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lundi 30 juillet 2007

Jean-Pierre Grand, chien fidèle

Le député UMP de l'Hérault, Jean-Pierre Grand, vient de proposer de laisser son siège de député à Dominique de Villepin, pour lui permettre de retrouver une immunité et d'échapper à la justice dans l'affaire clearstream.

Jean-Pierre Grand était connu, entre 2005 et 2007 pour être un inconditionnel de Dominique de Villepin, le président du fan-club et la voix de son maître. Tel lassie, il reste fidèle, alors même que Dominique de Villepin est un has been politique et qu'il n'y a absolument plus rien à gagner à le soutenir mordicus. Au niveau local, Jean-Pierre Grand fonctionne de la même manière avec Georges Frêche, dont il est la "caution de droite" à la communauté d'agglomération de Montpellier. Sans aller jusqu'à lui céder son siège, il fait preuve d'une très grande complicité avec le duc de Septimanie, ce qui irrite beaucoup des collègues UMP. Quelque part, Jean-Pierre Grand est un homme qui s'en fout des convenances politiques et partisanes et qui n'a pas peur de déplaire et d'être durement critiqué. C'est un cas rare en politique, qui mérite d'être souligné.

Pour autant, sa proposition inacceptable. Vouloir utiliser l'immunité parlementaire pour mettre une personnalité à l'abri de la justice, c'est se moquer complètement de la fonction ainsi que de ses propres électeurs. Le député est un représentant du peuple chargé de participer aux délibérations de l'organe législatif dont il est membre, et la fameuse immunité n'est qu'un accessoire de sa fonction, destinée à le mettre à l'abri des pressions et des attaques injustifiées par voie pénale. Cette proposition est également ridicule et irréaliste. Il faudrait d'abord que les électeurs de la troisième circonscription de l'Hérault se prêtent à la manoeuvre. Il faudrait aussi que Dominique de Villepin se prête à la manoeuvre. On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais je ne pense pas que ce soit un lâche qui chercherait à esquiver ainsi les attaques. Il est plutôt du genre à faire front crânement, quitte à s'en prendre plein la gueule (et Dieu sait ce qu'il a déjà pris). Même si cela se faisait, la procédure n'en serait que retardée, car une immunité parlementaire, ça se lève, et encore, uniquement si le juge souhaite prendre des mesures privatives de liberté (garde à vue, incarcération, placement sous contrôle judiciaire). Un député peut être mis en examen, amené en correctionnelle et condamné comme n'importe quel autre citoyen.

Pour que ce système de l'immunité soit véritablement efficace et mette Dominique de Villepin à l'abri des juges, je ne vois qu'une solution, que Nicolas Sarkozy lui laisse sa place. Je ne suis pas certain qu'il ait le même sens du sacrifice que Jean-Pierre Grand.

dimanche 29 juillet 2007

Enfin un collègue

Longtemps, je me suis senti seul sur la blogosphère, non pas le seul assistant parlementaire, mais le seul à parler de l'assemblée nationale, de son fonctionnement, de sa vie interne. Personne avec qui dialoguer, échanger, voire polémiquer. Le seul aussi à tenter d'expliquer aux extérieurs la réalité du travail parlementaire, ses contraintes mais aussi ses grandeurs et ses joies. Le seul à m'élever contre la désinformation et les attaques des ignorants, qui vilipendent les parlementaires sans rien connaitre au sujet.

Je viens de découvrir un petit camarade du Sénat, l'anonyme (il a bien raison, c'est un gage de liberté) auteur du journal d'un assistant. Il a commencé ce mois de juillet 2007, avec une bonne fréquence de publication. Bienvenue à lui et que d'autres assistants n'hésitent pas à se lancer à leur tour. Plus on est de fous, plus on rit.

vendredi 27 juillet 2007

J'ai rencontré Kafka

J'ai eu besoin d'aller aux archives du ministère des Affaires Etrangères, photocopier quelques documents anciens dont j'avais les références précises. Cela n'aurait dû prendre qu'une demi heure au grand maximum. C'était sans compter avec l'organisation de ce service, absolument délirante.

Pour consulter les documents, il faut être inscrit comme lecteur. Jusque là rien d'anormal et en général, c'est une formalité rapide. Le tout est d'accéder au guichet, qui se trouve dans la salle de lecture, elle-même se trouvant au sein du ministère des Affaires Etrangères, Quai d'Orsay. Il faut commencer par écrire une belle lettre au service des archives, demandant votre inscription. On ne peut se présenter que muni de la réponse du service, qui met un mois à arriver. J'ai suivi le processus et nanti de la précieuse missive (qui a effectivement mis un bon mois à me parvenir), je pousse donc la porte de ce ministère et me renseigne à l'accueil à 13 heures 35, le jeudi 26 juillet. On me répond que l'accès à la salle de lecture se fait de manière groupée, toutes les heures, et bien entendu, dans la limite des places disponibles. Et je viens de rater de cinq minutes le départ. Il me faudra donc attendre une heure, mais j'ai un peu de chance dans mon malheur, il reste UN d'archivbadge d'accès, qui m'est généreusement attribué. L'heure dite, je monte avec le groupe et me présente au président de salle, chargé de confectionner ma carte de lecteur, ce qu'il accompli très gentillement, après avoir passé cinq bonnes minutes au téléphone à répondre à une demande de renseignements. Muni de la précieuse carte, je lui demande comment commander le document qui m'intéresse. Il me répond que l'on ne peut commander que de la veille pour le lendemain, car à la suite de congés maladie, le service est en grave sous-effectif. Il est 15 heures, je suis bon pour revenir le lendemain.

Ce jour, 27 juillet, je me représente à l'accueil, mais cette fois ci à 13 heures 20. La même hotesse m'annonce qu'elle n'a plus de badges disponibles et qu'il y a sept personnes devant moi. Il faut donc attendre, en espérant que des lecteurs qui ont fini leur recherches descendent et rendent leur badge. Une groupe descend et libère effectivement des badges, mais seulement cinq. Je suis bon pour attendre encore une heure. A le seconde fournée de l'après midi, j'arrive à monter et j'entre dans la salle le premier, à 14 heures 45. Je me dirige vers le guichet où l'on retire les documents commandés. Une jeune femme me prend le petit carton imprimé où figure la référence de mon microfilm et commence à chercher désespérement parmi ceux qui se trouvent sur l'étagère, pour finalement constater qu'il n'y est pas. Comme le service est en sous effectif, ils n'ont pas eu le temps de le descendre. Il est 15 heures... Il faut donc attendre que son collègue reparte dans les magasins, et ce ne sera pas avant 15 heures 30. Les suivants de la file d'attente se heurtent aux mêmes joies kafkaïennes. Une lectrice demande un document qu'elle a déjà consulté la veille et qu'elle a mis en réserve. Là encore, fouille générale, le document est introuvable et par malheur pour cette lectrice, impossible à localiser précisément car mal rangé par un magasinier qui n'est pas de service aujourd'hui. Le summum est atteint avec la personne suivante, à qui on répond que que son document est bien là, mais qu'on ne délivre de document qu'aux personnes ayant une place assise, et qu'à ce moment précis, toutes les places assises sont prises. Il faut donc qu'elle attende qu'une place se libère.

Ayant une bonne demi heure à tuer, je pars me promener. Je visite ainsi le Quai d'Orsay sans que personne ne me fasse la moindre remarque, je parcours les salons (en cours d'installation) du cabinet de Rama Yade, je passe dans le couloir où est hébergé le cabinet de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes. Je sors et fait un tour dans les (petits) jardins. A aucun moment, je ne suis arrêté, contrôlé, personne ne me demande ce que je fait là et quand je demande ma route, on me renseigne avec une parfaite courtoisie. Avis aux terroristes, si vous êtes bien habillé et muni d'un badge, une fois passé l'entrée, vous pouvez circuler absolument partout. Un vrai moulin !

A 15 heures 30, retour à la salle de lecture. La jeune femme qui me suivait dans la file attend toujours son document mis en réserve. Elle est sur le point de partir quand, miracle, il est retrouvé, grâce à l'intervention de deux techniciens informatiques, venus réparer l'ordinateur du guichet de retrait des documents, qui ont été obligé pour ce faire de déplacer quelques piles de liasses et de cartons d'archives. Grâce à sa mémoire visuelle, cette lectrice a reconnu son document qui a pu lui être délivré. Pour ma part, ma bobine de microfilm étant enfin arrivée, j'ai pu aller à la machine faire mes copies. 10 minutes après, je sortais avec mes documents sous le bras, tout heureux d'avoir réussi. Il s'en est fallu de peu, car cette salle d'archive ferme tout le mois d'août, pour préparer le déménagement de ce service vers... La Courneuve.

Oui, nous sommes bien au 21ème siècle, dans un service administratif français !

Sanctionner l'absentéisme

Les propositions de Guy Carcassonne sur les sanctions financières pour les députés absentéistes font beaucoup de bruit. C'est vrai que la conjonction d'une actualité atone pour cause de trêve estivale et d'une proposition assez démagogique permettent d'avoir un peu d'écho. J'ai déjà abordé cette question du job de député à plusieurs reprises. Que l'on sanctionne un élu qui a mal fait son travail, je suis d'accord, mais pour moi, la sanction doit être politique, c'est-à-dire donnée par les électeurs, car c'est eux qui jugent si leur député fait bien son travail ou pas. Deux exemples très différents pour illustrer cela.

En Seine-et-Marne, Didier Julia est élu depuis 1967. On ne peut pas dire qu'il brille par son activité parlementaire, et quand il fait parler de lui dans les médias, c'est pour l'opération "pieds nickelés en Irak". Il s'est complètement ridiculisé et arrivé à 73 ans, on pouvait penser que le fruit était mûr. C'est le calcul fait par le jeune maire UMP de Fontainebleau, qui s'est lancé (avec le soutien de Jean-François Copé) en candidat dissident. Il s'est cassé les dents, les électeurs ayant largement reconduit Didier Julia avec 57,77% des voix au deuxième tour. Il est vrai que s'il ne participe que de très loin aux travaux législatifs, Didier Julia laboure son territoire, jouant le rôle d'une super-assistante sociale. Cela a sembler satisfaire ses électeurs, qui ont considéré qu'il faisait bien son boulot.

En Haute Savoie, Bernard Bosson, ancien ministre et maire d'Annecy, est l'exemple même du député fantôme, qui vient à Paris une fois l'an, et seulement quand sa ville est directement concernée. Son bilan législatif est donc quasiment aussi maigre que celui de Didier Julia. Là encore, on pouvait se dire que le fruit était mûr, d'autant plus que Bernard Bosson a laissé sa mairie à son premier adjoint en janvier 2007, juste avant les législatives. Il s'est retrouvé avec un candidat divers droite, complètement inconnu, mais soutenu en sous-main par l'UMP locale (Bernard Accoyer en tête). Celui-ci fait une campagne sur le thème "votre député n'a rien foutu pendant cinq ans". Au final, Bernard Bosson se fait exploser, avec seulement 45% au deuxième tour.

J'ai pris ces deux exemples dans des fiefs de droite, où la gauche n'était en mesure de se maintenir au second tour. Cela facilite les duels à droite entre un vieux cacique et un jeune loup. Ailleurs, la perspective de voir le siège basculer dans l'autre camp freine les ardeurs. Cela n'empêche pas les électeurs de sanctionner, en "oubliant" de se déplacer pour réélire le sortant. A chaque fois, on a des battus-surprises, ou des députés, pourtant assis sur des sièges en or, réélus de justesse. Le doyen de l'Assemblée, Loïc Bouvard, élu depuis 1973 dans une circonscription très à droite, n'a retrouvé son fauteuil en juin 2007 qu'avec 50,3% des voix au second tour, bien loin du potentiel de sa circonscription.

jeudi 26 juillet 2007

S'il n'y avait que le cyclisme...

On se gausse beaucoup du naufrage du Tour de France cycliste, englué dans les affaires de dopage. Chaque année, la dose augmente au point qu'on se demande sérieusement si l'épreuve peut y survivre. On est devant l'évidence qu'il ne s'agit plus de sport mais d'un show où des types sur des vélos jouent les hommes sandwich en alignant des performances spectaculaires. Le cri déchirant de tout ceux qui en vivent (cyclistes, commentateurs télé...) est qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, que les dopés ne sont que des éléments impurs. Le problème, c'est que les impurs ont l'air d'être majoritaires dans le peloton, et que les promesses récurrentes d'en finir avec le dopage n'ont pas franchement eu d'effet. Pourquoi celles qui nous sont maintenant formulées en auraient plus ?

On se focalise sur le cyclisme, mais c'est l'ensemble des sports professionnels qui sont dans le même état. La liste des dopés en athlétisme est impressionnante, et ailleurs, c'est pareil, sauf qu'on se garde bien, soit de réaliser les contrôles, soit de communiquer sur des résultats calamiteux. Le drame du cyclisme est finalement que certains aient voulu être honnête et jouer réellement le jeu de la chasse au dopage, révélant ainsi le degré de gangrène de ce milieu. La véritable source du mal vient de cette transformation du sport en spectacle, avec des professionnels à qui on demande d'assurer l'audience, en donnant au public ce qu'il a envie de voir : de la performance, des duels, de la douleur, du sang et des larmes, avec en prime de belles histoires où le gentil gagne tout en masquant les trucages. Aujourd'hui, c'est uniquement cela qui sépare la boxe du catch, le fait de reconnaitre ou pas que c'est du chiqué.

mercredi 25 juillet 2007

Rue 89, des anciens de Libé

Les créateurs du site Rue 89 viennent de Libération, et cela se voit. Les mêmes travers, le même biais partisan pour arriver au même maljournalisme !

Un exemple, cet article sur la protestation des syndicats d'inspecteurs du travail, qui contestent devant le Conseil d'Etat (qui les déboutera à coup sûr) le décret d'attribution qui fixe le périmètre des pouvoirs de Brice Hortefeux.

Pour ce qui concerne les inspecteurs du Travail, le décret stipule que Brice Hortefeux est chargé "en liaison avec le ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales et le ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, de la lutte contre le travail illégal des étrangers". L'article 4 précise qu'il dispose pour cette mission de la direction générale du Travail. Dans Rue89, cela donne : "En clair, avec ce nouveau décret, la police pourra entrer dans n’importe quelle entreprise, à n’importe quel moment, pour y effectuer des contrôles. Ce qui n’était pas le cas avant, l’autorisation d’un juge étant un préablable à tout contrôle effectué par les services de police. Les inspecteurs du travail ont, eux, ce droit de contrôle permanent sur les entreprises". J'appelle cela de la désinformation à l'état pur, de la propagande gauchiste !

Déjà, le titre est une faute déonotologique : "Brice Hortefeux ignore le code du Travail". Le décret d'attribution, qui fixe le périmètre des fonctions de Monsieur Hortefeux a été pris par le président de la République et par le premier ministre. Les autres ministres n'y sont mentionnés que comme chargés de son application. Comme si Brice Hortefeux avait pu rédiger de sa propre autorité le décret fixant ses attributions ! Je préfère vous dire que si cela avait été le cas, il aurait une autre gueule ce décret, parce que finalement, Brice Hortefeux a été obligé d'en rabattre sérieusement sur ses prétentions. Les services placés directement et exclusivement sous son autorité sont énumérés dans l'article 2 du décret : le secrétaire général du comité interministériel de contrôle de l'immigration, sur l'ambassadeur du codéveloppement. Ca fait deux personnes (un peu plus en comptant les secrétaires).

L'article 3 fixe les services qui sont sous son autorité, mais conjointement avec un autre ministre. C'est déjà un cran en dessous, car s'il peut donner des instructions, il n'a pas forcement d'emprise sur ces directions solidement arrimées à leur ministère de tutelle. Il partage avec l'Intérieur la direction des libertés publiques et des affaires juridiques et éventuellement la Police, mais le décret précise "en tant que de besoin". C'est vraiment une délégation d'autorité à minima sur la police, dont il a le droit de solliciter les services, mais pas beaucoup plus. Avec le ministère des affaires étrangères, il peut intervenir auprès de la direction des français de l'étranger et des étrangers en France. Cela va se traduire par une mainmise sur certains services (les visas, l'Etat-civil des naturalisés principalement), qui restent sous statut "Affaires Etrangères", mais dont les effectifs seront budgétairement rattachés au ministère Hortefeux. Vu que tous ces personnels ont un lien très fort et ancien avec le quai d'Orsay, que les diplomates n'ont pas lâché grand chose, l'autorité de Brice Hortefeux sur ces fonctionnaires sera assez précaire et soumise au bon vouloir des caciques qui tiennent le quai d'Orsay et qui savent très bien plmober les ministres qui leur déplaisent (Douste Blazy par exemple). Enfin, il a autorité conjointe sur la direction de la population et des migrations au ministère du Travail, des relations sociales et de la solidarité. Tout dépendra des rapports de force politique entre Brice Hortefeux et ses différents collègues, tous poids lourds du gouvernement. Rien n'est gagné.

C'est seulement à l'article 4 que l'on trouve l'inspection du travail, au même rang que la direction de la mémoire, la direction générale de l'Urbanisme, la délégation générale à la langue française ou la gendarmerie nationale. Sur toutes ces administrations, il est dit que Brice Hortefeux "dispose". On est encore un cran en dessous, et en langage administratif, "dispose" veut dire "peut faire appel". Sur les questions d'inspection du travail, rien ne va changer pour le quotidien des inspecteur du travail, sur lesquels Brice Hortefeux n'a pas autorité. Quand le journaliste de Rue89 écrit "Aujourd'hui, un tel décret, s'il venait à être maintenu par le Conseil d'Etat, systématiserait ces contrôles et placerait l'inspection du travail sous l'autorité de Brice Hortefeux", c'est du mensonge et de la manipulation. C'est dans les bureaux du ministère, à Paris que les choses vont changer (un peu). Brice Hortefeux va chercher à obtenir de son collègue Xavier Bertrand qu'une priorité soit mise sur la recherche des ateliers clandestins et que que si un inspecteur du travail tombe sur un travailleur clandestin sans papiers, et surtout sur son employeur, il ne le laisse pas filer. On va sans doute avoir une belle circulaire ministérielle allant dans ce sens, cosignée par Xavier Bertrand et Brice Hortefeux. Et les inspecteurs du travail en feront ce qu'ils veulent et elle sera plus ou moins bien appliquée selon que Xavier Bertrand et l'administration centrale en feront ou non une priorité. Vous pouvez faire confiance aux corps de fonctionnaires pour enterrer une réforme qui ne leur plait pas.

Nous avons avec cet article de Rue89 un magnifique tract d'extrême-gauche, où se trouve décliné le très classique thème de l'Etat-policier, d'un gouvernement de droite à coté duquel les militaires des juntes sud-américaines étaient des amateurs.

Les petits gars de Copé

Le Figaro vient de sortir un article sur la garde rapprochée de Jean-François Copé, le nouveau président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Le canard enchaîné avait déjà parlé d'eux, en les qualifiant de "katangais" (très dans l'esprit du canard). L'article du Figaro est gentillet, et présente la surface, l'organigramme officiel, les quelques têtes d'affiche. Le contenu est toutefois parfaitement exact, et avait déjà été présenté à l'ensemble des collaborateurs de députés lors d'une réunion la semaine dernière. Nouvelle législature, nouveau groupe, nouvelles ambitions.

Les débuts ont été un peu difficiles. Bernard Accoyer, ancien président du groupe UMP, est passé à l'hôtel de Lassay, en emmenant ses proches collaborateurs (cinq ou six personnes quand même). D'autres avaient décidé de longue date de profiter du mercato du début de législature pour aller poursuivre leur carrière ailleurs. Cela a finit par faire beaucoup de trous dans l'effectif. Ceux qui sont restés ont été un peu secoués, Copé n'est pas Accoyer, ce n'est pas le même degré d'exigence, ni surtout la même convivialité. Avec Copé, on est plutôt dans le "marche ou crève" et il n'est pas du genre à s'embarasser longtemps des canards boiteux et à laisser subsister les contre-pouvoirs et les baronnies. Un certain nombre de personnes se sont ainsi retrouvées au placard ou flanqué d'un "adjoint" ce qui revient à peu près au même, le tout avec une certaine brutalité. Mais ça, c'était prévisible et cela n'est pas plus mal sur le fond. Le groupe UMP était quelque peu sclérosé et fonctionnait trop en "clans", en clivages, avec de vieilles haines et d'anciennes connivences. Un coup de balai n'était pas inutile, mais Copé aurait pu y mettre un peu plus les formes.

Chaque président qui arrive à un poste veut imprimer sa marque, lancer des réformes. C'est logique et le groupe UMP n'y échappe pas. Jean-François Copé, après s'être imposé face à Christian Estrosi, arrive avec ses équipes, qui le suivent depuis cinq ans. Le petit groupe des "copé boy's" est très soudé, ont l'habitude de travailler ensemble et sous les ordres d'un patron exigeant. Bref, une équipe qui a fait ses preuves, donc un gage d'efficacité. Ces jeunes gens sont d'un abord sympathique, mais il ne faut pas se leurrer, ils sont à l'image de leur patron, des tueurs. Il les a d'ailleurs sélectionné pour cela, être des collaborateurs efficaces, loyaux, et sans le moindre état d'âme. Gare à celui qui se met en travers de leur chemin, la mansuétude n'est pas leur qualité première. Et ce n'est pas ce qu'on leur demande ! Mon premier a priori est plutôt bon. On sent que cette équipe a envie d'avancer, de bouger. Pour l'instant, ils sont en phase de rodage, tous les postes ne sont pas pourvus, certains recrutés repartent rapidement, faute de pouvoir tenir le rythme. Pendant ce temps là, il faut faire face à l'urgence, c'est à dire les textes (lourds) qui sont examen en ce moment. Il faut aussi gérer les députés qui n'attendent pas forcement que tout soit en place pour venir réclamer. Le baptême du feu a d'ailleurs eu lieu avec l'attribution des bureaux, où les Copé boy's ont eu besoin de tout leur entrainement et leur solidité pour tenir le choc.

Des commissions se mettent en place, le programme est alléchant, l'opération séduction bat son plein (on est à votre service, surtout n'hésitez pas à venir nous voir...). Jean-François Copé veut être sur tous les fronts, celui de la réforme des institutions, sur le renforcement des pouvoirs de l'Assemblée nationale (notamment en ce qui concerne le contrôle et l'évaluation). Pleins d'idées et de projets sont lancés. Le groupe veut proposer des services larges aux députés : argumentaires et analyses sur les textes de loi, formation, aide à la communication, soutien psychologique. Les maître-mots sont "sur mesure" et "personnalisé". Je suis un rien dubitatif, car cela ressemble un peu aux bonnes résolutions du premier de l'an. J'attends quelques mois, pour voir ce qui va effectivement se mettre en place (et ce qui va finalement tomber à l'eau), pour jauger les méthodes de management et bien évidemment, les résultats.

Affaire à suivre...

lundi 23 juillet 2007

Attention aux références

François Hollande ne sait plus par quel bord attaquer Nicolas Sarkozy. Il l'accuse maintenant d'être dans une stratégie de "Coup d'Etat Eclat permanent", en référence à l'ouvrage écrit par François Mitterrand dans les années 60, contre les institutions de la cinquième république.

Le livre était très bien écrit, dans le style pamphlet, avec derrière une vraie reflexion politique sur la nature du pouvoir et des institutions. Aujourd'hui, avec François Hollande, on est dans la phrase choc, dans la référence au passé glorieux. Mais sans le fond, sans la réflexion. Avec François Hollande, on est très loin de la profondeur de l'auteur du "coup d'Etat permanent", tellement loin que même le choix de la référence est une maladresse. Car François Mitterrand, auteur du "coup d'Etat permanent" s'est très facilement adapté aux institutions qu'il dénonçait, au point de ne surtout pas mettre en pratique après 1981 ce qu'il écrivait en 1964.

Parole d'un hérétique

Un texte très amusant, et très bien vu sur le PS. Et publié par Guy Birenbaum, donc un peu polémique. Tout ce que j'aime !

vendredi 20 juillet 2007

La mort d'Harry Potter ?

JK Rowling se plaint de la révélation de certains détails du dernier tome d'Harry Potter, où au moins une demi douzaine de personnages meurent. Il semble que certains libraires n'aient pas respecté l'embargo et livré quelques exemplaires à des journalistes qui se sont empressés d'en faire des comptes rendus.

Quel drame ! Surtout pour l'éditeur et son porte-monnaie, parce le teasing, c'est avant tout faire monter la sauce pour doper les ventes en créant un évènement tout à fait artificiel. Je ne vois là aucune attention au lecteur, aucun respect pour lui. Quel intérêt de garder tout cela secret? Prétendre que briser l'embargo, c'est briser le coeur de millions d'enfants, c'est véritablement se foutre de la gueule du monde. Ceux qui veulent véritablement ne pas connaitre la fin de l'histoire pour garder le suspens peuvent arrêtez de respirer et se boucher les oreilles pour quelques heures.

Ils sont vraiment méchants ces journalistes qui polluent cette belle opération de communication marketing. C'est pire que de tuer des petits chats...

L'écran des cabinets

Le figaro vient de donner une publicité à un rapport qui aurait pu rester confidentiel sur le sujet en apparence abscons et technique du travail interministériel. Ce rapport donne un bon coup de pied dans la fourmillière et j'espère que Nicolas Sarkozy saura en faire bon usage. Le fonctionnement de la haute administration française est en effet à réformer d'urgence.

La question de l'interministériel permet de mettre en lumières les points délicats. Il y a tout d'abord la perte de contrôle des politiques, qui sont noyés sous la masse et ne peuvent plus tout voir, tout gérer. Ils se sont fait complètement imposer un système de fonctionnement ubuesque, où finalement, ce sont les conseillers qui décident. Le cabinet ministériel, voilà l'ennemi. Devenus obèses, ils font complètement écran, isolant les ministres de leurs administrations et bien souvent, décident à leur place. Quand le ministre est un poids lourd politique, il arrive encore à se faire entendre et à s'imposer, mais quand c'est un novice, il se fait complètement bouffer. La démission du directeur de cabinet de Rachida Dati est à replacer dans ce contexte. Tout aussi inquiétant, le rapport affirme assez clairement que l'interministériel est devenu un vaste bazar, pour ne pas dire un grand n'importe quoi, avec des réunions convoquées la veille pour le lendemain, sur des dossiers pas encore mûrs, avec des intervenants sans pouvoir décisionnaire. Le rapport dénonce aussi l'absence de "solidarité", chacun plaidant pour sa chapelle sans se préoccuper de dégager une solution. L'éloignement des politiques rend plus prégnant et plus lourd de conséquence ce travers administratif habituel. Les échos que j'ai des RI (Réunions interministérielles) va dans ce sens : un vaste marchandage, où des ministères antagonistes s'affrontent, où certains cèdent sur un point en échange de concessions sur un autre, sans vision d'ensemble.

La solution proposée est de réduire le nombre de conseillers et de se réunir moins souvent tout en préparant mieux les réunions. Cela va dans le bon sens, mais ce n'est pas assez. Ce rapport ne prend pas en compte la composition des cabinets, où les conseillers en question sont très souvent énarques ou polytechniciens. La source du mal, c'est la colonisation, par les administratifs, d'instances politiques où ils n'ont pas leur place. Les cabinets ministériels ont été détournés de leur rôle initial et les politiques se sont retrouvés enfermés dans un cocon de soie, comme ceux que les araignées tissent autour de leurs proies. Mais cet aspect là, la commission ne s'est pas risquée à l'aborder, car elle était composée de la fine fleur de l'énarchie (conseillers d'Etat, inspecteur des finances). Mais que des membres influents de la haute administration aient pris conscience du problème, c'est déjà beaucoup.

jeudi 19 juillet 2007

Limer les griffes des syndicats

Le Parlement discute en ce moment le projet de loi visant à créer un service minimum dans les transports publics. Les syndicats (et surtout ceux de la fonction publique) sont résolument opposés. Et on les comprend car c'est un véritable défi que leur lance le gouvernement.

Le but, à peine dissimulé, est de briser les capacités de nuisances des syndicats de la fonction publique. A de nombreuses reprises, les syndicats ont montré qu'ils étaient capables de paralyser le pays. Muni de cette arme de dissuasion massive, ils obtenaient souvent ce qu'ils voulaient d'un pouvoir politique qui reculait devant l'affrontement. De temps à autre, la CGT et consorts faisaient une piqure de rappel. Jacques Chirac a ainsi été vacciné très tôt, d'où son immobilisme. Surtout pas de manif, pas de grève dans les transports. En 2003, les syndicats ont à nouveau lancé un grand mouvement, qui a paralysé le pays, à l'occasion de la réforme des retraites. Si le texte est quand même passé, la piqure a fait son effet et plusieurs projets ont ainsi été abandonnés dès le moindre froncement de sourcils des syndicats. François Fillon est bien placé pour s'en souvenir, avec sa réforme avorté en 2005 (qui lui a d'ailleurs coûté sa place).

Ce qui se joue aujourd'hui, ce n'est pas l'interdiction du droit de grève. Il n'en est pas question et cela ne serait pas acceptable ! Ce que souhaite le gouvernement, c'est limiter les nuisances en cas de grève, pour que le pays continue de tourner. Le premier point est bien entendu celui des transports. Dans cette optique, un service minimum dans l'éducation nationale est tout à fait logique. Il faut bien faire garder les enfants et des écoles fermées pendant plusieurs jours posent un véritable problème aux parents et finit par désorganiser le pays.

Je suis partagé sur ce projet gouvernemental. Je suis pour l'existence de corps intermédiaires forts. Le syndicats en font partie et toute tentative pour les affaiblir est mauvaise, car ils sont l'un des contre-pouvoirs les plus efficaces dans ce pays. Mais, quand je vois la manière dont se comporte les syndicats, ce qu'ils font du pouvoir qui est le leur, je comprend que l'on puisse chercher à limiter leur pouvoir. Les syndicats de salariés français ont bien trop souvent utilisé l'arme de la grève, souvent même la menace suffisait, pour défendre leurs intérêts matériels et corporatistes (leurs salaires, leurs retraites, le nombre de postes, leurs moyens budgétaires) en se couvrant pudiquement du manteau de "la défense du service public". Quand ils ne s'occupaient pas d'eux, ils se mettaient au service de l'opposition de gauche pour nuire à un gouvernement de droite. En bref, ils faisaient de la politique. Après un quart de siècle à ce régime, on peut comprendre que la droite, estimant que le dialogue est biaisé, décide de passer à l'épreuve de force et cherche à casser les syndicats de la fonction publique (parce que ce sont eux qui sont visés par ce projet) et à leur limer les griffes.

Une voie médiane existe pourtant, et j'espère qu'elle sera prise. Elle consiste à limer effectivement les griffes des syndicats, mais uniquement quand leur mouvement n'apparaît pas légitime. Quand les cheminots paralysent le pays pour défendre leur somptueux régime de retraite, ce n'est pas légitime. Dans ces cas là, il faut doter le gouvernement d'outils pour limiter l'impact du mouvement de grève. Mais il faut pour cela que la population ne se range pas du coté des grévistes, rendant ainsi l'usage des "outils anti-grève" politiquement dangereux. Cette loi aura un effet secondaire important, celui de favoriser (je l'espère), les syndicats réformistes au détriment des syndicats révolutionnaires, en clair aidera la CFDT contre la CGT. Cela pourrait être un levier dans la modernisation du dialogue social et du paysage syndical français et le faire évoluer vers un syndicalisme à l'allemande ou à la scandinave.

mercredi 18 juillet 2007

S'immoler sur le net

Le député-maire de Chartres, Jean-Pierre Gorges, est en bisbille avec des blogs d'opposants politiques. Après une première tentative de lancer un buzz en leur faveur, ils passent à la vitesse supérieure, avec l'annonce de l'immolation par le feu la fermeture de Mychartes, l'un des blogs assigné en justice. Cette fois-ci, le résultat buzz est un peu meilleur, avec un article sur pointblog et un autre sur blogonautes. Il aura quand même fallu mettre la dose !

Je suis donc allé voir le blog Mychartes, pour admirer ce que la blogosphère risque de perdre, mais n'a pas encore perdu. Contrairement aux blogs réellement menacés, qui deviennent illico presto inaccessibles, Mychartes est encore sur la toile. La charte graphique est celle de Christophe Grébert, qui a ouvert une chaine de franchisés sous la marque "myville". Mais n'est pas Christophe Grébert qui veut... Le contenu de Mychartres est assez faiblard. Quelques comptes rendus d'évènements, quelques photos de voitures mal garées et surtout, beaucoup de photomontages se foutant de la gueule de Jean-Pierre Gorges. Coté analyse, vraies informations et commentaires cinglants, bref du fond, on ne trouve pas grand chose. Pour ceux qui voudraient savoir ce que je considère comme des sites de qualité, allez voir le perroquet libéré. Là il y a du fond, de l'information, un autre discours que celui de la communication officielle, bref un vrai travail d'opposant. Un exemple pour tous les "myville". Quand le perroquet libéré fait l'objet de pressions ou de tentatives d'intimidation de la part de la mairie de Paris, pas relais, pas de hurlements à l'atteinte aux libertés. Evidemment, c'est un site de droite qui attaque une municipalité de gauche...

Toute cette histoire chartraine est assez ridicule quand on y regarde de près. Les blogueurs anti-Gorges me font penser à des enfants, qui s'amusent régulièrement à exciter un chien, bien à l'abri derrière un haut grillage. Un jour, par inattention, les gamins avancent un peu trop la main à travers le grillage et se font mordre. A qui la faute ? Doit-on abattre le chien ? J'aurais plutôt envie de dire aux gamins : bien fait pour vous, cela vous apprendra !

mardi 17 juillet 2007

Ne pas se contredire

Au moment où débute l'examen du texte sur la récidive, Le journal "Le Monde" se livre à un amusant exercice. Il reprend les propos et les positions d'un certain nombre de ténors de la majorité sur la question de la récidive et des peines planchers. En effet, c'est un sujet qui n'est pas nouveau, vu le nombre de lois Sarkozy sur la sécurité et la délinquance débattues et votées entre 2002 et 2007.

C'est un vrai travail de journaliste que de ressortir des propos, pas si anciens, et de les comparer avec ceux qui sont tenus quelques années plus tard, par les mêmes personnes. Parfois cela varie et on est en droit de demander quelques explications. A chacun ensuite de juger de la pertinence de la justification. On devrait le faire plus souvent...

lundi 16 juillet 2007

Réformer les institutions

Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy s'est prononcé, comme président (et non plus comme candidat) sur la réforme des institutions. Après plusieurs pages de discours purement politique, on arrive à la fin sur les propositions concrètes, sur lesquelles les différents commentateurs ont apporté leurs éclairages. Ce discours peut donner l'impression de la montagne qui accouche d'une souris, beaucoup de bavardages qui n'aboutiront à rien ou à de simples ajustements techniques. C'est en général comme cela que cela se passe quand on nomme une commission et que l'on promet un grand débat. Il y aura bien sûr de cela, mais sur certains points, je pense que les choses vont évoluer de manière significative.

Le président pourra venir une fois l'an parler devant les parlementaires. Les anglais et les américains connaissent cela avec le discours du Trône et le discours sur l'état de l'Union. L'idée n'est pas mauvaise ni complètement inutile, car les engagements pris à cette occasion auront plus de force. La politique a besoin de ces moments symboliquement forts et c'est vrai que le discours de politique générale du premier ministre était un peu léger pour la symbolique et le moment fort. Nicolas Sarkozy ne semble pas hostile à une limitation du nombre de mandats pour le président de la République. Là aussi, pourquoi pas. Le président étant de fait l'axe central du système, il est bon que son rôle et ses pouvoirs soient davantages précisés et encadrés. Cela laissera moins de place à la "coutume constitutionnelle", qui n'est souvent que l'officialisation des rapports de force.

Nicolas Sarkozy souhaite une revalorisation du poids politique du Parlement, en avançant par la voie de la maîtrise de l'ordre du jour. C'est à mon avis la bonne option si on veut réellement progresser. Par contre, il me froisse un peu en orientant l'action du Parlement vers les missions de contrôle. Le Parlement est aussi un pouvoir, c'est lui qui fait la loi et dit le droit. La délibération est un mode de décision politique qui est à la base de la démocratie. C'est le coeur de notre système de pensée, nos racines politiques et c'est au Parlement et pas ailleurs que cela s'opère. Il ne semble pourtant pas que Nicolas Sarkozy veuille enrayer le transfert de plus en plus important de ce rôle de législateur vers l'exécutif, bien au contraire. Un Parlement ne doit pourtant pas être qu'un simple contre-pouvoir de l'exécutif ! Le discours étant assez flou (dont laissant de la marge pour la commission), j'attend de voir, mais se me faire trop d'illusions.

Enfin, il souhaite infléchir les institutions pour donner un rôle à l'opposition, pour l'associer davantage aux décisions et surtout aux nominations. Sa décision de mettre un socialiste à la tête de la commission des finances va dans ce sens. C'est intellectuellement intéressant, car la participation de l'opposition à l'exercice du pouvoir n'est pas tellement dans la culture française, contrairement à d'autres pays. Tout est à faire, ce qui laisse une grande liberté. La tâche ne se limitera pas à l'aspect constitutionnel, bien au contraire. C'est dans les modalités d'application que tout va se jouer, dans les périmètres d'attributions, dans les pouvoirs des différents acteurs que l'on pourra accorder plus de pouvoirs à l'opposition. C'est un vaste chantier qui devra se poursuivre sur plusieurs années et qui n'est pas gagné d'avance. Cela implique que l'opposition joue le jeu, accepte d'assumer (au sens politique du terme) des décisions et des choix, bref qu'elle accepte d'endosser des responsabilités. Vu comment le PS gère "l'ouverture", ce n'est pas gagné...

Par contre, sur d'autres thèmes, la commission se bornera à discutailler et à proposer éventuellement quelques changements à la marge. Mais pas question de toucher aux équilibres. Nicolas Sarkozy a été très clair en fermant la porte au régime présidentiel, dont on aurait pu croire qu'il avait la préférence du candidat Sarkozy. On reste clairement dans un régime parlementaire, avec responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée et possibilité de dissoudre pour le président de la République. On revalorise le Parlement, mais pas trop. La preuve, on garde le 49.3, avec éventuellement quelques modifications techniques pour atténuer la brutalité du mécanisme. Le judiciaire reste une "autorité", pas question d'en faire un "pouvoir". Pas de saisine du Conseil constitutionnel par le citoyen ou par voie d'exception devant les juridictions. Le gouvernement des juges, ce n'est pas pour tout de suite ! Sur la question de la représentation, pas grand chose à attendre non plus. La proportionnelle ne serait administrée qu'à dose homéopathique, insuffisant pour bouleverser les équilibres à l'Assemblée. Même prudence pour le Sénat. Les élites en place peuvent être tranquilles, ce n'est pas demain qu'elles vont se retrouver débarquées. Elles auront juste à faire un petit peu plus de place à la "diversité", mouvement de toute manière inéluctable. Les modifications qui seront proposées ne feront en fait que prendre acte des évolutions, en leur donnant une reconnaissance et une légitimité "légale".

Le candidat Sarkozy devait être audacieux. Le président Sarkozy se doit d'être prudent, car à vouloir tout changer en même temps, on ne fait rien avancer. Ce discours a le mérite d'afficher clairement les priorités : encadrer et préciser les prérogatives présidentielles et associer davantage l'opposition à l'exercice du pouvoir.

vendredi 13 juillet 2007

Un bureau à l'Assemblée

L'une des activités qui mobilise le plus les députés en début de législature est l'obtention d'un bon bureau. Cette fois encore, cela n'a pas raté, avec une intensité particulière. L'enjeu peut apparaitre anodin, mais il ne l'est pas tant que cela. De bonnes conditions matérielles sont indispensables au député qui veut bien faire son travail de parlementaire. Mieux vaut un bel espace, bien situé, aéré qu'un placard sombre au fin fond d'une annexe. C'est aussi une question de prestige, une manière de montrer que l'on a le bras long, et de marquer ainsi sa place dans la hiérarchie. Les députés, cela fonctionne parfois comme les tribus de babouins que l'on voit dans les reportages animaliers.

Le must, c'est d'avoir un bureau au Palais, c'est à dire dans l'enceinte même de l'Assemblée nationale. C'est chic pour l'adresse, mais beaucoup plus aléatoire pour le confort. On y trouve de magnifiques bureaux, comme ceux des vice-présidents, spacieux et bien placés. On y trouve aussi des cages à lapins, au troisième étage (sous les toits) qui se transforment en autocuiseurs dès les premières chaleurs. Vient ensuite le 101 rue de l'Université (surnommé le 101). Le bâtiment abritait autrefois beaucoup de bureaux. Ils étaient petits, sombres, mais disposaient d'un couchage (lit et petit cabinet de toilette). Situé à l'arrière du ministère des Affaires Etrangères, le 101 est relié au Palais par un tunnel. Au 8ème étage, on y trouve le restaurant panoramique. Cela en faisait un lieu agréable, moins coté que le Palais, mais fonctionnel et pratique. Des travaux (toujours en cours) ont transfiguré le 101, qui est devenu un palace. Les bureaux ont été agrandis, avec deux pièces séparées (une pour le député, une autre pour le collaborateur), un cabinet de toilette avec douche et des WC (qui avant étaient sur le palier). Depuis qu'ils ont visité le bureau témoin, beaucoup de députés rêvent d'être au 101. Une autre annexe est constituée de deux bâtiments, le 3 rue Aristide Briand (dit le 3AB) et le 110 rue de l'Université (le 110). Situés en sur le coté est du Palais, il n'y a qu'une rue à traverser. Les bureaux étant récents, ils sont propres et fonctionnels. Les stars ne dédaignent pas y venir. Enfin, il y a le lieu de relégation, l'exil, le 233 boulevard Saint Germain (le 233). C'est l'annexe la plus éloignée du Palais, pas pratique et assez sinistre jusqu'aux récents travaux qui ont un peu amélioré la situation. Personne ne veut y aller, sauf ceux qui ont besoin de beaucoup de place et qui n'ont pas les moyens d'avoir un grand bureau au Palais.

Comme à tous les débuts de législature, les groupes parlementaires ont dû se livrer à la délicate mission de l'attribution des bureaux, les services de l'Assemblée attribuant en bloc les bureaux aux groupes politiques, à charge pour eux de faire la distribution. Franchement, je n'aurais pas aimé être à la place de ceux qui ont eu à le faire. C'est là qu'on découvre ce que le mot "pression" veut dire. La transformation du 101 a littéralement fait exploser la demande. Au groupe UMP, il devait y avoir autour de 200 demandes pour une quarantaine de bureaux. Je ne vous raconte pas la foire d'empoignes, les concerts de violons et les lamentos des députés, qui tous avaient, à leurs yeux, d'excellentes raisons d'obtenir un bureau au 101. Ajoutez à cela un manque de bureaux, car les travaux du 101 ont pour effet de diviser par deux le nombre de bureaux. Une partie vient d'être livrée, l'autre moitié le sera dans un an. Certains députés sont donc sur liste d'attente et devront se contenter, pendant un an, d'un bureau minable, dans un bâtiment anciennement occupé par les Affaires Etrangères, au 103 rue de l'Université. L'Assemblée nationale a repris ce local dans l'urgence et n'a pu y réaliser que le gros oeuvre. Pendant un an, les députés du 103 vont vivre avec une décoration à la soviétique. Si jamais certains se voient frustrés d'un bureau au 101 après avoir accepté ce sacrifice, je n'ose imaginer la monumentale crise de nerfs...

Cela fait que les nouveaux élus (au moins en ce qui concerne l'UMP) se sont retrouvé d'office au 233. Pas la moindre négociation possible. Il a aussi fallu arbitrer les demandes pour le Palais et les autres annexes, mais cela, ce n'était rien à coté de la ruée sur le 101. Cela n'est pas allé sans anicroches, certains partants mettant du temps à vider le bureau, laissant piaffer devant la porte le nouvel occupant. Des bras de fer se sont engagés, comme par exemple entre Christine Boutin et Dominique Perben. Entre 2002 et 2007, Christine Boutin était logée au 3AB, dans un fort beau bureau. Bien que nommée ministre, elle a cherché à garder le bureau en faveur de son suppléant. Malheureusement pour elle, des "prédateurs" avaient repéré cette proie et on demandé à se le faire attribuer. C'est finalement Dominique Perben qui a eu le ticket. Vu son poids politique (ancien ministre) et son impatience manifeste, Christine a dû faire ses valises, non sans avoir fait un peu traîner les choses. Un autre incident a un peu choqué en interne. L'Assemblée nationale a enregistré le premier décès d'un député dès le 4 juillet, avec la disparition de Paul-Henri Cugnenc, député de l'Hérault. Bien qu'atteint d'un cancer, il s'est représenté et a été réélu en juin 2007. Dès l'annonce de son décès, certains sont allés réclamer son bureau, qui a été attribué à une ancienne ministre. Mardi dernier, à son retour des obsèques, l'ancien collaborateur de Cugnenc a trouvé la nouvelle attributaire du bureau devant la porte, avec injonction de lui remettre immédiatement la clé. Pas très élégant, mais pour un bon bureau, certains sont prêts à tout !

mercredi 11 juillet 2007

Dominus Jesus II, le retour

Après le retour de la messe en latin, épiphénomène interne aux cathos, le Vatican vient de sortir un autre document de la même veine conservatrice et réactionnaire. Le cardinal Levada, grand inquisiteur Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi réaffirme la position de son prédecesseur, le cardinal Ratzinger, sur la prééminence de l'église catholique, seule détentrice de la plénitude de la vérité.

Et après, certains s'étonnent que je mitraille le Vatican. Et ben c'est pas près de s'arrêter ! C'est pas que je soit touché que les protestants soient qualifiés de "communautés ecclésiales". Le terme me convient parfaitement et je laisse la propriété de "Eglise" à qui veut bien la prendre. Cela n'ouvre aucun privilège ni aucun droit. J'ai noté la gentille condescendance, où le Vatican est conscient de la "blessure". Vous voulez vous prendre pour des parfaits, avec des plumes dans le cul, c'est votre affaire, nous ne nous situons pas sur le même terrain. Ce qui compte pour les protestants, c'est la manière dont est vécu le message du christ, dans la vie de tous les jours. Qu'est ce qu'on en a à foutre de descendre en ligne directe des apôtres ! Ce n'est pas cela qui rend meilleur, plus proche de Dieu et du message du Christ. Je me demande d'ailleurs ce qu'il penserait de tout cela s'il revenait aujourd'hui sur terre...

Je suis surtout affligé du conservatisme de la hiérachie catholique, qui retombe dans le travers habituel des institutions de pouvoir, à savoir faire passer en premier l'intérêt de l'institution et ensuite seulement le message qu'elle est censée porter et pour lequel elle a été créée. Les bases de ses prétentions sont en décalage complet avec les évolutions les plus récentes de l'exégèse biblique. En effet, l'argument pontifical est que le pape est le seul à pouvoir se rattacher au Christ "et c'est en elle seule que demeurent à jamais tous les éléments institués par le Christ lui-même". Les évangiles ont été écrits entre 40 et 80 ans après la mort du Christ, sur la base de témoignages directs ou indirects, mais aussi de réécritures en fonction d'intérêts et d'enjeux divers et variés. Croire que les Evangiles sont une transcription mot à mot de paroles de Jésus est une erreur grossière. Jésus n'a rien "institué", son but étant de rénover le judaïsme. Il ne pensait sans doute pas qu'il fondait une nouvelle religion. Dans ces conditions, je ne vois pas comment on peut tirer des Evangiles un quelconque mandat, au sens juridique du terme, une quelconque autorité temporelle, ou une prééminence spirituelle. Le Vatican, le pape, l'église catholique, c'est de la pure construction humaine, une communauté ecclésiale parmi d'autres.

Dans des conditions pareilles, je vois mal l'intérêt qu'il peut y avoir à rechercher l'oecuménisme et l'unité des chrétiens.

lundi 9 juillet 2007

Les risques du blog politique

Nombre de militants sont tentés de prolonger et amplifier leur action politique sur la blogosphère. Parfois, ils se heurtent assez violemment aux politiques qu'ils vont chatouiller. Nous avons l'exemple bien connu de Christophe Grebert à Puteaux. Les Ceccaldi-Raynaud, qui règnent sur Puteaux n'ont pas franchement apprécié les critiques régulièrement lancées par ce militant PS sur leur gestion municipale. Rapidement, on en arrive aux procès, suite aux attaques ad hominem. Jusqu'ici, Christophe Grebert a toujours gagné.

Dans une autre ville, un autre blog politique d'opposition subit les foudres du député maire local. Il s'agit de la Piquouse de rappel, à Chartes. Régulièrement, ce blog se fait un plaisir d'aligner Jean-Pierre Gorges, avec un ton qui sent bon le militantisme. Et comme Gorges, qui manque singulièrement de diplomatie, répond assez vertement, cela ne fait que renforcer la querelle. Jusque là rien de bien méchant, ce sont les règles du jeu démocratique. Le conflit vient de prendre une tournure judiciaire par une assignation en justice. Jean-Pierre Gorges accuse deux blogs d'opposants d'avoir relayé le tract (qu'il estime diffamatoire) d'un directeur d'hypermarché, et de s'être ainsi rendus coupables de complicité de diffamation. Une plainte est déposée, avec assignation au tribunal pour le 26 juillet. Les auteurs des blogs attaqués tentent alors de lancer une grande campagne sur le net, hurlant à la tentative de censure politique, proposant des bannières, des comités de soutien, un peu à la Ingrid Bettancourt.

Un certain nombre de choses me dérangent dans cette affaire. Nulle part sur les deux blogs en question, je n'ai trouvé trace des motifs exacts du grief. Quels sont exactement les propos jugés diffamatoires par Jean-Pierre Gorges ? Les articles ont été enlevés sur les deux blogs (ce qui peut se comprendre vu le procès), mais ils auraient pu être remplacés par le copie de l'assignation et l'exposé des griefs. Peut-être qu'effectivement, les propos étaient bien diffamatoires et insultants, et qu'emportés par leur militantisme, les auteurs des blogs incriminés ne se sont pas rendus compte qu'ils dépassaient des limites. Quand on me demande de me mobiliser, j'aime bien savoir exactement pour quoi !

Le deuxième point qui me chagrine, c'est qu'on ressort encore l'éternel marronnier de la censure politique. "on veut nous faire taire" et autres hurlements de martyrs. Il faut arrêter un peu, l'Eure-et-Loir, ce n'est pas la Russie ou le Vénézuela. Jean-Pierre Gorges peut ne pas vous aimer, il n'a pas le pouvoir, comme député maire, de vous obliger à fermer votre blog. Vu le style du bonhomme, il l'aurait fait depuis bien longtemps s'il l'avait pu. Il y a certes une assignation en justice avec une demande de dommages et intérêts importants. Cela ne veut pas dire qu'il va obtenir gain de cause. A Puteaux, ce sont les Ceccaldi-Raynaud qui ont perdu (et payé). J'ai confiance dans la justice française pour traiter ce genre de litiges et faire la part des choses de l'échauffement politique, de la réelle volonté de nuire et de ce que l'on appelle, en contentieux électoral "la polémique légitime en période électorale".

Attendons donc le jugement avant de se lancer dans ce genre de campagne.

samedi 7 juillet 2007

le forum participatif de droite

Xavier Bertrand lance un "forum participatif" sur les grèves dans les transports publics. L'idée est bonne en soi, c'est le timing qui pose problème. Une fois que le projet de loi est bouclé, que les négociations avec les syndicats sont closes et que le parlement va se prononcer, je ne vois pas l'intérêt d'ouvrir un tel forum. C'est de la com' à l'état pur.

Pour autant, l'outil est forum.gouv.fr est intéressant. Espérons que d'autres ministres sauront l'utiliser à bon escient, c'est à dire en consultant les internautes et en organisant les débats quand les arbitrages ne sont pas encore faits et que les décisions ne sont pas arrêtées.

Pour raisons personnelles

Moins d'un mois après son entrée en fonction, le directeur de cabinet de Rachida Dati a démissionné. Officiellement, c'est pour raisons personnelles et familiales. Ce magistrat expérimenté n'aurait pas bien mesuré l'ampleur de la tâche, qui prendrait trop temps et d'engagement au détriment d'une vie personnelle qu'il souhaite préserver. Donner ce genre de justifications, c'est vraiment prendre les gens pour des cons ! Il a été tout simplement viré !

Le communiqué est d'ailleurs très révélateur. On appuie beaucoup trop sur cette "raison personnelle" pour que ce soit honnête. En fait, il s'est simplement trouvé une incompatibilité d'humeur (au mieux) ou un conflit de pouvoir (au pire) entre la ministre et son directeur de cabinet, qu'elle ne connaissait absolument pas avant qu'il ne prenne ses fonctions. Cela révèle à quel point les ministres ne sont pas libres de s'entourer comme il l'entendent. Les directeurs de cabinet ont une véritable autorité qui en fait des vice-ministres. Ils sont désignés par le Premier Ministre ou par le Président, sur proposition des conseillers et jouent un rôle de "secrétaire général politique". Un ministre qui se cherche pas à s'impliquer plus que cela dans les attributions techniques de son poste laisse souvent la bride au cou de son dircab qui fait alors la politique ministérielle et arbitre en faisant croire au ministre que c'est lui qui décide.

Dans cette affaire, Rachida Dati a fait la preuve de sa force de caractère et de son autorité, en virant immédiatement un directeur de cabinet qui voulait prendre un peu trop d'autorité à son détriment. Au passage, elle rappelle la primauté des politiques sur les administratifs, ce qui n'est pas pour me déplaire, loin de là. Elle a fait ce que nombre de ministres "non politiques" n'ont pas eu le courage d'accomplir, en allant au conflit et au clash, directement, sans même une tentative de conciliation. C'est elle la patronne à la chancellerie et il n'est pas question de transiger. Car il était clair que "le système" voulait l'encadrer et la contraindre à rester dans les limites habituelles, étouffant ainsi la fraicheur et la nouveauté que sa nomination auraient pu apporter.

J'apprécie la rupture et je souhaite que Rachida Dati continue sur sa lancée !

vendredi 6 juillet 2007

Sainte Ségolène de toutes aides

Ségolène Royal n'en finit plus de sortir des conneries. La dernière en date, faire produire "Arrêt sur Image" par la Région Poitou-Charentes.

Premièrement, je rappelle à Ségolène Royal que la Région Poitou-Charentes n'est pas un Etat souverain, avec compétence universelle et illimitée. C'est une collectivité territoriale, avec compétence d'attribution. Normalement, les collectivités locales doivent rester dans le cadre des compétences qui leurs sont attribuées par la loi. Comme ancienne députée et ancienne ministre, Madame Royal devrait savoir cela. Il ne me semble pas que la production audiovisuelle soit du ressort des conseils régionaux et je vois mal le lien qui peut être fait entre l'intérêt local du Poitou-Charentes et le fait de produire une émission de décryptage des médias.

Deuxièmement, le problème n'est pas de réunir de l'argent pour produire, mais de trouver un canal de diffusion qui permette d'assurer une grande facilité d'accès à l'émission. En l'état actuel des technologies et des pratiques des français, seule une télévision émettant sur un canal hertzien, à la limite sur la TNT, peut offrir cela. La diffusion sur internet, c'est du pipeau, on l'a bien vu avec cette idée bidon de débat à 12 sur internet pendant la campagne présidentielle. A part de la mousse médiatique pour Bayrou, cela n'a strictement rien donné, même pas un début de commencement de réalisation. Ce que l'on n'est pas capable de faire pour un évènement ponctuel, pensez-vous qu'on sera capable de le faire pour une émission régulière ? Bien sûr que non. Arrêtons donc de demander à Internet des choses que le réseau n'est pas capable de fournir.

Ségolène Royal ne change vraiment pas, avec ses idées à la con, totalement improvisées, dont le but n'est pas d'être mises en oeuvre mais de donner du lustre à son image médiatique.

La Zizanie

L'action de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la gauche me fait irrésistiblement penser à l'album d'Astérix "la Zizanie". Après les débauchages de Kouchner, Jouyet et Bockel, l'accueil de Besson, voilà qu'il confie des missions à Hubert Védrine et à Jack Lang. Ce qui est suprenant, c'est que tous ces personnages acceptent, et même ceux qui refusent ne peuvent pas s'empêcher de faire savoir qu'ils ont été contactés. Tous bien entendu se sentent flattés d'être ainsi "reconnus".

Comment prendre cela ? Est-ce une simple opération de désorganisation de l'adversaire ? Est-ce une réelle volonté de mobiliser toutes les compétences, par delà les clivages partisans ? Seul l'avenir nous le dira. Je suis personnellement très perplexe, car le programme de Nicolas Sarkozy comprend effectivement des idées venues de la gauche, voisinant avec d'autres qui sont de véritables chiffons rouges (Immigration et Identité nationale par exemple). Pour autant, la vie politique a des règles et l'idée du transpartisan, de la Troisième force par delà droite et gauche a toujours fait long feu. Une autre piste pourrait être une volonté de repositionner la droite sur un certain nombre de thèmes, de rebattre les cartes idéologiques. Je pense que d'ici quelques années, être de droite ne recouvrira pas tout à fait les mêmes choses qu'actuellement.

Pour l'instant, cette attitude semble accélérer la dislocation du PS. Ce qui soude ce parti, ce n'est pas l'idéologie mais la soupière. Le PS est devenu au fil du temps un cartel d'élus, qui se rassemblent pour pouvoir être réélus, car tous savent que seule l'union peut garantir la victoire, et que la désunion mène immanquablement à la défaite. D'où une solidarité sans faille au moment des campagnes et des scrutins (quitte à se déchiqueter après) et une quasi obligation de rester au sein du parti pour continuer à exister politiquement. Depuis l'élection présidentielle, on entend des craquements répétés dans l'armature même du PS, avec un Bockel qui n'hésite pas à franchir la barrière, déjà fracassée par Besson. Maintenant, c'est Jack Lang, un éléphant, qui n'hésite pas à se mettre en congé du groupe parlementaire. Demain, ce sera au tour de qui de franchir le pas et d'annoncer son départ du PS pour aller vers d'autres cieux ? Plus rien ne retient certains au sein d'un PS où ils ne se sont jamais reconnus idéologiquement et qui ne leur apporte plus ce qu'ils étaient venus y chercher, à savoir la participation à l'exercice du pouvoir. C'est peut-être une explication du départ d'Eric Besson. Il se sentait de gauche, il voulait faire une carrière politique, il est allé naturellement au PS, parce qu'il n'y avait que cela. Combien comme lui ?

Il est évident que le PS ne peut plus faire l'impasse sur la doctrine et les valeurs défendues. C'est le seul moyen de retrouver une cohésion que la promesse de mandats et de postes de pouvoir ne suffit plus à assurer. Car l'exercice du pouvoir, c'est chez Sarkozy que cela se passe, et semble-t-il pour un certain temps encore.

jeudi 5 juillet 2007

La valse des recours

Les députés élus viennent d'avoir notification des recours exercés contre leur élection devant le Conseil Constitutionnel. C'est franchement du n'importe quoi ! Quasiment tous les députés ont un recours (si ce n'est pas plusieurs) alors même que certains ont été élus dès le premier tour. La plupart des contestations n'ont strictement aucune chance d'aboutir. Elles vont juste encombrer un peu plus le rôle du Conseil constitutionnel.

Faire un recours quand l'élection s'est jouée à quelques voix ou quand il y a effectivement un gros problème (fraude par exemple) d'accord. On doit pouvoir contester une élection. Pour autant, on ne doit pas abuser des droits et je serais partisan que le Conseil constitutionnel facture aux requérents le coût d'examen des requêtes n'ayant strictement aucune chance d'aboutir, faute de moyen sérieux ou à cause d'un écart de voix trop important. On s'étonne que l'Etat dépense beaucoup, mais il faut voir que souvent, on tire sur la corde parce que c'est gratuit (et que les coûs sont supportés par le contribuable). Il est temps de mettre des limitations et de frapper au portefeuille les maniaques du procès ou du recours abusif, en leur facturant le coût de la procédure, et pas seulement en matière de recours électoral.

mercredi 4 juillet 2007

Reprocher la transparence

Je suis sidéré des attaques contre Nicolas Sarkozy, sa famille, leurs prétendues frasques. La croisière à Malte, la soirée au Fouquet's, les frais de bouche et dernièrement, la carte de crédit de Madame.

Les anciens présidents de la république, notamment Jacques Chirac, ont fait la même chose, voire pire, mais l'ont soigneusement caché. Rappeler vous les vacances de Chirac à l'île Maurice, avec les billets d'avions payés en liquide. Bernadette Chirac ne dépensait rien ? On le voit dans l'article sur la carte de crédit de Cécilia, avant, les first lady utilisaient celle de leur officier de sécurité... et le logement aux frais de l'Etat de Mazarine et de sa mère, pendant quinze ans ?

Nicolas Sarkozy a le mérite de faire les choses au grand jour et de les assumer. C'est un véritable changement, un progrès démocratique. Un vrai débat peut s'engager sur le niveau acceptable pour les dépenses de représentation, sur le train de vie des dirigeants, sur leur juste rémunération. Les contraintes de la place justifient quand même quelques petits avantages. Le débat démocratique est ouvert et les données sont enfin sur la place publique. On devrait s'en réjouir. Je suis un peu attristé de voir que les commentateurs se limitent à l'aspect "scandale people" et à la vertueuse indignation de ceux qui réclament des élus une attitude qu'ils n'adopteraient pas dans leur pratique personnelle.

lundi 2 juillet 2007

Le club des bras cassés

Les nominations qui viennent d'être annoncées à la tête de l'UMP sont une nouvelle preuve éclatante de la diabolique habileté de Nicolas Sarkozy.

Le charismatique Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, se retrouve à "mener la réflexion". Autant on voit bien le rôle de Devedjian (le concierge avec logement de fonction), autant on se demande à quoi va servir Raffarin. Surtout, on ne peut être qu'apitoyé devant cet ancien premier ministre, réduit à se battre pour essayer de garder un strapontin dans une direction collégiale. Pas franchement digne d'un ancien premier ministre. C'est vrai qu'à part son mandat de sénateur et un vague espoir (à mon avis illusoire) de présidence de cette noble assemblée, il n'a pas grand chose pour exister. Pas de grand exécutif local, pas de sinécure prestigieuse, aucun destin européen ou international.

Patrick Devedjian est le fidèle mal récompensé, qui reste à la porte du gouvernement et à qui on offre le (beau) lot de consolation de la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine. Cette place est une excellente base arrière pour une ambition nationale, encore faut-il qu'il y ait des perspectives nationales. Le poste de secrétaire général de l'UMP est sa seule planche de salut pour continuer à exister médiatiquement, à condition de ne pas dire de conneries. On risque d'en entendre encore des belles, car n'oublions pas qu'il a fait carrière dans les Hauts de Seine, département de "cow-boys politiques", sous le parrainage de Charles Pasqua qui n'était pas réputé pour embaucher des tendres et des raffinés.

Le nouveau secrétaire général adjoint, Dominique Paillé, est un illustre inconnu, du moins pour le grand public. Dans le milieu, il est connu pour ses gaffes et son incapacité à garder un secret. Sa défaite aux législatives le laissant avec un simple mandat de conseiller municipal au fin fond des Deux-Sèvres, il faut bien le recaser. Le poste de permanent de parti politique est fait pour cela.

Le plus comique est le maintien de Nadine Morano comme porte-parole, place où elle a tellement fait ses preuves qu'il a fallu la mettre au placard de toute urgence dès le début de la campagne présidentielle. Plus besoin de la présenter, elle est connue et définitivement grillée. Elle est d'ailleurs restée les mains vides après la victoire de Sarkozy. Pas de portefeuille ministériel ni même de poste honorifique à l'Assemblée nationale. Le cas d'Yves Jégo est un peu similaire, même s'il n'atteint pas les profondeurs dans lesquelles est descendue Nadine. Lui aussi est un fidèle de la première heure, qui s'est donné, a soutenu Sarkozy quand il y avait des coups à prendre, qui en 2005 aurait pu devenir ministre. Et puis rien, lui aussi a été totalement occulté, totalement écarté de la distribution.

Nicolas Sarkozy semblait souhaiter qu'aucun rival ne puisse émerger de l'UMP, que le parti ne lui cause pas d'inquiétudes. A part les gaffes que ne manqueront pas de faire toutes les "stars" qu'il installe rue de la Boétie, il devrait être tranquille de ce coté là. Arriver à plomber ainsi un parti, suffisamment pour le rendre inefficace, mais pas assez pour le couler sérieusement, c'est du grand art.

dimanche 1 juillet 2007

la jurisprudence Schneidermann

Daniel Schneidermann devait quitter France 5 suite à la suppression de son émission "arrêt sur image". La direction de la chaîne a choisi de le virer brutalement, pour faute grave. Elle l'accuse d'avoir dénigré son employeur sur son blog et d'y avoir organisé un mouvement destiné à faire pression sur lui.

J'espère que Daniel Schneidermann va porter l'affaire devant les prud'hommes. Il y a intérêt financièrement car la procédure de licenciement pour faute grave le prive de toute indemnité. Il y a là un maginifique cas juridique sur les moyens admissibles dans une négociation entre un salarié et son employeur. Il y a également possibilité de préciser l'étendue de la liberté d'expression sur un blog (jusqu'où peut-on aller dans le désagréable vis-à-vis de son employeur ou d'une personne ayant autorité). Un blogueur ordinaire aurait plutôt intérêt à se taire et à transiger. Là, nous avons un bonhomme qui a intérêt à aller jusqu'au bout.

J'attends donc les suites judiciaires avec impatience, pour savoir jusqu'où on peut aller sur son blog.