroir aux alouettes, à la croyance que le poids médiatique permet d'imposer une solution, une proposition, c'est la voie de la sagesse. Je suis heureux de voir que la Fédération protestante de France est capable de résister aux tentations et de savoir raison garder.

Le soutien des éléphants

La préparation d'artillerie démarre pour le meeting de Ségolène Royal, le 11 février. C'est l'un des points d'orgue de son début de campagne, une réponse au "sacre" de Sarkozy et une occasion de reprendre la main médiatiquement. Il faut donc donner une image d'union. La présence des éléphants est requise au premier rang, à défaut un bref passage, comme Villepin l'a fait chez Sarkozy. Et là, ça coince au PS. Le grand dinosaure Jospin annonce qu'il ne se déplacera pas, pour cause d'évènement privé. Toutefois, pour éviter le drame, il vient de sortir un communiqué où il annonce qu'il interviendra de manière positive dans la campagne de Ségolène Royal.

Comment interpréter cela ? Ce n'est pas évident, car le Jospin prend des détours intellectuels et a une relation avec les mots parfois difficile à suivre. Il m'apparait toutefois que son communiqué est un peu le minimum syndical. Il ne vient pas aux meetings, il n'occupe aucune place dans l'organigramme, même un poste honorifique de président de comité de soutien. Il interviendra si ça lui chante, quand il lui plaira et sur les thèmes qu'il aura choisi. On ne peut pas faire plus détaché et plus "libre". Après Christiane Taubira qui s'insère dans le dispositif de campagne comme "auxiliaire libre", cela fait beaucoup de francs-tireurs. Pour bien marquer le coup, Jospin commence ses interventions libres par deux attaques, bien classiques pour un socialiste, contre Nicolas Sarkozy. Par contre, pas un mot ou presque, de soutien pour Ségolène Royal. D'accord pour monter au front et pilonner la droite quand le besoin s'en fait sentir, mais pas plus.

Cela illustre encore davantage les failles structurelles de la campagne de Ségolène Royal. Elle a conquis l'investiture contre l'appareil du parti, grâce aux "nouvaux militants". Aujourd'hui, bien qu'investie, elle a toujours le parti plus ou moins contre elle, et la "monterbourde" tenait plus du lapsus révélateur de que la bourde. Le principal handicap de Ségolène Royal, aujourd'hui, c'est l'appareil du PS. Les nouveaux militants, ont bien participé au vote d'investiture mais pour beaucoup, cela s'arrête là. Qui va faire la campagne, concrètement, sur le terrain, dans les médias ? Ce sont surtout les "vieux militants" et les éléphants du PS. On ne peut dire qu'il y aillent tous vaillamment. Ce serais même plutôt mou. Mon expérience me fait dire qu'une élection présidentielle est toujours remportée par le camp le moins désuni. Des failles existent aussi à droite. Elle sont en sommeil en ce moment, mais peuvent se réactiver. La prise de position de Chirac sur la candidature de Sarkozy sera très révélatrice.

En tout état de cause, c'est la droite qui est la moins désunie à ce jour pour affronter le suffrage populaire. Logiquement, elle devrait l'emporter.

mercredi 7 février 2007

Le don de Joyeux avènement

Sous l'Ancien Régime, l'arrivée sur le trône d'un nouveau souverain donnait lieu à diverses manifestations. Les citoyens étaient appelés à manifester leur joie en versant quelques étrennes au nouveau roi, sous la charmante appelation de "don de joyeux avènement". A cette occasion, le roi manifestait aussi sa joie par des distributions de grâces pour les condamnés et les prisonniers.

Ces vieilles traditions, bien qu'édulcorées et atténuées ont la vie dure. L'arrivée d'un nouveau président se traduit souvent par des hausses d'impôts, pour financer toutes les mesures promises (sachant que les allègements donnés d'une main sont largement repris de l'autre). L'élection du président est aussi l'occasion pour lui d'amnistier les condamnés, d'ouvrir les prisons, faisant usage de son pouvoir régalien de grand justicier. La prise de fonction d'un président se déroule, en présence des autorités constituées (les pairs du royaume) selon un protocole strict, où le port de la couronne est remplacé par celui du collier de grand-maître de la Légion d'honneur (qu'on ne fait plus que présenter au nouveau président). Il ne manque plus que le toucher des écrouelles et nous avons la quasi totalité du rituel du sacre de nos anciens rois.

Qui a dit que nous étions en République ?

mardi 6 février 2007

Merci José

L'entrée en politique de José Bové s'est accompagnée de la chute la confédération paysanne, dont il était porte-parole, lors des élections aux chambres d'agriculture. Les éléments sont-ils liés, en partie sans doute.

Ces élections professionnelles ont lieu tous les six ans pour élire les conseils des chambres d'agriculture. Le résultat global était couru d'avance, la FNSEA n'étant jamais passée en dessous des 50% et dirigeant la quasi-totalité des chambres d'agriculture. Ces élections ont surtout une valeur symbolique en terme de poids de chaque formation dans le monde agricole. Cette année, c'est une claque que prend la Confédération paysanne, passant de 26,82 % à 18,73 %, et qui perd la seule chambre qu'elle contrôlait, celle de Loire-Atlantique. La FNSEA est stable, passant de 52,79% à 52,88 %. Le "grand gagnant" est la coordination rurale, encore plus à droite que la FNSEA, qui passe de 12,15% à 19,19% et conserve les deux chambres qu'elle contrôlait.

Le message est clair, entre 2001 et 2007, José Bové à montré que sous le syndicaliste agricole, se cachait un militant d'extrême gauche. Cela ne plait pas franchement aux agriculteurs, très majoritairement de droite. Ceux qui avaient pu porter leurs voix sur la confédération paysanne pour contester l'hégémonie de la FNSEA se sont largement tournés vers la coordination rurale. La confédération paysanne paye là un mélange des genres et une stratégique médiatique risquée en liant fortement le syndicat et son très médiatique leader. Même s'il n'était plus porte-parole depuis un certain temps, l'ombre de Bové restait et ses actions très politiques étaient portées au crédit de son ancien syndicat. Après avoir apporté, il a fait perdre.

Les collectifs d'extrême-gauche qu'il souhaite représenter à l'élection présidentielle connaitront-ils le même sort ?

Douste bla-bla

Le week-end dernier, Philippe Douste-Blazy a reçu une quinzaine de blogueurs à son ministère, pour faire la promo de son dernier bouquin, et accessoirement la sienne. Plusieurs comptes rendus, des podcasts, des photos. Un savant mixages entre blogueurs estampillés UMP et blogueurs "influents" ou tout au moins visibles, un bon repas, un petit tour dans les jardins et voilà comment on réussit une magnifique opération de communication.

Finalement, les blogueurs, c'est plus facile à enfumer que les journalistes. Ils font tous des comptes-rendus gentils, les plus professionnels n'oublient de faire la petite recommandation consumériste (achetez le livre). Le choeur est unanime, Douste-Blazy n'est pas l'idiot qu'on croit, c'est même quelqu'un de bien, intelligent, cultivé. Cela tombe bien, c'est exactement pour cela que le ministre les a invités dans ses locaux (aux frais de la princesse). Bien entendu que Douste-Blazy n'est pas un imbécile. On n'arrive pas à ce niveau politique sans quelque talent, mais ce n'est pas le temps d'un repas de presse qu'on peut juger de la profondeur et de la qualité d'un homme. Il sait séduire, charmer, il est poli, il sait mettre en valeur. Mais pour le reste, qu'est ce qu'il vaut comme homme politique, comme maire, comme ministre. Les blogueurs n'en savent pas plus après le repas.

On m'a proposé de participer à cet "évènement". J'ai refusé (poliment) pour plusieurs raisons. Premièrement, j'avais des obligations associatives le même jour à la même heure. Ensuite, les palais de la République, approcher les ministres et les personnalités de haut niveau, je connais et cela ne me fait plus grand chose. Enfin, j'estime que ce n'est pas la place des blogueurs. Tenir un blog, c'est d'abord s'exprimer comme citoyen de base, apporter un regard différent et distancié. Le blog devrait rester un pur loisir, alors que dans beaucoup de cas, il devient soit l'outil de travail, soit un moyen d'obtenir de la visibilité, de la reconnaissance. Chacun est libre de faire ce qu'il veut de son blog, pour ma part, je souhaite garder une réelle indépendance et que le contenu de mon blog reflète avant tout le fond de ma pensée, pas celui de mes intérêts.

lundi 5 février 2007

Le pari de la démocratie participative

Malgré les turbulences, Ségolène Royal semble sure d'elle-même, sure d'y arriver. J'ai l'impression qu'elle a fait un pari en se lançant dans cette campagne présidentielle. Elle pense pouvoir arriver à la victoire finale par d'autres voies que les chemins classiques, ceux qu'ont pris ses adversaires à l'investiture socialiste, mais aussi son rival le plus direct, Nicolas Sarkozy. Elle ne se situe pas sur le même terrain, et ne semble pas jouer avec les mêmes règles. Cela déroute les observateurs (moi le premier) ses adversaires, et plus embêtant ses propres amis politiques. Il n'y qu'à voir la désorientation des militants et des cadres du PS, qui continuent d'avancer parce qu'ils n'ont plus choix, que le coup est parti. Les politiques classiques se présentent comme des "chefs", des hommes compétents qui pourront porter le lourd fardeau de la charge. Au contraire, Ségolène Royal se présente comme une coordinatrice, un réceptacle. Ce sont les citoyens, les forces vives de la Nation qui assurent collectivement ce rôle de porteur de fardeaux et qui apportent la compétence.

Quelle serait cette nouvelle manière de faire de la politique ? Serait-ce cette fameuse "feminine touch" dont on nous rebat tant les oreilles ? Serait-ce une méthode moderne ou post moderne, la révolution managériale adaptée à la conduite du pays ? J'avoue ne pas avoir de réponses car on en est encore au stade de la présentation générale et floue. La question se pose par exemple de savoir comment cristalliser cette "intelligence collective", comment la capter et la canaliser, si cela s'avère possible d'ailleurs. On a de belles phrases, de beaux concepts (l'ordre juste etc...), mais pas franchement de mise en oeuvre concrète qui permette de savoir quelles réalités sont sous les mots. Apparemment, les débats participatifs ont l'air de fonctionner, du moins à la base. Les gens (pour une bonne part les militants) viennent et s'investissent. Les contributions affluent sur les forums de désir d'avenir. On sent qu'il se passe peut être quelque chose de différent. Cette nouvelle approche "participative" de Ségolène Royal pourrait être l'amorce d'une nouvelle manière d'exercer le pouvoir, plus "démocratique" en ce sens que les citoyens seront davantage amenés à participer à tous les stades de la décision publique. L'idée, je l'avoue, m'apparait séduisante et réellement révolutionnaire : les citoyens qui sont amenés à donner leur avis sur la rédaction et le contenu d'un décret, des enquêtes publiques qui pèsent réellement dans les décisions politiques. Il y a un réel déficit en France dans ce domaine et c'est un bon coup pour Ségolène Royal de l'avoir senti et mis en avant.

Mais j'ai la crainte que ce ne soit trop tôt, que les français ne soient pas prêts à ce saut qualitatif de la politique. Trop tôt car l'ensemble est encore bien flou, pas assez formalisé. Il faut des modèles théoriques solides, bien travaillés, ce qui ne me semble pas être le cas. Les expérimentations de terrain sont encore trop peu nombreuses et menés à la mauvaise échelle. Le conseil de quartier, c'est bien, mais appliqué à plus haut niveau, cela donne quoi ? L'administration française est-elle prête à laisser une part de son pouvoir ? J'en doute. Trop tôt aussi parce que les relais et les outils, indispensables pour la mise en oeuvre, ne sont pas encore là. Bref, le projet n'est pas mûr.

J'ai aussi la crainte que tout cela ne soit qu'un leurre destiné à gagner une élection. Mon expérience de Chirac et du magnifique enfumage qu'a été sa campagne sur le thème de la "fracture sociale" m'est restée en mémoire et y est pour longtemps encore. Jusque là, Ségolène Royal nous a surtout abreuvé de bonnes paroles, sans la moindre précision sur les modalités techniques (peut-être qu'on en aura davantage pendant la campagne). Ce qui me froisse davantage est qu'elle n'ait pas mis en pratique tout cela, alors qu'elle en avait l'occasion. Elle est contre le cumul des mandats, bien, mais alors pourquoi ne pas avoir démissionné de son mandat de député en 2004 lors de son élection en Poitou-Charentes ? Pourquoi n'a-t-elle pas transformé la Région Poitou-Charentes en laboratoire expérimental, comme Hubert Dudebout a pu le faire avec la ville de Grenoble. Il y aurait eu des commencements d'exécution, j'aurais été rassuré. Leur absence, au contraire, m'inquiète sur la sincérité de sa démarche.

Je vous livre ici une réflexion encore en cours. Je suis plus dans le domaine de l'intuition, du ressenti que de l'analyse pure, avec tous les éléments en main. Merci par vos commentaires d'enrichir ou d'amender cette recherche.

La présidence selon Bayrou

Après Ségolène Royal, voici venu le tour de François Bayrou d'être auditionné sur la réforme des institutions (à partir de son site). Sur des sujets comme le cumul des mandats, l'instauration d'une dose de proportionnelle, l'obligation de ratification par le Parlement des nominations présidentielles, il ne se démarque pas des autres candidats. C'est plus sur l'architecture constitutionnelle que se situe son originalité.

Alors que les socialistes restent sur l'équilibre actuel, à savoir un régime parlementaire avec quelques améliorations techniques, François Bayrou prend une autre direction avec une nette préférence pour le régime présidentiel. Pour lui, le véritable chef de l'exécutif est le président de la République, qui doit "déterminer et conduire la politique de la Nation". Le premier ministre ne sert alors plus à rien sinon à organiser et à coordonner. Bref, un super directeur de cabinet (ce qu'il est déjà en partie).

Cette position a pour elle de clarifier les choses. Du fait de la dérive des institutions, c'est le président de la République qui est le patron (de fait) hors période de cohabitation. Autant qu'il assume pleinement la responsabilité de son action et qu'il soit en première ligne. Mais cette idée pose aussi un certain nombre de problèmes. Que fait-on en cas de cohabitation ? Il n'existe pas en France de système de responsabilité politique du président de la République. Une assemblée majoritairement hostile ne peut pas le virer, sauf faute grave. Le choix de cette option amène directement au régime présidentiel à l'américaine, où l'exécutif et le législatif doivent cohabiter. Le système institutionnel français peut-il s'y adapter ?

Le régime des USA fonctionne parce qu'il existe une souplesse et une relative modération des partis politiques. "Démocrate" et "Républicain" sont des étiquettes pouvant recouvrir des marchandises parfois très diverses, avec de nombreux positionnements "à cheval". Ensuite, le spectre politique qui va de l'aile gauche démocrate à l'aile droite républicaine est plus étroit qu'en France. Pour comparaison, il va de DSK (qui serait très gauchiste aux USA) à Philippe de Villiers voire Bruno Mégret pour l'extrême de l'aile droite des républicains. Dans un pays finalement assez centriste et où la discipline de parti est très souple, on peut arriver à des arrangements, par des négociations, des compromis. J'ai peur que la rigidité à la fois idéologique et "disciplinaire" des partis français ne permettent pas un fonctionnement harmonieux. Ne désespéront pas, souvent, c'est l'architecture institutionnelle qui détermine le fonctionnement des partis (la proportionnelle favorisant l'éclatement, le scrutin majoritaire la bipolarisation).

Autre problème français, la concommitance des scrutins présidentiels et législatifs, avec une même durée de mandat. On pourrait très bien se retrouver avec une période de cohabitation dure cinq ans, sans que les électeurs ne puissent trancher un éventuel conflit voire un blocage des institutions. Aux USA, tous les deux ans, les électeurs peuvent "remettre les pendules à l'heure". En cas de conflit dur entre président et Parlement, comment fait-on ? Le système actuel de la reponsabilité du gouvernement, qui peut être renversé par l'Assemblée, ne fonctionnerait pas, puisque c'est le président qui "détermine et conduit la politique de la Nation". La censure du gouvernement ne résoudrait rien. De même, une dissolution de l'Assemblée serait à très haut rique pour le président, qui serait contraint à la démission en cas d'échec.

François Bayrou lance une idée novatrice, mais ne va pas jusqu'au bout de la logique. C'est tout le système qui est à revoir de fond en comble, et là dessus, il est un peu sec. C'est dommage, mais il a encore trois mois pour apporter des compléments.

samedi 3 février 2007

Contre le gouvernement d'union nationale

L'idée d'un gouvernement d'union nationale, qui transcenderait les clivages droite-gauche est un vieux rêve d'électeur. Ah le beau gouvernement, où on ne trouve que des personnalités prises pour leur compétence et non pour leur étiquette. Régulièrement, le mythe est réactivé, à coup de propositions surprenantes, de transfuges. Ce sont les gaullistes de gauche, l'ouverture au centre tentée par Rocard et Mitterrand en 1988. C'est aujourd'hui Bayrou qui caresse l'idée dans le sens du poil. Il est vrai que l'électeur centriste est particulièrement sensible à cette belle utopie.

Car cette idée, si séduisante sur le papier, est une idiotie dans la pratique. Sur un programme, on peut prendre des idées de partout, elles ne sont ni de droite ni de gauche. Par contre, les personnes sont marquées politiquement, elles ont une culture, une origine, un parcours qui s'est fait dans un camp. Les combats communs, les valeurs partagées créent des liens qu'on ne peut pas ignorer. Les transfuges sont rares et souvent mal vus des deux camps. On est mâle ou femelle et si les androgynes existent, ils sont rares. En politique, c'est la même chose. Quand on constitue une équipe, c'est pour gouverner, pour mettre en place un programme, pour agir. Il faut donc que l'équipe soit cohérente, entre personnes qui se comprennent, qui partagent une culture politique commune. Composer un gouvernement d'Union nationale, c'est constituer un attelage baroque, marier la carpe et le lapin. Pour l'efficacité, on peut repasser.

Cela est déjà arrivé en France, en période de crise ou sous la Quatrième République. Cela arrive aussi à l'étranger, avec l'exemple de l'Allemagne, mais aussi de l'Autriche. A chaque fois, les résultats sont mauvais, sur l'action concrète, le bilan de ces gouvernements étant souvent maigre, mais aussi sur l'évolution de la vie politique du pays. Pour qu'un système politique fonctionne sainement, il faut une majorité et une opposition, avec chacune un rôle bien déterminé à jouer. La majorité gouverne, l'opposition surveille, guette les failles et les exploite, obligeant ainsi la majorité à rester vigilante et soudée. Elle n'en fait que mieux son travail. Un gouvernement d'union nationale, c'est un grand producteur d'eau tiède. Une grande coalition de partis habituellement opposés et idéologiaquement divergents ne peut se mettre d'accord que sur les plus petits dénominateurs communs, souvent après d'âpres négociations qui donnent un "contrat de législature" figé qui ne donne finalement satisfaction à personne. En cas d'échec ou de bilan mitigé, ce sont les deux camps qui se trouvent discrédités, ce qui fait le lit des extrêmes. En Autriche, ce sont des années de grandes coalitions Droite-Gauche qui ont permis l'émergence de Haider. En France, l'exemple de la quatrième République est éloquent sur les deux tableaux.

C'est pourquoi je pense qu'il faut tordre le coup à cette vieille lune démocrate-chrétienne du "nous sommes tous frères" et cette erreur sur la nature humaine qui consiste à croire que les politiques peuvent faire abstraction de ce qu'ils sont, des militants. A un gouvernement, je demande cohérence et efficacité, deux choses que ne peut fournir un gouvernement d'union nationale.

Tous coupables ?

Bruno Rebelle va aller consulter sa fiche RG, cet après-midi à 14 heures 30. Et on en fait une dépêche d'agence et un article sur Yahoo news pour cela. Ma première réaction est de penser que franchement, on se fout de la gueule du monde. Voilà une information qui n'a aucune importance objective. Pendant qu'il y est, pourquoi il ne donne pas non plus le menu de son déjeuner et le programme du reste de la journée. Quand j'entends l'équipe de Ségolène Royal qui accuse l'adversaire de monter en épingle des petits incidents, de se livrer à une campagne de "racaille", j'ai envie de rire, tellement ils se comportent exactement de la même façon, avec ici un exemple caricatural. Les politiques occupent avec de la mousse un espace médiatique que les journalistes leur donnent avec une complaisance stupéfiante, sur le fond comme sur la forme.

Finalement, cette campagne que certains disent minable et qui peine effectivement à décoller sur le fond, n'est que le produit d'un système où tous sont coupables. Les citoyens accusent les politiques de se complaire dans les petites phrases et les attaques. Mais bien souvent, c'est leur seule possibilité d'exister médiatiquement, car les journalistes ont la facheuse tendance à ne reprendre que les éléments les plus faciles à transcrire, à comprendre pour le grand public. Ils le font en fonction de résultats d'audience, car les deux types d'offre existent sur les grands médias et on voit bien ce qui rapporte du trafic (même sur les blogs). Or, les résultats d'audience, c'est le reflet des préférences du public, donc des citoyens. Et la boucle est bouclée.

C'est bien joli de s'insurger, de critiquer cette campagne et le système en général. Il faudrait peut-être commencer d'abord par s'interroger sur nos pratiques personnelles. Que favorisons-nous par notre comportement individuel ? Dans quelle mesure sommes nous pris dans des contradictions entre nos actions individuelles et notre souhait pour le collectif ? Peut être devrions nous accepter le fait que le système parfait n'existe pas, de même que le coupable unique, seul chargé de tous les maux. C'est un grand trait de notre culture humaine que de rechercher des boucs émissaires, pour endosser seuls des maux et des responsabilités qui sont en fait collectifs.

vendredi 2 février 2007

toutcequonveut.fr

Hier soir, en compagnie de Jules de Diner's room et de maître Eolas, j'ai assisté à l'émission d'Europe 1 "club europe 1 france 2007". Lancée il y a moins d'un mois, ce concept devait révolutionner la radio avec une parole libre pour tous les présents, pas seulement ceux qui sont assis autour de la table. Pour agrandir le cercle des présents, des blogueurs avaient été invités. A la troisième édition, on cherche encore la nouveauté du concept. J'ai assisté à une émission de radio on ne peut plus classique. A aucun moment, il n'a été question de donner la parole aux spectateurs, réduits à picorer dans le buffet et à s'arsouiller au Moet-et-Chandon. C'est toujours ça de pris, mais si la participation demandée aux blogueurs se réduit à cela, on ne risque de revenir nombreux !

Je ne parlerai pas des interventions des politiques, très classiques entre lecture des notes et récitation des mots-clés. Personne n'écoute et chacun débite sa communication en s'efforçant de chatouiller un peu l'adversaire sans pour autant l'attaquer. Plusieurs non-politiques sont venus, dont Alexandre Jardin et Marc Jolivet. Ces deux là m'ont davantage amusés et intéressés.

Alexandre Jardin est un écrivain, il était là pour faire de la promo, mais pas de son dernier bouquin. Il venait parler du site "commentonfait.fr". On ne pouvait pas l'ignorer, ce site. Alexandre Jardin l'a matraqué un nombre important de fois. Avec Eolas, on a essayé de compter, mais on a finit par abandonner. Le principe de ce site est de demander aux politiques comment ils vont appliquer leur programme. C'est bien beau de faire des promesses, c'est plus crédible quand on est capable de dire comment on va faire, concrètement, techniquement, pour mettre en application les promesses. Initiative intéressante donc !

Quand je suis allé voir le site qui venait d'être lancé et je l'ai trouvé très pro. Je doute que ce soit Alexandre Jardin lui-même qui l'ai bâti, testé, mis en ligne. J'ai voulu creuser un peu en cherchant les "crédits" et les "contacts". Le seul mail est celui de l'attachée de presse (tient, ils en ont une !). Pourtant, lors de l'émission, Alexandre Jardin en parlait comme de "son" site, au point que j'ai cru à une initiative citoyenne isolée. Je me pose donc la question : qui est derrière ce site ? avec bien entendu toutes les questions annexes qui peuvent surgir : quel but ? quel camp ? Parce que monter un tel site demande quelques moyens financiers. A aucun moment, la question ne lui a été posée par les journalistes d'Europe 1, qui l'ont laissé faire gentillement sa promo, comme ils en ont l'habitude.

Si quelqu'un à la réponse, je suis curieux de l'avoir.

Lumineux

Je ne savais comment formaliser ce que j'éprouvais devant l'initiative "éteignez la lumière", hier soir entre 19 h 55 et 20 h. Un autre l'a fait pour moi. Rien à rajouter...

QE 107547

C'est sous ce nom barbare de QE 107547 qu'une question écrite avait été posée au ministre de la fonction publique sur "blogs de fonctionnaires et devoir de réserve". La réponse vient d'arriver, publiée au JO du 30 janvier 2007. Voici le texte de la question et de la réponse :

Question : M. Robert Lecou attire l'attention de M. le ministre de la fonction publique sur le développement important des journaux personnels sur Internet, appelés « blogs ». Ce nouveau moyen de communication et d'échange connaît un grand succès et des fonctionnaires ont ouvert, à titre purement personnel, des blogs où ils relatent leur vécu professionnel, leurs attentes, leurs joies et leurs déceptions. Récemment, deux blogs dont les auteurs étaient connus uniquement sous leur pseudonyme, celui d'un inspecteur du travail et celui d'un policier, ont fermé, l'un sur injonction de sa hiérarchie, l'autre préférant avoir une position officielle de l'administration avant de continuer. Il semble qu'il existe dans ce domaine une incertitude qu'il convient de lever, pour concilier la liberté d'expression et les obligations, notamment de réserve, qui peuvent incomber à un fonctionnaire en activité. Il lui demande donc sa doctrine sur les conditions dans lesquelles des fonctionnaires peuvent tenir un blog sur Internet.

Réponse : L'obligation de réserve, qui contraint les agents publics à observer une retenue dans l'expression de leurs opinions, notamment politiques, sous peine de s'exposer à une sanction disciplinaire, ne figure pas explicitement dans les lois statutaires relatives à la fonction publique. Il s'agit d'une création jurisprudentielle, reprise dans certains statuts particuliers, tels les statuts des magistrats, des militaires, des policiers... Cette obligation ne connaît aucune dérogation, mais doit être conciliée avec la liberté d'opinion, et celle, corrélative à la première, de l'expression de ces opinions, reconnue aux fonctionnaires à l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. L'appréciation du comportement d'un agent au regard de cette obligation varie selon plusieurs critères dégagés par la jurisprudence du Conseil d'Etat, parmi lesquels figurent la nature des fonctions et le rang dans la hiérarchie de l'agent, ainsi que les circonstances et le contexte dans lesquels l'agent s'est exprimé, notamment la publicité des propos. Il est à noter que la même jurisprudence étend l'obligation de réserve au comportement général des fonctionnaires, qu'ils agissent à l'intérieur ou en dehors du service. Dans le cas particulier du web log, ou blog, qui peut être défini comme un journal personnel sur Internet, la publicité des propos ne fait aucun doute. Tout va dépendre alors du contenu du blog. Son auteur, fonctionnaire, doit en effet observer, y compris dans ses écrits, un comportement empreint de dignité, ce qui, a priori, n'est pas incompatible avec le respect de sa liberté d'expression. En tout état de cause, il appartient à l'autorité hiérarchique dont dépend l'agent d'apprécier si un manquement à l'obligation de réserve a été commis et, le cas échéant, d'engager une procédure disciplinaire.

Un rapide commentaire. Le ministre ne se mouille pas, c'est le moins qu'on puisse dire : C'est au chef du blogueur de déterminer s'il y a faute et d'engager une procédure disciplinaire s'il l'estime nécessaire. Toutefois, quelques utiles précisions sont rappelées. L'obligation de réserve, c'est uniquement pour certaines catégories bien précises, et pour lesquels cela se comprend. Toutefois, on demande de la "retenue" aux fonctionnaires, qui sont priés de ne pas faire de tort à leurs fonctions par des propos outranciers et polémiques. Le problème n'est pas le fait de tenir un blog en étant fonctionnaire, même en l'indiquant explicitement dans le blog. Il semble (mais c'est assez alambiqué) que le Ministre indique que la règle est la liberté d'expression du fonctionnaire, qui peut bloguer tant qu'il ne porte pas atteinte à la dignité de sa fonction, de son corps et qu'il ne remet pas en cause sa hiérarchie. Bref, les mêmes devoirs qui incombent à un salarié du privé.

C'est donc un début de réflexion qui s'amorce et doit se poursuivre pour clarifier la situation des fonctionnaires-blogueurs. J'espère qu'avec cela, les inspecteurs du travail et les policiers vont pouvoir recommencer à bloguer.

jeudi 1 février 2007

La bombe, pour quoi faire

Chirac vient de rater sa sortie diplomatique, avec une pensée très schématique, sur l'Iran et la bombe atomique. Pour Chirac, l'Iran peut bien avoir une bombe nucléaire, de toute manière, elle ne risque pas de servir. Si jamais ils s'amusent à en lancer une, elle sera interceptée par les défenses anti missiles, et dans le même temps, c'est le déluge de feu sur Téhéran.

C'est principe même de la bombe nucléaire d'être une arme destinée à ne pas servir. Aujourd'hui, l'important est de l'avoir, pour des raisons de prestige. Cela montre qu'on possède la capacité technologique de s'en doter et surtout, ça permet de faire la nique aux occidentaux, qui s'acharnent à vouloir en conserver le monopole pour eux et leurs alliés. C'est à ce dernier titre que l'Iran souhaite devenir une puissance nucléaire. Ce sera, de toute manière une bombe "rustique", comme celle des pakistanais. L'Iran a bien quelques déserts pour faire ses essais, mais il faut aussi avoir des lanceurs. Tout cela se verra et on peut faire confiance à Israël pour lancer un petit raid sur le site nucléaire iranien, comme il l'on fait avec l'Irak.

Sur le fond, Chirac n'a pas tort, mais il ne faut pas le dire comme cela, surtout devant les journalistes. La diplomatie est l'art du double langage maîtrisé.

Désirs d'avenir des institutions

Le fonctionnement des institutions, et en particulier du Parlement est un sujet que je vais suivre de très près pendant cette campagne présidentielle. J'entame un tour de piste des propositions des candidats dans ce domaine. Je commence aujourd'hui par Ségolène Royal avec deux sources : son site désirs d'avenir (très creux) et le programme officiel du PS, qui est un peu plus loquace et intéressant. Reste à savoir s'il sera repris par la candidate investie, qui semble vouloir prendre quelques libertés avec ce catalogue.

Le seul point que l'on trouve partout affirmé avec force dans les deux sites est le refus du cumul des mandats. Une des justifications de cette volonté de non cumul pour les parlementaires est d'assurer une plus grande présence des députés (voir ma position déjà exprimée sur ce blog). Je note avec statisfaction que le PS prend en compte non seulement les mandats électifs, mais aussi les fonctions (présidents de communautés de communes, de syndicats intercommunaux, d'établissements publics). Le sujet doit effectivement être traité globalement. Par contre, je suis plus prudent en ce qui concerne les limitations d'activités professionnelles, où on ne doit prendre en compte que les incompatibilités. Si on veut que des personnes du secteur privé s'engagent en politique, il ne faut pas leur interdire toute activité professionnelle. Un manque dans ce bel édifice, la question du statut de l'élu. On se contente de l'évoquer, sans aucune précision, alors que c'est une condition essentielle pour le bon fonctionnement d'un système basé sur l'interdiction du cumul des mandats. Ce n'est pourtant pas les idées et la matière qui manquent.

Le programme du PS propose une "co-maîtrise" de l'ordre du jour des assemblées entre le gouvernement et les parlementaires. C'est une bonne chose, mais j'aimerais savoir comment va se gérer ce partage. L'idée d'un "moitié-moitié" (une semaine chacun) est à écarter au profit d'une solution où le gouvernement propose, peut imposer certains textes, mais où le bureau de l'Assemblée peut lui aussi proposer des textes. Cette "co-maitrise" aurait l'avantage de limiter les changements brutaux d'ordre du jour, où un texte prévu en discussion est retiré au dernier moment, remplacé par un autre. Le travail parlementaire ne pourra être bien mené que si le programme de travail offre une visibilité et une fiabilité suffisantes.

Autre mesure forte, la suppression du vote bloqué et du 49-3. Là, je suis moins d'accord, car ces procédures ont leur utilité. Elles permettent au gouvernement de poser une question très politique aux députés (à prendre ou à laisser) et de vaincre des réticences. La bonne idée serait de restreindre les possibilités d'utilisation de ces procédures aux situations qui le nécessitent réellement. L'idée part d'une bonne intention, qui est de limiter la possibilité pour le gouvernement de forcer la main des parlementaires. Dans ce cas, il faudrait aussi s'attaquer aux mille et une astuces du règlement de l'Assemblée nationale qui offrent au gouvernement des moyens plus discrets, mais tout aussi efficaces de faire voter ce qu'il veut. A ce titre, l'idée de limiter au maximum les possibilités de déclarer l'Urgence (une seule lecture devant chaque assemblée) est excellente. Le Conseil constitutionnel a beaucoup travaillé sur cette thématique, il serait bon d'en faire une synthèse en refondant complètement les règlements des assemblées.

Un point, à peine évoqué, m'apparait essentiel, c'est l'encadrement du recours aux ordonnances. L'article 38 de la constition autorise le gouvernement à prendre par ordonnance des mesures qui relèvent du législatif. Le parlement doit normalement donner délégation et ratifier. Ce contrôle à l'entrée et à la sortie est assez largement ineffectif. Les autorisations et ratifications sont souvent insérées dans un projet de loi et votées sans qu'un débat soit spécifiquement consacré à l'ordonnance. Parfois, il s'agit de domaines tellement techniques qu'il vaut mieux s'épargner des débats laborieux et sans enjeux politiques. Le recours aux ordonnances est alors parfaitement justifié. Par contre, lorsque le sujet est politique, il faut limiter au maximum le recours aux ordonnances, car cela s'apparente à du passage en force : pas ou peu de débats sur le contenu et à la sortie, une ratification qui ressemble furieusement à un vote bloqué.

Le programme du PS propose l'instauration d'une dose de proportionnelle. Sans y être très favorable, je ne suis pas non plus hostile, tant que cela reste une dose limitée (un cinquième des députés me semble acceptable). Ce que je crains, c'est que l'on se retrouve avec des députés élus sur la liste nationale, parce bien en cour au parti ou à la présidence, alors qu'ils n'auraient jamais pu être élus au scrutin majoritaire (exemple Bernard Kouchner). Certes, cela apporte de la diversité d'origines ou de compétences, mais cela fait aussi des députés un peu coupés du terrain dont ils ne dépendent pas pour leur réélection, qui vivent dans leur bulle parisienne.

Quelques sujets intéressants ne sont qu'effleurés. Le statut de l'opposition est inscrit dans le programme, mais sans précision. Il est vrai que de réels blocages existent, mais ils peuvent être tournés par l'instauration de "traditions". C'est ainsi que la présidence d'une mission d'enquête ou d'information est confiée à un membre de l'opposition alors que le rapporteur est de la majorité. Pourquoi ne pas étendre ces "gentlemen's agreement" à d'autres fonctions, en accordant à l'opposition un poste de vice-président dans chaque commission permanente. Même remarque sur le rôle d'évaluation du Parlement, qui doit être "reconnu" mais dont on pipe mot. La question des nominations est quasi absente, on y parle juste des membres du conseil constitutionnel (alors que la problèmatique est bien plus vaste), qui seraient désignés par le Parlement à la majorité des deux tiers. Sur ce sujet, je serais davantage partisan d'un maintien du système actuel, avec juste une obligation de ratification par le Parlement.

Globalement, il n'y a rien de révolutionnaire dans ce programme "institutionnel", mais plutôt la marque de l'air du temps. On voit à l'oeuvre des évolutions de fond qui transcendent les clivages politiques.