J'ai eu besoin d'aller aux archives du ministère des Affaires Etrangères, photocopier quelques documents anciens dont j'avais les références précises. Cela n'aurait dû prendre qu'une demi heure au grand maximum. C'était sans compter avec l'organisation de ce service, absolument délirante.

Pour consulter les documents, il faut être inscrit comme lecteur. Jusque là rien d'anormal et en général, c'est une formalité rapide. Le tout est d'accéder au guichet, qui se trouve dans la salle de lecture, elle-même se trouvant au sein du ministère des Affaires Etrangères, Quai d'Orsay. Il faut commencer par écrire une belle lettre au service des archives, demandant votre inscription. On ne peut se présenter que muni de la réponse du service, qui met un mois à arriver. J'ai suivi le processus et nanti de la précieuse missive (qui a effectivement mis un bon mois à me parvenir), je pousse donc la porte de ce ministère et me renseigne à l'accueil à 13 heures 35, le jeudi 26 juillet. On me répond que l'accès à la salle de lecture se fait de manière groupée, toutes les heures, et bien entendu, dans la limite des places disponibles. Et je viens de rater de cinq minutes le départ. Il me faudra donc attendre une heure, mais j'ai un peu de chance dans mon malheur, il reste UN d'archivbadge d'accès, qui m'est généreusement attribué. L'heure dite, je monte avec le groupe et me présente au président de salle, chargé de confectionner ma carte de lecteur, ce qu'il accompli très gentillement, après avoir passé cinq bonnes minutes au téléphone à répondre à une demande de renseignements. Muni de la précieuse carte, je lui demande comment commander le document qui m'intéresse. Il me répond que l'on ne peut commander que de la veille pour le lendemain, car à la suite de congés maladie, le service est en grave sous-effectif. Il est 15 heures, je suis bon pour revenir le lendemain.

Ce jour, 27 juillet, je me représente à l'accueil, mais cette fois ci à 13 heures 20. La même hotesse m'annonce qu'elle n'a plus de badges disponibles et qu'il y a sept personnes devant moi. Il faut donc attendre, en espérant que des lecteurs qui ont fini leur recherches descendent et rendent leur badge. Une groupe descend et libère effectivement des badges, mais seulement cinq. Je suis bon pour attendre encore une heure. A le seconde fournée de l'après midi, j'arrive à monter et j'entre dans la salle le premier, à 14 heures 45. Je me dirige vers le guichet où l'on retire les documents commandés. Une jeune femme me prend le petit carton imprimé où figure la référence de mon microfilm et commence à chercher désespérement parmi ceux qui se trouvent sur l'étagère, pour finalement constater qu'il n'y est pas. Comme le service est en sous effectif, ils n'ont pas eu le temps de le descendre. Il est 15 heures... Il faut donc attendre que son collègue reparte dans les magasins, et ce ne sera pas avant 15 heures 30. Les suivants de la file d'attente se heurtent aux mêmes joies kafkaïennes. Une lectrice demande un document qu'elle a déjà consulté la veille et qu'elle a mis en réserve. Là encore, fouille générale, le document est introuvable et par malheur pour cette lectrice, impossible à localiser précisément car mal rangé par un magasinier qui n'est pas de service aujourd'hui. Le summum est atteint avec la personne suivante, à qui on répond que que son document est bien là, mais qu'on ne délivre de document qu'aux personnes ayant une place assise, et qu'à ce moment précis, toutes les places assises sont prises. Il faut donc qu'elle attende qu'une place se libère.

Ayant une bonne demi heure à tuer, je pars me promener. Je visite ainsi le Quai d'Orsay sans que personne ne me fasse la moindre remarque, je parcours les salons (en cours d'installation) du cabinet de Rama Yade, je passe dans le couloir où est hébergé le cabinet de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes. Je sors et fait un tour dans les (petits) jardins. A aucun moment, je ne suis arrêté, contrôlé, personne ne me demande ce que je fait là et quand je demande ma route, on me renseigne avec une parfaite courtoisie. Avis aux terroristes, si vous êtes bien habillé et muni d'un badge, une fois passé l'entrée, vous pouvez circuler absolument partout. Un vrai moulin !

A 15 heures 30, retour à la salle de lecture. La jeune femme qui me suivait dans la file attend toujours son document mis en réserve. Elle est sur le point de partir quand, miracle, il est retrouvé, grâce à l'intervention de deux techniciens informatiques, venus réparer l'ordinateur du guichet de retrait des documents, qui ont été obligé pour ce faire de déplacer quelques piles de liasses et de cartons d'archives. Grâce à sa mémoire visuelle, cette lectrice a reconnu son document qui a pu lui être délivré. Pour ma part, ma bobine de microfilm étant enfin arrivée, j'ai pu aller à la machine faire mes copies. 10 minutes après, je sortais avec mes documents sous le bras, tout heureux d'avoir réussi. Il s'en est fallu de peu, car cette salle d'archive ferme tout le mois d'août, pour préparer le déménagement de ce service vers... La Courneuve.

Oui, nous sommes bien au 21ème siècle, dans un service administratif français !