Authueil

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 29 décembre 2007

Comment occuper les médias entre Noël et nouvel an

L'assassinat de Bénazir Bhutto a permis d'occuper le grand vide d'actualité que l'on rencontre entre Noël et Nouvel an. Nos médias sont sont tombés dans leurs travers habituels, encensant la défunte et reprenant les versions officielles et offrant de l'espace à de pseudo intellectuels qui croient connaitre le monde entier. La palme à Libération pour sa couverture (esthétiquement très belle) et l'analyse de BHL.

On a beaucoup glosé sur les vrais coupables de cet assassinat. On s'est jeté sur Al Qaïda, coupable idéal de tous les crimes de la terre, qui est d'ailleurs le premier à revendiquer, car même si ce n'est pas l'une des nombreuses cellules de cette nébuleuse qui a commis l'acte, c'est dans leur intérêt de porter le chapeau. On parle aussi du général Musharaf et de ses services secrets, que cette disparition arrange bien. Mais on parle assez peu des erreurs de Bénazir Bhutto. Quand on sait qu'on est menacé par des gens ayant les moyens d'organiser un carnage le jour de votre retour au Pakistan, on ne passe pas le buste par le toit ouvrant de sa voiture blindée. C'est une règle élémentaire de sécurité, surtout au milieu de la foule. Bénazir Bhutto est la première responsable de ce qui lui est arrivé !

On a aussi vu à l'oeuvre le reflexe habituel de sympathie envers qui nous ressemble, et encore plus, envers qui est conforme à nos canons de beauté. C'est vrai que Bénazir Bhutto était belle femme (même si elle s'est un peu empâtée ces dernières années) et elle peut bien être une aristocrate corrompue et incompétente, et l'ayant prouvé par deux fois lors de ses passages au pouvoir, on s'en fout. Ce qu'on veut, c'est une belle icone sur laquelle greffer nos valeurs. Aurait-on eu la même couverture si Bénazir Buttho avait été une begum enveloppée et pas spécialement belle. La comparaison avec le traitement médiatique de l'ancienne présidente du Sri Lanka, Chandrika Kumarantunga est éloquent. Fille d'un premier ministre assassiné, elle-même victime d'un attentat où elle a perdu un oeil, qui a vu son mari périr dans un attentat, sa situation et son parcours sont en tous points similaires à celui de Bénazir Bhutto. Une seule différence, l'une est belle et photogénique, l'autre nettement moins.

A mon avis, c'est un évènement plus révélateur que déclencheur de problèmes au Pakistan. Le pouvoir central ne contrôle pas grand chose, et avoir Bénazir Bhutto aux commandes n'y aurait pas changé grand chose. En somme, mis à part les morts de nombreuses personnes que ce genre d'évènements engendre, on est quasiment au stade de l'anecdote.

vendredi 28 décembre 2007

La proie pour l'ombre

Il existe deux versants de l'activité d'un homme politique, et notamment d'un président de la République. La première est d'être un symbole, une personnalité phare à laquelle on peut (ou pas) s'identifier en fonction de ce qu'il est, de son image. L'autre versant porte sur l'exercice de ses fonctions, ce qu'il fait effectivement pour diriger le pays.

Trop souvent, les opposants à Nicolas Sarkozy se focalisent sur le premier aspect, sur la fameuse "présidence bling-bling". C'est vrai que Nicolas Sarkozy en fait un peu trop sur le sujet, et qu'il ressemble beaucoup à un parvenu qui étale sa richesse de manière indécente. Mais ce n'est que broutille, car pour moi, ce qui compte n'est tant la forme que le fond. Certes, son comportement m'as-tu-vu peut nous faire (un peu) tort sur la scène internationale, mais fondamentalement, cela ne déteint pas sur son action strictement politique. Ce n'est que de la communication à l'état pur, et qui plus est, habilement gérée.

Sur certains blogs, c'est tous les jours qu'on se gausse de son style, de choix de son transporteur aérien, de son train de vie et de ses augmentations de salaire (faut bien payer les pensions alimentaires...). Pourquoi cette focalisation de certains sur l'apparence ? Sans doute par facilité et un peu par paresse. Facilité parce que c'est un sujet qui accroche, qui retient l'attention, parce tout le monde peut avoir un avis, même ceux qui ont le QI d'une huitre. Par paresse aussi, car un article militant sur la présidence bling-bling, c'est vite torché, pas besoin de faire des recherches ou d'avoir une technicité. Quelques jeux de mots à deux balles, une ou deux flèches bien senties et le tour est joué. Et en plus, ça suscite un max de commentaires et de liens. Que demander de plus ?

Tout cela pour quel effet ? bien faible sans doute. Les français se font leur propre opinion, et en général, vont ensuite sur les médias qui leur permettent de conforter cette opinion (que ce soit internet ou la presse écrite). Résultat, ne lisent ces articles que ceux qui y trouvent ce qu'ils ont envie d'y lire, les autres passent leur chemin, car c'est toujours le même refrain. Cela finit par lasser et le caractère excessif de bien des propos leur ote toute possibilité d'influencer qui que ce soit pour le faire changer d'opinion. J'en vient même à me demander si c'est d'ailleurs un but recherché, faire évoluer la vision des français sur Nicolas Sarkozy. Se focaliser aussi lourdement sur le people, c'est faire fausse route, car c'est donner plus d'importance qu'il n'en mérite à cet aspect. Et surtout, pendant ce temps, on ne s'occupe pas vraiment des réformes de fond, celles qui vont redessiner la France de demain, et sur lesquelles il y aurait des choses à dire, des positions politiques à prendre.

La lucidité d'Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg, qui a pourtant clamé haut et fort son refus du cumul des mandats, a décidé de se présenter aux cantonales, avec l’objectif affiché de prendre la présidence du conseil général de la Saône-et-Loire, en conservant son mandat de député.

Je comprends les ressorts profonds d’une décision qui a dû être déchirante. Il l’a d’ailleurs bien exprimée. Quand on s’engage en politique, on ne peut pas se cantonner à la seule fonction tributienne, il y a un moment où il faut aussi prendre des responsabilités exécutives. Elu d’opposition, cela peut être amusant, on peut faire de la politique, exposer ses grandes idées, attaquer violemment. Ca, Montebourg l’a fait, et il semble qu’il en ait épuisé les charmes et qu’il souhaite passer à autre chose.

Il fait le constat, lucide, que la droite est peut-être encore au gouvernement pour un certain temps. Selon le processus en place depuis 1978, la majorité en place perd les élections. Quand on est dans l’opposition, il suffit d’attendre que l’alouette tombe toute cuite dans l’assiette. C’est ce qui est arrivé au PS en 1997, où c’est davantage la Droite qui a perdu que la Gauche qui a gagné. Les socialistes attendaient donc sereinement l’échéance de 2007, où logiquement, la Droite devait se casser la figure. Son bilan n’était pas terrible, elle était déchirée entre sarkozystes et chiraquiens, avec des coups bas genre clearstream. Le fruit semblait mûr et patatras, Nicolas Sarkozy arrive à conserver le pouvoir à Droite.

Il a pu le faire car il a profondément renouvelé le programme et le style de la Droite, qu’il a décomplexé (parfois un peu trop d’ailleurs). Avec un programme solide et travaillé, un parti en ordre de bataille et un leader affuté comme jamais, Nicolas Sarkozy l’a emporté. Certes, la victoire était moins forte qu’en 2002, mais quand on sait que la vague aurait normalement dû être à Gauche, ce n’est pas mal du tout. Pour que le PS puisse revenir au pouvoir face à Nicolas Sarkozy, il faudrait une remise en cause complète du fonctionnement interne, un programme novateur. Visiblement, on n’en prend pas le chemin rue de Solférino.

Arnaud Montebourg prend donc acte qu’il risque fort d’être député d’opposition pendant ses meilleures années, et qu’il risque de rater le train des responsabilités. Or, quand on se lance en politique, c’est pour agir. La seule possibilité pour lui, et pour bien d’autres à Gauche, ce sont les collectivités locales. Une présidence de conseil général ou régional, c’est là qu’on peut agir, gouverner. Ségolène Royal l’a également compris, en choisissant de garder la présidence de la Région Poitou-Charentes, plutôt que son mandat de député d’opposition.

Ce choix d’exercer des responsabilités, personne ne peut le reprocher à Arnaud Montebourg. Le seul hic, c’est qu’il conserve son mandat de député, en contradiction flagrante avec ses positions très tranchées contre le cumul des mandats. Et encore. Il vient en effet d’être réélu député, et à ce moment là, il était encore dans une optique de participation à la seule vie politique nationale. Il s’est engagé pour cinq ans vis-à-vis de ses électeurs, c’est logique qu’il aille jusqu’au bout du mandat. J’ai toujours été irrité par ces politiques qui passent d’un mandat à l’autre, démissionnant ainsi en cours de mandat. Je ne vais donc pas reprocher à un élu d'assumer cela, malgré l'impopularité que cela lui vaut chez ses ex afficionados.

Si Arnaud Montebourg est élu président du conseil général de la Saône-et-Loire et souhaite rester cohérent avec lui-même, il devrait s’engager à terminer son mandat actuel de député, et à ne pas se représenter en 2012, pour se consacrer entièrement à ses fonctions d’élu local. Il deviendrait ainsi un notable local, mutation assez amusante quand on a vu à l'oeuvre le jeune avocat parisien aux dents longues. Mais bon, la vie est ainsi faite.

mercredi 26 décembre 2007

La religion dans la démocratie

Dans cet ouvrage paru en 1997 et que je viens de terminer (pourquoi ne l'ai-je pas lu avant), Marcel Gauchet se propose de dresser le portrait de la laïcité en cette fin de XXe siècle, et les enjeux pour le futur. Pour lui, la laïcité à la française est à un tournant. Le fait majeur de ce siècle a été le recul des religions, notamment l’église catholiques, qui ont abandonné toute prétention à occuper et structurer l’espace public en fonction de leurs principes et préceptes. Désormais, la lutte entre l’hétéronomie (l’homme dépend de l’invisible) et l’autonomie (l’homme est maître de son destin) est terminée. C’est l’autonomie qui a gagné. C’est là tout le problème !

Face à l’effondrement de son adversaire, l’Etat laïc est obligé de revoir ses prétentions à la baisse, car il s’était construit en opposition avec la religion, développant toute une « religion laïque », nourrie de morale républicaine, de civisme et de sens de l’intérêt général. Tant que l’adversaire existait, il pouvait justifier cela. Aujourd’hui, tout est remis en cause.

Marcel Gauchet dessine plusieurs voies de recomposition du rôle de l’Etat, à mon avis très pertinente. Il décèle notre entrée dans l’âge des identités, où on devient plus citoyen en gommant ses particularités, mais au contraire en les accentuant. La société est désormais constituée d’une foule d’individus, avec chacun ses différences, et qui somme la collectivité de lui accorder la place et la reconnaissance qu’il estime lui être dus. D’où cette avalanche de revendications, cette place si prégnante des « droits ».

Sur cette base, Marcel Gauchet nous donne véritablement les clés pour comprendre les mutations de notre système politique, bien au-delà de la simple question religieuse. C’est tout l’intérêt de ce petit ouvrage, un fondamental, à mon avis.

Son propos est parfois prophétique. Voici quelques citations : "ce recentrage de la vie politique et de la relation actuelle entre les représentants et les représentés, recentrage imposé par la volonté des éléments de la société réelle d’être pris en compte pour ce qu’ils sont… Quant au projet, il ne fait plus guère figure que d’accessoire démagogique pour campagnes électorales, encore consiste-t-il le plus souvent en un catalogue de promesses, dictées les unes par les clientèles, les autres par les sondages, et dont la compatibilité entre elles ne semble être la préoccupation dominante de personne". "D’où le sentiment d’éloignement du pouvoir et de soustraction de ses opérations à la prise, qui accompagne paradoxalement les efforts pathétique de ses occupants pour se tenir au plus près du vœu des citoyen. Ils ont beau faire, sonder sans relâche les reins et les cœurs, multiplier les marques de leur vigilance, de leur présence, de leur sensibilité, ils sont perçus comme étant d’ailleurs, comme incurablement étrangers aux préoccupations de leurs administrés" "Plus la société civile se manifeste et se fait entendre dans l’espace public, plus le personnel dirigeant lui témoigne de sollicitude et de considération, et moins ils se rencontrent en profondeur".

Et ce ne sont là que quelques échantillons de la description, en 1997, de ce que nous vivons aujourd’hui…

lundi 24 décembre 2007

La mort de Julien Gracq

Un des plus grands écrivains français du XXe siècle vient de mourir. Julien Gracq est décédé samedi, à l'âge de 97 ans. Même s'il n'écrivait plus depuis un certain temps, et que son décès n'interrompt donc pas une oeuvre en cours, c'est toujours quelque chose de voir une personnalité de cette envergure partir.

Cette personnalité hors norme a eu le courage de refuser d'entrer dans le système littéraire parisien, en refusant en 1951 le prix Goncourt et en choisissant de continuer à exercer son métier de professeur d'histoire-géographie jusqu'à la retraite. Combien comme lui auraient cette force ? C'est peut-être pour cela qu'il a produit une telle oeuvre littéraire. Contrairement à nombre d'écrivaillons qui encombrent les plateaux de télévision, il a droit au qualificatif d'écrivain. Peu de gens ont eu l'honneur, comme lui, d'avoir ses oeuvres complètes publiées dans la collection de la Pleiade, de son vivant. Je ne peux que recommander la lecture de ses oeuvres, et notamment du rivage des syrtes.

C'est donc à la fois pour son oeuvre magnifique, mais aussi pour son refus du miroir aux alouettes et la constance avec laquelle il s'y est tenu qu'il a toute mon admiration.

vendredi 21 décembre 2007

Ce qui me plait dans le discours de Latran

Après avoir craché mon fiel (de quoi remplir un billet d'ailleurs), voici venu le temps de dire le bien que j'en pense, surtout contenu dans le deuxième partie, qui ne semble pas écrite par les mêmes personnes. Peut-être la patte personnelle de Nicolas Sarkozy ?

Je suis assez d'accord avec son souci de valoriser notre héritage culturel, comme ciment de la Nation. Se retrouver dans une histoire commune, avec des références communes est essentiel. Les références "religieuses" en font partie, mais les références "laïcité" aussi. J'accorde moins de place que lui aux références "identité chrétienne" dans le mix qui forme notre inconscient collectif. Mais elles en font indéniablement partie et ce serait une grave erreur de le nier. De toute manière, le réel nous revient toujours à la figure, alors autant le voir arriver plutôt que de jouer les autruches.

Je me sens également en phase avec lui, et c'est le coeur de son discours, sur la nécessité de prendre en compte les "questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort". Les religions apportent des réponses. Elles sont ce qu'elles sont, on peut ne pas être d'accord, mais elles existent et depuis la faillite des grandes idéologies issues du marxisme et du culte du progrès technique et scientifique, elles sont un peu seules sur le marché. Si ce n'est pas le rôle de l'Etat de pourvoir à ces besoins, les responsables politiques doivent en tenir compte. "Dans la République laïque, l'homme politique que je suis n'a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates". Très bon résumé !

Je suis d'accord pour faire évoluer la conception française de la laïcité et cela m'apparait possible, car depuis 1905, l'église catholique a changé. C'est contre elle que s'est construite la notion de laïcité. Aujourd'hui, elle a abandonné ses prétentions à donner le cadre dans lequel doit s'inscrire la société. C'est mon principal point de divergence avec Jean-Pierre Chevènement sur ce sujet, car je partage sa définition de la laïcité : "La laïcité, c'est la croyance dans la capacité humaine à définir le bien commun dans l'espace public, en le soustrayant de l'empire des dogmes". Sauf que lui estime que "la bête est toujours là, tapie dans l'ombre, prête à bondir". Comme toutes les confessions, l'église catholique à s'exprimer et à apporter sa vision particulière au débat public. Elle ne prétend plus d'ailleurs avoir une place privilégiée, au dessus des autres. Il faut prendre acte de ce changement, ce qu'une bonne partie de la gauche française, engoncée dans ses archaïsmes, refuse de faire. Vouloir faire taire les religions n'a pas de sens, car elles ne menacent plus la neutralité de l'espace public, et au contraire, se serait se priver d'une source d'enrichissement du débat public.

Pour autant, il faut conserver la laïcité, comme garde-fou contre les tentatives de certains groupes, pas forcement religieux d'ailleurs, de formater l'espace public et les règles qui le régissent en fonction de leurs croyances et de leurs opinions. Quand je vois par exemple une publicité qui dit "le cheval, ça ne se mange pas", je me sens agressé. Personnellement, je n'aime pas la viande de cheval, c'est une question de goût et pour moi, le cheval tient plus de l'animal domestique que de l'animal de boucherie. Mais il ne me viendrait pas à l'idée d'interdire aux autres d'en consommer, en leur faisant injonction de s'aligner sur mes opinions. Je suis un fervent partisan de la liberté, la mienne, et cela m'agace de voir agir ceux qui veulent le bonheur des autres, y compris malgré eux.

Oui à l'assouplissement de la conception de la laïcité, oui à la réintégration des religions dans le champs des institutions autorisées à s'exprimer dans le cadre du débat public. Mais pas d'abandon de cette notion de laïcité, si précieuse pour préserver notre liberté individuelle, toujours mencée, mais peut-être plus par d'autres que les religions.

Ce qui m'énerve dans le discours de Latran

Nicolas Sarkozy a profité de son passage à Rome, pour exposer sa vision de la laïcité et de la place des religions dans la société. Discours important dirons certains. Personnellement, il ne m'a pas appris grand chose de nouveau et m'a énervé sur plusieurs points dont nous feront (charitablement) porter la responsabilité aux conseillers, qui en la matière, ont le dos large. Guaino et Gallo, c'est assez marqué.

Le protestant est irrité. Une fois de plus, Chrétien est utilisé comme synonyme de Catholique. Une phrase résume bien cela : "Que la France soit liée à l'Eglise catholique par ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme". Même si le catholicisme est très majoritaire dans le chrisitianisme français, dire ce genre de chose, c'est nier que les autres confessions chrétiennes aient pu apporter quelque chose. Le problème, c'est que ce n'est pas seulement une phrase. "Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle" Oui, Jean Calvin, né à Noyon en 1509, par exemple. Tous les noms que Nicolas Sarkozy cite ont effectivement contribué au rayonnement du ... catholicisme. C'est malheureusement habituel et lassant, mais ne pas le relever, c'est quelque part l'admettre. Donc je le relève.

L'historien est également irrité, mais que voulez vous, si c'est Max Gallo qui s'est chargé de la partie "perspective historique", cela ne peut être que médiocre (pour rester poli). Résumons donc : l'alliance du trone et de l'autel est une vieille tradition française "ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise", "A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement qui les liait à l'Eglise et aux successeurs de Pierre". Première remarque, l'ultra-montanisme (l'attachement viscéral à l'autorité de Rome) ne date que du XIXe siècle. Avant la Révolution, nous sommes dans le cadre d'une institution ecclasiastique française très "gallicane", c'est à dire assez autonome vis-à-vis du pape. Deuxième remarque, pour les signes de la "profondeur d'attachement", on peut citer l'attentat d'Anagni, où un envoyé de Philippe Le Bel gifle le pape Boniface VIII en 1303, plus prêt de nous, Napoléon Ier, qui emmène dans ses bagages Pie VI, qui meurt à Valence en 1799. Le traitement réservé à son successeur Pie VII, n'est pas mal non plus. En matière d'attachement et de respect, les concordats, que ce soit celui de 1516 ou de 1801, marquent surtout une volonté des politiques de contrôlent strictement l'appreil ecclésiastique, par le biais des nominations d'évêques, politiques avant d'être religieuses. Cela donne par exemple Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord évêque d'Autun. Un modèle de vie chrétienne...

Deuxième sujet d'agacement historique, la vision des promoteurs de la loi de 1905. Là, on a la version Gallo a l'état pur, où les anticléricaux ne sont pas loin d'être traités de génocidaires, et les religieux de "martyrs qui ont souffert". Là encore, quelques correctifs s'imposent. Certes, le petit père Combes n'était pas un tendre, pas plus que ses amis francs-maçons bouffeurs de curés. Mais Aristide Briand, c'est quand même une grande figure de modération et d'équilibre. Même constat du coté des "religieux". A coté de modérés, le journal La Croix, alors tenu par les assomptionnistes, est un torchon violemment antisémite, et Maurras ne cache pas sa foi catholique "militante". Poser que les uns sont des gentils et les autres des méchants, c'est un peu léger dans un texte qui se veut la position officielle d'un président de la république, surtout après la floraison de travaux universitaires solide à l'occasion du centenaire de la loi de 1905.

Le sommet est atteint dans ce passage : "Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie,reconnaissons le, cher Max Gallo, une reconstruction rétrospective du passé". Max Gallo aurait mieux fait d'utiliser un autre argument que "reconstruction rétrospective du passé" pour attaquer ses adversaires, parce que franchement, le baptême de Clovis comme acte fondateur de la France catholique, si ça ce n'est pas de la "reconstruction rétrospective du passé", je ne m'y connait pas !

A croire que la France, au yeux de Nicolas Sarkozy, est plurielle pour tout, sauf pour la religion. J'espère qu'il saura corriger le tir à l'occasion d'autres discours, et qu'il prendra un autre conseiller historique !

Faire le ménage

Un jour, il faudra faire le ménage dans tous ces organismes para-publics, qui brassent des sommes importantes, parfois pour des missions de service public, sans le moindre contrôle sur les actions, mais aussi sur le choix des dirigeants.

Un président de CCI du sud de la France qui n'a pas de mise en examen (ou carrement d'incarcération), c'est comme un cardinal lyonnais qui n'a pas de cancer (ils devraient déménager l'archevêché), il y a quelque chose d'anormal.

jeudi 20 décembre 2007

Avertissement sans frais

Les instances dirigeantes de l'Assemblée nationale commencent à grogner. C'est le signe que leur patience arrive au bout de ses limites, et que l'estomac est déjà plein de couleuvres, qu'il n'est plus guere possible d'en avaler d'autres.

Ce matin, l'Assemblée nationale examinait deux textes de CMP. Ce sont en principes des débats de ratifications, sans modifications possibles, sauf rédactionnelles. Seuls le gouvernement et le rapporteutr peuvent déposer des amendements. Un premier avertissement, gentil, a été délivré lors de la première CMP (sur la loi de finances rectificatives) par Gilles Carrez, rapporteur général du Budget.

Il souligne clairement que les conditions de travail des députés n'ont pas franchement été idéales, et c'est un euphémisme. Le cas emblématique est l'éco pastille pour les véhicules. C'est un sujet qui a été évoqué lors du grenelle de l'environnement, sur le principe. Techniquement, il restait beaucoup de boulot. Cela n'a pas empêché le gouvernement de proposer cette mesure, par voie d'amendement à la dernière minute, juste avant la dernière réunion de la commission des finances. Déjà ça commence bien, ce n'est pas dans le texte initial, les députés découvrent ce dispositif au dernier moment. Pour les études d'impact, ils pouvaient toujours courir ! Eric Woerth l'admet lui-même, l'Assemblée nationale n'a pas eu le temps de faire correctement son travail sur l'eco-pastille et promet que cela ne se reproduira pas (mea culpa, mea maxima culpa). Pour en arriver là, c'est que vraiment le truc a été bâclé.

La véritable montée au créneau a eu lieu lors du deuxième texte, la loi Chatel sur la concurrence au service des consommateurs. C'est Patrick Ollier, président de la commission des Affaires Economiques, qui s'est chargé du boulot, après une préparation d'artillerie de Pierre Méhaignerie, président de la commission des Affaires Sociales.

L'objet de leur ire, deux dispositions issues d'amendements déposés au Sénat et validés en CMP alors qu'ils n'ont jamais été discutés au Palais-Bourbon. Le premier amendement porte sur la possibilité de créer un quatrième opérateur de téléphonie mobile. L'amendement n'est donc pas cavalier, car il s'inscrit pleinement dans la logique du texte. C'est un amendement qui avait déjà été déposé en loi de Finances, mais uniquement devant le Sénat, et qui avait été retiré en CMP, son invalidation par le Conseil Constitutionnel étant certaine (pour des raisons de forme, une mesure financière doit toujours être présentée à l'Assemblée nationale en premier). Ce même amendement a été redéposé en deuxième lecture au Sénat, sur le projet Châtel. Ce qui a énervé le président Ollier, c'est que le Sénat a eu deux fois l'occasion d'en débattre, mais pas l'assemblée, alors que le gouvernement aurait très bien pu déposer cet amendement dès la première lecture de la loi Chatel. Il était prêt, puisque le Sénat en avait débattu lors de la loi de Finances.

Le deuxième amendement litigieux est celui qui porte sur l'ouverture le Dimanche dans l'ameublement, le fameux amendement d'Isabelle Debré. J'ai gouté avec délectation le lapsus de Patrick Ollier, qui a commencé par parler de cette mesure au ministre en lui disant "cette mesure que vous avez voulue" et se rattrapant aussitôt "que le Sénat a voulu". Personne donc n'est dupe de la véritable origine de cet amendement "sénatorial". L'agacement de Patrick Ollier a été plus marqué. Autant, pour le premier amendement sur le quatrième opérateur de téléphonie mobile, les députés sont d'accord sur le fond, autant sur l'ouverture du Dimanche, il y a un véritable débat. Patrick Ollier n'a pas manqué de rappeler au ministre que lors de l'examen de ce texte sur la concurrence par l'Assemblée nationale, il était clair que le sujet de l'ouverture du Dimanche était programmé pour le printemps prochain. Un groupe de travail a donc été créé, présidé par Richard Maillé, 1er questeur de l'Assemblée nationale, pour auditionner et être prêt lorsque la question sera évoquée. Alors que l'Assemblée nationale a été frustrée de ce débat, le Sénat a pu l'avoir, sur une mesure qui va dans une direction (une plus grande liberté d'ouverture le Dimanche) qui n'a en rien été validée par les députés.

Patrick Ollier a été très ferme (autant qu'un parlementaire peut l'être). Ca passe pour cette fois, mais ne nous refaites pas le coup, parce qu'alors les députés feront sauter l'amendement, même s'ils sont d'accord sur le fond. Venant de deux présidents de commission influents, cet avertissement ne doit pas être pris à la légère.

L'Assemblée nationale n'est pas une serpillière. Il était vraiment temps que cela soit rappelé, espérons que cela soit entendu et compris en haut lieu !

Week-end à Rome

Nicolas Sarkozy est à Rome. La Presse ne semble en retenir que deux choses. Il va être intronisé "chanoine honoraire" de Saint-Jean de Latran et Carla Bruni sera-t-elle du voyage. A part cela, il va rencontrer le pape et les dirigeants italiens. Informatif et profond, comme analyse...

Ce titre de chanoine honoraire est une délicieuse survivance, totalement dépourvu de charge religieuse. Pour nous, c'est surtout folklorique, mais visiblement pas totalement pour le Vatican, qui n'en fera pas une messe, de peur que Sarkozy, divorcé remarié (ouh quelle horreur) ne se présente à la communion (Je me demande comment ils feraient avec un président de la République protestant ou juif). Question subsidiaire, la nouvelle favorite sera-t-elle présente à la cérémonie ? Tout cela est amusant, mais purement anecdotique.

Il y a bien entendu un aspect religieux, avec toutes les questions sur la place des religions dans la société, sujet sur lequel Nicolas Sarkozy a des positions assez personnelles et novatrices. Il en discutera avec le pape, mais cela restera une aimbale conversation, car la laïcité est tellement inscrite dans notre culture française que le Vatican n'a pas son mot à dire et n'exerce plus qu'une influence très marginale sur ce thème. Il n'y a même pas besoin d'aller amadouer le pape pour se le concilier en vue de réformes. Contrairement à d'autres domaines, c'est une sujet sur lequel Nicolas Sarkozy sait qu'il ne faut pas imposer. Il peut avoir des positions personnelles qui ne se traduiront pas en actes. Contrairement à ce que semble craindre Libé, on peut avoir un président qui se dit catholique, sans que cela ne soit l'épine dorsale de ses choix politiques.

L'essentiel dans les relations avec le Vatican, ce n'est pas le religieux, c'est le diplomatique. Le réseau des nonces est parmi les plus efficaces du monde, pour la collecte d'informations, mais aussi pour les médiations. Le Vatican est donc une puissance diplomatique avec laquelle il faut avoir de bons contacts. Et là, on est sur du sérieux, le Vatican l'a d'ailleurs bien fait sentir, en faisant capoter une rencontre de Nicolas Sarkozy avec la communauté Sant Egidio, connue pour être un réseau "parallèle" à la diplomatie officielle du Vatican. Comme par hasard, c'est le sujet sur lequel on communiquera le moins, et sur lequel la presse française, même la Croix, ne s'appesantira pas.

mercredi 19 décembre 2007

le bon plaisir du prince

La redevance télé a été un des sujets qui fâchent cette année, lors des discussions sur le budget. En 2004, il a été prévu de supprimer l'exonération dont bénéficient les personnes âgées. Mais "courageusement", les parlementaires avaient alors décidé de reporter l'application de cette mesure à 2007, c'est à dire après les élections. C'est le genre de bombe à retardement qu'on laisse gentillement à ses successeurs. Sauf que là, c'est la même majorité qui s'est retrouvé avec la bombinette. Comme on ne peut pas prêcher sans cesse la vertu budgétaire et continuer à agir tout à rebours, les parlementaires ont décidé de prendre la question à bras le corps et d'endosser l'impopularité d'une mesure bénéfique poru les finances publiques et pour le service public de l'audio-visuel. Au cours des débats assez houleux en loi de Finances rectificative (après article 19) il a été décidé de couper la poire en deux, et ne faire payer en 2008 qu'une demi redevance aux anciens exemptés. Le gouvernement a pris acte, lors du débat ultime sur la loi de Finances pour 2008, en remontant les recettes de la section "dégrèvements" de 50 millions d'euros.

Et voilà que patatras, Nicolas Sarkozy annonce qu'il n'est pas favorable, et qu'il souhaite le maintien (au moins jusqu'au municipales) de cette exemption. J'en reste sans voix ! Je ne pensais pas que l'on pouvait tomber aussi bas dans le mepris du travail parlementaire. On débat, on échange, on tranche, le gouvernement entérine et d'un seul coup, en extrême fin de parcours, alors que la loi de Finances pour 2008 est votée depuis hier, que la loi de Finances rectificative doit être définitivement votée demain matin, le prince décide qu'il en sera autrement et que les parlementaires sont priés de corriger leur copie et de se plier à l'oukase. Je n'arrive même pas à me mettre en colère, c'est dire.

Techniquement, je ne vois pas comment on fait. La loi de finances est bouclée, et le prochain collectif budgétaire, ce n'est pas avant le mois de mai, en tout cas pas avant les municipales. On peut encore intervenir sur la loi de finance rectificative pour 2007, par voie d'amendement gouvernemental. Bercy a une nuit pour pondre le texte, qui va à l'encontre de ce qui a été présenté hier matin, par ce même gouvernement. On tombe au 36ème dessous de l'ubuesque et du ridicule. Je serais parlementaire, je pense que j'oublierais d'aller dans l'hémicycle ce soir et demain et je laisserais Nicolas Sarkozy se démerder tout seul avec son texte "pouvoir d'achat". Pourquoi donc se décarcasser ?

Les restes de la chiraquie

Le bras droit de Christine Boutin bénéficierait d'un très bel appartement, en face du Val-de-Grâce. C'est tant mieux pour lui, sauf que... cet appartement est officiellement un logement social (ou assimilé) de la ville de Paris, avec un loyer de logement social. Et cette attribution ne date pas d'hier, puisque ce monsieur l'occupe depuis 1981, du temps où il était bien placé au cabinet de Jacques Chirac. Il l'a tellement bien occupé qu'il l'aurait même sous-loué entre 1989 et 1996 puis de 1997 à 2007.

Sur le principe même, je trouve cette attribution de logement social à une personne qui manifestement, n'est pas dans le besoin, comme absolument scandaleuse. Ca l'est encore plus quand c'est une personne qui gravite dans les sphères du pouvoir et exerce des responsabilités, et suprême problème, qui occupe un poste très important au ministère du Logement. Ce qui m'attriste, c'est que Christine Boutin prenne la défense de son directeur de cabinet, alors que c'est indéfendable et qu'il sera conduit, dans un bref délai, à la démission et au déménagement. C'est absolument inouï que les membres de "caste" ne se soient pas encore rendu compte du caractère scandaleux de ce type de privilèges et n'en aient pas tirés les conséquences. Christine Boutin est affligeante quand elle évoque cette situation et déclare qu'elle est connue de longue date. Ministre du Logement, je n'aurais jamais engagé un directeur de cabinet qui a une telle épée de Damoclès au dessus de la tête. Mais c'est vrai que les critères de recrutement du cabinet de Christine Boutin étaient tout autres ! Se rend elle bien compte du problème ? Hervé Gaymard devrait aller lui expliquer...

Accessoirement, cela justifie, à mon sens, la mesure prônée par Nicolas Sarkozy de mettre fin aux attributions à vie de logements sociaux. Il faut, régulièrement, remettre les choses à plat. Il semble que cela n'ait pas été fait à la ville de Paris, qui a pourtant changé de bord politique en 2001. Comme quoi, des privilèges qui existaient sous la Chiraquie ont pû perdurer sans soucis sous Delanoé. Cela pose question...

épilogue prévisible et attendu, Monsieur Bolufer démissionne et déménage

Défense de fonds de commerce

Les avocats ont réagi au quart de tour à l'avant projet gouvernemental, qui ressemble plutôt à une piste de reflexion, consistant à autoriser les divorces par consentement mutuel à ne plus passer devant le juge mais devant le notaire. Le démarrage a été d'autant plus vif qu'il s'agit là de la vache à lait de la profession. Vu le nombre de divorces, cela représente un marché captif phénoménal, qui assure l'équilibre économique des cabinets.

On peut donc comprendre leur mouvement. On peut aussi le voir comme une action purement corporatiste, destinée à bloquer une réforme qui pourrait aller à l'encontre de leurs intérêts pécuniers. Les avocats crient avant d'avoir mal, car la réforme ne leur sera peut-être pas aussi défavorable qu'il le présentent. Je serais une personne en train de divorcer, je consulterais quand même un avocat avant d'aller chez le notaire pour entériner la convention de divorce. Histoire d'être bien sur de ne pas faire de connerie. Pour l'avocat, c'est du conseil qu'il facture, sans les inconvénients des actes de procédure à produire (qui doivent être d'un ennui intellectuel sans nom). Maintenant, si le cabinet était une machine à produire des actes de procédures de divorce, ils sont mal.

Les arguments soulevés me laissent un peu pantois, notamment ceux des magistrats, qui s'estiment seuls capables de garantir l'équilibre entre les époux. Si je comprends bien, les notaires sont des incapables ! Pourtant, ce sont eux qui établissent les contrats de mariage, sans que juges et avocats y voient le moindre inconvénient. Il y a pourtant là des enjeux, des équilibres importants, aucune partie ne devant être lésée. La procédure de révision du contrat de mariage, dès qu'il y a des enfants mineurs, est assez lourde. Il vaut mieux ne pas se tromper. Le deuxième point qui me gêne dans ce mouvement des avocats, c'est que le gouvernement a lancé une piste, sans donner la moindre modalité. Tout reste encore à discuter. Quelle étendue des pouvoirs des notaires, quelles obligations ? Quelles possibilités de révision de la convention ? Le juge peut-il être appelé à intervenir ? Autant de questions importantes qui ne sont absolument pas tranchées. Cette piste est pourtant intéressante, car elle laisse une plus grande marge pour les "petits divorces", où il n'y a pas beaucoup de biens à partager (soit il n'y a pas de biens, soit les époux étaient en séparation de biens), où le problème de la garde des enfants ne se pose pas.

Le seul point qui me chiffonne dans cette réforme est la perte de charge symbolique et l'atteinte à l'institution du mariage. On se marie et on se démarie comme on achète ou on vend une maison, cela ne me satisfait pas. Etrangement, ce point n'est jamais abordé par les avocats ou les magistrats.

Chaud aux fesses

Les socialistes ont failli réussir, hier soir, un nouveau coup fumant. L'Assemblée nationale venait de commencer l'examen du projet de loi "pouvoir d'achat" à 18 heures. On débute toujours par ce que l'on appelle les "bla-bla", c'est à dire les discours, ceux des ministres, des rapporteurs, des présidents de commission (parfois). On passe ensuite aux motions de procédure. Chacune à un rôle spécifique. L'exception d'irrecevabilité cherche à montrer que le texte n'est pas recevable car contraire à la constitution. La question préalabale doit montrer qu'il n'y a pas lieu à délibérer et la motion de renvoi en commission a un titre qui suffit comme explication de son rôle. En temps ordinaires, c'est juste du temps de parole supplémentaire pour l'opposition, qui s'en sert pour critiquer le gouvernement. Bien souvent d'ailleurs, les propos n'ont que peu de lien avec ce qu'ils devraient être. A la fin, on passe au vote et ces motions sont rejetées.

Hier soir, la séance a repris à 21 heures 30, sur la motion d'irrecevabilité, qui a failli être adoptée, à quelque voix près. Les orateurs UMP et Nouveau Centre ont été obligé de faire durer le plaisir et de s'accrocher au micro pour laisser le temps de regarnir (péniblement) l'hémicycle, particulièrement vide de députés UMP. On a revu la même panique que pour la ratification de l'ordonnance de recodification du droit du travail, sauf que là, il y avait quelques tenors dans l'hémicycle qui ont su réagir et le président de séance n'était autre que Bernard Accoyer. L'adoption de cette motion aurait mis fin à l'examen de ce projet de loi, qui n'aurait pas pu être redéposé sous la même forme. Et surtout, politiquement, cela aurait été une claque pour le gouvernement, comme l'a été l'adoption de la motion d'irrecevabilité sur la première mouture du PACS, sous le gouvernement Jospin. L'UMP a pu passer de justesse l'obstacle. Les socialistes étaient particulièrement remontés, mais bon, on ne peut pas gagner à chaque fois.

Cela arrive régulièrement que l'on frôle l'incident en séance de nuit, mais cela ne parvient jamais aux oreilles du public. C'est pourtant intéressant de voir qu'il n'y a pas que des amendements adoptés en catimini pendant ces séances nocturnes.

mardi 18 décembre 2007

Gesticulation et inefficacité

Déjà, l'an dernier, les "associations" d'aide au SDF avec en tête Augustin Legrand, gesticulaient devant les caméras sur les bords du canal Saint-Martin. Un an après, ils en sont au même stade. A leurs yeux, rien n'a véritablement changé, alors ils continuent à gesticuler. Et ça continera à ne pas faire avancer les choses. Pourtant, cette année, il leur a été proposé de prendre le manche, et de faire avancer concrètement les choses. Ils ont refusé, sauf un, Martin Hirsch, qui a accepté d'entrer au gouvernement, considérant que proposer c'est bien, mais qu'à un moment donné, cela ne suffit plus. Il faut passer à la vitesse supérieure et se saisir des occasions de faire avancer réellement les dossiers qui lui tiennent à coeur. Et quoi de plus efficace que de prendre des responsabilités.

Il a lancé diverses mesures, mais il est encore bien trop tôt pour tirer un bilan positif ou négatif de son action. L'appareil d'Etat est un lourd paquebot, qui met beaucoup de temps à manoeuvrer. Mais j'estime, au vu des premiers éléments, que c'est Martin Hirsch qui a fait le bon choix, car il est mesure de faire évoluer, de l'intérieur, les différents services qui aident les SDF, de répartir différemment l'argent. Pendant ce temps, quelques bonnes âmes font de l'agitation médiatique, officiellement pour faire pression et obtenir des réformes. Pendant un temps, on les écoutent, en général quand il commence à faire froid (alors que le problème des SDF ne se limite aux températures glaciales dans Paris en hiver) puis les choses reprennent leur pente naturelle, comme le roseau qui plie puis reprend sa forme initiale.

La preuve de l'inefficacité des enfants de don Quichotte, c'est d'abord d'être obligé de reprendre le même barnum que l'an dernier, selon le même scénario, et avec les mêmes people venus se mettre en valeur. Une preuve supplémentaire de leur vacuité, c'est de se déclarer satisfait de propositions totalement vides. On va nommer un parlementaire qui va rédiger une sorte de contrat. En bref, on réunit une commission qui fera des propositions. Et hop, un enterrement de première classe.

Rendez vous en décembre 2008, pour la troisième saison de "les people se font mousser sur le bord du canal Saint Martin". En attendant, des SDF continueront à souffrir et à mourir, de froid en hiver, mais aussi de chaleur en été, pendant que nos people sont dans le Lubéron, mais bon, on ne peut pas être partout.

lundi 17 décembre 2007

Une seule question qui vaille

Carla Bruni serait la nouvelle favorite. Tant mieux pour Sarkozy. Mais pour moi, la seule question intéressante et pertinente sur ce sujet est : est ce que cela va changer quelque chose à la manière dont la France est gouvernée ?

Cela peut avoir des répercussions. Elle peut, comme la marquise de Pompadour ou la marquise de Maintenon, tenter de s'ingérer dans les décisions politiques. Elle devient un "conseiller" au même titre que les autres, entrant dans le jeu de l'influence, de la grâce et de la disgrâce. Elle peut aussi n'être qu'une parure, une aimable potiche pour sorties officielles et diners de gala, qui peut servir à l'occasion à faire l'accompagnatrice pour personnes délivrées (Ingrid par exemple). Elle peut enfin jouer un rôle intermédiaire, une influence indirecte en "stabilisant" son royal présidentiel amant. Cela ne lui fera pas de mal d'ailleurs.

Les possibilités sont donc multiples, mais j'ai bien peur que dans les différents commentaires, cela ne tienne qu'une place secondaire, au profit des apparences, du people et des paillettes.

Bis repetita

La hiérarchie catholique n'en finit pas d'affirmer une prééminence qui n'est plus d'époque, soutenant de vieilles lunes qui achèveront de l'isoler et de précipiter son déclin. Après la claque aux protestants, qualifiés de "communautés écclesiales", c'est au tour des orthodoxes d'en prendre une, avec la réaffirmation de la légitimité à "catholiciser" les chrétiens des autres confessions. A travers ce document, le Vatican montre sa constance à suivre des plans depuis longtemps périmés, avec un autisme phénoménal. Il faut reconnaitre la cohérence globale du propos : La Vérité est une et c'est l'église catholique qui seule la détient. Tout le reste découle de ce postulat.

Sauf, qu'au moins pour l'Europe, ce postulat est complètement dépassé, archaïque et déjà hors de compréhension de beaucoup de personnes, même parmi celles qui se disent catholiques. Le monde a changé, il faut bien l'admettre et en tirer les conclusions en adaptant le message. Se lamenter et refuser la "modernité", version Syllabus de Pie IX, cela ne mène nulle part. J'ai parfois l'impression que malgré des avancées indiscutables, l'appareil bureaucratique du Vatican est encore traversé de courants "anti-modernisme", qui plutôt que de changer le message, voudrait changer le peuple. L'histoire du Christianisme n'est pourtant qu'une longue suite d'adaptations du message, non pas tant sur le fond du fond, mais sur la manière de le vivre, pour l'adapter aux évolutions de la société et des mentalités. On sent aujourd'hui davantage de crispation que d'ouverture au Vatican, avec des textes aussi agressifs pour les autres confessions chrétiennes. Comment peut-on à la fois se déclarer solidaire de tels rappels à la volonté de prééminence catholique et se dire "frère" des autres chrétiens ?

La principale caractéristique des Evangiles est leur pluralité. Tous se réclament du Christ, mais abordent son message et sa vie avec une sensibilité différente, mettant en valeur un aspect plutôt qu'un autre. S'il ne devait y avoir qu'une vérité, il n'y aurait eu qu'un seul évangile, ce n'est pas le cas. Il peut donc exister plusieurs synthèses tout aussi acceptables les unes que les autres, sans pour autant que tout soit admis. Il faut quand même respecter quelques bases et argumenter son propos. La doctrine catholique est tout à fait acceptable, de même que celles des orthodoxes, des luthériens, des calvinistes, des amish, des memmonites (et j'en passe). Les arguments catholiques pour affirmer que la leur est la seule authentique ne sont que des constructions à postériori, conçues par une bureaucratie pour mieux établir son pouvoir sur ses ouailles et attaquer la concurrence. Avec Benoit XVI, pape plus bureaucrate que son prédecesseur, cette logique est relancée, c'est bien dommage.

vendredi 14 décembre 2007

Derrière le Clown, le marchand de tapis

Le colonel Kadhafi termine sa visite en France. Derrière le coté "grand guignol", se cache un personnage redoutable. On ne reste par 38 ans aux affaires, si on ne dispose pas d'un minimum de talent. La France a voulu traiter avec lui, la négociation est loin, très loin d'être terminée, et ce n'est certain qu'elle tourne finalement à notre avantage.

Laissons de coté l'aspect "dictateur" de Kadhafi. Ce n'est pas un grand démocrate, mais au moins, il ne cherche à passer pour tel, contrairement à certains, à commencer par son voisin tunisien, qui n'est pas mal non plus en matière de respect des droits de l'homme. Intéressons nous plutôt au négociateur. Il est absolument fascinant. La France est entré dans son jeu en mordant à l'hameçon, sur lequel il avait mis un bel appât (des infirmières bulgares). Il accepte de vendre sa marchandise, mais pas gratuitement. Il veut des équipements modernes, tant civils que militaires, et surtout une réhabilitation internationale. Il sent en effet le souffre, et même s'il s'est calmé sur certains points, il reste encore assez infréquentable.

La France signe donc, honorabilité contre contrats. L'accord intéresse les deux parties, la Libye ayant de l'argent pour acheter 200 rafales, la France pouvant un peu écorner son image de pays de droits de l'homme (il en restera bien assez pour prétendre encore donner des leçons au reste du monde). Première partie du contrat honorée, Kadhafi laissant partir les infirmières bulgares (on ne mentionnera le médecin palestinien que pour mémoire, la formule devenant trop longue pour les médias si on le rajoute à chaque fois) dans des conditions permettant à Nicolas Sarkozy de se faire mousser médiatiquement. En échange, un premier paiement a lieu, par l'intermédiaire assez louche de l'émir du Qatar, qui sort quelques centaines de millions de sa poche. Enfin, on le présume, le Qatar (et les émirats du Golfe en général) étant devenu la blanchisserie de l'argent sale européen en remplacement de Monaco et du Luxembourg.

Deuxième partie du contrat, la France doit "honorer" Kadhafi, en le recevant avec tous les égards dus à un chef d'Etat. Là, ça commence à coincer. Autant, verser le pognon ne pose guère de problème, surtout quand c'est un autre qui paie, autant là, on se rend quand même compte que notre image internationale en prend un coup. Alors on rogne un peu sur l'éclat de la visite, on autorise la bonne conscience de service à donner de la voix. Comme d'habitude, elle en fait trop, ce qui oblige à ajuster un peu le tir. Le colonel avale et renvoie la politesse en affirmant n'avoir jamais abordé la question des droits de l'homme avec Nicolas Sarkozy. Dans la foulée, la signature de contrats faramineux se résume à la signature de mémorandums, au point qu'on se demande si finalement, les Rafales sont achetés ou pas. C'est la réponse du berger Kadhafi à la bergère Sarkozy "tu veux jouer au con, on va être deux".

Si Kadhafi ne représente plus un réel danger géo-stratégique ou militaire, il reste un redoutable homme d'affaires. Il ne faut pas se fier aux apparences, aux déclarations à l'emporte-pièce et aux exentricités (la tente dans les jardins). Tout cela n'est que de la poudre aux yeux habilement jetée aux médias français, qui se jetent dessus comme ils se jetent sur les petites phrases au lieu de s'intéresser au travail de fond.

Taper jusqu'à ce que ça rentre

Pour la deuxième année consécutive, le Conseil constitutionnel est obligé de faire le ménage dans le Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale. Le carton de cette année (17 articles censurés) est à peine moindre que l'an dernier (18 articles). Et toujours pour les mêmes raisons : cavalier budgétaire !

Comme maître Eolas, je ne peux qu'applaudir, mais en même temps, je me désole. Visiblement, la rupture tant promise par notre président n'est pas encore arrivée jusqu'à l'organisation du travail parlementaire. Rien, strictement rien n'a changé par rapport à l'an dernier. Toujours la même désinvolture, les textes déposés à la dernière minute, mal ficelés, les amendements "soufflés" aux parlementaires pour faire passer des mesures que l'on ne veut pas assumer. Le calendrier parlementaire est une serpillière sur lequel on s'essuie, qu'on tord dans tous les sens.

Et après, certains ont encore le culot de parler de "revaloriser le rôle du Parlement" et ont besoin d'une réforme constitutionnelle pour cela ! Pas besoin de tout ce foin, il suffit simplement d'arrêter de déclarer l'urgence pour cause de confort gouvernemental, de respecter l'obligation qu'on se fait d'accompagner les projets de loi d'études d'impact (je n'en ai encore pas vu une seule), d'arrêter de déposer des amendements gouvernementaux devant le Sénat sur des projets examinés en urgence. Pour tout cela, il suffit de changer les pratiques, et c'est sans doute ce qu'il y a de plus difficile. Ah cette manie française de faire des lois pour ne surtout pas les appliquer...

Heureusement, il reste le Conseil Constitutionnel, qui m'apparait être le seul levier encore capable d'agir et de faire évoluer les pratiques. Mais il va falloir taper fort, et longtemps. Ca tombe bien, Jean-Louis Debré est encore là pour près de 8 ans, et taper comme un sourd, il doit savoir faire, surtout si c'est sur Sarkozy !

jeudi 13 décembre 2007

Régenter l'économie

Le projet de loi "pouvoir d'achat" prévoit que les RTT non prises pourront être payées au salarié. C'est une bonne idée, cela permet de mettre réellement en oeuvre le "travailler plus pour gagner plus". Dans un premier temps, Xavier Bertrand avait affirmé que le salarié pouvait exiger, en s'appuyant sur la loi, d'être payé. Finalement, il a fait machine arrière. L'employeur payera les RTT non prises, s'il le veut bien.

Cela amoindrit grandement l'effet de la mesure, mais en même temps, comment faire autrement ? Nous ne sommes pas dans un régime soviétique. Les politiques ne peuvent que proposer, ce sont les acteurs économiques qui disposent. Toutes les lois et l'agitation médiatique que l'on fait autour n'y changeront rien. Il va bien falloir que notre président admette qu'il n'est pas omnipotent, et que ses imprécations sur la croissance, sur sa volonté d'y arriver, sont contre-productive, car il est toujours délicat de promettre ce qui n'est pas totalement en notre pouvoir.

mercredi 12 décembre 2007

au détour d'un amendement

Les sénateurs ont adopté un amendement qui permettrait aux conseils généraux de récupérer l'APA sur les successions de plus de 100 000 euros. Hurlements des associations de défense des retraités et question au gouvernement à l'Assemblée nationale. On ne touche pas au Grisbi !

Le gouvernement réagit et se prononce contre par la voix de Valérie Létard. S'est elle rendue compte du comique de sa réplique : "Le gouvernement s'est opposé à l'adoption de cet amendement, c'est une question très sensible qui mérite mieux qu'un vote au détour d'un amendement sur le projet de loi de finances" ? Parce que des fois, le gouvernement s'accommode très bien d'une mesure votée au détour d'un amendement, même sur des sujets très sensibles...

Les vraies réformes

C'est là que cela se passe. Une mine foisonnante, dans laquelle mon ami Jules est déjà allé picorer.

Tout ne sera pas réalisé, il y aura des résistances, des échecs. Mais c'est l'effort le plus important de réforme et d'allègement de l'Etat depuis bien longtemps. Quand on couple ce programme pour l'Etat avec ce que propose le sénateur Alain Lambert pour les collectivités territoriales, on a une petite révolution.

Pour ceux qui veulent réellement faire avancer les choses, échanger et discuter utilement, il va y avoir du boulot pour suivre attentivement tous les chantiers qui s'ouvrent. Avis aux amateurs !

Comment font les communistes ?

Le Front national est obligé de vendre son siège à Saint-Cloud, pour s'adapter à son nouveau format financier, sérieusement réduit depuis les dernières législatives. Je me demande comment fait le PCF pour tenir financièrement. Normalement, avec leurs résultats encore plus calamiteux que le FN, cela fait longtemps que l'immeuble de la place du Colonel Fabien aurait du être en vente.

Si vous avez la réponse...

Bouderie

La distribution des postes de président de groupes d'étude a causé une facherie. Deux députés UMP se disputaient la présidence du groupe d'étude sur la chasse, véritable faux-nez du lobby du même nom. Etaient en piste Jérôme Bignon, président sortant, élu de la baie de Somme et Pierre Lang, député de la Moselle. Les chasseurs ont lourdement fait campagne pour Jérôme Bignon, qui a logiquement été élu président du groupe par les députés UMP.

Pierre Lang en a conçu beaucoup de déception et d'amertume. N'ayant pas décroché son hochet, il a décidé de bouder et de quitter le groupe UMP pour devenir apparenté Nouveau Centre. Il a bien entendu été accueilli à bras ouverts. Vous pensez bien, un 22ème député quand la limite pour former un groupe est de 20 députés, cela ne se refuse pas. Cela met François Sauvadet un peu plus à l'abri des bouderies de ses propres députés, qui pourraient être tenté par le chantage au "je rejoint le groupe UMP". Pour l'UMP, c'est peanut, être 321 ou 320, cela ne change pas fondamentalement les choses.

Reste que Pierre Lang donne l'image d'un gamin boudeur. En voilà un qui ne risque plus d'avoir de rapports ou de places intéressantes pendant un bon bout de temps.

Porteuse d'eau

Le club des vigilants du Parlement veille. Le gouvernement avait l'intention de permettre aux marchands de meubles d'ouvrir le dimanche. La chose a été annoncée discrètement, par un article paru uniquement sur l'édition internet du journal "Le Monde". Cela ne nous avait pourtant pas échappé. Restait à savoir si l'amendement serait porté par le gouvernement, ou par un porteur d'eau, c'est-à-dire un parlementaire à qui on demande gentillement de mettre son nom sur un amendement déjà tout préparé par les services du ministre.

Notre ami assistant parlementaire à trouvé quelque chose qui ressemble fort à notre gibier. And the winner is ... Isabelle Debré, sénatrice des Hauts-de-Seine. Reste maintenant à suivre les débats. On peut présumer que le gouvernement donnera un avis favorable à un amendement qui tombe si bien. Nanti de cet avis favorable, il passera comme une lettre à la poste et s'il n'y avait eu ce malencontreux article du monde.fr, on n'y aurait vu que du feu.

mardi 11 décembre 2007

La totale

Sarkozy a promis, Sarkozy tiendra (enfin c'est comme cela qu'on nous l'a vendu). Il y a des fois où on aimerait mieux qu'il ne tienne pas. C'est le cas pour le pouvoir d'achat.

La problématique est assez simple. La France connait un retour de l'inflation, avec une augmentation des prix des matières premières et des denrées agricoles. Du fait de la sophistication (et du tripatouillage) des indices de prix, le pouvoir politique a réussi à masquer en partie cette inflation. La situation devenant de moins en moins tenable (le français de base se rendant compte que tout augmente, sauf ses revenus) politiquement, il a bien fallu en parler. Mais le pouvoir politique français est coincé, car c'est la banque centrale européenne qui tient le manche en matière de politique monétaire, et elle se montre imperméable (et irritée) aux instructions que voudrait lui donner Nicolas Sarkozy. Pas possible de faire tourner la planche à billets. Dans le même temps, nous sommes au taquet en matière de dette et de déficit public. Pas possible de faire des cadeaux au delà du don de joyeux avènement appelé TEPA, et généreusement accordé au coeur de l'été.

Il faut donc faire en sorte que les français recoivent davantage d'argent, sans que cela ne sorte des caisses de l'Etat. La quadrature du cercle ! D'où ce grattage frénétique des fonds de tiroirs : suppression des cautions, réduction du dépot de garantie, possibilité de racheter les RTT, heures supplémentaires défiscalisées, déblocage anticipé de la participation, réforme du calcul du seuil de revente à perte (en espérant que cela fera baisser les prix dans la distribution). Et en plus, il faut un effet immédiat, perceptible avant les élections municipales, sous peine de grosse claque électorale pour l'UMP (déjà que la sociologie électorale des grandes villes évolue vers la gauche...). On comprend que plus l'échéance approche, plus le gouvernement se lance dans des tentatives de plus en plus désespérées et désordonnées. Le projet de loi sur le pouvoir d'achat est la dernière occasion de faire quelque chose, parce qu'après, c'est trop tard, l'effet ne se fera pas sentir avant le mois de mars. On en arrive donc à faire de grosses conneries, sur le fond comme sur la forme.

Sur la forme, on atteint des sommets dans l'ubusesque parlementaire. Ce projet de loi, dont nous connaissons en gros le contenu, doit être délibéré demain en conseil des ministres. Nous aurons alors le texte sur lequel nous devrons travailler, notamment pour rédiger les amandements. L'examen de ce texte doit commencer à l'Assemblée nationale le mardi 18 décembre (mardi prochain), avec une date limite de dépôt des amendements le lundi 17 décembre à 17 heures, avec peut-être un délai de grâce jusqu'à la fin de la discussion générale, c'est-à-dire mardi soir. C'est désespérant ! Comment voulez vous faire du bon boulot. Et en plus, les mesures proposées seront forcement techniques, avec des renvois à des accords de branche, donc des exceptions, des différences entre secteurs économiques, entre grandes et petites entreprises. Quand on veut modifier des usines à gaz comme les RTT et la participation, il ne peut pas en être autrement. Le Parlement va devoir une fois de plus voter les yeux fermés. Ce n'est jamais bon.

Sur le fond, les mesures proposées ne sont que des pis-aller. On propose ainsi de pouvoir débloquer la participation des salariés au cours du 1er semestre 2008. Mais une fois que c'est débloqué, c'est fini. Ce n'est qu'un versement par anticipation. Sur la possibilité de racheter les RTT, on achève de complexifier, si c'est encore possible, le monstrueux système des 35 heures. La solution, c'est de tout mettre par terre et de reconstruire. Mais cela nécessite du courage politique (ce qui n'est pas trop le problème) et du temps (et c'est là que ça coince). Alors on bricole le moteur pour gagner quelques kilomètres heures, comme on trafique une mobylette. Si cela peut payer à très court terme, on aggrave encore le problème de fond et on se dirige inéluctablement vers l'explosion du système, qui arrivera le jour (pas si lointain) où les experts-comptables y perdront leur latin avec une insécurité juridique et fiscale insupportable pour l'activité économique.

Je sens qu'un certain nombre de ministres vont payer pour l'échec, prévisible, de l'effet à court terme de ces mesures. Quelque part, c'est un peu injuste, car à l'impossible, nul n'est tenu !

lundi 10 décembre 2007

Une partition à plusieurs voix

Comme pour la musique, la politique et la diplomatie peuvent être polyphoniques. Le tout est que le résultat final sonne juste et atteigne le résultat escompté. C'est comme cela que j'analyse les déclarations assez franches voire violentes de Rama Yade sur la venue de Kadhafi en France.

Cette visite s'inscrit dans un ensemble plus vaste, négocié au moment de la libération des infirmières bulgares. Dans la package proposé à Kadhafi, il devait y avoir un volet "honorabilité internationale", où le prix à payer pour la France n'est pas monétaire mais symbolique, à savoir recevoir Kadhafi avec tous les honneurs. Aujourd'hui, la France honore cet engagement, bien que cela lui coute, Kadhafi n'étant pas un modèle de démocratie et de respect des droits de l'homme à l'occidental. C'est d'ailleurs cela qu'il est venu chercher, un brevet de "respectabilité" et de fréquentabilité. Une fois reçu en France, c'est bon, il peut aller partout, ce sera moins difficule pour les autres s'il y a un précédent comme la France. Enfin, c'est ce qu'il escompte...

Parce que le gouvernement français n'est pas disposé à aller trop loin dans la "respectabilisation" de Kadhafi. Faut pas pousser quand même, il a payé, certes, mais il n'en aura pas plus que pour son argent. On ne va pas non plus lui remettre la grand croix de la légion d'honneur (du moins je l'espère). Cette visite, c'est lui qui l'a demandée, pas nous. Pour ternir un peu l'éclat de cette tentative de réhabiliation, il fallait une voix discordante, qui rappelle, diplomatiquement c'est à dire indirectement (quitte à réajuster après), que la France ne se leurre pas sur Kadhafi et sur son régime et que cette visite ne vaut pas absolution et amitié éternelle. Rama Yade, vu l'intitulé de son poste, était la personne idoine pour porter cette voix discordante. Elle ne sert d'ailleurs qu'à cela : "bonne conscience de la politique étrangère de la France". On la sort quand on en a besoin, on la laisse à la maison quand il ne faut surtout pas froisser l'interlocuteur.

Contrairement à certains, je ne vois pas de bourde dans les propos de Rama Yade. Bien au contraire, c'est l'une des voix de la diplomatie française, pour une visite qui a été réglé comme sur du papier à musique, y compris dans ses discordances.

Au gré du vent

Le gouvernement continue à prendre les parlementaires pour des imbéciles et le parlement pour une chambre d'enregistrement. Le projet de loi Chatel "développement de la concurrence aui service des consommateurs" est un parfait exemple de la désinvolture du gouvernement.

Alors que le texte ne comporte aucune mesure réellement majeure et à prendre rapidement, le gouvernement déclare l'urgence, au dernier moment. Cela veut dire qu'il n'y aura qu'une seule lecture dans chaque chambre. Cela se justifie parfois, mais doit rester exceptionnel. Depuis bien longtemps, le gouvernement utilise cette procédure pour des raisons de confort (le sien bien entendu). Cela prive les parlementaire d'un véritable débat entre les deux chambres, la deuxième lecture servant aux deux assemblées à accepter ou pas (après débat public) les modifications apportées par l'autre chambre. La deuxième lecture est en principe plus rapide, car les articles votés dans les mêmes termes (vote conforme) sortent du champ de la discussion. Si au terme de cette deuxième lecture, il reste encore des articles qui posent problème, on réunit la commission mixte paritaire, pour trancher. En cas d'Urgence, on réunit tout de suite la Commission Mixte paritaire, dès la fin de la première lecture. Les éventuels conflits entre les deux assemblées se trouvent ainsi réglés par un marchandage en petit comité, sans débat public. C'est gênant et cela devrait être l'exception.

Cela devient encore plus gênant quand le gouvernement introduit des mesures nouvelles et pas anodines, alors que le texte a déjà été examiné par une assemblée. C'est ce qui arrive avec ce texte "concurrence au service des consommateurs", où le gouvernement veut introduire, par voie d'amendement, une disposition sur l'ouverture des commerce le dimanche, qui ne figurait pas dans le texte examiné par l'Assemblée nationale. Cela veut dire que les sénateurs vont pouvoir en débattre, mais les députés non. Seuls 7 d'entre eux, lors de la commission mixte paritaire, devront dire s'ils acceptent ou pas ce que les sénateurs ont décidé. J'estime que l'ouverture des commerces le dimanche est un sujet qui mérite mieux comme débat. C'est un vrai sujet, avec du pour et du contre. Le gouvernement avait initialement décidé de mettre cette mesure dans le projet de loi "modernisation de l'économie", qui doit arriver en avril devant le Parlement. Les députés (ni les sénateurs d'ailleurs) n'ont pas spécialement travaillé le sujet, se concentrant sur le contenu du texte initialement déposé par le gouvernement.

C'est un comportement à la limite du "cavalier". Le Conseil constitutionnel, qui a déjà bien avancé dans la défense des droits du Parlement, pourrait être utilement saisi de ce comportement. Il a déjà été tranché que les mesures financières présentées seulement devant le Sénat, après l'examen par l'Assemblée nationale, ne sont pas conformes à la constitution. Ce serait intéressant qu'il aille encore plus loin, en censurant les "mesures lourdes" qui ne pourraient pas être discutées par l'une des assemblées à cause de la procédure d'urgence et du dépôt tardif des amendements du gouvernement. Nous sommes exactement dans ce cas de figure, puisque le Sénat commence demain l'examen du texte. Au regard de l'exigence de "sincérité des débats", on est très limite.

vendredi 7 décembre 2007

Dosière ne lache rien

René Dosière s'est spécialisé dans le suivi du budget de l'Elysée. Pendant tout le mandat de Jacques Chirac, il a cherché à reconstituer le budget réel de l'Elysée, selon lui largement sous évalué. Bien que très seul dans son combat, il avait raison et a finit par triompher lorsque Nicolas Sarkozy a décidé d'en finir avec l'hypocrisie.

Pour autant, son combat n'est pas terminé, parce que s'il est transparent, Nicolas Sarkozy n'en est pas moins gourmand. René Dosière continue donc son oeuvre de recherche patiente d'information, pour permettre à tous les militants gauchistes d'avoir un peu de contenu à leur dénonciation un peu creuse de la "Droite Bling-bling". Voici le texte de sa question écrite n° 12156, publiée le 4 décembre 2007 :

M. René Dosière souhaite obtenir de M. le Premier ministre les précisions suivantes concernant le récent voyage officiel du Président de la République en Chine : 1. Nombre de personnes ayant participé à ce voyage, en distinguant le personnel administratif, technique et de service assurant l'accompagnement du Président de la République, les ministres et leurs proches collaborateurs, les chefs d'entreprises participant à ce déplacement, les journalistes accrédités, les invités du Président ; 2. Pour chacune de ces catégories de personnes, préciser les modalités concrètes ainsi que le coût du déplacement (flotte aérienne de l'ETEC ou autres) ; 3. Pour chacune de ces catégories de personnes, indiquer qui prend en charge l'hébergement sur place (gouvernement chinois, présidence de la République, ministères, ambassade de France, entreprises...) ainsi que le coût de cet hébergement ; 4. À l'occasion de ce déplacement, préciser si les repas offerts par le Président de la République ont nécessité le transfert de personnels et de matériels de cuisine en provenance de l'Élysée.

Je me posais exactement les mêmes questions.

Faire monter les cours

Chez Nicolas Sarkozy, la comm' semble plus importante que l'action concrète. Quand il doit choisir entre l'efficacité médiatique et l'efficacité réelle, bien souvent, il privilégie la première. Deux exemples récents tendent à m'amener vers cette conclusion.

Sur les ventes d'actions EDF, le fait d'annoncer l'opération à la télévision, quelques jours avant, a sans doute joué fortement sur le résultat financier assez décevant. Quand on lance sur le marché un tel paquet de titres, cela crée des distorsions et des remous, à très court terme, mais quand on peut en jouer sur des volumes importants, la plus value est sympathique. Les traders jouent justement sur cela, sur des variations de cours dans une même journée. Vous pensez bien qu'une opération à 3 milliards d'euros, il n'ont du penser qu'à ça pendant deux jours, la main crispée sur la souris pour passer les ordres dans la micro seconde. Résultat, une moindre rentrée de fonds pour l'Etat, qui a moins vendu que prévu, et à un cours plus faible. A 130 millions d'euros, c'est l'opération de communication politique la plus chère de l'histoire, mais bon, c'est l'Etat (donc le contribuable) qui paie, notre président semble s'en foutre éperduement.

Et voilà maintenant qu'il recommence avec l'icone médiatique Ingrid Betancourt. Le sujet étant revenu à la mode suite au teaser fourni par les FARC (bien dégoulinant d'émotionnel), il fallait que Super-Nicolas se positionne et apparaisse comme le héros qui enverrait quelqu'un (vu que Madame n'est plus là, il va envoyer qui, sa mère ?) chercher Ingrid Betancourt enfin libérée alors que tout le monde a échouer. Pour cela, il sort les grands moyens, comme il sait si bien le faire pour se mettre en valeur. Résultat immédiat, le cours de l'Ingrid Betancourt se met à flamber, les FARC demandant un prix plus élevé. Mais cela, Sarkozy s'en moque, une fois de plus, ce n'est pas lui qui paye. Ce que demandent les FARC, c'est la libération de prisonniers, c'est donc le président Colombien qui va se voir présenter la facture, alors que c'est Nicolas Sarkozy qui va s'octroyer la gloire médiatique. Un scénario à la libyenne en quelque sorte.

jeudi 6 décembre 2007

Les sous-fifres ferment leur gueule !

Une note interne de l'Elysée demande aux conseillers du président de la boucler. Plus d'interventions officielles et même plus de "contacts informels" avec des journalistes. Je me suis dit "chouette, fini d'avoir à subir Guéant à la télévision, Guaino dans les magazines". Enfin, ils se rendent compte que des conseillers ne sont pas des politiques, et que les seuls à avoir une légitimité à s'exprimer, ce sont les élus.

Et bien non, ce n'est pas tout à fait cela. Seuls les "conseillers de second rang" sont priés de la boucler. Le premier cercle des favoris peut continuer à venir hanter des émissions et des lieux où ils n'ont pas leur place. C'est juste un recadrage entre conseillers, les chefs rappelant à leurs subordonnés qu'ils sont les chefs, et que les délices de l'exposition médiatique et de la diffusion des informations, c'est pour eux et rien que pour eux.

mercredi 5 décembre 2007

Un peu de sagesse ?

Il semblerait que certains aient compris qu'on ne peut pas aller plus vite que la musique, et qu'en France, il reste encore quelques procédures à respecter, même quand on est président de la République.

Cela me rassure un peu sur le bon fonctionnement de nos institutions. Il y a encore des gens raisonnables, qui savent faire entendre raison au fan-club, pour que les choses se fassent (ça, ce n'est pas négociable), mais proprement, dans le respect des règles. Cela me réconcilie un peu avec l'exécutif.

Le lait sur le feu

Il faut toujours surveiller le lait sur le feu, et à l'Assemblée, toujours faire attention à être amjoritaire dans l'hémicycle, surtout sur les textes sensibles. Pour s'être un peu endormi, le groupe UMP vient de voir la casserole déborder.

Le texte examiné est la recodification du code du travail. Texte technique, mais aussi symbolique, car "Code du Travail" est un mot clé à Gauche, qui est souvent précédé de "démentelement" pour qualifier toute initiative de la Droite sur ce thème. Il fallait s'attendre à ce que les socialistes tentent quelques escarmouches. Le groupe UMP n'a pas été à la hauteur sur ce coup. En effet, alors que la séance ronronne, une petite dizaine de députés socialistes sortant de réunion se pointent dans l'hémicycle à 12 heures 15. Alors que le groupe UMP était jusque là majoritaire (de pas grand chose), d'un seul coup, c'est la gauche qui est en majorité dans l'hémicycle. En temps normal, c'est le branle-bas de combat chez les chargés de mission du groupe, qui font chauffer les portables pour rameuter du monde en séance pendant que quelques députés UMP font trainer le débat, le temps que les petits copains arrivent. Là, rien, on voit les socialistes s'installer sur les bancs et quand on arrive au vote d'un amendement, le président de séance (le socialiste Jean-Marie Le Guen) compte et annonce que l'amendement est adopté. Et là, toujours rien du coté du groupe UMP. Deux autres amendements passent jusqu'à ce que le député UMP ayant la délégation du groupe demande la parole pour réclamer une suspension de séance. Délice suprème, il se fait doubler par un socialiste centriste qui avait demandé la parole avant, et qui demande à sa place la suspension de la séance.

Sur le fond, les amendements adoptés pendant ce bref instant majoritaire de la gauche ne sont pas bien méchants et sauteront en deuxième lecture. Ce qui est vexant, c'est de s'être fait surprendre ainsi comme des bleus. Il fallait s'attendre à ce genre d'opération "commando" des socialistes. Ils sont dans leur rôle. Dans ce cas là, on s'arrange pour ne pas mettre un socialiste comme président de séance. Lors du comptage des votes, il a bien entendu favorisé son camp en déclarant l'amendement adopté. Un autre président aurait sans doute déclaré le premier comptage "à mains levées" douteux et aurait demandé un vote "assis-debout", voire un scrutin public. Ensuite, on ne donne pas la délégation du groupe à un petit nouveau, comme cela était le cas ce matin pour l'UMP. Le pauvre ne connaissant pas les subtilités du règlement, il n'a pas su réagir correctement et promptement. Et on ne peut pas lui en vouloir. C'est au groupe de veiller à ce genre de détails.

A la reprise de la séance, la gauche s'est offert un petit plaisir supplémentaire. Jean-François Copé prend la parole et attaque assez durement. Un peu tard mon gars, il faut réagir avant, pas après avoir marché sur la peau de banane gentillement posée par ses adversaires. Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste le renvoie dans ses buts et achève la séance en demandant la vérification du quorum. Cela oblige la président à suspendre la séance pendant une heure, pour vérifier que la majorité absolue des députés est bien présente dans l'enceinte de l'Assemblée. Et le coup de grâce est porté par Jean-Marie Le Guen, président de séance "compte tenue de l'heure (12h30), la séance est levée". L'examen du texte, qui devait se terminer hier soir, n'est toujours pas achevé. Petite victoire socialiste, mais victoire quand même.

mardi 4 décembre 2007

Le mantra "code du travail"

Il existe des mots clés, qui provoquent des transes et entrainent des réflexes pavloviens à Gauche. On a par exemple "ISF", on a aussi "Code du Travail". Le débat part alors en vrille, quittant toute rationnalité. Ce sont des totems, il ne faut pas y toucher !

Ce soir, l'Assemblée nationale examine un projet de loi portant ratification d'une ordonnance de réforme du code du travail. Il s'agit d'une recodification à droit constant, c'est-à-dire un dépoussiérage, une remise en ordre qui ne doit pas toucher au fond. Et il y en avait besoin, parce qu'au fil des lois, on rajoutait des articles, le tout devenant un vaste bazar totalement illisible, sauf pour les spécialistes, et encore...

Le premier travail a été de renuméroter les articles et de changer le plan pour le rendre plus cohérent. Comme j'aimerais que la même chose soit faite pour le Code général des impôts. Certes, les juristes vont en être un peu chamboulés dans leurs petites habitudes, mais les quelques larmes sentimentales qu'ils verseront ne sont rien a coté de la lisibilité ainsi offerte au grand public.

Un grand ménage a aussi été mené sur le contenu, en opérant un tri rigoureux entre mesures législatives (article 34) et mesures règlementaires (article 37). En matière de droit du travail, la loi fixe les grandes orientations et le reste relève du règlementaire. Les parlementaires ayant l'habitude d'oublier l'existence de cette distinction, ils multiplient les amendements "règlementaires", qui sont adoptés sans difficultés, le gouvernement n'opposant que très rarement l'irrecevabilité au titre de l'article 41 (à l'inverse de l'irrecevabilité au titre de l'article 40, parce que là, il est question d'argent). Le commission chargée de la recodification a donc reclassé un certain nombre d'articles dans la partie règlementaire. Les puristes ne pourront que s'en satisfaire.

Pour faire taire les critiques qui évoqueraient une réforme "en catimini", sachez que la réforme a été lancée en février 2005 et que l'ordonnance a été prise le 12 mars 2007. Tout le monde a eu largement le temps d'expertiser ce texte, qui était public, accessible à tous, et même déposé sur le bureau du Sénat depuis le 18 avril 2007. Contrairement à d'autres mesures prises avec précipitation, ce texte a été muri. Plusieurs acteurs s'y sont penché, sous la houlette de la commission supérieure de codification peuplée d'éminents juristes. La consultation a été large et tous ceux qui voulaient se faire entendre n'avaient aucun mal à être auditionnés.

Pourtant, les gauchistes militants ne peuvent pas s'empêcher de brandir l'argument de la réforme silencieuse, sans débat, c'est plus fort qu'eux. On n'est plus dans l'argumentation, mais dans la mauvaise foi et contre ça, il n'y a pas grand chose à faire. Certains parlementaires veulent organiser tout un barnum autour de ce texte, avec une foule d'amendements et une mobilisation assez sensible dans l'hémicycle. Leurs principales craintes porte sur les risques de modifications involontaires, au détriment bien entendu des salariés. Certains n'hésitent pas à aller plus loin et accusent le gouvernement d'avoir fait ainsi passer en douce des réformes impopulaires. C'est clair qu'il y aura des bugs, vu l'ampleur de la tâche. Parfois, il suffit d'un "et" qui remplace un "ou" et l'article ne dit plus du tout la même chose. Pour autant, j'estime que l'on peut faire confiance aux juristes qui ont travaillé, et si effectivement des erreurs ont été commises, il faudra les rectifier.

A tout ceux qui seraient tentés de profiter de la fenêtre médiatique pour "s'indigner", gardez vos forces pour étudier ce nouveau code, le décortiquer et faire des propositions précises et argumentées de modifications. Cela prendra du temps, car pour avoir l'impact réel de cette recodification, il faudra attendre les premières décisions de justice. D'ici là, cela laissera le temps, à ceux qui font autre chose que du bruit militant, de se familiariser avec ce code et de faire oeuvre utile.

L'hôpital qui se fout de la Charité

Fadela Amara et Nadine Morano qui se crêpent le chignon, cela peut donner des résultats fabuleux. La banlieue, elles connaissent, elles en viennent et en ont gardé pas mal de chose, dont la vulgarité de langage. Cela donne quelque grand moment de "parler-vrai", sans langue de bois. A quand le passage à "vieille pute" et "sale arabe" ?

lundi 3 décembre 2007

Vitesse et précipitation

Nicolas Sarkozy fait une intervention politique à la télévision, et hop, un texte est présenté au Parlement. Au delà de l'habituel énervement face à ces textes de pure communication, je crains très franchement le pire sur le plan technique.

La dernière loi sur le pouvoir d'achat, c'était en juillet dernier. A peine appliqué, pas encore évalué, et ça y est, on remet ça. Pas le temps de souffler. C'est encore la meilleure manière de faire des conneries. Le bon président Warsmann va pouvoir remplir un nouveau camion-bazar, d'ici quelques mois, parce que ce genre de texte, pondu par les plus beaux technocrates de Bercy, va sans doute mettre encore plus de pagaille et de complexité.

Par pitié, que ce ne soit pas une proposition de loi !!! Au moins, un projet de loi passe devant le Conseil d'Etat, ce qui permet d'arriver avec un texte de base qui tient à peu près juridiquement la route. Au passage, le gouvernement montre un mépris du Parlement. Il n'y a actuellement, aucune proposition de loi sur le sujet. Si un député venait à en déposer une dans les jours prochains, c'est évident qu'elle ne serait pas de lui, mais des services de Bercy, expédiée toute faite par mail, avec juste le nom du parlementaire à mettre en haut. On peut déjà passer l'annonce : "Ministre pas sûr de la qualité de son texte, cherche pigeon sur siège rouge pour faire le porteur d'eau et assumer toutes les malfaçons d'un texte bâclé à la hâte. A gagner, toute la reconnaissance du ministre (ça ne coute rien), quelques subventions pour ses électeurs et un peu de gloire médiatique (à double tranchant)". C'est exactement la configuration de l'amendement ADN de Mariani. Et après, on tient des grands discours sur la nécessaire "revalorisation du Parlement". Je me marre !

Le contenu est déjà connu : "Ce texte permettra «le rachat des heures de réduction de temps de travail (RTT) et des comptes épargne temps, le déblocage de la participation et la mise en place d’une prime de 1.000 euros dans les entreprises de moins de 50 salariés», a expliqué le premier ministre. Les entreprises de moins de 50 salariés ne bénéficiant pas du système de la participation, ce système leur permettra de verser une prime défiscalisée". Comme si le système des 35 heures n'était pas assez complexe, et bien non, on en met encore une couche. Là, je pense que l'ordre des experts-comptables devrait monter en ligne et demander "halte au feu". Le système des heures supplémentaires, voté en août et entré en vigueur le 1er octobre a été un véritable calvaire (pas encore terminé), pour les fêtes, voici une nouvelle usine à gaz. On devrait interviewer les députés de la majorité et leur demander d'expliquer clairement les mécanismes qu'ils s'apprêtent à voter. A part un ou deux techniciens des finances, ils seraient incapables de le faire. Le dernier espoir restera le Conseil Constitutionnel, et sa jurisprudence sur "l'intelligibilité de la loi".

Sur le logement, on retombe dans l'ubuesque et l'économie administrée. Dame Christine est chargée d'"engager dès cette semaine la concertation avec les professionnels du logement pour que dès le 1er janvier les loyers soient indexés sur les prix et non plus sur l’indice de la construction». Elle va préparer un projet de loi pour «supprimer dès le début de 2008 les cautions et réduire à un mois les dépôts de garantie". L'augmentation des loyers n'est plus, depuis 2006, indexé sur le coût de la construction, mais sur un indice hybride, où le coût de la construction n'entre que pour 60%. Quelle évaluation, quelles études d'impact, est-il véritablement nécessaire de changer d'indice ? Visiblement, ces questions ne seront pas posées, puisque le gouvernement y a déjà répondu. Sur quelles bases, on n'en sait rien ! Mais le pire, c'est après : Plus de cautions, et seulement un mois de dépôt de garantie. Mais c'est l'URSS ! pourquoi, carrement, ne pas nationaliser tous les logements pendant qu'on y est ! Quelles garanties pour les propriétaires ? Dans ces conditions là, je ne loue plus, car je n'ai plus aucun recours en cas de non paiement des loyers. Déjà que la législation est très favorable aux locataires, là, c'est la mort du parc locatif privé ! Là encore, j'aimerais beaucoup lire les études d'impact d'une telle mesure. Et comme de juste, la mesure doit être applicable dans 3 semaines.

Je pense que ça va craquer. Toutes les conditions sont réunies pour renouveler la catastrophe DADVSI, et notamment le coup d'éclat du 22 décembre 2005, où les députés ont adopté un amendement qui mettait complètement en l'air la logique du texte. On va avoir des projets de loi en urgence, mal ficelés, que les parlementaires seront priés d'adopter conforme, sans préparation, sans dialogue préalable (tout est déjà décidé), le tout en fin de session, à un moment où ils sont fatigués (et les assistants aussi), où ils ont la tête ailleurs avec les municipales et les cantonales. L'opposition, si elle arrive à bien se mobiliser, peut jouer quelques tours pendables au gouvernement.

samedi 1 décembre 2007

le parcours tranquille de l'apparatchik

Bruno Julliard quitte la présidence de l'UNEF, pour raisons personnelles prévues de longue date. Il se présente quelque part en mars prochain ?

Alors que le milieu des activistes qui se disent étudiants est en pleine ébulition, le jeune Juilliard, futur cadre du Parti Socialiste, poursuit son plan de carrière. Peu importe ce qui se passe, il y a un moment où il faut passer à autre chose. Un capitaine qui quitte le navire en pleine action, c'est montrer un grand respect pour ceux qui vous ont donné mandat. Au passage, il donne une grande leçon de démocratie en annonçant que son vice-président sera le seul candidat à sa succession, et sera donc élu. J'espère qu'il ne se comportera pas ainsi vis-à-vis de ses électeurs, plus tard, lorsqu'il ne manquera pas d'être élu dans un siège bien à gauche.

Mais j'en doute, car il est formé à la politique par la vieille école, celle qui voit avant tout la carrière personnelle, et après le service du public, qui n'hésite pas à se parachuter, voire à changer pour passer à plus grand et plus prestigieux, laissant en plan ses premiers électeurs (qui en général, le font payer au dauphin désigné). J'aurais beaucoup de mal à voter pour ce type de candidat, qui n'a jamais fait que de la politique. Entré jeune dans les structures militantes, il s'intègre dès la fin de ses études dans le système, comme permanent du parti ou comme collaborateur d'élu. Pour lui, la politique est un métier, il ne sait rien faire d'autre. Cette espèce existe beaucoup à gauche, où les postes d'assistants parlementaires sont vus comme une pépinière de jeunes élus (voyez le nombre de députés socialistes qui ne peuvent pas mettre autre chose qu'assistant parlementaire dans la case profession), mais aussi à droite.

Ce n'est pas comme cela que j'envisage l'engagement politique.