Authueil

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 31 mai 2007

Le PCF est bel et bien mort

En parcourant la liste officielle des candidats aux législatives, je suis frappé, concernant une circonscription que je connais bien, par l'étiquette choisie par le candidat communiste. Depuis bientôt 20 ans, c'est lui le candidat du PCF à toutes les élections. Sociologiquement, il colle parfaitement à l'idée que l'on se fait du militant communiste : instituteur barbu (brave type par ailleurs). Pour cette élection législative, il se présente sous l'étiquette "gauche alternative et antilibérale".

Deux explications possibles. Soit il n'est plus au Parti communiste, mais le connaissant, ce n'est guère crédible. L'autre alternative est que, considérant l'étiquette PCF comme un handicap, il l'ait jeté aux orties pour prendre celle, plus sexy, de "gauche antilibérale". En tout cas, c'est un symbole qui tombe. Après les différents désastres électoraux, notamment aux présidentielles de 2002 et 2007, la "marque commerciale" PCF était le seul actif qui restait dans le fond, avec les murs de la place du Colonel Fabien. Si même les vieux militants n'osent plus se dire "communistes", c'est le début de la fin. Le PCF va sans doute descendre encore plus bas après les législatives, en passant probablement en dessous des 20 députés, seuil de création d'un groupe parlementaire. Ils arriveront sans doute à le sauver en faisant entrer des actionnaires minoritaires (genre les Verts et quelques divers gauches non-inscrits) , mais c'en sera fini du groupe communiste homogène, expression du parti sur les bancs de l'Assemblée nationale.

J'attend la suite des évènements, notamment le sort qui sera fait en interne à Marie-George Buffet, mais il est clair que le PCF est mort. Intellectuellement et doctrinalement, c'est acquis depuis longtemps, mais maintenant, c'est le cadavre qui commence à se décomposer, malgré l'abus de produits de conservation. L'acharnement thérapeutique a pourtant ses limites, car quand il n'y aura plus d'argent public, plus d'élus et plus de militants, il faudra bien aller déclarer le décès à l'Etat-civil et ouvrir la succession.

mercredi 30 mai 2007

Bercy a encore frappé

Nicolas Sarkozy a été obligé d'en remettre une couche sur sa promesse de défiscalisation des intérêts d'emprunts immobiliers. La promesse de campagne englobait tout le monde et voilà que le ministre du budget, Eric Woerth, vient annoncer que ce cadeau ne concernerait que les emprunts contractés pour biens immobiliers acquis après le 6 mai 2007. Cafouillage ou pas ? En fait, ce sont deux logiques qui se sont téléscopées, celle des politiques et celle des administratifs.

Le politique fait une promesse pour capter des voix, il ne peut donc pas se permettre d'exclure certains par rapport à d'autres, surtout quand on connait la propension des électeurs à ne capter que la partie de la promesse qui leur plait et de zapper les éventuelles réserves. Quand un politique promet, il faut faire simple, large et sans ambiguités. C'est ce qu'à fait Nicolas Sarkozy. Viennent derrière les administratifs, qui ne pensent pas en politiques mais en juristes, pour qui la question est de savoir "est-ce que ça passera le contrôle de constitutionnalité", comment faire pour appliquer concrètement, et in fine, à Bercy "mais ça va coûter combien ce machin" ?

Les administratifs ont proposé de limiter la mesure aux transactions immobilières dont l'acte authentique est signé après le 6 mai 2007. Juridiquement et administrativement, c'est parfait, puisque l'on a des critères clairs et objectifs pour définir qui a le droit, et qui n'a pas le droit. C'est conforme à la doctrine qui veut qu'une mesure fiscale destinée à inciter le contribuable à un comportement précis ne s'applique qu'à ceux qui en ont eu connaissance avant de prendre leur décision, ce critère ayant éventuellement pu peser dans la balance. Pour les autres, ceux qui avaient déjà accompli l'action avant de connaitre l'éventuelle incitation fiscale, ce n'est qu'un effet d'aubaine, un pur cadeau. Toutes les mesures fiscales que j'ai vu passer dans les différents budgets suivaient cette règle. Accessoirement, cela permet de limiter le coût de la mesure, qui là, se chiffre en milliards d'euros (mais pour une fois que ce sont les classes moyennes qui en profitent...).

Le ministre a donc reçu une note, très bien travaillée, avec une argumentation imparable et il est tombé dans le travers ultra-classique du ministre qui se transforme en porte-parole de son administration. C'est si facile de se faire convaincre, surtout par les hauts fonctionnaires de Bercy, qui ne sont pas les derniers sortis de l'ENA. Mais leur action est toujours la même, couper les ailes des réformes, rogner les dépenses. Le problème avec les administratifs, c'est qu'ils sont payés pour appliquer et défendre la règle alors que les politiques sont là pour la modifier. Deux modes de pensée radicalement différents qu'il faut pourtant concilier.

Nicolas Sarkozy n'a pas tardé à réagir, réaffirmant très vigoureusement le primat du politique. Il décide, l'administration exécute. Affaire à suivre...

le gouffre générationnel

Shimon Pérès est encore candidat en Israël. A presque 84 ans, il brigue la présidence de la République. Il avait déjà raté la marche la dernière fois, battu de quelques voix par un quasi-inconnu, Moshé Katsav.

Shimon Pérès est un homme d'une très grande intelligence, qui a conservé malgré son grand âge une belle prestance physique et toutes ses facultés intellectuelles. Il a fait preuve tout au long de sa très longue carrière d'une capacité de survie hors du commun, s'accrochant au pouvoir comme une bernique à son rocher. Plusieurs fois considéré comme définitivement hors du jeu, il est encore là. C'est un homme qui n'a pourtant connu quasiment que des défaites électorales (1977, 1988, 1996). Plusieurs fois écarté de la tête du parti travailliste, il revient à chaque fois, jouant de son expérience, de son autorité morale et de son incroyable ténacité.

Aujourd'hui, il est toujours ministre, mais après la disparition politique d'Ariel Sharon, il est le dernier représentant de sa génération, celle qui a construit l'Etat d'Israël. Il pourrait être le grand-père de certains jeunes députés et ministres. Il y a là un véritable problème que l'on aborde pas assez, celui du décalage de génération en politique. Pérès est un magnifique cas d'école, car les différentes générations politiques israéliennes sont en grand décalage. Il y a la génération des pères fondateurs, ceux qui qui ont bâti Israël. Ils ont connu la guerre, les persécutions nazies. Beaucoup ne sont pas nés en Israël. Leur matrice intellectuelle et politique est un mélange de socialisme utopique et de domination orgueilleuse, avec les victoires de 1948, 1956 et surtout 1967, leur apogée. Vient la génération suivante, qui émerge dans les années 80 et 90. Ce sont les héritiers des premiers, qui récupèrent un pays en relative paix, prospère et sûr. C'est la génération de Barak, Nethanyaou, nés en Israël et déjà moins sûr de leur puissance. La guerre du Kippour a commencé a assombrir un ciel qui s'est encore couvert avec le conflit palestinien et le terrorisme. Enfin, la troisième génération qui est en train d'émerger a grandi avec l'intifada et les kamikazes palestiniens, avec une société de plus en plus clivée entre laïcs et religieux.

Comment voulez vous qu'un homme issu de la première génération puisse encore comprendre et être compris des jeunes de la troisième génération ? C'est un peu cela que nous avons vécu en France, avec un Jacques Chirac formé au temps du gaullisme et du pompidolisme triomphant. Plus le temps passait, plus il apparaissait en décalage avec la population, au point de reconnaitre, lors du fameux débat lors de la campagne référendaire de 2005, qu'il ne comprenait plus les jeunes. C'est le drame de nombre d'hommes politiques vieillissants, qui sont encore en bonne forme physique, qui ont toute leur tête et qui pensent sincèrement pouvoir être encore utiles, arguant de leur expérience. Souvent, ils font plus de mal que de bien, car ils bloquent des postes où des hommes et femmes plus jeunes et plus en phase avec la société, feraient aussi bien, voir mieux qu'eux. Il faut savoir décrocher, et en politique, cela semble encore plus difficile qu'ailleurs.

Les pressions sur la presse

Les "journalistes" de Paris-match (et les autres accessoirement) commencent à m'énerver sérieusement. Après Nicolas Sarkozy, c'est Rachida Dati qui aurait "fait pression" pour empêcher la publication de photos d'enfance. Maintenant, dès qu'ils sont contrariés, qu'on les empêchent de faire ce qu'ils veulent (y compris violer la loi), ils crient aux pressions politiques.

Dans leur quête de "l'information", des journalistes Paris Match auraient déniché des photos de Rachida Dati enfant. Ils affirment avoir l'autorisation de publication, donnée par le père de la nouvelle garde des sceaux (sans doute pas gratuitement). L'ennui, c'est que les autres personnes qui figurent sur la photo, à savoir Rachida Dati et ses frères et soeurs, ne sont pas du tout d'accord. Une photo d'enfance, c'est quelque chose de privé, d'intime et de personnel. Je comprend parfaitement qu'on ne souhaite pas la retrouver en Une de la presse people.

Il y a en France des lois qui protègent la vie privée. Dans ce cas de figure, la demande de Rachida Dati est complètement légitime. La direction de Paris-Match va dans ce sens, en décidant de ne pas les publier, respectant ainsi la loi. Cette attitude a du étonner et déboussoler un peu les "journalistes" de Paris-Match, tellement habitués qu'ils sont à violer allègrement la loi. D'habitude, cela se règle après, en dommages et intérêts (qui coûtent moins cher que des encarts publicitaires, pour un meilleur résultat). Il semble que le groupe Lagardère ait décidé de changer de ligne et de respecter la loi. On ne peut que le féliciter.

Je trouve l'attitude de la société de rédaction totalement abusive quand il attaque ce choix de l'actionnaire en parlant de "pressions" et d'atteinte à l'indépendance éditoriale. Mesdames et Messieurs les journalistes, j'ai le regret de vous annoncer que vous n'êtes pas au dessus des lois, et que la violation répétée de certaines règles ne crée aucun droit à poursuivre les turpitudes. Je leur signale aussi aimablement que l'actionnaire n'est pas un imbécile, prié d'apporter l'argent, d'éponger les pertes et de fermer sa gueule. Il semble que le groupe Lagardère ait décidé de changer l'orientation de Paris-Match, et d'en faire à nouveau une publication "respectable", qui ne pratique plus le voyeurisme racoleur sous couvert de "droit à l'information". Si ce changement ne plaît pas à certains, ils peuvent faire jouer leur clause de conscience et envoyer leurs CV à Gala ou à Voici.

mardi 29 mai 2007

Le lobbying

Je reprend ici un commentaire posté par Olivier "le gauchiste de service" sous l'article Recherche emploi.

"Le lobbying... Travailler en douce pour l'industrie chimique ou celle de l'armement, ou encore celle de l'alcool, et parvenir à influencer des élus pour obtenir des avantages pour ses clients, en catimini, au mépris de l'intérêt général... Je sais que la pratique n'est pas illégale, mais moralement : beurk !"

C'est un magnifique concentré de clichés sur le lobbying. Tout y est, y compris la vertueuse indignation morale. Sauf que le lobbying, c'est un peu plus complexe et nettement moins manichéen.

D'abord, les lobbystes ne travaillent pas en douce, ils sont rémunérés pour leur activité, qui est légale et déclarée au fisc. C'est une activité de conseil, au même titre que par exemple les avocats d'affaires qui travaillent sur les montages financiers. Allez vous dire qu'eux aussi, travaillent en douce ? Des clients, il y en a de toute sorte, et tous les secteurs que ce soit au niveau d'une grande entreprise, d'une branche ou d'une organisation professionnelle, pratiquent cette activité. Certains sont suffisamment importants pour avoir leur lobbyste maison, d'autres, de plus petite taille ou ayant moins de besoins, font appel ponctuellement à des cabinets de conseil en relations institutionnelles. L'environnement règlementaire est essentiel dans bon nombre de métiers, et parfois, un simple changement de virgule dans un texte de loi, un "ou" remplacé par un "et" peuvent coûter plusieurs milliers voire millions d'euros au secteur concerné. Il est normal qu'ils surveillent et fassent entendre leur point de vue sur des sujets qui les touchent de près. Je ne vois là rien d'immoral ou d'illicite. Tous peuvent avoir recours aux services d'un cabinet de lobbyng pour faire entendre leur voix.

Deuxième point, ce sont les politiques qui décident, pas les lobbystes. Je suis bien placé pour voir que les efforts déployés par ces derniers sont parfois bien peu récompensés. C'est un travail ingrat, qui demande une attention de tous les instants, pour finalement n'arriver à rien car les jeux étaient déjà faits. N'allez pas croire, comme veulent le démontrer certains journalistes, que les politiques sont dans la main des intérêts financiers. Bien entendu qu'ils les écoutent, car ils ont du pouvoir, mais ils ne sont les seuls et le rôle des politiques est d'écouter tout le monde et d'estimer ce qui est bon pour le pays (et parfois ce qui est bon pour leur réélection). Bien souvent, ils ne font qu'arbitrer entre des pressions contraires, coincés qu'ils sont entre des lobbies aux intérêts divergents voire opposés, l'opinion publique, les contraintes économiques et budgétaires, les limites posées par la Constitution ou l'Union Européenne. Le lobbyste cherche l'information, met en contact, rédige les demandes, mais à un moment donné, la balle est dans le camp des politiques et toute intervention à ce stade est contre-productive.

Troisième point, votre indignation morale "beurk" m'amuse beaucoup, parce qu'il n'y a pas que l'industrie chimique ou les marchands d'armes qui font du lobbying. Les mouvements écologistes sont très bons dans ce domaine. J'ai aussi vu à l'oeuvre l'équipe de lobbying pro-logiciels libres, lors des discussions sur la loi DADVSI. Ils utilisaient les mêmes techniques que les lobbystes de Vivendi. Certaines activités sont moralement peu défendables (tabacs, alcool, armes) je suis entièrement d'accord avec vous, mais pour autant, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le lobbying est un outil, qui n'est pas responsable de l'usage que l'on en fait. Ne mélangez pas tout dans vos indignations !

lundi 28 mai 2007

L'ascétisme médiatique

Je viens de parcourir, dans le "magazine littéraire", un dossier spécial consacré à Julien Gracq. Il est épais et je ne l'ai lu qu'en partie, car finalement, il y a beaucoup de redites. Julien Gracq, âgé de 97 ans, a depuis longtemps cessé de publier (son dernier ouvrage est de 1992) même s'il continue à écrire. S'il est toujours vivant, son oeuvre et ce que l'on peut dire sur elle est assez figé. Mais comme ses entretiens et interviews sont rarissimes (la dernière date de 2001), c'est toujours un plaisir de se replonger dans son oeuvre et son parcours.

J'ai pour ce personnage et son oeuvre une grande admiration. Voilà un homme qui a refusé le cirque médiatique, qui a toujours écrit (et de quelle manière !) sans en faire son activité professionnelle (il a été professeur de géographie jusqu'à sa retraite), en refusant les prix littéraires (il refuse le Goncourt en 1951) ainsi que le système éditorial qui l'accompagne. Il n'a jamais été candidat à l'Académie Française, qui n'a pourtant pas manqué de lui faire des appels du pied. Non content de refuser de participer au système, il l'a vigoureusement dénoncé dès 1950, dans un pamphlet qui reste encore totalement d'actualité (La littérature à l'estomac), tant les moeurs du milieu de l'édition et de la critique littéraire n'ont pas changé. Les défauts se sont même accentués depuis. Aujourd'hui, la littérature et l'écrit sont devenus secondaires, de simples supports commerciaux. On lance des ouvrages littéraires comme des lessives, avec force encarts publicitaires où on associe le livre et la photo de l'auteur, comme si une belle gueule était une garantie de qualité de l'oeuvre. L'écrivain est un personnage, une marque commerciale qui se doit d'exister médiatiquement, dans la presse people, les émissions de télévision, les suppléments littéraires des quotidiens nationaux. Parce que s'ils ne devaient compter que sur leur talent d'écriture...

Pourtant, l'important, c'est ce qui reste de nous après notre mort. Certains "écrivains" sont encore vivants, mais déjà oubliés depuis bien longtemps, tellement la roue médiatique tourne vite. Il faut bien du talent et de l'énergie pour se maintenir, continuer à "exister". Etre assuré, de son vivant, de rester à la postérité est chose rare pour un écrivain. C'est le cas de Julien Gracq, dont les oeuvres complètes ont été publiées dans la collection de la Pleïade, qui ne fait pas entrer n'importe qui. Je ne pense pas que l'on soit près d'y voir Beigbeider ou Sollers. Et après, on s'étonne que la France ne produise plus de grands écrivains comme Julien Gracq, qui aient une autorité et un rayonnement au-delà de nos frontières.

comme un lundi

Aujourd'hui, deuxième anniversaire du lundi de pentecôte travaillé. La pression médiatique est moindre que l'an dernier, ce qui montre que ce changement entre dans les moeurs. D'ici quelques années, on ne se souviendra preque plus que ce jour était férié.

En pleine campagne législative, le gouvernement ne pouvait pas passer à coté du sujet. Pour occuper le terrain, puisqu'on allait forcement aborder le sujet aujourd'hui dans les médias, Xavier Bertrand annonce un "examen" et une "évaluation sans tabous". Nous avons ainsi un magnifique exemple de langue de bois. Le ministre ne dit strictement rien de solide sur le fond. Il se contente juste de titiller les papilles avec la formule "évaluer le dispositif", qui est souvent un prélude à l'abandon de la mesure ainsi "évaluée". Du moins c'est comme cela que les choses se faisaient sous l'ère Chirac. Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy, je suis plus dubitatif. Il est tout à fait capable d'évaluer pour renforcer encore cette disposition en imposant l'ouverture des écoles et de l'ensemble des services publics le lundi de pentecôte.

C'est d'ailleurs ce qui aurait dû être imposé dès le début, malheureusement, les gouvernements de Jacques Chirac avaient la fâcheuse habitude de ne prendre que des demi-mesures, inefficaces car pas assez appuyées, mais impopulaires car dérangeant des avantages acquis et des habitudes. On avait les inconvénients sans les avantages. Espérons que cela change, car quitte à faire des sacrifices autant que ce soit pour un résultat qui en vaille la peine.

jeudi 24 mai 2007

Recherche emploi

Je cherche un nouveau job. Idéalement sur Paris intra-muros ou très proche banlieue. Secteur du lobbying/relations institutionnelles, mais je suis ouvert à toute proposition (à l'exclusion des fonctions commerciales et de marketing).

Bonne connaissance du Parlement et des rouages politico-administratifs français. Carnet d'adresse dans les milieux de droite (Parlement et cabinets ministériels). Maîtrise des outils informatiques de base, habitude de travailler en autonomie. Un DRH qui m'a fait passer un test avec plein de questions m'a classé dans la catégorie des "facilitateurs". Sens de la diplomatie et de la discrétion, capacités rédactionnelles (rédaction de courriers, de documents juridiques et, accessoirement, d'un blog). Supporte les employeurs "à caractère". Disponible immédiatement.

Merci d'envoyer les éventuelles propositions en mail privé.

Misère de la critique militante

La gauche est amère d'avoir perdu, pour la troisième fois consécutive l'élection présidentielle. Alors elle se déchaine, lachant tous les poncifs de la critique militante, faute d'avoir quelque chose à dire sur le fond. Un blog (bien écrit) aligne tous les poncifs habituels avec lesquels la gauche croit faire mal à son adversaire.

Les critiques ont fusé sur le passé judiciaire et la condamnation d'Alain Juppé. Je rappelle en préambule qu'Henri Emmanuelli a été condamné en 1997 pour des faits similaires de financement illégal de parti politique. Il a purgé une peine d'inéligibilité entre 1997 et 2000, puis a retrouvé ses mandats de député et de président du conseil général des Landes, sans que personne ne s'en offusque à gauche. Les considérations que je porte sur le cas d'Alain Juppé valent également pour Henri Emmanuelli. Ces deux hommes ont commis des faits répréhensibles, ils ont été jugés et condamnés et ont payé, plus pour un système que pour des délits "personnels". N'importe quelle autre personne occupant leur position se serait trouvée dans le box du tribunal correctionnel. Je regarde ensuite si un risque de récidive existe. Pour Juppé et Emmanuelli, je pense que la leçon a été comprise. Je fais donc une différence entre ce type de condamnation et celle qui peut frapper un élu ayant commis des délits de son propre chef et pour son propre intérêt. Autant le retour en politique de Juppé et d'Emmanuelli ne me choque pas, autant la tentative d'Alain Carignon de revenir dans le jeu politique ou la réélection de Patrick Balkany sont franchement scandaleuses. Ces deux élus ont été condamnés, parfois lourdement, pour des faits de détournements et de corruptions que l'on ne peut pas imputer à un système, et où surtout, il y a eu enrichissement personnel.

Le second angle d'attaque est le spectre de l'Etat-UMP, de la vampirisation de la chose publique par un clan décidé à faire main basse sur le pouvoir. Déjà, en 1981, le PS agitait l'épouvantail de l'Etat-RPR. Il faudrait peut-être changer l'arsenal, parce que ce missile-là est usé jusqu'à la corde. Il pouvait encore avoir une certaine crédibilité avec Jacques Chirac et son fonctionnement clanique dans la répartition des postes et des prébendes. Mais avec Nicolas Sarkozy, ce n'est guère crédible, surtout quand on voit comment il a mis à l'écart des vieux fidèles, qui espéraient une récompense pour services rendus. Et je pense qu'on en verra encore d'autres avec des responsables virés pour incompétence ou insuffisance de résultats, chose inimaginable dans la chiraquie. Si on fait le bilan, 25 ans après, des dégâts de l'Etat-RPR, on s'aperçoit que la baudruche s'est dégonflée et que le jeu de la démocratie s'est normalement exercé. Et pourtant, on ose encore nous servir le plat. C'est vraiment prendre les électeurs pour des imbéciles.

Troisième angle d'attaque, la droitisation des médias. On souligne avec gourmandise les relations entre Nicolas Sarkozy est les grands patrons de presse (Lagardère, Dassault, TF1). On monte en épingle des affaires de "pressions" sur les journalistes, pour faire croire que désormais, la presse et les médias vont être aux ordres, comme dans un régime dictatorial. Tous ces militants semblent oublier que c'est la gauche qui domine le paysage médiatique. Certes TF1 est de droite et ne s'en cache pas, mais que je sache, France-télévisions et surtout Radio-France (France-Inter et France-Culture) sont plutôt bien marquées à gauche. Dans la presse écrite, Libé, les irrockuptibles, Télérama (et j'en oublie) ne sont pas franchement de droite. C'est amusant de voir à quel point certains ont intégré qu'être de gauche dans les médias est une position "normale" et qu'être de droite est une anomalie honteuse, qu'il faut dénoncer.

Par contre, les critiques de fond, sur les choix politiques, rien, le silence presque total. Il y aurait pourtant à dire, car les premiers projets, politiquement tranchés, commencent à sortir. Je pense au projet de loi sur les mineurs récidivistes ou la nouvelle loi sur le regroupement familial. Et bien, non, on reste dans l'attaque militante bête et méchante. Pas étonnant qu'avec de tels arguments, le PS ait perdu les élections, et s'apprête à prendre une autre veste magistrale en juin.

mercredi 23 mai 2007

Ministre-maire

François Fillon abandonne officiellement la doctrine Jospin qui voulait qu'un membre du gouvernement abandonne ses mandats exécutifs locaux. Fin d'un expérience qui a causé plus de dégâts et d'hypocrisie que d'avantages. Cette position a commencé à craquer en 2004, avec le refus de Nicolas Sarkozy d'abandonner la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine, suivi en 2005 par Pascal Clément et Christian Estrosi, eux aussi restés présidents de conseil général. En 2007, François Goulard et Jean-François Copé ont repris leurs places de maires tout en restant ministres.

Cette doctrine partait d'une bonne intention, celle d'avoir des ministres à plein temps, qui ne soient pas accaparés par un exécutif local. L'expérience a montré que c'est souvent le mandat local qui pâtit du cumul. La ville ronronne doucement quand le maire est occupé dans son ministère à Paris. La solution trouvée à l'époque par les élus concernés tenait du "foutage de gueule", puisque tous se sont mis premier adjoint ou premier vice-président, avec délégation générale. En même temps, ils se gardaient bien de quitter leur présidence de structure intercommunale, qui devient de plus en plus le véritable lieu de pouvoir. En bref, ils déléguaient à leur bras droit le titre et les fonctions de représentations, tout en gardant le vrai pouvoir. Le résultat sur la disponibilité des ministres était nul, puisque tous continuaient à revenir le week-end sur leur terrain électoral.

Par contre, cela a généré des effets pervers, avec des résultats assez désastreux pour la gauche. L'exemple type est Strasbourg. La maire en titre, Catherine Trautmann, en poste depuis 1989, met en place un intérimaire, Roland Ries. Or, celui ci se révèle talentueux et apprécié de tous. Quand la patronne est éjectée du gouvernement en 2000, elle demande à reprendre son siège, considérant l'intérim terminé. Elle le fait un peu brutalement, l'intérimaire se rebiffe un peu et en 2001, c'est la droite qui emporte le morceau, aidée en cela par les dissensions à gauche. Ailleurs, cela a donné l'occasion à certains seconds de faire leurs preuves et de prendre des postes qu'ils n'ont pas rendus, accélérant la mise à la retraite des leaders. C'est le cas des Côtes d'Armor où Charles Josselin abandonne une présidence de Conseil général qu'il ne reprendra pas, le successeur (qui n'était pas celui voulu par le sortant) étant trop bien installé.

Quand les publics concernés renâclent, que cela met du désordre et de la déstabilisation, sans pour autant atteindre l'objectif visé, il vaut mieux arrêter les frais.

mardi 22 mai 2007

La famille protestante

Le récent synode de Sochaux est à retenir, car il apporte des avancées sur deux points, l'unité de la famille protestante et la la conception protestante de la famille.

Ce synode met en route le rapprochement institutionnel entre réformés calvinistes et luthériens. L'organisation institutionnelle du protestantisme français est assez compliquée, avec beaucoup d'organisations groupées au sein de la fédération protestante de France. Pour ne prendre que les confessions "historiques" (c'est à dire les non pentecotistes et non "évangéliques"), chaque branche a son organisation, voire même plusieurs en fonction des aléas de l'histoire. Il existe ainsi des organisations spécifiques pour l'Alsace-Moselle à cause du Concordat, toujours en vigueur dans ces trois départements. Chez les calvinistes, la plus grosse organisation (et de loin) est l'ERF (Eglise Réformée de France), créée en 1938 à la suite du rassemblement de plusieurs organisations. On trouve aussi l'EREI (Eglise Réformée Evangélique Indépendante), proche de l'ERF, l'UEEL (Union des Eglises Evangéliques Libres), plus traditionnaliste dans la doctrine et dont est issu Claude Baty, le nouveau président de la Fédération Protestante de France, qui prendra ses fonctions le 1er juillet prochain. A coté, nous avons les Luthériens, groupés au sein de l'EELF (Eglise Evangéliques Luthériennes de France).

A Sochaux, l'ERF et l'EELF ont décidé de se rapprocher pour aboutir à la création d'instances nationales communes. Cela ne veut pas dire pour autant fusion, car chacun garde ses instances locales et surtout, sa sensibilité doctrinale. Cela peut apparaitre insignifiant, c'est pourtant un grand pas. Les protestants ont longtemps été très forts pour les scissions et les déchirements. Ce n'est qu'au XXe siècle qu'ils ont commencé à se rapprocher. Il y a d'abord eu en 1938 la réunification partielle des calvinistes français. Est ensuite venu le rapprochement entre calvinistes et luthériens, qui aboutit en 1973 à la concorde Leuenberg, qui "unifie" les deux confessions, pour l'Europe au moins. Désormais, la règle est la reconnaissance mutuelle des baptêmes, l'intercommunion, la possibilité pour les pasteurs des deux confessions d'exercer leur ministère chez l'un ou l'autre. Ce fut un très grand pas qui trouve aujourd'hui seulement son point d'aboutissement, tellement les processus de décisions sont lents chez les protestants. Les Alsaciens avaient déjà conclus le même accord en 2006 en créant l'EPAL.

Cette timidité venait surtout des luthériens, qui craignaient d'être "mangés" par les réformés. Il est vrai que le rapport est de 1 pour 10 en faveur des réformés. Il a donc fallu rassurer les luthériens, leur garantir que leur sensiblité serait respectée. Cela a finit par aboutir, mais ce n'est qu'un premier pas vers une unité encore plus grande des deux confessions, qui n'ont finalement que des divergences doctrinales mineures. Mais il faut d'abord laisser les gens travailler et vivre ensemble avant d'aller plus avant. De toute manière, rien ne presse, nous avons l'éternité devant nous.

Le deuxième apport essentiel concerne la question de la famille. C'est un sujet d'actualité assez brulant sur lequel les églises protestantes ont mené une réflexion théorique importante, qui permettent d'offrir une position "religieuse" qui ne soit pas pour autant coupée des évolutions profondes de la société. Le document qui a été adopté à Sochaux n'est qu'une étape, mais la position s'affine et se stabilise. L'idée majeure que j'en retient est qu'il n'existe pas de "modèle" figé, qui définirait une fois pour toute ce qu'est une famille. Cette notion évolue et il ne faut pas "regretter un âge d'or mythique de la famille en se plaignant de dérives actuelles". Voilà qui ouvre beaucoup de perspectives, surtout quand le synode réaffirme notre liberté et l'amour inconditionnel de Dieu, quelques soient nos choix. Il n'est pas du pouvoir des hommes d'exclure de la communauté des personnes qui font des choix différents de ceux prônés par les autorités. La question des divorcés ne se pose pas dans le protestantisme comme cela peut exister chez les catholiques.

L'autre sujet qui avance est celui de la reconnaissance de la famille homoparentale. On n'y est pas encore, car parmi les valeurs reconnues comme importantes par le synode, il y a la "différence des sexes", mais qui est précédé d'une demande de "compréhension des différences". C'est à mon avis le combat d'arrière-garde de quelques conservateurs, car tout dans le ton général du texte, va dans le sens de la liberté de choix, de l'absence de "normalité" d'un modèle familial. Ce qui compte, c'est l'amour que se portent les membres d'une famille.

Les deux éléments sont finalement très liés, car les protestants "historiques" sont une seule et même famille, qui s'est souvent déchirée pour des raisons qui nous apparaissent aujourd'hui sans intérêt, et qui a retrouvé aujourd'hui le chemin de l'unité sur la base du respect de l'autre, de l'acceptation des différences, et de l'importance de l'amour.

Ball-trap au PS

Comme on pouvait s'y attendre, ça canade dur rue de Solférino. Dès le soir du second tour, Strauss-Kahn avait ouvert le feu, suivi de Fabius. Depuis, tout le monde s'y met, le dernier en date étant Raymond Forni, ancien président de l'Assemblée nationale et président du conseil régional de Franche-Comté. Son propos est révélateur de la situation pitoyable dans laquelle se trouve le parti socialiste. "Il faut se mettre au travail avec un nouveau responsable" et "le temps de François Hollande est passé". On l'a bien compris, la chasse est ouverte, le gibier désigné, mais cela mène à quoi ? A rien !

Avant de penser qui mettre à la tête du parti, il faut d'abord se demander : pour faire quoi ? Et là, on est dans le flou total. Raymond Forni se livre d'ailleurs à un magnifique exercice de langue de bois (dans la version DSK) : "Je suis favorable à une refondation du Parti socialiste sur la base de ce qui se fait dans d'autres pays d'Europe. Car on ne pourra pas être les derniers révolutionnaires qui maintiennent en vie des partis ou des groupuscules qui ne représentent qu'eux-mêmes". Sur quelles valeurs ? Quelle ligne ? Quelles analyses ? On n'en sait strictement rien sinon qu'il faut virer Hollande et l'aile gauche. Si on veut une vraie rénovation, il faut commencer par se demander ce que l'on veut faire, puis voir ensuite qui est le mieux à même de mener à bien l'opération.

Cette situation est dramatique pour la vie politique française, car nous avons besoin d'un parti de gauche suffisamment stable et représentatif pour jouer le rôle d'opposant. L'UMP et Nicolas Sarkozy ont besoin d'une gauche un minimum organisée, qui puisse présenter une alternative crédible, une espérance pour les électeurs de gauche. Faute de quoi, ils risquent d'exprimer leur volonté de changement autrement que dans les urnes. Une opposition crédible est utile pour le parti au pouvoir, car elle permet de souder ses troupes et d'éviter que cela parte dans tous les sens. Dans une démocratie, l'opposant est un adversaire, mais quelque part aussi un partenaire.

J'espère que passé l'été, les socialistes sauront refonder un parti qui en a bien besoin, car ce n'est pas seulement les têtes qu'il faut changer, c'est aussi le contenu idéologique qu'il faut rajeunir et rafraichir.

lundi 21 mai 2007

On prend les mêmes et on recommence

Après les ministres, c'est au tour des directeurs de cabinets (véritables vice-ministres) d'être nommés. Il semble que la volonté de rupture de Nicolas Sarkozy ne soit pas descendue jusque là. On y retrouve la même proportion d'énarques, souvent sortis dans les premiers, de polytechniciens, de normaliens (c'est à dire la quasi totalité). On voit des noms que l'on connait, certains roulant leur bosse dans le milieu des cabinets ministériels depuis des lustres. Et ils s'annoncent aussi pléthoriques que leurs précédecesseurs.

C'est pourtant là que se prennent les décisions (ou qu'elles se font assassiner), pas les grandes orientations, mais les petites décisions de mise en oeuvre, les directives techniques. C'est là aussi que se fait le lien entre les politiques et les administratifs et c'est là que j'ai peur, car c'est dans ce milieu que l'on trouve les vrais "patrons" du système, qui trop souvent arbitrent en faveur de leur corps (l'administration) au détriment des politiques.

Une véritable rupture comme la souhaite Nicolas Sarkozy passe par une réforme profonde des cabinets ministériels. Il faut commencer par diminuer leur taille de manière drastique. Actuellement, ces cabinets doublonnent les administrations, chaque direction ou secteur un peu stratégique se voit affubler d'un conseiller technique. Le ministre ne travaille que très rarement avec ses directeurs, et pratiquement jamais avec ses sous-directeurs. Ne parlons pas des chefs de bureau. Un véritable filtre a été mis en place, certes loyal politiquement au pouvoir en place, mais qui n'oublie jamais d'où il vient. Dans un deuxième temps, il faudra recentrer le cabinet sur les fonctions purement politiques et le faire redevenir le "super secrétariat privé" accompagné de quelques conseillers politiques qu'il n'aurait pas du cesser d'être. Enfin, troisième étage de la fusée, diversifier la composition de ces cabinets, en écartant le plus possible les hauts fonctionnaires, dont ce n'est pas le rôle.

Sur cette rupture là, je suis assez pessimiste. Elle conditionne pourtant largement la réussite des stratégies de réforme de l'Etat que semble vouloir mettre en oeuvre le nouveau président.

Rejet de greffon

Philippe Douste-Blazy n'est pas candidat aux législatives à Toulouse. Parfois, mieux vaut renoncer, pour préserver ses chances de rebondir ailleurs, sur un autre mandat, dans un autre lieu. Je pense que Douste-Blazy saura le faire, il a l'échine assez souple et la ténacité chevillée au corps.

Ce renoncement est quand même un échec, celui d'une transplantation. Elu à Lourdes, Philippe Douste-Blazy s'y trouvait un peu à l'étroit, et une ville plus grande correspondait mieux à l'idée qu'il se faisait de son envergure politique. Au même moment, Dominique Baudis quitte la vie politique pour devenir président du CSA. Toulouse est libre et convient parfaitement à ce que cherche Douste-Blazy. Un parachutage est donc organisé et plus ou moins réussi, grâce essentiellement au soutien de Baudis, qui impose son successeur. Il a été bien déçu, car lors de l'affaire Allègre, Douste-Blazy "oublie" de donner des informations essentielles à son prédécesseur et "ami". S'il n'y avait que cela ! Aux municipales, de 2001, Douste-Blazy promet aux toulousains de se consacrer uniquement à eux. Effectivement, en 2002, il n'entre pas au gouvernement, mais c'est surtout parce qu'on ne lui a pas proposé un poste à la hauteur de ses ambitions. En 2004, il oublie bien vite sa promesse et s'empresse d'accepter le quai d'Orsay, avec le bonheur que l'on sait.

Philippe Douste-Blazy s'est comporté avec une désinvolture et un mépris pour les toulousains. Il ne s'intéressait qu'à sa progression de carrière, suivant un modèle malheureusement trop courant en France. Pour certains, la carrière politique s'apparente à la carrière administrative. On passe le concours (où on est coopté) et ensuite, on gravit les échelons, passant d'un petit poste à un autre, plus important. L'attachement à un territoire, à ses habitants est parfois très relatif. Certains s'en foutent complètement, d'autres se présentent comme des mercenaires, des condottieri dans une stratégie de bénéfice mutuel. Vous m'élisez, en échange, j'organise la pluie de subventions. Quand l'orage commence à monter, on se transfère ailleurs, dans une autre ville, un autre département. On ainsi des champions du nomadisme électoral.

Je suis assez heureux de cet échec de Philippe Douste-Blazy à Toulouse, car c'est une manière de faire de la politique que je n'approuve pas. Un élu est d'abord au service de ses concitoyens, et l'idée de "carrière politique" me dérange. Certes, il faut de l'expérience, de l'ancienneté et cela s'acquiert en passant dans différents postes, différents mandats. Mais du moment que cela se fasse sur le même territoire, je ne suis pas choqué. François Fillon est passé par tous les postes, mais uniquement dans la Sarthe, et recemment, il a encore redit son attachement à sa ville de Sablé. Un ambitieux aurait vité déserté cette bourgade pour tenter sa chance sur Le Mans. Il ne faut donc pas désespérer des politiques, juste faire le tri entre le bon grain et l'ivraie.

samedi 19 mai 2007

Faut-il quitter le navire ?

Huit historiens viennent de démissionner des instances officielles de la cité de l'immigration, pour protester contre la création d'un ministère de l'immigration, de l'intégration et de l'identité nationale.

Contrairement à Franck, cette démission ne me choque pas. L'Histoire est une matière sujette à interprétations, avec des thèses, des théories. Elle présente des enjeux, souvent très actuels, avec des usages plus ou moins fallacieux. C'est justement le rôle des historiens que de rendre le passé dans son épaisseur et dans sa complexité, pour éviter les manipulations et l'instrumentalisation. Les historiens qui viennent de démissionner sont certes de gauche (mais c'est la majorité des enseignants et des chercheurs), mais ce sont aussi des spécialistes de la question.

Ils ont choisi de se désengager de ce projet, considérant que les orientations du nouveau gouvernement, symbolisées par le dénomination du ministère, ne vont pas un sens qu'ils jugent souhaitables. L'établissement public de la Porte Dorée, qui abrite la cité de l'immigration, dépend du gouvernement (plus ou moins directement) et doit donc suivre les orientations qu'il lui fixe. Quand on est en désaccord avec les orientations d'une instance à laquelle on appartient, le départ est une voie de sortie honorable. On peut parfaitement comprendre que ces historiens ne souhaitent plus être associés à un projet qui peut les amener à travailler sur des thèmes et des visions de l'immigration qui ne sont pas les leurs. Ils estiment peut-être que leur présence est une caution morale qu'ils ne souhaitent plus donner à un projet qui pourrait ne plus répondre à leurs attentes.

Je pense toutefois qu'ils font une erreur. Ils partent avant même que la politique du nouveau gouvernement ait été mise en oeuvre. Je sais bien qu'à ce jour, on peut avoir toutes les craintes, au vu des propos du président ainsi que de son action dans les cinq dernières années sur la question du droit des étrangers. La personnalité du nouveau ministre n'annonce pas forcément que du bon. Il aurait toutefois convenu d'attendre, car Brice Hortefeux ou Nicolas Sarkozy, ce n'est pas Jean-Marie Le Pen, et nombre de craintes actuelles peuvent se révéler sans fondement. C'est également une erreur de quitter une instance chargée de réalisations concrètes, car l'argent et les moyens sont là (et pas ailleurs), les choses se feront donc sans nos huit historiens démissionnaires. Choisir de quitter le navire, c'est aussi se mettre en marge et renoncer à agir, à peser et finalement à faire avancer son point de vue.

Ces historiens vont continuer leurs recherches, mais la synergie entre les différentes composantes, but recherché de l'établissement, ne se fera pas, ou moins bien. Et là, c'est tout le monde qui y perd, à la fois le public, mais aussi les chercheurs et le sujet de recherche.

L'occupation de l'espace public

Koztoujours se désole que de plus en plus d'églises rurales soient menacées de démolition. Que l'on détruise une église présentant un intérêt historique ou architectural me désolerait également, par contre, la disparition des églises de centre bourg, construites au XIXe siècle et sans aucun charme, cela m'indiffère totalement.

Ce qui désole surtout Koz, c'est la signification symbolique de ces démolitions. L'église catholique disparait progressivement du paysage physique. Le disparition des églises des bourgs est le signe du déclin de la pratique religieuse, mais aussi et surtout de l'emprise de la religion sur la société. Car l'occupation de l'espace dans une agglomération n'est pas due au hasard. Que trouve-t-on au centre, sinon les lieux de pouvoir et les locaux nécessités par des activités collectives. Le bâtiment église joue ce double rôle, à la fois équipement collectif et lieux de pouvoir. Aujourd'hui, on ne bâtit plus d'église dans les bourgs, tous sont équipés depuis bien longtemps. Mais si par hasard cela se produisait, la construirait-on au centre du bourg. Sans doute pas, car l'église catholique a perdu depuis longtemps son pouvoir temporel et son rôle de "lien social", de fédération de la communauté. A la place, que trouve-t-on, des salles polyvalentes, plus adaptées aux pratiques sociales et collectives de notre siècle.

Aujourd'hui, la question se pose du financement de l'entretien et de la réparation du bâtiment église. La solution la plus évidente pour ces églises du XIX e siècle est la démolition. Ce sont des bâtiments souvent remplis de malfaçons, le curé (ou la municipalité) à l'origine de la construction ayant vu grand sans mettre les moyens suffisants. Au début, c'est joli, neuf et moderne, mais qu'est ce que cela peut mal vieillir. Le bâtiment est donc souvent en mauvais état et surtout vide ou très peu utilisé. Et qui plus est inutilisable pour d'autres activités. C'est le diocèse qui est "affectataire" et donc unique utilisateur autorisé, et bien souvent, l'église catholique répugne à laisser d'autres utiliser ce lieu qu'elle estime sacré. Et même si le bâtiment était "désaffecté", on ne voit pas bien comment le reconvertir. Dans ces conditions, j'estime abusif que l'on mette de l'argent public dans la rénovation à grands frais de ces bâtiments sans utilité et sans intérêt. Si les catholiques veulent préserver un réseau surdimensionné d'églises, qu'ils mettent la main au porte-monnaie.

L'emprise de la religion sur la société française est un fait, il était prévisible que les signes visibles de cette prééminence finissent par s'estomper. Une page se tourne, certains peuvent le regretter, mais c'est dans l'ordre des choses.

vendredi 18 mai 2007

Le nouveau gouvernement

Quelques remarques et commentaires sur le nouveau gouvernement

Alain Juppé : ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables

Nicolas Sarkozy respecte la parole donnée à Nicolas Hulot. Celui-ci demandait que l'environnement soit donné à un homme politique de poids, qui ait le rang ou le titre de vice-premier ministre. Avec son titre de Ministre d'Etat et de numéro 2 du gouvernement, la condition est remplie. Pour ce qui est du poids politique, c'est aussi le cas. Je suis assez optimiste sur l'action future d'Alain Juppé. Il n'a plus rien à prouver, plus rien à attendre. Il sait depuis 1997 que la présidence de la République, ce n'est pas pour lui. L'élection de Nicolas Sarkozy vient de clore définitivement toute vélléité qui pouvait subsister. C'est un homme libre, qui peut encore servir et être utile et sa présence est une preuve que l'environnement devient une priorité. On ne nomme pas Alain Juppé à un poste de simple figuration.

Jean-Louis Borloo : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

C'est clair, le redécoupage administratif visait clairement Bercy, qui se trouve scindé entre la politique économique d'un coté, le budget et les finances de l'Etat de l'autre. Jean-Louis Borloo va pouvoir exercer sa grande créativité au service de l'Emploi et de la croissance, ce qu'il faisait déjà dans le gouvernement Villepin, mais cette fois ci avec les moyens matériels et les leviers de commande qui pourraient lui permettre de réussir. Ils ne vont pas être déçus les fonctionnaires de Bercy.

Michèle Alliot-Marie : ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales

Elle était invirable, mais comme elle est compétente et solide, je pense qu'elle fera du bon boulot dans ce nouveau poste.

Bernard Kouchner : ministre des Affaires étrangères et européennes

La touche exotique. Le choix n'est pas mauvais, Kouchner ayant une longue expérience internationale, sous différents angles (humanitaire, administrateur du Kosovo). Il connait, il est connu, a ses propres réseaux qui ne sont pas forcement ceux de la diplomatie officielle. Il peut réellement apporter un plus. Lui aussi est un homme libre, qui n'attend plus rien. Et en plus, cela nous débarassera de Christine Ockrent. Allez hop, un peu de renouvellement à la télévision.

Brice Hortefeux : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Il l'a promis, il l'a fait ! Et en plus, Brice Hortefeux est parfait dans ce rôle du père fouettard. Pas évident d'être populaire à cette place, mais Brice, il s'en fout. Il ne faut pas être sentimental ni craindre les haines. Là aussi, Brice il s'en fout. A noter toutefois que le périmètre du ministère intégre le codéveloppement. Espérons que ce ne soit pas juste un mot mis là pour faire joli, et qu'il y ait enfin une politique de co développement digne de ce nom en France.

Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Voilà enfin une femme, issue d'une "minorité visible" qui n'est pas mise là parce qu'elle est femme et/ou minorité visible. Elle a tous les titres pour occuper ce poste du seul fait de ses compétences. Reste à voir ce que cela va donner une fois en action. A suivre donc.

Xavier Bertrand : ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Un futur Premier Ministre celui-là, à qui on donne toutes les bombes à retardement et qui arrive à les désamorcer. Parce que dans ce domaine du travail et de la sécurité sociale, il y a en a des pièges et des sujets chauds (service minimum dans les transports, représentativité syndicale, dialogue social en général, régime spéciaux de retraite...).

Xavier Darcos : ministre de l’Education nationale

Un inspecteur général de l'Education nationale, qui a déjà été ministre (délégué à l'enseignement scolaire). Il devrait bien tenir sa boutique, sans vague et sans explosion. C'est tout ce qu'on lui demande.

Valérie Pécresse : ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Fallait bien trouver des femmes pour mettre de la parité. Valérie Pécresse n'est pas mal, bien que très classique dans son parcours. C'est son premier poste ministériel, après seulement cinq ans au Parlement (sur un siège offert tout cuit sur un plateau dans les Yvelines). Quelle tenue de route sur route mouillée ? On n'en sait rien, car elle n'a jamais traversé le gros temps et les orages autres que les combats feutrés des cabinets ministériels. Il faut voir à l'oeuvre, mais une fois de plus, la Recherche n'est pas la priorité de ce début de mandat. On ne peut pas mettre des vice-premier ministres partout.

Hervé Morin : ministre de la Défense

L'UDF de service. Après avoir chatouillé l'UMP pendant cinq ans, avoir joué le rôle du fidèle de Bayrou, le voilà qui arrive avec sa gamelle pour goûter la soupe sarkozyste.

Roselyne Bachelot-Narquin : ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

J'avais cru comprendre que seule la compétence était prise en compte...

Christine Boutin : ministre du Logement et de la Ville

La récompense pour une parlementaire chevronnée, qui a su affirmer sa différence (mais pas trop) et se mettre dans le bon sillage au bon moment. Elle remplace Bernadette Chirac dans le rôle de la dame patronesse qui rassure l'électorat conservateur. J'attends avec gourmandise sa première visite dans une banlieue chaude. Cela dit, sa réelle fibre sociale pourrait donner des effets intéressants pour l'orientation de la politique du logement, et notamment le logement social. Potentiellement une bonne surprise.

Christine Lagarde : ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Les militaires se sont bien fait à MAM, les agriculteurs se feront aussi à une femme ministre. Son principal atout est son excellente connaissance de l'Europe. Bien utile pour sauver (ou au moins tenter de sauver) la PAC.

Christine Albanel : ministre de la Culture et de la Communication, Porte-Parole du Gouvernement

Faut-il mettre des cultureux "non politiques" à la tête du ministère de la Culture ? Au vu de l'expérience Aillagon, je serais tenté de dire non. Issue d'un milieu et destinée à y retourner, comment voulez vous qu'elle soit ferme, qu'elle dise non, bref qu'elle se rende impopulaire dans les milieux de la Culture. Même si elle connait bien le monde de la Culture, aura-t-elle le poids et le savoir-faire pour défendre son budget ? C'est souvent le gros problème des "non politiques" et comme tout dépend du nerf de la guerre...

Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Ernst and young. Un auditeur de gestion pour les comptes de l'Etat, de la Sécu et surtout pour la fonction publique. Cela risque de tailler dans le gras de manière assez sèche. Et en matière comptable et financière, impossible de lui raconter des salades, vu qu'il pourrait en apprendre en matière financière à de nombreux hauts-fonctionnaires de Bercy.

Roger Karoutchi : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Aïe Aïe Aïe ! C'est un poste qui demande des talents immenses de patience et de diplomatie, pour arriver à de subtils compromis. Tout l'art consiste à faire passer les décisions du gouvernement sans que les parlementaires ne le sentent. Les meilleurs pour ce postes sont les vieux députés, en fonction depuis une bonne vingtaine d'années, de préférence populaires parmi leurs collègues. Le sortant, Henri Cuq, répondait parfaitement au cahier des charges. Avec Karoutchi, on va sentir la différence (et je plains d'avance ses futurs collaborateurs).

Eric Besson : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques

L'intitulé du poste est intéressant, et le fait de le confier à un homme de gauche le rend encore plus séduisant. Mettre un opposant dans le rôle d'évaluateur, c'est génial. Mais il ne fallait pas y mettre Eric Besson. Ce type s'est carbonisé lors de la présidentielle (avec panache il faut le dire), mais pour lui, la politique, c'est terminé. Ce poste, il aurait fallu y mettre un homme de gauche, respecté à droite, avec une stature et une indépendance qui le rend crédible son rôle de "censeur indépendant" genre, Michel Rocard.

Dominique Bussereau : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports

Le bon gars compétent, qui n'a pas démérité et qui se retrouve sauvé on ne sait trop comment. Un miraculé.

Jean-Pierre Jouyet : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes

Connait pas. Un technicien dans un rôle technique. C'est vrai que Kouchner, avec son coté un peu bohème et "au dessus des contigences matérielles" avait besoin d'un bon sherpa sur les questions européennes. On veut bien faire de l'ouverture politique, mais les négociations européennes, c'est trop important, faut pas déconner !

Martin Hirsch : haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Et bien on va voir ce que cela va donner une fois du coté du manche. Et s'il se plante, on le remplace par Augustin Legrand. Cela fait du bien de mettre de temps à autre les "responsables associatifs" devant les responsabilités. Ensuite, quand ils revendiquent et manifestent, ils connaissent les contraintes et les marges de manoeuvres du gouvernement (qu'il soit de gauche ou de droite d'ailleurs).

jeudi 17 mai 2007

L'assassinat du centre

Les initiatives fleurissent pour constituer en France un "centre" politique qui ne soit ni de Droite, ni de Gauche. C'est d'abord François Bayrou qui se lance dans une aventure, en rompant l'arrimage des démocrates chrétiens avec la Droite. C'est maintenant le chef des radicaux de gauche qui voudrait se lancer dans la même aventure. Jean-Michel Baylet a proposé une réunification des radicaux, actuellement séparés entre radicaux de gauche (alliés du PS) et radicaux valoisien (parti associé à l'UMP). Cette nouvelle formation aurait eu vocation à rejoindre ce nouveau centre indépendant en gestation qu'est le Modem. Le parti socialiste s'est empressé de mettre le holà, par la voix d'abord des députés PRG, qui comme les députés UDF, savent où se trouve la mangeoire, puis par le biais de la diabolisation (c'est un coup de Sarkozy). Baylet est finalement rentré dans le rang.

Cette initiative avait pourtant un sens, au vu de la longue histoire du parti radical. D'abord situés à l'extrême gauche (dans les années 1880), les radicaux sont alors des républicains intransigeants, qui veulent immédiatement la république pleine et entière, une et indivisible et laïque. Ils vont progressivement se faire repousser vers la droite par les socialistes pour finir dans les années 20 par se situer au centre de l'échiquier. Ils n'ont alors de radicaux que le nom, avec une formule célèbre pour définir leur positionnement politique : "le coeur à gauche, le portefeuille à droite et jamais loin de l'assiette au beurre". Cela donne une attitude très centriste, plutôt de gauche sur les questions de société (avec une forte sensibilité laïcarde et des liens plus que forts avec la franc-maçonnerie), plutôt de droite sur les questions économiques. Cela donne des oscillations permanentes et explique en partie l'instabilité gouvernementale dans les années 1930.

Cette migration des radicaux vers le Centre, bien que sympathique, n'aurait pourtant pas mené bien loin, car le mariage des radicaux et des démocrates-chrétiens m'apparait très improbable. Ce ne sont pas les mêmes cultures politiques, ni les mêmes terrains électoraux. Sur des questions religieuses ou laïque (genre le statut de l'école privée), les deux tendances sont aux antipodes. Nous n'aurions donc pas eu fusion, mais coexistence au centre du Modem et du Parti radical, alors que pour réussir le pari de Bayrou, il aurait fallu une fusion qui donne une assise électorale suffisante, et encore. Le système majoritaire oblige à des accords de désistement pour le second tour, où on est bien obligé de choisir son camp. La seule solution est la proportionnelle. Mais là, s'en est fini de la stabilité politique française.

mercredi 16 mai 2007

Deep ecology

A lire dans le magazine "enjeux les échos" de ce mois, un entretien avec James Lovelock, un environnementaliste dont je n'avais jamais entendu parler, mais en qui je me retrouve complètement.

C'est un personnage qui a consacré sa vie entière (il a 88 ans) à la défense de la planète. C'est un chercheur, certes sans doute un peu original au sein de la communauté scientifique, sans être un marginal. Il porte une vision assez optimiste de l'avenir de l'humanité, même s'il est parfaitement conscient des dégâts que nous avons réalisé. La Terre n'est pas sur la bonne pente avec le réchauffement climatique (dont nous sommes largement responsables selon lui), mais pour autant, ce n'est pas l'acopalypse pour demain. On peut réagir, l'humanité a une capacité d'adaptation phénoménale. Bref, l'affaire grave mais pas désespérée.

Le contraire de ce qu'affirment certains écologistes, que Lovelock ne porte pas dans son coeur. Là encore, je partage pleinement son analyse. Avec les écolos politiques (et les Verts français sont en plein dedans), on est plus dans la croyance religieuse (et donc dans le dogme) que dans l'analyse scientifique. Il démonte leur position sur les énergies renouvelables, ce qui est assez facile. Vu notre consommation d'énergie, qui n'est pas prête de diminuer, l'éolien est une illusion. Il calcule que pour satisfaire les besoins du Royaume-uni, il faudrait une éolienne au kilomètre carré et encore, à condition qu'il y ait du vent tous les jours. Le nucléaire lui apparait être la seule solution viable. Certes, cela génère des déchets hautement toxiques, mais ce n'est rien en comparaison des autres sources d'énergie, qui non seulement consomment des produits fossiles, mais en plus, emettent des gaz à effet de serre. Il finit par une comparaison entre le fonctionnement des écologistes les plus "hard" (genre greenpeace et autres écolos de combat) avec les staliniens, et propose de relire la ferme des animaux d'Orwell en pensant aux écologistes extrêmes.

La véritable solution réside dans la "deep ecology", l'écologie profonde où nous faisons le choix de vivre plus simplement et plus frugalement. Pour Lovelock, c'est un impératif qui s'imposera aux pays occidentaux dans les 20 ans qui viennent, car la planète ne pourra pas supporter 6 milliards d'habitants vivant à l'occidentale. Le niveau de vie des chinois et des indiens augmente rapidement, leur demande en matières premières et en énergie est considérable, d'où une hausse des cours qui n'est pas prête de s'arrêter. Par le force des coûts, nous devrons renoncer à certaines choses, car cela deviendra tout simplement hors de prix.

C'est une démarche de fond, qui engage l'ensemble du mode de vie. Faire de la "deep ecology", ce n'est pas manger bio, consommer équitable et n'acheter que les produits marqués d'un "bobo-label". C'est accepter de modifier ses habitudes ou même de renoncer à certaines activités car trop lourdement consommatrices d'énergie ou de ressources. Cela peut être très simple à mettre en oeuvre, comme choisir d'aller à Londres en train plutôt qu'en avion, ne plus aller à l'éléphant bleu nettoyer sa voiture au karcher (mais le faire chez soi à l'éponge et à l'huile de coude), c'est renoncer à avoir une pelouse verte au mois d'août.

Cela est à la portée de tous, et ne crée pas tellement de contrainte. Mais on peut encore aller plus loin, en renonçant aux voyages lointains. Quel est le coût environnemental d'une semaine de farniente aux Maldives ou à l'île Maurice ? Est-ce encore raisonnable et responsable ? je n'en suis pas sûr du tout ! Dans le même ordre d'idée, on peut lutter contre les gaspillages auxquels nous pousse et parfois nous contraint le système de consommation à l'occidentale. Je suis effaré du nombre d'emballages que je dois jeter. Est-on plus heureux parce que l'on change de voiture tous les deux ans ? Combien de produits sont conçus pour s'user au bout d'un certain temps alors qu'on sait les fabriquer pour qu'ils durent une éternité. J'ai le même rasoir électrique depuis 13 ans. Il fonctionne toujours aussi bien, me rend le service que je lui demande, sans que je n'en change aucune pièce, aucune lame. Pourquoi irais-je acheter du rasoir jetable, même s'il est à 10 lames ultra-rasantes, avec de la mousse qu'il faut sans cesse renouveller. Et on pourrait multiplier les exemples.

Rechercher la simplicité, la moindre consommation, c'est ma manière de défendre la planète et son avenir, sur le plan écologique, mais aussi politique. Les ressources sont limitées, il faut en laisser aux autres, sous peine de voir les tensions internationales s'exacerber, avec tous les risques de conflits et de violences qui les accompagnent.

mardi 15 mai 2007

On peut être utile sans être ministre

Le grand cirque de la composition du gouvernement se poursuit, doublé de celui des derniers ajustements pour les investitures législatives. Que d'appétits, que de démonstrations d'une "volonté de servir" ses concitoyens qui ne pourrait s'épancher qu'en étant ministre ou député.

Pour avoir vu pendant un certain temps le fonctionnement du Parlement et les pouvoirs dévolus aux députés, je me demande ce qu'ils recherchent à part leur petite gloire personnelle. Un ministre a un peu plus de pouvoir (quoiqu'avec Sarkozy, ce n'est pas certain), mais le choix n'est pas d'être ministre ou rien. Président du Conseil général des Hauts de Seine, ce n'est pas rien, Devedjian pourrait se montrer heureux, il y sera certainement utile.

On peut être utile sans être élu, on peut faire de la politique active sans approcher un parti politique, sans avoir le moindre mandat politique. Claude Guéant, le nouveau secrétaire général de l'Elysée est certainement plus utile à sa place que sur les bancs de l'Assemblée. Du coté de la Gauche, les réflexes sont les mêmes. Mouloud Aounit, président du MRAP (association que ne chérit pas spécialement) veut de toute force se présenter aux législatives. Il est pourtant bien plus efficace et utile aux causes qu'il défend en étant au MRAP. L'engagement associatif est pourtant une possibilité formidable de faire avancer ses idées, ses convictions, bien plus que l'entrée en "politique" où on est trop souvent accaparé par la gestion du quotidien et les impératifs de la représentation.

C'est l'éternel dilemme que de choisir entre le pouvoir (être celui qui signe) et l'influence (être celui qui rédige le document que le détenteur du pouvoir signera). Bien souvent, il vaut mieux être du coté de l'influence pour faire avancer les choses, mais il y en a qui ont un tel besoin de lumières et de projecteurs. Comme les papillons, ils vont souvent se griller sur la lampe, débarassant ainsi le plancher et laissant la place aux vrais militants, ceux qui placent leurs idées avant leur ego.

lundi 14 mai 2007

le parti-kleenex

Nicolas Sarkozy a quitté la présidence de l'UMP. Il justifie sa décision par le fait qu'en tant que président de la République, il se doit à tous les français, il est leur représentant quelles qu'aient été leurs votes. Il ne peut donc pas cumuler ce rôle symbolique et national avec la direction d'une structure partisane. Il se trouve devant le hiatus habituel des dirigeants, le dilemme où on est obligé d'abandonner une fonction qui peut servir de tremplin à un éventuel rival. Sarkozy est bien placé pour le savoir, de même que Jacques Chirac, et avant eux François Mitterrand. Le contrôle d'un grand parti est une condition indispensable pour conquérir le pouvoir suprême.

Il va arriver à l'UMP ce qu'il est arrivé au RPR en 1995. Il va se vider de sa substance, les meilleurs éléments vont partir à l'Elysée, à Matignon, dans les cabinets ministériels. Ne resteront que les bras cassés et les troisièmes couteaux, chargés de maintenir la machine en état de marche pendant la période d'hibernation. L'UMP a joué son rôle de machine de guerre. Le travail a été accompli de manière remarquable, tant sur le fond (les conventions thématiques, les notes et études) que sur la forme (les capacités d'organisation sont reconnues par tous). Et d'un seul coup, tout risque de s'arrêter. Le choix de Sarkozy, bien que non annoncé officiellement, est de mettre en place une direction collégiale, une sorte de conseil où il pourra caser avec un titre ronflant les recalés du gouvernement. Mais surtout, il faut fermer la porte à l'émergence d'un leader, quite pour cela à désorganiser la structure si nécessaire. Il sera bien temps en 2011 de mettre du baume et de réparer. C'est ce qu'à fait Jacques Chirac avec le RPR entre 1995 et 2000.

Ce choix me désole, car il montre que la culture politique de la Droite reste celle d'un cartel de notables, et que les militants sont surtout là pour faire la claque dans les meetings et coller les affiches. L'élection passée, ces bons soldats sont démobilisés et renvoyés dans leurs foyers, jusqu'à la prochaine échéance. Garder un parti qui continue à réfléchir, à proposer, qui soit un véritable espace de discussion et d'échanges, cela ne semble pas à l'ordre du jour. Un espoir tout de même, Jean-Pierre Raffarin, qui est candidat à la reprise. Si un personnage de son envergure souhaite y aller, ce n'est certainement pas pour inaugurer les chrysanthèmes. On peut espérer qu'il maintienne une vie au sein de l'UMP, que l'on puisse continuer à y débattre, à y travailler, au service des valeurs et des idées de Droite.

Le rêve serait qu'enfin, la droite française passe à un système où le poids du parti est réellement dominant, qui bien entendu, donne un coup de collier lors des campagnes, mais qui entre temps, continue à jouer un rôle de relais (pas seulement descendant), de proposition, de modération ou au contraire d'encouragement des politiques menées. En clair, un parti qui soit un contre-pouvoir. Je rêve peut-être...

dimanche 13 mai 2007

Reprendre le contrôle de l'Administration

Une chose m'a frappé depuis que je suis dans le paquebot de l'appareil d'Etat, c'est l'autonomie, voire l'indépendance prises par les administrations, qui échappent souvent au contrôle du politique. Combien de ministres qui n'étaient que les porte-paroles de leurs administrations ? trop ! Parfois, les administrations ont des projets réellement intéressants, mais toujours, ils ont en tête leur intérêt, la préservation de leur territoire, les luttes avec leur ennemi héréditaire. Bercy cherche à mettre tout le monde en tutelle, l'écologie et l'agriculture sont en guerre permanente. Parfois, des mesures intelligentes sont écartées par faisant trop de tort aux "intérêts" du corps ou de la direction. Combien de postes "réservés" à un énarque, ou à un "X-trucmuche" ou encore à un normalien. Et les politiques dans tout cela ?

Il est plus que temps qu'ils reviennent dans le jeu et prennent réellement les rênes. Il semble que Nicolas Sarkozy aille dans ce sens et c'est véritablement une nécessité. Rien que pour cela, il justifie la confiance que j'ai placée en lui, et il n'aura pas trop de sa légitimité et de son autorité pour mener à bien ce vaste chantier. Il entend redécouper les ministères, mais aussi les directions centrales. En cela, il casse les solidarités administratives, les stratégies de domination des grands corps sur un domaine précis. Enfin de l'air frais, des personnalités nouvelles, qui ne sortent pas toutes du même moule. Cela va peut-être sortir certains secteurs de leur sclérose. Associée à la LOLF, cette volonté politique forte de reprise du pouvoir par le politique est l'amorce d'une véritable réforme de l'Etat, pas celle cosmétique que l'on a vu jusqu'à présent, mais la vraie, celle qui peut amener réellement à une réduction d'effectifs, à, des redéploiements significatifs.

Toutefois, ce mouvement n'est pas gagné d'avance. Il ne pourra pas se faire sans l'adhésion des fonctionnaires. On sait déjà que la très haute fonction publique (du moins une grande partie) va être vent debout contre Sarkozy, car ces gens-là n'aiment pas qu'on les bousculent et savent se venger. C'est ce qui est arrivé à Philippe Douste-Blazy, qui a pris à rebrousse-poil certains ambassadeurs, avec nom à particule, qui pensaient pouvoir mener leurs propres politiques, ou qui géraient leurs postes en dilletantes, se livrant en parallèle à d'autres activités plus "nobles". Ils se sont fait convoquer dans le bureau du ministre pour se prendre un savon et une injonction de se mettre au boulot et de rester à leur place, c'est-à-dire à ne pas se prendre pour un politique. Résultat pour Douste-Blazy : une série de "fuites" sur ses bourdes, son incompétence, des surnoms vachards "douste-blabla", "le nouveau con d'Orsay", "mi quai d'Orsay" complaisamment relayés par la bonne société parisienne, jamais en retard d'un lynchage.

La clé, à mon sens, se trouve aux échelons inférieurs, chez ces cadres A qui font tourner la boutique. En leur offrant de meilleures conditions de travail (en commençant par revaloriser des salaires qui ont décroché depuis longtemps du privé), en leur ouvrant les portes de l'avancement et notamment des postes "réservés grands corps" qu'ils n'ont aujourd'hui aucun espoir d'atteindre, même s'ils ont les compétences nécessaires. Il faut également leur offrir des objectifs clairs et intéressant, car l'idée de service du public, l'envie d'être utile est encore très présente chez nombre de fonctionnaires.

Les politiques ont eu le grand tort de délaisser ce rôle de "fixation d'objectifs" et surtout celui de "maintien du cap". Il est clair qu'une organisation a tendance à dériver, à défendre sa mission, mais aussi ses intérêts propres, sa survie en tant qu'organisation autonome. Il faut régulièrement qu'un élément extérieur au système vienne corriger les dérives naturelles. C'est l'un des inconvénients majeurs du choix fait en 1945 de fusionner classe politique et haute fonction publique. L'arrivée de Sarkozy, non issu de ces grands corps, qui ne leur doit pas grand chose peut être l'occasion d'une correction, qui avec le retard accumulé et les habitudes prises, risque d'être sévère. Elle n'en sera pas moins salutaire et j'appelle cet électro-choc de mes voeux.

samedi 12 mai 2007

corporatisme es-tu là ?

Ce que je pressentais arrive : les journalistes s'indignent de la tentative de perquisition an canard enchainé. Et que je te sorte la convention européenne des droits de l'homme, la protection des sources et je ne sais quoi encore.

Que je sache, on a juste eu un juge qui voulait obtenir des documents qu'il soupçonnait le journal de détenir. Comme on ne les lui a pas apportés, il est venu les chercher. Et il est reparti bredouille car il n'a pas pu entrer. Comme atteinte à la liberté de la presse, on fait mieux et plus violent. D'ailleurs, je ne vois pas en quoi la presse ne devrait pas être tenue de forunir des documents utile à la découverte de la vérité. On ne lui demande pas sa source, juste le document. Quand un corps, quel qu'il soit, commence à demander des immunités, des règles spéciales, je me méfie. Sous l'Ancien Régime, certains corps disposaient de règles spécifiques, de dérogations au droit commun, on appelait ça des privilèges. Et je rappelle à nos bons journalistes, parfois aussi nuls en histoire qu'en droit que les privilèges ont été abolis le 4 août 1789.

Ces indignations corporatistes ont le don de m'agacer, surtout quand le sujet est aussi ridicule. Quand on voit aux USA une journaliste emprisonnée pour avoir refusé de donner une source, on se rend compte de ce qu'est une véritable atteinte à la liberté de la presse. On en est encore très loin en France, à des années lumières même. Et c'est tant mieux.

vendredi 11 mai 2007

Les gadgets ministériels

Chaque nouveau président cherche à se donner une image d'ouverture en incluant dans son gouvernement des personnalités que l'on attendait pas, de préférence en provenance du camp opposé. Michel Jobert en 1981, qui rejoint Mitterrand après avoir été un proche de Pompidou (son secrétaire général de l'Elysée et son ministre des affaires étrangères). En 1988, c'est la fameuse ouverture et le retour au gouvernement de Jean-Pierre Soisson (qui aura été "majorité présidentielle" que ce soit avec Giscard, Mitterrand et Chirac). Aujourd'hui, il semble que Nicolas Sarkozy veuille renouveller cette opération, avec des oeillades appuyées en direction d'Hubert Védrine, ancien secrétaire général de l'Elysée de Mitterrand puis ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin. A défaut, il se rabatterait sur Eric Besson (mais il est un peu grillé). Jean-Marie Bockel aurait aussi été approché.

On est dans le gadget et l'esbrouffe politique, car ces quelques ministres de gauche n'engageraient qu'eux-mêmes. Ce sont des isolés en quête d'un poste en vue. Ce n'est en rien le signe d'une alliance politique, ni même un geste vers les électeurs de gauche, puisqu'il est bien précisé que les ministres, d'où qu'ils viennent, sont tenus d'appliquer le programme présidentiel de Sarkozy. Que des députés UDF proches de Bayrou (genre Anne-Marie Comparini ou Charles de Courson) soient pressentis serait autrement plus significatif, mais pas de risques. On ne les appelera pas, car en fait, ce que l'on cherche, ce ne sont simplement que des faire-valoir, une touche de vernis un peu exotique dans un gouvernement monosarkozyste.

Il y a perquisition et perquisition

Il y a quelques jours, deux juges ont tenté de perquisitionner au palais de l'Elysée. Elles ont échoué car on les a pas laissé entrer, arguant que le président de la République ne peut pas faire l'objet de réquisitions judiciaires pendant la durée de son mandat. Indignation des avocats des victimes et des parties civiles.

Aujourd'hui, des juges perquisitionnent les locaux du journal "le canard enchaîné". La encore, ils trouvent porte close, les journalistes refusant de leur ouvrir la salle de presse. Là encore, le refus s'appuye sur une "interdiction de perquisitionner dans des locaux de presse. Mais là, personne ne s'indigne du refus opposé à une réquisition de justice.

Pourtant, à chaque fois, l'argument visant à transformer des locaux en zone "hors du droit commun" est très limite, voire fallacieux. Mais c'est à cela qu'on reprère les véritables lieux du pouvoir en France, les juges ne peuvent pas y entrer.

Première trahison ?

Après avoir vigoureusement plaidé pendant sa campagne présidentielle pour le non cumul des mandats, après avoir annoncé qu'elle ne se représentait pas aux législatives, voilà que Ségolène Royal se présenterait finalement dans les Deux-Sèvres, expédiant de manière cavalière sa jeune remplaçante, Delphine Batho, dans le Nord. Je doute que les militants des deux circonscriptions concernées aient été consultés, mais c'est vrai que la démocratie participative, l'ordre juste, c'est pour le fonctionnement de la France, pas du PS. L'intéressée dément, mais les informations du Figaro et du Parisien sont suffisamment précises (notamment sur le point de chute de Delphine Batho) pour qu'on puisse s'interroger. Il n'y a pas souvent de fumée sans feu en matière politique et notamment d'investitures.

Je sais bien que le système politique français est ainsi fait que le cumul est quasiment une obligation tant qu'il n'est pas interdit. Pour autant, certains, à droite comme à gauche refusent ce cumul et ça leur coute. Mais justement, c'est quand une décision coûte qu'elle est courageuse et significative. Quand Ségolène Royal annonce, une fois investie pour la présidentielle qu'elle renonce à se représenter au législatives, cela ne lui coute pas grand chose et permet de prendre la posture du "je m'applique personnellement ce que je préconise". En fait, on aurait été uniquement dans la posture. Si elle retourne sa veste aussi facilement sur ses autres promesses de campagne et sur ses "convictions", c'est à la limite de "l'immoralité". Aurait-elle cherché à nous prendre pour des imbéciles ? Attendons de voir...

jeudi 10 mai 2007

Crier avant d'avoir mal

A peine Sarkozy élu, certains commencent à dénoncer les réformes qu'il n'a pas encore eu le temps de proposer concrètement. Au moins, cela permet de se faire une idée de ce que vaut une grève étudiante. En fait, ce n'est rien que quelques apprentis agitateurs, qui se remontent le bourrichon et s'échauffent les esprits dans un amphi, qui organisent des "votes" autrement moins démocratiques que celui qui a eu lieu le 6 mai dernier. Et les journalistes s'empressent de donner dans le panneau en qualifiant ces perturbateurs de grévistes et leur occupation illégale de "blocage".

Le jeune Bruno Julliard, patron de l'UNEF, se désolidarise de ces initiatives (contrairement à Krivine), suivant en cela les ordres de la rue de Solférino. Surtout, aucun désordre de rue, aucune action violente avant les législatives. J'aime beaucoup le choix du terme utilisé par Julliard pour qualifier ces actions : "contre-productives". Sur le fond il est d'accord avec ce type d'action, les manifestations, les occupations sauvages de locaux publics, voire les violences. C'est juste que ce n'est pas le bon moment et cela va à l'encontre de l'objectif immédiat qui est de sauver les meubles aux législatives. J'aurais aimé une dénonciation plus ferme de ce mépris du vote démocratique, qui a donné une légitimité forte à Nicolas Sarkozy. On peut imaginer le pire, se demander à quelle sauce on va être mangé, mais attendons quand même de voir concrètement ce qui va se passer avant de hurler à l'assassin.

mercredi 9 mai 2007

le retour du balancier

Le centre de l'échiquier politique est en pleine recomposition. Alors qu'on vient de prouver que son capital électoral est intact : 18,6%, c'est dans l'ordre de grandeur du score de Lecanuet en 1965 (15,57%), de Poher en 1969 (23,31%) de Barre en 1988 (16,54%), de Balladur en 1995 (18,58%), elle est au bord de l'explosion, tiraillée par ses éternelles forces centrifuges. Cela ne m'étonne pourtant pas car la tentation de la gauche a toujours été dans les gênes du centrisme.

Pour comprendre et mesurer l'impact de ce qui se passe, il faut remonter aux débuts de la cinquième république. A l'époque, les centristes étaient divisés, mais clairement dans l'opposition au général de Gaulle. La question de savoir s'ils étaient de droite ou de gauche ne se posait pas et nombre de centristes se sentaient proches de la Gauche. Progressivement, les centristes se sont rapprochés du pouvoir après 1969 (et encore plus avec le gauchissement du PS et son alliance avec le PCF). Pendant longtemps, les centristes ont été éclatés entre plusieurs structures (Centre démocrate de Lecanuet, le Centre démocratie et Progrès, le Parti social-démocrate). Alors que le Centre démocratie et progrès se rapproche des gaullistes dès 1969, les autres centristes attendent 1974, et l'arrivée au pouvoir d'un non gaulliste, pour se rapprocher de la droite.

En 1978, Giscard fédère les centristes, plus ou moins rassemblés au sein du CDS et les libéraux dans un pôle appelé UDF, qui est destiné à faire contre-poids au RPR. En somme la droite non gaulliste. Les centristes sont alors fermement arrimés à la coalition de droite et sont minoritaires au sein de l'UDF. Ce cartel électoral commence à se déliter en 1998, avec le départ des libéraux, qui se regroupent au sein de DL (Démocratie Libérale). Quelques libéraux restent toutefois au sein de l'UDF, qui amorce alors un mouvement de fusion, pour passer d'une fédération de partis à un parti unifié. A cette époque, les centristes recommencent à peser, même si l'ancrage à droite est maintenu. La véritable césure, celle qui explique aujourd'hui l'attitude de Bayrou, c'est la création de l'UMP en 2002.

A ce moment, une partie des troupes UDF passe avec armes et bagages à l'UMP. Ne restent alors à l'UDF que les authentiques centristes, souvent animés d'une haine ancienne et recuite contre les gaullistes. Ils ne se reconnaissent absolument pas dans la droite conservatrice qui se dessine et ont trop de contentieux avec l'ancien RPR pour rejoindre le nouveau parti. On trouve aussi quelques élus qui auraient bien voulu partir aussi, mais à qui l'UMP n'avait pas offert ce qu'ils estimaient valoir. Au fil des départs, les centristes pur jus sont devenus puissants au sein de l'UDF, mais avec une minorité significative qui restait attachée à l'alliance avec la Droite. D'où cette attitude pendant 5 ans de semi opposition, qui allait d'ailleurs de plus en plus loin, au point de voter une motion de censure. On retrouve d'ailleurs encore aujourd'hui la césure, ceux qui ont voté la motion de censure se retrouvent derrière Bayrou pour l'aventure du Mouvement démocrate. Si le PS avait été intelligent, il aurait noué des liens et des contacts avec cette frange centriste de l'UDF entre 2002 et 2007, sans attendre la période de la campagne.

Il semble clair aujourd'hui que l'UDF telle qu'elle existe va exploser. D'un coté, les élus et notamment les députés, qui savent qu'ils sont de droite et qui sont tenus par les accords de désistements s'ils veulent être réélus. De l'autre une petite frange d'élus (qui vont au suicide électoral) et une grosse partie des militants qui s'apprêtent à rompre les amarres pour voguer vers le centre-gauche. On se retrouve dans la situation des années 1969-1974, avec une partie des centristes aux cotés de la droite et l'autre dans l'opposition, proche des socialistes mais sans fusionner.

Le pari de Bayrou est jouable. Les reports de voix au second tour ont montré qu'il existe un capital électoral de 7 à 9%, social-libéral, qui désespère du Parti Socialiste. Un espace vide à occuper que Bayrou a investi en 2007 et qu'il va consolider en s'éloignant encore davantage de l'UMP, passant de la posture de l'allié critique à celle de l'opposant constructif. L'autre part de son électoral du premier tour va se rapprocher de la nouvelle UDF (version de Robien) qui va occuper le créneau de la "droite non UMP", qui lui aussi a un potentiel de 7 à 9%. L'ambition de François Bayrou est de mordre sur cet électorat, qui partage ses idées, mais n'a pas voulu franchir le pas et quitter l'arrimage à droite (qui ont voté Sarkozy et surtout se sont abstenus). Ces gens restent en retrait et attendent de voir. Sur plusieurs années, s'il joue habilement, Bayrou peut en récupérer une partie, qui auront eu le temps d'intégrer les nouveaux équilibres. Il peut aussi espérer (mais plus hypothétiquement) récupérer des socialistes déçus par l'immobilisme du PS, qui ne semble pas parti pour se rénover, bien au contraire.

Pari risqué toutefois, parce que le bébé se présente mal et que les risques à l'accouchement sont élevés. Il faut absolument passer le cap des législatives, en sauvant si possible quelques sièges (pour un groupe parlementaire, c'est mission quasi impossible) et en assurant le maximum de financement pour les cinq années qui viennent. Et ce n'est pas gagné, car ni le PS, ni l'UMP et encore moins ce qui reste de l'UDF ne lui feront de cadeaux. Il faut aussi conserver un appareil militant. Le départ de la plupart des gros élus (députés, sénateurs, présidents de conseil généraux) risque de désorganiser sérieusement l'armature territoriale, nombre de militants étant localement tentés de suivre le choix du baron (celui qui distribue les investitures locales). C'est pas ce qui est le mieux pour mener à bien une campagne législative. Il n'y aura pas trop de difficulté à remonter une structure solide à la rentrée, mais il sera trop tard.

On est donc dans le flou le plus total sur l'avenir du centre. Mais c'est sans doute ce qu'il va y avoir de plus intéressant dans les semaines et les mois qui viennent, car à mon avis, il n'y a pas grand changement à attendre du coté du PS et de l'UMP.

mardi 8 mai 2007

Retour au calme ?

Ca y est, l'élection présidentielle est passée. Reste encore les Législatives, mais cela ne devrait pas susciter la même agitation. La vague présidentielle (forte, vu le score de Nicolas Sarkozy au 1er et au 2ème tour) qui tue un peu le suspense, l'émiettement en 577 combats particuliers, ne devraient pas favoriser une fébrile activité blogosphérique. Et puis les énergies sont un peu épuisées.

On s'achemine vers un retour au calme, et ce n'est pas plus mal. Cette campagne présidentielle a un peu écrasé le reste de l'actualité. Tous, nous nous sommes plus ou moins retrouvés le nez dans le guidon, à suivre au microscope une actualité dont, pour la plupart, nous n'avions qu'une vision très partielle (et partiale). Va maintenant venir le temps de la grande purge sur la blogosphère, entre ceux qui vont se retrouver à sec, qui n'auront plus grand chose à dire, et les autres. Pour certains, cela va être le grand vide, je pense en particulier aux blogueurs militants, pour qui la coupure de l'été va être mortelle.

Pour ma part, je suis soulagé que cette période soit close, que l'activité du Parlement reprenne son cours normal (même si je ne serai sans doute plus dans les murs), que chacun retrouve ses sujets habituels, ceux pour lesquels il est bien plus qualifié que pour analyser une campagne présidentielle. Qu'avons-nous apporté de plus que les grands médias, lors de cette campagne ? Pas grand chose... Mais pour autant, l'expérience aura été intéressante, car l'outil internet peut changer la face de la politique et du militantisme. Pour convaincre les élus, il fallait une démonstration "grandeur nature". Je suis certain que le concept de "désir d'avenir" va être scruté et repris, que les e-militants ne sont pas prêts de disparaître (même s'ils connaîtront des phases d'hibernation).

Authueil reprend donc une vie normale, un rythme plus calme et surtout, moins politique.

dimanche 6 mai 2007

Net et sans bavure

Sarkozy élu président par 53% des voix (estimations à 20 heures, susceptibles d'ajustements à la marge). Ce résultat me satisfait, cela ne vous surprendra pas. C'est le résultat du travail, de la préparation, de la clarté.

Je suis lucide sur Nicolas Sarkozy, ses qualités et ses défauts. Je pense que la fonction change l'homme, et que Nicolas Sarkozy a les qualités de pragmatisme qui lui permettront d'être un bon président de la République. Je suis satisfait également que ce ne soit pas la gauche qui accède aux responsabilités pour les cinq prochaines années (je n'ai guère de doutes sur l'issue des législatives). Elle est dans un tel état de désarroi et de vide idéologique que cela aurait été dramatique pour la France qu'elle se retrouve aux manettes.

Dès 20 heures 10, on a entendu, à travers les lignes, que la bataille du PS est lancé. La tête de Strauss-Kahn sur France 2 est éloquente. Je souhaite sincèrement que le PS choisisse enfin clairement entre le réformisme et le révolutionnalisme. Actuellement, les deux camps n'arrivent pas à se départager et consument leur énergie dans leur lutte interne. Pendant ce temps, ils ne travaillent à bâtir leur projet, à suivre les évolutions de la société, à proposer une réponse aux mutations et aux questions. Quelle doit être la solution ? Eclatement du PS ? Bad godesberg ? Ce sera aux militants de PS de répondre. Je souhaite sincèrement que les choses soient enfin clarifiées et qu'ils puissent se consacrer enfin aux vrais débats, sans épée de Damoclès idéologique, sans gages à donner à une extrême-gauche qui ne pèse plus grand chose.

En attendant, c'est la Droite qui reste aux commandes, sur un contrat clair (à défaut d'être consensuel). Maintenant, place aux blablas dans les jours qui viennent et rendez vous en juin, quand le nouveau gouvernement sera en place.

samedi 5 mai 2007

Le vote chrétien

Koztoujours s'est posé l'intéressante question de la conciliation entre sa condition de catholique et son vote à la présidentielle. Existe-t-il un vote chrétien ? Les catholiques semblent répondre que oui, qu'un individu qui se revendique chrétien se doit d'avoir un comportement particulier face au vote. Ma position de protestant est différente.

La relation du protestant avec Dieu est personnelle et directe. Le simple croyant est apte à lire lui même le message de Dieu à travers la Bible. Il existe bien entendu des doctrines, plus ou moins généralement admises, mais aucune ne s'impose avec la force et l'autorité du Magistère chez les catholiques. Le choix politique suit donc le même cheminement. C'est la personne qui décide, en conscience, en fonction de sa lecture des évènements, de la situation, des projets, mais aussi de ses valeurs pour qui elle va voter. C'est donc une question d'arbitrage dans lesquelles les choix ethiques peuvent avoir une part variable. Pour ma part, la foi est quelque chose de personnel, les valeurs chrétiennes se vivent d'abord vis à vis des autres en tant qu'individu. Vouloir orienter mon vote vers des candidats conformes à une quelconque norme religieuse m'est étranger. Vivre ma foi, ce n'est pas chercher à l'imposer.

Un deuxième élément, tiré de l'interview du cardinal Barbarin, me dérange, cette idée du vote sous le regard de Dieu, un vote dont on aurait à rendre compte au jugement dernier. La base du protestantisme, c'est le salut par la foi (sola fide), pas par les oeuvres. Nous seront sauvés parce que nous avons la foi, qui nous est donnée par pure grâce, indépendamment de ce que nous faisons (ou ne faisons pas). Dieu nous laisse totalement libres et ne s'intéresse certainement pas à ce que l'on va voter. C'est une affaire entre nous et notre conscience. Ne mêlons pas Dieu à tout et à n'importe quoi.

Personnellement, mon vote n'est en rien influencé par ma foi, car aucune question ethique majeure ne se pose à moi lors de cette élection. Mon protestantisme pourrait jouer sur mon vote si des sujets essentiels comme la liberté (notamment religieuse), la démocratie, l'égalité étaient menacés. Mais ce n'est pas le cas, ni Sarkozy ni Royal ne représentant une menace pour les valeurs que j'estime fondamentales.

vendredi 4 mai 2007

Savoir se remettre en cause

Un élément marquant de cette campagne aura été la relation nouée par les candidats vis-à-vis des journalistes. Nicolas Sarkozy a clairement fait comprendre aux journalistes politiques qu'il n'avait pas besoin d'eux pour être élus, qu'il n'avait donc pas à les ménager. Et il l'a fait, ce qui a grandement surpris et indigné les journalistes parisiens, pas franchement habitués à ce que l'on demande des comptes et qu'on les secouent.

Je suis très attaché à la liberté de la presse, et les pressions sur les journalistes, si tant est qu'elles aient effectivement eu lieu, sont inacceptables. Pour autant, les journalistes ne sont pas de pauvres agneaux innocents. Ils ont eux-mêmes créé les conditions de cette situation. Depuis longtemps, on connait tous la grande collusion qui existe entre les politiques et les journalistes. Le nombre de mariages ou de liaisons est un excellent indicateur. Les blogueurs qui ont suivi la campagne aux cotés des journalistes ont tous vu et entendu des choses "en off" qui les ont sidérés.

Cette trop grande proximité est profondément malsaine, les journalistes se retrouvant pris dans des réseaux de connivence et de complicité. Ils ont envie de cette proximité, car cela permet d'avoir des infos facilement, pour faire des papiers vite écrits sur les querelles de clans, les rivalités et les ambitions personnelles. Deux coups de téléphone et c'est bon. Cela permet aussi de profiter des ors et fastes de la République, les soirées privées, le traitement VIP. C'est enivrant. Ayant les avantages, les journalistes cherchent à éviter les inconvénients. La manipulation, le passage de plats et les petites combines, c'est quand ils le veulent bien, quand cela les arrangent. Autrement, c'est niet et si le politique élève un peu la voix, il est sous la menace d'être traité comme un dictateur, qui fait pression, bref d'être diabolisé. L'ensemble du milieu se mettra contre lui, il sera moins souvent cité dans la presse, les photos qui illusertront les articles seront pas forcement les plus flatteuses. Les journalistes tiennent à garder le contrôle, et surtout l'absence de contrôle qui s'exerce sur eux. Ils peuvent raconter n'importe quoi, sortir des analyses foireuses, réaliser de fausses interviews, ils sont intouchables !

On comprend leur émoi quand Nicolas Sarkozy demande et obtient la tête du directeur d'un magazine people. Pour autant, ce directeur savait qu'en publiant certaines photos, il se faisait un ennemi puissant. Il a fait son choix en sous-estimant le risque de représailles, habitué qu'il est à la 17ème chambre du TGI de Paris. Avec Sarkozy, cela ne se règle pas par des dommages et intérêts. Maintenant, les autres savent, les règles du jeu avec Sarkozy sont claires. Il n'entend pas jouer au gentil, et n'hésite pas à faire appel à ses amis (politiques) qui sont à la tête des entreprises de presse, et donc peuvent effectivement avoir un pouvoir sur les journalistes. Mais n'allez pas croire que Lagardère, Dassault et Rothschild n'agissent et ne font pression que sur demande expresse de Sarkozy. Serge Dassault a racheté le Figaro pour avoir un organe de presse à sa botte (et à celle de l'UMP), sans que Sarkozy ne le lui demande. C'est la même chose partout, dans toutes les entreprises (parce les journaux sont des entreprises), et encore, les journalistes sont plutôt bien protégés (et heureusement) par rapport à des salariés ordinaires. Il n'a jamais été question pour Sarkozy de démanteler l'arsenal de protection de la liberté des journalistes. La France n'est pas une dicature ni même un régime autoritaire et les journalistes n'y sont pas emprisonnés pour avoir refusé de donner leurs sources.

Si les journalistes veulent être réellement à l'abri des pressions, ils le peuvent. Il existe en France un journal totalement imperméable aux pressions, c'est le Canard Enchaîné. Ils publient ce qu'ils veulent, et je ne voit pas comment Sarkozy, ou n'importe quel autre homme politique, pourrait exercer la moindre pression pour y empêcher une publication. Si Libération est tombé dans l'escarcelle d'un Rothschild, c'est la faute à qui ? Ce sont les journalistes eux-mêmes qui ont cédé leur indépendance. Il faut savoir ce que l'on veut.

Gagner un débat

Apparemment, le débat de mercredi soir entre les deux candidats aurait eu un résultat visible sur les intentions de vote, en faveur de Nicolas Sarkozy...

C'est surprenant et instructif. Beaucoup, dont moi (dans une moindre mesure), donnaient Ségolène Royal devant. Elle a dominé le débat, imposé le rythme, les thèmes. Nicolas Sarkozy est apparu en-dessous de ce que l'on attendait de lui en terme de pugnacité, de brio. Il nous a tellement habitué à des discours brillants. D'autres, et ils sont nombreux, ont suivi le débat avec un autre regard, des attentes différentes. C'est encore trop tôt pour analyser les raisons profondes de ce basculement, mais on peut penser (et j'en ai eu immédiatement des échos) que l'attitude combative de Ségolène Royal a été vue comme de l'agressivité par certains, et que sur le fond, malgré les bourdes dans les chiffres, c'est Nicolas Sarkozy qui apparaissait le plus "convainquant".

C'est l'illustration de la maîtrise quasi parfaite de cette campagne par l'équipe de Nicolas Sarkozy, qui a su trouver les thèmes porteurs et utiliser les mots justes, en ciblant les électeurs, pas le petit monde des commentateurs. On a pu hurler, être choqués par des mots, des expressions, parce que nous sommes pour beaucoup du même milieu social que les journalistes (blancs, socialement insérés, parisiens, ayant fait des études supérieures longues) avec les mêmes réflexes et le même fonctionnement un peu en vase clos (on voit et on lit souvent les mêmes tous les jours). Sarkozy a compris que ce n'est pas la bulle médiatique qui vote, mais le peuple. Il fallait être aveugle, le 29 mai 2005 au soir pour ne pas s'en rendre compte.

Les deux candidats ont fait le pari de gagner cette élection en contournant cette bulle, en essayant de s'adresser au peuple directement, en lui parlant le langage qu'il avait envie d'entendre, au risque de choquer la bulle médiatique et intellectuelle parisienne. Celui qui a été le plus méthodique, le mieux préparé, c'est de loin Nicolas Sarkozy, parti dans la course depuis longtemps. Une campagne présidentielle, cela ne s'improvise pas, c'est la grande faute de Ségolène Royal, ne pas avoir suffisamment préparé, parce que sur le plan des intuitions et de la direction politique, elle avait de bons atouts. Une des ruptures de la campagne de 2007 est là, dans la perte d'influence des journalistes et plus globalement de "l'élite parisienne" des commentateurs.

jeudi 3 mai 2007

La transparence des journalistes

Pour une fois, je partage pleinement l'analyse de Guy Birenbaum, que j'avais exprimée dès hier soir, lors du débriefing de lieu-commun (oui promis, je travaille ma diction et mes intonations). PPDA et Arlette Chabot ont été transparents lors du débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. La prochaine fois, on met une voix off qui annonce le temps de parole écoulé, cela reviendra moins cher que de mobiliser pour cela de soi-disant journalistes politiques.

Plongée dans les skyblogs

Je me suis retrouvé par hasard cet après-midi sur un skyblog. En surfant de liens en liens, je suis passé par différents blogs d'adolescents de la haute bourgeoisie parisienne, celle des rallyes, qui vit entre l'ouest parisien, Deauville et le château de famille quelque part en province.

Il y a là un terrain d'étude sociologique assez fabuleux, car on y découvre le véritable mode de vie de cette jeunesse dorée. L'avantage des skyblogs est qu'on y trouve beaucoup de spontanéité et de photos. Le tout est mis en ligne de manière parfois imprudente, et en tout cas sans calcul ni maquillage. Photos des soirées (privées ou dans les boites), des vacances, description de la dernière séance shopping. Les grandes marques du luxe font partie de leur vie courante, je suis sûr que beaucoup ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent susciter l'envie. On peut se foutre de la gueule de certains ados "fashion victim", et il y en a des gratinés, il n'empêche que tout est là, exposé sans masque et parfois sans pudeur. Et ces jeunes bourgeois ne sont pas les seuls à surfer sur les skyblogs.

C'est véritablement un autre monde.

Débriefing à froid

Sans être du live blogging, mon billet d'hier tenait de l'analyse à chaud, en cours de route. Avec un peu de recul et surtout quelques avis d'autres téléspectateurs, je suis mieux armé pour revenir sur ce débat qui a tenu toutes ses promesses.

Un débat à ce niveau et à ce moment d'une élection, ce n'est pas un échange sur un programme, c'est un match de boxe où on tente de prendre l'ascendant sur son adversaire par le choc des tempéraments, la déstabilisation. Et c'est un exercice utile, car il permet de révéler les personnalités, notamment quand elles sont confrontées à l'adversité. Là dessus, le débat a été riche. On a vu un Nicolas Sarkozy moins flamboyant que d'habitude. Il a toujours été sur ses gardes, cherchant à éviter la faute. Il a laissé Ségolène Royal mener le combat, donner le rythme. C'est elle qui devait avancer, qui devait attaquer. Et elle l'a fait, avec énergie et un certain talent. Elle est bien meilleure débatrice qu'oratrice seule à la tribune (à l'inverse de Sarkozy, brillant orateur).

Quel bilan, qui a gagné ? Ce n'est pas évident de répondre franchement, car les deux protagonistes n'avaient pas les mêmes objectifs. Pour Ségolène Royal, il fallait prendre l'ascendant psychologique et faire "péter les plombs" à son adversaire. Elle a réussi à mener la danse, c'est indéniable, imposant le rythme et les thèmes du débat. Elle a parfois poussé Nicolas Sarkozy dans ses retranchements, alors qu'à l'inverse, elle n'a pas été titillée trop souvent ni réellement menacée. Mais la citadelle Sarkozy a tenu, il a su garder son calme et éviter le KO. C'était là son seul objectif, car dans ce débat, c'est lui qui avait tout à perdre. Sur ce plan de la confrontation des personnalités, victoire de Ségolène Royal au points. Mais au final, qu'est ce qui importe, gagner le débat ou gagner l'élection ?

Cela changera-t-il quelque chose au vote ? Les militants et ceux qui ont déjà fait leur choix n'ont pas de raison d'en changer. Le débat n'a rien apporté de suffisamment neuf comme information, aucun candidat n'a craqué. Restent les indécis. Beaucoup ont du rester sur leur faim, car le débat est surtout un test de personnalité. C'est un élément qui compte dans l'appréciation que l'on se fait d'un candidat, mais il n'y a pas que cela, loin de là. Il y a aussi le programme, les idées politiques, les talents oratoires, la qualité des équipes. Les échos que j'ai pu avoir d'indécis centristes sont mitigés : Sarkozy a été décevant, mais Royal a été agressive (et ça, l'électeur centriste n'aime pas). Résultat, l'indécis centriste est sans doute encore plus indécis.

mercredi 2 mai 2007

Pitt-bull contre teigne

Je pensais m'ennuyer. Raté ! Après un début laborieux, Ségolène Royal a su se montrer teigneuse, au point de paralyser Sarkozy. Elle le coupe, ose tout, sans qu'il ne puisse répondre, sous peine de de passer pour un misogyne. Amusant, car elle ne se prive pas pour couper son adversaire.

Au final, on s'achemine vers un match nul. Pas de KO de part et d'autre, une Ségolène hargneuse, un Sarkozy bien inhibé. Tout ce qu'on attendait est sorti, y compris les passes d'armes. Elle cherche à le faire passer pour un excité, il cherche à la faire passer pour une incompétente.

On nous promettait du projet contre projet. On a eu une bataille de chiffonniers. Dommage, mais qu'attendre de plus d'un duel aussi serré ? Chacun trouvera que son champion a gagné.

Jules exigeant de récupérer sa bestiole, je rend l'antenne

1 h 18, reprise, une fois rentré à la maison, la bestiole de Jules ayant rendu l'âme faute de batterie. Sarkozy a été inhibé par la tactique agressive de Royal. Elle a bouffé Strauss-Kahn et Fabius, qui ne sont pourtant pas des perdreaux de l'année, en leur collant l'image de machiste à la moindre attaque : "diriez vous cela si j'étais un homme ?". Et ça marche ! Sarkozy était sur la défensive, car c'est lui qui avait le plus à perdre.

Au final, Victoire de Ségolène Royal, aux points et à l'agressivité, mais insuffisant pour combler son retard. Cela ne changera rien au vote final. C'est ce qu'on aussi conclu mes compères de lieu-commun.