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vendredi 29 février 2008

Confusions culturelles

Une fois de plus, titre racoleur et faux dans Libé : "la Culture victime de Sarkozy". On me reproche parfois d'utiliser des "clichés" pour critiquer la gauche, qui ne saurait pas gérer par exemple. Là, pour le coup, nous avons un superbe cliché anti-droite : la droite tue la culture.

Première confusion, la culture ne se réduit pas aux cultureux, c'est à dire à ceux qui vivent (parfois très bien) de l'industrie et de commerce qui se fait autour des biens culturels et de leur diffusion. La culture, c'est bien plus vaste et bien plus diffus. Ce sont d'abord et avant tout les créateurs, car il ne sert à rien d'avoir une belle bagnole, si on n'a pas le carburant. Certains tirent effectivement le diable par la queue, et l'image de "l'artiste maudit" n'est pas qu'un mythe. Mais à qui la faute si l'acte de création pure n'est pas assez rémunéré ? Ce n'est pourtant pas l'argent qui manque dans les milieux culturels, contrairement aux pleurs réguliers de certains, qui ont visiblement inspiré cet article de Libé. Entre l'argent public qui continue d'être déversé, l'argent privé dans les entreprises culturelles (le monde de l'édition, de la mode, de la décoration touchent d'assez près à la création culturelle), le mécénat, le monde de la culture n'est pas à sec.

C'est vrai que la création culturelle ne va pas formidablement bien en France. Combien de prix nobel de littérature formés en France, "purs produits de notre système" ? Le dernier, c'était en 1985. Combien d'artistes plastiques à visibilité mondiale ? Combien de musiciens et de compositeurs de grande volée ? Il y en a, oui, mais quand on regarde dans les moins de 50 ans, ça devient dramatique. Et n'allez pas me dire que c'est la faute de Sarkozy ! C'est plutôt le résultat d'une politique culturelle menée depuis 25 ans, inspirée et initiée par Jack Lang. Depuis 1981, on a choisi de subventionner, non pas la culture, mais les cultureux. Et en déversant beaucoup d'argent, on a créé de la médiocrité. Elle nait quand le décideur n'ose plus prendre de risques artistiques parce qu'il y a trop d'enjeux, financiers notamment. En déversant tout cet argent et en concentrant le pouvoir aux mains d'une petite caste (Pierre Bergé a fait autant, sinon plus de mal à la culture que Jack Lang), on a éteint la créativité.

Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy a clairement choisir d'attaquer cette caste et surtout, de reprendre la main sur les orientations de la culture. Cela veut dire revoir la distribution des fonds, et donc bouleverser les circuits de la faveur et du pouvoir. Forcement, cela ne leur plait pas et il le font savoir, en utilisant les instruments habituels d'une certaine gauche que je n'aime pas car intolérante et arrogante : l'amalgame, la calomnie. L'article de Libé est de cette veine, mais c'est fait assez subtilement pour que cela ne choque pas au premier abord. On commence par un lien avec Lénine : cette phrase de Nicolas Sarkozy, cela ressemble à du Lénine, non ? Suit une prise de position manichéenne : privilégier la demande (le public) sur l'offre (les créateurs). Là, on est dans le sous-entendu codé. Donc, on va financer ce qui plait, et quand on connait les gouts de chiottes du public, je vous laisse deviner qui va toucher le jackpot... Non-dit, mais habilement suggéré, c'est encore plus fort qu'une démonstration. En fait, ce que Sarkozy propose, ce n'est pas une substitution, c'est un rééquilibrage en faveur de la demande, et surtout, une confrontation de l'offre avec la réalité. A vivre en vase clos, sans la moindre sanction en cas d'échec ou d'erreur, on glisse vers la médiocrité, et c'est exactement ce qui est arrivé à notre milieu culturel, habitué à ce que l'argent tombe tout seul, en totale déconnection avec ce qui est produit.

Libéralisme contre protectionnisme, un vrai débat droite-gauche, intéressant, que certains s'efforcent d'écarter, car ils n'ont aucun intérêt à un débat. Il faudrait alors exposer ses arguments, présenter ses résultats, donc rendre des comptes. Ce n'est pas la culture du monde la Culture !

Une parole présidentielle

Je reviens un peu sur la manière dont les médias, et plus généralement le public, reçoivent les déclarations de Nicolas Sarkozy.

Pendant de longues années, nous avons été habitués à une présidence "monarchique", avec un style très "en hauteur" et surtout une parole rare et définitive. Quand le président s'exprimait, la question était tranchée, l'autorité avait parlé, plus question de discuter. Même lorsque la décision présidentielle était une belle connerie. Pendant son deuxième mandat, Jacques Chirac nous a habitué a ces décisions qui arrivent un beau jour, qui ont certes été méditées, réfléchies, mais en petit comité, et qui s'imposent.

Nous avons été habitué à ce que le président de la république fasse la clôture d'un débat, se réservant exclusivement pour ce moment et n'intervenant surtout pas avant. Avec Nicolas Sarkozy, nous avons un président qui lance le débat et y intervient régulièrement. C'est effectivement un autre style, qui nous oblige à traiter la parole présidentielle d'une toute autre manière. Cela bouscule des habitudes, et en France, on n'aime pas ça. Alors plutôt que de s'adapter à ce nouveau style, on demande au président de reprendre les habits de ses prédécesseurs, auxquels nous étions habitués. Certes, c'est plus "brouillon", moins carré et cartésien, mais c'est aussi plus riche et plus "participatif". On peut émettre des avis, exprimer des oppositions, dont il est tenu compte ! Souvenez vous du CPE. Une décision qui tombe d'en haut, présentée comme une évidence, et qui n'a plus à être discutée une fois annoncée. Résultat, un magnifique crash politique. Je ne suis pas sûr que nous y perdions beaucoup à l'abandon de ce style présidentiel (en tout cas pour ce qui est des prises de positions politiques).

Il faudra sans doute un peu de temps pour que nous ayons de nouveaux repères. Il faut donner moins d'importance aux déclarations du président (sans les négliger pour autant), savoir reconnaitre ce qui mérite d'être retenu, car fruit d'une longue maturation, ce qu'il faut traiter par un "attendons de voir les actes", et enfin, ce qui est à jeter (et qui le sera si trop de gens sont contre). Cela demande aux journalistes et aux citoyens de réfléchir, d'analyser et de ne pas s'emballer dès que le président ouvre la bouche. Pas évident pour certains...

Combien d'anciens trotskistes à Poitiers ?

Certaines personnes à l'université de Poitiers refusent la nomination d'un professeur d'histoire du Droit, pourtant reçu major à l'agrégation, car c'est un ancien dirigeant du GUD. Oui, le GUD, mouvement dissous en 2000, était authentiquement d'extrême droite, il n'y a pas photo.

Pour autant, faut-il qu'une appartenance de jeunesse soit trainée pour la vie entière comme un boulet ? A partir du moment où la personne en question se range (ce qui est effectivement le cas, il semble s'être beaucoup calmé) et prend un nouveau départ, pourquoi la ramener toujours et sans cesse à son passé ? Dans ce cas là, il faut virer tous les anciens trotskistes, en les jugeant à l'aune des délires des différents groupuscules auxquels ils appartenaient dans leur jeunesse. Que ceux qui pétitionnent alignent leurs CV, et que celui qui n'a jamais milité lui jette la première pierre !

Je crois profondement aux changements, parfois radicaux dans les parcours personnels. Il faut savoir tourner les pages, accepter d'admettre qu'une personne a changé et en tirer les conséquences.

jeudi 28 février 2008

Maintenir l'interdiction de principe

Laurent se fait le relais d'un cas médiatique d'une malade incurable, qui souhaite "partir sereinement". Une nouvelle fois, le débat sur l'euthanasie rebondit, avec un cas "médiatiquement parlant", parce que visuellement frappant et émotionnellement frappant.

Malgré ce battage, je persiste à penser qu'il faut maintenir l'interdiction de principe de l'euthanasie. Quitte à "fermer les yeux" au cas par cas, avec des acquittements ou des condamnations symboliques. Légaliser l'euthanasie, c'est faire sauter une digue, et prendre le risque de se retrouver avec des comportements abominables. Imaginez, dans les maisons de retraite, la "toute vieille, qu'en finit plus de vibrer, et qu'on attend qu'elle crève, vu que c'est elle qui a l'oseille", qu'on pousse à "choisir" de partir sereinement. Parce qu'elle gêne, parce que la maison de retraite, ça coute cher et qu'il ne va rien rester en héritage. C'est sordide, mais des situations comme celle-là sont bien plus fréquentes qu'on ne le pense. Il y a aussi ces malades, qui sont parfois touchés par des passages à vide où la souffrance donne envie d'en finir définitivement, et qui finalement, surmontent la maladie et guérissent. Si l'euthanasie est légale, et même si elle est encadrée strictement, il y aura des dérives.

Certains médicaments, pris à haute dose, provoquent un sommeil éternel et on sait tous qu'en France, les pharmacies sont parfois des distributeurs automatiques, et que personne ne s'alarme vraiment ses stocks de médicaments chez les particuliers. On prend d'un coup les médicaments d'un mois et c'est fini. Pas plus compliqué que ça. Alors pourquoi vouloir à tout prix ouvrir une brêche dangereuse, alors que les moyens existent déjà (et sont bien plus largement utilisés qu'on ne le pense) pour atteindre le résultat recherché. Pour faire un parallèle avec une actualité récente, pourquoi vouloir à tout prix une rétention de sureté contraire à nos principes constitutionnels, alors qu'on peut arriver au même résultat en utilisant les outils déjà existants.

Des sondages qui ne veulent rien dire

Les journaux commencent à nous abreuver avec des sondages pour les municipales, qui ne veulent rien dire. Le Monde est en pointe aujourd'hui sur ce sujet

Il y a des villes où le résultat est couru d'avance. Paris et Lyon restent à gauche, c'est mal parti pour la droite à Strasbourg, Rouen, Caen, plutôt bien parti à Bordeaux (pour ne donner que quelques exemples). Dans ces villes, la marge donnée par les sondages est nette (au delà de 54%), et se répètent sur plusieurs enquêtes successives. Mais quand vous avez des sondages réalisés sur 600 personnes, qui vous donnent du 51-49, comme à Toulouse ou Périgueux, vous ne pouvez en tirer qu'une seule conclusion : ce sera serré et bien malin qui pourra donner le nom du vainqueur. Mais la palme revient quand même au traitement du cas de Marseille. Guérini est donné à 51% et ça y est, on le voit presque vainqueur. Non seulement la marge n'est pas significative, mais en plus, on oublie que Marseille, comme Lyon et Paris, est découpée en secteurs, et que c'est donc un vote fractionné, où on peut être majoritaire en voix, mais perdre quand même en sièges. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à Jean-Claude Gaudin en 1983.

Pourquoi faut-il que les médias cherchent sans cesse à fournir des certitudes ? J'ai l'impression que les journalistes ont peur de dire qu'il ne savent pas, que personne ne peut savoir parce que c'est trop serré. C'est un peu la peur du vide, et à cause de cela, certains prennent le risque de balancer des informations sans vrai fondement, mais qui peuvent avoir une influence sur la campagne. Un maire sortant donné battu peut y trouver un moyen de remobiliser ses troupes. Cela peut aussi être le signal pour une débandade, alors que rien n'est joué.

Une présidence autoritaire

Non, je ne parle pas de Nicolas Sarkozy, mais de Ségolène Royal...

On oublie facilement que Ségolène Royal est présidente du conseil régional de Poitou-Charentes. Elle semble y adopter des méthodes un peu différentes de celles qu'elle prône. A Poitiers, il n'y a pas grand chose de participatif, ni même de démocratique. Le premier vice-président, pourtant PS, vient de se faire virer : délégation retirée, et prise de parole refusée en commission permanente !

Quel crime a-t-il commis ? Il a osé contester un choix politique de sa présidente, pendant les débats. Mais il avait fini par s'incliner en se rangeant à la décision de la souveraine, ce qui ne l'a pas sauvé pour autant. On ne conteste pas les choix de Ségolène Royal, qui semble aimer les contre-pouvoirs autant que Nicolas Sarkozy. Cela s'est déroulé hier, tous les images sont disponibles, mais qui en a parlé ?

mercredi 27 février 2008

Merci Georges, mais fallait pas...

Avec un sens du comique et de l'a-propos absolument fabuleux, Georges Frêche vient d'apporter un peu de soutien à Nicolas Sarkozy : "Sarkozy me ressemble comme une goutte d'eau".

Ce Georges Frêche, quelque part, il est génial. C'est vraiment le coup de pied de l'âne. Quand on est fond du trou, il y a toujours un "ami" pour vous aider à creuser encore un peu plus !

Toujours dans les bons coups

La diplomatie vaticane est la meilleure du monde. Elle vient encore de le prouver, avec la visite du cardinal Bertone, numéro 2 du Vatican à Cuba. Il est le premier à s'être rendu à Cuba, deux jours après l'élection d'un nouveau président. Le prétexte de la visite (le 10ème anniversaire de la visite de Jean-Paul II) est complètement bidon, le Cardinal n'a rencontré que les officiels, surtout pas les opposants. Et il n'a aucune gêne visible à serrer une main sur laquelle il y a quand même un peu (voire beaucoup) de sang.

Le Vatican veille soigneusement sur ses intérêts (et accessoirement ceux des catholiques) et dès qu'une ouverture apparait, il s'y engouffre pour placer ses pions. C'est le cas à Cuba, où on peut penser Raul sera un peu moins rigide que son frère Fidel, et qu'une évolution du régime deviendra possible à court terme. Il est important de venir vite, pour être parmi les heureux bénéficiaires des quelques gestes d'ouverture qui vont être accomplis, tout nouveau monarque se devant de se montrer généreux lors de son avènement. Que Cuba soit encore une dictature, que l'église catholique y soit réprimée, que l'éthique catholique y soit bafouée ne pose visiblement pas de problème à cette face de la diplomatie vaticane. La compassion, c'est pour les voyages officiels du pape !

Toute les diplomaties ont deux faces. La première, qu'on ne montre pas trop, mais que tout le monde pratique, c'est la realpolitik, c'est Clausewitz et Machiavel. L'autre face, c'est la facade que l'on veut se donner, les buts officiellement affichés, en général beaucoup plus éthiques et présentables. En France, nous avons aussi cette diplomatie Janus, avec David Levitte pour la realpolitik, et Rama Yade pour la facade éthique.

Requiem in pace

La commission sur la mémoire de la Shoah a fait ce qu'on lui demandait, c'est à dire a enterré l'idée qu'on lui soumettait. Officiellement, d'autres pistes sont à l'étude, mais on ne sait pas trop quoi, et le rapport est attendu dans deux mois. Il ne contiendra rien de contraignant, juste un catalogue pour les enseignants qui souhaitent s'en servir.

Sarkozy sort une idée, elle fait un flop, elle est enterrée en y mettant les formes pour sauver (un minimum) la face et on passe à autre chose. Il est où le dictateur ? J'ai toujours dit que Nicolas Sarkozy est un pragmatique, qui sait reconnaitre quand il s'est fourvoyé et qui fait alors machine arrière.

mardi 26 février 2008

Parler de laïcité

A la suite de mon article sur la définition de la laïcité, j'aimerais lancer un débat en posant une question, à laquelle je vous propose de répondre, soit par un billet sur votre blog (attention pour le trackback, il faut faire une correction manuelle dans l'adresse en rajoutant un / entre org et tb) soit en commentaire (mais alors en faisant synthétique) à la question suivante : quelle place et quelle légitimité pour les discours tenus par les religions, au sein de l'espace public ? Merci d'argumenter, cela permet d'avoir des bases de discussion.

Laïcité, de quoi parle-t-on ?

Il semble qu'il y ait un hiatus important sur le sens donné au mot laïcité. Personnellement, je conçois comme la laïcité comme la neutralité de l'espace public, qui ne doit prendre parti pour personne, qui ne doit donner à aucune religion, ni à aucune idéologie la possibilité d'imposer à la collectivité ses propres schémas de pensée. Chacun doit pouvoir croire ce qu'il veut, ou ne pas croire, sans que cela ait la moindre conséquence, ni positive, ni négative.

A entendre ou à lire certains, j'ai l'impression que l'on ne parle pas de la même chose. Certains considèrent que la laïcité interdit complètement de parler de religion en France. C'est un sujet banni, tabou. Que certains aient une haine de la religion (quelle qu'elle soit d'ailleurs), je le conçois, mais qu'ils en viennent à imposer le black-out, en détournant le concept de laïcité, je trouve cela abusif.

On clarifierait beaucoup le débat si chacun commençait par dire ce qu'il entend par laïcité, avant d'accuser ses adversaires de la violer. Que je sache, jusque maintenant, Nicolas Sarkozy n'a pas porté la moindre atteinte à la laïcité. Son propos sur le sujet se résume à affirmer que la dimension religieuse ne doit pas être occultée, que c'est un moteur important au sein de la société, et que les religions ont du positif à apporter (à condition de ne pas chercher à l'imposer) ! Après cette série de déclarations, l'Etat est toujours neutre, aucune religion d'Etat n'a été rétablie, personne ne dispose d'avantages ou de désagréments du seul fait de son appartenance (ou de sa non-appartenance) à un religion ou à une confession. On me parle de la sacro-sainte loi de 1905, que Sarkozy voudrait bouleverser. Avant de hurler, attendons de voir ce qu'il propose.

Dans ce débat, il y a quand même une dose assez phénoménale de mauvaise foi de la part des laïcards, qui hurlent après quelques discours du président, mais qui oublient soigneusement que le Concordat est toujours en vigueur en Alsace-Moselle. Si tous ces gueulards étaient cohérents, ils commenceraient par demander son abolition. Or, sur ce sujet, je n'entends rien, c'est le silence le plus total !

Il faut donc arrêter les conneries et les appels solennels qui ne riment à rien, sinon à prendre des postures et à exprimer un point de vue particulier (la haine des religions) que certains veulent ainsi imposer sans débats. On pourra les ressortir lorsque des actes ou des propositions concrètes mettront effectivement en danger cette neutralité de l'espace public, à laquelle l'immense majorité des français est attachée. Pour l'instant, nous sommes sur un débat autre, qui est celui du droit des religions de s'exprimer légitimement au sein de l'espace public, droit que leurs dénient des extrémistes que j'appelle "laïcards". Ce n'est pas parce que l'on exprime, que l'on expose sa conception de la société que l'on représente un danger. Dans ce cas là, tous les partis politiques porteurs d'une idéologie, à commencer par le Parti communiste qui se réclame (enfin plus trop) du marxisme et les courants trotskistes portent atteintes à la laïcité en proposant leur conception de la société. Après tout, marxisme et trotskisme ont tout d'une religion sécularisée, avec ses livres sacrés, ses prophètes, ses doctrines, ses hérétiques et son messianisme. Pourquoi eux seraient légitimes à s'exprimer et pas les religions ?

La lettre à Lamanda

Voici la lettre de mission de Nicolas Sarkozy à Vincent Lamanda, premier président de la cour de Cassation. Comme d'habitude (mea culpa) on s'emballe dès l'annonce médiatique (qui peut être maladroite) sans attendre les écrits, qui seuls font foi.

Dans sa lettre, Nicolas Sarkoy insiste bien sur le fait que la décision du conseil constitutionnel s'applique à tous. Il peut difficilement faire autrement, d'autant plus que le président Lamanda l'a clairement redit. Quelle est donc la mission (une de plus) donnée à Vincent Lamanda ? Il doit proposer des mesures d'adaptation du droit pour que les criminels purgeant actuellement leur peine et reconnus comme extrêmement dangereux "puissent se voir appliquer un dispositif tendant à l'amoindrissement de ces risques". En résumé, comment arriver à l'objectif tout en tenant compte des réserves et des limites posées par le conseil constitutionnel. Vu comme cela, ce n'est pas du tout une remise en cause de la décision et des pouvoirs du Conseil constitutionnel.

Je pense que Nicolas Sarkozy commet une grave erreur, et prend un risque politique énorme en confiant cette mission au premier président de la cour de Cassation. S'il y a bien une personne totalement indépendante, c'est lui. Il est au sommet de la hiérarchie judiciaire. Au dessus, il n'y a rien. S'il souhaite humilier le gouvernement, le président de la République et le Parlement, il peut le faire, il n'aura aucune retombée négative. Et la tentation est grande pour le premier magistrat de France de renvoyer à Nicolas Sarkozy la monnaie de sa pièce à propos de ses déclarations déplacées sur les magistrats (souvenez vous des petits pois).

Les magistrats de la Cour de Cassation ont une occasion en or de donner une leçon de droit, en soulignant que les outils existent déjà. Comme le signale Koztoujours, l'hospitalisation d'office, ce n'est pas fait pour les chiens, mais pour les fous dangereux. Tiens, justement le "public" visé par la loi de rétention de sureté. Les magistrats peuvent également en profiter pour proposer un certains nombre de simplifications et de mises en cohérence des règles pénales concernant la récivide, qui serait une critique en creux (mais d'autant plus cruelle) des dernières lois répressives qui se sont succédées. En gros, déconstruire ce que les parlementaires et le gouvernement ont mis en place et dénoncer toutes les malfaçons juridiques (et il y en a...).

Alors que Sarkozy pensait trouver du secours, il risque de se faire encore plus enfoncer par le premier président de la Cour de Cassation, le tout dans un style onctueux, respectueux et formellement irréprochable. Cela n'en sera que plus délicieux.

lundi 25 février 2008

Inflation es-tu là ?

Une association de consommateurs sort une information que tout le monde connait depuis quelques temps, à savoir la hausse des prix dans l'alimentaire et c'est la panique, le gouvernement s'empare du sujet et promet des solutions dans la demi-heure. François, y a pas le feu ! De toute manière, les causes profondes de cette hausse des produits alimentaires ne sont pas du ressort du gouvernement français. A moins d'envoyer la bombe atomique, je ne vois pas comment arrêter la croissance de la Chine et de l'Inde, qui font exploser la demande en matières premières, et notamment alimentaires.

Que l'inflation soit de retour, c'est une évidence depuis déjà plusieurs mois. Pourquoi parle-t-on autant de "pouvoir d'achat" ? Parce la population s'est bien aperçu que son pouvoir d'achat diminue parce que tout augmente, sauf les salaires ! On a beau gesticuler dans tous les sens, faire croire que l'on peut résoudre tout cela par quelques lois et décrets, il faudra bien en arriver à la vraie solution, quand on aura épuisé tout le reste : augmenter les salaires en les indexant sur l'inflation. Tôt ou tard, on y viendra.

Le plus important ?

L'actualité du Week-end a été chargée. Encore une fois, Nicolas Sarkozy en est le centre, encore une fois pas dans le bon sens.

Au salon de l'Agriculture, un individu refuse de serrer la main de Sarkozy, pour "ne pas se salir". Oui, ce type est un pauvre con ! Réagir comme cela est d'une grossièreté et d'une imbécillité sans nom. On peut ne pas être en accord avec Sarkozy, avec ses idées, son style, la moindre des politesses, c'est de répondre aux salutations, où alors de s'éloigner quand le cortège s'approche, pour ne pas être mis en situation d'être face-à-face avec celui que l'on déteste. Nicolas Sarkozy avait parfaitement le droit de le penser "pauvre con", mais en tant que président, il aurait dû se taire et laisser filer. Pas la peine de répondre à l'agressivité par l'agressivité. Mais bon, c'est le nouveau style présidentiel, il va falloir s'y habituer. C'est d'ailleurs amusant, cette demande contradictoire, d'un président (et plus généralement des politiques) que l'on veut proche de soi, mais à qui on reproche d'avoir les réactions d'un homme ordinaire. Amusant aussi les réactions de ceux qui dénoncent les risques d'une dérive monarchique, et qui quelques jours après, réclament un peu plus de "dignité" dans le style de la présidence. Il faut savoir ce que l'on veut : un monarque républicain, à la parole rare, tout en retenue comme la reine d'Angleterre, ou un président proche du peuple, ayant son style et ses réactions ?

Autre évènement, la pitoyable tentative de Nicolas Sarkozy de contourner la censure partielle de la loi de rétention de sureté. Là, j'estime que c'est beaucoup plus grave, car c'est l'affirmation claire d'un refus des contre-pouvoirs. Et ça, c'est dangereux pour la démocratie. Heureusement que la tentative est vouée à l'échec, du fait de la réaction polie mais ferme du premier président de la Cour de Cassation. Des deux évènements, c'est le deuxième qui m'apparait important, et qui mérite franchement d'être commenté. Si un devoir de "résistance" s'impose, c'est bien là, sur la défense de l'existence de contre-pouvoirs. Déjà que l'on en a pas beaucoup. En interne, je ne vois guère que la magistrature et le Conseil constitutionnel. C'est vrai qu'en externe, les institutions européennes, BCE en tête, jouent également très efficacement ce rôle. Mais ils ne sont pas de trop !

Et pourtant, les conversations tournent autour de quoi ? Du "pauvre con" bien entendu. Parce que c'est plus facile à commenter, que le premier imbécile venu peut avoir son avis, on va se précipiter dessus, et faire tourner la vidéo en boucle, saturant l'espace médiatique avec une broutille, au détriment des vrais sujets.

vendredi 22 février 2008

La rétention de sureté

J'attendais l'avis de mon juriste préféré sur la décision du conseil constitutionnel concernant la loi dite de "rétention de sureté".

Tout à fait d'accord avec lui. Cette décision me dérange, car on y pose que la rétention de sureté n'étant pas une sanction, elle n'est pas concernée par l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme. Certes, c'est juridiquement exact. Même chose pour le grief tiré de l'article 66 de la Constitution qui dispose que : « Nul ne peut être arbitrairement détenu. L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi ». La rétention de sureté est prononcée par des juges, avec un encadrement par la loi. Là encore, raisonnement juridiquement valable.

Mais la rétention de sureté, c'est quand même un peine privative de liberté. Une brêche est ouverte, qui permettra peut-être d'adopter des mesures similaires pour d'autres cas. C'est d'autant plus dommageable que cette loi n'était pas nécessaire, que la création de ce dangereux outil n'était pas indispensable. Je suis d'accord sur le fait qu'il ne faut pas laisser de dangereux criminels déjà condamnés, dans la nature. Mais si on sait, dès la première condamnation, qu'il y a une faille de la personnalité, un trouble profond que l'on ne pourra pas soigner, on peut condamner à la prison à perpétuité et ne jamais faire sortir le dangereux pédophile (parce que c'est d'eux qu'il s'agit) ! les faits justifiant une rétention de sureté sont parmi les plus graves, et le code pénal prévoit la possibilité de la perpet' pour ces crimes. Alors prononçons là et créont simplement une période de sureté totale, pour que ces individus soient définitvement écartés !

Cela dit, même si la faille existe, je pense qu'elle ne sera pas exploitée. Il existe encore suffisamment de verrous démocratiques pour que de tels instruments ne soient pas dévoyés et utilisés à grande échelle. Mais quand même, c'est gênant !

Sortir des vieilles ornières

Michel Levy-Provençal, l'un des fondateurs de Rue89 souhaite quitter définitivement le navire, ne reconnaissant plus son bébé. Il constate, comme je l'avais fait moi aussi, que Rue89 n'est pas autre chose qu'un libé bis. Ce n'est pas pour autant un mauvais site, techniquement pas mal, avec de vrais journalistes, visant un segment de marché lui assurant une viabilité économique. Mais ce n'est pas le projet initial, et c'est pour cela que Michel Levy-Provencal souhaite s'en aller.

L'idée de base de Rue89 était de monter quelque chose qui ne soit pas la reproduction d'un journal en ligne, mais quelque chose de nouveau, dans l'esprit blog. L'analyse, qui se vérifie d'ailleurs, est que les blogs vont dépasser les sites de journaux, car ils abordent le traitement de l'information différemment. Ceux qui ne lisent plus les journaux papier, parce qu'ils ne se retrouvent plus dans la manière dont les journalistes français traitent l'information, ne vont certainement pas se tourner vers des sites animés par des journalistes reproduisant les mêmes comportements et les mêmes schémas de pensée, parfois en pire comme l'a magnifiquement prouvé le Nouvel Obs. Il y a quelque chose à faire, et nous sommes beaucoup à sentir ce vide, qui ne pourra pas être comblé par un blog d'amateur tenu par une seule personne. Il faut une équipe de professionels, compétents et faisant cela à plein temps.

Ce départ est un constat d'échec, qui est celui de la corporation des journalistes, incapable de s'adapter, de se remettre en cause et de proposer une nouvelle manière de traiter l'information ! Une anecdote pour illustrer ce que je considère comme de l'autisme de la part de la caste des journalistes : courant janvier, je discutais avec Mathilde, qui tenait le blog "un strapontin à l'Assemblée" et qui m'annonçait qu'elle l'arrêtait, car elle intégrait l'équipe de Médiapart. Je lui disait que c'était dommage de laisser un projet comme celui-là en déshérence, que ce serait bien qu'il soit repris car nous sommes finalement peu nombreux à parler des coulisses de l'activité parlementaire. Elle convenait parfaitement de cela, mais comme ce blog avait été monté en lien direct avec Le Monde.fr, qu'il y avait un contrat, il fallait leur aval. Très naturellement dans leur esprit, seul un journaliste, titulaire de la carte de presse pouvait assurer cette reprise. J'ai été abasourdi ! La carte de presse ferait la compétence, et hors de la profession, point de salut ?

Finalement, que faut-il faire ? Je ne cherche pas un site qui me proposera des scoops. Etre le premier à dévoiler un fait, cela n'a strictement aucun intérêt, car dans la demi-heure, c'est repris partout. Ce que je demande, c'est de l'analyse, et qu'elle soit intellectuellement honnête, c'est à dire que tous les aspects soient envisagés, car la réalité est complexe, souvent ambivalente. Il n'est pas nécessaire que ce soit la même personne qui traite de tous les aspects, bien au contraire. Sur un même fait, j'aimerais entendre un juriste (un vrai, qui sait de quoi il parle), un économiste, un haut-fonctionnaire, voire même un journaliste s'il s'agit de parler des médias. Bref, ce que l'on appelle des "experts". Au milieu de tout cela, il y a le journaliste, dont le rôle est d'identifier un certain nombre d'experts et de les faire intervenir à bon escient. D'abord, pas toujours les mêmes experts, on se lasse vite et surtout, un vrai expert est forcement pointu. Ensuite de vrais experts, pas des militants déguisés qui donnent leur opinion alors qu'on leur demande leur analyse. Une fois le ou les bons experts trouvés, il faut passer une commande, pas se contenter de leur demander tant de mots pour telle heure. Il faut que chaque "expert" ait la vision d'ensemble de la manière dont l'information est traité, qu'il sache qu'elle est sa place dans le dispositif, ce que l'on attend de lui.

La "blogosphère" qui est l'agrégation de tous les blogs traitant d'autre chose que du nombril de celui qui le tient, offre une magnifique palette d'experts. Sur l'affaire de la Société générale, cela a même été flagrant, des blogueurs ont apporté bien plus que les journalistes pour comprendre l'actualité. Mais actuellement, c'est un vaste bazar, où chacun s'est fait son petit réseau qu'il consulte pour se faire son opinion, mais c'est partiel, on passe forcement à coté de plein de choses, ne serait-ce que par manque de temps pour tout lire. Un site qui ferait une vraie synthèse de ce qui s'écrit d'intelligent sur la blogosphère, qui demande à certains de développer un peu plus, en leur orientant leur expertise sur les questions qu'il savent être pertinente (parce que c'est ça aussi la qualité du journaliste, savoir poser les bonnes questions) le tout sans chercher à convaincre, sans rouler pour qui que ce soit, et bien ce site, je l'attend encore et j'espère le voir arriver un jour...

Laporte vrai ministre

On pouvait penser que Bernard Laporte apporterait un peu de fraicheur, et ne se coulerait pas aussi facilement dans les habits de ministre. Raté !!

Après les insultes racistes lors d'un match de football, il ne trouve rien de mieux que de proposer un renforcement des sanctions administratives. Bernard, tu sais qu'une loi existe sur le sujet, et qu'elle est très mal appliquée par les services de l'Etat. Si, au lieu de faire des annonces aussi stupides proposant de modifier la loi, tu la faisais appliquer, ça serait plus intelligent.

Et bien entendu, la presse avale le morceau et relaie gentillement, sans se poser la question de sa voir s'il n'y aurait pas d'autre solution que de durcir la loi...

jeudi 21 février 2008

Les sectes sont un non-problème

Oui, cette position d'Emmanuelle Mignon est parfaitement défendable. Je regrette qu'elle ait fait machine arrière, mais je peux le comprendre. Persister et signer aurait déclanché une polémique encore plus vive de la part des anti-sectes, qui sont souvent d'une violence sans égale pour ceux qui osent contester leurs postulats de base, ce que faisait Emmanuelle Mignon dans son interview.

Qu'est ce qu'une secte ? C'est le premier point de conflit. Pour les anti-sectes (dont l'organe officiel est la miviludes), le champ est très large, et comprend toutes les organisations qui se disent religieuses, et qui apparaissent présenter un danger pour les personnes qui en sont membres. Des listes sont régulièrement publiées, au fil de rapports parlementaires tous orientés vers la dénonciation et la répression. En fait, il est très difficile de définir un secte, parce qu'il est toujours très délicat de fixer la limite à partir de laquelle on estime qu'une personne est mise en danger. Nombre des pratiques dénoncées par les antisectes ne sont pas pénalement répréhensibles, soit par absence de qualification, soit souvent parce que les faits ne sont pas établis. Une même situation peut être analysée de manière très différentes par deux personnes qui n'ont pas les mêmes schémas de pensées, les mêmes préoccupations. Même les missions parlementaires se sont cassées le nez sur cette définition, sans y arriver comme en 1995 : "La Commission n'a pas la prétention de réussir ce à quoi tous ceux qui travaillent sur la question des sectes, souvent depuis de nombreuses années, ne sont pas parvenus, c'est-à-dire donner une définition " objective " de la secte, susceptible d'être admise par tous. Les travaux de la Commission s'appuient donc sur un certain nombre de choix éthiques qu'elle ne cherche pas à dissimuler".

Tout cela pour dire que suivant la définition que l'on a de la secte, on peut en voir partout ou n'en voir nulle part ! Visiblement, Emmanuelle Mignon a une conception très restrictive de la secte. Je suis sur cette ligne, et je considère que la liberté religieuse doit primer, la seule limite étant la violation des lois. Et pour dire si les lois sont transgressées, il y a des tribunaux. Pas de faits pénalement répréhensibles, pas de secte. Nous sommes dans un pays qui a érigé la liberté d'expression et la tolérance au rang de vertus cardinales. La vraie tolérance, c'est d'accepter que certains, y compris des proches, puissent choisir de vivre différemment de moi, parfois radicalement différemment. Tant qu'ils respectent les lois, je n'ai rien à dire. Sur ce sujet, le "préventif" ne peut être que limité, car au nom de quoi certains pourraient dire qu'une organisation qui n'a jamais été condamnée est néfaste et pestiférée ? En faisant cela, ils se substituent purement et simplement à la justice !

Le principal point de crispation tourne autour de la scientologie. Personnellement, je trouve les théories de la scientologie complètement loufoques, et pas un seul instant que je pourrais y adhérer intellectuellement. Ce serait même comique, comme l'a été en son temps le Mandarom de Gilbert Bourdin, s'il n'y avait autour de la scientologie un parfum d'escroquerie et d'abus de faiblesse. C'est vrai que les exigences financières sont élevées, mais on est libre de se ruiner dans les casinos, pourquoi ne serait-on pas libre de se ruiner pour l'église de scientologie. Je note que le statut de religion est accordé de plus en plus à la scientologie, et j'attends qu'on me communique les condamnations pour escroquerie ou mise en danger de la vie d'autrui. Si la scientologie est condamnée, c'est pour diffamation, injure, bref pour s'être défendue (et avoir attaqué aussi) de manière trop virulente et outrancière. Cette violence vis-à-vis de leurs opposants (qui eux-même n'y vont pas avec le dos de la cuillère) est le principal reproche que je peux faire à la scientologie.

Si on part d'une vision libérale et tolérante en matière religieuse, oui, la question des sectes n'est pas un problème. Si des crimes et délits sont commis, ils sont punis en tant que tels. Il y a des prêtes pédophiles, pour autant, l'église catholique n'est pas une secte et personne ne fait le lien entre leur pédophilie et leur appartenance au clergé catholique !

Quand libé règle ses comptes

Le journal Libération n'aime pas Christine Ockrent. La couverture de sa nomination comme directrice générale de France-Monde est d'une méchanceté fielleuse, indigne du niveau auquel se journal prétend.

Le titre déjà : ministre de l'audiovisuel extérieur, alors qu'elle n'est que numéro 2 d'une chaine de télévision. Après la reine Christine, simple ministre, c'est un peu déchoir, en tout cas, on insiste bien sur ses liens avec le politique. Le chapeau continue sur la lancée : l'épouse du ministre des affaires étrangères. Parce que Christine Ockrent n'est que cela, une femme de ? Elle n'a aucun CV, aucune compétence, aucune carrière ? Népotisme es-tu là ? On ne le dit pas, on l'insinue, c'est pire. Enfin coup de pied de l'âne, les deux articles "liés" sont deux méchancetés, sur les ménages et les salaires de pigiste de Christine Ockrent. Là encore, on ne dit pas clairement, mais on insinue "elle en croque...". Aucun élément cité n'est factuellement faux, mais la présentation globale est quand même très orientée. En mettant en lumière certains éléments, en occultant d'autres, on dresse un portrait peu flatteur. C'est de la désinformation !

Christine Ockrent réagit dans le Figaro. Elle s'agace à juste titre d'être ramenée au statut de "femme de". Ca sent un peu la victimisation, mais c'est tellement à la mode en ce moment de se poser en victime, et encore plus facile et tentant quand on est une femme (Ségolène Royal, Rama Yade...). Pour Christine Ockrent, c'est encore plus injuste, car son parcours et son professionnalisme ne peuvent pas être mis en doute. Même si elle n'a pas toujours été parfaite (elle a fait des méanges, comme beaucoup), s'il serait temps qu'elle parte en retraite (35 ans de présence, ça peut finir par lasser), elle est parfaitement qualifiée pour le poste de directrice générale de France-Monde. Certains esprits chagrins pourraient soulever explicitement le risque de conflits d'intérêts (libé ne fait que le suggérer) entre ses nouvelles fonctions et le poste ministériel de son époux. J'attends qu'ils me donnent des exemples concrets où effectivement, cela pourrait poser problème, c'est à dire causer du tort, soit aux missions de France-Monde, soit à la conduite des affaires étrangères de la France.

C'est à désespérer de la presse française.

mercredi 20 février 2008

Le fils à son papa

Jean Sarkozy est finalement candidat aux cantonales, à Neuilly sud. Avec l'étiquette majorité présidentielle, le nom et le soutien de papa, il ne court pas grand risque. Je ne vois pas d'ailleurs où il pourrait être mieux.

Cette candidature vient à point nommé pour sortir le fils Sarkozy du guepier où il s'était fourré. Après le putsch contre Martinon, l'attribution de l'investiture aux municipales à Fromentin et la candidature dissidente d'Arnaud Teullé, auxquel Jean Sarkozy était lié, il fallait absolument l'exfiltrer. Hors de question que Jean Sarkozy figure sur la liste Teullé, destinée à se prendre une dérouillée. Mais comment faire pour qu'il en parte sans donner l'impression de fuir, flinguant (involontairement) Teullé comme il a flingué (sur ordre) Martinon. La porte de sortie "cantonale" est une chance qu'il ne fallait pas rater.

Jean Sarkozy se retrouve maintenant embarqué dans une autre aventure. Conseiller général des Hauts-de-Seine ! Dans ce département un peu sauvage, il va falloir que Jean Sarkozy se fasse un prénom. Le plus difficile, ce n'est pas l'élection, c'est après, c'est tenir la distance sur les six ans du mandat. A 22 ans, est-il armé pour cela ? L'avenir nous le dira, pour l'instant, laissons-lui sa chance.

Concours de lèche

Le remaniement approchant, les ministres se livrent au concours du plus lèche-cul. Sarkozy est attaqué, il faut le défendre, quitte à dire des conneries. Après Rama Yade, qui a ouvert le bal (ce qui lui a permis de sortir de la zone des relégables), nous avons eu Roger Karoutchi et sa pitoyable comparaison avec les années 30. Et voilà maintenant Bébé Wauquiez qui ajoute son couplet, histoire de ne pas être en reste.

Selon le porte-parole du gouvernement, les opposants à Sarkozy font du terrorisme intellectuel, ne veulent que détruire. Oui, c'est parfaitement vrai, mais cela ne date pas d'hier. Depuis le 7 mai au matin, certains le poursuivent de leur haine, ne le lâchant pas d'une semelle, examinant tous ses faits et gestes par le petit bout de la lorgnette, avec une mauvaise foi parfois confondante. Oui Laurent, tu as raison, mais pourquoi avoir attendu pour le dire, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué, pourquoi avoir attendu que le chef réclame des soutiens et annonce que c'est un critère pour le prochain remaniement ? Cela fait perdre une bonne partie de la portée de ce propos, pourtant parfaitement juste.

Prochaine étape, Nicolas Sarkozy va faire savoir que seuls les ministres arrivant à sauter dans un cerceau enflammé resteront au gouvernement. Je suis sûr que certains iront chez Zavatta pour s'entraîner ! Il y en a qui n'ont vraiment aucune fierté !

L'enseignement du fait religieux à l'école

Ce sujet a été abordé dans le discours de Nicolas Sarkozy devant le CRIF, mais a été occulté par la tempête médiatique autour du parrainage des enfants morts en déportation par des élèves de CM2. Le site Backchich met en lumière ce sujet, malheureusement de manière partisane et baisée, en agitant le chiffon rouge laïcard du "retour du catéchisme".

Fidèle à sa méthode, Nicolas Sarkozy lance des idées. Il propose, de manière assez imprécise (donc modulable) de remettre à l'honneur l'enseignement "moral" à l'école. C'est un sujet qui n'est absolument pas nouveau. Régis Debray avait déjà produit un intéressant rapport sur la question de "l'enseignement du fait religieux à l'école laïque", c'était en février 2002, avec un ministre de l'éducation nationale qui s'appelait Jack Lang. Au cours des cinq dernières années, c'est que question qui a été débattue, mais finalement assez mollement. Il est vrai que Debray ne parlait pas des religions, mais du fait religieux. Nicolas Sarkozy prend moins de précautions et passionne immédiatement le débat, en utilisant des mots chargés de sens : "morale", "religion".

Parmi les idées concrètes avancées, c'est la volonté de Sarkozy de faire davantage entrer les religions dans les salles de cours qui heurte. C'est vrai que la question mérite débat. Personnellement, je continue d'affirmer qu'il faut cesser de traiter les religions comme des pestiférées, des maladies honteuses dont il faut préserver les enfants. La laïcité ne doit pas transformer les personnes engagées en religion en "citoyens de seconde zone", qu' l'on maintiendraient en quarantaine. Faire entrer un religieux dans une salle de cours ne va pas contaminer les élèves et les transformer en fondamentalistes bigots. Je pense même que vu la densité humaine de beaucoup de religieux, cela ne peut être qu'une expérience intéressante, une rencontre enrichissante pour des adolescents. La laïcité, c'est la neutralité de l'Etat, c'est la possibilité de croire ce que l'on veut sans que cela ait de conséquences positives ou négatives. Est-ce que le fait de permettre à des jeunes de dialoguer, pendant le temps scolaire avec un imam, un rabbin ou un pasteur portera atteinte à cela. Bien sûr que non !

Plutôt que de s'exciter sur les déclarations de Sarkozy, essayons d'imaginer ce que pourraient être ces cours. On sera surpris d'apprendre que tout cela n'est pas absent de l'école. Du temps où j'enseignais en lycée, il existait des heures d'Education civique, juridique et sociale (ECJS). Les collégiens avaient des heures d'instruction civique. C'est souvent sur le prof d'histoire-géo que la responsabilité de ce machin tombait. Les programmes étaient plus que flous pour l'ECJS, un peu plus encadrés pour l'instruction civique, ne donnaient pas lieu à évaluation et on y faisaient un peu ce que l'on voulait. Nicolas Sarkozy propose d'y dispenser une "formation intellectuelle et humaine" dont l'aspect religieux est une facette. C'est déjà ce que font, chacun dans leurs cours, les enseignants. Certaines matières comme la Philosophie (mais uniquement en terminale), l'Histoire-géo, le Français offrent déjà de larges possibilités d'apporter, à travers les thèmes d'études et la manière de les aborder, cette "formation intellectuelle et humaine".

Je pense que sur ce sujet, on s'agite assez inutilement, car finalement, tout dépendra des enseignants. Ces cours de formation intellectuelle et humaine seront ce que les enseignants en feront ! Le ministre peut donner les instructions qu'il veut, si les professeurs ne veulent pas les appliquer, elles ne le seront pas ! S'il n'y a pas d'évaluation, pas ou peu d'inspections sur cette matière (parce que pas de corps d'inspecteurs) il n'y aura pas de sanctions. et même s'il y a des inspections, qui inspectera ? Ce seront sans doute les inspecteurs pédagogiques d'Histoire-géo qui s'y colleront. Et comme ce sont pour la plupart d'anciens enseignants, je les vois mal jouer la police et imposer à un enseignant davantage de présence religieuse dans ces cours. On serait là dans un système totalitaire et ce serait inacceptable !

Je sais que Nicolas Sarkozy n'ira pas jusque là, et qu'une bonne petite commission sera nommée pour calmer les esprits. En attendant, la bile se sera bien répandue, et que les newsmagazines auront fait le plein de tribunes enflammées et d'appels vibrants à la résistance contre les moulins à vent. On s'apercevra alors que le coeur de la proposition de Nicolas Sarkozy n'est franchement pas bien méchante. Comme souvent d'ailleurs, du moins quand on veut bien se donner la peine d'écouter de bonne foi, sans a priori...

Recasage new-yorkais

Philippe Douste-Blazy devient quelque chose qui ressemble à secrétaire général adjoint de l'ONU. Ouf, on en est débarassés, au moins pour un temps ! Un conseiller inutile de moins à l'Elysée, c'est toujours ça de pris pour la réduction du déficit public.

Mais ce n'est pas une si bonne nouvelle. Vu son action politique en France, et la profondeur de son bilan, j'ai un peu peur qu'il ne grille les français pour un bon bout de temps au sein de l'administration onusienne. Je n'ai pas une très bonne image de lui, les toulousains, non plus, les fonctionnaires du quai d'Orsay non plus (au fait, qui a une bonne opinion de Douste-Blazy). Le pire, ce serait qu'il se comporte comme un passager en transit, qui est allé à l'ONU pour attendre de rebondir en France à une échéance utérieure, avec toute la désinvolture qu'on peut imaginer. Mes inquiétudes sont renforcées par le fait que le poste semble être du sur-mesure, hors-organigramme et que Douste n'exclut nullement de revenir (et le pire, c'est qu'il en est capable).

Après Strauss-Kahn, c'est le deuxième "cheval de retour" qu'on expédie aux USA. Ils vont finir par croire qu'on se moque des organisations internationales en y envoyant que des has been (Strauss-Kahn ne le sait pas encore, mais il est déjà dans cette catégorie, il s'en apercevra en 2012). Les instances internationales ne sont pas un lieu de recasage de politiques, il y a le parlement européen pour ça...

Pas malins

Un député UMP vient de se faire épingler par le Canard. Il aurait continué à toucher les Assedic après son élection comme député. Je ne pense pas qu'il s'agisse de fraude, mais plus de négligence, ce député ayant écrit par deux fois aux ASSEDIC pour leur demander de cesser les versements. Il est gentil, mais là, il s'enfonce, car un député a quand même les moyens de se faire entendre des ASSEDIC. Si le dossier n'avance pas, il peut prendre son téléphone et passer un savon au directeur local des ASSEDIC, en général, ça fait de l'effet. A la limite, il n'a même pas besoin de s'en occuper, son assistant peut très bien le faire, c'est tout à fait à sa portée (j'espère pour l'assistant que ce n'est pas lui le négligent...). Sur un sujet aussi sensible que l'argent, on fait attention ! En politique, la négligence est une faute, et ce député paye cash, avec un bel encart publicitaire dans le canard à un mois des municipales !

Je suis surpris que des politiques pourtant aguerris puissent se faire avoir aussi bêtement. C'est comme Joël Sarlot, député de la Vendée depuis 1993, qui vient de se faire démissionner d'office par le Conseil constitutionnel, avec inéligibilité d'un an (donc pas possible de se présenter à l'élection partielle). Son compte de campagne a été rejeté car il avait payé en direct certaines dépenses, alors même qu'il avait désigné un mandataire financier, et que c'est celui-ci qui aurait dû régler toutes les factures. La commission des comptes de campagne tolère que des petites dépenses, ne passent pas par le mandataire (à condition de régulariser). Pour Joël Sarlot, les dépenses réglées directement par le candidat représentaient le tiers du total des dépenses, ce qui est beaucoup trop. Pour sa défense, Joël Sarlot explique que suite à des retards de la banque, son mandataire n'avait pas reçu le chéquiers, et qu'il a donc fait l'avance pour l'achat des timbres, la Poste ne faisant pas crédit. Il a bien entendu régularisé après, en se faisant rembourser par son mandataire. Et bien ça ne passe pas quand. Les députés savant pourtant qu'il ne faut pas rigoler avec les histoires de comptes de campagne. Et pourtant, à chaque fois, il y en a qui se font avoir !

mardi 19 février 2008

De l'utilité des missions et rapports

Versac découvre le monde de l'administration, avec le regard du néophyte extérieur. Il commet ainsi quelques erreurs d'analyses, faute de bien connaitre le système dans lequel s'insèrent les rouages sur lesquels il a une vision très partielle.

J'ai beaucoup ironisé sur les comités théodules et sur la multiplication des instances consultatives créées sans aucune coordination, qui consomment de l'argent public (pas trop encore) mais surtout qui bouffent du temps à des gens qui auraient sans doute mieux à faire que de perdre deux heures pour une réunion dont il ne sortira rien ou pas grand chose. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, il y a des commmissions qui peuvent avoir leur utilité.

Le rôle premier est de réflechir, de produire des rapports. C'est la partie visible de l'iceberg, et c'est sur cela que beaucoup s'arrêtent (D'ailleurs le point de départ de Versac est la consultattion de cet excellent site : la bibliothèque des rapports publics). C'est vrai qu'il y a du déchet, des rapports qui finissent au fond des tiroirs, du moins en apaprence, parce qu'aucune décisions concrète n'a suivi. L'administration française est beaucoup plus dans le temps long, et sur un même sujet, il faut parfois plusieurs rapports, issus de lieux différents, pour qu'un sujet "murisse". un premier rapport marque la position de telle direction générale de ministère, un suivant sera la "réponse" d'une autre direction également concernée. La rapport confié à Frédéric Nihous est typiquement dans ce schéma. On demande à la CPNT, qui représente quand même quelque chose dans le monde rural (les chasseurs notamment) de formuler leur vision sur les activités agricoles. C'est sûr que Barnier préfére demander un rapport à Nihous qu'à José Bové. On peut aboutir à une commission qui fera le point et tentera de trouver des consensus et pondra un rapport supplémentaire, qui sera de synthèse. Mais pour détecter à quelle stade on est, il faut connaitre un peu le domaine concerné, ce qui n'est pas donné à tout le monde. A partir de là, des mesures peuvent être prises, le tout sans le moindre écho médiatique.

Le deuxième rôle, plus diffus, mais crucial, est de faire se rencontrer des gens qui n'ont pas l'occasion de le faire. Le cloisonnement administrative, qui confine parfois à la sclérose, est un véritable problème en France. L'interministériel est chargé de la coordination, mais les dénominations peuvent être diverses, selon que le comité est temporaire, permanent, politiquement important ou simplement administratif, sans enjeux ni guéguerre. Versac a tort de se gausser de la "Mission de pilotage de la mise en œuvre interministérielle du Plan Alzheimer sur l’ensemble de ses volets recherche-santé-solidarité". Le plan Alzheimer est une très lourde machine. Le président, en lançant son plan, a surtout annoncé les objectifs et les moyens financiers. Il faut maintenant mettre tout cela en place, et parfois, en partant de zéro. Comme il y a reconfiguration de compétences, il faut parfois déminer, prendre le temps de faire se connaitre des organismes qui jusque là s'ignoraient superbement et vont devoir travailler ensemble.

Le troisième rôle, plus prégnant pour les rapports confiés à une personne, est de donner une légitimité à investiguer. L'administration française est un ensemble de fiefs, avec des suzerains, des vassaux, des hiérarchies. Un titre officiel est parfois trompeur et une même fonction peut avoir un étendue variable suivant la personnalité qui l'occupe. Charger le Directeur général de l'INSERM d'une "Mission d'élaboration d'un plan stratégique sur les perspectives d'évolution de l'INSERM à moyen terme", c'est lui donner une autorité et une légitimité supplémentaire pour élaborer et proposer les orientations stratégiques de ce mammouth de la recherche française. Comme le CNRS, l'INSERM est rempli de chercheurs, de pontes et de mandarins, qui se battent comme des chiffonniers pour arracher des budgets pour leurs labos. Ils ont une légitimité scientifique et méprisent plus ou moins cordialement les "administratifs". Pour ceux qui connaissent un peu les hôpitaux français, c'est la même chose qu'entre les médecins chefs de services et les administratifs purs. Le mammouth n'est pas évident du tout à cornaquer, et sans cette "onction" ministérielle, le directeur général n'arriverait peut-être pas à mener à bien cette mission hautement stratégique.

C'est un raisonnement du même type qui vaut pour les missions confiées à des parlementaires. Renaud Muselier n'a pas besoin d'être recasé, par contre, il peut être utile comme poisson pilote à l'Assemblée nationale, pour ce projet d'Union méditérranéenne. Il a le profil idéal pour être rapporteur d'un texte, le moment venu : Marseillais, ancien secrétaire d'Etat aux affaires étrangères. Il a juste besoin de se former et d'acquérir une légitimité sur ce sujet. Pour Jean-Michel COuve, c'est un peu différent. C'est le "Monsieur Tourisme" du groupe UMP, et cela depuis de longues années. Grâce à cette mission, il va pouvoir poursuivre sa reflexion, en étroite collaboration avec l'administration (oui Versac, ce n'est pas avec les moyens d'un simple député qu'il arrivera à pondre son rapport) pour ensuite porter les propositions qui seront faites auprès de ses collègues. Ces deux députés ont un rôle de passerelle et d'interface entre l'administratif et le politique. Et quoi de mieux pour se former sur un sujet, ou faire des propositions qui tiennent la route, que de mener un mission et de rendre un rapport ?

L'administration française est un organisme vivant, complexe, où le non écrit et le coutumier coexistent avec le formalisme le plus pointilleux. C'est pour cela que les membres du Conseil d'Etat effectuent régulièrement des plongées dans les profondeurs de cet océan. Il faut bien le connaitre pour pouvoir le juger.

La méthode Sarkozy

Au fil de plusieurs billets, j’ai esquissé ce qui m’apparaît être une rupture dans le style de la présidence, initiée par Nicolas Sarkozy. Ce billet n’est qu’une étape, pour me permettre de poser ma réflexion et d’échanger (merci d'être constructif dans les commentaires).

Il lance des idées, des mesures chocs, souvent avec un effet de surprise ou de mise en scène. Cela suscite des récations et des débats, parfois passionnés, souvent passionnels. On en a des exemples par brassées, que ce soit pour confier la mémoire d’un enfant juif déporté à un enfant de CM2, en passant par la révision de la loi de 1905 ou la suppression de la publicité sur le service public de l’audiovisuel. Mais on pourrait aussi appliquer ce schéma à la réforme des régimes spéciaux et à bien d'autres propositions.

Le débat est lancé, en général sur les bases posées par Nicolas Sarkozy. On s’en rend très bien compte à la lecture des pages « débats » et « rebonds » de nos quotidiens nationaux. Il est en général libre, bien alimenté même si le niveau est parfois aléatoire. Beaucoup sont tombés dans l'opposition systématique, dans la critique de la personne, lisant à peine les propositions et criant à la vigilance quand ce n'est pas à la résistance. Il faut reconnaitre que Nicolas Sarkozy est un excellent support pour postures valorisantes. Plus ou moins rapidement, une commission est mise en place, une fois que le débat a permis de mettre en lumière les arguments des uns et des autres, les lignes de clivages, les oppositions et les points de convergence possibles. Pour l’audiovisuel public, la commission vient juste de se mettre en place, après un débat d’un mois. Sur l’enseignement de la Shoah, la commission a été mise en place tout de suite. Pour la laïcité, on attend encore, mais ce n’est pas plus mal, car le débat est encore en cours et tout a fait intéressant. La commission est chargée de faire la synthèse, et de proposer des pistes de réformes concrètes.

Cette nouvelle manière d’opérer présente une nouveauté qui n'est pas pour me déplaire. Cela change des réformes concoctées par des technocrates, dans l’ombre des cabinets ministériels, et qui sont lancées toutes ficelées, sans la moindre marge de négociation. Sur nombre de sujets, Nicolas Sarkozy lance un produit semi-fini, qui peut encore bouger. Cela donne une souplesse et une capacité à intégrer des réactions qui pouvaient ne pas avoir été anticipées. Sur la laïcité, je suis moi-même surpris de la virulence des partisans du statu quo, bien plus vigoureux et arc-boutés sur leurs positions que je ne le pensais. Nicolas Sarkozy ira sans doute moins loin qu’il ne le voudrait. C’est une approche plus ouverte que le « à prendre ou à laisser » que l’on a trop souvent connu par le passé.

La manière de procéder de Nicolas Sarkozy offre aussi une meilleure transparence. On sait où il veut aller, il donne les éléments, et si parfois, il donne l’impression de sortir un lapin de son chapeau, il n’impose pas sa « lubie » s’il sent que cela ne passe pas. On peut toujours discuter, à condition de le faire loyalement. J’ai été frappé par son attitude, dans des situations où il se fait interpeller, quand il réplique « viens, on va en discuter ».

Ce style peut dérouter. L’impression de désordre, de cacophonie, d’improvisation et d’impréparation existe. C’est vrai qu’après deux sphinx, qui se tenaient sur leur olympe et n’en descendaient que pour annoncer les décisions, fermes et définitives, ça change. Avec Nicolas Sarkozy, le président devient un animateur, un moteur de débat, il accepte de descendre dans l’arène, ce qui ne va pas sans poser problème. Le français est assez conservateur et n’aime pas être perturbé dans ses représentations. Ca viendra avec le temps. Plus gênant, le président peut y perdre une partie de son autorité morale, et donc une part de sa marge de manœuvre. La chute dans les sondages, signe évident de la perplexité de nombre de français sur le nouveau style de la présidence (entre autres choses), provoque immédiatement un regain de vigueur de l’opposition, et un flottement dans les rangs de la majorité. Quoiqu’on en dise, cela joue beaucoup et il serait dangereux de ne pas en tenir compte.

Un autre problème majeur est la distribution du pouvoir décisionnel au sein des institutions. Par cette pratique, Nicolas Sarkozy vide assez largement de leur substance les autres lieux de pouvoir que sont le gouvernement et le Parlement, réduits à n'être que les simples exécutants de décisions prises lors de la concertation entre le président et "les forces vives". L'exemple type est le Grenelle de l'Environnement, négocié en direct entre le trio Sarkozy-Borloo-NKM d'un coté, et le milieu associatif-ONG de l'autre. Le Parlement a été totalement zappé jusqu'à présent, ce qui l'a irrité au plus haut point. Je me suis souvent agacé du traitement réservé au Parlement, traité comme un valet de ferme par la présidence. Pour autant, la nouvelle gouvernance esquissée par Sarkozy n'est pas dépourvue d'intérêts, en terme d'efficacité et de démocratie. Si la décision ultime doit revenir aux élus du peuple, il n'est pas illégitime que des acteurs engagés dans un domaine soient codécideurs (il y a plein de degrés possibles dans la codécision). La légitimité démocratique doit primer, mais elle ne doit pas non occuper tout l'espace et étouffer les autres légitimités à intervenir dans la conduite de la "chose publique".

Une "théorisation" de cette pratique serait la bienvenue, pour mettre les choses au clair et rédéfinir les équilibres, notamment au sein des institutions. La réforme institutionnelle "commission Balladur" serait un moment idéal pour cela. Mais on risque de passer à coté, car le sarkozisme est avant tout fluidité et pragmatisme, ce qui ne rime guère avec théorisation et formalisation.

lundi 18 février 2008

Et on nomma une commission

Simone Veil serait nommée à une commission chargée d'étudier les modalités de mise en oeuvre de la mesure proposée par Sarkozy lors du repas du CRIF. Rien que cela, c'est suffisant pour prévoir, soit un enterrement pur et simple de la mesure, soit plus vraisemblablement (il faut bien sauver la face) une forte édulcoration qui devrait enlever toute prise à une quelconque polémique. L'intitulé de la mission est sans ambiguités : "La mission est chargée d'élaborer les documents pédagogiques valorisant ce travail confié aux enseignants du primaire". Je pense que Nicolas Sarkozy n'y retrouvera pas son petit...

Visiblement, la sortie vigoureuse de Simone Veil a fait trembler à l'Elysée, au point qu'on l'appelle à la rescousse pour cette sortie peu glorieuse. Et elle est bien gentille de servir de caution morale à cette reculade qui ne dit pas son nom. C'est le point d'aboutissement d'une série de retraits tactiques amorcées dès le lendemain de l'annonce, qui visiblement n'a pas obtenu l'effet positif escompté. Au moins, la retraite aura été menée en bon ordre, malgré la mitraille et le peu de soutiens en défense. Dans ces cas-là, c'est encore ce qu'il y a de mieux à faire.

Cirque médiatique

La campagne électorale se poursuit, avec la vaste opération de police en banlieue. Certes, cette opération de police était justifiée par la poursuite de délinquants réellement dangereux. Elle est aussi justifiée pour bien montrer à certains que l'Etat sait aussi utiliser la force et la surprise, et qu'à ce jeu là, les petits caïds ne l'emporteront pas. Certains ne comprennent que cela, soit, donnons leur en, et que Villiers le bel serve d'avertissement à tous les autres. Rien que pour cela, l'opération est justifiée, sa médiatisation l'est aussi. Il se trouve qu'elle sert aussi les intérêts électoraux de l'UMP, bien que MAM se défende, mollement, d'avoir médiatisé à priori l'opération. Nul doute qu'une médiatisation a postériori était prévue. Il ne faut pas se leurrer là-dessus, mais en même temps, il ne faut pas non plus ne voir que cela. L'honnêteté intellectuelle, c'est d'examiner une situation sous toutes ses coutures, pas seulement sur les points qui vont dans le sens du discours que l'on tient. Je crains qu'un certain nombre d'organes de presse ne fassent pas preuve, cette fois-ci encore, d'une grande honnêteté intellectuelle.

En même temps, je sens poindre une nouvelle polémique dans les médias, accusant le gouvernement de vouloir à tout prix du spectaculaire et du médiatique. Et ceux qui relayeront la polémique seront parfois ceux qui auront couvert l'évènement, jouant ainsi sur les deux tableaux. La machine médiatique ne fonctionne que par ça : du spectaculaire et de la polémique. Dans un grand élan de schizophrénie, bien des journalistes oublieront que cette opération aura permis de vendre du papier et de faire de l'audimat lorsqu'il s'agira de faire du Sarkobashing (qui permet aussi de faire de l'audimat et de vendre du papier) et de dénoncer les effets pervers de cette médiatisation. S'il y avait autant de CRS, c'est sans doute pour obliger les caméras, les photographes et les journalistes à être présents sur les lieux et à couvrir "de force" l'évènement...

Rupture avec le cartésianisme d'Etat

Nicolas Sarkozy a choisi une bien curieuse méthode pour réformer le service public de l'audiovisuel, que l'on pourrait baptiser "du chien dans le jeu de quilles". Elle consiste à mettre la pagaille en déséquilibrant volontairement le système. Pas idiot !

Comment réformer ? la commission qui fait des propositions, on a essayé avec Attali, ça mobilise les conservatismes et on finit par enterrer le projet. Bilan, rien ne se fait. C'est certain qu'un rapport sur l'audiovisuel public aurait été enterré vite fait bien fait, tant les corporatismes sont forts dans ce secteur. Nicolas Sarkozy a donc choisi la négociation avec le couteau sous la gorge, prenant l'initative en annonçant une mesure que tout le monde souhaite officiellement, mais que tous redoutent car elle implique des décisions douloureuses (que personne ne veut assumer). Soit on trouve d'autres recettes, soit on réduit la voilure, voilà l'alternative.

Passé le premier temps de la cacophonie, où on mesure la force de chaque partie prenante (et donc le résultat possible des négociations), on met tout le monde autour de la table et on discute. Sauf que là, le gouvernement a une monnaie d'échange (il peu lacher plus ou moins de lest, sur les délais par exemple) et oriente clairement les débats. Les acteurs de l'audiovisuel public sont au pied du mur et ne peuvent plus éluder la question ni mener les négociations dans l'impasse. C'est un peu la technique adoptée avec les syndicats : si à telle date, vous n'êtes pas arrivés à un accord, le gouvernement décide, et le fait vraiment. Au passage, on montre gentillement aux partenaires sociaux ce que sera la décision. C'est motivant, surtout quand aucun des partenaires n'a envie de voir le projet gouvernemental se concrétiser. Pour l'audiovisuel public, Sarkozy a juste inversé un peu, donnant la décision avant.

Certes, ce n'est pas une méthode très cartésienne, une belle réforme d'énarque-technocrate sur l'air du "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement...". Les beaux esprits mathématiques, qui aiment les réformes bien carrées doivent être déçus. Mais tant pis, si c'est au prix d'une meilleure efficacité et d'une meilleure transparence, je préfère une méthode qui peut apparaitre plus brouillonne, mais qui est aussi plus souple et permet de tenir compte des rapports de force. Cette nouvelle manière de faire est une vraie nouveauté, un tournant notable car c'est la reconnaissance officielle que l'Etat ne "surplombe" plus, mais qu'il est un acteur des réformes parmi les autres, avec son rôle, ses instruments, ses contraintes et qu'il peut ne pas l'emporter. En procédant ainsi, Sarkozy fait descendre l'Etat dans l'arène, comme il le fait pour lui-même et pour la fonction qu'il occupe. Ce n'est pas sans risques, mais ce n'est pas non plus sans espoirs de gains. Et c'est une vraie rupture !

Délires de campagnes

Pour ceux qui ne s'en rendent pas compte, nous sommes en pleine campagne électorale. D'habitude, c'est un moment où l'intelligence des différents acteurs devraient ressortir, par le niveau des analyses et des propositions. Le souci avec les municipales, c'est que tout se jouant au niveau local, il est impossible de communiquer quoique ce soit au plan national. On en est donc réduit à quelques échanges parisiens, et aux postures de matamores avec des réposnes du même niveau. Il suffit de se pencher sur l'actualité du jour pour ramasser une pleine brassées de ces imbécilités.

Le CRIF se lance dans une attaque contre Jean-Marie Cavada dont je ne comprend ni les tenants ni les aboutissants. Cavada, candidat UMP dans le 12ème arrondissement, a assisté à une réunion, au cours de laquelle une personne a déclaré que la mairie de Paris (socialiste) arrosait largement les associations juives pour s'attirer le vote juif. Vrai ou faux, je n'en sais rien, mais c'est tout à fait plausible et ce n'est pas la première fois qu'un élu tente de s'attirer les faveurs électorales d'une communauté en couvrant ses associations d'argent public (ce qui ne veut pas dire que le résultat est toujours à la hauteur des attentes). Et voilà que le CRIF attaque Cavada, qui aurait du "s"indigner et réagir" à ces propos "odieux". Bien entendu, le PS renchéri sur la polémique, tout étant bon, dans cet arrondissement où vivent beaucoup de membres de la communauté juive, pour faire perdre du terrain au candidat de Droite sur ce segment de l'électorat. Tout cela est franchement ridicule ! Les propos tenus n'ont rien de répréhensibles et ne sont qu'une opinion, que l'on peut approuver ou désapprouver de manière argumentée (il suffit de sortir les chiffres). La réaction du CRIF voudrait dire que toute personne assistant à une réunion est tenu de réagir car elle serait engagée par les propos tenus par une autre personne lors d'une réunion à laquelle on ne fait qu'assister. Il doit y en avoir du beau linge solidaire des propos tenus par Nicolas Sarkozy lors du dernier repas du CRIF.

Deuxième exemple récent, le match nul (dans tous les sens du terme) entre les signataires de l'appel de Marianne, et les répliques "godillots" des soutiens de Sarkozy (il en reste). Je partage pleinement l'avis de mes amis Jules et Koz. Entre ceux qui hurlent à la mort de la démocratie et ceux qui répondent par la victimisation et la tentative d'amalgame avec la France des années 30, mon coeur balance. Lesquels sont les plus idiots ? Je ne saurais répondre. Il y a des épisodes qu'il faut oublier vite, un peu comme les propos que l'on tient les soirs de beuverie, quand on est bien émêché, et dont on a honte le lendemain. Une fois de plus, Marianne fait la preuve de sa capacité à anésthésier l'intelligence et la reflexion. Au début, ce magazine m'amusait, maintenant, il m'afflige tellement la mauvaise foi militante (non exempte d'arrières-pensées commerciales) y est présente.

Vivement que cette séquence électorale se referme et que l'on revienne aux véritables sujets de fond, dans des échanges plus dignes de notre démocraties et de l'intelligence de nos élus.

vendredi 15 février 2008

Mort naturelle

Un opposant à un président d'un pays de l'ex URSS meurt à Londres, subitement, à un âge où normalement, on ne tombe pas raide mort. Pas de témoins à son décès, aucune cause avancée, sinon qu'il n'y a pas de trace de polonium.

Vous pensez quoi ? Que le tueurs de l'ex-KGB sont assez cons pour rater une deuxième fois une mission d'élimination en utilisant une technique aussi visible que l'empoisonnement avec une substance radioactive ?

Franchement, la presse française fait une nouvelle fois la preuve de sa médiocrité ! L'info est balancée, sans le moindre questionnement. On avale le communiqué de presse et on passe à autre chose. C'est vrai que l'opposant est georgien, s'appelle Badri Patarkatsichvili (comment voulez prospérer médiatiquement avec un nom comme ça) et lutte contre un président présenté comme pro-occidental, Mikheïl Saakachvili. Les deux sont à peu près aussi démocrates que Poutine, mais comme ils savent mieux préserver les apparences, cela suffit à enfumer la presse d'opinion française. Pas de quoi monter un bon storytelling, avec un gentil assassiné par un affreux dictateur. Si cela avait été un opposant à Poutine, cela aurait été une autre histoire, car chacun sait que Vladimir Poutine égorge les petits enfants dans les caves de Kremlin et boit leur sang comme Dracula et surtout qu'il est très très vilain.

Le jour où la presse française suivra réellement ce qui se passe au delà des frontières de la Pologne, et cessera d'offrir des pleines pages aux partisans de Kasparov qui ne représentent qu'eux-même, on aura fait de gros progrès. Pas demain la veille.

Persiste et signe

Nicolas Sarkozy a fait une erreur d'appréciation (du moins il n'a pas la même appréciation que moi) quand il affirme à propos de son idée de confier à chaque enfant de CM2 la mémoire d'un enfant déporté : "On ne traumatise pas les enfants en leur faisant le cadeau de la mémoire d'un pays".

La mémoire des enfants juifs déportés est-elle vraiment la mémoire de tout le pays ? Je ne le pense pas ! ce qu'est la mémoire d'un pays se constate, mais ne se décrète pas !

Je continue à être en désaccord profond (notez le bien), quand il affirme : "ne refaites pas les mêmes erreurs que les autres". Parce que la déportation des enfants juifs est la seule erreur ? Dans ce cas là, chaque adulte français doit prendre la mémoire d'un déporté juif adulte, du même âge et de la même ville que lui. Parce qu'il n'y a pas eu que les enfants juifs à être déportés. Et puisqu'on est dans la déportation, pourquoi se limiter aux juifs ? Après tout, les souffrances des homosexuels, des roms et des résistants ont été les mêmes. Allez, rajoutons donc dans la liste tous les déportés, et pendant qu'on y est, tous les résistants torturés, arrêtés par la police de Vichy.

On peut aller très loin comme cela, et quand on ouvre la porte à une mémoire, pourquoi la refuser aux autres ? Que le CRAN nous fournissent des listes d'esclaves, qu'on fera adopter par des enfants de Nantes et des autres ports négriers ! Et tous les petits catholiques qui vont au catéchisme, qu'ils adoptent un petit hérétique brulé par l'église au Moyen-âge. Il faut arrêter les conneries !

Le Far-West

Les Hauts-de-Seine est véritablement un département fabuleux, qui intéresse bien des journalistes enquêteurs. Une concentration de richesses, qui s'accompagne d'une concentration de requins politiques. La liste n'est pas complète, mais elle est déjà significative : Charles Pasqua, leur père à tous, Patrick Balkany et Madame, Patrick Devedjian, Manuel Aeschlimann, Gilles Catoire (PS mais qui vaut bien les autres), la tribu Ceccaldi-Reynaud à Puteaux, les SArkozy père et maintenant fils, André Santini. Cela donne des scènes de "vie politique" mémorables et finalement très amusantes quand on prend un peu de recul.

Je comprend que l'on ne mette pas n'importe qui candidat à la mairie de Neuilly. Il faut avoir le cuir tanné pour survivre dans ce marigot. Le pauvre Martinon était bien trop tendre, sans parler d'Arnaud Teullé, qui s'agite désespérement pour prendre une ville où il a toujours joué les fidèles seconds en espérant devenir le boss. On en parle pas beaucoup de celui-là, pourtant, il avait tout en mains pour prendre la ville, y compris contre Sarkozy. C'est d'ailleurs comme cela qu'on prend une ville dans les Hauts-de-Seine, en flinguant et en borbotant au nez et la barbe. Charles Pasqua pourra vous en parler...

Un autre cirque se déroule à Puteaux, où Monsieur Ceccaldi Reynaud père, vieux crocodile, continue à flinguer sa fille, qui refuse de rendre le trône que son père lui avait imprudemment cédé. Là, c'est encore plus drôle, car ça balance dur sur les choix financiers (ça doit être sympa les réceptions de la mairie), et les électeurs vont être déboussolés avec deux listes Ceccaldi-Reynaud. C'est vrai que la richesse de cette commune (merci la taxe pro) permet de faire bien des conneries et des gaspillages. Il reste que ces personnages ont des méthodes assez brutales vis-à-vis des opposants. Il suffit de parcourir le blog de Christophe Grébert.

A Asnières, on n'est pas mal loti non plus, avec des conseils municipaux animés. Très "hauts-de-Seine". Le maire arrive quand même à faire fort, car il semble que les finances de la ville ne soient pas en très bon état. Mettre une commune des Hauts-de-Seine sur la paille, il faut le faire. Même Balkany n'y est pas arrivé à Levallois-Perret, et ce n'est pourtant pas faute de dépenser (y compris à son domicile).

On pourrait continuer longtemps ce petit tour des Hauts de Seine, on trouverait la même chose partout. Certains diront que c'est la présence de Nicolas Sarkozy qui est reponsable de tout cela, que tous ces élus "très Hauts-de-Seine" font partie de son clan. J'ai des doutes, car Sarkozy n'est au départ qu'un requin parmi d'autres. C'est Charles Pasqua qui a véritablement mis en place tout cela, c'est lui qui a lancé les Balkany et les Devedjian à l'assaut de mairies autrefois communistes (si si, Levallois-Perret avait un maire PCF). Si on se penchait, avec le regard de l'historien, sur ce PCF des Hauts-de-Seine, autrefois, du temps de sa splendeur, on trouverait des choses à peu près identiques. Les cocos du 9-2 n'étaient pas des tendres, loin de là.

C'est sans doute le climat, c'est surtout l'importance des enjeux financiers (et donc des derrière les moyens de mener des ambitions politiques) qui fait de ce département un cas particulier. Je sais que Sarkozy fait vendre (surtout quand on en dit du mal), mais il faut rendre à César ce qui est à César.

jeudi 14 février 2008

Lobby es-tu là ?

Au fil de commentaires ici ou sur d'autres blogs, on m'assène régulièrement qu'il n'y a pas de lobby juif en France. Hier soir, avait lieu le diner annuel du CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France). Que relate le Figaro :

Le ban et l'arrière ban de la classe politique y étaient. Le président de la république, le premier ministre, un paquet de ministre, Ségolène Royal. François Hollande n'y était pas et cela a été remarqué. Vous en connaissez beaucoup, des évènements organisés par une institution représentative qui rassemble autant de politique ? Quand on connait les agendas des politiques, les choix qu'ils sont obligés de faire, on s'aperçoit qu'au milieu d'un plétore de propositions de manifestations, de diners, de réunions, en pleine campagne électorale, tous choisissent le diner du CRIF. Quelle coïncidence !

Au cours de ce diner, deux sujets (les mêmes que d'habitude) ressortent : La Shoah et Israël. Nicolas Sarkozy n'est pas venu les mains vides, il avait une petite annonce à offrir : "à partir de la rentrée 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah". Quelle la signification de cela, sinon la volonté de faire plaisir à la communauté juive, sur un sujet qui lui tient à coeur. Personnellement, je ne vois pas l'utilité de cette mesure, elle m'apparait même nuisible : la Shoah, encore la Shoah, toujours la Shoah. On la ramène sans cesse, on en maintient la mémoire par tous les biais possibles, y compris par le sentimentalisme. Je comprends que certains groupes aient une sensibilité spéciale vis-à-vis de cet évènement, mais ont-ils à cause de cela, le droit d'imposer ce sujet à l'ensemble du pays, de manière aussi récurrente ? Ma réponse est plutôt négative. La place de la Shoah dans notre mémoire nationale est un vrai sujet, intéressant, dont on doit pouvoir débattre. L'Etat d'Israël n'a pas été oublié, c'est l'autre grand sujet, avec une remarque sur le projet (fumeux à mon avis) d'Union méditerranéenne, où il ne faudrait pas oublier Israël. Cette deuxième intervention m'apparait plus justifiée sur le fond, mais ce n'est quand même pas anodin qu'une organisation française se fasse ainsi le porte parole des intérêts d'un Etat étranger.

La communauté juive a parfaitement raison de s'organiser ainsi, l'histoire a suffisamment montré qu'elle est exposée et menacée. Par ce genre de manifestation, elle met clairement en avant ses priorités, les thèmes qu'elle entend faire avancer auprès des autorités politiques. Elle fait du lobbying. Elle montre aussi, par le plateau réuni, sa puissance et son influence (je ne connais pas beaucoup de lobbies capables de faire aussi bien) ce qui paradoxalement, peut la desservir en excitant certains (tels que Dieudonné) qui en fait sont jaloux de cette réussite et voudraient avoir la même influence et peuvent glisser facilement vers l'antisémitisme. C'est un peu le serpent qui se mord la queue.

mercredi 13 février 2008

Le contrôle de l'application des lois

Une communication intéressante, ce matin en conseil des ministres. François Fillon a fait le point sur la question de l'application des lois (de leur non-application faute de décrets, pour être précis). Le sujet est récurrent et le Sénat pointe régulièrement les retards, les députés aussi, avec depuis quelques années des rapports systématiques, un an après le vote d'une loi, sur son devenir et son application.

Le premier ministre annonce quelques mesures qui vont dans le bon sens, même si on peut être un peu dubitatif sur leur effet. Le délai de six mois maximum devient une véritable obligation de résultat. Voeu pieu s'il n'y a pas de sanctions, aiguillon aux fesses si ce critère fait partie de ceux qui permettent d'évaluer l'action des ministres. Avec Sarkozy, j'ai bon espoir que l'aiguillon sera utilisé. Derrière, le premier ministre demande à chaque ministre d'établir une structure clairement identifiée, qui sera responsable de ce sujet. C'est une condition indispensable à la réussite, il faut l'on puisse identifier des responsables qu'on pourra engueuler et sanctionner si ça va mal, ou récompenser si ça marche. Dans une administration, quand personne n'est directement et nommément responsable d'un dossier ou d'une compétence, c'est l'enlisement assuré ! Pour compléter le tout, un bilan chiffré par ministère sera établi tous les six mois et rendu largement public (mis en ligne). Des mesures de ce genre, si elles sont effectivement mises en place, sont de nature à booster les administrations centrales, qui n'en font souvent qu'à leur tête.

Cela améliorera, mais ne règlera jamais complètement le problème. D'abord parce que certains décrets permettent au législateur de se défausser à bon compte de sujets épineux tout en faisant croire qu'il les a traités. C'est une forme d'enterrement de questions qui fâchent et que personne ne veut véritablement voir tranchées : on renvoie à un décret qui ne paraitra jamais. Il y a aussi des décrets qui mettent du temps à sortir, car ils font l'objet d'âpres négociations. En général, ce sont des questions d'argent, quand il faut couper une poire en deux, concilier des intérêts contradictoires. L'Etat pourrait décider de trancher dans le vif et d'imposer sa solution. Ce n'est pas toujours ce qu'il y a de mieux à faire et la sagesse est parfois de laisser les organismes concernés négocier entre eux. Parfois, les négociations trainent parce que l'application de la mesure nécessite la coopération ou du moins la non opposition de certains, qui, s'ils ne sont pas satisfaits, peuvent trainer des pieds pour appliquer, quand ce n'est pas tout simplement saboter la mesure votée par le Parlement. Enfin, il y a des décrets qui sont réellement complexes, parce que la matière est horriblement technique (exemple parfait, le droit du travail, on l'a bien vu avec les lois TEPA et Pouvoir d'achat), qui font intervenir plusieurs ministères, avec tous les problèmes de cloisonnements, de querelles et de rivalités, entre ministères bien entendu, mais aussi entre directions au sein d'un même ministère (et ce sont souvent les pires).

Cette communication n'a en fait rien de révolutionnaire. L'amélioration de l'application des lois est un chantier déjà entamé depuis quelques années, qui fait l'objet d'un véritable suivi des parlementaires et d'efforts conséquents et réels des administrations. Le gouvernement ne fait que perfectionner le dispositif, dans la logique de responsabilisation et d'évaluation des responsables, qu'ils soient politiques (les ministres) ou administratifs (directeurs et sous-directeurs d'administrations centrales).

Mieux que nous

Veltroni, le maire de Rome, vient de démissionner, pour se présenter aux législatives et prendre la tête de la coalition de gauche. En Italie, le maire d'une ville de plus de 20 000 habitants ne peut pas être candidat aux législatives. Il doit d'abord démissioner. Bon d'accord, le risque est faible quand on est tête de liste dans un scrutin à la proportionnelle, mais quand même, il faut choisir avant, pas après l'élection.

Et si on faisait la même chose en France...

L'industrie du rêve

La télévision passe son temps à tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Une fois de temps en temps, c'est bien que les choses soient ramenées à leurs justes dimensions. C'est ce que vient de faire la justice française en reconnaissant le statut de salariés aux participants du jeu de téléréalité "l'ile de la tentation". C'est tout l'habillage de ce programme qui tombe, et la réalité crue de l'industrie qui est derrière qui se révèle. Dans ces émissions, contrairement aux dires des bandes annonces, rien n'est spontané, tout est calibré pour "plaire" et attirer le spectateur. On le savait, mais c'est bien que cela soit officiellement reconnu et ça fait plaisir à ceux qui (comme moi) se désespèrent du niveau abyssal de bêtise de ces programmes.

Pourtant, cet arrêt risque de n'avoir que bien peu d'effet sur les programmes de télé-réalité. Les médias, tous complices sur le sujet, n'ont pas intérêt à en faire tout un plat. Trop d'intérêts en jeu. L'info est donnée, et puis on passe à autre chose. Henri Salvador ayant eu le bon goût de décéder pile au moment où il fallait, on va saturer les écrans avec lui (il le mérite d'ailleurs). De toute manière, le spectateur habituel de ces programmes de "divertissement" est souvent une dupe consentante. Quelque part, il sait, ou sent que c'est du chiqué, comme autrefois le spectateur d'un gala de catch. Mais il s'en fout ! On continuera donc à lui servir les litres d'eau de rose, de fausses frayeurs et de vrai voyeurisme, en compensant le moins de glamour par plus de trash. Et les annonceurs continuant à être satisfaits, on poursuivra tranquillement.

Sacré Carla

Première interview comme first lady, et déjà un point Godwin. Très douée Carla. C'est vrai qu'il n'y a pas encore si longtemps, elle faisait partie de la cohorte des "people-bien pensants-de-gauche-signataires-de-pétitions". elle en a encore tous les reflexes...

Les conseillers presse sont obligés de repasser derrière, mais ne font que confirmer le néant intellectuel et le sens pitoyable du débat : "J'ai juste voulu dire tout le mal que je pense de ces attaques ad hominem, qui dégradent l'information. Et le danger potentiel qu'elles représentent". Pas capable d'emettre une critique autrement qu'en faisant la comparaison avec le régime nazi.

mardi 12 février 2008

Fallait pas le mettre président

Le choix de mettre un socialiste à la tête de la commission des Finances continue à produire ses effets. Un exemple avec cette petite note, où la commission des Finances (en fait son président Didier Migaud) s'amuse à faire le point sur les créations de taxes depuis le début de la législature. Un véritable jeu de massacre, qui intervient, comme par hasard en pleine campagne électorale et en plein trou d'air pour le chef de l'Etat. Dévastateur !

Cette note, je n'en ai pas eu connaissance. Elle ne figure nulle part, on ne connait même pas son statut : rapport d'information ? note technique des services au président ? Dire qu'elle engage la commission des finances m'apparait un peu osé. A-t-elle été remise à l'ensemble des membres, a-t-elle été approuvée en commission ? Il faudrait plutôt parler d'un communiqué de presse de Didier Migaud, député socialiste, et accessoirement président de la commission des Finances. C'est très limite, mais il fallait bien s'attendre à ce genre de choses en mettant un socialiste à ce poste.

Cela dit, sur le fond, il n'a pas tort...

Des problèmes personnels...

Nicolas Sarkozy aurait été un peu moins disponible parce qu'il avait des problèmes personnels à régler. Les français auraient eu le sentiment que le président s'occupait moins d'eux. C'est cela et uniquement cela qui expliquerait la baisse de sa popularité dans les sondages. Et c'est le secrétaire général de l'Elysée qui nous balance cela, sans rire. Il se moque de qui ?

Je n'en ai rien à foutre des problèmes personnels de Sarkozy, et ce genre d'excuse, c'est une insulte à ses électeurs. On dirait un élève qui cherche à se dédouaner pour ne pas avoir fait ses devoirs. Ce président, il a un premier ministre, des ministres, une administration et même des conseillers, il peut déléguer ! Il a fait le choix de la concentration des pouvoirs, il en a le droit, mais il faut ensuite assumer. Cette pitoyable tentative d'excuse est une preuve de couardise, chose que je n'aurais pas pensé de Nicolas Sarkozy, qui jusque là, faisait front.

Sa baisse dans les sondages, c'est le résultat d'un échec, d'une rencontre de ses promesses avec le mur de la réalité. Sarkozy ne sera pas le premier à s'y fracasser, la Gauche a fait un magnifique carton en 1982 (avec derrière un virage à 180 degrés). Il a promis ou laissé entendre qu'il pourrait, avec son volontarisme, tout changer tout de suite. Au bout de 9 mois, le bilan n'est pas si mauvais, des réformes de fond ont été engagés. Il faut juste attendre qu'elles portent leurs fruits. Sarkozy a trop promis, plus qu'il ne pouvait tenir. C'est classique, les campagnes électorales étant une occasion de surenchère. Ségolène Royal aurait été confrontée aux mêmes désillusions, tant certaines parties de son programme étaient irréalistes (elle l'a d'ailleurs reconnu après).

Dans ces cas là, il faut reconnaitre que l'on a visé trop haut, que les moyens dont on dispose sont limités. Entre la croissance qui est molle et l'Europe qui interdit tout recours à une politique budgétaire un peu généreuse, il était évident que les grandes ambitions pour le pouvoir d'achat ne pouvait que tomber à plat. L'admettre humblement, annoncer que l'on révise ses ambitions, expliquer pourquoi et donner des objectifs plus réalistes, voilà l'attitude que devrait avoir un dirigeant responsable. Avec cette excuse bidon, on en est à des années lumières. Et le pire, c'est que les français se rendent parfaitement compte qu'on les prend ainsi pour des cons. La dégringolade dans les sondages n'est pas encore terminée !

Renversement radical

Louis Schweitzer est élu à la tête du conseil de surveillance du Monde, à la place d'Alain Minc. Premier bonheur, Alain Minc s'en va. Enfin ! Je n'ai jamais compris comment un tel parasite, qui ne laisse derrière lui que des champs de ruines, ait pu occuper des fonctions aussi sensibles. Ce type, à l'éthique très discutable (il est capable de conseiller les deux parties dans une même affaire) joue un rôle malsain aux sommets du pays, mélangeant les genres et jouant à fond la carte du microcosme pour finalement défendre ses intérêts personnels. Deuxième bonheur, son remplacement par un homme à l'éthique irréprochable (c'est vrai qu'il est issu d'une grande famille protestante) qui a fait ses preuves dans des fonctions economiques d'importance (PDG de Renault, ce n'est pas rien), avec un engagement citoyen remarquable (Président de la HALDE).

C'est exactement ce qu'il fallait à ce poste : une autorité morale, doublée d'une compétence gestionnaire, le tout de manière désintéressée et sans carriérisme.

lundi 11 février 2008

Delanoe, vierge effarouchée

Ce cher Bertand Delanoe tente de se poser en vestale politique, en critiquant le raffut causé à Neuilly par la mise à l'écart de David Martinon. Tout cela serait "révélateur d'une culture politique, d'une manière de faire de la politique qui me heurte, qui me choque".

Que pense-t-il donc de son adjointe Clémentine Autain, qui elle aussi a voulu se parachuter, et qui finalement a échoué ? Va-t-il la reprendre ? Que pense-t-il aussi de Razzye Hammadi, qui tente également un hold-up électoral à Orly ? Ils sont dans le même parti, je crois ! Il faut que Delanoé fasse attention à ne pas trop jouer les père-la-vertu en politique, car quand on est maire de Paris et qu'on a des ambitions supérieures, on peut être amené à des compromis, voire des compromissions, parce que le système est ainsi fait (on peut le déplorer). Delanoe prend ici une posture hypocrite, car lui aussi a poignardé, écarté des rivaux, posé des peaux de banane !

Je m'amuse souvent (et m'agace parfois) des commentateurs qui regardent le choses du dehors, et qui se disent "dégoutés" par les méthodes et les comportements des politiques : copinage, parachutages, népotisme... C'est facile d'être indigné, mais derrière, tous ces bisounours ne proposent rien, se contentant de manifester un dégoût stérile. Il faut quand même se rendre compte que le pouvoir est quelque chose de dangereux pour ceux qui y sont et ceux qui veulent y arriver. C'est dans les tréfonds même de la nature humaine que l'on trouve cette violence et cette soif de pouvoir. Croire que la politique puisse se faire de manière élégante, sans coup bas, c'est se méprendre totalement sur la nature humaine, sur ce qui subsiste de la part animale.

La solution idéale serait de changer la nature humaine, pour en faire disparaitre notre part animale, pour maintenir les ego dans des proportions acceptables, pour supprimer toute rivalité et toute violence. Malheureusement, si cela se pouvait, on le saurait depuis longtemps. Il faut donc se rendre à l'évidence et faire avec ce que l'on ne peut pas changer. La politique et la conquête du pouvoir resteront toujours un combat, une violence. Le tout est de mettre en place des barrières, des garde-fous pour que cette violence soit limitée et canalisée. Je pense que notre système démocratique n'y arrive pas trop mal. Nous avons peu de meutres politiques en France, lorsqu'un camp perd les élections présidentielles, ce n'est pas la guerre civile, les élus (vraiment) pourris finissent par tomber (Carignon à Grenoble, Boucheron à Angoulême).

dimanche 10 février 2008

Bonne nouvelle pour la démocratie

Le sieur Martinon serait en passe d'être écarté à Neuilly. Si cela se confirme, c'est une bonne nouvelle et un signe que notre système démocratique fonctionne bien.

Les élections doivent permettre de désigner les meilleurs, ceux qui sont le plus à même de diriger un pays ou une ville. Même s'il y a des loupés (Ségolène Royal au second tour de la présidentielle), globalement, peu de canards boiteux arrivent à passer l'obstacle, soit parce qu'ils sont écartés au stade de la candidature à la candidature, soit parce que les électeurs leur signifient clairement de rester chez eux.

Ce qui se passait jusqu'à ces jours derniers à Neuilly sur Seine était proprement scandaleux. L'enjeu n'était pas de savoir si la commune allait rester à Droite, mais bien de savoir qui serait le candidat de Droite. Celui qui arrive à prendre le dessus dans cette course d'obstacles est assuré de la victoire (à moins d'être franchement odieux). La place de maire de Neuilly étant libre, plusieurs prétendants ont postulé. Un adjoint, en place depuis longtemps, avec le soutien des militants contre le chouchou du président. Ce dernier a obtenu l'aval du président, comme un grand seigneur obtenait un fief du roi : par sa présence à la cour, dans l'entourage du souverain. Ses capacités, le souhait des "sujets", on s'en moquait. Il est certain que sous Louis XIV, le sieur Martinon aurait été fait marquis de Neuilly, les manants de la bourgade devant se plier, bon gré mal gré, au fait du prince.

Heureusement, dans notre système démocratique, les "manants" sont consultés et en plus, ils donnent clairement leur avis. Pour Neuilly, les choses partaient mal puisque les militants locaux rejettaient la candidature de Martinon (non non). A l'évidence, le canasson officiel est un peu boiteux, mais s'il est seul sur la ligne de départ (à droite cela s'entend), il a quand même des chances sérieuses d'y arriver. Le système démocratique étant bien fait, comme dans la jungle, tout animal affaibli ou blessé suscite la convoitise des prédateurs. Le bien mauvais départ de Martinon a donc provoqué la constitution d'une seconde liste à Droite, qui, selon certains sondages de derrière les fagots (à prendre comme un sondage confidentiel dans les Hauts de Seine) pourrait mettre le sieur Martinon en grande difficulté.

La suite est écrite. Les colistiers, sentant le vent de la défaite et connaissant les capacités de leur poulain, se dépêchent de quitter le navire Martinon, qui va bientôt se retrouver seul à quai et bien obligé de désarmer. On aura ainsi évité un hold-up électoral. Finalement, notre organisation démocratique, bien que parfois sauvage et dure pour ceux qui s'y frottent, comporte quelques précieux mécanismes régulateurs et permet de jauger réellement les gens. On comprend que qu'un certain ancien premier ministre n'ait jamais voulu se frotter au suffrage universel ...

vendredi 8 février 2008

Niveau maternelle supérieure

Le fameux plan banlieue, tant attendu, tant prévendu, vient enfin d'être livré. Personnellement, la seule chose que je regarde, c'est le montant des fonds alloués (et c'est plutôt moyen). Comme je l'ai déjà dit, la question de la banlieue, on connait, la seule solution, c'est l'injection massive d'argent et de moyens. A la limite, la manière dont on injecte est assez indifférente, car un nouveau plan banlieue, dans quelques années viendra encore changer les programmes prioritaires.

Ce qui me désole, c'est le niveau de l'opposition sur ce sujet. La jeune et déjà très politicarde Aurélie Filippetti, porte parole du groupe à l'assemblée vient de réagir. Pitoyable. On se trouve avec une série de "petites phrases", avec des slogans destinés à être repris dans la presse "le plan Karcher anti-glandouille a fait pschitt". Ca réjouira peut-être le militant, mais par contre, ceux qui attendent une critique sur le fond restent largement sur leur faim. Elle concède quand même qu'il y a quelques mesures pas idiotes, mais se rattrape vite fait avec un autre slogan "candidat président lapalisse" pour tenter de faire croire que quand même, ce plan n'a rien d'original, qu'il ne sera pas suivi d'effets car on dans le pur effet d'annonce. Et puis c'est tout ! Julien Dray est dans la même veine, en plus soft : ça manque de souffle". Oui, mais ce n'est du souffle et de la nouveauté qu'il faut, mais de l'argent !

Que pense le PS de la banlieue, de ce qu'il faut y faire, des moyens que eux seraient prêts à y mettre. Quelle analyse font-ils de ce plan ? Comme partout, il y a du bon et du moins bon, mais à aucun moment, on ne nous explique pourquoi telle mesure est intelligente, pourquoi telle autre, c'est du flan. De la com', rien que de la com'. Certes, nous ne sommes qu'au début, et peut-être que plus tard, l'opposition nous sortira quelques analyses plus fouillées (tiens j'aimerais bien avoir celle du Modem). Mais je n'espère pas trop, je risquerais d'être déçu.

Des démentis qui sonnent faux

Deux informations, pourtant parfaitement crédibles (et sans doute vraies) ont été officiellement démenties.

La première concerne une démission de refusée de Christine Lagarde. Ayant marre des ingérences permanentes de Sarkozy dans son domaine, et en désaccord avec les positions prises, elle aurait proposé sa démission, en conseil des ministres. Nicolas Sarkozy l'aurait refusée. Cette démission de Christine Lagarde est tout à son honneur. Elle est chargée d'un poste important, elle sait ce que c'est d'être responsable et voir sans cesse son supérieur intervenir pour décider à sa place et ensuite, lui laisser les merdes à gérer, elle n'apprécie pas. Elle a du se sentir dépassée, obligée de porter la responsabilité de décisions qui n'étaient pas les siennes, et comme elle n'a pas une vocation de "porteuse de chapeaux" et d'avaleuse de couleuvres, elle a choisi de partir. Combien de ministres, qui auraient pourtant eux aussi d'excellentes raisons de claquer la porte, auraient la même attitude ? Pas beaucoup, et c'est peut-être ce qui manque le plus à notre classe politique : des couilles !

Deuxième affaire, la prétendue participation de l'armée française aux combats au Tchad, aux cotés du président Idriss Déby. Paris dément, bien que tout plaide effectivement en faveur de cette participation. Les rebelles, après avoir bousculé l'armée régulière tchadienne à 150 kilomètres de la capitale, sont entrés dans N'Djaména. Et vous croyez que c'est cette armée en déroute, acculée dans ses derniers retranchements, qui aurait réussi, seule, à repousser les rebelles et à leur faire accepter un cessez-le-feu ? Je ne suis pas un expert militaire, mais quand même, si je me trompe, il va falloir m'expliquer en détail. La France avait d'ailleurs intérêt à soutenir le président Déby. Pas forcement pour lui car il est du niveau des autres chefs d'Etat africains (aussi autocrate, corrompu et voleur), mais parce que la France a besoin de stabilité au Tchad pour mener à bien les opérations humanitaires au Darfour. En gros, on peut admettre un renversement de Déby par des rebelles, lui-même a d'ailleurs renversé Hissène Habré de cette manière. Simplement, ce n'était pas le moment !

A chaque fois, le gouvernement français a démenti, donnant l'impression de chercher à cacher maladroitement la vérité. Il avait pourtant de bonnes raisons de le faire. Pour la démission de Christine Lagarde, à partir du moment où elle est refusée et que la ministre accepte de continuer à exercer ses fonctions, officiellement, il ne s'est rien passé, sinon, son autorité est réduite à néant. Déjà qu'elle est pas mal potiche à cause de l'interventionnisme de Sarkozy, là, c'est définitivement foutu, en plus à un poste où la "confiance" joue un grand rôle vis-à-vis des milieux économiques et financiers. Sur l'intervention militaire au Tchad, c'est plus discutable, mais cela peut se comprendre comme une volonté de ne pas afficher un trop grand soutien au président Déby, et surtout, ne pas donner l'image catastrophique de l'ingérence de l'ancienne puissance coloniale dans les affaires intérieures du Tchad. Pour ceux qui disent que la Francafrique, c'est fini, reconnaitre l'intervention militaire au Tchad est un grand écart trop difficile.

Faux, usage de faux et recel

Nicolas Sarkozy n'en finit pas d'innover (c'est peut-être ça, la rupture) en portant plainte au pénal contre le site internet du Nouvelobs, pour avoir lancé la rumeur du SMS "si tu reviens, j'annule tout". Le choix de la procédure est hautement révélateur. Le président ne choisit pas la voie habituelle de la loi sur la presse de 1881, mais carrement la plainte pénale, l'arme lourde qui pourrait couter bien plus cher (j'attends d'ailleurs l'avis de mes amis juristes sur les tenants et aboutissants de ce choix)

J'ai été très surpris, lorsque j'ai vu cette info sortir. D'abord, comment le contenu d'un SMS a-t-il pu arriver jusqu'aux journalistes ? Ont-ils eu en mains le portable de Nicolas Sarkozy ou celui de son ex-épouse ? Le président est-il sur écoute ? Je suis curieux de savoir comment le nouvel Obs a réussi à obtenir cela. Personnellement, j'estime que c'est une info bidon, un coup foireux. J'ai été encore plus sidéré de voir que cette info qui n'a aucun fondement solide, qui est mise au conditionnel "aurait envoyé" a été reprise partout. En matière de panurgisme, c'est fabuleux ! C'est désolant de voir que nombre de personnes se moquent complètement de savoir si ce bobard était vrai ou faux. Cela allait tellement dans le sens de leurs convictions ou de leur intérêt, c'était tellement ce qu'ils avaient envie d'entendre qu'ils n'ont pas pu résister (que ce soit les journalistes ou nombre de blogueurs).

J'approuve le choix de Nicolas Sarkozy d'attaquer pour faux et usage de faux. Si les journalistes du nouvelobs peuvent prouver que l'information est véridique, ils ne seront pas inquiétés. Par contre, si comme je le pense, c'est du flan, ils vont devoir subir des conséquences et c'est normal. Cette information relevait de la vie privée et n'avait strictement aucun intérêt politique, aucune utilité pour analyser la présidence Sarkozy, comprendre des mesures prises par le gouvernement. C'est de la curiosité malsaine à l'état pur, à la limite de l'intention de nuire. A un moment donné, il faut fixer les limites !

La défense de la profession est pour l'instant assez maladroite : "C'est contraire aux lois sur la presse et aux conventions internationales, note Richard Malka, avocat, et c'est grave, surtout pour un Président. On ne peut pas poursuivre au pénal chaque journaliste qui fait une erreur, à moins d'être dans une dérive à la Poutine". En gros, on ne fait pas ça à un journaliste (sous-entendu ils sont intouchables ou presque) si on commence à poursuivre au pénal un journaliste qui fait une erreur, on n'a pas fini (aveu clair que les journalistes font régulièrement des erreurs) et on finit par un petit amalgame : si tu fais ça, t'es un petit Poutine (ouh, pas bien !). Un journaliste est un citoyen comme un autre, qui n'est pas au dessus des lois. La justice pénale française offre suffisamment de garanties pour qu'un innoncent ne soit pas condamné. Contrairement à la Russie, en France, la justice n'est pas aux ordres et je pense même que vu l'animosité entre Sarkozy et la magistrature, les journalistes pourraient bien bénéficier d'une indulgence maximale.

jeudi 7 février 2008

Un pays pire que le notre

La lecture de l'article de Rue89 sur la mort d'Aldo Moro est édifiante. Il confirme ce que l'on savait déjà, à savoir qu'Aldo Moro avait été laché. Mais que les responsables de ce lâchage l'avouent aujourd'hui, sans le moindre remords, est absolument stupéfiant. Quelque part, cela a dû être terrible pour Aldo Moro, car il avait parfaitement compris ce qui lui arrivait, les ressorts et les responsables. On a d'ailleurs retrouvé des écrits de lui où il "charge" Giulio Andreotti, son "collègue" de la Démocratie Chrétienne. Il faut dire ce qui est, les hommes politiques italiens de l'époque ont assassiné par procuration l'un des leurs ! "Ordures" est le mot qui me vient spontanément pour qualifier cette classe politique qui a dirigé l'Italie jusqu'en 1992, qui l'a mise en coupe réglée, avec une corruption dont on ne sait sans doute pas tout, une collusion avec la mafia, le tout au détriment des italiens et du développement du pays.

Aujourd'hui, quand on regarde qui a remplacé ces politiques pourris, on en trouve d'autres pas franchement reluisants non plus. Entre affairisme, médiocrité et partage du gateau (plus de 100 ministres et sous-ministres, tous avec voitures de fonction et avantages divers) le pays est retombé dans ses vieux démons. Pour ce qui est de la décence, c'est sans commune mesure avec nous. Il suffit de voir ces sénateurs qui ont fait péter le mousseux dans l'hémicycle pour célébrer la chute du gouvernement Prodi. En matière de bling-bling, Berlusconi explose complètement Nicolas Sarkozy. En terme de copinage, il fait bien mieux, puisqu'il est à la fois Sarkozy et Bolloré. C'est vrai que tout cela vient de très loin. Quand on regarde le passé, on trouve un paquet de médiocres et de clowns, à commencer par Mussolini, qui cumule les deux. Et plus avant encore, les Bourbons des Deux-Siciles et avant eux les Médicis de Toscane étaient de magnifiques exemples de fins de race dégénérées. Le Royaume de Naples n'était qu'un château de cartes, qui s'est écroulé devant un simple aventurier et la gestion temporelle des Etats du Pape était affligeante.

En matière de déchirements et de querelles, l'Italie nous dépasse, de très loin. Les oppositions politiques sont violentes. Les invectives fusent et certains partis comme la ligue du Nord tiennent des propos qui ne vont pas franchement dans le sens de l'apaisement. Les clivages territoriaux sont tranchés, entre un Nord prospère et un Sud qui ressemble pour beaucoup de choses à un pays du Tiers-Monde. En plus d'être économique, ce clivage est aussi culturel et historique. L'unification de l'Italie, c'est seulement depuis 1860. Auparavant, l'unité était culturelle et linguistique (et encore, avec des dialectes) et c'était tout. Le résultat est là, économiquement, l'Italie fait du surplace et reculerait même sans ce que l'on appelle pudiquement "l'économie parallèle". Toute réforme est immanquablement vouée à l'échec. L'échec de Prodi ouvre la voie à un retour de Berlusconi. Franchement, comme avenir, on peut rêver mieux.

Alors avant de nous lamenter, regardons un peu les autres. Finalement, nous ne sommes pas si mal lotis !

Silence dans les rangs

Nicolas Sarkozy s'agace. Il y aurait comme de l'indiscipline dans la troupe, certains ministres et parlementaires se permettant de critiquer les interventions de son grand chambellan, soulignant qu'un conseiller n'est pas un ministre, que chacun doit rester à sa place et qu'ainsi, les vaches seront bien gardées.

Je trouve que ces "réactions de la base" sont saines. Le président de la République est certes le patron, mais il s'appuie sur une majorité, dont il doit tenir compte. En formulant ces remarques, à mon sens pas bien méchantes, les députés et certains ministres jouent leur rôle de contre-pouvoirs. Certes, Nicolas Sarkozy n'aime pas ça, mais il va bien falloir qu'il s'y fasse, car il a mangé son pain blanc et ne peut plus tenir la boutique seul, à la seule force de ses petits bras musclés. Les sondages indiquent nettement que l'Etat de grâce est terminé, et que le temps est venu d'être un peu plus collégial. Et c'est très bien pour le fonctionnement démocratique de l'Etat !

mercredi 6 février 2008

Enterrement de première classe

Le gouvernement vient de lacher face aux taxis. La réforme proposée par Attali les concernant ne se fera pas. Si vous avez déjà acheté le rapport en librairie, vous vous êtes fait avoir. La brêche étant ouverte, c'est tout le rapport qui va rapidement devenir caduc. Les conservatismes ont gagné, profitant de la chute du président dans les sondages, et donc d'un affaiblissement de son autorité. On a beau avoir la majorité dans l'hémicycle, cela ne sert pas à grand chose sans le soutien populaire. Une bonne claque aux municipales et les réformes, c'est terminé !

On a raté le coup

On aurait dû négocier avec Déby pour l'arche de Zoé quand les rebelles étaient entrés dans N'Djaména. Je suis certain qu'il n'aurait pas pinaillé pour les gracier et renoncer aux indemnisations. Mais que fout donc notre ambassadeur là-bas.

Edit quasi immédiat : notre ambassadeur a fait son boulot. Désolé Monsieur d'avoir douté de votre sens de l'a propos

Nommé inspecteur général

Aujourd'hui en conseil des ministres, grande opération recasage de battus. On arrive aux fin de stocks. Les heureux recasés sont Léon Bertrand, ministre du Tourisme de 2002 à 2007 et battu en Guyane aux dernières législatives (inspecteur général de l'education nationale) et Emmanuel Hamelin, député de Lyon, battu lui aussi en 2007, qui va inspecter généralement les affaires culturelles.

C'est quand même pratique le tour extérieur. J'aimerais, dans quelques années qu'on me donne le bilan d'activité de tous ces recasés, qui avec les placardisés, forment l'essentiel des corps d'inspection en France. Certains peuvent avoir quelques compétences dans les domaines qu'ils inspectent, mais pas forcement autant que d'autres qui restent sur la touche malgré une compétence supérieure.

L'avion d'Estrosi

Un déplacement à 138 000 euros. C'est l'exploit de Christian Estrosi, pour aller défendre l'inscription d'un récif coralien au patrimoine mondial de l'UNESCO. J'espère que ce récif sera effectivement inscrit, sinon, ça ferait vraiment mal.

Estrosi semble étonné et s'excuse de la dépense. Et je pense qu'il est sincère, qu'il ne s'est absolument pas rendu compte, personnellement, ce que cela a couté. Ce n'est pas à lui de gérer ce genre de chose, mais à son cabinet. Cela dit, la responsabilité lui retombe sur la figure in fine. C'est tombé sur lui, mais cela aurait pu tomber sur n'importe quel autre ministre, car ce qui est en cause, c'est la manière dont sont gérés les déplacements officiels. On considère qu'un ministre est une personne ayant de très hautes responsabilités (vous êtes libres de ne pas le croire, mais c'est la réalité) et quand surgit une contrariété d'intendance, c'est l'intendance qui s'adapte, pas le ministre. Il y a le feu dans une forêt du sud de la France, une bombe qui explose en Corse ou je ne sais quel évènement, s'il faut que le ministre (ou le président) y soit rapidement, on ne regarde pas à la dépense, on prend la solution la plus adaptée aux besoins de la fonction et de son exercice. Pas question d'attendre quelques heures pour prendre la ligne régulière qui coutera moins cher que l'avion privé. C'est une logique qui se défend parfaitement lorsque le Ministre est effectivement dans l'exercice de ses fonctions.

Dans le cas de Christian Estrosi, on est un tout petit peu limite. Effectivement, il est dans l'exercice de ses fonctions en allant défendre l'inscription d'un récif coralien de nouvelle calédonie sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité. Effectivement, il y a urgence, car la réunion n'attendra pas Estrosi, c'est à lui d'arriver à l'heure pour défendre le dossier. Le seul hic, c'est la cause du retard et du bouleversement de calendrier : une réunion conviviale de sarkozyste à l'Elysée. Certes, rencontrer le président, assurer la solidité de son réseau politique (ce qui revient à assurer la solidité de son autorité comme ministre), ce n'est pas totalement extérieur aux tâches politiques, et il est quelque que part, dans l'exercice de ses fonctions ministérielles, même quand même...

On pourrait être tenté de blâmer son chef de cabinet, chargé des déplacements. Il aurait dû avertir Estrosi des conséquences financièrement et donc par répercussion politiquement lourdes de sa décision d'aller boire un verre à l'Elysée. Encore eu-t-il fallu que ce chef de cabinet ait été informé de l'ampleur de ce surcoût, ce qui n'est pas évident. Ce qui a dû se produire, c'est une décision très tardive d'Estrosi d'aller à l'Elysée, genre quelques heures avant le voyage. Pris de court, le chef de cabinet cherche une solution. Un avion privé pour transporter toute la smala (parce qu'un ministre ne se déplace pas seul), ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval, et dans ces conditions, on prend ce que l'on trouve, sans forcement demander de devis. C'est après que l'on sent passer, une fois que la prestation est effectuée ! Le montant astronomique de la facture vient finalement d'un concours de circonstances, sans qu'il y ait eu nécessairement erreur ou "je m'en foutisme" du ministre quant à ses dépenses.

La vraie question qui se pose sur cette affaire, est de savoir dans quelle limite nos ministres doivent accepter de voir leur activité "es fonctions" bridée ou limitée par des contraintes de coût (ou par une quelconque autre contrainte d'ailleurs). Nous sommes ici sur un cas limite, où effectivement, la question se pose au regard du montant faramineux de la note. Mais c'est un cas extrême, anecdotique et finalement marginal.

Le menu du Sénat

Indépendamment de l'actualité politique, des secousses et des médias, le Sénat continue son travail en profondeur de contrôle du fonctionnement de l'Etat. 52 rapports sont programmés pour 2008. J'attend de les lire, certains avec plus d'impatience : "le patrimoine immobilier de la banque de France", "l'Etat locataire", "l'Etat imprimeur", "le coût des élections nationales", et bien d'autres encore.

J'espère que les rapporteurs auront le courage d'aller jusqu'au bout des contrôles, parce que rien que sur les rapports que je viens d'énumérer, on devrait en voir des vertes et des pas mures !

mardi 5 février 2008

La France fera son devoir au Tchad

Je veux bien que la France fasse son devoir au Tchad, comme le dit notre cher président. Mais au fait, c'est quoi le devoir de la France au Tchad ?

La francisation de Carla Bruni

Maintenant que Carla Bruni est officiellement l'épouse du président de la République, il serait de bon ton qu'elle prenne la nationalité française. Cela va sans doute se faire très vite. Claude Guéant s'est exprimé un peu maladroitement, plus politique que juriste, ce qui fait toujours hurler certains.

Des blogueurs, pourtant de qualité, semblent ignorer que la nationalité française peut s'obtenir autrement que par le mariage. Il suffit de faire une demande, et de répondre à certaines conditions : être majeur, résider en France de manière régulière depuis au moins cinq ans, être assimilé à la société française au niveau culturel et linguistique, ne pas avoir été condamné. Il me semble que Carla Bruni remplit toutes ces conditions et que vu sa situation, les circuits administratifs ne seront pas aussi longs que pour les autres demandes.

En fait, il suffit juste qu'elle formule sa demande par écrit, et un décret la naturalise. Pas bien compliqué quand on sait qui signe les décrets en France...

lundi 4 février 2008

Libé, journal de gauchistes ?

Après Jean-Claude Gaudin, c'est au tour de Patrick Balkany de faire du libé Bashing. Libé semble s'en amuser en titrant "cette droite qui ne peut pas sentir Libé". Le fait d'en parler montre que cela les touche un peu...

Oui, Libé est un journal militant de gauche, parfois très à gauche, souvent de mauvaise foi (mais c'est une caractéristique du militant). A ce jeu là, Joffrin arrive au même niveau que July, pas dans le même style, mais au final, l'agacement est le même. Ayant choisi de descendre dans l'arène, Libé ne doit pas s'étonner de prendre des coups. Pour certains politiques de droite, faire du Libé bashing, c'est tout bénéfice. Ils sont déjà grillés, comme Balkany, alors sentir un peu plus le souffre ne les dérange pas. Par contre, ils font plaisir à leurs militants qui n'aiment rien de plus que de voir les militants d'en face en prendre plein la gueule. Et plus c'est caricatural, plus ça fait plaisir.

Si les journalistes de Libé souhaitent ne plus être pris à parti, ce n'est pas un souci. Qu'ils cessent de faire du militantisme et se consacrent au journalisme, qu'ils fassent de l'information au lieu de faire des éditoriaux (surtout au service politique).

Le Modem part en couille

Il fallait s'y attendre ! avec un positionnement le cul entre deux chaises, le Modem ne pouvait que se faire écarteler entre deux camps, éclater et finalement se dissoudre dans le néant politique, laissant son chef (monarque de droit divin) seul et à poil.

Cela a déjà été réalisé aux législatives, où malgré un score honorable en voix, le Modem s'est retrouvé avec trois députés, dont un qui se demande ce qu'il fout là et qui n'exclut pas d'aller voir ailleurs si la mangeoire est mieux garnie. Le même processus est en train de se dérouler aux municipales, avec en plus une impression de désordre qui achève de dérouter. Des listes Modem sont annoncées partout, mais en cours de route, on décide localement de ne pas en faire, pour aller soit vers la droite, soit vers la gauche, soit vers les deux ! Les derniers grands leaders qui restaient encore au Modem claquent la porte, comme Michel Mercier à Lyon, magnifique exemple de cafouillage et d'incapacité du Modem à se structurer efficacement.

Le lendemain des municipales et des cantonales risque d'être atroce au siège du Modem, où on ne prendra pas la peine de compter les morts et les absents. Compter ceux qui restent ira plus vite. Ici où là, des listes Modem pourront faire des scores honorables, mais combien de maires Modem (dans des villes significatives de plus de 50 000 habitants), avec une majorité stable pour gouverner une ville pendant six ans ? Ici où là, on aura des adjoints Modem, tantôt avec un maire UMP, tantôt (et sans doute plus souvent) avec un maire PS. Mais que pèseront ces supplétifs ? Pas grand chose. Le risque de brouiller complètement l'image du Modem est très fort, avec des répercutions lors des prochaines échéances nationales, où le PS et l'UMP auront beau jeu de mettre la pression sur les adjoints Modem pour qu'ils la ferment et ne soutiennent pas Bayrou. Ce dernier ne sera plus "lisible" et verra se détourner tous les électeurs qui aiment les choix clairs. Son score présidentiel a montré que l'ambiguité ne permet de rassembler suffisamment d'électeurs pour l'emporter.

Je l'ai dit dès le départ, le Modem est un mouvement mort-né. Le système politique français est organisé pour être bipolaire, par le jeu du scrutin majoritaire. Une troisième force pourrait éventuellement surgir, mais à condition d'être fortement structurée et de peser suffisamment pour être présente lors des seconds tours et de refuser explicitement les alliances avec l'un ou l'autre, pour garder une lisibilité. Le Modem n'a pas réussi à atteindre la masse critique pour être présente au second tour, et du fait de sa constitution rapide, n'a pas véritablement réussi à se structurer, et encore moins à cadrer les militants qui ont afflué, pour canaliser leur énergie de manière électoralement utile.

La mort du Modem n'est ensuite qu'une question de temps. Trois députés, aucune grande ville, aucune présidence de conseil général ou régional, un groupe sénatorial plus que fragile et qui va se déliter très vite, une razzia de Sarkozy sur le dernier carré de fidèles (à coup de portefeuilles ministériels), le Modem va déplumer. Il faudra ensuite lever pas mal d'ambiguités et de non-dits lors du lancement du Modem : quid de l'UDF ? Quelle positionnement vis-à-vis du PS et de l'UMP ? Quel fonctionnement interne hors période électorale (Bayrou acceptera-t-il de partager le pouvoir) ? Beaucoup d'hypothèques, de fractures en gestation. Beaucoup trop pour tenir jusqu'en 2012, avec comme seul objectif clair de soutenir les ambitions personnelles de François Bayrou.

Cela ne veut pourtant pas dire la mort de la sensibilité centriste. Elle pourra même profiter de cet embellie passagère et des moyens financiers pour la période 2007-2012 pour travailler sa doctrine, sa pensée et la renouveller avant de replonger dans les limbes.

Quand Raffarin s'enfonce !

Décidement, la décrépitude touche Jean-Pierre Raffarin de manière précoce. Avant même d'être président du Sénat, il est déjà dans l'état d'un président du Sénat en fin de mandat. On sait qu'il n'aime pas le rapport Attali, mais il y a quand même des limites. Imputer à ce rapport la défaite du candidat UMP aux législatives à Chartres, c'est pitoyable. Et pourquoi pas la responsabilité d'Attali dans la mort des petits chats ou dans l'arrivée d'un cyclone sur les Antilles ?

Ce résultat électoral était pourtant prévisible avant même la parution du rapport Attali. Jean-Pierre Gorges ne l'avait emporté que d'une poignée de voix (59) en juin dernier. Le Conseil Constitutionnel avait estimé qu'il fallait rejouer le match. On peut discuter de la solidité des arguments ayant mené à cette annulation, mais elle a été prononcée. Ce qui a surtout nuit à Jean-Pierre Gorges, c'est la chute de popularité de Nicolas Sarkozy, et le mécontentement de certains électeurs de Droite, qui dans ce cas là, restent chez eux. Ajouter à cela une terrain difficile pour un candidat de droite et vous avez le résultat de Dimanche dernier à Chartres.

Si le rapport Attali était si dévastateur, comment l'UMP a-t-elle fait pour remporter l'autre législative partielle, dans les Hauts-de-Seine ? Monsieur Raffarin a peut-être une explication géniale ?

samedi 2 février 2008

Mariés, et puis...

Cela semble réel et officiel, Nicolas et Carla se sont mariés. Les aspects purement people ne m'intéressent pas, par contre, ce mariage fait de Carla Bruni la "first lady", avec aucun statut officiel mais cependant des obligations.

La précédente titulaire du poste avait bien mal rempli ses obligations, faisant plusieurs fois honte à la France par sa désinvolture et ses guérisons subites, ses absences quand elle aurait dû être présente et ses présences là où elle n'avait rien à y faire (en lybie par exemple). Je souhaite de tout coeur que sa remplaçante assure un peu mieux. Son CV est en tout cas prometteur. Issue d'une grande famille (pleine aux as), elle a l'habitude des hautes sphères, de ses codes et rites. De par ses activités professionnelles, elle est rompue à l'expositon médiatique permanente, à la pression que cela engendre. Elle pourra ainsi assumer son rôle de représentation officielle dans les meilleurs conditions, je n'ai pas trop d'inquiétudes sur ce plan.

Quelle sera sa place dans le dispositif de la présidence : simple potiche ou en plus conseillère de son mari, comme a voulu l'être Cécilia. Et sur quels domaines souhaite-t-elle intervenir ? Plutôt que de ressortir les photos dénudées de cette dame et de nous gaver avec ses voyages touristiques, j'aimerais que la presse m'informe davantage sur ce qu'elle a dans la tête, son degré d'intelligence, son intérêt (ou non) pour la politique, la solidité de ses convictions, ses "réseaux". On a des éléments, en tant que "people ordinaire", elle s'est exprimée à longueur de magazine sur ses goûts, ses centres d'intérêts. Maintenant que le lien matrimonial est officiel, il est plus que temps de savoir à qui on a affaire. Là, je manque singulièrement d'éléments, et pourtant, c'est important, l'influence des femmes sur leurs politiques de maris est un sujet trop souvent occultés, et qui permettrait d'expliquer bien des choses.

Je souhaite que ce mariage soit heureux et surtout que ce couple dure longtemps. Nicolas Sarkozy a pris un gros risque en affichant et en officialisant cette liaison, car si la belle se lasse et le plaque, il est mal !

vendredi 1 février 2008

Des suites judiciaires ?

Frédéric Beigbeider vient de se faire surpendre par les flics, le nez dans la poudre. Pas malin, non plus de faire ça à l'extérieur, sur le capot d'une voiture ! Il ne devait pas être bien frais...

Ce qui m'agace, ce n'est pas l'évènement, d'une banalité désespérante. Beigdeider qui sniffe, quelle surprise ! Non, le scandale, c'est le traitement qu'en fait le Figaro, qui ces derniers temps, chute dans mon estime. En effet, l'article évoque l'incident, pour rapidement, parler de la carrière de l'auteur, de ces bouquins, en lui faisant sa promo et en lui cirant les pompes de manière honteuse. Chassez le naturel, il revient au galop !!

Par contre, pas un mot sur les suites judiciaires. Il semble avoir fait un petit tour au commissariat, avoir du déposer. Il a ensuite été relâché, ce qui est normal, on ne place pas en préventive pour deux petits sachets de coke. Mais quand même, détention de produits stupéfiants, ça relève du pénal. J'aurais bien aimé savoir s'il était convoqué devant le tribunal correctionnel, j'aurais bien aimé qu'un journaliste en quête de scoop aille se procurer le PV de l'audition. Après tout, ceux de Kerviel ont été publiés bien vite, pourquoi pas ceux de Beigbeider. Cela permettrait de connaitre le nom de son dealer, son taux d'inhibation alcoolique ce soir-là et accessoirement, le nom de quelques consommateurs de ses amis.

Même si la consommation de cocaïne est monnaie courante dans ces milieux, ça me ferait plaisir qu'il y en ait un qui se fassent condamner, du genre un travail d'intérêt général dans un centre de désintoxication pour drogués et alccolique. Comme ça, il connaitra l'adresse, pour après !

De l'avantage de cumuler

Pierre Lellouche, député de Paris et accessoirement candidat à la mairie du VIIIe arrondissement, vient de déposer, le 22 janvier, une proposition de loi concernant la profession de "gardien d'immeuble".. Faute d'en avoir le contenu sur le site de l'assemblée, on est obligé de se référer à ce qu'en dit le communiqué de presse, gentillement (et bien bêtement) relayé par nos journaux nationaux. L'idée principale est de relancer les embauches de concierges en permettant de déduire ces frais des impôts sur le revenu.

Déjà, une proposition de loi a très peu de chances d'être examinée. Cela permet aux députés de proposer tout et n'importe quoi, en étant assuré de ne jamais être mis le nez dans leur démagogie. Sur le fond, les concierges d'immeuble sont rarement employés directement par les occupants, sauf si l'immeuble ne comporte qu'un occupant. Cela s'appelle alors un hôtel particulier, et son occupant n'a sans doute pas besoin de cette déduction fiscale. Dans les autres immeubles, le concierge est payé par la copropriété, qui finance cela par des appels de charges, en fonction du nombre de tantièmes. Comme si les syndics n'avaient que ça à faire, de calculer pour chaque locataire, ce que lui coûte la concierge. En matière de simplification, on fait mieux. Mais s'il n'y avait que cela ! Comment justifier de favoriser les locataires payant des charges de concierge (c'est à dire dans les grosses propriétés ou celle à haut standing ? Pierre Lellouche a sorti cette proposition de loi par pure démagogie, pour flatter bassement des électeurs "influents" (qui causent et peuvent dire du bien ou du mal de votre candidature). Comme si son mandat de député ne servait uniquement qu'à lui permettre de conquérir un autre mandat. Cette proposition de loi est la seule qu'il ait faite depuis le début du mandat !

Ce n'est pas très glorieux pour Lellouche de dévoyer ainsi son mandat de député et son pouvoir d'initiative des lois, c'est encore moins glorieux pour la presse qui se fait l'écho de cela.