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jeudi 31 janvier 2008

Que des gens méritants ?

La nouvelle promotion de la légion d'honneur vient enfin de sortir. Nicolas Sarkozy avait retoqué les propositions : pas paritaires, trop de fonctionnaires, de "gens du système" et pas assez de "gens ordinaires méritants".

Et qui trouve-ton parmi les promus : Alain Minc, qui passe commandeur (il était officier depuis 2002). Quels sont donc les mérites exceptionnels de ce personnage, qui lui valent cette promotion ?

Quel foutage de gueule ! Comment, avec un seul homme, briser l'effet recherché par le coup d'éclat du refus initial des propositions !

Les profs devraient être contents !

Une réforme du métier d'enseignant est sur les rails. Une de plus me direz-vous. Oui, mais cette fois, plutôt que de lancer comme la "réforme du siècle" un machin inapplicable, on s'attaque aux problèmes par le biais de la condition enseignante. Ce n'est pas idiot, car l'enseignement sans les enseignants, cela n'a pas de sens, et que trop souvent, les aspects humains ont été oubliés dans les réformes. Dans l'ébauche de rapport qui servirait de base à la réforme (notez que rien n'est figé), on trouve plein de choses sur de vrais problèmes.

Le premier est l'envoi quasi systématique des jeunes recrues à l'abbatoir. Un jeune prof qui sort de l'IUFM a de très fortes probabilités de se retrouver en ZEP. C'est ce qui aurait dû m'arriver si je n'avais fort opportunément quitté l'Education nationale : Un collège à Arnouville-les Gonesse ! Ce sujet est battu et rebattu, tout le monde convient que c'est catastrophique, pour les jeunes enseignants, mais aussi pour les élèves, à qui on devrait donner plus (c'est à dire des profs solides et expérimentés) et à qui on donne moins (des débutants qui n'ont qu'une envie, c'est de partir). Il faudra bien admettre qu'enseigner en banlieue et dans un établissement tranquille de province, ce n'est pas le même métier. En banlieue, on passe son temps à faire la discipline, de l'éducatif et on passe quelques savoirs, à quelques élèves, comme on peut et quand on peut. On est davantage sur un profil "éducateur spécialisé" que professeur du secondaire. J'attend de voir ce qui sera proposé, parce que soulever un sujet, c'est bien, cela ne porte pas remède pour autant.

Deuxième sujet, plus occulté, mais tout aussi essentiel, celui des "vieux profs". Le drame de ce métier (et c'est aussi un peu pour cela que je suis parti), c'est que l'on commence prof et qu'on finit prof. 40 ans à faire la même chose, ce n'est pas drôle, et combien d'enseignants, arrivés à 45-50 ans, ont "perdu la foi" et ne sont plus heureux dans leur métier, que pourtant ils aimaient. Souvent, ils sont fatigués des élèves, ils ont fait le tour du métier. Et que leur propose-t-on ? Pas grand chose si ce n'est de passer chef d'établissement, ou inspecteur. Mais de toute manière, on reste au sein de l'éducation nationale. S'engager dans la voie de l'enseignement s'apparente à entrer dans un tunnel professionnel ! Que l'on propose davantage de passerelles, avec de véritables formations pour changer complètement de métier et entamer une deuxième carrière, c'est véritablement quelque chose de positif.

Troisième point, plus anedotique, le rapport propose d'offrir une possibilité de prendre une période "sabbatique professionnelle", en partant un peu à l'étranger. C'est à la fois une respiration, mais aussi une possibilité de se former, de découvrir autre chose et de s'ouvrir à l'international.

Le rapport n'élude pas la question de la rémunération. C'est vrai que les salaires des enseignants ne sont pas fabuleux. C'est même pas terrible vu le niveau de formation et de qualification ! Mais comme toujours, on se heurte à la question du budget. Pas possible d'augmenter les crédits, il faut être inventif "à budget constat". Je ne vois pas trop comment on va faire ! C'est déjà beau que l'Etat reconnaissent qu'il sous-paie ses employés, vu que trop souvent, on a été dans le déni sur cette question.

Le rapport semble aussi se pencher sur l'organisation du travail des enseignants, et sur la prise en compte de toutes les tâches qui leur incombent. Rien que cela, c'est déjà très bien ! L'enseignement, ce n'est pas seulement faire son temps devant les élèves et se casser chez soi, en se foutant complètement de la vie de l'établissement. Il y a des enseignants qui sont comme ça, mais heureusement, il y en a encore qui s'investissent dans leur bahut, qui assument les "tâches annexes" de manière consciencieuse, et surtout qui organisent des choses pour les élèves en dehors de leur discipline. Cet "investissement extérieur" doit être reconnu et valorisé (y compris sur la feuille de paie), car le dynamisme d'un établissement apporte un mieux-être qui fait la différence, pour tous. Le personnel et les enseignants se sentent mieux dans leur travail, un esprit d'équipe existe, on sent moins seul, pas enfermé dans un face-à-face avec ses élèves. Pour les débutants, c'est primordial d'arriver dans un établissement dynamique. Pour les élèves, pas besoin de faire un dessin, c'est le même topo.

Le rapport souhaite aussi davantage "encadrer" les enseignants. C'est vrai qu'actuellement, un prof fait ce qu'il veut devant sa classe, et il n'y a pas grand chose à faire contre un mauvais prof, sinon subir et attendre l'année suivante en espérant ne pas retomber sur lui. Actuellement, un chef d'établissement n'a pas les moyens de forcer un enseignant à assumer correctement les "taches annexes" comme les conseils de classe, les rendez-vous avec les parents, la mise à jour de ses cours. J'ai connu une prof d'histoire-géo (ma matière) qui arrivait d'un bon bahut de région parisienne et qui débarquait dans une ville tranquille de province, dans un établissement sans histoire, avec comme perspective d'y terminer sa carrière (il lui restait quand même 15 ans à faire). On sentait qu'elle s'en foutait complètement, au point de ne donner à ses élèves de 1ère que des contrôles de connaissance. Pas d'entrainement à la dissertation (trop long à corriger) ni même au commentaire de texte. Pour les préparations, elle puisait dans ses stocks de documents sans chercher à le renouveler. Son investissement dans la vie de l'établissement était du même niveau. Le chef d'établissement ne pouvait rien lui dire, car il n'avait pas la moindre prise sur elle, puisqu'elle était déjà bien haut dans les échelons, et n'envisageait pas de demander une mutation. Quand ce n'est qu'un ou deux cas par établissement, ça passe, quand c'est une majorité, c'est autre chose ! Effectivement, dans ce cas là, il peut être intéressant de donner quelques outils aux chefs d'établissement, pour qu'ils puissent "motiver" les enseignants, et récompenser, y compris et surtout financièrement, ceux qui se donnent du mal et s'impliquent. Reste à voir les modalités concrètes, mais sur le principe, cela ne me choque absolument pas.

Dernier serpent de mer évoqué, la formation dans les IUFM. C'est insoluble ! Enseigner, c'est un métier, et il ne suffit pas d'aimer les maths pour être un bon prof de maths ! Quand on prend des jeunes qui sortent de plusieurs années de fac, à bachoter, on ne peut pas les mettre comme ça devant des élèves. Le premier souci est là, l'absence totale de formation au sein de l'université, à la transmission de connaissance et à tout ce qui fait l'essence du métier d'enseignant. Deuxième problème, c'est la mentalité des formateurs IUFM. Beaucoup se sentent investis d'une mission, et pour les pires, on à l'impression qu'être formateur IUFM leur permet de changer le monde et de le sauver. D'où des contenus très théoriques, et des formations qui tiennent du formatage et du lavage de cerveau. On "modèle" les jeunes enseignants comme de la pate à modeler, en les faisant entrer dans un moule, le tout en un an. La "commande" passée aux IUFM est irréaliste, on ne passe du stade total néophyte à professeur aguerri en un an. C'est un métier qui s'apprend sur le tas, et en plusieurs années, chacun ayant sa manière d'apprendre et son rythme. Il arrive que l'usinage IUFM brise des jeunes et les dégoûte de l'enseignement (j'en suis le parfait exemple).

Le peu qui a fuité laisse entrevoir un rapport intéressant, qui touche à beaucoup de sujets essentiels, et qui marquera sans doute une étape importante dans l'évolution du métier d'enseignants (sans tout régler, bien entendu !). Qu'en retient le Figaro pour en faire son titre : "il pourrait peut-être y avoir une possibilité de début de rémunération au mérite, ce qui est un chiffon rouge pour les enseignants". C'est navrant, car cela ne résume absolument pas ce rapport.

mercredi 30 janvier 2008

Symbolique

La vente de la garde robe de François Mitterrand est d'une richesse phénoménale pour l'analyste (psychanalitique) et l'amateur de symboles.

Premier élément, le fétichisme socialiste. Certains leaders socialistes se seraient presque battus pour acquérir des reliques, ou tout au moins pour empêcher les rivaux de les acquérir. François Hollande a été obligé de pacifier tout cela en faisant préempter par le PS. Je rassure tous les socialistes, pas plus que les reliques de saints médiévaux ne donnait la saintété à leur possesseurs, les vêtements de Mitterrand ne transmettent pas son aura et la possibilité d'être élu, comme lui, président de la république. Il faut autre chose dont certains et surtout certaines, sont particulièrement dépourvues.

Deuxième symbole amusant relevé par Maitre Eolas, la marque de la robe d'avocat : Cerruti. C'est-y-pas bling-bling ? Mais au moins, Mitterrand avait le luxe discret, c'est sans doute la seule différence sur ce point avec son successeur actuel. Mais le symbole le plus délicieux, c'est quand même le nom de l'acquéreur, Maitre Karim Achaoui, l'avocat des truands et du milieu parisien ! et comme Mitterrand, lui aussi victime d'une tentative d'assassinat (mais contrairement à Mitterrand, Achaoui a failli y passer). Enfin, comment ne pas signaler que Maitre Achaoui a été mis en examen pour recel de banqueroute.

Mais tout cela n'est que coïncidence, bien entendu...

Le summum du conservatisme

Les taxis foutent la merde en France, pour défendre leur rente de situation. A leur place, j'aurais honte.

L'artisan taxi est bien protégé en France, par un système administratif qui limite l'offre. En limitant le nombre de licence, et surtout, en opérant une sélection par l'argent (vu le prix de la licence). Je ne vois pas en quoi ce système est bénéfique aux usagers. A Paris, ils sont tous aux aéroports, parce la course Roissy-Paris et Orly-Paris, c'est tellement plus rentable et facile que de tourner et de multiplier les petites courses. Par contre, essayez de trouver un taxi, le soir, pour aller au delà du périf, bon courage !

C'est lassant de voir que la France ne change pas, que personne ne veut faire d'effort, même quand les situations justifient une remise à plat. Attali ne propose pas de supprimer le métier de taxi, juste de l'ouvrir un peu plus. C'est pas la mort !

mardi 29 janvier 2008

Le journalisme à la Française

Le journalisme à la française, ça consiste à se procurer des scoops, des informations inédites. Pour cela, tout est bon : violation du secret défense, du secret de l'instruction, du droit à la vie privée. Par contre, analyser, trier, expliquer, mettre en perspective, c'est secondaire.

Pour moi, le vrai journalisme, c'est celui qui est capable d'analyser correctement les informations, celui qui sait expliquer ce qui est derrière les faits, qui est capable de les hiérarchiser, d'éliminer ceux qui ne sont pas significatifs. Sur l'affaire Société générale, la presse française dans son ensemble a été particulièrement médiocre ! Média part qui tient son scoop de lancement en ayant récupéré le PV de l'audition de Kerviel, Le Figaro qui parle du frère de Kerviel qui a fait des conneries, même si cela n'a rien à voir avec la société générale et n'apporte pas le moindre éclairage. Sans parler des premiers articles qui ne font que reprendre les communiqués de la Société générale, du professeur Elie Cohen qui passe en boucle comme seul "expert". Je ne demande pas aux journalistes d'être capables de comprendre les mécanismes de la finance, juste de connaitre des gens qui soient capables de le faire à leur place en étant parfaitement objectifs. Finalement, les blogs m'ont été plus utiles...

Arriverons nous un jour à avoir une presse de qualité ?

Forcement, il a triché...

Un américain, administrateur de la Société générale, a vendu un beau paquet d'action Société générale juste avant la chute des cours. Il a ainsi sauvé ses avoirs. En France, un type qui a du flair est forcement un fraudeur. Si quelqu'un vend un paquet d'actions juste avant une chute brutale des cours, c'est nécessairement à la suite d'un délit d'initié.

Je n'ai pas les élements du dossier, je ne me pronconcerai donc pas sur le fond. Mais peut être bien que cet administrateur a tout simplement du flair, qu'il connait bien les activités de la Société Générale, et sa présence sur les marchés des produits dérivés complexes. Peut-être a-t-il su évaluer son exposition au risque "subprime" et estimé qu'il valait mieux retirer ses billes. Il a donc vendu, pendant la période où il pouvait le faire, c'est à dire entre décembre 2007 et le 18 janvier 2008. Le cours se maintenant bien, il a attendu le dernier moment et a vendu en bloc sur la fin de la période. Il n'a commis aucune illégalité et pourtant, c'est presque lui qui doit se justifier et non ces accusateurs.

En France, quelqu'un qui réussit est forcement suspect. La chance, le talent, le flair, ça n'existe pas. C'est triste d'avoir une mentalité comme ça, où celui qui réussit ne peut qu'avoir eu recours à la triche. Pas étonnant après que nous ayons une croissance molle et que l'essentiel de la Finance européenne soit basée à Londres.

Etre responsable

La Société générale n'a pas fini d'être secouée par le scandale "Kerviel". Plus ça va, plus on découvre que ce n'est pas simple, et que les responsabilités sont partagées. Il semble encore un peu tôt pour tirer des conclusions, et demander la tête de qui que ce soit, mais c'est clair que l'organisation de la Société générale n'était pas optimale, pour les contrôles, mais aussi pour la motivation du personnel et la reconnaissance des talents (Kerviel semble avoir agi pour être "reconnu").

J'ai été un peu agacé, à la lecture du titre de l'article du Figaro "Sarkozy accentue la pression sur Daniel Bouton". La Société générale est une société privée, qui n'a pas d'ordre à recevoir des politiques. Il faut que Sarkozy se mette bien dans l'idée que l'époque gaulliste est terminée et que l'interventionnisme d'Etat dans la gouvernance des grands groupes privés, c'est du passé. Toutefois, j'ai relevé une phrase dans le propos de Nicolas Sarkozy qui me plaît (même si c'est en partie de la com') : "quand on a une forte rémunération qui est sans doute légitime, et qu'il y a un fort problème, on ne peut pas s'exonérer des responsabilités". Il pointe là un travers bien français, celui de la connivence des élites pour se coopter et se protéger. Certains membres hauts placés des cercles du pouvoir ont pu faire des conneries énormes (le Crédit lyonnais en est l'exemple type) sans être réellement sanctionnés et écartés. Certains, comme Alain Minc, ont même été capables de rebondir et de continuer à occuper des responsabilités, alors même qu'ils laissent systématiquement des champs de ruines quand ils quittent une structure !

Si cette petite phrase présidentielle pouvait aussi (et surtout) s'appliquer au secteur public, là où le président de la République a un réel pouvoir de nomination et de sanction, ce serait une très bonne chose. Il serait bon que les hauts-fonctionnaires aient plus souvent à assumer leurs responsabilités et à répondre de leurs conneries.

lundi 28 janvier 2008

Parler de la Shoah

Il est des mots piégés. "Shoah" en est un et Laurent Gloaguen vient d'en faire l'amère expérience. Dans un billet très maladroit, où il exprime plus un état d'âme qu'une pensée construite, il a le malheur de parler de la Shoah en termes qui peuvent apparaitre louangeurs.

Parler librement de la Shoah semble être mission impossible. Une voie a été traçée par une communauté religieuse. Elle interdit de nier ou de contester la Shoah, elle interdit d'en rire ou d'en parler autrement que sur un ton grave. Toute déviance est immanquablement sanctionnée (voyez donc les réactions au billet de Laurent, une plutôt modérée, une autre inacceptable) avec toujours ce même argument final : le souvenir des victimes et l'amalgame fait entre le déviant et le nazisme. Un débat est strictement impossible !

Par ces réactions, la communauté juive se fait du mal. Elle a particulièrement souffert, non seulement par le nombre de morts, mais aussi par le fait qu'il y ait pu y avoir une volonté de les exterminer en raison de leur appartenance même. Je suis conscient de l'ampleur du traumatisme, mais on ne construit pas une identité sur un traumatisme, cela vaut autant pour un individu que pour un groupe. On accroche ainsi un boulet psychologique aux jeunes générations qui vont devoir vivre avec ces souvenirs qu'ils n'ont pas vécu autrement que par procuration. La communauté juive se fait aussi du mal en réagissant aussi vivement, et en cherchant à imposer sa mémoire de la Shoah, en écartant toute expression ne s'y insérant pas. C'est une porte ouverte à une forme d'antisémitisme, à une violence jetée à la figure de la communauté juive par certaines personnes qui considèrent que c'est la communauté juive qui est violente en imposant son point de vue et en jouant d'un statut de "victime" pour obtenir des avantages que ces mêmes personnes considèrent comme indus. Ca donne Dieudonné !

Par cette attitude, la communauté juive sème le trouble ailleurs qu'en son sein. Par la loi Gayssot qui réprime pénalement le négationnisme, on a ouvert la porte à toutes les revendications des mémoires communautaires. S'y sont déjà engouffrées les arméniens, les descendants d'anciens esclaves et bien d'autres suivront. "Puisque les juifs ont eu satisfaction, pourquoi pas nous" se disent-ils. Comment leur répondre ? C'est la construction de la mémoire nationale et collective qui s'en trouve affectée, ainsi que le travail des historiens, sommés de se rester dans les limites autorisées. On en arrive à bafouer un droit fondamental qui est celui de la liberté d'expression. La douleur d'une communauté et sa difficulté à en sortir justifient-elles de telles entorses à des principes fondamentaux ? Difficile question...

La Shoah est un véritable traumatisme qu'il ne faut pas occulter et qui nécessite effectivement de ne pas laisser passer les propos authentiquement négationnistes. Mais ce n'est pas forcement en tirant sur tout ce qui bouge (on flingue d'abord et on vérifie après si c'était du négationnisme) et en s'enfermant dans une logique de citadelle assiégée que la communauté juive arrivera à surmonter ce traumatisme. La solution viendra nécessairement de l'intérieur de la communauté, c'est à eux de faire "le travail de deuil", et sans cesser d'être vigilant (le pire est toujours possible) se délivrer de cette ombre qui pèse sur eux et qu'ils font peser sur les autres.

vendredi 25 janvier 2008

Une victoire de la gauche aux municipales ?

Même le Figaro l'annonce, la gauche a le vent en poupe pour les municipales. Ce n'est pas une surprise, car des éléments structurels et conjoncturels se conjugent pour aller dans ce sens.

Conjoncturellement, le risque d'un vote sanction d'une partie de l'électorat de droite est assez fort. Nicolas Sarkozy commence à décevoir ceux qui avaient (naïvement) cru qu'il allait tout changer d'un coup de baguette magique. Il agace aussi une partie de son électorat naturel en se "la jouant" un peu trop. Il a d'ailleurs pris la mesure du risque en tournant casaque sur l'enjeu des municipales. Dans un premier temps, il espérait porter les candidats de droite sur une dynamique autour de son action. Quand il s'est aperçu que plutôt que porter, cela plomberait ses candidats, il a décidé de rester bien sagement à la maison, au chaud avec Carla, et de laisser les municipales être ce qu'elle doivent normalement être, à savoir une élection locale.

Structurellement, la droite n'est pas non plus en grande forme. Si le PS est nul sur le plan national, du fait de la trop grande profusion de barons et de leaders, ce n'est pas du tout la même chose sur le plan local. Bien au contraire, c'est véritablement sur ce terrain que le coté "cartel d'élus" du PS donne toute sa mesure. Le PS fonctionne alors comme un réseau de franchisés. Chacun est propriétaire de sa boutique, et peut utiliser la marque commerciale, faire appel aux services centraux, s'il en a envie. La sociologie des villes centres a également bougé, en faveur de la gauche. La boboïsation des centre-villes, même faible, peut suffire à faire basculer quelques grandes villes (Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Caen...). La droite se rattrapera sur les communes de périphérie, vers lesquelles son électorat a migré. Si au final, on arrive à un équilibre des chiffres, symboliquement, ce n'est pas la même chose. Dernier élément qui ne plaide pas pour la droite, c'est que 2001 avait été une cuvée exceptionnelle. Des villes que l'on pensaient bien à gauche ont basculé et devraient logiquement repasser à gauche, la municipalité de droite n'ayant été qu'une parenthèse accidentelle.

Pour ces municipales, je m'attends à une progression de la gauche, qui pourrait perdre quelques villes, mais en reprendre d'autres. Pour Paris et Lyon, même pas la peine d'espérer, vu les candidats qu'on a mis. Le tout est d'espérer que la claque ne sera pas trop importante, au point de diminuer la capacité d'action du gouvernement. On retomberait alors dans la paralysie, alors qu'il y a tant de chantiers importants qui ont été lancés.

Haro sur le baudet

Au lendemain de l'annonce des pertes colossales de la Société générale, le doute s'installe sur la réalité de l'explication donnée par la banque. C'est vrai que 5 milliards d'euros, pour un trader de second rang, c'est beaucoup. Soit la banque à mis sur son dos une part de ses propres pertes, selon la technique très ancienne du bouc émissaire, soit ses procédures de contrôle sont à revoir. J'ai un peu l'impression que les deux explications sont valables.

En attendant, c'est la curée sur le pauvre trader. Il est complètement jeté en pâture par la presse, avec notamment sa photo. Je me demande la valeur informative de tout ce déballage. Que l'on parle du trader, de sa position dans l'organigramme, ce sont des informations très utiles pour comprendre les mécanismes de sa fraude. Mais connaitre son nom et son visage, quel intérêt sinon satisfaire au voyeurisme, et quelque part, fixer davantage le public sur le bouc émissaire désigné, et un peu moins sur la banque.

Du coté des autorités, c'est le "dormez braves gens" qui nous est asséné. Mais non, cela n'a rien à voir avec les suprimes, oui, nous allons renforcer les contrôles. C'est toujours pareil, on pleure sur le lait renversé, sauf que les contrôles, c'est mieux de les renforcer avant, parce qu'après, il n'y a parfois plus rien à contrôler. En tout état de cause, c'est une affaire bien embrouillée.

jeudi 24 janvier 2008

Heureusement, il reste le Sénat

La commission des lois du Sénat vient de débarasser le texte "rétention de sureté" de son plus gros scorie, à savoir l'application rétroactive de la loi aux criminels actuellement emprisonnés. Tout le monde savait que cet amendement gouvernemental était inconstitutionnel. C'est d'ailleurs pour cela qu'il n'a pas été inscrit dans le texte initial, car le Conseil d'Etat aurait fortement tiqué. En nettoyant ce texte, les sénateurs font leur boulot de législateur, à savoir produire un texte où le Conseil constitutionnel ne trouvera rien à redire.

Le Figaro y voit un désaveu de Rachida Dati, qui tenait personnellement à cette mesure. Oui c'est vrai, mais cela ne se limite pas à cela. C'est aussi une nouvelle démonstration que le Sénat est un des derniers lieux dans les cercles du pouvoir qui ait encore une certaine indépendance. Les sénateurs peuvent se permettre de retoquer des mesures qui ne leur plaisent pas, et encore plus, assurer un minimum de qualité de la loi, rôle que l'Assemblée nationale, devenue simple chambre d'enregistrement, n'est plus en mesure de jouer. Combien de temps cela durera-t-il ?

C'est quand même désespérant de voir à quel niveau est tombé le respect de la Constitution au sein de l'exécutif. Même moi, qui ne suis pourtant pas un juriste pinailleur, j'ai du mal. Le plus dur, c'est la désinvolture, parce que Rachida, elle a été prévenue que son truc ne passerait pas le cap du Constitutionnel. Elle a quand même voulu y aller. Je me demande si elle a bien compris la signification du titre qu'elle porte : garde des sceaux !

Pitoyable Raffarin

Jean-Pierre Raffarin réagit vivement au rapport Attali. Il ne s'en rend peut-être pas compte, mais il apparait ainsi comme l'archétype du conservateur et du défenseur des intérêts catégoriels (à commencer par son intérêt personnel).

Sur la suppression des départements d'abord. Cette mesure est selon moi nécessaire. Certes le département rend des services, certes on peut lui trouver une pertinence, une utilité. Mais dans le mille-feuille administratif et territorial, c'est celui qui a encore le moins de justification. Retrouver une organisation territoriale plus souple et plus lisible est une nécessité. Dommage pour le département, mais il faut bien que certains échelons disparaissent. Et que fait Jean-Pierre Raffarin ? Il défend bec et ongles le département, et cela depuis longtemps. Alors qu'il était Premier Ministre, sa pseudo-décentralisation a surtout consisté à renforcer le département, confortant le mille-feuille. Tout cela parce qu'il rêve de la présidence du Sénat (qu'il n'aura pas) et que pour y arriver, il faut carresser dans le sens du poil des élus locaux, pour qui la disparition des postes de conseillers généraux élus au scrutin majoritaire au profit des conseillers généraux élus au scrutin de liste serait un drame. C'est toute cette couche de vieux caciques qui tiennent des fiefs, et qui sont surreprésentés au Sénat qu'il flatte et qu'il défend, pour son intérêt personnel.

Deuxième attaque où Raffarin aurait mieux fait de se taire, c'est la question de l'urbanisme commercial. Là aussi, Raffarin défend sa base, le petit commerçant de centre-ville, à qui il a déjà donné satisfaction avec sa loi Raffarin. Qu'elle est fait la preuve de son inefficacité, aucune importance. Notre ancien Premier Ministre défend à la fois sa clientèle et la loi qui porte son nom. Ce dernier point, qui peut apparaitre futile, pèse plus qu'on ne le pense, vu l'ego des politiques. Raffarin y est d'autant plus sensible qu'il se sait sur la pente descendante, et que l'occassion d'avoir une nouvelle "loi Raffarin" sur autre chose ne se présentera plus.

Je suis assez d'accord avec Attali, qui dit clairement (entre les lignes) que Raffarin est bien mal placé pour parler de réforme, alors qu'il a tout fait pour ne surtout pas réformer la France quand il était Premier Ministre. La troupe des conservateurs commence à donner de la voix, et l'ampleur des attaques permettra de mesurer effectivement la pertinence du rapport Attali. Plus on le critique durement, plus on peut penser qu'il pose de bonnes questions et qu'il dérange. Justement, il était fait pour ça !

Ca fait peur

La Société générale vient de perdre d'un seul coup 4,9 milliards d'euros, suite aux conneries d'un seul courtier. Le record de Nick Leeson (seulement 860 millions de Livres sterling) de la Baring's est pulvérisé. Même si le courtier avait une excellente connaissance des procédures de contrôle, arriver à creuser un trou d'un tel ampleur est tout simplement ahurissant !

La Société générale va être secouée, mais elle a la solidité pour s'en sortir. Avec la crise des subprimes qui ne fait que commencer, c'est tout le paysage bancaire français qui aurait pu (et qui sera peut être quand même) déstabilisé. Et tout cela par un seul bonhomme...

Cela amène à réflechir sur la déconnection totale des marchés financiers avec la réalité. A part faire du fric et spéculer, à quoi servent-ils ? Un économiste pourrait-il m'éclairer, car dans l'état actuel de mes connaissances, j'ai envie de dire : à rien !

mercredi 23 janvier 2008

Juste retour des choses

Un militant gauchiste (CNT + RESF, je pense qu'on peut parler de gauchiste) qui a comparé Nicolas Sarkozy à Pétain se retrouve poursuivi en justice pour outrage. Il semble s'en étonner, et l'article de rue89 aurait tendance à le suivre en présentant de manière subtile cette assignation comme incongrue et en prenant clairement le parti du gauchiste.

C'est pourtant un juste retour des choses. Il est anormal que les gens de droite se laissent insulter, alors que nombre de gens et de mouvements de gauche (surtout les bienpensants) assignent en justice à tour de bras, pour le moindre petit mot un peu ambigü, voire pour un pet de travers. Quand c'est la gauche qui assigne, c'est normal, quand c'est la droite, pour des faits similaires, qui porte plainte, c'est limite ridicule et déplacé. Et bien non, et j'approuve pleinement le parquet qui a requis 750 euros d'amende !

Inacceptable

Les groupes radicaux de "défense des animaux" commencent à frapper en France. Cela débute par du harcelement, et ça finit par des assassinats. Ca commence par la défense des psuedo-droits des animaux, et une fois la brèche ouverte, ce sont tous les groupes militants qui s'engouffrent.

Nous avons devant nous un véritable défi à la paix sociale, et j'espère que ces activistes seront conduits devant les tribunaux et lourdement condamnés, non pas tant pour l'acte en lui-même, mais pour l'intention qui est derrière. Dans un Etat de droit, la seule violence légitime est celle de l'Etat, et il est hors de question de laisser quelqu'un se faire justice lui-même, et encore moins prétendre faire justice pour d'autres qui n'ont rien demandé.

Les prétendus droits des animaux sont une thèse que je récuse avec force. Je suis très vivement opposé à toutes ces positions qui visent à aligner l'homme et l'animal sur un même plan, qui croient que psychologiquement, ils fonctionnent de la même manière. C'est une erreur de croire que les animaux peuvent avoir des sentiments comme les humains, qu'ils réfléchissent et pensent comme nous. Il existe une différence profonde, un fossé infranchissable entre l'homme et l'animal, qui est d'ailleurs fortement souligné dans tous les mythes et dans les "textes sacrés" notamment la Bible. L'homme a certes des "instincts", mais il est capable de s'en extraire, ce que l'animal ne sait pas faire. Les capacités intellectuelles sont sans commune mesure, la créativité est l'apanage exclusif de l'homme (les exemples de quelques singes pas cons n'est pas suffisant pour renverser la position).

Vouloir utiliser la violence pour défendre de telles erreurs, c'est logique dans le mode pensée de ces militants, mais c'est aussi extrêmement dangereux pour notre société. Il y a de la repression à mener, c'est évident, mais aussi de la prévention pour rappeler que les règles de la vie en société s'imposent à tous, et qu'aucune cause ne permet d'y déroger.

mardi 22 janvier 2008

Marre des lois fourre-tout

Christine Albanel (et oui, encore elle !) nous annonce une grande loi pour le printemps. Au rythme où on nous annonce des "grandes lois", le printemps ne suffira pas. Au dela de l'encombrement du calendrier parlementaire, cette manie de présenter des textes abordant plusieurs sujets pas forcement connexes est assez irritantes, et gêne considérablement le travail parlementaire.

La discussion parlementaire se fait sur la base du texte proposé par le gouvernement, avec nomination d'un rapporteur principal issu de la commission saisie au fond, et de rapporteurs pour avis issus des commissions intéressées pour partie dans le texte. Cette grande loi Albanel aura un rapporteur au fond issu de la commission des affaires culturelles. Mais il y aura certainement un rapporteur pour avis de la commission des finances s'il y a des mesures fiscales et avec toutes les taxes annoncées, c'est une certitude, et probablement un rapporteur de la commission des lois. Ces deux derniers ne seront saisis que sur les articles se rapportant directement à l'activité de leur commission. Le gros du boulot reposera sur un seul homme, le rapporteur au fond. Quand le texte arrive en discussion, on commence par les "bla-bla", c'est à dire une série d'orateurs qui se succèdent à la tribune pour lire leur texte. C'est souvent long et chiant, mais parfois, il y a des choses intéressantes. Cela permet à toutes les sensibilités de s'exprimer sur le texte en général.

Quand le texte comprend plusieurs volets différents, il n'est pas toujours évident de trouver un rapporteur qui soit bon dans tous les domaines. Forcement, il y a un volet qu'il maitrise mieux, qui l'intéresse davantage. Quid des autres ? Même chose pour la discussion générale, qui en devient totalement décousue, chaque orateur se concentrant sur le volet qui l'intéresse. Les échanges politiques y perdent. Médiatiquement, ce n'est pas satisfaisant, car souvent, on se concentre sur une mesure phare et on laisse complètement de coté le reste. Souvenez-vous de l'ADN qui a caché la forêt. Le risque est très grand, dans ces textes fourre-tout, de laisser de coté des thèmes qui méritent pourtant un vrai débat.

Il faudrait, là aussi, que les assemblées réagissent. Elles peuvent le faire en innovant, et en nommant autant de rapporteurs au fond qu'il y a de thématiques distinctes, en organisant des mini discussions générales par thème, avec peut-être moins de temps pour chaque thème, mais qu'au moins, il y ait une cohérence du débat.

Je croyais qu'il était à Washington

DSK, que l'on croyait à Washington, comme directeur général du FMI, vient de passer inopinément à une réunion du PS. Comme Toréador, je m'étonne qu'un tel mélange des genres n'ai donné lieu à aucune critique. Personne pour savoir dans quel avion il est venu, aux frais de qui ? Ce sont pourtant des questions intéressantes.

J'entends déjà le choeur des protestations ! DSK se rend à Davos, c'est donc dans ses fonctions, il a le droit de prendre un peu de temps pour ses activités privées. Et Sarkozy qui prend cinq jours de vancances en Egypte avant d'y effectuer une visite officielle, avec rencontre au sommet, c'est quoi ? C'est exactement la même chose ! Mais chez les militants, c'est deux poids, deux mesures, l'un étant vilipendé sur des blogs qui se relaient en boucle et se lient cinq fois par jour pour augmenter le ranking et faire croire qu'ils pèsent quelque chose, l'autre bénéficiant d'un silence absolu.

DSK commet une faute vis-à-vis du FMI et de ceux qui ont voté pour lui et de ceux qui ont présenté sa candidature, en montrant qu'il continue à mener sa carrière personnelle en France. De là à penser qu'il sacrifierait volontiers les intérêts du FMI au profit de l'avancement de sa carrière est un pas que certains, dans le monde, pourraient franchir. La suspiçion s'installe en tout cas sur les véritables priorités de DSK, ce qui ne peut que rogner son autorité comme directeur général du FMI. Pas forcement bon pour l'image internationale de la France, encore moins bon pour les candidats que nous pourrions présenter à d'autres postes internationaux.

Avoir son plan ou sa loi

Les vieux travers sont encore bien vivants. Un ministre qui n'a pas une loi ou un truc à son nom estime avoir raté quelque chose. Il faut rester dans l'histoire. C'est ridicule, mais ça marche comme cela.

Fadela Amara aura donc son plan. Qu'importe si c'est le Xième plan pour les banlieues, qu'importe si le dernier plan en date sur le sujet, le plan Borloo de cohésion sociale, commence tout juste à être mis en oeuvre. L'efficacité, ce n'est pas cela qui compte. Ce qu'il faut, c'est vendre médiatiquement son image personnelle, faire croire qu'on fait quelque chose, et pour cela Fadela Amara a mis la dose, avec son "plan anti glandouille".

Cela m'étonne qu'il faille encore mener des concertations, établir des constats, mettre en route des "plans". La banlieue, on a fini par connaitre, depuis le temps qu'on l'étudie. On sait exactement ce qu'il faut faire. Le tout est d'avoir la volonté politique de mettre en oeuvre ces solutions, et surtout, d'y mettre l'argent nécessaire. Parce que la clé du succès, c'est par de faire un plan tous les 18 mois, mais d'injecter massivement l'argent pour que les plans réussissent, d'attendre qu'ils prennent leur plein effet et de les évaluer. Comme d'habitude, rien de tout cela n'a été fait. Un bon ministre est d'abord celui qui trouve l'argent, qui décroche les budgets, qui les défend contre les rapaces de Bercy, toujours là pour rogner et tailler dans les crédits. Pour cela, il faut un poids politique, un accès direct au président. Fadela Amara, de par son statut de "ministre d'ouverture", a les moyens d'avoir ses crédits et de les préserver. J'attend d'elle qu'elle assure le financement du plan Borloo (plan de cohésion sociale), plutôt que de se lancer dans de grandes annonces et la confection d'un plan que ses successeurs s'empresseront de mettre au tiroir pour y substituer le leur.

lundi 21 janvier 2008

Un peu ça va...

Après la taxe sur les appareils high-tech, voici la taxe sur les nuits d'hotels. Un peu ça va, mais il y a un moment où il faut arrêter de taxer à tort et à travers, sans plan d'ensemble. Autant je pouvais comprendre la logique de la première taxe en faveur du service public de l'audiovisuel, autant l'arrivée de cette nouvelle taxe casse la boutique, en montrant qu'il n'y a en fait aucune logique d'ensemble, et que la Culture est surtout utilisée comme un prétexte pour faire entrer de l'argent dans les caisses de l'Etat.

Cela montre une certaine cacophonie gouvernementale. Bien entendu, cela va être mis sur le dos de Sarkozy. C'est vrai qu'il se donne tellement des airs de président omnipotent que toutes les bourdes sont mises à son compte. Là, il s'agit surtout d'un cacophonie gouvernementale, ce qui n'en est pas moins inquiétant. Au niveau de Matignon et de Bercy, un mouvement de rationnalisation des politiques publiques et des prélèvements obligatoires a été lancé. Le principe est simple : tout remettre à plat et faire un bilan de ce qui fonctionne ou pas. Même chose pour les prélèvements obligatoires, on remet tout à plat pour avoir une vue d'ensemble et remettre de la cohérence dans le système, en veillant à ce que les taxes et impôts ne soient pas économiquement contreproductifs. Il n'y a rien de pire qu'une taxe qui gêne l'activité économique, tout en étant peu productive ou difficile à recouvrer. Certes, il faut prendre l'argent où il est, mais de manière intelligente et selon un plan d'ensemble lisible et cohérent.

Et que fait Madame Albanel (et son administration qui lui a sans doute soufflé cette idée), elle passe complètement par dessus tout cela pour demander une taxe sur les nuits d'hôtel de luxe, pour financer la restauration du patrimoine. Cela sent à fond l'idée concotée dans les bureaux du ministères de la Culture, tous seuls dans leur petit coin. Premièrement, quel est le lien entre l'assiette de la taxe et ce qu'elle est censée financer? Je n'en vois aucun, contrairement à ce que peut dire Madame Albanel. Les clients des hôtels de luxe viennent pour affaires, shopping, pas pour visiter la tour effeil ou la basilique de Saint-Denis. Deuxièmement, on connait le vieux principe de non affectation des taxes et impôts. Tout entre dans le pot commun et peut servir à toutes les dépenses. Annoncer la création d'un impôt affecté sert surtout à faire passer la pilule de la création de l'impôt. Cela peut passer une fois, mais la répétition faire perdre toute crédibilité au procédé !

Tout cela me fait finalement douter de la pertinence de créer une taxe sur les produits high-tech (préfiguration d'une taxe sur les abonnements internet) pour financer l'audiovisuel. Pas douée la Albanel...

Edit du 22 janvier : C'est bien un cafouillage, qui a suscité une réplique immédiate du taxé ! C'est beau la solidarité gouvernementale.

dimanche 20 janvier 2008

Un miroir tendu au pays

La commission Attali n'a pas encore rendu son rapport (c'est mercredi) mais on a déjà pas mal d'éléments sur son contenu. Un premier prérapport avait été rendu à l'automne, donnant quelques indications sur le contenu, mais surtout sur l'esprit. Il s'agissait de préparer les esprits à un contenu assez iconoclaste, qui risquerait de donner un grand coup de pied dans le cul à beaucoup de monde et de susciter un fort rejet si on ne préparait un peu les esprits.

La deuxième étape du teasing vient d'avoir lieu, avec quelques "fuites" dans le journal les Echos. J'attends la sortie officielle du rapport pour faire mes commentaires sur les mesures proposées. Par contre, une phrase qui accompagnait ces mesures et donne l'esprit de ce rapport m'a frappée. "La France reste largement une société de connivence et de privilèges". Ce serait le principal obstacle au renouveau, une désespérance pour la jeunesse.

Cette phrase m'a frappée quand je l'ai lue. De par ma position, j'ai beaucoup d'informations sur la manière dont fonctionne le pouvoir politico administratif. Pour réussir à haut niveau en France, il faut entrer dans le système, et une fois que vous y êtes, vous avez tout. On vous trouve un job, on vous donne les bons contacts, pour vous et VOS ENFANTS ! C'est un milieu qui est rempli de fils à papa, qui décrochent leur job par le réseau, même si objectivement, ils ne sont pas meilleurs que d'autres (attention, il n'y a pas non plus que des toquards chez les fils à papa). Au passage, ce petit monde s'offre quelques avantages sur le dos de la collectivité. Essayez donc de demander un beau logement dans le domaine privé de la ville de Paris. Il y a justement un tel bel appartement qui doit être libéré par un certain monsieur Bolufer. Quand on regarde la liste des bénéficiaires de ces petits privilèges, on trouve des personnalités, de tous bords politiques, de différents milieux (surtout politique, haute administration, artistes). Certains noms ne vous dirons rien, mais aucun n'a obtenu un tel appartement par hasard.

Nous avons tous, à un moment ou un autre, senti cela, par un petit détail (tiens, un tel à réussi à entrer dans telle boite). C'est dit avec plus ou moins de talent dans ces bouquins "anti babyboomers" où la génération 68 est généreusement fustigée. Mais ce n'est qu'un aspect du problème. Ce qui tue la société française, c'est son manque d'ouverture, sa frilosité. On ne fait pas confiance, sauf quand la personne a des "références" soit le bon bout de papier donné par la bonne grande école, soit la recommandation par une personne insérée dans le réseau, soit le fait de pouvoir donner les signes d'appartenance au réseau (même si cela ne correspond pas à la réalité). Comment croyez vous que le guignol qui s'est fait passer pour le président de facebook ait pu pénétrer aussi facilement sur les plateaux de TV. A 28 ans, déjà directeur de collection, il a écrit un bouquin qu'il a réussi à publier (facile me direz vous quand on bosse dans l'édition). Vous croyez qu'un autre n'ayant pas les entrées et les signes de reconnaissance aurait pu aller aussi loin ? Il n'aurait même pas commencé !

J'ai l'impression que ce rapport Attali va être une bombe, pas tant dans les propositions (le champ des possibles n'est pas infini) mais dans le constat et le miroir qu'il tendra à notre pays. Ce sera cruel, parce que méchant, sans concessions, et ... juste !

Fatigue passagère

Nicolas Sarkozy baisse dans les sondages. Il serait moins populaire, ou plutôt, susciterait davantage d'inquiétudes et d'agacements chez les français.

Nous sommes en janvier, période de déprime. Les fêtes sont passées, nous sommes au coeur de l'hiver, on est crevés, on attend le soleil. Ensuite, Sarkozy est au pouvoir depuis quelques mois, il a commencé à décevoir ceux qui croyaient que les résultats allaient arriver tout de suite, et pour tout. Il faut dire que la campagne a été assez ambigue sur le sujet, les promesses de Sarkozy pouvant être comprises comme "le lendemain de mon élection, tout change". Il ne pouvait y avoir que de la déception, Sarkozy le savait et ne doit pas être trop étonné de cette baisse de régime. Sarkozy a aussi sans doute lassé les français par son omniprésence, au point de saturer les médias. Moi aussi j'en ai plus que ras le bol des couvertures des news magazines qui portent une fois sur deux sur Sarkozy (directement ou indirectement). Il n'y a pas autre chose d'intéressant ?

Fondamentalement, ce n'est pas inquiétant, car les français continuent à soutenir la ligne politique proposée. Coup de blues plus légère usure plus saturation médiatique, avec cela, on pourrait faire bien pire que 45% de satisfaits.

Avec le printemps, le beau temps et le retour des réformes au Karcher, la machine devrait repartir !

vendredi 18 janvier 2008

Suite de la séquence religion

Nicolas Sarkozy souhaite que les représentants des religions puissent être présents à ce titre au sein du Conseil économique et social.. Pourquoi pas, après tout, les syndicats y sont bien représentés, au même titre que plein d'associations soit sociales, soit philosophiques ou politiques. Je répète ma conviction, les religions sont entrées dans le rang, et n'ont plus à être traitées comme des pestiférées. Pour autant, il faut qu'elles restent dans le rang, et que le pouvoir politique n'hésite pas à les remettre à leur place (sèchement s'il le faut) si jamais elles s'avisaient d'en sortir.

C'est assez hallucinant de lire les polémiques sur le sujet, car Nicolas Sarkozy veille bien à affimer dans chacun de ses discours qu'il a un fort attachement à la laïcité, et qu'en tant que chef d'Etat, il se doit d'être totalement neutre, de ne faire aucune disitinction, de n'accorder la moindre préférence à personne. Prenez le discours de Riyad : "En tant que chef d’un Etat qui repose sur le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, je n’ai pas à exprimer ma préférence pour une croyance plutôt que pour une autre. Je dois les respecter toutes, je dois garantir que chacun puisse librement croire ou ne pas croire, que chacun puisse pratiquer son culte dans la dignité. Je respecte ceux qui croient au Ciel autant que ceux qui n’y croient pas. J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans ses origines". C'est suffisamment explicite ! Mais c'est comme pour tout, il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut rien entendre.

A noter la réaction très "couille-molle" (comme d'habitude) de notre cher président de la fédération protestante de France au discours du Latran : "Si on peut relever des maladresses dans le discours de Latran, notamment sur les racines "essentiellement" chrétiennes ou la place du prêtre par rapport à l'instituteur, il n'y a pas de quoi en faire des histoires". On dirait presque de la diplomatie vaticane. C'est à vous décourager d'avoir des institutions représentatives officielles. Elles ne servent qu'à produire de l'eau tiède à force de vouloir ménager la chèvre et le chou. Si Calvin et Luther revenaient aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'ils en penseraient, tout comme ce que penserait Jésus du Vatican. Il se ferait sans doute jeter à la porte comme un malpropre...

Chantage à l'émotion

Les mitants d'extrême-gauche ont trouvé un nouveau truc (enfin pas si nouveau), se mettre en danger pour obtenir le retrait d'une mesure votée le, plus légalement du monde par les représentants légitimes du peuple.

Après le malade du SIDA, ce sont des insuffisants réanaux qui s'y mettent. C'est vrai que le malade du SIDA peut mettre un peu trop de temps à mourir, ou à se trouver suffisamment mal pour que cela fasse pleurer dans les chaumières. Médiatiquement pas bon. Au moins, les insuffisants rénaux, c'est plus rapide, en deux semaines, il peut se retrouver entre quatre planches (dixit le médecin). On est déjà plus dans le temps médiatique. Le pire, c'est que certains, soutiennent, avec des contre-vérités comme arguments. dire : "Lorsqu'on a pour seul revenu l'allocation adulte handicapé, 100 euros de plus, c'est beaucoup". D'abord, les franchises sont limitées, à 50 euros par an, et surtout, les bénéficiaires de la CMU en sont exonérés. Mais bon, leur écrire pour leur exposer une argumentation rationnelle, comme l'a fait Sarkozy, cela ne sert à rien. Ces gens là sont dans le militantisme de mauvaise foi !

Cela me rappelle Jean Lassale et sa scandaleuse grève de la faim pour empêcher une délocalisation à 60 kilomètres (donc en dehors de sa circonscription). Le chantage à l'émotion est une méthode absolument anti-démocratique, c'est ni plus ni moins que de la prise d'otage, d'autant plus scandaleux que ces actions sont menées pour des broutilles, des mesurettes. La France n'est pas une dictature au point qu'il faille en arriver à de telles extrémités pour se faire entendre !

paroles, paroles, paroles

Jamais la taxe sur l'électronique, destinée à financer les chaines publiques ne dépassera 1%. c'est ce que dit Madame Albanel.

Comme la CSG et la vignette automobile pour les vieux...

Botter en touche

L'Assemblée nationale a discuté hier matin une proposition de loi du groupe Nouveau Centre, visant à inscrire dans la constitution l'obligation de présenter des budgets en équilibre, et forcer ainsi les gouvernements à respecter une stricte orthodoxie financière. Cela a donné lieu à des débats très intéressants, car en plus de la manoeuvre politicienne que représente cette proposition, on a pu débattre de l'équilibre budgétaire, de la nécessité de ne pas s'enfermer dans des règles trop strictes, bref, des débats de fond qui transcendent les partis. Les échanges ont d'ailleurs été intéressants.

Mais la manoeuvre politicienne n'était pas absente de cette proposition. Le Nouveau Centre a encore à l'esprit sa débandade sur le financement des partis et a voulu "rattraper" la bourde, en faisant assaut de vertu. C'est Charles Amédée de Courson, le Monsieur Finances du Nouveau Centre qui a piloté l'opération. Il a même provisoirement quitté sa chère commission des Finances, pour intégrer celle des Lois, afin d'être rapporteur de ce texte. Il ne tardera sans doute pas à réintégrer ses pénates. Cela a permis en tout cas d'avoir un texte et une discussion cadrés (pas comme la dernière fois).

La première subtitlité a été de prendre appui sur les promesses de Nicolas Sarkozy, qui s'est engagé à un retour à l'équilibre des finances publiques en 2012. Le Nouveau Centre se propose donc de "l'aider", avec cette inscription dans la constitution de la fameuse "règle d'or de l'équilibre budgétaire". Un beau cadeau empoisonné, car si les UMP n'en veulent pas (c'est se tirer une balle dans le pied) ils ne peuvent pas le dire ouvertement, et cela a obligé Eric Woerth à quelques contorsions. Les députés UMP se sont même sentis obligés de surenchérir, par la voix de Frédéric Lefebvre, qui affirme avoir lui aussi songé à cette mesure et qui a donc dépose en conséquence un amendement. Pour les députés Nouveau Centre, voir ainsi l'UMP contrainte de faire la danse du ventre est un petit plaisir qui ne se refuse pas !

Deuxième subtilité, ce texte est l'occasion de prendre ses distances avec les prévisions bien optimistes du gouvernement, histoire de pouvoir dire après : on vous avaient prévenus, cela était irréalistes, vous auriez mieux fait de nous écouter. Le tout en restant officiellement des "alliés loyaux". Dans leurs propos, les députés Nouveau Centre font une petite revue des "turpitudes" financières (l'art de planquer la dette) et mettent le doigt sur le déficit et le poids de la dette, citant abondamment les chiffres il est vrai peu flatteurs pour l'UMP. L'air de ne pas y toucher, les députés Nouveau centre se sont quand même bien amusés à mettre du sel sur la plaie, Charles de Courson s'occupant du budget de l'Etat et Jean-Luc Préel de celui de la Sécurité Sociale.

L'UMP ne pouvait pas voter ce texte, il n'avait d'ailleurs pas été déposé pour cela, sans pour autant pouvoir le rejeter brutalement. Une voie médiane a été choisie, celle de l'enlisement. Parmi les motions de procédures, en existe une qui s'appelle "motion de renvoi en commission". Nom explicite, qui indique que le texte doit être retravaillé. C'est le sort qui est arrivé à cette proposition du Nouveau Centre. La motion de renvoi en commission déposée par l'UMP a été adoptée et on peut parier que cette proposition de loi va se perdre dans le tri entre l'hémicycle et la commission...

jeudi 17 janvier 2008

L'iphone paye pour Arte

Le gouvernement envisage de taxer les achats d'appareils high tech permettant de recevoir la télévision. C'est d'une logique imparable, puisque c'est exactement le modèle économique de la redevance audiovisuelle. Aucune innovation, juste une adaptation aux évolutions technologiques. Et vous verrez, on aura aussi le droit à la taxe sur les forfaits téléphone mobile permettant de recevoir la télévision, sur les abonnements internet haut débit. Et là encore, ce sera parfaitement logique et normal. Il faut trouver de l'argent pour financer le service public. La suppression des recettes publicitaires ne fait qu'accentuer un problème qui existe déjà. Il faut bien que quelqu'un paie.

En France, nous avons décidé qu'il fallait un secteur audiovisuel public. C'est le fruit d'une longue tradition et d'une volonté toujours présente. Je ne pense pas que l'existence même d'un secteur public de l'audiovisuel puisse être remise en cause. Par contre, on peut discuter de son périmètre (et donc des besoins de financement). Une option qui est, à mon avis étudiée, est de privatiser France 2 (on peut aussi penser que France-inter est privatisable mais c'est moins net). L'idée que l'on se fait du "service public de l'audiovisuel" c'est Arte, à la limite France 3 pour l'aspect local et à la radio, c'est davantage France-Culture et France-musique. Plus le périmètre est large, plus il faut de l'argent. On peut penser que l'idée du gouvernement serait de réduire le champ, et privatiser France 2 permettrait des gains importants, vu ce qu'englouti cette chaine en argent public et surtout, vu l'apport "service public". Si cela se fait, le "cadeau" de la manne publicitaire à TF1 et M6 serait sérieusement rognée par ce nouvel entrant.

Nous voulons un secteur public de l'audiovisuel et que nous avons choisi que ce service doit être financé quasi exclusivement par une redevance sur les usagers. Il faut donc installer un péage, un point par lequel tous les usagers doivent passer nécessairement, et dont la perception et le contrôle ne sont pas trop difficiles à organiser. Pendant longtemps, ce point de péage a été la détention d'un téléviseur. Pas d'autre moyen de recevoir les émissions de télévisions ! Le contrôle et la perception ne présentaient aucune difficulté et si des fraudes massives avaient lieu, c'est par manque de courage politique pour organiser sérieusement le contrôle plus que par une difficulté technique. L'arrivée du numérique a tout chamboulé, puisque l'on peut être usager du service public de l'audiovisuel sans être possesseur d'un téléviseur. On peut donc contourner le péage en toute légalité. La proposition qui est lancée ne fait que colmater la brêche !

A tous ceux qui hurlent (dénoncés par leurs petits camarades), je pose quelques questions. Voulez-vous d'un service public de l'audiovisuel ? Là n'est pas tellement la question, parce politiquement, c'est déjà tranché. Je leur demande surtout : que proposez-vous pour le financement ? En sachant que là aussi, même si le débat n'est pas aussi clairement tranché, on est sur un logique de redevance perçue sur l'usager. Techniquement, il existe peut-être d'autres points de péage possibles, qui permettent de ne taxer que ceux qui bénéficient effectivement du service public de l'audiovisuel, au lieu de taxer, comme actuellement, ceux qui sont simplement en mesure d'en bénéficier, sans considération de l'usage effectif qu'ils font de cette possibilité. J'attends les suggestions...

mercredi 16 janvier 2008

Sacré Georges

Eriger une statue géante de Lénine au coeur de Montpellier. Voilà la nouvelle lubie de Georges Frêche. Au moins, avec lui, on ne risque pas de s'ennuyer. Remarquez, si c'est pour la mettre devant le conseil régional, dans le quartier Antigone, cela ne sera pas très gênant, vu qu'architecturalement, ce lieu est déjà très soviétique. Quand je l'ai visité, il y a quelques années, cela m'a fait penser au palais de Caucesascu à Bucarest.

Malgré tout, plus ça va, et plus je trouve que Georges Frêche est un personnage politique fascinant. Par ces excès, il est franchement atypique. Quel politique oserait balancer autant d'insultes et de grossièretés ? Pas beaucoup, bien que certains n'en pensent pas moins et le disent parfois en privé (ou du moins quand ils se croient en privé). Georges Frêche bouscule régulièrement les règles de la décence et de la politesse, se rend odieux vis-à-vis de son entourage et pourtant, il est élu et réélu (même s'il a aussi connu des défaites). Quand on fait abstraction du personnage et qu'on se penche uniquement sur le bilan, c'est plutôt pas mal. Il a quand même boosté Montpellier, ses idées pour la région Languedoc-Roussillon (y compris de la renommer Septimanie) ne sont pas dénuées de sens, bien au contraire. Il serait même visionnaire et créatif sur bien des points.

Sans sa grossièreté et sa mégalomanie, Georges Frêche aurait pû être un homme politique de premier plan au niveau national, car quoiqu'on en dise, il est charismatique, intelligent, habile tacticien et bon gestionnaire.

La comédie des OGM

Nous assistons depuis quelques jours à une véritable pantalonnade sur la question des OGM. Décidement, aucun débat serein n'est possible sur ce sujet. Les députés UMP sont particulièrement remontés, ce qui arrive rarement. Le coup de la pseudo haute autorité, qui donne pile-poil l'avis qu'on attend d'elle n'est visiblement pas passé. C'est vrai que c'est gros. Cet organisme n'a aucune existence, c'est juste un comité de préfiguration pour une future "haute autorité" même pas encore créée. Et en plus, une fois l'avis rendu, près de la moitié des membres, dont la plupart des scientifiques, se désolidarisent de l'avis. En fait, ce que les députés reprochent à Sarkozy, c'est d'avoir baissé son pantalon devant José Bové ! Parce que le résultat est là, le moustachu a obtenu ce qu'il voulait, à sa manière. Le fameux "avis" de la haute autorité n'est que le cache-sexe de cette reculade.

Pourtant, la farce qui se joue n'est que du trompe l'oeil. La question des OGM ne se décide pas à Paris, mais à Bruxelles. La fameuse clause de sauvegarde n'est qu'une suspension, jusqu'à ce que la commission se prononce. Et cette fameuse loi sur les OGM qui doit être discutée le 5 février au Sénat, ce n'est qu'une transposition de directive européenne. L'essentiel, à savoir l'interdiction ou pas des OGM est déjà décidé. Il ne reste au Parlement français qu'à régler quelques détails d'application, et à aménager son droit national pour permettre les expérimentations OGM.

mardi 15 janvier 2008

Le lobbying à l'Assemblée

Le lobbying est le sujet du moment à l'Assemblée nationale, et c'est vrai qu'il y a des choses à faire sur le sujet. Un député UMP Jean-Paul Charié lance des propositions dans un rapport, le livre bleu du lobbying, plus spécifiquement centré sur la place des lobbystes à l'Assemblée nationale.

Il en assure la promotion dans le Figaro, mais tombe, à mon avis, à coté de la plaque. Il commence maladroitement, avec sa définition du bon et du mauvais lobbyste. Le type idéal qu'il décrit, celui qui se contente d'informer, sans influencer, n'existe pas. Même le plus honnête des lobbystes (la plupart le sont) ne se contente pas de faire de l'information, parce qu'il est payé pour arriver à un résultat. Il ne donne pas de l'information pour le pur plaisir d'informer les parlementaires. La différence se fait entre ceux qui savent quand ils doivent s'arrêter et ceux qui tentent de faire un peu le forcing. De toute manière, la sélection se fait d'elle-même, les bourrins sont vite écartés, car d'abord, ils ont de mauvais résultats, les parlementaires n'aimant pas du tout qu'on fasse pression sur eux et ensuite, ils sont vite repérés et ne sont plus reçus.

Charié met l'accent sur le problème des élus qui se font "acheter". Oui, cela arrive, mais c'est rare, tout simplement parce que sauf cas exceptionnel, cela ne sert à rien. Si vous voulez faire passer une mesure spécifique par ce biais, ce n'est pas un parlementaire qu'il faut acheter, mais une bonne centaine. Non seulement ça coûte cher, mais en plus, ça se voit. Evidemment, il y a toujours ces petits cadeaux (billets pour assister à des matchs sportifs, invitations dans des restos chicos, voyages d'étude). Moralement, c'est parfois limite, mais en même temps, les petits cadeaux entretiennent l'amitié et interdire totalement ou imposer la transparence absolue n'aurait pas de sens. Ce n'est pas dans notre culture d'imposer un moralisme stricte à la suédoise. Et surtout, cela n'a guère d'utilité, car finalement le pouvoir dont dispose un député est assez faible. Le vrai problème, ce n'est pas le lobbying auprès du Parlement, mais celui qui s'exerce auprès du pouvoir exécutif, là où les choses se décident réellement ! Et sur ce sujet, c'est le silence absolu !

Les propositions sont de la même eau, toutes plus loufoques les unes que les autres. Il y a d'abord celle qui consiste à dédier aux lobbystes un local près de l'hémicycle. Ce serait amusant, lors de l'examen d'une loi sur l'informatique, de mettre dans la même pièce le lobbyste de Microsoft, celui d'Universal et les représentants du logiciel libre... Un peu de sérieux quand même ! Les lobbystes ne sont d'ailleurs pas demandeurs. Ce qu'ils veulent, c'est pouvoir entrer à l'Assemblée, y rencontrer les parlementaires et surtout, avoir accès aux documents qui ne sont pas forcement en ligne (ou qui le sont quand ce n'est plus utile), assister aux réunions de commission.

Charié propose aussi un annuaire des lobbystes. Il existe déjà en partie, pour les "chargés des relations institutionnelles" des grosses boites. De même, les cabinets de lobbying les plus importants sont connus de tous à l'Assemblée (par exemple Boury et associés, Séance Publique, Image 7...). Parfois, pour un sujet donné, c'est le chargé de communication d'une entreprise qui s'occupe du contact avec les pouvoirs publics, quand, par accident, le besoin s'en fait sentir. Pour autant, cette personne qui aura pris contact une fois avec un parlementaire, pour lui envoyer un dossier lui expliquant pourquoi son amendement ne leur plait pas, ne se considère pas comme lobbyste. Je ne parle même pas de son catalogue de la Redoute des parlementaires, où il classerait chacun en fonction de ses spécialités. Premièrement, il y a nombre de députés qui ne foutent rien ou qui papillonnent en fonction de l'actualité, sans être identifiés sur un thème particulier. En général, leur bilan de mandat est maigrichon, mais c'est leur problème. Deuxièmement, certains parlementaires peuvent changer de centres d'intérêts, en avoir plusieurs. Jusque maintenant, Monsieur Charié était très marqué "PME", et il présidait le groupe d'étude sur le sujet entre 2002 et 2007. Maintenant, il préside le groupe d'étude sur les métiers d'art et s'intéresse au lobbying. Qu'il ne s'inquiète pas, les lobbystes efficaces savent parfaitement trouver la bonne personne sur le sujet qui les intéresse, et dans la profession, on sait qui fait quoi, qui est fiable, qui est influent et qui est un charlot. Pas besoin d'annuaire.

Encore plus ridicule, son idée d'obliger les parlementaires à recevoir tout le monde sur un sujet. Les députés recoivent qui ils veulent, et sont assez grands pour faire le tri entre ceux qui peuvent effectivement apporter quelque chose, et ceux dont on connait le discours et qui n'apportent rien. Quand on s'est déjà fait son opinion avant et qu'on est pro-OGM, quel intérêt de recevoir José Bové ? Sur les sujets plus complexes, je connais peu de parlementaires qui refusent de recevoir les personnes qui en font la demande et qui offrent un minimum de garanties de sérieux. Souvent, quand la personne est inconnue, c'est l'assistant qui reçoit et qui juge de l'intérêt d'une rencontre directe avec le député. D'ailleurs, le collaborateur est là pour faire le tri et ne présenter à son député que ce qui en vaut la peine, pour ne pas le saturer d'informations sans intérêt.

Enfin, la palme revient à cette "commission de surveillance" où "un parlementaire qui s'estime mal informé pourra déposer un recours". Voilà une proposition qui n'a ni queue ni tête ! On est dans le non-sens et le délire complet !

Heureusement qu'il n'y a pas que Jean-Paul Charié sur le sujet et qu'une délégation spéciale chargée des groupes d'intérêts a été créee au sein du bureau de l'Assemblée nationale sur la question spécifique des lobbystes et de l'Assemblée nationale, et qu'un groupe d'étude s'est monté avec Patrick Beaudouin et Arlette Grosskost sur la thématique plus globale de "pouvoirs publics et groupes d'intérêt". Il devrait en sortir des choses un peu plus sérieuses et réalistes !

Rocard a raison et tort à la fois

Michel Rocard se livre à une nouvelle charge contre Ségolène Royal. Visiblement, il ne l'aime pas et considère qu'elle n'a pas la stature pour le poste qu'elle vise. Je partage cet avis, ainsi que sa vision d'un PS complètement paralysé, incapable d'avoir une position et une parole cohérente. Il n'y a qu'à voir leur prestation sur le traité de Lisbonne. Peut-on tomber plus bas ?

Mais là où Michel Rocard se trompe, c'est sur la question du leadership. Prolonger le processus de désignation du candidat à la présidentielle jusqu'en 2011 est une erreur, car c'est justement cette investiture qui donne l'autorité nécessaire pour remettre le PS sur les rails. C'est ce qui a réussi à l'UMP. On choisi d'abord le poulain, et ensuite, c'est lui qui élabore le programme, en fait, qui fait la synthèse et réalise les équilibres entre les différentes demandes, les courants. Pour que cette synthèse ne soit pas une soupe tiède, comme l'a été le programme présidentiel du PS en 2007, il faut un leader ayant l'autorité suffisante pour trancher. Jamais un simple premier secrétaire ne pourra le faire, on l'a bien vu avec François Hollande.

Le PS est malheureusement dans une impasse. Il lui faut désigner dès maintenant un patron, qui dirigera le parti et surtout, portera ses couleurs en 2012. En procédant dès maintenant à la désignation, on ouvre en grand la porte à Ségolène Royal, qui est, je le pense, incapable de remporter une élection présidentielle (à moins de grands changements dont je ne perçoit pas le moindre début de commencement).

La politisation des enseignants

Xavier Darcos vent lancer un audit sur les manuels scolaires en économie. Pour faire court, ils sont accusés d'être trop "marxisants", et de dénigrer un peu trop l'entreprise. En fait derrière cela, il y a une attaque en règle contre les enseignants en économie (dans le secondaire) et plus globalement, contre une "culture enseignante" un peu trop de gauche. Je ne vais pas dire que cela ne me fait pas plaisir, les lecteurs habitués de ce lieu n'en croiraient pas un mot. Taper sur le gauchiste est un plaisir qui ne se boude pas. Mais quand même, cette action du ministre me gène un peu.

Oui, c'est vrai, nombre d'enseignants sont de gauche, même si c'est un peu moins vrai maintenant qu'il y a 20 ans. L'image du prof communiste avec le collier de barbe est un peu ancienne, mais les caricatures restent souvent longtemps dans les esprits, même après la disparition du modèle. Le problème, à mon avis, est surtout que trop d'enseignants sont militants à gauche. Quand je lis que le quart des adhérents de la LCR sont enseignants, cela ne me donne pas envie de leur confier l'éducation de mes enfants. Je ne parle même pas des myriades d'enseignants qui peuplent le Parti socialiste. Il n'y a qu'à regarder la case profession des députés socialistes. Je ne dénie pas aux enseignants leur liberté de pensée ni leur droit de participer activement à la vie politique de leur pays. Mais quand on est militant et engagé dans un parti aussi "extrême" que la LCR ou le PCF (enfin le PCF d'autrefois, du temps de Marchais), c'est très difficule voire impossible d'être "neutre" dans sa vie professionnelle, car on ne peut laisser sa personnalité au vestiaire et la reprendre le soir. Je suis persuadé que nombre d'enseignants tentent pourtant cet effort et ont une conscience professionnelle qui les poussent vers cet essai de "non militance" pendant leurs cours. Leur jeter la pierre et leur faire un procès en suspicion par la bande, comme le fait Xavier Darcos, a quelque chose d'injuste et d'immérité. La question de la politisation des enseignants doit pourtant être posée, car un enseignement public considéré comme "trop à gauche" est une des causes (pas la seule) du succès de l'enseignement privé !

Pourquoi tant d'enseignements de gauche et d'extrême-gauche ? Est-ce la fonction d'enseignant qui amène à être de gauche ? Est-ce le fait d'être de gauche qui amène plus facilement vers l'enseignement ? Personnellement, j'aurais tendance à pencher vers la deuxième alternative, pour deux raisons. L'enseignement est une profession intellectuelle, au sens où c'est d'abord le travail de l'esprit et que spontanement, les gens de gauche peuvent s'y sentir plus à l'aise. Mais surtout, l'enseignement public a l'immense qualité, en France, d'être public ! Statut fonctionnaire, grande liberté d'organiser son temps, pas ou peu de hiérarchie, activité "non marchande" (enfin c'est ce que beaucoup croient). Par idéologie plus ou moins consciente, nombre de gens de gauche refusent absolument d'intégrer le secteur marchand, de travailler en entreprise. D'où ces bataillons de fonctionnaires de gauche, pour qui la fonction publique, dont l'enseignement, est un ersatz de monde socialiste. Si vous ajoutez à cela la spécificité du spectre politique français, dont le point médian est beaucoup plus à gauche que dans les autres pays développés, vous obtenez ce résultat d'une fonction publique très imprégnée de "culture socialiste".

Comment régler ce problème ? A mon avis, il est nécessaire de réduire la taille du nid, en réduisant le champ de la "fonction publique". Pour les enseignants, la solution est toute trouvée : Chaque établissement est autonome, sous l'autorité du chef d'établissement qui gère son budget et recrute les enseignants sous contrat de droit privé. Les enseignants n'exerçant pas de fonction régalienne, je ne vois pas la nécessité de leur accorder le bénéfice du statut de la fonction publique. Les programmes et les examens resteraient sous la tutelle directe d'un ministère de l'Education nationale considérablement dégraissé, puisqu'il n'aurait plus à gérer les mutations et les carrières des enseignants. On maintiendrait les concours, mais les lauréats seraient alors inscrits sur liste d'aptitude, sur le modèle de la fonction publique territoriale. Et dans la foulée, on pourrait appliquer le même principe aux hôpitaux...

Là, on pourrait vraiment parler de rupture

lundi 14 janvier 2008

Rompre le contrat de travail

Le Medef demande qu'à coté du licenciement et de la démission, il puisse exister une troisième voie pour rompre le contrat de travail. Ce serait une sorte de divorce par consentement mutuel. Cette idée est intéressante, et comme toujours, elle peut être vue sous plusieurs angles.

La plus répandue est la "militante de gauche". Le contrat de travail est une relation inégale, le patron (forcement mauvais) va en profiter pour licencier sans les garanties de la procédure de licenciement. Je préciserais juste qu'il existe des secteurs économiques où effectivement, le salarié n'est pas en position de force. Par contre, dans d'autres, c'est le patron qui est bien ennuyé si ses salariés le quittent, parce qu'il ne trouve pas la main d'oeuvre qualifiée dont il a besoin. Contrairement aux fantasmes de certains militants, un entrepreneur n'embauche pas juste pour le plaisir pouvoir licencier après. Il recrute parce que son activité professionnelle le requiert, soit pour grandir, soit pour remplacer les départs, et en plus, licencier lui coûte de l'argent, génère de la paperasse, bref, tout ce qu'il aime. Un patron n'aime pas le turn-over trop important, et quand il prend quelqu'un en CDI, c'est pour qu'il reste un certain temps et qu'il ne parte pas juste après avoir été formé. C'est encore plus vrai dans les PME. Toutefois, il n'y a pas que du faux dans cette crainte, et il est évident qu'il faut des garde-fous pour éviter les abus (dans un sens comme dans un autre). Mais comme pour l'instant, on en est au stade de l'idée générale, sans que les modalités précises soient arrêtées, attendons d'avoir mal pour se mettre à hurler.

J'aimerais aborder la question sous un autre angle, celle du salarié qui veut quitter son entreprise, pour des raisons qui lui sont propres, mais qui ne veut pas démissioner, parce que tout simplement, il ne pourrait pas bénéficier des Assedic derrière. Que fait-il ? Il cherche à se faire licencier. Parfois l'employeur accepte le principe du départ, mais souvent refuse de licencier car c'est à lui que cela coûte (et d'autant plus cher que le salarié est âgé et haut placé). Cela me semble une bonne idée que l'on propose une solution intermédiaire dans ces situations, où la séparation se fait d'un commun accord. Cela éviterait le pourrissement de situations, où chacun cherche à pousser l'autre à la faute, et où on arrive vite à des situations de placardisation et de harcelement (en sachant parfois que la victime peut ne pas être le salarié). Certes, c'est interdit et réprimé par la loi, mais il faut le prouver, avoir envie d'aller devant les tribunaux, bref faire durer une histoire alors que la victime n'a qu'une envie, c'est de tourner la page.

Cette proposition cherche répondre à une situation que l'on rencontre assez souvent et qui mérite qu'on y apporte une solution.

Sarkozy et le wahhabisme

Nicolas Sarkozy est en tournée chez les très riches saoudiens. A coté du discours "business", il nous sort une phrase assez inattendue : "Paris et Ryad «partagent les mêmes objectifs d'une politique de civilisation» : «tout faire pour que soient evités le choc des civilisations et la guerre des religions»".

J'ai peur d'avoir du mal à suivre. La doctrine officielle de l'Arable Saoudite est le Wahhabisme, et en matière doctrinale, ce sont les plus durs. Après, on passe aux terroristes et aux fous furieux genre "Al Qaïda". Les saoudiens n'ont pas toujours été très clairs avec les terroristes d'ailleurs et heureusement pour eux que les USA aient eu trop besoin de leur soutien, car en creusant un peu, on aurait trouvé sans mal de nombreux circuits de financement du terrorisme qui partaient de Ryiad. Certes, beaucoup de membres de la famille royale ont un comportement privé "fort peu islamique", mais en public, c'est la rigueur la plus totale. Politiquement, les Al Saoud sont arrivés au pouvoir par le biais d'une alliance avec les plus durs des oulémas. Sous des dehors de stabilité, ce pays est en fait une poudrière, et sans cette alliance du sabre et du minaret, le pays s'effondre !

Soit les Saoudiens ont bien changé, soit Nicolas Sarkozy se met le doigt dans l'oeil quand il les prend pour des modérateurs de l'islamisme radical, comme un rempart contre la guerre des civilisations et des religions. J'ai un peu peur que ce soit la deuxième alternative de la proposition qui soit la bonne quand j'entends Sarkozy saluer les "progrès des saoudiens en matière de droits de la femme" ! Certes, ils ont progressé, mais vu d'où ils partaient, ils pouvaient assez difficilement régresser !

Sarkozy et les grands patrons

On a beaucoup glosé sur les relations entre Nicolas Sarkozy et les grands patrons, que ce soit pour le "mon frère" donné à Arnaud Lagardère, où pour le prêt de son Falcon privé par Bolloré. Comme bien souvent, les commentaires sont restés en surface, pour fustiger et alimenter le moulin de la détestation et de la "radicalisation". Bref, le degré zéro de l'analyse.

Je ne crois pas du tout à une quelconque "amitié" entre Sarkozy et les grands patrons. A ce niveau de pouvoir et de puissance, on n'a pas d'amis, mais des égaux, avec qui on peut être allié, adversaire, suivant les circonstances et les intérêts en jeu. Si Sarkozy et les grands patrons semblent unis "comme cul et chemise", c'est parce qu'ils y ont intérêt. Le jour où Sarkozy sera dans la merde et n'aura plus rien à apporter, vous pouvez être sûrs qu'il sera lâché, et il pourra toujours courir pour avoir le Falcon de Bolloré.

Sarkozy a besoin des grands patrons, mais de pas n'importe lesquels. Notez bien qu'il n'est "ami" qu'avec les quelques pontifes qui sont aux commandes de groupes dont ils sont propriétaires (Lagardère, Bouygues, Bolloré, Arnault...). Sarkozy en a besoin car ces grands capitaines d'industrie ont un pouvoir économique et financier énorme à l'échelle de la France. Il peuvent faire le succès ou l'échec d'une mesure économique, voire de la politique économique du gouvernement. Le fameux "mur de l'argent" auquel la Gauche s'est heurté parfois n'est pas un mythe. Et comme depuis une vingtaine d'années, le pouvoir politique français s'est désaisi d'à peu près tous les leviers de politique économique (La politique monétaire, c'est la BCE, la politique budgétaire est sérieusement encadrée par l'UE), il est encore plus dépendant des acteurs économiques pour la réussite de sa politique.

Pour les patrons, la proximité avec Sarkozy peut offrir des avantages incomparables. D'abord, cela flatte l'ego, et ça, c'est important. Ces grands patrons remplis d'argent peuvent se payer tout ce qui est à vendre, mais le problème, c'est que certaines choses qui les intéressent ne sont pas forcement achetables avec de l'argent. C'est par exemple la respectabilité, les entrées dans les lieux qui comptent. La proximité avec le président de la République peut leur apporter quelque chose sur ce point. L'amitié de Sarkozy est également importante pour leur développement international. Cela leur apporte une crédibilité qui rassure les investisseurs. A ce niveau économique, la confiance est une denrée essentielle. Quand Bolloré prête son avion privé ou son yacht à Sarkozy, cela lui coute un tout petit peu d'argent (une broutille vu sa fortune), et cela lui rapporte bien plus en prestige, car aux yeux des étrangers qui ne connaissent pas tous les détails de la vie politique française, Bolloré apparait véritablement comme un "ami" du président, ce qui peut lui permettre de gagner ou de préserver des marchés. Regardez donc un peu les activités du groupe Bolloré (ports africains, logistique internationale...). Dans l'affaire, c'est Bolloré qui y gagne, très largement.

Que l'on ne s'y trompe pas, les cadeaux qui pourraient être faits le sont aux entreprises, pas aux patrons en tant que personnes physiques. Renforcer les grands groupes français, c'est servir l'économie de la France, car dans la compétition mondiale, mieux vaut que les centres de décisions soient en France. Cela évite les délocalisations, ce qui n'est pas rien. C'est un choix politique parfaitement censé et justifiable ! Toute la difficulté pour Sarkozy est de ne pas sacrifier l'intérêt général par des "cadeaux sans contrepartie". C'est lui qui doit mener la barque, qui doit décider ce qu'il donne et ce qu'il ne donne pas. Plus que sur les "cadeaux", c'est sur les contreparties qu'il faut être "vigilant" !

vendredi 11 janvier 2008

Le respect, ça se gagne !

Lors de ses voeux à la presse, Bernard Accoyer a tenu des propos assez "libres" sur le rôle et la place du Parlement, relayant les grognements des troupes et qui rejoignent ce que je raconte depuis plusieurs mois. Cela me laisse pourtant insatisfait, car d'abord, Bernard Accoyer n'a strictement rien fait depuis six mois. Pas la moindre proposition construite de réforme, ni même la moindre action concrète pour défendre les prérogatives de l'Assemblée nationale et les faire respecter.

Il a commencé par rappeller que le pouvoir législatif a un rôle de contrôle de l'exécutif : "le contrôle du gouvernement et l'évaluation des politiques publiques sont de la seule compétences du Parlement". Oui le Parlement contrôle, du moins certains de ses membres. Mais ils sont trop peu nombreux à travailler réellement dans ce sens, il n'y a qu'à voir l'indigence de nombre de rapports budgétaires. Les députés et sénateurs ont des pouvoirs, qu'ils les exercent davantage. C'est aussi le rôle du président de les encourager à se lancer. C'est bien de revendiquer un monopole, mais dans ce cas là, il faut exercer pleinement la compétence, sous peine de voir d'autres s'en charger ! De plus, je trouve cette revendication un peu osée, car le contrôle est exercé, in fine, par les citoyens. L'article 14 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est explicite.

Deuxième constat, le Parlement n'est pas assez respecté, et les députés sont tellement surchargés qu'il leur est impossible de faire un travail de qualité : "Je le dis: le Parlement n'est pas assez respecté. Le désir d'agir vite, bien compréhensible, a régulièrement conduit le gouvernement à recourir à la procédure d'urgence, privant ainsi le Parlement des conditions et des délais d'examen nécessaire. Notre pouvoir de légiférer dans la sérénité s'en est trouvé amoindri". Là encore, le président de l'Assemblée aurait quelques moyens de s'ériger en rempart. J'ai cru comprendre qu'il avait un droit de saisine du Conseil constitutionnel. Pourquoi ne l'exerce-t-il pas, notamment pour les textes où le gouvernement a particulièrement mal respecté les parlementaires ? Ce ne sont pas les textes bourrés de malfaçons qui manquent, ce serait presque devenu la norme ! On ne lui demande pas de le faire à chaque fois, mais rien de tel pour se faire respecter que de frapper en grand coup, sur un régiment de cavalerie par exemple. Là encore, rien, Accoyer a été transparent.

C'est bien gentil de se féliciter que la réforme constitutionnelle accorde davantage de pouvoirs au Parlement, si c'est pour ne pas les exercer. Avant de demander d'autres prérogatives, il faut commencer par exercer pleinement ce que l'on a ! Plutôt que des belles paroles et des constats d'impuissance, que d'autres ont fait avant lui, j'attend davantage d'action. Avec un peu de courage politique, c'est possible.

Carnet de note

Rue89 nous a sorti un amusant tableau d'évaluation du gouvernement. Classés sur une grille à double entrée (autonomie et visibilité médiatique), chaque ministre a droit à son petit commentaire. Pas toujours tendre, mais toujours juste et "non militant". Ca mérite le lien !

La forme et le fond

Le sondage publié aujourd'hui dans le Figaro est très intéressant. Nombre de propositions de Nicolas Sarkozy sont massivement approuvées (80% favorable au service minimum dans l'Education nationale), alors que dans le même temps, la cote personnelle du chef de l'Etat est en berne, avec seulement 52% des personnes qui lui font confiance pour mener à bien ces mêmes réformes.

Le message est clair : Nicolas, ta politique, on l'approuve, mais tu pouvais te calmer, ce ne serais pas plus mal. Je ne peux qu'approuver, depuis un certain temps, je déplore que l'on parle trop peu du fond, et beaucoup trop de la forme. La dessus, les commentateurs (les blogueurs loin devant d'ailleurs) ont une large part de responsabilités, mais la communication de Sarkozy aussi. Notre président ne fait rien, bien au contraire, pour que l'on parle davantage de sa politique et un peu moins de lui.

jeudi 10 janvier 2008

Le coté obscur de la class action

Selon le Figaro, plusieurs centaines d'emprunteurs veulent attaquer le crédit foncier, qui les aurait trompés. Ils se sont alors regroupés au sein d'un collectif, pour faire valoir leurs droits. Cela va devenir de plus en plus fréquent avec les évolutions annoncées, notamment la fameuse class-action.

Ces emprunteurs ont souscrits des crédits à taux variable, au moment où les taux étaient bas, et se retrouvent bien dépourvus quand les taux remontent. Ils accusent la banque de leur avoir menti, les conseillers clientèle leur ayant affirmé que ces emprunts étaient "capés", c'est à dire que l'augmentation de durée et de mensualités étaient plafonnés. Or, cela ne semble pas être le cas. L'article du Figaro, bien qu'assez neutre, ne dit pas tout. D'abord, ces prêts étaient la seule possibilité pour ces personnes d'emprunter. Ailleurs, leur dossier était refusé. Seul le crédit foncier leur proposait une formule, certes risquée pour l'emprunteur en cas de remontée des taux, mais qui avait le mérite d'exister. C'est facile ensuite, quand la bise fut venue, de se regrouper pour aller pleurer et tenter de renégocier, arguant d'engagements de la part des conseillers clientèle. Le Crédit foncier n'est peut-être pas totalement blanc et a sans doute parfois poussé à la signature. Les commerciaux ont un chiffre à faire et ne font pas toujours dans la dentelle ni dans le strict respect du devoir d'information. L'argumentation des emprunteurs m'étonne, car ils s'appuyent sur des engagements, qui bien souvent, ne sont qu'oraux. Dans un litige, c'est le document signé qui fait foi. Si on peut parcourir rapidement les conditions générales, qui sont des clauses-type (même si certains lisent tout), il faut quand même lire attentivement les conditions particulières, et s'assurer que les dires du commercial sont bien inscrites noir sur blanc dans le contrat. En droit français, c'est le contrat signé qui fait foi, pas les notes préparatoires ni les affirmations du commercial. Même si juridiquement, ils pourraient plaider le dol, l'issue devant les tribunaux est franchement incertaine.

Cette affaire m'apparait intéressant à suivre, car elle met bien en lumière les risques des class-actions, annoncées en droit français depuis 2005 et régulièrement repoussées, preuve que le sujet n'est pas si facile. Normalement, elles doivent être inscrites dans la loi de modernisation de l'économie, au printemps prochain. Ce cas me semble une parfaite illustration du coté obscur de la class-action, avec un regoupement de consommateurs qui se savent dans leur tort, ou du moins pas bien sûrs de leur coup, qui jouent par ce biais la carte l'intimidation dans le cadre d'une négociation banale entre deux acteurs économiques. C'est l'un des risques de cette nouvelle procédure, que de servir d'arme dans une négociation. Tout instrument peut être mis entre de mauvaises mains et ainsi détourné de son objectif initial. Nous ne vivons pas dans un monde où il y a d'un coté les gentils consommateurs forcement floués, et de l'autre les méchantes entreprises, forcement prédatrices.

Edit du 14 janvier : L'UFC que Choisir apporte son soutien pour lancer l'action en justice. Cela permettra de savoir qui est effectivement dans son tort.

Un divorce ordinaire

Un livre de journaliste doit très prochainement paraitre sur Cécilia Sarkozy. Des teasers viennent d'être lançés, pour appater le chaland et motiver l'acte d'achat. Marketing oblige, l'éditeur ressort les vacheries que balancerait Cécilia sur son ex-mari (rien de surprenant ou de nouveau). Il fait son métier d'éditeur. De son coté, Cécilia fait un procès histoire d'augmenter le buzz et enfin, tout ce que la France compte d'anti-sarkozystes primaires se jette dessus et en fait ses choux gras, sans recul et sans honnêteté intellectuelle.

Tout cela, c'est le déroulement, sous nos yeux, d'un divorce ordinaire. Quand un des deux décide de partir définitivement, après plusieurs ruptures et rabibochages, c'est rarement le coeur léger et l'esprit libre. Un divorce, même par consentement mutuel, mais apparemment dans la bonne entente, ce n'est pas une partie de plaisir. Il reste des traces, de l'amertume, une rancoeur contre l'autre, surtout quand il vous trouve une remplaçante à vitesse grand V, vous effaçant encore un peu plus de sa vie. Si vous l'avez épousé, c'est que vous l'aimiez, qu'il y avait quelque chose.

Nous sommes en plein dans la cassure, dans la période difficile où on doit se reconstruire après ce qui est, il faut bien le dire, un échec personnel. Tous les propos de Cécilia Sarkozy doivent donc être lus en ayant ce contexte à l'esprit. Il ne faut pas prendre tout cela pour argent comptant, mais il ne faut pas non plus lui jeter la pierre.

mercredi 9 janvier 2008

Point godwin pour Guigou

Je savais l'opposition au fond du trou, mais là, de la part d'un ancien garde des sceaux, c'est pitoyable !

Lors de la discussion générale sur le projet de loi de rétention de sécurité, Elisabeth Guigou a tenu ces propos : "vous tournez le dos à Beccaria, nourri de la philosophie des Lumières, vous choisissez Lombroso et son « homme criminel ». Or, vous le savez, c'est cette philosophie positiviste qui a conduit aux pires débordements de l'Allemagne nazie (Très vives protestations sur les bancs du groupe UMP)"

Faire l'amalgame avec l'Allemagne nazie, c'est le degré zéro de l'argumentation. elle aurait pu s'arrêter juste avant, cela aurait été parfait, car effectivement, il y a deux logiques pénalistes qui s'opposent, et le choix de Beccaria et Lombroso pour les illustrer est juste et un débat entre ces deux logiques aurait été intellectuellement très stimulant. C'est vraiment dommage de chuter aussi lourdement juste après et nous frustrer ainsi.

Le débat démocratique, Madame Guigou, c'est de défendre la justesse de ses positions, pas de disqualifier l'adversaire pour ne pas avoir lui répondre sur le fond.

Incohérente Albanel

Les sénateurs examinaient hier un projet de loi du gouvernement sur les archives. Un texte technique, muri depuis longtemps, sans contenu polémique. Bref, un débat de techniciens, qui n'a pas passionné la presse. Et pourtant, il s'y est déroulé un épisode amusant, où Christine Albanel, ministre de la Culture, nous a gratifié d'un magnifique numéro de Schizophrénie.

En fin de discussion, les sénateurs abordent des amendements traitant du sujet des archives, et modifiant la loi du 17 juillet 1978 sur les relations entre l'administration et le public. Souci bien légitime de cohérence de la part des sénateurs, qui tirent les conséquences du texte qu'ils viennent de voter en harmonisant et en élaguant. Au passage, un petit appel du pied au gouvernement pour lui dire qu'une réforme globale de cette loi de 1978 ne ferait pas de mal. La ministre convient qu'une telle réforme mérite d'être engagée, que l'on va réunir une commission (un jour peut-être) et que dans l'attente de cette commission, il serait bon que les sénateurs retirent leurs amendements. Le coup est classique et les sénateurs, ne s'en laissant pas compter, adoptent leur amendements malgré l'avis défavorable du gouvernement (ah si les députés pouvaient en faire autant, parfois...). La ministre laisse paraitre son léger mécontentement, en déclarant que "cet amendement et les suivants auraient mérité une consultation".

Cette phrase sonne tout particulièrement à la lecture de l'amendement suivant, qui est un amendement gouvernemental ressemblant très fort à un cavalier législatif ! Cet amendement durcit les peines pour les vols et dégradations d'objets mobiliers classés, d'objets archéologiques. Bien que les pièces d'archives privées classées sont visés par l'amendement, ce durcissement concerne essentiellement les vols et trafics d'objets d'art. Pas grand chose à voir avec les archives. Quelques sénateurs le font d'ailleurs remarquer et soulèvent tous les problèmes posés par un tel durcissement, qui obéit à la règle habituelle (malheureusement) du renforcement de la loi pénale à la suite d'affaires médiatiques. Un chien mord un enfant, une loi sur les chiens dangereux, quelques tableaux volés, quelques statues mutilées, un amendement augmentant les peines. Je salue l'intervention du président de la commission des lois, Jean-Jacques Hyest : "On ne règle rien en alourdissant les peines : il faut réprimer efficacement. Un juge condamnera-t-il l'auteur d'une dégradation de tableau à dix ans de prison ? Il a fallu prévoir des peines planchers contre les récidivistes... Je crois plus, en la matière, aux sanctions financières. Je vous donne acte qu'il y a une recrudescence des vols mais il y a aussi des offices efficaces : n'aggravons pas les peines de telle sorte qu'une dégradation de tableau soit plus lourdement sanctionnée qu'une acte que nous trouvons plus grave". Michel Charasse en rajoute une couche : "Je partage ce point de vue mais les voleurs savent bien qu'une petite commune ne peut acheter les matériels nécessaires pour protéger une église classée ou inscrite. Une loi programme sur cinq ans pourrait les aider à mettre en place des dispositifs de protection avec le concours de l'État". Un autre sénateur socialiste, Jean-Claude Peyronnet, ferme le ban : "Pourquoi ces dispositions figurent-elles dans un amendement et pas dans le texte de loi ? À quoi bon aggraver les peines si celles-ci ne sont pas suivies d'effet ? Il eût mieux valu aider les collectivités à protéger leur patrimoine, notamment cultuel". C'est étrange, mais Madame Albanel n'a pas estimé que "cet amendement aurait mérité une consultation".

Finalement, l'amendement est adopté, mais semble-t-il de justesse. Eh oui, les sénateurs aussi peuvent être godillots !

Le prochain président US...

Ca y est, les pronostics vont bon train sur qui pourra devenir le prochain président des USA. Comme si on pouvait deviner quoique ce soit maintenant, avec une telle volatilité des électeurs. Il suffit en effet qu'Hillary esquisse quelques larmes pour remporter une primaire qu'on pensait perdue pour elle au vu des sondages.

Les prédictions, à ce stade, révèlent souvent davantage sur ce que le commentateur aimerait comme résultat plus qu'autre chose. Un exemple type est le propos très sûr de lui de Versac, qui prédit que le 44ème président des USA sera forcement démocrate. Ses arguments ne sont pas dénués de sens, mais je pourrais faire la démonstration inverse, et dire que Barack Obama et Hillary Clinton ne sont pas en mesure de remporter une élection présidentielle, du fait du monde de scrutin.

Aux USA, le principe du "winner take it all" est redoutable. Un candidat qui arrive en tête dans un état rafle tous les grands électeurs. Il ne sert donc à rien de gagner un état à 70%, 51% suffisent. Les récents scrutins présidentiels américains ont montré une polarisation assez marquée, l'intérieur du pays votant républicains, les Etats de la cote (Est et Ouest) votant démocrate. Beaucoup d'états républicains sont assez ruraux et conservateurs, et sans vouloir être méchant, vu les profils des deux candidats démocrates (un noir et une femme très marquée "new-York"), à peu près n'importe quelle chèvre avec l'étiquette républicaine sur le front peut l'emporter. Au Texas par exemple, c'est une voie royale pour n'importe lequel des candidats républicains actuellement en lice. Même si Giuliani (comme le dit Versac) peut avoir du mal à rassembler son camp, c'est quand même dans la poche dans nombre d'états ruraux.

Tout va se jouer dans les swings states, et c'est là qu'il est important d'avoir un profil "centriste". Un républicain modéré peut donc espérer l'emporter dans certains de ces états. Il ne faut pas oublier que Rudy Guliani était maire de New-York le 11 septembre 2001, et qu'il a admirablement joué le coup. Il peut causer de sérieux soucis aux démocrates dans des Etats qui leurs sont pourtant acquis, notamment l'état de New-York et le New-Jersey (ceux qui pèsent très lourd). Sans compter tous les vieux reflexes anti (racistes contre Obama, sexistes contre Clinton) qui peuvent ramener des voix démocrates vers un candidat républicain homme et blanc. Rappelez-vous à combien de voix s'est jouée la Floride en 2000...

Personnellement, j'estime qu'il est bien trop tôt pour se livrer à un quelconque pronostic sur la campagne US, car il faut d'abord savoir qui est candidat au final, et se garder d'observer la politique US en fonction de ce que nous voudrions qu'elle soit au lieu de la lire comme elle est.

Pourquoi refuser les OGM ?

Le gouvernement vient de retirer le projet de loi sur les OGM. C'est la deuxième fois qu'un projet de loi sur ce sujet est retiré à la dernière minute, preuve du profond malaise qui existe sur cette question. Il semble impossible de pouvoir organiser le moindre débat serein sur cette question. Dans ce cas, mieux vaut retirer le texte. Il n'y aurait rien de pire qu'une loi votée dans de telles conditions de terrorisme intellectuel. Pourtant, il va bien falloir traiter cette question, l'Europe nous y pousse vivement, et les quelques décrets pris pour transposer les directives ne sont que des solutions d'attente, a minima. Sur les OGM, on est en plein délire, en pleine désinformation. José Bové et ses adeptes se livrent à un véritable terrorisme intellectuel, dont le but et d'interdire tout débat et d'imposer leur point de vue. Il n'y a pas plus antidémocratique comme comportement, mais c'est vrai que l'Extrême gauche française n'a jamais prétendu être démocratique.

Au fait, les OGM, c'est quoi ? Le terme signifie Organisme Génétiquement Modifié. Ce sont des plantes ou des animaux dont on a artificiellement modifié les gênes pour qu'ils acquièrent certaines caractéristiques qu'ils n'avaient pas naturellement. C'est par exemple la résistance à une maladie, à un parasite. Cela peut être un meilleur rendement (quantitatif ou qualitatif), une moindre consommation d'eau. Cela ne concerne pas que le maïs, loin de là. Certes, l'agriculture est très concernée, mais l'industrie pharmaceutique encore plus, un produit "naturel" étant souvent meilleur qu'un produit de synthèse. Un petit coup de manipulation génétique et une plante peut se mettre à produire en plus grande quantité une substance qui intéresse les industriels.

Une première série d'oppositions aux OGM partent d'un principe "religieux", où il ne faudrait pas toucher à la Création. Dieu a créé le monde tel qu'il est, et tenter de tripatouiller et de trafiquer la Création est oeuvre sacrilège. Je ne partage pas, mais je peux comprendre. Une autre série d'oppositions s'appuyent sur la crainte de conséquences futures graves et irréversibles sur la santé humaine. Ces questionnements sont parfaitement légitimes, toucher à la chaine du vivant n'est pas anodin, et nos connaissances scientifiques étant encore très parcellaires, on peut imaginer que cela provoque des bombes à retardement, comme le problème de l'amiante ou des hormones de croissance. Il est donc important de mener des études et il est normal que l'on puisse vouloir appliquer le principe de précaution. Mais cela ne peut se faire qu'au cas par cas ! Il y a des mutations génétiques qui ne posent aucun problème, comme par exemple augmenter la productivité d'une plante, quand on ne fait que modifier un gêne qui bloque partiellement la production de la substance intéressante. On garantit ainsi une productivité certaine, alors qu'à l'état naturel, elle est aléatoire. A l'inverse, d'autres mutations génétiques peuvent être plus lourdes, et aux conséquences potentiellement plus dangereuses, pas forcement pour la santé humaine, mais pour l'équilibre de la faune et de la flore.

Ce que je reproche à José Bové, c'est de ne faire aucune distinction et de jouer sur la peur pour disqualifier une technique, qui peut être bonne ou mauvaise, selon l'usage qu'on en fait. Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est le fondement philosophique de ce rejet très fort, car je vois mal José Bové en défenseur de la Création. Sait-il lui-même pourquoi il s'oppose aux OGM ? J'aimerais beaucoup que les anti-OGM explicitent le fond de leur pensée, me disent pourquoi ils refusent de manière aussi radicale que l'on s'engage sur cette voie. Jusque maintenant, la Gauche, et encore plus l'Extrême Gauche vivaient dans l'équation "avancée scientifique et technique = progrès". Là, ce n'est plus le cas.

Le débat est ouvert, je souhaite qu'il soit serein et constructif. Toute contribution qui n'est qu'un copier-coller d'affirmations militantes sera sabré. Quand je pose une question sérieuse, j'aime qu'on y réponde autrement que par des proclamations militantes !

mardi 8 janvier 2008

Sarkozy et l'audiovisuel public

"Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il souhaitait «réfléchir à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques» de télévision. «Je souhaite donc que le cahier des charges de la télévision publique soit revu, profondément, et que l'on réfléchisse à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques qui pourraient être financées par une taxe sur les recettes publicitaires accrue des chaînes privées et par une taxe infinitésimale sur le chiffre d'affaires de nouveaux moyens de communication, comme l'accès à internet ou la téléphonie mobile», a dit le chef de l'Etat."

Voilà (pompé dans le figaro.fr) les premières propositions réellement consistantes de Nicolas Sarkozy concernant l'audiovisuel public. Le publiphobe que je suis ne peut que se réjouir de la disparition de cette pollution visuelle et intellectuelle qu'est la publicité sur les chaînes du service public (même si cela ne me fera pas regarder plus la télévision). Je me réjouis aussi que l'on ose enfin ponctionner les recettes publicitaires, parce que dans ce domaine, il y a de l'argent. Pour l'instant, ce sont les recettes publicitaires des chaines privées qui sont concernées, mais à terme, ce serait une bonne chose que la publicité en général soit davantage taxée. Cela rapporterait, vu les montants colossaux des budgets publicitaires sans mécontenter l'électeur-consommateur, qui de toute manière, est le payeur ultime de tout le barouf publicitaire. Qu'une partie aille dans les poches de la collectivité plutôt que dans celle des grands groupes de publicité et des médias, ce n'est pas un mal.

Deuxième piste esquissée, le glissement progressif de la taxation vers les nouveaux supports techniques. Même principe que pour le téléchargement de musique ou de film, le modèle économique de la redevance, assis sur les téléviseurs, est complètement dépassé. Dans 10 ans, plus personne n'aura de téléviseur, sauf les petits vieux (mais Sarkozy vient de les exempter de redevance télé). On visionnera des programme téléchargés à la carte sur une multitude de supports techniques multimodaux (ordinateurs portables, téléphones et je ne sais quoi d'autre). Le modèle économique de la Redevance est bel et bien mort et si on veut continuer à financer le service public, il va bien falloir asseoir la taxe sur autre chose. D'où cette prudente ouverture d'une "taxe infinitésimale" sur l'accès internet et les abonnements de téléphone portable. On le sait tous, une taxe au départ infinitésimale peut ne pas le rester, l'important est de la créer, ensuite, on l'augmenter en douce (le raisonnement fonctionne aussi pour les franchises médicales). A mon avis, la taxe ne va pas rester longtemps infinitésimale, et quelque part, c'est logique. Le tout est qu'elle n'atteigne pas des sommets inacceptables, surtout au regard de la prestation fournie par le service public de l'audiovisuel.

Troisième point, le cadeau fait aux chaines privées. Toute la pub est pour vous ! Fini la concurrence du service public, TF1, M6 et Canal+ vont pouvoir augmenter leurs tarifs puisque d'un seul coup, le marché de la pub télé va se retrouver déséquilibré par une restriction des canaux de diffusion. A cela, rien de surprenant, la volonté de renforcer la rentabilité des grands groupes audiovisuels français, pour leur permettre d'atteindre la taille critique, est inscrite noir sur blanc dans la lettre de mission de Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication. C'est une mesure à deux faces, chacun, selon ses orientations politiques, ses préoccupations personnelles, mettra l'accent sur une face. Premier aspect, on engraisse les grands groupes capitalistes français, et notamment les copains (Bouygues, Bolloré). Je ne développe pas, d'autres le feront bien mieux que moi ! L'autre aspect, c'est la possibilité pour les grands groupes audiovisuels, d'augmenter leur rentabilité, pour grossir, atteindre une taille critique qui leur permette de financer la production audiovisuelle et d'assurer ainsi l'existence d'un vivier de création culturelle française. Il ne faut pas se leurrer, en dessous d'un certain seuil, l'exception culturelle à laquelle nous tenons tant n'est pas économiquement viable, à moins de subventionner sur fonds publics (ce qui est de plus en plus difficile avec l'Union Européenne d'un coté et l'OMC de l'autre). Il faut donc que les groupes privés aient suffisamment de moyens pour investir et passer des commandes. Même reflexion concernant les investissements nécessaires pour tenir son rang sur internet, et plus globalement, dans le domaine des nouvelles technologies. Passer de la diffusion par le seul canal de la télévision au multi-support, du menu unique à la carte, cela ne se fait pas en un claquement de doigt. Cette mesure permet aussi de créer enfin une différence entre secteur public et secteur privé, avec deux offres différentes et complémentaires. Bien entendu, tout ne se passera pas aussi parfaitement, mais voilà, à mon avis, l'idée qui sous-tend ce projet et qui se défend.

Plus c'est gros, plus ça marche

Très bonne synthèse par Gilles Klein, qui en plus du monde du blog, fait des piges chez Schneidermann, du canular "président de facebook".

Un guignol de banlieue annonce à la face des médias français qu'il est élu président de facebook. Et ça marche ! Il passe en boucle sur tous les plateaux télé, et ensuite sur les éditions papier de la presse nationale. Tout cela est révélateur du milieu journalistique français. Cette petite phrase dit tout : "On a repris l'info comme tout le monde, il passait partout, il avait un profil crédible, un pedigree, un livre". Comportement moutonnier, prime à la belle gueule (qui passe bien à l'écran), au culot et aux "références dans le microcosme". Quand on dit que les journalistes sont des paresseux, on a ici une magnifique confirmation. Personne n'a vérifié ! Deuxième confirmation, l'ignorance crasse de nombreux journalistes pour ce qui se passe sur internet. N'importe quel internaute un peu expérimenté aurait flairé l'arnaque. Facebook est un réseau social, un outil coopératif, en rien un pôle centralisé avec des autorités. Dans la blogosphère, cela n'aurait absolument pas pris.

Pourtant, l'avenir de la diffusion de l'information, c'est sur internet que cela va se jouer. C'est un monde qui a ses codes, ses rites, ses travers et si on veut y jouer un rôle, il faut les connaitre. Il y a encore beaucoup de boulot chez les journalistes français !

lundi 7 janvier 2008

Idiotie militante

Un malade du SIDA annonce qu'il est en grève de soins, pour protester contre les franchises médicales. On atteint le comble de l'idiotie militante. Franchement, mettre sa vie en danger pour les franchises médicales, c'est ridicule, et surtout, cela n'en vaut pas la peine. Tenter de s'inscrire dans la lignée de Jan Palach s'immolant par le feu pour protester contre la repression du printemps de Prague, c'est une tentative pitoyable de la manipulation des esprits.

Quand je lis les propos repris dans le Figaro, je suis affligé : "nous allons devoir payer pour l'accès à ce droit fondamental qu'est celui de la santé". D'abord, la santé n'est pas un droit fondamental. C'est l'accès aux soins qui compte, parce que la santé, personne ne peut la garantir, et au final, on finit tous par mourir. Première énormité. La deuxième n'est pas mal non plus, à savoir "nous allons devoir payer". Parce qu'avant les franchises, on ne payait pas, les soins étaient gratuits et tombaient du ciel ! Bien entendu, l'argent ne sortait pas directement de la poche des patients, enfin pour ceux qui ont une mutuelle, et en temps que travailleur social, donc fonctionnaire, ce malade en grève de soins avait certainement une mutuelle (malade du SIDA depuis 20 ans, valait mieux pour lui et ses finances). L'accès aux soins, il le payait déjà largement par le biais des cotisations sociales, la différence entre le brut et le net sur sa feuille de paie, et de ses cotisations de mutuelle !

Nous avons là un magnifique exemple de mensonges, d'amalgames et de manipulation. Les franchises sont une petite somme (50 euros par an maximum) que l'on demande au patient de régler directement. Pas de quoi en faire une montagne.

Inquiétudes maçonniques

Le Grand Orient s'inquiète d'un retour du religieux. Comme Le Chafouin, je trouve cette position particulièrement archaïque et à coté de la plaque, mais j'en comprends parfaitement les ressorts.

Les francs-maçons, et particulièrement le Grand-Orient, se sont construits en antagonistes des religions révélées, et plus précisement du catholicisme. Leur combat avait un sens en 1905, quand l'église catholique prétendait ériger sa doctrine en norme pour l'ensemble de la société, croyant comme non croyant. Toute la pensée maçonnique a été orientée pour contrer ces prétentions et permettre la neutralité de l'espace public, c'est-à-dire l'interdiction pour un groupe d'en prendre le contrôle.

Leur drame, aujourd'hui, c'est qu'ils ont gagné. Ce faisant, ils perdent leur raison d'être philosphique. Que reste-t-il des francs-maçons ? Des cercles de reflexion, mais qui ne produisent plus grand chose de novateur et des réseaux de copinages qui eux fonctionnent à pleins tubes. Dans ce communiqué, on sent que le Grand Orient ne souhaite qu'une chose, le retour de son grand adversaire, pour reprendre une lutte pour laquelle il est formaté, en fait la seule chose qu'il sache bien faire. C'est le même problème pour les reconversions industrielles ou le retour à la vie civile de soldats ayant longtemps servi sous les drapreaux et n'ayant vécu que pour et par cela.

En 2008, les religions ont bien changé. Elles ont laissé en cours de route leurs prétentions hégémoniques, leur volonté d'édicter et d'imposer les normes sociales. De toute manière, elles n'en ont plus les moyens, c'est flagrant pour l'église catholique. Si le religieux revient, c'est sous une autre forme, qui propose sans menacer, rencontrant un certain succès quand c'est fait sous des formes nouvelles. Car la demande existe, elle est forte, il suffit de voir le succès foudroyant des églises évangéliques. Plutôt que d'affronter cette réalité, qui les obligeraient à se remettre en cause eux-même (et profondement), les francs-maçons préférent tenter de faire croire que "la Bête est revenue" et qu'il faut reprendre le combat.

Cela ressemble beaucoup à un remake de Don Quichotte, et sans vouloir être méchant, Alain Bauer, le très médiatique ancien grand-maitre du Grand Orient me fait penser à Sancho Pança...

En voilà qui font du vrai boulot

Bon point pour nonfiction.fr, avec leur interview d'Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy. Je les pensais "repaire d'intellectuels ségolénistes bon teint". Finalement, il y a de la ressource, de la profondeur et le niveau d'honnêteté politique et intellectuelle est très correct. Une bonne référence à suivre.

J'invite donc mes nouveaux amis vigilants à rebondir sur cette interview, qui présente autrement plus de contenu que des photos dénudées et des slogans de campagne.

le prisme franco-français

La presse nationale française, qu'elle soit écrite ou autre tombe souvent dans le travers du franco-centrisme. Un petit détail a attiré mon attention et mon agacement, dans un article du Figaro à propos de l'élection du nouveau général des jésuites. On y apprend que la congrégation générale se réunit, et qu'elle comporte 225 membres, dont trois français.

Quelle est la pertinence de cette précision ? Est-ce que le fait qu'il n'y ait que trois français va changer quelque chose ? A mon avis, strictement rien ! Mais le journaliste n'a pas pu s'empêcher de le noter, sans aller jusqu'au bout. Dans le cadre d'une petite reflexion sur la perte d'influence de la France dans une grande institution catholique, ce chiffre à un sens. Mais là, rien, pas le moindre développement, pas la plus petite ouverture vers ce thème. C'est juste une précision pour le cocorico !

Cela me rappelle la première guerre du Golfe, en 1991, où les médias français se focalisaient sur les 12 malheureux avions français engagés dans cette offensive, leur accordant une couverture médiatique disproportionnée par rapport à leur utilité militaire (minable, à coté des anglais et des américains, dont les appareils étaient bien plus nombreux et performants). Ne parlons pas de la couverture de l'actualité sportive, notamment l'athélisme, où les piètres performances de nos "champions" français sont commentées à l'envi, au détriment de la véritable analyse sportive de la discipline. Mais c'est vrai que cela remettrait la France à sa juste place...

vigilance sur les vigilants

C'est vrai que Nicolas Sarkozy en fait parfois un peu trop dans l'étalage, surtout dans un pays aussi complexé par l'argent et la richesse que la France. Il est scruté, disséqué, de manière parfois obsessionnelle par un certains nombre de personnes qui ne manquent pas de s'exprimer même si certaines feraient mieux de se taire.

Le meilleur exemple est Yannick Noah, dont on attend encore qu'il se "casse" puisque Nicolas Sarkozy a été élu. Ce monsieur, qui se pose en victime et fait assaut de bonne conscience (toujours là pour se faire valoir médiatiquement) s'en prend régulièrement à Nicolas Sarkozy, qu'il connait bien puisqu'il fréquente les mêmes lieux et les mêmes gens. Il ne se gêne pas pour s'offrir des vacances pas à la portée de n'importe qui. Quand on s'érige en donneur de leçons, on évite, premièrement de s'exprimer à l'emporte-pièce et deuxièmement, on s'assure d'être à l'abri soi-même des critiques que l'on porte généreusement sur autrui.

Bizzarement, il y a plein de gens sur internet pour surveiller Sarkozy et baver sans fin dès qu'il soulève un sourcil de travers, et pas grand monde pour regarder autour. C'est bien dommage.

vendredi 4 janvier 2008

Fantasmes ou réalité ?

Notre santé serait menacée par l'utilisation des téléphones portables. Si si, gravement même ! C'est le ministère de la santé qui vient de le dire, comme par hasard juste après les fêtes de Noël. Entre les intérêts du commerce et ceux de la Santé publique, il semble que Roslyne ait choisi de ménager les premiers.

Ou alors, c'est qu'il n'y a en fait rien ou pas grand chose à craindre sur le plan de la Santé. Sur ce sujet là (comme sur les OGM d'ailleurs), on nage en plein fantasme. L'utilisation des téléphones portables et les antennes relais représentent-elles un danger pour notre santé ? Je n'en sais fichtrement rien. Enfin si un peu. J'utilise un téléphone portable depuis presque 10 ans, je suis toujours en vie et apparemment en bonne santé. J'imagine que l'usage immodéré du téléphone portable peut entrainer des problèmes d'audition, à la longue. Mais pas plus que l'addiction à l'ipod, le casque en permanence dans les oreilles n'arrange certainement pas la qualité à long terme de l'ouïe. Concernant les antennes relais, on entend tout et n'importe quoi, sans qu'aucune étude sérieuse et incontestable n'apporte des éléments probants sur un risque réel pour la santé des personnes qui y sont exposées. En l'absence de données fiables, la porte est ouverte à toutes les manipulations et tous les délires.

Que tous ceux qui fantasment sur ces dangers de la téléphonie mobile arrêtent de polluer les médias de leurs doutes, car il existe pour eux un moyen très simple de se mettre à l'abri. Qu'ils commencent par s'appliquer à eux-même le principe de précaution, et renoncent au téléphone portable. Et pendant qu'ils y sont, qu'ils renoncent aussi à tous les appareils qui fonctionnent sur le principe du "sans-fil". Plus de wifi, plus de téléphone sans fil, plus de télécommandes ! Je pense qu'on pourra attendre longtemps, car le propre de beaucoup de ces "militants" est de réclamer l'arrêt collectif de comportements qu'ils continuent de pratiquer à titre individuel.

La primauté du politique

Nicolas Sarkozy vient de prendre deux mesures qui mettent l'accent sur un point important de sa manière d'être et d'agir : le politique prime sur le technocrate.

Il vient de retoquer les propositions de quasiment tous ses ministres pour la légion d'honneur et l'ordre national du mérite, pour cause de non respect de la parité. Pas assez de femmes ! Sur un mode plus mineur, mais tout aussi significatif (à mon avis), les services de la présidence ont souligné "trop de microcosme parisien", pas assez de gens "ordinaires et méritants". C'est vrai qu'en lisant les listes de promus (mon activité professionnelle m'impose cela), on se demande régulièrement ce que certains ont pu faire d'exceptionnel pour recevoir la légion d'honneur, mis à part d'être dans les circuits de copinage et de proximité du pouvoir, et d'avoir fait correctement (mais sans plus) leur job. C'est là un magnifique exemple de déprise progressive des politiques par rapport aux administratifs et plus globalement, par rapport à leur entourage. C'est là qu'on se rend compte de l'écran qui existe entre les centres décisionnels et les citoyens de base. J'approuve donc pleinement cette reprise en mains par les politiques des attributions de décorations, et la volonté de leur rendre leur rôle premier, qui est de récompenser les services exceptionnels.

Deuxième action, le bulletin de note des ministres. Au delà de l'aspect anecdotique, des comparaisons avec les bulletins de notes des élèves, c'est une mesure essentielle car elle rappelle de manière très nette aux ministres qu'ils ne sont pas seulement les chefs d'une administration, mais aussi des politiques et que ces deux rôles peuvent parfois être contradictoires. En effet, le rôle de l'administration, c'est d'appliquer et de défendre la règle, alors que le rôle des politiques et de la faire évoluer. Un ministre qui se fait un peu trop le porte-parole de son administration doit être recadré, c'est sans doute ce qui va arriver à la mi février. J'attend de voir le détail des indicateurs retenus, mais comme Verel, je pense que ce n'est pas l'aspect purement "évaluatif" qui est recherché, du moins pas dans l'immédiat, mais plutôt le coup de pied au cul pour faire avancer les ministres et leur rappeler qu'ils sont là pour réformer, et qu'ils ont des comptes à rendre. On aura ensuite tout le temps d'afiner l'outil d'évaluation.

Ces deux prises de positions n'auront toutefois d'impact réel que dans la durée. Si c'est pour faire un coup de com' et retomber dans les vieux travers la fois suivante, ce n'est pas la peine. C'est sur cela qu'il s'agit d'être vigilant.

jeudi 3 janvier 2008

La supérette des bonnes causes

Le creux médiatique du début janvier est mis à profit par les professionnels de l'agit-prop. Après Arnaud Montebourg et ses déclarations creuses, c'est José Bové qui nous revient, avec une ènième grève de la faim contre les OGM. En bon professionnel, notre moustachu du Larzac sait que tout réside dans la médiatisation de son action, et donc dans la facilité d'accès pour les journalistes de tout poils.

Plutôt que de rester dans le Larzac, il a décidé de s'installer rue de la banque à Paris, dans l'immeuble illégalement occupé par les activistes de Droit au logement. L'idée est bonne, car l'adresse est de ce fait connue des médias et des people en mal de "bonne cause à défendre". Que le droit au logement n'ait rien à voir avec les OGM, on s'en fout, ce qui compte, c'est que, comme aux galeries Lafayette, il se passe toujours quelque chose au "ministère de la crise du logement". Avec un peu de chance, on peut même faire bénéficier à sa cause les interventions de la police sur les activistes des autres "bonnes causes". On réalise ainsi des économies d'échelle pour les activistes, mais aussi pour les journalistes et les people, qui pourront ainsi rentabiliser leur déplacement rue de la banque. Deux bonnes causes pour le prix d'une, il fallait y penser !

Mettre deux marques très différentes sur un même produit est une technique marketing bien connue, le cobranding. Elle débarque d'ailleurs en France via les cartes bancaires. C'est franchement amusant de voir tous ces altermondialistes cracher sur l'économie de marché, sur le marketing, la publicité, et en reprendre les techniques pour leur propre marchandise, en étant d'ailleurs à la pointe du progrès. Y a pas à dire, ce José Bové est un vrai professionnel !

Wiki du protestantisme

Une initiative intéressante découverte via le monde du blog, la création d'un "wikipédia protestant".

Je n'ai jamais vraiment compris les querelles autour de Wikipédia. C'est un outil souvent de très grande qualité, disponible, gratuit. Certes, il existe parfois des erreurs, des tentatives de manipulations, mais c'est tellement suivi, tellement surveillé que tout cela est bien vite rectifié, ou à défaut signalé et neutralisé.

Bonne chance donc à ce projet.

mercredi 2 janvier 2008

exister médiatiquement

Il n'y a pas que Nicolas Sarkozy à être capable d'allumer des contrefeux médiatiques, pour faire oublier ses déboires, et s'arranger pour qu'une actualité chasse l'autre. Arnaud Montebourg s'y est mis aussi en invitant son "ami" Bernard Kouchner à démissioner et en tapant sur Sarkozy dans une tribune de Libé digne de nos bons blogs spécialisés dans la dénonciation de la droite bling bling ! Qui a dit que les politiques de Gauche étaient des vierges pures, qui ne cherchait pas à manipuler les médias et à y briller à tout prix?

Sauf que Montebourg a soit moins de talents, soit moins de ressources que Nicolas Sarkozy, car sa tentative de diversion est assez pitoyable. Sans doute fâché que l'on se déchaine contre sa décision de se présenter aux cantonales, il réplique en attaque un ministre d'ouverture Bernard Kouchner, qu'il décrit comme un fantoche qui ne fait que cautionner une politique décidée à l'Elysée. C'est vraiment du médiatique pour du médiatique, car Bernard Kouchner est parfaitement lucide sur sa situation. Ce n'est pas à un vieux singe que l'on apprend à faire la grimace, il sait ce qu'il retire de ce poste, ce que cela lui coûte et semble y trouver son compte. C'est vrai que s'attaquer à Besson ou Bockel, c'est un peu mesquin, d'abord tous les socialistes l'ont fait, surtout pour Besson, et le sieur Montebourg ne s'occupe pas de la piétaille. sa tribune dans libé est du même tonneau, en plus creux, se contenant d'imprécations et de petites phrases qui raviront les lecteurs habituels de Libé, mais c'est bien tout. Ce n'est vraiment pas avec cela qu'il fera avancer la France, et sans doute pas sa campagne cantonale. Il faut choisir ses priorités et ne pas courir deux lièvres à la fois.

Arnaud Montebourg est vraiment un personnage étonnant !

Servilité

Nicolas Sarkozy avait annoncé le maintien de l'exemption de redevance télé pour les retraités non imposables. La décision en soi n'est pas choquante, sauf qu'elle intervenait alors que le gouvernement et les députés avaient voté autre chose quinze jours avant, à savoir une demi-exemption. 48 heures après que la loi de Finances soit devenue définitive, on la modifie déjà.

Le président ayant claqué du doigt, le gouvernement s'est donc empressé de se déjuger, et de proposer aux députés un amendement (hors délais, mais il en a le droit) sur le projet de loi sur le pouvoir d'achat. Le pire, c'est que cette manière de faire risque de passer sur le fond, car cet amendement de dernière seconde n'est pas un cavalier législatif, puisqu'il vise à augmenter le pouvoir d'achat des retraités modestes. Sur la forme, c'est autre chose, mais c'est comme pour tout, on finit par être blasé, même ici...

Pas forcement anticonstitutionnel, mais franchement ridicule, puisque les députés ont quand même réussit l'exploit de modifier une mesure qui n'était pas encore entrée en vigueur (puisqu'elle s'applique à partir du 1er janvier 2008). Cela dit, elle le sera lorsque le texte passera au Sénat, la semaine prochaine. Petite question amusante, est-il ainsi possible de déposer un amendement modifiant un article de code qui n'est pas encore entré en vigueur au moment où l'amendement est déposé ? Car le 3° de l'article 1605bis du Code général des impôts ne contenait pas le "50%" que l'amendement 175 proposait de supprimer au moment où cet amendement a été voté (ça va, vous suivez ?). Avis aux juristes pinailleurs, et éventuellement au Conseil Constitutionnel. Cela ferait de la belle jurisprudence constitutionnelle.