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lundi 30 avril 2007

Liquider Mai 68 ?

Avec ça, il a fait fort. Un missile soigneusement préparé, tout comme le Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Et lancé pile au moment où il le faut. Après ça, les électeurs du FN lui tombent littéralement dans les bras. Attaquer l'icône "Mai 68", c'est tout bénéfice et sans grand risque, du moins à droite.

Au-delà du coup médiatique de campagne, cette position est un signal, celui du début de la fin pour les élites politico-médiatiques en place, celles qui sont justement issues de cette génération. Déjà des fissures apparaissent, comme le départ du très emblématique Serge July. D'autres interviendront, car cette génération avance à grands pas vers les 65 ans, et le couperet des limites d'âge. L'exemple de Jean-Noël Jeanneney est appelé à se renouveller. Président de la Bibliothèque Nationale, il a eu 65 ans le 2 avril dernier. Il a demandé une dérogation au gouvernement pour terminer son mandat (il lui restait encore trois ans). Elle lui a été refusée et il a dû partir, alors que d'autres dans le même cas, mais de droite, se sont vus accorder la possibilité de continuer au-delà de 65 ans. Il y a donc de moins en moins de risques de s'en prendre à Mai 68 et à cette génération. Sarkozy fait aussi émerger un mouvement de fond. Cela fait un certain temps que Mai 68 n'est plus une référence pour beaucoup de Français. Cela a été une vaste rigolade pour ceux qui y ont participé, un grand chahut qui a accéléré une mutation déjà en marche. Ce n'est certainement pas un moment politiquement fondateur. Et pour les trentenaires, qui n'étaient pas nés en 1968, c'est de l'histoire ancienne, celle de leurs parents, pas la leur.

Le coup est magnifiquement joué car ainsi, Nicolas Sarkozy attire à lui les réactionnaires de tout poil, nostalgiques de l'époque d'avant. Il flatte aussi les espoirs de la jeune génération, ces trentenaires et ces quadras qui rêvent d'expédier à la retraite ces soixante-huitards qui ont le mauvais goût d'occuper les places qu'ils convoitent. Ces deux catégories risquent d'être un peu déçues, mais après l'élection seulement. On en remettra pas en cause certains acquis de Mai 68. On ne revient pas sur une Révolution. Ce que l'on peut faire, c'est infléchir, corriger, et ça, la société française n'a pas attendu Sarkozy pour le faire. Le retour de l'ordre, de l'autorité, cela fait un certain temps que c'est perceptible et sur ce sujet, les politiques ne font qu'accompagner le mouvement de fond issu de la société. D'ailleurs, une bonne partie de la gauche a réagi mollement et on s'est contenté d'expédier en première ligne Cohn-Bendit, dont Mai 68 est le fond de commerce politique. Et que dit-il, comme défense, au fond ? Pas grand chose. De toute manière, ce n'est pas le sujet du moment. On est dans la guerre des symboles. Les jeunes risquent aussi d'être un peu déçus, car la grande purge n'aura pas lieu. Les soixant-huitards peuvent espérer s'accrocher jusque vers 2015 (pour ceux nés en 1950 et qui avaient 18 ans en 1968). Et ceux qui partiront en retraite conserveront du pouvoir comme détenteurs du patrimoine et des capitaux.

Prenons donc cette position pour ce qu'elle est, une habile manoeuvre de campagne présidentielle.

dimanche 29 avril 2007

Militants politiques

La campagne aura suscité beaucoup de doutes, de questionnements, d'hésitations. Il suffit de parcourir un certain nombre de blogs, par exemple celui Jules. Par contre, d'autres personnes n'ont pas été effleurées par le moindre doute, ce sont les militants profonds, ceux pour qui l'appartenance politique est un élément constitutif de leur personnalité et que l'on rencontre plus souvent à gauche qu'à droite.

Ces militants appartiennent à leur famille politique de manière viscérale, ils sont de droite ou de gauche comme on est basque ou breton. Et même quand ils migrent vers d'autres lieux, ils continuent à affirmer leur identité politique. On assiste ainsi au ralliement d'André Glucksmann, qui bien que soutenant Sarkozy, continue à se dire de gauche. Il arrive à trouver un raisonnement bien construit pour se justifier (au moins à ses yeux, ce qui évite la schizophrénie) mais il faut avouer que pour défendre les valeurs dites "de gauche", il y a sans doute plus pertinent que Nicolas Sarkozy.

Ces militants sont également tellement enracinés qu'ils évoluent lentement. Ils voient la réalité avec leur lunettes idéologiques, écartant ce qui gène leur schéma de pensée et survalorisant ce qui va dans leur sens. Le tout avec le sentiment d'être parfaitement objectif. L'impact d'une campagne électorale est quasiment sans effet sur eux, car c'est une durée trop courte et surtout, l'intense activité politique a pour effet de les renforcer encore dans leur militantisme. Ils votent toujours à gauche et le candidat qui arrivera à capter de manière crédible la mention "candidat de gauche" à des chances pour obtenir leur suffrage. C'est d'ailleurs la seule stratégie électorale des communistes dont les mots d'ordre sont "battre la Droite" et "le vrai vote à gauche". Chez les plus extrêmes des militants, l'étiquette finit par masquer le reste, les valeurs, les idéaux. On tombe alors dans le fétichisme.

C'est sans doute cela qui a sauvé Ségolène Royal du naufrage, l'attachement plus ou moins fort des électeurs de gauche à leur famille politique. Le traumatisme de 2002 a été très fort, une véritable humiliation, comme celle que peut ressentir un étudiant brillant, collé à un concours dès les écrits. C'est sans doute cela aussi qui gène la rénovation du Parti Socialiste. Quand on a un tel fond de clientèle, qui vous suit quelques soient vos errements, pourquoi changer ? Il suffit simplement de continuer à être crédible en "parti de gauche".

jeudi 26 avril 2007

Débat Bidon

Finalement, le "débat" entre Ségolène Royal et François Bayrou aura lieu.

Je ne vois pas franchement ce qui pourra en sortir, puisque François Bayrou est désormais hors course. Le choix doit se faire entre les deux finalistes, le reste c'est du bruit parasite. Ségolène Royal et François Bayrou ont décidé de mener leurs négociations d'entre-deux-tours dans un studio de télévision, devant les caméras. C'est inédit, c'est leur droit, mais appeler cela "débat" relève quelque part du mépris de l'électeur, notamment des 31% qui ont placé Sarkozy en tête. Le vrai débat, c'est celui qui opposera les deux compétiteurs, et ce petit artifice destiné à en limiter la portée est une mauvaise manière.

D'ailleurs, que va-t-il en sortir de concret, de cet échange. François Bayrou a déjà tout dit : pas de consigne de vote. Où alors, il agit en deux temps, la première étape hier étant de dire "pas Sarkozy" et la deuxième samedi, pour annoncer "Royal si vous voulez". Un rapprochement avec la Gauche dont je ne perçois pas l'intérêt pour François Bayrou. Par contre, pour Ségolène Royal, l'intérêt est évident, tout ce qui peut lui permettre de récupérer des voix centristes est bon à prendre. En échange, Ségolène Royal lui offre une dernière bouffée d'exposition médiatique, avant la plongée du junkie Bayrou dans l'état de manque. Parce que si Bayrou espère gratter quelques voix de gauche en vue des législatives, il se leurre lourdement. Du vent échangé contre du pipeau, le marché de dupes dans toute sa splendeur.

La vraie parole du Centre

Via Koz, cette interview de Jean-Marie Bockel. Le vrai centriste, c'est lui. Je comprend que ses motions fassent des scores ridicules lors des congrès du PS. Son langage est absolument le contraire de ce qu'attendent les militants. Il parle d'apaisement là où ils veulent du combat, cherche à concilier là où d'autres veulent absolument trancher.

Entendre dans la bouche d'un socialiste que Nicolas Sarkozy ne représente pas un danger pour la démocratie et encore moins pour le pays, c'est rarissime. Bockel cherche d'abord les convergences, les sujets où on peut avancer ensemble. Cela tient parfois de l'angélisme, mais j'apprécie cette démarche qui cherche d'abord à construire, qui tend la main. On reconnait ainsi que son adversaire est légitime, que des avis divergents sont possibles, sans qu'il n'y ait qu'une seule vérité. Le tout est que les choses avancent, car des problèmes se posent, qu'il faut résoudre au mieux, et maintenant (sans attendre un hypotéthique grand Soir). Pour autant, Bockel est loyal vis-à-vis de la candidate investie par le parti dont il est membre. Il est lucide sur les contigences et les impératifs de la vie politique. En France aujourd'hui, hors d'un parti, on est rien et son but étant de faire avancer ses propositions, il se doit d'y être. Il en accepte donc les règles du jeu. Beaucoup à gauche, mais aussi à droite, pourraient prendre exemple.

Bockel, c'est la voix du réformisme qui ne s'embarasse pas des vieilles lunes idéologiques. Il a beau être minoritaire au sein du PS, il a raison de garder son cap, car souvent, l'innovation et les voies d'avenir naissent dans les marges. On sent une démarche centrée autour d'un projet, non d'une personnalité. Pas besoin donc de créer ou de forcir des antagonismes. Au contraire, il faut les gommer pour qu'un maximum de personnes se retrouvent et se reconnaissent dans ce projet. La politique telle qu'on aimerait la voir plus souvent.

L'ingrédient qui manquait

Je m'étais alarmé il y a quelques temps sur le silence que rencontrait en France et plus généralement en Europe la politique des jumeaux polonais. La récente loi dite de "lustration" obligeait tous les responsables politiques et administratifs du pays à déclarer leur activité en lien avec l'ancien régime politique, avec bien entendu l'exclusion pour ceux qui auraient collaboré avec la police politique du régime communiste. Cela s'appelle une purge, sur motif politique, ce qui est contraire à nos valeurs, à celles de l'Union Européenne dont la Pologne est membre.

Il semble que les choses changent. Le gouvernement polonais a commis l'erreur de s'attaquer à Bronislaw Geremek, une icone médiatique, en tout cas quelqu'un de connu, au Parlement Européen (il en est membre) et dans l'Intelligensia française (il a enseigné l'histoire à la Sorbonne). C'est sans doute l'ingrédient qui manquait pour que la sauce prenne. Cette politique d'épuration à la polonaise a désormais un visage, celui d'une victime, d'un résistant (et on aime ça en France, ceux qui résistent, même si c'est parfois du n'importe quoi). Le système médiatique est ainsi fait, pourquoi le lui reprocher ? Par contre, les politiques qui aujourd'hui s'émeuvent pour Geremek (l'un des leurs) auraient pu réagir avant et non se mettre à la remorque de l'évènement médiatique.

Mais bon, ne boudons pas notre plaisir de voir enfin la chose mise au grand jour et la mobilisation de l'opinion enfin lancée.

mercredi 25 avril 2007

Poursuite de l'ambiguïté

François Bayrou a parlé, pour ne surtout pas éclaircir sa position et se garder toutes les ouvertures. Il dit non à Sarkozy, mais cela ne lui coûte pas, car il n'a strictement rien à attendre de l'UMP en terme de ralliements. Les centristes qui y sont allés en 2002 ne sont pas prêts d'en partir après le score historique de Nicolas Sarkozy. Il dit peut-être (mais pas oui) à Ségolène Royal car c'est de là que peuvent venir les troupes qui donneront une assise un peu plus vaste que l'UDF à son nouveau "parti démocrate".

Cette position n'est qu'un dernier écran de fumée avant la chute, car François Bayrou est dans une impasse. L'UDF est un parti fondamentalement de droite, du moins pour les cadres et les élus. Combien sont prêts à suivre Bayrou dans un gauchissement du parti et un flirt trop poussé avec le PS ? Bien peu sans doute, car les députés UDF savent parfaitement qu'ils sont élus avec des voix de droite, et qu'en 2002, ils ne doivent leur élection (pour beaucoup) qu'à l'absence de candidat UMP face à eux. L'aventure que leur propose Bayrou est bien trop incertaine, surtout quand elle n'est appuyée par aucun ralliement significatif en provenance du PS. Etant pris entre le marteau et l'enclume, l'UDF risque tout simplement d'être broyée et ses élus battus. Et ça, ils n'en ont absolument pas envie. Les ralliements de députés UDF en direction de Sarkozy ont déjà commencés et vont aller en s'amplifiant, ne laissant autour de Bayrou que sa petite garde rapprochée, tout au plus cinq à dix députés.

La mission est réellement impossible, car elle doit se réaliser avant le premier tour des législatives. En effet, le financement du nouveau "parti démocrate" pendant les cinq années qui viennent est lié au nombre de voix obtenues au premier tour des législatives, ainsi qu'au nombre de députés élus. Si ce "Parti démocrate" n'arrive pas à obtenir suffisamment de députés pour former un groupe parlementaire, il perdra un levier et surtout, personne à gauche ne serait alors assez fou pour le rejoindre. Il faut donc que d'ici trois semaines grand maximum, Plusieurs poids lourds de la Gauche le rejoignent avec armes et bagages. Je ne vois pas trop qui !

La troisième voie a toujours été un mirage en France et continuera à l'être tant que l'on conservera le mode de scrutin uninominal à deux tours, qui oblige à la formation de deux blocs pour le deuxième tour, sous peine de défaite assurée. Les prochaines semaines vont sans doute voir la fin d'un beau rève politique.

mardi 24 avril 2007

blogueur et capital social

Je reviens sur le sujet du "Qu'est-ce qu'un blogueur", suite à l'excellente analyse de Denys (faut mettre des trackbacks, gars).

Dans mon propos, je définis le blogueur comme celui qui n'a pas d'autre titre pour s'exprimer sur les sujets où il est susceptible d'intervenir. Denys reformule cela en terme de "capital social préexistant". Il cite le cas de quelques blogueurs, comme Frédéric Rolin ou Jean Véronis, qui ne sont pas d'illustres inconnus, mais au contraire des universitaires duement labelisés. Ils n'en sont pas moins aussi des blogueurs authentiques.

L'objection mérite qu'on s'y arrête et qu'on y réponde (ce qui n'est pas le cas de toutes les remarques qui ont été faites à la suite du premier billet). Mon propos ne portait pas tant sur la définition du blogueur que sur l'usage du titre dans les médias. Je critiquais le fait que certains membres de l'élite médiatique se présentent comme "blogueurs" alors qu'ils ont d'autres titres bien plus pertinents à faire valoir. Quand Morandini, journaliste connu déclare qu'il va balancer les résultats du premier tour avant l'heure légale, c'est un journaliste qui cherche à se faire mousser. Que les dépêches titrent "des blogueurs défient la loi", tenait de l'escroquerie. Pour reprendre l'exemple de Frédéric Rolin, j'ai eu l'occasion de l'entendre plusieurs fois dans les médias, notamment sur le projet de loi au logement opposable. A chaque fois, on parlait du professeur Rolin, universitaire et juriste. Quand on évoquait son blog, c'était de manière subsidiaire, pour dire que c'est là qu'il avait publié ses analyses. A aucun moment, il n'a été question d'entendre "le blogueur Frédéric Rolin" parce qu'il avait d'autres titres à faire valoir. Je suis beaucoup moins l'actualité de Jean Véronis, mais il doit en être de même, ce sont ses titres universitaires qui sont mis en avant en premier, ce qui est parfaitement logique.

Dans le même billet, Denys ouvre une piste très intéressante, qui mérite ample discussion. Le blogueur se caractériserait, à l'inverse du journaliste, par le caractère non-marchand de son activité. Il ne blogue pas pour vivre, et n'en attend pas de rémunération financière ni d'avantages professionnels. Cette idée du coté "gratuit" de la blogosphère m'apparait un critère intéressant, dans la longue quête (pas prête d'être achevée) de la définition du blogueur. En tout cas, ça se discute !

Jusqu'où ira Eric Besson ?

Moi aussi, je suis surpris du parcours d'Eric Besson dans cette campagne. Il sera passé du rôle de bon apparatchik du PS, qui insulte copieusement le candidat adversaire dans un brulôt électoral à celui de soutien de Nicolas Sarkozy, au point de prendre la parole dans l'un de ses meetings. Qui l'eut cru ?

Je suis assez étonné de son évolution la plus récente, même si elle est parfaitement explicable et je garde une bonne opinion d'Eric Besson. C'est un homme qui a eu un choc, vécu un évènement qui l'a brutalement secoué au point de se demander : "mais qu'est ce que je fous là ?". Il fait alors un choix de rupture complète, il lâche tout et brûle ses vaisseaux. C'est courageux, un élu de ce niveau qui renonce, par conviction, parce que sa conscience n'accepte plus les compromissions de la vie militante. Il quitte le PS et renonce à se présenter à une élection où il avait toutes ses chances. Vous en connaissez beaucoup, des élus qui feraient de même ? Pas moi. Certains parlent de rupture, de "politique autrement", mais cela reste des mots, des slogans. Eric Besson l'a mis en pratique, sur lui-même et cela lui vaut mon estime.

Quitte à claquer la porte, Eric Besson souhaite que cela fasse du bruit. Autant "rentabiliser" un geste qui coûte quand même, car pour lui, c'est le plongeon dans le vide, le saut dans l'incertitude. Il va falloir qu'il retrouve un boulot (même s'il bénéficie d'une bonne assurance chômage). Il sort donc un livre, où il s'explique, de manière assez convaincante (notez le "assez" qui ne veut pas dire totalement). Il apparait régulièrement dans les médias pour dire tout le mal qu'il pense de Madame Royal et le drame pour la France que représenterait son élection. Je dois dire qu'il n'a pas eu de mal à me convaincre...

Passé le 1er tour, il est allé encore plus loin. Comme le dit la célèbre formule du sapeur Camembert "quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites". Eric Besson confirme cet adage en participant à un meeting de Nicolas Sarkozy (trop heureux de l'aubaine) et en acceptant des fonctions de responsable d'un hypothétique pôle des "sarkozistes de gauche". Je suis assez dubitatif sur cette dernière étape, car Eric Besson va quand même très loin. Ce n'est pas dans les habitudes françaises de passer comme cela la barrière Droite-Gauche (Jean-Pierre Soisson, qui l'a fait dans les deux sens, est un des rares exemples). J'arrive encore à le comprendre, car Eric Besson a bien pris soin de préciser que cet engagement est davantage (sinon exclusivement) motivé par de l'anti-Ségolène Royal que par une subite conversion au Sarkozysme. Il faut souligner que l'individu est actuellement "en recherche d'emploi", et que ce ne sont pas ses anciens amis qui vont le recaser, bien au contraire.

Eric Besson est dans une démarche purement personnelle, qui se comprend parfaitement s'il envisage de quitter définitivement la vie politique nationale. Il profite de ses derniers moments pour vider son sac, dire enfin tout ce qu'il a sur le coeur (et que doivent partager nombre d'élus socialistes) avant de partir vers d'autres cieux. Son engagement sarkozyste cesserait d'être logique s'il dépassait le temps de la campagne. Allez plus avant serait de la trahison et me décevrait beaucoup.

Royal convoque Bayrou

J'ai cru rêver, ce matin, en lisant cet article. C'est Ségolène Royal qui mettrait François Bayrou au pied du mur, le sommant de venir débattre sur la base de son projet à elle ! Dans mon esprit, c'est l'inverse qui devrait se passer. Ce devrait être à Ségolène Royal de faire le premier pas, de se prononcer sur un certain nombre de propositions de François Bayrou, et d'annoncer ce qu'elle reprend à son compte. Sarkozy ferait de même, pour permettre aux électeurs UDF (au moins ceux qui ont voté Bayrou pour son programme) de faire leur choix en connaissance de cause .

Il est évident que Ségolène Royal allait "faire un geste" en direction de François Bayrou, puisque c'est lui qui tient la clé de son éventuelle élection. Au vu des chiffres du premier tour, il faudrait un report massif des électeurs UDF sur la candidature socialiste pour espérer gagner. Elle ne semble pas prendre le bon chemin, et je ne suis pas certain qu'elle ait franchement envie de cette alliance PS-UDF. Elle a juste besoin de faire porter le chapeau de l'échec à François Bayrou. J'ai trouvé assez pathétique ce message laissé sur le portable. Même pas de contact direct, inutile d'ailleurs puisqu'un "proche de la candidate" le dit, il s'agit de "mettre François Bayrou devant ses contradictions".

Ce n'est pas comme cela qu'on crée une alliance, en tendant des pièges et en lançant des ultimatums. Cet échec est prévisible, car l'aile droite du PS est tellement maigrelette que Ségolène Royal n'a que Jacques Delors, 82 ans, à mettre au bout de son hameçon comme appât à centristes. Il n'y a vraiment pas d'autres personnalités qui soient capables de faire le lien de manière crédible entre le PS et l'UDF ? Il y aurait bien Jean-Marie Bockel, maus bizzarement, on ne l'entend pas. Je comprends mieux le choix de Rocard de lancer son pavé à la veille du premier tour. Son seul but était de créer des remous médiatiques, de mettre les socialistes devant leur impasse : sans la social-démocratie, ils ne sont pas en mesure de remporter une élection. Peut-être finiront-ils par en prendre conscience ?

lundi 23 avril 2007

Bis repetita

Michel Rocard en remet une couche. Après sa déclaration (dont il ne regrette rien) sur l'union entre l'UDF et les sociaux-démocrates du PS, il annonce qu'il va faire campagne pour Ségolène Royal, même s'il n'y croit pas trop au regard des résultats du premier tour.

Sur le fond, il a parfaitement raison. Sarkozy a cinq points d'avance et plus de réserves de voix que Ségolène Royal. De plus, les reports seront moins difficiles de l'extrême-droite vers Sarkozy que de l'extrême-gauche vers Royal. Cela, tous les analystes politiques l'ont vu dès dimanche soir à 20 heures. Et pourtant, cela fait tout bizarre de l'entendre dans la bouche d'un homme politique, tant ils nous habitués à la méthode Coué, même lorsque les vents sont de toute évidence contraires. Voir un ténor d'un parti, quelqu'il soit, assumer publiquement ce qui ne dépasse jamais le stade du "off" est une bouffée de fraicheur qui fait apparaitre une fois de plus le coté artificiel et un peu malsain de la compétition électorale.

J'ai déjà eu l'occasion de dire que j'aimais bien Rocard, et je réitère mon appréciation. Voilà un politique de haut niveau qui ose réellement être un rebelle en piétinant allègrement les conventions et les habitudes de son milieu. J'ai toujours aimé les hérétiques, ceux qui savent prendre leurs distances avec les conformismes, et ce n'est pas un hasard si Michel Rocard est un protestant. Ce refus de l'embrigadement est consubstantiel à l'esprit de la Réforme, et Michel Rocard, en se situant dans cette lignée, en rajoute de manière jubilatoire. Maintenant qu'il n'a plus rien à perdre, parce que plus d'avenir électoral, il s'en donne à coeur joie dans le lancer de pavé dans la mare. C'est vrai qu'il a déjà payé depuis longtemps le prix de sa liberté.

La mort des petits partis

Ce premier tour de l'élection présidentielle a été un véritable laminoir pour les petits candidats. On s'y attendait, avec le syndrome du 21 avril et l'injonction du vote utile. Mais à ce point là ! On en vient à se poser la question de l'utilité des candidatures autonomes. Si c'est pour faire 1,5%, ce n'est peut-être pas la peine de s'engager dans le combat, parce qu'à ce niveau là, on ne négocie pas, on se rallie et on va gentillement demander quelques miettes. Quand le parti communiste était à 20, voire même à 15%, les socialistes avaient absolument besoin de lui pour gagner. Georges Marchais avait une marge que n'a pas Marie-George Buffet du haut de ses 1,9%. Même chose pour Dominique Voynet.

J'ai l'impression que l'on entre dans une phase où l'effet "21 avril" sera durable, la ficelle est peut-être grosse, mais elle est efficace et c'est surtout cela que veulent les grands partis. La bonne stratégie pour les courants de pensée un peu structurés ne serait-elle pas d'intégrer les grands partis de leur famille politique, de se structurer idéologiquement en interne, pour peser sur le programme et la désignation du candidat en amont. Le score de Ségolène Royal montre bien que même sans enthousiasmer, on obtient les suffrages. Désormais, les électeurs privilégient la couleur politique, la casaque plutôt que la monture qui la porte.

Imaginons deux grands partis, un de droite l'UMP, l'autre de gauche le PS, voire un troisième au centre l'UDF. C'est à l'intérieur de ces familles que s'opère la sélection des candidats, et surtout la sélection des idées, des doctrines, des programmes. Si on veut changer les choses, c'est là qu'il faut agir. Une telle transformation du paysage politique français aurait plusieurs avantages.

Premièrement, l'électeur n'aurait pas de déchirement au moment du vote, sa "famille politique" est clairement identifiable, avec un candidat qui a subi un processus de sélection autrement plus crédible que celui actuellement en vigueur. Là, cela vaut le coup de s'inscrire dans un parti et de militer, parce qu'on pèse réellement. On pourrait rajouter sans difficulté un zéro derrière les chiffres de militants, et de plusieurs centaines de milliers passer à plusieurs millions d'adhérents. Cela ne ferait pas les affaires de quelques cheffaillons, qui aiment les titres ronflants, qui prônent l'union, mais uniquement autour de leur candidature, mais qu'importe. Cela ne représenterait pas une grosse perte pour la vie démocratique. Les militants d'extrême-gauche qui sont sincèrement attachés à leurs idées et veulent les faire progresser, ont du être désespérés par le spectacle de la désunion autour de ce qui devait être une "candidature unitaire". Au final, ils ne pèsent rien, car l'addition des scores minuscules ne fait pas une force politique susceptible de peser.

Cela obligerait certains courants "idéologiquement radicaux" à se confronter aux réalités, aux débats avec l'obligation de conclure et d'arriver à un résultat. Actuellement en France, que ce soit la gauche dite "antilibérale" ou encore mieux chez les Verts, c'est le principe de la démocratie bordélique qui prévaut. Ah, c'est sûr que c'est démocratique, mais au final, on n'arrive à rien car il n'y a pas de synthèse, et comme il n'en ont pas besoin, ils ne font aucun effort. Ce serait un progrès pour notre démocratie que de faire disparaître ses poches d'irresponsabilité. Quand on se présente aux élections, c'est pour participer à la gestion, et donc devoir assumer le rôle du politique qui est de trancher en prenant les choses comme elles sont et non pas comme on voudrait qu'elles soient.

Ce 22 avril, couplé avec un 21 avril précédent, pourrait amener à terme à une recomposition du paysage politique français, à l'image de ce qui existe dans la plupart des autres pays européens, notamment les pays scandinaves que l'on nous présentent régulièrement comme des modèles de démocratie. Deux ou trois grands partis, qui alternent au pouvoir, en encadrant et structurant le débat public.

dimanche 22 avril 2007

Le regard qui tue

Je n'aurais pas aimé être le régisseur de l'école maternelle de Melle (celui de l'équipe de campagne), vous savez, le type responsable de la panne de courant pendant le discours de Ségolène Royal... Il y a des petits signes qui ne trompent pas. Au moment où on ne s'y attend pas, au moment où le candidat ne s'y attend pas, un grain de sable vient se glisser dans la mécanique. La réaction est souvent révélatrice d'une réalité profonde. Cela ne dure que quelques secondes, le temps que le candidat reprenne le contrôle de son visage et retrouve le sourire. Mais c'est trop tard, la seconde de vérité est passée et on peut courir après, on ne la rattrapera jamais. Cela me rappelle le "je vous demande de vous arrêter" d'Edouard Balladur en 1995. Un cri du coeur qui en dit long sur la vérité du personnage.

Le regard assassin de Ségolène Royal au moment de cet incident lors de son allocution télévisée est de ces gestes qui en disent plus que des longs discours.

Sans surprise

Nicolas Sarkozy à 30%, Ségolène Royal à 25%, résultat sans surprise, ni pour le présent, ni pour le futur. Le deuxième tour apparait plié, les réserves de voix étant davantage chez Nicolas Sarkozy. Pour ceux qui aiment les pronostics, je prends les paris sur 52/48.

Une satisfaction, la chute des extrêmes, notamment de Jean-Marie Le Pen. Une mention spéciale pour Marie-George Buffet, qui arrive à faire moins que Robert Hue. Il fallait le faire, elle l'a réussi. Jusqu'où descendra le parti communiste ?

Pour le reste, pas grand chose à dire à cette heure. C'est l'heure des parlotes sur les plateaux TV, certains jouant les coquettes, d'autres annonçant tout de suite leur ralliement. C'est vrai que lorsque l'on à que 2% ou moins, on n'est pas en position de négocier quoique ce soit.

C'est la première soirée présidentielle sans passion, sans suspense même. Démocratie apaisée ?

jeudi 19 avril 2007

Une loi qui serait inadaptée

Je viens d'écouter le podcast l'émission de Jean-Marc Morandini sur la fameuse polémique de la diffusion des résultats du scrutin avant 20 heures, où étaient invités Versac et Guy Birenbaum. Pas inintéressant, des questions bien posées, des éléments de fond apportés. Une remarque m'a fait bondir, je ne sais plus qui l'a prononcée, mais peu importe. La loi qui interdit la diffusion de quelque résultat que ce soit avant la fermeture du dernier bureau de vote ne serait pas adaptée.

La question que je me suis immédiatement posée est : "pas adaptée à quoi ?". Pas adaptée aux exigences commerciales des médias bien entendu, qui pour des raisons d'audimat, de prestige, de course aux recettes publicitaires, veulent toujours être les premiers sur un scoop. Imaginez la torture que cela représente, pour ces marchands de temps de cerveau disponible, le fait d'avoir un super scoop, qui grillerait la concurrence, et de ne pas pouvoir l'utiliser. Le gâchis, horreur suprême !

La loi étant une contrariété pour leur commerce et leurs intérêts financiers, elle doit être modifiée. Et bien non, je ne suis pas d'accord. Cette loi est pour moi une nécessité, car elle impose enfin le silence aux médias. Pendant 48 heures, on est enfin tranquilles, les postes de radio et de télévision cessent enfin de nous déverser jusqu'à saturation cette campagne électorale qui nous saoule. Avec tout ce que l'on entend, de partout, à toute heure, je ne vois pas comment on pourrait se dire insuffisamment informé". J'apprécie ce moment de calme, qui remet les choses à leur place. Une campagne électorale, c'est un moment de vie démocratique, pas un cirque médiatique. Le législateur a raison d'organiser cela en fonction des intérêts du citoyen et non de celui des médias commerciaux.

République une et indivisible ?

C'est inscrit dans la constitution, la République est Une et indivisble. A ce titre, on rejette les dispositions qui porteraient atteinte à l'unité de la Nation. Pourtant, depuis bientôt 90 ans, il existe une partie du territoire, de la Nation, qui vit selon d'autres lois, sans que personne ne s'en offusque : l'Alsace-Moselle.

En 1919, lors du retour sous souveraineté français de l'Alsace et de la Moselle, annexés par l'Allemagne en 1871, le gouvernement de l'époque n'a pas voulu opérer une remise à niveau complète. Ces trois départements bénéficient d'un régime juridique particulier, le droit d'Alsace-Moselle. A titre d'exemple, le Concordat de 1801 y est toujours en vigueur. Les ministres des cultes reconnus sont salariés de l'Etat, c'est le gouvernement qui propose les évêques et le Vendredi-Saint y est férié. Et quand ce statut est menacé, immédiatement les alsaciens mosellans montent à Paris pour défendre becs et ongles leur particularisme. Et ils sont reçus illico-presto par les repsonsables politiques qui s'empressent de leur donner satisfaction.

Pourquoi ce particularisme ? Je me le suis toujours demandé et je n'ai jamais trouvé de réponse satisfaisante. Les Alsaciens et Mosellans ont pu bénéficier du beurre et de l'argent du beurre dans certains domaines, adoptant les lois françaises quand cela les arrangeaient, et gardant leurs règles spécifiques quand elles étaient plus avantageuses. Le Cartel des Gauches a tenté de réagir en 1924. Il s'y est cassé les dents et plus personnes n'a osé remettre le sujet à l'ordre du jour.

Et pourtant, ce ne sont pas les discours laïcards et jacobins qui manquent en France, et encore aujourd'hui. On refuse la reconnaissance des langues régionales, on sacralise la loi de 1905. Que tous ces jacobins commencent donc par régler la question de l'Alsace-Moselle, cela évitera une Unité nationale et une laïcité à deux vitesses.

mercredi 18 avril 2007

Mais qu'est ce qu'on vous a fait ?

Mais qu'est ce qu'on vous a fait ? C'est toujours la question que je me pose quand j'assiste aux bouffées de chaleur de certains blogueurs de province, qui hurlent après les blogueurs parisiens. Régulièrement, on se fait accuser d'être une élite, de se gratouiller l'ego, de se la péter et plein d'autres choses gentilles encore. C'est l'exacte reproduction de comportements que l'on rencontre en province lorsque l'on a le malheur de rouler dans une voiture immatriculée 75. On a alors l'impression de devenir un exutoire pour frustrations diverses et variées et de porter toutes les tares de la terre rien que du fait d'être parisien.

Si vous saviez le nombre de provinciaux qui habitent à Paris. Personnellement, j'ai vécu 30 ans en Bretagne avant de migrer, pour raisons professionnelles vers Paris. Et combien comme moi ! Sommes-nous responsables de cette organisation de la France, où l'activité se concentre sur Paris et la région parisienne ? Le boulot est là, en quantité, mais aussi en qualité. Il y a certains postes qui n'existent qu'à Paris, ceux liés aux pouvoirs publics et à l'administration notamment. Les ministères, les assemblées parlementaires et tout ce qui tournent autour, c'est à Paris et pas ailleurs. Et c'est comme ça dans beaucoup de domaines (la communication, les grandes entreprises...), les cercles dirigeants sont à Paris (ou à la Défense) ! Si la vie parisienne à des cotés très agréables, cela peut aussi être la galère. Vivre en province a des avantages indéniables. Alors messieurs les provinciaux (qui êtes peut-être de futurs parisiens), merci de déverser votre bile ailleurs.

Deuxième fantasme, celui de l'élite, installée dans sa tour d'ivoire. Que de conneries ont été dites. Il y a plus de blogueurs à Paris, ce qui est un peu normal, car bloguer est une activité de "jeunes urbains" et que statistiquement, c'est une population que l'on rencontre beaucoup à Paris. Du fait de cette concentration de blogueurs et des facilités de déplacement, les rencontres sont assez faciles à organiser et attirent beaucoup de monde. De là une visibilité plus grande pour les médias, qui eux-mêmes n'ont pas beaucoup de chemin à faire pour venir voir puisqu'ils sont parisiens. C'est sûr qu'ils sont plus tentés de parler d'une rencontre de 120 personnes à moins d'un quart d'heure en métro que de 20 personnes dans une ville de province. Cette visibilité n'est en rien synonyme de qualité supérieure. Il y a d'excellents blogueurs en province. Il suffit de prendre la liste des non parisiens de lieu-commun : Econoclastes, Swissroll, Paxatagore, 1984. Et je pourrait en citer encore d'autres, quand je connais leur localisation géographique ! Ce n'est absolument pas un critère d'entrée dans ma blogroll.

Plutôt que de tenir des propos d'aigris, attaquant les "parisiens-têtes-de-chiens" et les "parigots-têtes-de-veau", ayez un discours plus construit et plus argumenté si vous souhaitez aborder ce sujet. Je vous assure qu'il n'existe aucune "élite" auto proclamée sur une base géographique au sein de la blogosphère. Les adeptes de la gonflette et les egos surdimensionnés existent aussi en province.

Faux blogueurs

Versac le sentait venir. Et ça n'a pas manqué, les médias traditionnels reprennent l'initiative de Morandini et de Birenbaum de dévoiler les résultats avant 20 heures sous le titre : des blogueurs défient la loi électorale.

Morandini et Birenbaum, blogueurs ? Oui, ils tiennent un blog, mais ce n'est qu'une facette de leur activité éditorialo-médiatique. Quand on prend Birenbaum, c'est caricatural, il est à la fois journaliste, éditorialiste, éditeur, écrivain. Le type même du cumulard qui est au coeur du système médiatique français. Morandini est du même tonneau, journaliste télé, puis radio qui traite essentiellement des médias. L'initiative vient donc du coeur du système et on veut faire porter le chapeau aux blogueurs !! Belle opération de détournement et beau suivisme de la presse, une nouvelle fois à coté de la plaque.

Il faudrait peut-être un jour définir ce qu'est un blogueur, et affirmer clairement que cette dénomination doit être réservée à ceux qui n'ont pas d'autre titre à intervenir dans le débat public. Un journaliste-éditeur qui tient un blog est avant tout un journaliste éditeur, de même qu'un politique blogueur est d'abord un politique qui parle de politique. L'originalité de la blogosphère est qu'elle permet à de parfaits inconnus d'avoir enfin accès à la parole publique, par le biais d'un canal indépendant du système verrouillé de la presse (écrite et radiodiffusée). Les médias ont bien senti que quelque chose se passait et tournent autour du pot, ne sachant pas comment réagir.

Faut-il flinguer ce réseau concurrent en le discréditant, faut-il en récupérer les meilleurs éléments pour les recycler dans le circuit classique ? Les journalistes et les hommes de pouvoir des médias hésitent et mènent un peu les deux politiques à la fois, à l'exemple de Guy Birenbaum. La blogosphère peut être une pépinière de talents qui arrivent tous cuits chez les DRH, ayant fait leur preuves et acquis des compétences sans que l'entreprise médiatique n'ait eu à dépenser un sou pour les former et les faire murir. On le voit avec l'exemple de Ron l'infirmier, qui n'aurait jamais été repéré par l'éditeur Birenbaum sans son blog. Dans le même temps, Birenbaum passe son temps à tirer à vue sur les blogueurs et la blogosphère en général, histoire de ne pas laisser ce canal médiatique prendre trop d'importance et de crédit.

C'est la nouvelle étape dans le développement des blogs, son insertion dans le système médiatique. Le mouvement est déjà lancé, avec nombre de blogueurs dont le but unique est de se faire remarquer pour gagner de l'argent, se faire embaucher, dont les contenus sont dignes des meilleures émissions de télé-promo, où tout le monde est beau et gentil (sauf l'hérétique du jour que tout le monde se doit de lyncher), où les produits sont hyper-méga-géniaux et qu'il faut les acheter.

Un jour, il faudra faire le tri et éviter de mettre dans le même sac des gens qui n'ont strictement rien à voir, sinon qu'ils utilisent le même outil de communication.

mardi 17 avril 2007

Prédire l'avenir

Notre esprit occidental est trop ancré dans ses certitudes pour laisser une place à l'incertitude et au flou. Il faut savoir, prévoir, ne laisser aucune zone d'ombre. Ce serait une insulte à notre intelligence. Dans notre obsession, nous tirons des conclusions et des prédictions à partir des seuls éléments en notre possession. Or, souvent, des facteurs que l'on ne connaissaient ou dont on ne pouvait pas prévoir l'importance et le poids viennent tout bouleverser. Cela se voit dans les grandes théories comme le marxisme, mais aussi dans les petites choses comme l'attitude de telle ou telle personne dans le futur.

Le marxisme est un produit de son époque, avec les préoccupations et les marottes du XIXe siècle. Cela ne l'empêche pas d'être une très belle construction intellectuelle. Marx n'était pas le dernier des imbéciles, et il avait pour lui l'excuse de passer juste après Hégel, qui avait inculqué à ses contemporains l'idée que l'Histoire est un mouvement, qui va d'un point à un autre (le fameux sens de l'histoire) et surtout que l'étude du mouvement passé permet de prédire vers où va se porter le sens de l'histoire. On voit ce qu'il en est advenu des prédictions de Marx sur le capitalisme, qui devait s'écrouler de lui même, entraînant les structures étatiques dans sa chute. Nombre de variables ont évolué différemment de ses prévisions.

C'est le même processus qui est à l'oeuvre dans cette campagne quand on prétend se baser sur les positions actuelles et passées d'un candidat pour prévoir ce qu'il fera et sera une fois élu président. On a beau répéter que la fonction peut parfois changer l'homme, citer des exemples en positif et en négatif, rien n'y fait, on continue allègrement à projeter l'avenir, avec plus ou moins de bonne foi, uniquement en fonction des éléments dont on dispose à ce jour.

Pourquoi essayer de tout prévoir ? Pourquoi ce besoin irrépressible de contrôler, de maîtriser ? Cela est largement illusoire et nous devrions davantage laisser de place aux incertitudes, surtout quand on sait que les paramètres dont on dispose ne sont pas fiables et que trop de choses peuvent arriver. Tout change, et particulièrement les hommes.

lundi 16 avril 2007

Cyber amnistie

Un député UMP, Marc Le Fur, vient de déposer une proposition de loi pour amnistier les internautes qui auraient téléchargé illégalement des fichiers par le biais des systèmes peer-to-peer. Au delà de l'aspect très électoraliste et un peu démagogique, cette proposition a du sens.

Le constat de base est que la loi DADVSI n'a strictement rien réglé sur ce sujet des téléchargements. La loi votée avait pourtant ramené ce qui était un délit de contrefaçon (prison et grosse amende) à une simple contravention. Mais le Conseil constitutionnel a considéré que l'on ne pouvait pas traiter de manière différente un même délit de téléchargement suivant qu'il avait été commis par un moyen ou par un autre. Il a donc annulé la disposition. Retour à la case départ. Pendant ce temps, les tribunaux (poussés par les majors) continuent à travailler, mais chacun dans son coin, avec des décisions radicalement différentes suivant le lieu géographique, avec pour couronner le tout une position divergente entre la chambre criminelle et la première chambre civile de la cour de Cassation.

C'est évident que la nouvelle législature va devoir remettre l'ouvrage sur le métier. La loi DADVSI a été trop mal rédigée, et prend des positions mal équilibrées qui ne règlent en rien les problèmes. L'Union Européenne est d'ailleurs en train de revenir sur le sujet, la directive de 2001 étant jugée dépassée. Le terrain bouge aussi énormément, avec des majors qui ne servent plus des DRM. Comme je l'avais dit depuis le début, la loi DADVSI est mort née.

En attendant, est-il juste de condamner des personnes qui ne le seraient plus sous l'empire d'une nouvelle loi, voire pire, qui n'auraient pas été inquiétées si la disposition votée par le Parlement n'avait pas été annulée par le Conseil constitutionnel ? Trop souvent, les poursuites et les condamnations sont tombées un peu au hasard, condamnant parfois lourdement (au regard de la gravité de l'infraction) des personnes qui n'en avaient pas fait plus que beaucoup d'autres, et dont le seul tort était de ne pas avoir eu de chance. C'est comme gagner au loto, on a une chance sur je ne sais pas combien, et là, pas de bol, c'était pour eux !

Dans ce cas de figure, le principe d'une amnistie ne me choque pas. La loi était floue, beaucoup de personnes sont potentiellement menacées (les adolescents, mais aussi leurs parents, reponsables civilement et pénalement de leurs enfants mineurs), les faits n'ont pas, dans l'esprit de la population, de gravité pénale, les dommages civils pour les artistes sont quasi nuls (ce sont les producteurs les plus touchés et encore...). La meilleure solution est de passer l'éponge sur ces faits commis avant l'entrée en vigueur d'une loi qui sera considérée par tous comme juste et équilibrée. On remet les compteurs à zéro et chacun est ensuite tenu de respecter la nouvelle loi, et d'en subir les foudres en cas de manquement.

Techniquement, cette disposition n'a strictement aucune chance d'être adoptée d'ici le mois de juin. Ensuite, elle deviendra caduque et il faudra la redéposer. Le seul intérêt de le faire maintenant est de relancer le débat sur cette question et de prendre date, auprès des acteurs du débat et surtout des électeurs...

samedi 14 avril 2007

Préserver le monopole

Les juristes des facultés de Droit s'insurgent contre la possibilité offerte à certains étudiants de l'IEP de Paris de passer directement le concours d'avocat. Ils estiment que l'on ne peut pas faire un bon avocat avec seulement trois semestres de Droit, qui ne donne forcément qu'une teinture de Droit, sans pouvoir acquérir une vraie technicité, ni pénétrer la pensée juridique.

Nous sommes là devant une magnifique poussée de corporatisme et de défense de pré carré, comme la France sait si bien en produire. Les facultés de Droit sont en colère contre les IEP, qui non seulement attirent les meilleurs éléments dans la catégorie (à leur détriment donc), mais en plus commettent le crime de lèse-faculté de Droit en trustant les débouchés naturels des juristes que sont le concours de l'ENM, et maintenant des examens d'entrée au CFPA. Bien entendu, il faut être un bon technicien du Droit pour être juge et avocat, mais un excellent technicien ne fait pas forcément un bon juge. Voyez l'exemple du juge Burgaud (sorti d'un IEP), qui a scrupuleusement respecté le Code de procédure pénale, qui n'a commis aucune faute de droit. Le même raisonnement vaut pour un avocat, où une bonne technicité est une condition nécessaire mais pas suffisante. Aujourd'hui, il n'existe plus beaucoup de professions monodisciplinaires.

Pour ces deux professions, il faut en plus une culture générale, une ouverture d'esprit, une capacité d'écoute, de curiosité. Bien entendu, les étudiants sortis des faculté de Droit n'en sont pas dépourvus, mais on ne peut pas dire que la formation des facultés de Droit soit orientée vers cela. Quand j'étais étudiant en Droit, j'ai surtout bouffé du Droit, à toutes les sauces. Pour la culture générale, l'ouverture d'esprit, c'est à l'IEP de Rennes que j'ai été formé. Les professeurs des facultés devraient parfois se remettre en cause et se poser la question de savoir pourquoi les élèves des IEP arrivent systématiquement devant les leurs dans des concours formatés pour les étudiants en Droit. Pourquoi émettre des craintes sur le niveau des avocats qui ne seraient pas passés par les facultés de Droit ? Il y a un examen à l'entrée (qui est un véritable concours), un autre à la sortie. Une fois le titre d'avocat obtenu, il faut se trouver une place, soit comme collaborateur, soit en créant son cabinet. Si au final, un ancien élève d'IEP arrive à passer avec succès les deux concours et trouve du boulot, c'est qu'il n'était pas si mauvais.

Face à un concurrent, il y a deux solutions. Soit on se remet en cause et on s'adapte, soit on cherche à préserver son monopole, son pré carré en virant le rival : "ôte-toi de mon herbe". Les facultés de Droit semblent avoir choisi la deuxième solution, qui est à mon sens une impasse, car l'orientation globale de la société est l'ouverture. Tout le monde peut tout faire et que le meilleur gagne. A ce jeu là, les IEP ont une longueur d'avance et de ce fait, attirent les meilleurs. Il faudrait peut-être se demander pourquoi, sans invoquer en permanence la question des moyens. Il y a aussi l'esprit, la méthode qui peuvent faire la différence, et là, c'est en interne que les professeurs des facultés de Droit trouveront la solution, s'ils acceptent de changer un peu les choses dans leurs facultés.

vendredi 13 avril 2007

C'est tout à fait possible

Un second tour Sarkozy-Le Pen ou Sarkozy-Bayrou, voilà ce qu'annoncent officieusement les Renseignements Généraux. Et le pire, c'est que c'est tout à fait crédible et rejoint pleinement ce que ressentent beaucoup sur le terrain.

Au passage, je note que les Renseignements Généraux, depuis au moins 10 ans, ne sont plus censés suivre la vie politique et encore moins réaliser de sondages politiques. Visiblement, c'est toujours ce qu'on leur demande, et ils ont encore l'infrastructure pour réaliser une enquête sur 15 000 personnes, avec des méthodes statistiques de professionnels. Après cela, comment croire les politiques, de gauche comme de droite, quand ils parlent de réforme. L'instrument est trop utile à celui qui est aux manettes, alors tant pis pour les idéaux et ce que l'on raconte quand on est dans l'opposition...

Je l'aime bien, Rocard...

Michel Rocard n'en finit pas de surprendre. A près de 77 ans, la tête semble toujours aussi bien fonctionner, avec une liberté de ton et une autorité morale qui lui donnent une portée prophétique.

A une semaine du premier tour, il propose à Ségolène Royal et François Bayrou de fusionner leurs forces. Pris au premier degré, cette proposition est absurde et ridicule. Même Ben Hur n'est pas en mesure d'arrêter son char une fois lancé, et si ces deux personnalités se sont engagées dans la course à la présidentielle, c'est certes pour défendre des idées, mais aussi par ambition personnelle. Leur demander maintenant de fusionner est un non-sens et ils ne peuvent qu'opposer une fin de non-recevoir à une telle proposition.

Michel Rocard est plus fin que cela, et poursuit là une véritable oeuvre de salut public pour faire émerger une vraie force social-démocrate en France, avec un PS débarassé de ses tendances idéologiques (marxiste, gauchisme et autres trucs en -isme), qui assume pleinement son acceptation de la société libérale (au sens politique du terme) et qui propose juste de l'orienter autrement. Il faut en finir avec la rupture et les vieilles lunes révolutionnaires. L'alliance avec les démocrates-chrétiens leur permettrait enfin de ne plus dépendre électoralement de l'extrême-gauche, à laquelle il faut sans cesse donner des gages ce qui brouille complètement le discours socialiste. Cette alliance aurait le mérite de déplacer le centre de gravité de la vie politique française, beaucoup plus à gauche que dans les autres pays européens. En somme, un SPD français. Vous seriez surpris de voir le nombre d'électeur "de droite" qui ne seraient pas insensibles à ce parti, voire qui seraient capables de voter pour lui si jamais l'UMP ne leur donne pas stisfaction. J'en fait partie de ces électeurs de droite pas toujours content de ce que fait ou propose l'UMP, mais pour qui il est hors de question de voter UDF (une impasse politique, car derrière Bayrou, il n'y a personne) et encore moins PS (car derrière Royal, il y a des trotskistes mal repentis).

Je pense que la véritable solution est là, car le PS est de moins en moins viable, comme ces couples, très amoureux au début, dont les liens se distendent et qui ne restent ensemble que pour les enfants et parce qu'il y a la bourse en commun. C'est ce que vit le PS entre sa branche ouvertement social-démocrate et sa branche plus "gauchiste". Rocard invite clairement au divorce (ce qui arrivera de toute manière), pour repartir sur des bases plus saines, plus lisibles idéologiquement. Au moment où le PS risque très sérieusement d'être éliminé dès le premier tour, pour la deuxième fois consécutive, la question d'une remise en cause radicale est pertinente. D'ailleurs, les électeurs ne s'y trompent pas et nombre de sociaux-démocrates, encartés au PS, n'ont aucun état d'âme à voter Bayrou.

Plus ça va, plus l'éclatement du PS m'apparait probable. Dans sa forme actuelle, il ne permet plus de remplir son rôle premier, remporter une élection. Le PS est même tombé encore plus bas en n'étant même pas capable de contrôler la désignation de la candidate chargée de porter ses couleurs. Ségolène Royal s'est imposée contre le parti, travaille sans lui et ne s'en sert que pour le financement et la marque, comme un raider qui lance une OPA sur une entreprise en faillite pour récupérer la trésorerie, les marques commerciales et le fichier client. C'est dramatique pour le PS que ce soit un semi-retraité de 77 ans qui soit obligé de se lancer et d'ouvrir la voie. C'est la preuve d'un vide qu'il est urgent de combler.

Mais personne ne te le proposait...

Olivier Besancenot refuse par avance tout poste ministériel en cas de victoire de Ségolène Royal. Là, c'est la palme du comique de cette élection présidentielle. Il ne prend pas de risque le garçon, parce qu'il faudrait d'abord que Ségolène Royal soit élue (et ce n'est pas évident du tout), et il faudrait ensuite qu'elle ait l'idée de prendre des ministres trotskistes, ce qui serait particulièrement surprenant. Le risque est extrêmement faible, pour autant, Olivier Besancenot n'est pas disposé à le prendre, il préfère rester dans l'opposition, et surtout, comme il le dit, "rester libre". Ce qui compte surtout, c'est de pouvoir continuer à raconter n'importe quoi, à balancer des yaka-fautqu'on à la pelle. Tant que l'on est resté en dehors de la gestion, que l'on n'a pas eu à faire ses preuves, on garde un soupçon de crédibilité, une sorte de virginité. Le PS, en 1980, avait cette virginité, qu'il a douloureusement perdu dès 1983, face à la dure réalité, qui méchamment, n'avait pas voulu se plier aux injonctions et entrer dans les cases de la pensée idéologique.

Dans ce cas-là, s'il ne veut surtout pas exercer de responsabilités, pourquoi ce brave facteur se présente-t-il aux élections ? Le plus sûr moyen de ne pas être élu, c'est de ne pas être candidat. A partir du moment où on entre dans le jeu électoral, c'est pour participer à l'exercice du pouvoir. La "res publica", la chose publique, il faut bien que quelqu'un s'en occupe ! L'élection est faite pour désigner les personnes qui seront en charge du bien public, s'y présenter pour d'autres motifs revient à polluer l'élection et au final à en pervertir le sens. Les extrêmes sont très doués, en France, pour cela. Le Pen a été à la fois heureux et inquiet d'être au second tour en 2002. Heureux parce que cela a mis un bazar monstrueux pendant 15 jours, inquiet parce qu'il ne veut surtout pas arriver au pouvoir (c'est ce que lui reprochait Bruno Mégret). Gouverner ne l'intéresse pas, il n'en a ni l'envie ni la compétence. En cela, il est très représentatif des candidats extrémistes. Et on a bien vu, dans les quelques municipalités frontistes du Sud de la France, les résultats n'ont pas été mirobolants, et les quelques élus qui avaient un peu d'envergure ne sont pas restés au FN.

A l'extrême gauche, c'est le même schéma. Arlette Laguiller ou José Bové seraient sans doute les premiers ennuyés d'avoir à gérer un exécutif local. Tous ces militants et agitateurs professionnels ne s'intéressent finalement qu'à leurs idéologies, leurs scissions et guerres de chapelle. Les affaires publiques, la gestion du bien commun, c'est "bourgeois" donc indigne de l'élite avant-gardiste qu'ils prétendent être.

mercredi 11 avril 2007

Bien sûr que si !!

Le canard enchaîné vient de publier les modalités de l'amnistie chiraquienne. Démenti immédiat des intéressés. C'est évident, ils ne vont pas confirmer...

C'est écrit depuis le début, ce deal, c'est même la condition sine qua non pour que Chirac ne torpille pas Sarkozy et retienne ses sbires les plus férocement antisarko. Il manquait juste une information, comment vont-ils procéder ? L'idée de l'amendement parlementaire qui oblige un juge à clore un dossier était bien trouvée. On pouvait la rédiger de manière incompréhensible pour les profanes, en tout cas inexploitable pour la presse. On change deux ou trois mots du code de procédure pénale, un autre dans le code de procédure civile et une virgule dans je ne sais quel autre code et le tour est joué. On peut même étaler la manoeuvre dans le temps pour rendre l'affaire encore plus indétectable. Sur le moment, les juges chargés du dossier auraient un peu hurlé, puis l'attention médiatique serait partie ailleurs et on n'en parlait plus.

Il a vraiment été bête, le "proche de l'Elysée" qui a craché le morceau. Il a grillé une belle cartouche, maintenant, dès que l'on va toucher aux règles de prescription des instructions, tout le monde va penser à Chirac. Mais les juristes étant très imaginatifs, ils trouveront une solution, qui même acrobatique, ne devrait pas être censurée par le Conseil constitutionnel.

Sarkozy aux deux tours

L'heure du choix présidentiel approche. Certains ont promis d'annoncer pour qui ils voteront, je n'ai rien promis, mais j'ouvre le bal. Ce sera Nicolas Sarkozy. La surprise ne doit pas être immense parmi vous, chers lecteurs. Quelques explications vous permettrons de comprendre les raisons de ce choix.

Je suis lucide sur le personnage, ses défauts et ses faiblesses. Je connais ses penchants autoritaires, sa volonté de dominer et de briser ceux qui se mettent en travers de son chemin. Beaucoup sont comme cela, Sarkozy est un peu différent en ce qu'il ne prend pas la peine de voiler cette brutalité de la politique et de la conquête du pouvoir. Peut-être devrait il davantage y mettre les formes, cela choquerait moins les bonnes âmes, comme savait si bien le faire François Mitterrand, et même Jacques Chirac, experts en meurtres politiques. Peut on arriver à la fonction suprême les mains propres ?

Je suis également lucide sur son opportunisme. Il veut accéder au pouvoir, c'est clair. Pour en faire quoi, c'est moins clair. Sarkozy est de cette race d'homme politique qui se lance dans la course au pouvoir pour satisfaire son ego, sa volonté de puissance, plus que pour servir un idéal ou tout simplement par dévouement de la chose publique. Certes, ce n'est pas romantique, c'est moins glamour que De Gaulle, l'homme providentiel qui revient sauver la Nation, sans ambitions personnelles. Mais je préfère encore ce type de politiques aux idéologues, qui veulent arriver au pouvoir pour "changer la vie", la leur mais surtout celle des autres. Cela n'a jamais été ma manière de concevoir la politique que de faire le bonheur d'autrui, même contre son gré, même s'il ignore qu'il est malheureux et qu'il ne demande rien.

Je vote Sarkozy, car je sais qu'un pays n'est pas dirigé par un homme seul, mais par des équipes. L'ultra-personnalisation de la campagne présidentielle a tendance à nous faire oublier cela. L'arbre ne doit pas cacher la forêt. Et quand je regarde les équipes, c'est avec Sarkozy que je suis le plus rassuré. Il a du monde derrière lui, et pas des ralliés opportunistes comme peut en avoir Bayrou. Il a des équipes compétentes, soudées derrière lui, à la différence de la cacophonie qui règne chez Ségolène Royal, incapable d'arrêter de jouer perso pour se muer en chef d'orchestre. Je n'ai pas de doutes sur les compétences qu'elle pourra trouver au PS, j'en ai davantage sur l'attachement que ces compétences peuvent avoir pour leur patronne, ainsi que sur la cohérence et la solidité de ces équipes (les haines de courants sont un moteur puissant au PS).

Je vote Sarkozy parce que je suis de Droite, culturellement, par mon éducation, ma manière de penser. Nicolas Sarkozy est le candidat qui se rapproche le plus de mon positionnement personnel, de ce que je souhaite pour la France. Il n'est pas parfait, mais la présidentielle, c'est un menu, pas un choix à la carte. Je suis suffisamment en accord avec nombre de ses positions pour que ce vote ne soit pas pour moi un crève-coeur, comme nombre de mes amis socialistes, qui sont de Gauche et se retrouvent contraints de voter pour une candidate qui ne suscite pas leur enthousiasme (et c'est un euphémisme).

Contrairement à beaucoup, je ne suis pas inquiet des conséquences d'une victoire de Nicolas Sarkozy, qui ne représente pas un danger pour la démocratie. Notre système est organisé de telle manière qu'un président qui souhaite aller contre l'avis majoritaire finit toujours par rencontrer un obstacle qui le bloque. Les contre-pouvoirs existent et fonctionnent. Juste un exemple, la présence de Jean-Louis Debré comme président du Conseil Constitutionnel est une garantie. Pas de risque de connivences et de passe-droits vu l'inimitié des deux personnages. Quoiqu'en dise Sarkozy, la magistrature est indépendante en France, et ses propos sur les juges (notamment celui de Bobigny) n'ont eu strictement aucun effet concret. Je suis convaincu que les contre-pouvoirs fonctionnent mieux aujourd'hui que dans la France des années 60, où le poids de l'Etat était autrement plus fort et les compétences plus larges. La construction européenne, les privatisations, les autorités administratives indépendantes, la dérégulation sont passées par là. Et, contre-pouvoir suprême, Sarkozy souhaitant conserver le pouvoir, il n'ira jamais contre la volonté du peuple ou contre les institutions. On peut voter pour lui cette fois-ci, mais ne pas lui accorder notre voix au coup suivant. Rien n'est jamais acquis, Giscard est bien placé pour le savoir.

Ce choix de Nicolas Sarkozy est celui de la raison, pas du coeur, comme à chaque scrutin présidentiel. Depuis que je vote (1992), je n'ai pas trouvé de candidat qui suscite chez moi enthousiasme et pleine adhésion. Le seul qui aurait pu était le général de Gaulle, mais il est mort et des personnages comme lui, on en a un ou deux par siècle, quand on a de la chance.

lundi 9 avril 2007

Il va où ?

Après un week-end loin de l'actualité, je découvre une série de propos assez stupéfiants de la part de Nicolas Sarkozy.

Il y a d'abord son positionnement sur le caractère "inné" des tendances suicidaires ou pédophiles. Je ne vois pas ce que de tels propos viennent faire dans une campagne. Ces questions relèvent des scientifiques, pas des politiques, et en tout état de cause, les positions sont bien trop fragiles et controversées pour servir de base à des politiques publiques. La question de l'inné et de l'acquis est intéressante (voir le très bon essai de Descola sur nature et culture). Personnellement, je pense que les liens entre les caractères, le psychisme et la génétique est d'abord une histoire de prédispositions, avec des potentialités qui peuvent se réaliser ou non. On en sait encore trop peu pour avoir des certitudes. Connaissant le degré de préparation de Nicolas Sarkozy, c'est une sortie préparée, par un propos lancé comme cela au hasard. Où veut-il en venir, je n'en sais rien. La pente est glissante et ses sujets n'ont pas à entrer dans le débat politique.

Deuxième propos surprenant, l'histoire des femmes martyrisées à qui il faudrait donner la nationalité française. Ca fleure bon le propos démagogique qui n'aura jamais de suite. Des annonces aussi en contradiction avec sa pratique depuis cinq ans, il ferait mieux de les garder pour lui. Il tombe là dans le droit de l'hommisme bien pensant, tout ce qu'il y a de plus bête. Si des personnes sont martyrisées (hommes ou femmes), il existe un statut de réfugié politique qui pourrait être délivré un peu plus généreusement. La France n'a pas à accueillir toute la misère du monde, ni donner sa nationalité à tous les malheureux de la Terre. On n'en a pas fini. Là encore, je me demande où il va !

Gadget et dépendances

Week-end de Pâques en province, pour un repas de famille. L'occasion d'admirer la nouvelle voiture de mon beau-frère. Belle, spacieuse, mais assez ordinaire, un modèle que l'on rencontre fréquemment et qui n'est en rien un signe extérieur de richesse. Comme mon beau-frère a quelques moyens, et qu'il a négocié comme un chien, le véhicule est bourré de gadgets électroniques, qui sont de moins en moins en option et de plus en plus souvent en série. Parmi les petites choses qui m'ont fait halluciner, ses rétroviseurs extérieurs qui se règlent tout seuls les uns en fonction des autres, le pare-choc rempli de radars et de capteurs, les sièges chauffants, la boîte à gants réfrigérante.

Voilà exactement le type de produit qui contribue à détruire la planète, et qu'il va nous falloir abandonner sous peu. La voiture en question vaut au catalogue, neuve, 40 000 euros. Elle est confortable, hyper-sécurisée, mais cela vaut-il la peine de mettre tant que cela d'argent pour quelques gadgets ? Ce que je demande à une automobile, c'est de me transporter, moi et mon chargement, d'un point à un autre, dans des conditions de confort et de sécurité acceptables (ces deux notions étant évolutives). J'apprécie la climatisation, le freinage ABS, mais je n'ai pas besoin d'un GPS, avantageusement remplacé par des cartes routières dans la boîte à gants. Je n'ai pas besoin qu'un irritant bip me signale que je n'ai pas mis ma ceinture, qu'un autre gadget régule ma vitesse. Je suis un conducteur prudent et respectueux des règles, l'assistance électronique est largement superflue.

Pourtant, notre industrie automobile s'acharne à nous imposer des modèles de plus en plus sophistiqués, bourrés d'électronique, dont la principale utilité pour le constructeur est de tomber en panne et d'obliger l'automobiliste, dans l'incapacité de réparer lui-même, d'aller trouver un professionnel, qui au lieu de réparer (il en serait bien incapable), remplace la pièce défectueuse. Et ce n'est pas donné. Si un quidam vient donner un coup de pied sur la voiture de mon beau-frère et lui brise un rétroviseur extérieur, c'est 1800 euros...

Nous sommes dans une société très développée, où le défi n'est plus de savoir si quelque chose est techniquement possible. La recherche est tellement intense que tous les jours, de nouvelles possibilités sont ouvertes. Il faut déterminer si elle apporte une valeur ajoutée suffisante par rapport aux coûts directs et indirects qu'elle engendre. On dépense des sommes ahurissantes en recherches et en matériaux, pour finalement sortir des broutilles, le petit détail qui fait la différence avec des concurrents aussi aveugles dans leur course. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Dans le cas de l'automobile, celle de Monsieur tout-le-monde, ma réponse est clairement non. Cette question de l'inutilité en automobile ne doit donc pas se limiter seulement à la question des 4x4 en ville. La plupart des gadgets proposés imposés par les constructeurs ne servent à rien. Je ne suis pas étonné du succès de la Logan, bien au contraire. Personnellement, je n'ai pas de voiture (habitant et travaillant sur Paris, je n'en ai pas l'utilité), mais le jour où je devrai en acquérir une, je la veux la plus simple possible, avec le minimum d'électronique (voire pas du tout) et surtout, je la veux la moins chère possible. La Logan répond à ce cahier des charges, et c'est ce créneau qui représente l'avenir du marché automobile. Etre soucieux de l'avenir de planète, c'est d'abord éviter les gaspillages, et les décourager.

vendredi 6 avril 2007

Même Libé...

Libération vient de sortir une analyse cruelle de la sortie de Ségolène Royal sur les banques. On y retrouve tout ce qui fait le charme des déclarations de Ségolène Royal : Les imprécisions et approximations, avec l'équipe de campagne qui est obligée de faire l'exégèse, les mesures qui existent déjà. Elle ne s'améliore pas en avançant dans la campagne, où sa dramatique impréparation se voit de plus en plus, au point que Libération ne peut plus faire l'impasse.

Le staff semble débordé, car même eux font des bourdes dans les rattrapages de bourdes. Concernant les comptes rémunérés, qui existent déjà en France (j'en ai un à la Barclay's), voici la position expliquée : «Oui, mais les taux offerts (1,5 % en moyenne) sont dérisoires par rapport à ce qui se pratique en Grande-Bretagne». Je ne savais pas que l'Angleterre était devenu un modèle au PS. D'habitude, ils en parlent comme d'un repoussoir, citant ses services publics délabrés. Finalement, il y aurait du bon dans ce pays "ultra-libéral"...

Je ne sais pas ce qu'il faut de plus pour voir que Ségolène Royal n'est tout simplement pas à la hauteur. Soit elle a buché ses sujets, et elle est bête, soit elle n'a rien révisé ni préparé et elle est fainéante. Dans les deux cas, c'est éliminatoire pour un poste de président de la République aussi essentiel et central en France.

jeudi 5 avril 2007

Diviser au lieu d'unir

La Pologne se lance dans une politique dangereuse, de division et de haine. Près de 18 ans après la chute du régime communiste, les personnes occupant des postes de reponsabilité doivent dévoiler leur passé, sachant que tout lien avec l'ancien régime entraîne la quasi mise au ban de la société. C'est là un mouvement de fond, pas une simple mesure anecdotique, révélatrice de la véritable nature de la Droite polonaise.

A l'inverse de l'Afrique du Sud, qui a mené une grande politique de réconciliation, pour renforcer la Nation et éviter la guerre civile, la Pologne vient ressortir les vieux démons, stigmatisant inutilement des personnes qui ne représentent plus une menace puisque le retour du communisme en Pologne est du domaine de l'utopie. Alors pourquoi provoquer ces scissions, cette haine qui pourrait déchirer les familles, sinon par un esprit de revanche ou pire, un projet de transformation idéologique d'un pays, d'un peuple. Ce qui est désolant, c'est qu'une partie non négligeable de l'Eglise catholique polonaise (désavouée sur cela par Rome) soutienne cette politique, pourtant si contraire au message d'amour du Christ.

J'avoue avoir du mal à comprendre, et encore plus de mal à admettre qu'une bonne partie de notre intelligensia française, si prompt à voir et à dénoncer le spectre de l'extrême droite ne réagisse pas, alors qu'il est là, à l'oeuvre dans un pays de l'Union Européenne. Certes, les jumeaux de Varsovie ne se présentent pas ouvertement comme d'extrême droite, mais ils sont soutenus par des partis où Jean-Marie Le Pen se sentirait comme chez lui, et surtout, mettent en oeuvre une politique réellement digne de l'extrême-droite. Car c'est comme cela qu'il faut lire les mesures adoptées en Pologne, comme une volonté d'exclure de la communauté nationale des personnes en fonction de leurs idées politiques. La chasse aux juifs a commencé comme cela, en Allemagne.

mercredi 4 avril 2007

Vieilli, fatigué, usé

Visiblement, la leçon de 2002 n'a pas porté. Lionel Jospin a perdu gros en attaquant directement et personnellement Jacques Chirac. Et encore, il l'avait fait dans ce qu'il croyait être du off. Cette année, c'est lors du point presse que Ségolène Royal balance que Sarkozy est un menteur. Ce dernier, pas très finaud, ne peut pas s'empêcher de répliquer, alors que dans ces cas-là, il ne faut surtout pas réagir personnellement et faire donner la garde rapprochée, pour organiser un battage médiatique autour de ce genre de propos minables, dignes d'une cour de récréation. Franchement, si Ségolène Royal n'a que cela à dire, pas la peine qu'elle tienne elle-même ses points presse quotidiens, parce que dans trois jours, elle risque d'avoir régressé jusqu'à caca-prout-prout.

L'épisode est intéressant sur d'autres points. On voit d'abord un peu plus encore (si cela était possible), le coté institutrice de Ségolène Royal, qui semble prendre les électeurs pour des enfants immatures. C'est quelque part insultant, mais ce n'est pas une surprise, elle traitait déjà comme cela ses collaborateurs. Son coté "jeu perso" ressort également de plus en plus. Désormais, quand elle sera à Paris, c'est elle qui fera les point presse, elle qui sera en première ligne. Fini la collégialité, le travail en équipe, place au "moi, moi, moi". Elle se dit libre, elle m'apparait surtout de plus en plus seule. Elle fait semblant d'appeler les éléphants, le temps d'une photo et d'un meeting puis les renvoie chez eux. Elle gère tout avec sa garde rapprochée. J'ai beaucoup aimé la phrase "Je recadrerai la cohérence de l'action". Cela voudrait dire que jusque là, cette action n'était pas bien cadrée et avait besoin d'être reprise en mains. Ségolène Royal me semble être dans la situation d'avoir grillé toutes ses cartes, de ne plus avoir de Joker et d'être obligée de tout faire elle-même. C'est peut être comme cela qu'elle est heureuse, mais ce n'est pas comme cela que l'on doit gérer un pays.

Cette position de première ligne est très dangereuse pour une Ségolène Royal qui a souvent fait preuve d'approximation dans ses formules. Désormais, c'est le risque permanent de la bourde en direct, et elle travaille sans filet. Rebsamen et Bianco ne doivent plus en dormir. Or, il reste 19 jours à tenir avant le premier tour, dans la phase la plus difficile de la campagne. Les candidats et les équipes sont fatigués, physiquement et nerveusement, les programmes sont publiés, les ralliements surprises effectués, bref, il ne reste plus grand chose pour alimenter une machine médiatique lancée à fond, qui demande toujours et encore de la nouveauté, du sang et de la sueur. Je serais à peine surpris d'un pétage de plomb de la candidate du PS dans la dernière ligne droite. Une campagne, c'est une épreuve physique, un vrai test où on est mis à nu, où l'on est obligé de montrer sa véritable personnalité et ses limites.

Fausse bonne idée

Comme Laurent, j'ai entendu hier midi, François Bayrou lancer son idée de débat sur Internet entre les quatre candidats à plus de 10%. Je ne l'ai pas relevée sur le moment, car j'y ai surtout vu une proposition gadget, un truc pour se dire "dans le vent", ouvert à l'internet et aux blogueurs. A la réflexion, je suis très réservé et je me pose pas mal de questions.

Techniquement, cela serait sans doute possible, même s'il faut du bon matériel et une bonne bande passante. Ce débat, ce ne sera pas une vidéo de trois minutes sur youtube. A mon avis (mais je peux me tromper) cela sera difficile à faire en direct. Cela se fera forcement sous forme de Podcast à télécharger. Qui dit Podcast dit forcement montage (au moins un minimum) et donc possibilité de couper et surtout, demande des candidats pour visionner avant. Je souhaite à celui qui prendra cette initiative d'avoir des nerfs à toute épreuve.

Juridiquement, je pense qu'il ne faut pas prendre les membres du CSA pour des imbéciles. Actuellement, ils ne décomptent pas le temps de parole sur internet parce que le jeu n'en vaut pas la chandelle. C'est un tel foutoir, la blogosphère, que même les blogueurs émérites ont parfois du mal à faire la part de l'expression réelle du candidat et celle de ses soutiens, avec force critiques, pastiches, attaques. Surveiller la blogosphère et internet, c'est inutile, surtout quand on que l'impact sur les citoyens est infime par rapport à un passage au 20 heures de TF1. Cela ne veut pas dire que l'internet soit une zone de non-droit et je suis certain qu'un tel débat, s'il attire suffisamment de monde, sera décompté par le CSA, car il s'agira d'une prise de parole directe des candidats, ayant touché un nombre suffisant de personnes pour que cela soit significatif. Les interviews du Politic show (dont celle de Bayrou) sont certes des prises de parole directes et longues, mais leur impact est jugé tellement faible que cela passe sous les radars du CSA.

Dernière interrogation, et non des moindres, si cela se fait sur internet, qui sera aux commandes, des blogueurs ou des journalistes professionnels. Cette question n'est pas anodine. Si ce sont des blogueurs qui mènent le bal, les candidats risquent d'être surpris et en général, ils détestent cela. Bayrou, en lançant cette idée, ne se rend pas compte qu'un blogueur, ce n'est pas un journaliste politique. les candidats ne trouveront pas la connivence, voire la servilité qu'ils peuvent rencontrer sur les plateaux de télévision. Les questions ne seront peut être pas les mêmes, l'organisation du débat pourra être différente, la préparation peut-être inexistante entre les équipes des candidats et les organisateurs du débats. Les blogueurs auront intérêt à être solides, parce que des "bêtes politiques" comme Sarkozy ou Le Pen, on ne les manient pas comme cela. Le risque serait pour le pauvre blogueur de se faire "bouffer" et que le débat parte en eau de boudin. Quand on voit comment des professionnels de haut vol ont parfois du mal à maîtriser des politiques déchainés, pensez à ce qui se passera avec des amateurs !

En proposant cette idée, François Bayrou montre que pour lui, Internet et les blogs sont un canal de diffusion alternatif aux médias classiques, sans se rendre compte qu'il existe une spécificité. Internet est un média différent, qui fait mieux certaines choses, mais moins bien d'autres. Je pense que l'organisation d'un débat "conventionnel", avec tous les enjeux et les tensions est un trop gros morceau pour une blogosphère encore balbutiante.

La prime aux députés battus

Une information circule (surtout depuis sa sortie dans le canard enchainé), comme quoi les députés non réélus garderaient leur traitement pendant cinq ans. Le tout est bien entendu accompagné de considérations du genre "loi votée dans le plus grand secret" et autres balivernes antiparlementaires. Il est temps de faire le point et de tordre le coup aux fausses rumeurs.

Ce système n'est pas basé sur une loi, mais sur une décision du bureau de l'Assemblée nationale, compétent pour les questions de gestions des indemnités et des pensions de retraite des députés. Ce système d'aide au retour à l'emploi existait déjà depuis 1993, où il avait été mis en place suite à la débâcle du parti socialiste.

Le système mis en place en 1993 accordait une indemnité différentielle aux députés non réélus. Pendant 18 mois, l'Assemblée nationale leur versait la différence entre leurs revenus et l'indemnité parlementaire, sur le même mode que le RMI (sauf que la barre est un peu plus élevée). L'indemnité est dégressive, le maintien à 100% de l'indemnité parlementaire ne durant que 6 mois. Ensuite, on passait à 50% pendant les six mois suivants. En 2003, le bureau de l'Assemblée nationale a décidé de prolonger l'indemnisation pendant 5 ans, mais là encore, avec dégressivité. Le député non réélu touche une aide qui l'amène à 100% de l'indemnité parlementaire pendant 6 mois, puis passe à 70% les 6 mois suivants, puis 60% au semestre suivant, puis 50%. Au bout de deux ans, le "revenu minimal" n'est plus que de 3500 euros. Si les revenus du députés sont en dessous, l'Assemblée verse la différence. Après deux ans, la dégressivité continue, avec une baisse de 5 points tous les 6 mois. Au bout des 5 ans, le montant minimal garanti est de 1080 euros. A moins de tomber sur un ancien député smicard, plus personne n'est concerné.

Bien entendu, des garde-fous sont mis en place. Sont exclus du système les personnes de plus de 60 ans, qui peuvent faire liquider leur retraite (vu la moyenne d'âge des députés, ça fait déjà un bon paquet). Les fonctionnaires qui étaient en détachement ou en disponibilité sont priés de reprendre leur poste, et si leur traitement de fonctionnaire est inférieur à l'indemnité parlementaire, ils peuvent toucher la prime différentielle (cela amortit un peu la chute de revenus). Pour éviter les effets d'aubaine, l'Assemblée nationale prend en compte le traitement de fonctionnaire, que l'ancien député ait repris ou non son poste. En 1993, certains petits malins avaient prolongé leur mise en disponibilité pour toucher 100% de leur indemnité. Payé à rien foutre, ce n'est plus possible, l'Assemblée nationale considérant, dans ses calculs, qu'ils ont repris leur poste et touchent leur traitement. Ajoutez à cela que nombre de députés sont cumulards, et qu'un mandat de conseiller général ou de conseiller régional, c'est entre 1500 et 2000 euros par mois, vous verrez qu'en fait, ce dispositif est essentiellement conçu pour les salariés du privé non cumulards.

Cette disposition est utile, car elle permet de rassurer ceux qui veulent s'engager en politique. Ils ont l'assurance de garder leurs revenus pendant un temps suffisant pour se retourner et trouver autre chose. Cela permet aussi à ceux qui sont dans la fonction publique et qui gagnent beaucoup moins que 6952 euros brut (les profs par exemple) de ne pas chuter lourdement en retombant à 2500 euros brut. On peut ainsi réadapter progressivement son train de vie. L'idée de conserver un bon niveau de revenu pendant 6 mois ne me choque pas. On verse bien des primes de précarité aux salariés en CDD, pourquoi pas aux députés, job précaire s'il en est.

Quand on regarde le détail de cette mesure, on s'aperçoit que finalement, bien peu d'anciens députés seront concernés. Comme toujours, les baudruches se dégonflent quand on y regarde de plus près.

mardi 3 avril 2007

La dictature de l'excellence

L'excellence, voilà une image, un thème qui revient souvent dans nos magazines, signe d'une forte pression sociale. Etre le meilleur, toujours faire mieux, on n'arrête pas de nous le seriner, de nous l'asséner. L'injonction est partout, soit le meilleur !

C'est bien beau, mais une fois que l'on a atteint l'excellence, que l'on est le meilleur, on fait quoi ? Qu'est ce qui se passe ? Et finalement, cela apporte quoi d'être le meilleur ? A mon sens pas grand chose, sinon une satisfaction d'ego et l'assurance de recevoir de la reconnaissance sociale. Il y en a qui en ont besoin, pour qui c'est le carburant qui fait avancer. Seuls face à eux mêmes, ils ne sont rien, ils leur faut le regard des autres pour se sentir exister. Alors ils se soumettent à ce qu'ils recoivent comme une exigence des autres, leur seul but réside dans cette quête narcissique de reconnaissance.

Notre société est devenue folle, lancée dans une course sans fin, où l'individu n'existe plus pour lui-même. Le capitalisme le plus sauvage est à l'image de cette folie du toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus fort. Et si on prenait le temps de s'arrêter, de sortir de cette chevauchée qui ne mène nulle part ? Car c'est bien cette question qui se pose depuis des millénaires, pourquoi sommes nous là ? et surtout où allons nous. La recherche de l'excellence, qui ne devrait être qu'un moyen semble devenue une fin en soi. Et après, on s'étonne du vide de notre société occidentale, mais c'est à nous de nous poser la question et de dire stop. Parce la société, c'est nous...

Conférence de Presse

Je suis allé, par curiosité, assister à la conférence de presse de présentation du programme officiel de François Bayrou. Il s'agit d'un petit document, sur papier journal, où il résume toutes les propositions qu'il a pu faire.

La séance commence par un long speech du candidat, où prend la posture qu'on lui connait. La France serait dans une crise profonde que lui seul serait en mesure de résoudre. C'est le mythe de l'homme providentiel, avec comme référence De Gaulle et Mendès-France. On sent clairement que Bayrou se veut "au dessus des partis". Il déroule ensuite les différentes mesures, dans un long et ennuyeux catalogue. On y trouve de tout, des diagnostics intéressants et pertinents, des réponses aux propositions des autres candidats, des clins d'oeil plus ou moins appuyés aux différents groupes de pression et aux revendications catégorielles. J'avais devant moi un candidat hyperclassique, tels que j'en ai vu en 1995 et en 2002, dans la même démarche de positionnement sur un créneau électoral, répondant à une clientèle précise par des propositions ciblées. Que fera-t-il de tout cela ? Je n'en sais rien, car une fois de plus, je suis incapable de discerner ce qui relève de la conviction personnelle du candidat, ce qu'il fera effectivement, et ce qui tient du racolage électoral. En 1995, Chirac était terriblement crédible avec sa fracture sociale...

La Presse a ensuite posé ses questions, qui m'ont donné l'impression d'être complètement à coté de la plaque. Les journalistes sont réellement le nez dans le guidon, demandant à Bayrou de commenter ce que dit untel, de se situer par rapport à telle proposition ou tel slogan (la 6ème république, la TVA sociale). Je me demande s'ils se rendent compte que le contenu réellement informatif de cette conférence de presse est nul ou quasi nul. Les candidats, à 20 jours du scrutin, passent leur temps à déployer des écrans de fumée, à vendre leur marchandise hypermarketée et les journalistes la reprennent gentillement, sans analyse réelle, sans faire le tri de l'essentiel et de l'accessoire.

Personnellement, dans cette conférence de presse, il y a avait énormément d'accessoire, de futile. Rien qui ne permette de savoir véritablement qui est Bayrou, ce qu'il compte faire réellement une fois élu. Et je suis certain que lui non plus ne le sait pas, parce que la réalisation de promesses présidentielles ne dépend pas que de la volonté d'un homme. C'est tout une pyramide qu'il faut convaincre, les parlementaires, mais aussi ceux qui auront à mettre en oeuvre la réforme et surtout, ceux qui la vivront. Combien de beaux projets, de grandes promesses sont tombés à l'eau parce qu'il n'y avait pas les relais pour les mettre en musique, l'appliquer sur le terrain, parce que les publics concernés ne voulaient pas cette réforme. Parfois, on espère sincèrement pouvoir mettre en oeuvre les promesses, parfois on sait pertinemment qu'elle n'a aucune chance, mais on la lance quand même, parce que cela fait plaisir à tel ou tel groupe. Je ne suis pas compétent sur tous les domaines, loin s'en faut, c'est pourquoi j'attends des journalistes qu'ils m'éclairent sur la faisabilité réelle des promesses, sur leur probabilité de mise en oeuvre dans les cinq ans. Plutôt que de demander à Bayrou s'il pense que Sarkozy est un excité, ou si "le moment Bayrou" est passé, on devrait interroger le candidat sur les modalités concrètes de ses propositions, sur les relais dont il dispose. Mais non, rien que de l'écume de la part du candidat et la recherche de la petite phrase ou de "l'image" de l'autre.

Je suis encore plus assuré dans mon idée que le travail de fond n'est compatible avec les périodes électorales, et qu'il ne faut surtout pas se fier aux promesses des candidats pour faire son choix.

lundi 2 avril 2007

Elite et Oligarchie

François Bayrou baisse dans les sondages, il lui fallait donc réagir. Le terrain de la sécurité et celui de l'immigration étant squattés par Ségo et Sarko, il fallait trouver autre chose. Heureusement pour François, le thème de la dénonciation des élites (tous pourris) était encore disponible. A ce train là, Jean-Marie Le Pen va rapidement se retrouver en caleçon, dépouillé de ses thèmes de campagne habituels.

La dénonciation des élites, de leur connivence n'est pas une idée neuve, loin de là. Et ce marronnier n'est pas prêt de disparaitre, tellement il est productif. Il est basé sur un fond de vérité (il existe effectivement une oligarchie qui dirige la France), il est facilement compréhensible par tous. Pas besoin d'expliquer, il suffit de dénoncer et de donner quelques exemples, même s'ils sont tronqués et non représentatifs. C'est un nid douillet pour la théorie du complot et ses délires, puisqu'on peut y caser tous les fantasmes sur les juifs, les francs-maçons (vous savez, l'increvable complot judéo-maçonnique) et globalement toutes les minorités un peu organisées et suffisamment caractérisés pour être facilement identifiées par Madame Michu. C'est facile, productif à court terme, mais c'est franchement déplorable si on creuse un peu. Bayrou ne fait pas dans la critique constructive (alors qu'il y a des choses à dire), il lance des brulôts et attaque les symboles et les symptômes au lieu d'aller directement au mal. Supprimer l'ENA pour la remplacer par la même chose avec un autre nom, c'est franchement ridicule. Le problème est réel, mais l'attaquer sous cet angle, c'est de la démagogie.

La vraie question n'est pas l'existence d'une oligarchie à la tête d'un pays. Cela existe partout, y compris en France. C'est un mode d'organisation normal. Là où il faut intervenir, c'est dans l'organisation de cette élite, son ouverture et son contrôle. Actuellement, l'oligarchie française est trop fermée, par une mainmise des familles de la haute bourgeoisie sur les lieux de recrutement (ENA, grandes écoles, prépa parisiennes...). Je ne suis pas certain que François Bayrou pourrait suivre le même parcours aujourd'hui. Ce serait certainement plus difficile et la porte serait plus étroite pour un fils de paysan béarnais. Là, il serait légitime dans son discours. Il pourrait aussi insister sur l'absence d'ouverture de cette élite française, où tout se joue avant 25 ans. Vous avez fait les grandes écoles, l'ENA, vous y êtes à vie, quelques soient vos mérites. Par contre, vous avez eu un parcours plus tortueux, vous n'avez pas voulu gâcher vos belles années de jeunesse à bucher comme un taré dans l'enfer des prépas, c'est fini, vous serez au mieux un oligarque de seconde zone, un "concours interne" ou pire, un "troisième voie".

L'autre souci majeur, qui est justement pointé quand on parle de "connivence", c'est l'absence de contrôles et de contre-pouvoirs. Les élites françaises font ce qu'elles veulent, et peuvent conduire le pays dans des errements, sans forcement que l'on s'en apercoive, sauf lorsque le pays se retrouve face à un obstacle et qu'il prend alors conscience, douloureusement, de son retard. C'est l'exemple un peu trop oublié de la débâcle de 1940. La démarche de Ségolène Royal de redonner du poids aux simples citoyens (la fameuse démocratie participative) m'apparaît être une piste d'avenir, à condition de la creuser. Elle est aujourd'hui beaucoup trop vague théoriquement et les modalités pratiques proposées par Ségolène Royal sont complètement inadaptées. On ne peut pas plaquer au niveau national un modèle qui fonctionne à une petite échelle locale. L'idée de créer un contre-pouvoir citoyen est peut-être la seule chose véritablement révolutionnaire de cette campagne sur cette question de l'oligarchie et de son fonctionnement. Il est dommage que les autres candidats n'aient pas rebondi sur le sujet, mais c'est vrai que cela aurait demandé du travail de fond.