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mercredi 30 avril 2008

Conservatisme à la française

Depuis quelques années, une réforme de l'immatriculation des véhicules est dans les tuyaux. Notre système actuel arrive à saturation, avec une déperdition énorme, puisque les immatriculations sont perdues une fois le véhicule parti à la casse ou revendu. On consomme mais on ne recycle rien. Le nouveau système (sur lequel je n'ai pas d'avis particulier) rend facultatif la mention du lieu d'origine sur la plaque d'immatriculation. On pourra ainsi continuer à mettre son numéro de département de résidence, mais aussi son numéro de département ou de région de coeur.

un certain nombre de parlementaires UMP, qui n'ont sans doute rien d'autre à foutre, reprochent cela au nouveau système d'immatriculation. Désormais, on ne saura plus d'où viennent les gens qui s'arrêtent devant la maison d'en face, on ne pourra plus insulter les conducteurs d'un autre département (en général celui d'à coté), on ne pourra plus repérer ces connards de 75. Bref, on bouleverse les petites habitudes des français, et ça, croyez en mon expérience, c'est un filon en or pour des politiciens qui se veulent proches du terrain, et qui sont surtout au ras du sol de la politique. On trouve aussi dans le paquet des râleurs, outre les démagogues, les défenseurs de la collectivité territoriales "département", qui défendent mordicus leur bout de gras (leur siège de conseiller général ou celui de leurs grands électeurs) et se jettent comme des voraces sur le moindre début d'indication d'une volonté de supprimer le département.

Ce faux débat me désole, surtout pour les parlementaires qui s'y sont lancés. Ils savent parfaitement qu'ils n'obtiendront pas gain de cause, la réforme est déjà trop engagée pour que le gouvernement puisse reculer. Cela fait un certain temps qu'on sait que les numéros de départements ne seront plus obligatoires. Ils veulent juste surfer sur le conservatisme des français, avoir ainsi une bonne occasion de se faire une notoriété médiatique.

Cette réforme, c'est une bonne chose pour tous ceux qui déménagent et n'auront plus à faire réimmatriculer leur véhicule, pour tous ceux qui souhaitent la discrétion, pour tous ceux qui n'habitent pas dans leur région de coeur et en ont marre de se faire juger à partir de leur plaque d'immatriculation.

La réforme de l'urbanisme commercial

Dans le projet de loi de modernisation de l'économie, on trouve aussi une réforme de l'urbanisme commercial, régi par les lois Royer et Raffarin. Là aussi, bien des âneries vont être débitées, sur la France couverte d'hyper-marchés (ah la belle image des cathédrales...).

Actuellement, pour toute implantation d'une surface commerciale de plus de 300 m², il faut l'autorisation d'une commission, la CDEC (Commission départementale d'équipement commercial). Dans bien des cas, l'autorisation est refusée. On fait alors appel à la commission nationale, qui peut soit autoriser, soit refuser. Dans le deuxième cas de figure, on attend un peu, on graisse un peu plus les pattes (parce que vous croyez qu'il n'y a aucune enveloppe ?) et le projet fini par passer. Cela prend plus de temps et ça coute plus cher, mais c'est bien tout. Résultat, la France a le meilleur taux de couverture du territoire en terme de grandes surfaces avec un système censé freiner leur expansion. Ceux qui se sont vus freinés, ce sont les hard discounts et celui qui a crevé, c'est le commerce de centre ville !

Et en plus, on se paye une foule de dommages collatéraux. La question de l'urbanisme commercial ayant été soustraite aux maires (ou aux communautés de communes) détenteurs naturels de la compétence, on assiste, dans toutes les villes de France, à une catastrophe urbanistique, j'ai nommé les entrées de ville. Quand vous entrez dans une ville de France, vous passez obligatoirement devant des kilomètres de hangars améliorés, moches, avec des panneaux publicitaires partout. La nuit, c'est mort, le samedi, c'est noir de monde, on ne peut pas y circuler. Cette politique d'implantation des commerces aux entrées de ville n'est pas nouvelle, mais elle a complètement échappé aux édiles et donc aux citoyens. La concurrence a été faussée, les études portant sur les bassins de chalandise le montrent bien.

Dans ces conditions là, la meilleure solution, la plus radicale, aurait été de supprimer ce système dérogatoire et de remettre l'urbanisme commercial dans le droit commun de l'urbanisme. C'est le maire qui donne le permis de construire, en fonction de sa politique commerciale, urbanistique, des équilibres locaux. Des contrôles à postériori peuvent être maintenus, car parfois, l'élu local est faible. Cela n'aurait pas fait augmenter les surface de la grande distribution, car ils sont déjà au maximum. La course au gigantisme est en train de prendre fin, car les distributeurs s'aperçoivent qu'un trop grand magasin n'est pas une bonne chose, le consommateur s'y perd, marche trop et finalement, ne vient plus. Il n'y aura pas plus d'hypermarchés, car tous les groupes ont "des mètres carrés en stock", c'est à dire des autorisations non utilisées, pour pouvoir développer rapidement un projet quand le besoin s'en fait sentir, sans perdre du temps par l'interminable circuit des CDEC. Paradoxalement, cela pourrait même être bénéfique et faire baisser les coûts d'installation des nouveaux entrants. Actuellement, la législation de l'urbanisme commercial sert clairement de barrière à l'entrée. Pour monter un réseau de toute pièce, il faut avoir les moyens et mettre un paquet d'argent sur la table (du fait des retards et des coûts provoqués par le système).

Finalement, les groupes leaders de la grande distribution sont satisfait de la législation. Leur réseau existe, la France est saturée de grandes surfaces (et d'ailleurs, ce n'est plus là que les grands distributeurs investissent, mais en Chine, en Inde, en Amérique du Sud), ils ont un peu de marges pour paufiner leur implantation. Si on pouvait maintenir cette barrière à l'entrée, qui bloque l'arrivée de concurrents, c'est parfait.

Ils été entendus, puisque la fameuse "réforme" se contente de supprimer les abus les plus criants, et encore sous la pression de Bruxelles, en sortant les représentants des chambres de commerce et de chambre des métiers des CDEC (où ils étaient quelque part juges et parties), et en y renforçant le poids des élus. On passe aussi le seuil d'autorisation de 300 à 1000 m². On donne ainsi satisfaction aux hard discount. Et comme cela, tout le monde est content et on continue avec l'emplare sur un jambe de bois. Un seul couillon dans l'affaire, le consommateur...

mardi 29 avril 2008

Business is business

Certains drapeaux tibétains brandies lors de manifestations en occident, étaient fabriqués en Chine. Le patron de l'atelier de confection chinois se retranche derrière son ignorance de la signification de ce bout de tissu. Il l'aurait su, aurait-il cessé la production ? Sans doute pas, il aurait juste pris les précautions nécessaires pour ne pas se faire prendre.

Par contre, une information ne figure pas dans l'article, c'est le nom du commanditaire étranger. Lui ne pouvait pas ignorer l'existence d'un problème entre la Chine et le gouvernement tibétain en exil, ne serait-ce que par l'augmentation des ventes de drapeaux tibétains. Cela ne l'a visiblement pas arrêté, les chinois étant les moins chers. Les affaires sont les affaires, la politique, ça ne doit pas être son truc !

Qui parlait de boycott déjà ? Ah oui, ceux qui brandissaient des drapeaux tibétains dans les rues de notre Occident si prompt à la manifestation de sa bonne conscience.

mdr

Gouvernement off

Via mon collègue l'assistant parlementaire, qui a plus de temps que moi pour la veille internet, je découvre cette initiative de "surveillance" des députés. Un site de plus à essayer de faire des classements dignes des newsmagazines.

Marianne 2 en fait la promo, de manière assez amusée et finalement lucide. Un site de militants de gauche, qui veulent pointer toutes les erreurs du gouvernement, quitte à en trouver là où il n'y en a pas ! C'est également comme cela que je le vois, même si mon coté démocrate me dit qu'ils peuvent être utiles, à condition d'avoir un minimum de bonne foi. Pour leur souhaiter la bienvenue, une petite leçon des choses de l'Assemblée, et notamment sur la pertinence de leurs critères d'activité.

Le vote des députés. La plupart des votes ont lieu à main levée, dans l'hémicycle. Le président compte, déclare l'amendement adopté ou rejeté et on passe au suivant. Si vous n'êtes pas dans les tribunes du public, vous ne saurez jamais qui était là et qui a voté quoi. Et ça représente plus de 95% des votes. Parfois, on vote sur des amendements par "scrutin public". Seul le président de groupe ou son délégataire peut le demander. C'est souvent demandé pour les sujets politiquement sensibles. Les députés votent alors de leur place, en appuyant sur l'un des trois boutons (pour, contre, abstention). La période de vote dure 30 secondes, c'est à dire qu'on a juste le temps d'appuyer sur son bouton et éventuellement sur celui de son voisin avec son autre main, mais pas plus. Ne s'affichent que les noms des députés qui ont voté différemment de la majorité de leur groupe. Si vous avez 10 UMP qui ont voté pour et 8 qui ont voté contre, seuls les noms des 8 contre sera affichée, pour le reste, vous saurez qu'il y avait 10 autres députés UMP à avoir participé au vote. Et encore, ces listes sont faussées par le fait que les députés peuvent avoir une délégation de vote (donnée par le groupe ou "sauvage" comme décrit plus haut) et donc votent pour un absent. En cas de délégation donnée par le groupe, les boutons des deux députés sont couplés pour la séance, ce qui fait que le présent ne vote qu'une fois, pour lui, et que le député "couplé" vote exactement la même chose. Le groupe doit donc faire très attention à qui il donne des délégations, car il suffit que dans la soirée, un député (qu'il soit UMP ou PS, c'est la même chose) vote contre son camp, il entraine avec lui celui dont il a la délégation de vote. Cela peut donner des surprises désagréables, quand l'absent est informé, après coup, de son vote...

Sur le critère du nombre d'amendements, là aussi, ça n'a pas de sens. Un député peut cosigner des amendements autant qu'il veut, ça lui prend 10 secondes, soit pour signer la feuille, soit pour dire à son collègue auteur de l'amendement qu'il est d'accord (parfois, ça se fait à la buvette ou au détour d'un couloir). Il arrive même, le groupe parlementaire ait délégation pour faire cosigner automatiquement. C'est le cas des députés verts, dont les amendements sont souvent cosignés par les quatre verts (Cochet, Mamère, Billard, de Rugy). Si on veut prendre les amendements comme critères d'activité, ce n'est pas les cosignataires qu'il faut pointer, mais les auteurs des amendements. Écrire un amendement demande un peu plus de travail (sauf quand un lobby vous l'a envoyé par mail, tout rédigé) et surtout, cela suppose d'être présent pour le défendre, et là, c'est vraiment du boulot. Quand on prend la parole dans l'hémicycle, on a intérêt à savoir ce qu'on dit, car sinon, on se fait vite remettre en place par ceux de l'autre bord qui maitrisent le sujet. Enfin, dernière remarque, c'est facile pour l'opposition de faire des amendements. D'abord, ils savent qu'ils n'ont que peu de chances de passer et surtout, ils n'ont que ça à faire. Tous les postes à responsabilité (ou presque) sont occupés par la majorité. Toutes les réunions où les choses se décident, ils en sont absents. Ils sont peu reçus dans les ministères. Faire des amendements et des questions écrites, voilà ce qu'ils peuvent faire pour s'occuper, avec les réunions de groupes d'études et de groupes d'amitié.

La surveillance du travail des parlementaires (n'oubliez pas les sénateurs) est pourtant oeuvre utile, saine et profondément démocratique, à laquelle je m'efforce d'apporter ma pierre. Je suis tout disposé à collaborer à un site dédié à cette activité, qui soit réellement non partisan, comme par exemple celui de l'ACLU, que cite fort justement l'assistant parlementaire comme modèle à suivre.

La négociabilité des conditions générales de vente

La négociabilité des conditions générales de vente, kézako ? Lorsqu'un fournisseur propose un produit, il le fait sous certaines conditions. Il fixe son prix, ses modes de livraison, les modes de paiement acceptés. Actuellement, l'acheteur prend ou laisse, en bloc. Les conditions générales de vente ne sont pas négociables. Cette règle a été fixée pour éviter les discriminations entre acheteurs. A tel gros, on va faire une remise, parce qu'on est en position de faiblesse (la PME face à la grande distribution par exemple), au petit, on va charger la barque, histoire de se refaire, car là, on est davantage en position de force. La non négociabilité des CGV est aussi destinée à protéger le faible face au fort, du moins en principe. Dans les faits, la grande distribution a trouvé d'autres moyens pour pressurer ses fournisseurs. Puisque l'on ne peut pas négocier sur les prix, on va négocier sur autre chose. Sur la coopération commerciale par exemple. Le fait de mettre (ou de ne pas mettre) un produit en tête de gondole, de le mettre sur le rayon à hauteur des yeux ou au contraire tout en bas, cela influe sur le volume des ventes. Les fournisseurs ont très rapidement eu a payer pour ne pas être "saqués". C'est ce que l'on a appelé les "marges arrières", par opposition aux marges "avant" qui sont les marges "classiques (différence entre le prix d'achat et le prix de revente). Parfois (souvent même) ces services de coopérations commerciales étaient très "light" par rapport au prix payé, voire parfois inexistants. Bien que pénalement répréhensible car s'apparentant au racket, cette fausse coopération commerciale fleurissait, les pauvres fournisseurs n'osant pas se plaindre.

Plusieurs lois ont tenté de règlementer ces pratiques, rien n'y fait, les distributeurs étant toujours en position de force, leur imagination est sans limite pour pressurer leurs fournisseurs. La dernière mode, c'est l'abus des pénalités. Le camion est en retard d'une demi heure, pan, pénalité. Un produit sur les 100 contenu dans la camion est abimé, pan encore une pénalité, le tout déduit sur la facture. Inutile de dire que nombre de pénalités sont totalement injustifiées, mais difficile de se plaindre, car à chaque fois, ce n'est pas grand chose, mais cela devient vite important en additionnant les pénalités. Les pouvoirs publics ont fini par prendre acte de l'impossibilité de régler le problème de "l'arrière". L'idée est donc de ramener les négociations vers l'avant, plus facile à contrôler car portant sur un élément objectif et vérifiable, le prix. Et en plus, on peut plus facilement faire pression sur le distributeur pour qu'il répercute sur les consommateurs les ristournes obtenues des fournisseurs.

Des négociations dures et tendues ont eu lieu sur le sujet, avec un accord, presque miraculeux, entre fournisseurs et distributeurs. Les fournisseurs acceptent la négociabilité des conditions générales de vente (en fait, surtout le prix), mais les ristournes concédées doivent faire l'objet de contreparties de la part des distributeurs (par exemple des achats en quantité garantie, des engagements d'achat sur une certaine durée...). Entre le moment où cet accord a été conclu sous l'égide de Bercy et la sortie du texte, des "visieyrs du soir" sont passés à l'Elysée et ont obtenu de Sarkozy la disparition des "contreparties". Le texte tel qu'il va être soumis au Parlement laisse la négociation libre. Le renard Michel-Edouard Leclerc, libre dans un poulailler dont Sarkozy vient de refermer la porte après que les poules y soient rentrées avec l'assurance que la porte reste ouverte.

L'affaire va maintenant se jouer devant le Parlement, les fournisseurs, pour une fois tous unis, sont bien décidés à faire rétablir l'obligation de "contreparties" (ce mot, et pas un autre) comme condition sine qua non de la négociabilité des conditions générales de vente. On va sans doute assister à un grand moment de lobbying !

lundi 28 avril 2008

La modernisation de l'économie

Christine Lagarde vient de présenter sa grande loi de "modernisation de l'économie". Un gros texte, assez touffu, qui souhaite relancer la croissance en "libéralisant", c'est à dire en faisant sauter le maximum de verrous.

Le premier volet porte sur les entreprises, avec toute une série d'améliorations comme le lissage des effets du franchissement des seuils. Plein de choses changent financièrement et accessoirement socialement quand vous passez de 9 à 10 salariés et de 49 à 50. Cela peut être un frein à l'embauche. Sans supprimer les obligations, le projet de loi prévoit d'étaler et de différer les effets pour les rendre indolores. Le texte prévoit un statut pour "l'auto entrepreneur", terme baroque pour désigner en fait les personnes salariées ou retraités qui ont, en plus, une petite activité annexe. En dessous de certains seuils de revenus, on les dispense de pas mal de formalités administratives et fiscales (avec mise en place de prélèvement libératoires). Là encore, le but est de favoriser l'activité, et surtout, sa déclaration officielle, car trop souvent, les choses se font "au black", soit par peur d'ennuis à cause du cumul pas forcement autorisé (genre cumul emploi-retraite) soit pour des raisons fiscales ou par souci de ne pas "s'emmerder avec la paperasse". Une mesure importante, bien que peu glamour médiatiquement, vise à faire baisser les délais de paiement. Important quand on sait que la première cause de mortalité des PME, c'est la défaillance de trésorerie. C'est d'autant plus rageant quand l'activité tourne, que le carnet de commande est plein, et que l'on se retrouve en cessation de paiement parce qu'un gros client a oublié de payer, alors que l'URSSAF, elle, n'oublie jamais de passer en temps et en heure. On peut avoir des reports une fois, deux fois, et puis un beau jour, le banquier dit STOP, fini le découvert. Et c'est la cessation de paiement. Sur le volet entreprise, la loi cherche à permettre aux entrepreneurs qui n'ont pas eu de chance (ça arrive) d'obtenir une deuxième chance, sans être plombé pendant des années par un premier dépôt de bilan (pour une défaillance de trésorerie par exemple).

Le deuxième volet est plus "consommation", et c'est naturellement vers lui que se jettent voracement les médias. On y trouve une réforme des Soldes (bien timide), la création d'une nouvelle autorité de la concurrence (un super conseil de la concurrence) et surtout, deux mesures qui vont focaliser la bataille, la négociabilité des conditions générales de vente et la réforme de l'urbanisme commercial. Pour Libé, le texte semble se limiter à ces deux sujets. Le but est de mettre davantage de concurrence, notamment entre les grandes surfaces, pour qu'au final, les prix baissent. Si la réalité pouvait être aussi simple, et surtout, pouvait se faire d'un simple coup de baguette magique ! Le troisième et la quatrième volets sont moins "lourds politiquement". On y trouve quelques mesures pour favoriser le haut-débit, l'attractivité de la France à l'étranger, sur les brevets, réforme du Livret A (le gros morceau de cette fin de texte) et enfin, modernisation de la place financière de Paris.

C'est un texte avec pas mal de contenus, plus des ajustements que des réformes radicales, qui mérite d'être analysé au delà des mesures phares. C'est plein de petites dispositions qui vont vers une plus grande "libéralisation" de l'économie. On est en plein dans l'esprit RGPP, avec cette volonté d'élaguer, de supprimer des formalités, des contraintes pour les entreprises, dans le but de développer leur activité. C'est davantage cet aspect qui m'intéresse, car les vraies novations sont là. Les autres grandes réformes annoncées, concernant la grande distribution, ses rapports avec le fournisseurs, ne sont en fait que des réformettes dès l'origine, sans souffle et sans audace (j'aurai l'occasion de développer davantage) qui vont se finir édulcorées par des dispositions bâtardes et des compromis boiteux négociés à la hâte en séance de nuit. Il y a encore un beau stock de malfaçons en vue.

De la difficulté d'être ancien ministre

Laurent Fabius souhaite créer un "fond souverain" dépendant de l'Etat français, afin d'être un peu le bras armé de l'Etat sur les marchés financiers, à l'image de ce que pratiquent les chinois ou les monarchies pétrolières, mais aussi la Norvège.

La proposition part du constat que l'Etat est un bien piètre stratège économique, trop dans l'instant et les besoins du moment et n'a aucune stratégie industrielle. C'est l'ancien patron de Bercy qui parle, qui sait que son ancien ministère est toujours à l'affut de l'argent qui dort, et que les "stratégies à long terme" ne sont pas son fort. Quand on voit le bilan de l'Etat-actionnaire, on ne peut qu'approuver ce constat et la volonté de mettre en place des "outils pertinents". Laurent Fabius propose de partir de la base que constitue la Caisse des dépôts et consignations pour constituer ce nouvel outil "fond souverain", au service d'intérêts "éthiques". En apparence séduisante, cette idée de Laurent Fabius n'est en fait que du vent. Pas dans le constat, mais dans la proposition.

Premier problème, pour constituer un fond souverain, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Les norvégiens et les monarchies du Golfe ont pu créer leurs fonds souverains à partir des revenus du pétrole. Les chinois peuvent aussi le faire, vu la masse gigantesque des flux qu'ils génèrent, ils peuvent bien en mettre un peu de coté et ça donne rapidement des sommes colossales. Mais en France, avec quoi va-t-on alimenter ce fond souverain. Avec nos idées ? Parce qu'à défaut de pétrole, je ne vois pas comment faire ! Et vu l'état de nos finances publiques et de notre dette, je vois mal comment dégager des fonds sur le budget de l'Etat. Laurent Fabius propose de l'alimenter par des privatisations (oui, il est socialiste...) et des cessions immobilières de l'Etat. Il faudrait qu'il me fasse la liste de ce qui reste à vendre, mais à mon avis, ça ne va pas chercher loin, à moins de privatiser EDF la SNCF et je ne sais quelle grande entreprise publique !

Second problème, se baser sur la caisse des dépôts et consignations. Cette honorable vieille dame est fort riche, a une notation financière AAA qui est la note de solvabilité maximale, mais serait bien incapable de jouer le rôle de fond souverain. D'abord, elle n'a pas les fonds suffisants en cash pour se lancer dans des opérations de grande ampleur. Et l'Etat n'arrange rien, en prélevant tous les ans le tiers de son bénéfice pour alimenter les caisses de l'Etat. Et si les fonctionnaires de Bercy pouvaient en rafler encore plus, ils ne se priveraient pas. Ils essayent d'ailleurs de temps en temps, avec plus ou moins de succès. Ensuite, sur l'origine des fonds, il y a problème, car la base de la caisse des dépôts et consignations, c'est de l'argent "à protéger" : celui des notaires, du livret A, des fonds de retraites par capitalisation. Bref, de l'argent qu'il n'est pas souhaitable d'aller investir pour recapitaliser une banque française ayant laissé la bride au cou de ses traders (pour prendre un exemple récent). La caisse des dépôts et consignations joue actuellement un rôle d'arrosoir à subventions locales auquel les élus locaux ne sont pas prêts à renoncer. La Caisse a des antennes régionales qui jouent un rôle non négligeables dans les projets non rentables mais utiles à l'aménagement du territoire, dans le financement à long terme des PME, dans le développement des technologies "durables". Elle est également très présente dans le logement social, comme propriétaire, mais aussi comme financeur. Une grande partie des fonds en actions sont investis sur le long terme. La caisse des dépôts est ce que l'on appelle un "zinzin", un investisseur institutionnel, présent au capital de beaucoup d'entreprises du CAC 40. Ce rôle de stabilisation du marché, de soutien "national" aux entreprises, elle le joue déjà, par le biais de ces participations "longues". La Caisse n'est pas du genre à faire des aller-retours de quelques mois dans le capital d'une entreprise. Quand elle y entre, c'est pour longtemps, et quand elle en sort, cela demande parfois des négociations délicates, car vu les sommes en jeu, il faut trouver un remplaçant dans le capital. Quand la caisse des dépôts a claqué la porte de la caisse d'épargne, où elle possédait 35% du capital, elle est repartie avec 6 milliards d'euros, dont une partie en cash et l'autre en actifs immobiliers.

Troisième obstacle, l'Europe, qui verrait d'un très mauvais oeil une telle initiative. Au nom d'un certain nombre de dogmes, l'Union Européenne déteste les interventions de l'Etat sur les marchés. Il est aujourd'hui impossible de nationaliser, sauf risque de faillite imminente, et encore avec désengagement annoncé de l'Etat une fois que la situation s'améliore. Un fonds souverain, chargé d'intervenir au sein d'entreprises industrielles, comme un faux nez d'un Etat, cela n'a aucune chance de passer l'obstacle Bruxelles ! Pour ceux qui l'auraient oublié, la Norvège ne fait pas partie de l'Union Européenne, elle peut donc avoir son fond souverain. S'il espère tromper quelqu'un avec les "intérêts éthiques" que défendraient ce fond, c'est qu'il est franchement naïf. La France, si elle le voulait vraiment, n'aurait aucun mal à financer de l'éthique, pas besoin d'un fond souverain pour cela.

Ces trois obstacles, Laurent Fabius ne les ignorent pas. Il a trop de connaissance du sommet de l'Etat. Quand on est ancien premier ministre et ancien ministre des Finances, on ne peut pas raconter n'importe quoi, car on ne peut pas invoquer l'inexpérience ! Sa proposition n'est pas sérieuse, et cela se voit encore plus quand on lit, sous sa plume qu'il faudrait accompagner cette création d'une "politique monétaire européenne beaucoup plus pragmatique qu'aujourd'hui". Vu comment Trichet à envoyer ballader Sarkozy sur le sujet, je doute que Laurent Fabius obtienne de meilleurs résultats avec les autistes doctrinaires qui dirigent la BCE. Bref, du flan pour congressistes socialistes, où l'expérience et la compétence servent à masquer l'ineptie du fond. Mais au moins, il y a du fond, ça change d'autres.

vendredi 25 avril 2008

A la gnose comme à la gnose

La Gnose est un courant philosophico-religieux très ancien, qui plonge ses racines en Mésopotamie. On trouve dans toutes les grandes religions un courant "gnostique".

L'une des bases de la Gnose, c'est la connaissance, la conviction que derrière les choses que tout un chacun peut voir, il y a des sens cachés, des messages que seuls quelques initiés connaissent, au terme d'un très long parcours. Je suis en train de lire l'excellent ouvrage de la Pleiade récemment paru sur les écrits gnostiques chrétiens (les fameux écrits de Nag Hammadi). S'ils n'ont pas fait florès dans l'église officielle, ils refleurissent régulièrement dans le monde chrétien, sous des formes parfois un peu différentes. Dans le monde juif, la gnose s'est ancrée de manière plus profonde et marquante, avec la Kabbale. Dans le monde musulman, on retrouve la gnose à la base du soufisme.

Jamais on ne pourra déraciner ce courant, car il flatte la vanité humaine en donnant à certains le sentiment de faire partie d'une élite, le petit groupe des initiés. La tradition chrétienne n'ayant pas été accueillante pour les gnostiques, il n'existe pas véritablement d'espace reconnu où elle soit pratiquée par des personnalités de haute volée intellectuelle (contrairement à la Kabale juive qui ne se réduit pas à cela). Mais elle est reste sous jacente dans l'imaginaire collectif. Le succès phénoménal du Da Vinci code, polar de bonne facture sans être exceptionnel, ne peut s'expliquer que par cela : avoir su jouer sur ce vieux courant de pensée. Signe de la force de ce courant, nombre de gens croient ou ont cru que les élucubrations sorties de l'esprit de l'auteur étaient véritables !

Aujourd'hui, ces amateurs de recherche des "secrets cachés connus seulement de quelques uns" sont particulièrement actifs concernant les attentats du 11 septembre. C'est quelque part logique, car c'est un évènement profondément traumatisant, difficilement acceptable. Tomber dans la théorie du complot à ce sujet est un moyen de refuser les implications de cet évènement, de refuser ce qui peut apparaitre comme le début du déclin de l'occident.

Vouloir dialoguer avec ces gens, comme tente de le faire Versac, est totalement inutile. Ils sont dans une autre rationnalité, dans une pensée circulaire, organisée pour ne surtout pas se remettre en cause et apporter à ceux qui la tiennent les satisfactions d'ego qu'ils recherchent plus que tout.

Alors, ça vient ?

Le programme de travail du parlement est très chargé, ce n'est pas nouveau. Pourtant, il y a des textes qui sont annoncés à grands renforts de comm', et que six mois après, on attend toujours. C'est le cas par exemple de la fameuse "Loi Olivennes" sur les téléchargements sur internet, et surtout du Grenelle de l'environnement. Pour l'instant, plus de son, plus d'image !

Ces deux exemples illustrent parfaitement l'une des limites de la méthode Sarkozy. Sur ces deux thèmes, le président de la République a lancé une "consultation", entre lui (ou le ministre en charge du dossier) et les acteurs socio-professionnels et associatifs. Le but était d'arriver à un accord "politique", largement médiatisé. Les décisions sont prises, l'essentiel est fait (enfin du moins, c'est le message), reste à régler les détails techniques dans un texte de loi. Mais cela coince pourtant sur les détails, car la démarche de Nicolas Sarkozy est en fait intrinsèquement viciée.

Pour la loi Olivennes, l'accord signé dans les salons de l'Elysée l'a été à l'arrachée, en forçant quelque peu la main de certains, convoqués la veille pour le lendemain avec en arrière plan le message que leur absence serait mal vue. Ils sont tous venus, ils ont tous signé, le président a pu faire son show. Et lorsqu'il a fallu travailler sur les "détails techniques", les désaccords ont resurgi, d'autant plus facilement que l'accord "politique" était quasiment extorqué pour certains. Et là, pas possible de refaire le coup de la convocation à l'Elysée, car les points en litige étant très techniques, ce n'est pas "médiatisable". Le gouvernement a bien un texte prêt, mais qui n'a pas le soutien plein et entier du milieu professionnel concerné et qui suscite la franche hostilité des internautes. Si c'est pour que l'examen parlementaire tourne au cauchemar comme pour la DADVSI, ce n'est pas la peine d'y aller.

Sur le Grenelle de l'environnement, la problématique est légèrement différente. L'accord entre les partenaires, le gouvernement et les ONG est beaucoup plus solides. Les compromis et les conclusions sont réellement validées. Mais il y a deux obstacles. Le premier est la complexité technique de la mise en oeuvre. Les décisions prises sont "politiques", leur transformation en mesure techniques s'est avéré long, très long, et une partie des "conclusions" sont restés à quai. Le gouvernement n'a travaillé que sur les plus faciles à mettre en oeuvre, et encore, il a eu du mal. C'est le problème habituel de la complexité de notre système juridique : contraintes européennes, contraintes constitutionnelles (dont l'autonomie des collectivités locales), foisonnement brouillon des normes. Pour ceux qui s'y connaissent un peu, le droit de l'environnement, c'est coton !

Le deuxième souci du Grenelle de l'environnement, le plus grave, est politique. Dans l'affaire, les parlementaires ont été complètement écartés. Le Grenelle de l'environnement s'est fait sans eux et ils n'ont pas aimé du tout. Ils ne se sentent donc pas liés, ni par la démarche, ni par le contenu. Et ils l'ont fait clairement sentir lors de l'examen du texte sur les OGM, en montrant qu'ils sont un passage obligé. Exclure les parlementaires des accords politiques, c'est s'exposer à voir les voir désossés et dénaturés au parlement. Le "sabotage" du texte OGM était un engagement de NKM vis-à-vis des ONG écolos. Si la discussion du projet de loi "Grenelle de l'environnement" prend la même tournure, on peut comprendre que le gouvernement ne soit pas pressé de le désposer sur le bureau des assemblées. Il va sans doute falloir un long, très long travail de déminage...

De Gaulle disait, en parlant des conditions économiques nécessaires à la mise en oeuvre de ses décisions : "l'intendance suivra". Oui, mais des fois, l'intendance ne suit pas, et c'est plus prudent, avant de se lancer, de s'assurer que l'intendance suivra !

jeudi 24 avril 2008

Arrêtons le misérabilisme

La condamnation de Ségolène Royal a déclenché une vague d'intérêt médiatique pour le sort des assistants parlementaires. Je croule sous les demandes d'interviews qui ont triplé (passant de 0 à 3). Une interview sur France 3, une autre , une troisième pour le bleu de profession politique. Dans le même temps, tout le monde y va de son couplet misérabiliste sur les "pauvres assistants martyrisés", sur les "méchants patrons exploiteurs", genre Backchich ou Médiapart. Bien souvent, les journalistes s'abreuvent à la même source, celle qui se donne le plus de mal pour être visible, le syndicat UNSA, qui justifie son existence par ce discours misérabiliste. De temps à autres, ils picorent dans les sources qu'ils trouvent sur le web, notamment moi, et surtout mon collègue l'Assistant parlementaire. Je signale aux journalistes qu'il existe des associations de collaborateurs, bien plus représentatives que le syndicat, qui jouent aussi un rôle de défense des intérêts des collaborateurs. Pour l'Assemblée nationale, à droite, il y a l'AFCP (présidée par Pascal Favre, collaborateur d'Yves Bur) et à gauche le CCAP. Il ne me semble pas les avoir beaucoup entendus.

Il faut arrêter de regarder les choses uniquement par le biais des conflits, des malheurs. Il y a nettement moins de suicides au Parlement, les deux chambres réunies, que dans les technocentres des constructeurs automobiles. Des conflits du travail, des licenciements abusifs qui se terminent aux prudhommes, il y en a, mais pas plus qu'ailleurs. Bien entendu que je ne sais pas tout, que ma connaissance du sujet se limite à mon cercle, mais enfin, je commence à connaitre du monde dans les couloirs de l'Assemblée et je n'ai pas tant que cela de retours négatifs. Quand cela se passe moins bien, le collaborateur cherche autre chose et s'en va, soit avec un autre parlementaire, soit ailleurs (dans les cabinets de lobbying notamment). Ca bouge suffisamment pour que l'on ait pas trop de mal à se recaser. Les principales plaintes des assistants portent sur les salaires, comme partout, et sur les mesquineries et obstacles que nous mettent les fonctionnaires de l'Assemblée. La plupart se sentent très bien avec leurs parlementaires !

Les relations entre les députés et les collaborateurs ne sont pas mauvaises. Ce sont très souvent des gens de valeur, et s'il y a quelques caractériels (voire un ou deux tarés), il y en a beaucoup qui sont absolument charmants, agréables et avec lesquels tout se passe merveilleusement. Les députés sont conscients d'avoir besoin de nous. Ceux qui veulent travailler et s'investir sur les dossiers législatifs ne peuvent pas de se passer d'un assistant, et s'ils en veulent un de qualité, ils savent qu'il faut bien le payer et bien le traiter. Sinon, ils n'auront que des brels. Ils savent aussi qu'ils ont une réputation, que celui qui passe pour un caractériel, un exploiteur ou un pingre aura du mal à recruter et à conserver ses collaborateurs. Comme dans toute entreprise, et encore plus pour les TPE (car un cabinet parlementaire est une TPE) le turn-over est mauvais, car à chaque fois, il faut former le nouveau, il faut qu'il entre dans les dossiers.

C'est vraiment pénible qu'à chaque fois qu'ils abordent un sujet, certains journalistes cherchent à faire dans le sensationnel, dans l'émotion. Ils semblent incapables de rendre compte de ce qu'est réellement une profession, préférant tordre la réalité, la présenter sous un biais particulier, parce que c'est ce qu'attend le public, et que pour vendre du papier (ou de l'abonnement à 9 euros), il faut donner au public ce qu'il attend.

Du licenciement des assistants parlementaires

Médiapart vient de publier un article sur le licenciement des assistants parlementaires. N'étant pas abonné, je n'ai eu accès qu'aux commentaires (on me l'a gentiment fait parvenir par mail privé) qui ont été fait sur cet article par d'autres blogs, ainsi qu'à la "source" de médiapart. Ce document, je l'ai eu aussi eu entre les mains à la fin de la précédente législature, elle ne m'a pas choqué et ne me choque toujours pas ! Certains pourraient avoir en tête l'idée que les questeurs de l'époque ont "organisé les charrettes" en conseillant aux parlementaires de licencier leurs collaborateurs pour motif personnel juste avant la fin du mandat. Cette interprétation, donnée par le syndicat UNSA et reprise complètement par Médiapart, est fausse !

Les députés ont une enveloppe, versée par l'Assemblée nationale, pour rémunérer leurs collaborateurs. La relation entre les députés et leurs assistants est une relation directe et de droit privé. L'assemblée nationale fournit l'argent et offre une prestation à titre gratuit, pour la gestion des formalités (fiches de paie, paiement des cotisations sociales...) qui sont normalement assurées par un comptable ou un expert comptable dans le privé. Les députés peuvent choisir de ne pas accepter cette offre de gestion. Ils sont alors, dans le jargon administratif de l'Assemblée "en gestion directe". L'Assemblée leur verse alors l'enveloppe, majorée de 50% pour les cotisations sociales et le député se démerde. Il y en a une douzaine, tout au plus, à être en gestion directe. Pour tous les autres, en cas de souci, il faut aller s'adresser au service des affaires financières, au sixième étage du 233 boulevard Saint-Germain.

Le contrat de travail de l'assistant est donc lié au mandat de député. Plus de mandat, plus d'enveloppe "assistant", donc plus de moyen de payer. La cessation du mandat est donc une cause légitime de résiliation du contrat, c'est inscrit en toutes lettres dans les contrats type proposés par l'Assemblée nationale aux députés : "Les parties reconnaissent expressément que la cessation, pour quelque cause que ce soit, du mandat du député employeur, constitue une juste cause de résiliation du contrat, le salarié bénéficiant alors des indemnités légales de rupture auxquelles s’ajoute une indemnité dite de précarité (...)". Cette disposition est logique et le licenciement est automatique.

Dans cette lettre, les questeurs rappellent qu'en cas de réélection du parlementaire, le contrat est automatiquement reconduit, et qu'il n'est donc pas possible d'arguer de la fin de la législature pour larguer ses collaborateurs au mépris de la législation sociale. Bien entendu, un député réélu peut toujours licencier son collaborateur en début de législature, mais c'est un licenciement "ordinaire". Dans le deuxième paragraphe, les questeurs n'appellent pas les députés à licencier leurs collaborateurs pour motif personnel. Ils rappellent que la fin de mandat entraine, de plein droit la résiliation du contrat, et que cette rupture est assimilée à un licenciement, pour permettre au collaborateur de toucher les indemnités chômage ! Les questeurs précisent qu'en plus, le collaborateur qui perd son contrat est payé jusqu'à la fin du mois (pour des facilités comptables) et que ce petit rab de salaire est considéré comme "paiement pendant la période de préavis". Cela permet en plus de respecter la législation sociale. Le fait que cette rupture soit assimilée à une rupture pour motif personnel est également logique, car il ne s'agit pas d'un licenciement économique (pas la même procédure).

En juin 2007, j'ai connu quelques collaborateurs qui ont eu un choc violent le dimanche soir, quand ils ont vu que leur député, qu'ils pensaient réélu dans un fauteuil, s'est fait battre pour quelques centaines, voire dizaines de voix. Si ce supplément de salaire n'existait pas, ils se seraient retrouvés sans salaire et sans couverture sociale dès le mercredi suivant, date de fin officielle de la législature. Un peu court pour se retourner et aller s'inscrire aux ASSEDIC et à l'ANPE, ou pour retrouver un autre parlementaire.

Le courrier envoyé par les questeurs est donc un simple rappel de la règle, en apportant des précisions qui permettent à chacun de savoir ce qu'il va devenir et de s'organiser en conséquence. Pendant cette période angoissante qui précède les élections, où on ne sait pas forcement de quel coté les choses vont basculer, ce genre de rappel clair et précis est très appréciable.

mercredi 23 avril 2008

Quelles conséquences pour Elkabbach ?

Jean-Pierre Elkabbach vient de commettre une faute professionnelle, en lançant sur Europe 1 l'annonce de la mort de Pascal Sevran. Malgré toutes les circonvolutions, il porte une responsabilité directe et personnelle dans cette annonce (prématurée malheureusement car Pascal Sevran ne va pas bien).

Que v-t-il lui arriver ? rien. Il va battre sa coulpe pendant deux jours et ensuite, c'est reparti. Aux USA, il aurait été débarqué, à juste titre. Cette inertie française est d'autant plus grave que ce même personnage se permettait, il n'y a pas encore longtemps, de donner des leçons de déontologie journalistique ! Il ne s'applique même pas les principes qu'il préconise pour les autres et il ne se passe rien ! comment voulez vous que les autres journalistes fassent l'effort de se tenir à une éthique et à une déontologie exigeante.

Accessoirement, la réaction d'Elkabbach et de bien des journalistes montre qu'ils n'ont pas intégré les nouvelles données de leur profession liées à la montée en puissance d'internet. Il va bien falloir que les journalistes se mettent dans la tête que la chasse au scoop, ce n'est plus leur rôle. Ils ne sont pas en mesure de jouer à ce jeu. Auparavant, le jeu se limitait à qui sortirait l'info en premier parmi les médias. Internet a changé la donne en faisant exploser le nombre d'acteurs susceptibles de participer au jeu. Et nombre de ces nouveaux acteurs n'ont pas les contraintes des grands médias traditionnels, que ce soit les contraintes liées aux règles professionnelles ou propres aux supports de diffusion. Et encore, cette dernière contrainte n'en est pas une, car la plupart des "scoop" sont sortis sur les sites internets de journaux.

Par contre, ces médias traditionnels (quel que soit leur support de diffusion, Médiapart, Rue89, Arrêt sur images se rattachant à cette catégorie) ont un rôle majeur à jouer, celui d'apporter de la matière, de l'analyse, car souvent, le scoop sorti de nulle part sur internet n'est qu'une info brute, l'énoncé d'un fait. Internet se contente de relever, mais n'est pas en mesure d'analyser, de donner toute sa portée à l'info faute de moyens humains. Les médias traditionnels commencent par vérifier, car effectivement, tout circule sur internet et il faut faire la part du vrai. Ensuite, ils développent, expliquent (ou font expliquer par ceux qui maitrisent le sujet et ne diront pas trio de conneries). Ils doivent avoir le temps, se donner le temps de faire ce travail qui est de plus en plus celui qu'on attend d'eux. Il est également indispensable qu'ils soient prudents, car ce rôle nécessite de préserver leur capital immatériel le plus important, leur crédibilité. Certes, c'est moins valorisant pour le journaliste que d'être celui qui aura sorti le scoop et qui se retrouve ainsi "en pleine lumière". Mais le métier change, il faut s'y adapter et visiblement, les "dinosaures" que ce soit Jean Pierre Elkabbach ou Airy Routier semblent avoir du mal.

mardi 22 avril 2008

Rémunérer les contenus

Le web devient économiquement adulte. On en sent les craquements, à travers diverses affaires judiciaires, mais aussi à travers les questionnements sur la rémunération des contenus, le partage de la "monétisation", qui est encore anecdotique pour la quasi totalité des blogs, qui l'est nettement moins ailleurs.

La question qui commence à se poser avec acuité (et traitée de manière remarquable par Narvic) est celle des contenus. Le web, c'est un réseau, des tuyaux qui n'ont d'intérêt que si on y met quelque chose. Passé les premiers temps d'euphorie, où les contenus proposés sont en croissance exponentielle, arrive le temps de la maturité, où tout (ou presque) est disponible en ligne. La question majeure n'est plus de savoir si on va trouver quelque chose sur internet, mais de savoir si on va y trouver quelque chose de qualité ! On se heurte alors à la question des couts, car des contenus de qualités sont plus difficiles à produire, plus cher aussi car en terme "intellectuel", tout est dans le temps passé à produire le contenu, que ce soit de la musique, de la vidéo, du texte.

Le système de rémunération qui s'est imposé est celui du financement par la publicité. L'internaute ne débourse rien, lui donnant ainsi l'illusion de la gratuité. Ce modèle a des limites.

La première limite, technique, est l'existence de points de monétisation. Les revenus sont versés à certains points de la chaine, et la tentation de ceux qui contrôlent ces points de monétisation est de tout garder pour eux. C'est le fond du débat lancé par Narvic, qui a pris comme exemple Wikio. Mais c'est aussi le ressort principal des procès qui sont fait à dailymotion et à youtube. L'utilisation de contenus générés par d'autres entraine l'obligation de rémunérer l'auteur, surtout lorsque sa production fait l'objet d'une exploitation commerciale. C'est la base du régime juridique du droit d'auteur, qui s'applique aussi sur internet. Ce sujet ne fait qu'émerger, car jusqu'ici, les enjeux financiers étaient trop faibles pour qu'on s'en préoccupe. Mais c'est en train de changer ! La question de la redistribution des revenus générés par le web va sans doute nous occuper un certain temps, avec moult tensions, procès, engueulades et tâtonnements entre producteurs de contenus et "redistributeurs", chacun assurant un service, une valeur ajoutée qui mérite rémunération. Sur ce sujet, certains acteurs du web sont de véritables pillards. D'autres, au contraire, sont de bonne foi. C'est le cas de Wikio, qui a peut-être dépassé (involontairement) une ligne jaune, mais qui a su le reconnaitre et en tirer promptement les conséquences en ajustant son modèle. La balle est maintenant dans le camp des juges et du législateur, pour qu'ils établissent les règles du jeu de manière claire et surtout précise.

La deuxième limite, majeure à mon sens, est qu'un contenu financé par la publicité est à plus ou moins court terme, formaté par la publicité, dans la forme, mais aussi dans les contenus, qui sont sommés, soit de ne pas contredire les messages publicitaires, soit de carrément les accompagner et les appuyer. C'est le modèle en vigueur actuellement sur les médias traditionnels, il suffit de regarder TF1, où les cahiers des charges des fictions sont imposés par les annonceurs (happy end obligatoire, pas de scène de nuit, beaucoup de gros plans comme dans les publicités, censure de certains thèmes...). Je ne parle même pas de la presse écrite, où les articles sont rédigés pour plaire à un certain public (cadre urbain à haut pouvoir d'achat), comme par hasard le public que cherche à séduire les annonceurs. C'est un modèle que personnellement, je récuse, viscéralement ! Je suis peut-être rétrograde aux yeux de certains, mais l'omniprésence publicitaire est un véritable cancer "culturel" pour notre société. La quête de sens est détournée, utilisée pour générer du profit, qui servira à générer encore plus de profit. Et tout cela, pour faire quoi.

Le gros reproche (mais pas le seul) que j'adresse à ce système , c'est de zapper complètement les questions existentialistes : Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous, mais qu'est ce que je fous ici ? Consommer encore et toujours n'apporte aucune réponse à ces questions, ne satisfait pas cette faim. J'ai envie qu'existent des espaces où on traite de ces questions, et je pense que le web peut être un support. Bien entendu, je ne demande que l'ensemble du web soit "zone sans pub", c'est impossible et liberticide (on a le droit aimer la publicité et de vouloir vivre uniquement pour consommer), mais qu'il existe des zones protégées, où je suis assuré que les messages que je reçois sont "sains". Cet espace ne pourra exister qu'avec un autre mode modèle économique, où les contenus et services seront rémunérés à leur juste valeur, sans qu'il soit d'ailleurs question de rémunération financière. Je n'ai pas besoin de mon blog pour vivre, mes contenus sont sous licence CC (faudra que je le précise quelque part) et les satisfactions que je recherche sont davantage dans le plaisir intellectuel, dans la rencontre et l'échange. Je ne conçois pas la rémunération de mes contenus en termes financiers.

Fouteur de m...

Je ne sais pas si l'idée vient d'un spin doctor de l'UMP, mais elle est géniale : Eric Besson qui annonce que s'il était resté au PS, il aurait signé des deux mains la déclaration de principes qui vient d'être présentée par le PS. Et il en rajoute en insistant sur la rupture avec l'anticapitalisme et avec les ambitions révolutionnaires.

Comment mettre la pagaille dans un consensus au PS dont je sens de plus en plus qu'il est fragile, voire factice ! Ce communiqué de Besson, c'est de la provocation à l'état pur (et je m'y connais). Demain, c'est au tour de qui d'applaudir des deux mains, Jouyet ou Bockel ?

lundi 21 avril 2008

Etre crédible au PS

Moscovici tente de crédibiliser sa candidature au poste de premier secrétaire du PS. Comment fait-il ? Il tire à boulets rouges sur Sarkozy, atteignant presque le degré de militantisme partial de Besson, dans sa période apparatchik du PS. Par contre, crédibiliser sa candidature en présentant un programme, des idées, une ligne politique, vous n'y pensez pas ! Sur ce sujet, son propos se limite à "Le «remède» qu'il propose aux socialistes : «beaucoup de travail» pour être en situation d'incarner l'alternance en 2012", avec derrière une litanie de lieux communs : "Je sais ce que nous ne pouvons pas nous permettre : être paresseux intellectuellement, être attentistes parce que gagner les élections locales ne suffit pas. On ne peut pas céder non plus à la division".

Révélateur, tristement révélateur de l'état du PS, où le seul dénominateur commun est de taper sur la droite, et notamment sur Sarkozy. Pour le reste, on passe son temps à se chamailler, et l'essentiel du temps de parole est utilisé à taper sur les autres courants, sur ses rivaux. Ceux qui ont quelques idées les gardent pour eux, car ils se désigneraient comme cibles, qui tels le bouc-émissaire de Girard, qui permettrait à tous les autres de refaire provisoirement leur unité en criant "sus à l'idée neuve et à celui qui la porte".

Et il n'y a pas que chez les cadres que cela se passe comme ça. Je vous invite à faire un visite chez Dagrouik. C'est presque caricatural : il alterne avec régularité un billet où il casse le gouvernement, sur un ton militant qui ne convainc que les convaincus tellement c'est à sens unique, et les billets sur l'ambiance au PS en ce temps de préparation de congrès, qui n'intéressent que ceux qui sont au PS.

Ronald, toi aussi tu es crédible pour devenir premier secrétaire...

Elle aurait mérité mieux

Germaine Tillion s'est éteinte. Certes, on en a parlé, mais pas énormément à coté du foin médiatique auquel à eu le droit Aimé Césaire (qui méritait aussi qu'on lui rende hommage).

Cette femme est pourtant remarquable sur bien des points. Ce qui me parait le plus important chez elle est le choix de ses engagements et la force qu'elle y met. Résistante de la première heure, elle est déportée. Par la suite, elle dénonce les camps de concentration, qu'ils soient allemands ou soviétiques (il n'y a guère de différences d'ailleurs). Elle s'engage aussi contre la torture en Algérie, mais aussi contre le sort fait au peuple algérien. Elle de tous les combats contre l'oppression et le totalitarisme, sans jamais, comme beaucoup à gauche, partir en "lutte" contre des broutilles où on ne court aucun risque.

Voilà une femme qui a su ce que le mot Résistance voulait dire, et qui ne l'a jamais galvaudé. Elle avait une éthique, qui lui prescrivait de s'engager pour des choses qui lui tenaient à coeur, qui en valaient la peine, sans jamais chercher à en tirer un profit personnel. Elle a continué son activité de chercheuse, d'ethnologue, sans se lancer dans la politique, sans céder à la tentation de devenir une people. Des personnalités comme elle, il n'y en a plus beaucoup et c'est bien dommage !

dimanche 20 avril 2008

Un tournant du web français ?

Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, l'affaire Fuzz n'est pas un cas isolé, fruit d'une lubie. Une autre affaire concerne un autre client bien plus costaud, puisque c'est Wikio qui est attaqué, pour le même motif et sur le même raisonnement. Les jugements qui ne manqueront pas d'être prononcés (et qui feront sans doute l'objet d'appel) feront jurisprudence.

Narvic et Maitre Eolas développent les analyses qui me semblent les plus justes. Par leur compétence, mais aussi sans doute par leur absence "d'intérêt à l'affaire". L'issue des procès ne les intéressent intellectuellement, sans remettre en cause leur "modèle économique". Ce n'est pas le cas d'un certains nombre d'autres, qui s'acharnent, par le biais de la bonne vieille méthode Coué, à se penser "innoncents".

Au passage, Narvic pose quelques questions (vachardes) : Je me permets enfin de soulever quelques questions que vous ne me posez pas : je remarque que Wikio.fr traite de manière nettement différenciée l’information professionnelle, issue des journaux (dans la zone « Actualité » du moteur de recherche), et l’information « amateur » (dans la zone « blog »). Deux différences profondes m’interpellent : la zone « Actualités » est sans publicité. Alors que de la publicité figure sur la zone « Blogs ». Pourquoi cette différence ? Pourquoi « monétisez »-vous les billets des blogueurs, alors que vous ne le faites pas pour le contenu professionnel ? Je ne m’explique pas cette étrange différence... les réponses aux requêtes dans la zone « Actualités » renvoient directement vers les sites référencés, alors que ce n’est pas le cas dans la zone « Blogs » : la requête renvoie vers une page interne à Wikio, qui elle-même ne renvoie pas directement sur le blog référencé, mais sur une autre page interne (avec une URL propre à Wikio), où le billet de blog visé est surmonté de la « la mini-barre Wikio ». Sur la page de réponse, comme sur la « page mini-barre », Wikio propose une formule d’abonnement qui n’est pas un abonnement au fil RSS du blog visé, mais bel et bien à un service propre à Wikio (lire : sur le Wikio Blog : « Les nouvelles fonctions d’abonnement aux blogs et aux médias sur Wikio »). Pourquoi ce traitement si différent ?

Narvic a depuis, précisé et affiné son propos. Cela permet de calmer les passions et de poser calmement les questions qui comptent, en évitant de sa facher sur des points de détails finalement sans importance. Le débat était mal parti, il est maintenant recadré, sans volonté de nuire de la part de personne.

Sans qu'il y ait vraiment besoin de réponses (mais on les lira avec intérêt si elles sont données et elles sont apportées en commentaire, par Pierre Chappaz qui dément formellement les affirmations de Narvic), on se rend compte que wikio est une entreprise commerciale, à "but lucratif". Ce que demandent ces "entreprenautes" (moi aussi je veux mon procès en contrefaçon), c'est qu'on les laissent faire ce qu'ils veulent, c'est à dire avoir tous les avantages, prosaïquement se remplir les poches, sans les inconvénients, comme la responsabilité pénale ou pire, l'obligation de rémunérer ceux qu'ils reprennent, qui pourrait apporter, soit des surcoûts, soit des restrictions à leur activité. La loi ne va pas dans notre sens, changeons la loi, voilà le discours de Pierre Chappaz, qui ressemble, sur ce coup, à un ultra-libéral de la catégorie du renard libre dans le poulailler...

vendredi 18 avril 2008

La dictature du parti

Les élus socialistes au conseil général du Puy de Dôme ont réélu le président sortant, malgré l'oukase de la section locale du parti, qui en avait désignée une autre pour cette place. De ce fait, ces élus "frondeurs" sont suspendus et menacés d'exclusion du parti..

Cette décision me heurte, profondément, car elle affirme la primauté du parti sur les électeurs. Quelle est la légitimité de la section locale du Ps pour décider qui sera président du Conseil général ? Aucune, au regard des critères de notre démocratie où c'est l'électeur qui décide. Le choix du président du conseil général doit être fait par les conseillers généraux. Le "parti" peut donner des investitures, mais c'est la légitimité démocratique qui doit avoir le dernier mot.

Exclure un membre parce qu'il a fait des conneries, genre candidature dissidente qui a fait perdre le siège, ou propos plus que gênant et ne collant pas avec la ligne du parti, je comprend parfaitement. Mais exclure un élu du peuple car il refusé de voter, dans le cadre de son mandat, ce que le parti exigeait de lui, c'est une dérive inquiétante.

La révolution syndicale

Nicolas Sarkozy poursuit sa révolution tranquille du paysage syndical. Après avoir réussi (en les poussant un peu) à faire conclure par les syndicats un accord substantiel sur le contrat de travail, voilà qu'il arrive à les mettre d'accord sur la réforme de la représentativité syndicale. On est en route pour un bouleversement du paysage syndical, et donc du comportement des syndicats, qui vont apprendre petit à petit à devenir responsable. Et peut-être même qu'au bout du compte, ils arriveront à avoir des adhérents et à faire remonter le taux de syndicalisation, qui se traine pitoyablement à 8%.

Cet accord sur la représentativité est essentiel, car il réforme une situation scandaleuse, mise en place en 1966, qui donnait une "présomption irréfragable" de représentativité à 5 centrales syndicales, et en excluaient de fait tous les autres, quelques soient les évolutions du nombre d'adhérents ou les résultats des élections professionnelles et prud'hommales. La CFTC, qui représentait encore quelque chose en 1966 n'est plus aujourd'hui qu'un groupuscule, qui survit uniquement grâce à sa "présomption irréfragable" de représentativité. On comprend qu'elle puisse hurler à la mort (en compagnie de la CGC), car cette réforme va probablement l'achever. Dans le même temps, des nouveaux venus comme l'UNSA ou SUD, qui représentent quelque chose, ne sont pas reconnus. Cet accord signe la fin d'un rente de situation, d'un monopole de fait sur l'accès aux négociations sociales, et surtout au pognon !!

D'autres réformes vont suivre, comme notamment celle de la formation professionnelle. C'est un maquis inextricable où beaucoup d'intérêts syndicaux et catégoriels vont être bousculés. Viendra ensuite (ou peut être en même temps) la réforme du financement des syndicats. Là encore, on risque d'en découvrir des vertes et des pas mures. La caisse de noire de l'UIMM ne doit pas être la seule à exister. Il en sortira, je l'espère, un paysage syndical renové, où la défense des intérêts des salariés sera la véritable activité d'organisations qui auront coupé (définitivement) les ponts avec les partis politiques, où le dialogue remplace l'épreuve de force, bref que l'on se rapproche du syndicalisme d'Europe du Nord, où ça vaut vraiment la peine pour le salarié lambda d'être syndiqué.

Le communautarisme au Panthéon ?

Aimé Césaire est mort. Grand poète (sans doute, mais je ne l'ai pas lu), homme politique à l'étonnante longévité, personnalité respectée aux Antilles, c'est une figure régionale qui vient de s'éteindre. Qu'il soit célébré au moment de sa mort, c'est normal. Mais il faut garder une bonne mesure.

Des obsèques nationales, mouais. C'est un peu limite, mais bon, ça ne mange pas de pain et permet à Sarkozy de flatter électoralement les martiniquais en faisant rendre hommage par la Nation à leur "patriarche". Mais le faire entrer au Panthéon, il ne faut quand même pas pousser. La démagogie a des limites ! Et qui propose cette entrée au Panthéon : Ségolène Royal, jamais en retard pour surfer sur l'émotion. Heureusement que quelques voix s'élèvent pour rappeler qu'Aimé Césaire à certes une dimension importante, mais qu'elle est avant tout antillaise, pas nationale. Aimé Césaire, symbole d'une France "métissée". Désolé Madame Royal, mais cette "France métissée", que vous et vos semblables de gauche portez aux nues, ce n'est pas la mienne ! Il faut réserver le Panthéon à ceux qui ont une dimension véritablement nationale, à ceux qui sont reconnus comme des symboles par la Nation toute entière.

Ce projet de faire entrer une figure communautaire (aussi respectable soit-elle) au Panthéon me hérisse car on touche là un symbole. Le problème, c'est que la porte a déjà été ouverte par Chirac, avec l'entrée des "justes" de France au Panthéon. Le lobby "esclavage-crime contre l'humanité" a sauté sur l'occasion et propose, par le biais de Claude Ribbe, de faire entrer Aimé Césaire au Panthéon, le 10 mai, jour de l'abolition de l'esclavage. Pour eux, la question de l'entrée ou pas au Panthéon ne se pose même pas. Le prochain à entrer, ce sera qui : un breton, un alsacien ? Après les lois mémorielles, voilà un autre front qui s'ouvre !

jeudi 17 avril 2008

OGM, comment éviter un deuxième drame parlementaire

Le gouvernement semble avoir mal vécu la discussion sur le texte OGM à l'Assemblée nationale. Il est vrai qu'avec seulement 10 voix de majorité (et encore, avec un rabattage intensif avant), l'UMP avait "frôlé la correctionnelle".

Le Sénat se montrant plus "coopératif", le gouvernement a décidé d'accélérer pour cette seconde lecture, en limitant les risques et les votes à l'Assemblée nationale. Il n'y aurait pas eu cet amendement Chassaigne, l'affaire serait déjà terminée ! Lors des secondes lectures, ne restent en discussion que les dispositions qui n'ont pas été votées dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale et le Sénat. Deux liens seront plus parlants qu'une longue explication : le texte tel qu'il est arrivé au Sénat et le texte tel qu'il ressort du Sénat. Un vrai travail de nettoyage, les sénateurs ayant validé toutes les modifications des députés, à l'exception de l'amendement 252, vidé de son contenu. L'examen devant l'Assemblée nationale va être rapide. Il suffira de voter dans les mêmes termes l'article 1 et de rejeter tous les autres amendements, qui ne seront pas nombreux, puisque seul le bout de texte restant en discussion est amendable ! Ce qui va durer le plus, ce sera la discussion générale, bref, les blablas politiques.

Une fois ce vote acquis, le texte OGM sera définitivement adopté, sans même une réunion de la commission mixte paritaire. L'affaire est quasiment pliée !

mercredi 16 avril 2008

Chantal, digne remplaçante de Nadine

Comme vous le savez, l'inénarrable Nadine Morano vient d'entrer au gouvernement. elle a donc laissé sa place de porte-parole de l'UMP, où elle a été remplacée par un autre phénomène (pas du même genre mais pas mal non plus, qui ressemble beaucoup à ça) Chantal Brunel. Il faut croire que le recrutement pour ce poste se fait en fonction de la capacité à se donner en spectacle et à se ridiculiser. Cet après midi, aux questions au gouvernement, Chantal Brunel vient de passer brillamment son examen de passage.

Lors de la séance de questions au gouvernement (séance du 16 avril, 15h26), elle a posé une question sur les niches fiscales. Un député socialiste aurait pu la poser, sans changer une virgule ! La gauche ne s'y est pas trompée, en ovationnant Chantal Brunel tout au long de sa question et en terminant sur une standing ovation. Complètement surréaliste, encore plus quand on connait Chantal Brunel. Chef d'entreprise, elle est loin, très loin d'être au RMI. Elle est très directement concernée par ces niches fiscales "pour les riches"! Un moment rare, que ses collègues UMP ont moyennement goûté. Le mot qui revenait le plus souvent à droite, en parlant d'elle cet après-midi, c'était "grillée".

Je pense que l'on a pas fini de s'amuser avec Chantal. Dans deux ans, si elle fait aussi bien que Nadine, on la retrouve ministre. Elle en a le potentiel !

De notre système éducatif

Ce billet est la reprise de deux commentaires d'Oppossum, sous le billet "pseudo mobilisation". Je n'ai eu qu'à les mettre bout à bout, car ils se complètent très bien. Et en plus, je partage pleinement l'avis d'oppossum (sur ce sujet au moins).

Sans aller chercher les conditions météo, l'idée qu'un certain nombre de prof., font discrètement tout pour faciliter, pour inciter à la grève, est un fait. Pas tous les prof., certes et pas tous les matins non plus certes! .Mon épouse, prof d'anglais a eu l'ocassion d'observer cela moultes fois.

Ceci étant, la dégradation de toute valeur exigeant un quelconque effort, l'idéal de contestation permanente et d'exigence permanente (des sous/des moyens/des droits pour tous, tout le temps) a tellement pénétré les esprits et les moeurs qu'il n'en faut probablement pas beaucoup pour pousser une fraction meneuse d'ado. à l'agitation.

Avec modestie je ferai remarquer à Cloran qui nous sort l'impitoyable logique comptable que pendant de nombreuses décennies, c'est plutôt un abondement permanent de l'Education Nationale qui a prévalu. Des efforts considérables ont été faits avec quand même l'impression de mettre un budget national énorme dans un tonneau sans fond.

L'E.N. est peu efficace, les prof. y sont malheureux, les élèves en sortent assez mal formés et avec des fondamentaux branlant. Je ne vais pas généraliser car il y a des prof. admirables de toutes tendance.

La réalité est que l'E.N. est une forteresse qui a TOUJOURS refusé d'être vraiment réformée , poussant ainsi tous les gouvernements à des mesurettes avortées. La vérité est que les prof. ont détruit leur propre outil de travail à coup de canif, année après années , sans qu'on puisse accuser qui que ce soit (avec la complicité des parents) .

Et oui, à un moment donné la disparition des raisons qui ont prévalu à créer de nouveaux postes , entraine logiquement une réduction des effectifs. Et bien entendu ça fait mal, ça ne peut que faire mal parce que lorsque la base elle même refuse de se réformer en quoi que ce soit, les décisions ne peuvent être que plus ou moins aveugles. Et je vais aller dans votre sens : compte tenu de l'état d'usure du système, effectivement, ces mesures n'arrangeront probablement pas les choses.

Cette mauvaise foi permanente est difficile à admettre car on sait que les conditions de travail que vous, les prof., vous êtes crées par vos renoncements successifs et votre idéalisme enfantin, sont très difficiles.

Ainsi vous refuserez toujours de vous comparer avec les exemples étrangers et surtout pas non plus avec le 'Privé' dont vous vous imaginez perpetuellement qu'il dispose de moyens considérables et qu'il ne scolarise que les gosses de riches (et les vôtres lorsqu'ils sont en difficulté!). Non , il y a toujours de bonnes raisons de penser que TOUS les autres ont TOUT LE TEMPS tort.

Et bien entendu , comme à chaque fois, par de savants raisonnements isolés, fragmentés et factuellement vrais vous tenterez de protéger un mauvais système, qui vous dévalorise et vous use. Vous vous échinerez à démonter les pauvres arguments de Darcos qui tente maladroitement avec quelques piteuse règles de trois et quelques chiffres, dérisoires, puisque ce sont les même que vous avez utilisés pour justifier sans cesse de meilleurs taux d'encadrement , et du quantitatif.

Et vous lancerez vos éternelles ritournelles sur le qualitatif, sur la réforme de fond, indispensable que vous appelez de vos voeux mais que vous repoussez immédiatement par vos cris des que vous en voyez le bout le bout du nez. Le problème de l'E.N. n'est pas qualitatif . Le problème , ce sont les conditions de dégradation de l'acte d'enseigner , que les prof. ont acceptées de voir s'installer. Le problème est l' hypertrophie du pédagogisme qui s'est transformé, de moyen en un but sans aucun sens.

Chaque ministre apporte sa réforme (ou essaie) parce que cela va mal. Effectivement ne rien faire serait mieux car souvent chaque réformette est dénaturée, mal exécutée, voire détournée, quant elle n'est pas impossible à exécuter. La massification pour la massification a probablement été une erreur de méthode (Style le grand bond en avant) mais je n'ai jamais vu aucun prof. ni syndicat la contester ou même y réfléchir (Ca faisait réac d'émettre des doutes)

Les coups de canifs datent des années 70 à partir desquelles on a peu à peu carrément renoncé à des trucs cons de disciplines, d'autorité, de transmission du savoir verticale. Les prof. dans leur grand élan généreux globalisant ont dilué leur mission dans d'autres acceptant sans cesse d'être le support d'autres projets (souvent teintés à gauche) ou d'autres missions. Souvent pseudo-culpabilisés par les "reproductions d'inégalités" , ils ont brouillonnement accepté toutes réformes masquant cela (Plus de note/plus de classement/tripotage des notes aux examens etc ...) Bien entendu il s'agit d'un mouvement de la société et des parents eux même. Il faut dire que l'état fait tout pour saper l'autorité parentale et que le système marchant transforme nos enfants en consommateurs autonomes. Mais je m'égare.

La tarte à la crème de l'origine des élèves du prive est globalement vrai . Oui le privé peut -plus ou moins- choisir ses élèves. Et parfois , pour les établissements côtés, il applique discrètement cette politique. Mais il y a des établissements privé dans des quartiers difficiles avec des élèves de toutes origines , et là, ça marche quand même mieux que dans des établissements publics dans les mêmes conditions ! A toujours confondre orientation et sélection on dénature les filières et on pousse le privé à sur-fabriquer des caissons de filières plus ou moins étanches. (Ceci étant les très bons établissements du public ont exactement la même politique -déguisée, il est vrai- Et je vous rappelle que le concept de collège unique qui voulait promouvoir , sous couvert de bonnes intentions, une mixité sociales, n'a abouti qu'à une dégradation des conditions de travail et à des stratégies de sectorisation (ou dérogation de secteur, utilisation des options au niveau des lycées) , de la part des parents, pour échapper aux mauvais établissements. Là aussi on a vu peu de prof. ou de syndicats y réfléchir vraiment.

Oui, les jeunes prof. moins idéologisés que leurs ainés , ont parfois des éclairs de lucidité et de bon sens. Mais aller jusqu'à dire qu'ils "passent leur temps à dénoncer, là où c'est le cas, cette dégradation" est faux : par contre ils adorent S'EN PLAINDRE PERPETUELLEMENT (J'en fréquente pas mal), et réserve leur énergie gréviste à bloquer TOUTES grosses réformes.

Pour être juste avec vous, j'admets que votre administration est vraiment en dessous de tout. Car peuplée de gens dont la connaissance de plus en plus réduite du terrain, jointe à de vaguement généreuses idéologies inopérantes, additionnés aux pesanteurs administratives , à l'incompétence des encadreurs et la gentille mauvaise volonté du gros des catégories 'B' qui se fadent plus ou moins de boulot inutile, (bon je termine ma phrase) .... produit une paralysie magiquement parée des attributs du changement permanent .

C'est vrai qu'on vous admire, vous, avec les élèves en face, et dans le dos , concrètement , une telle pieuvre (produit d'une partie de vos idées) . Je dis ça sans ironie.

Si vous saviez comment sont traités (malgré les ronflantes apparences) les incidents scolaires quand ils remontent au rectorats ou dans les inspections ! L'idéal étant d'abord de bien maintenir le couvercle sur la marmite. Que le chef d'établissement se débrouille et qu'au final le prof se démerde devant ses élèves, est au fond le grand principe qui prévaut. Il est vrai que comme le prof. refuse toujours toute idée de sanction trop forte -forcément injuste dans le monde de brutes où nous vivons!- (préférons du désordre irresponsable à la responsabilité d'une seule injustice!) . Ceci étant mon épouse me rapporte les propos cyniques et méprisants de prof. encartés et engagées, envers certains élèves, en conseil de classe ...

Une mienne amie a eu son capot de voiture massacré par un élève mécontent. Elle a voulu réagir. Mal lui en a pris, ce fut un parcours du combattant : peu de solidarité active, beaucoup de compassion hypocrite, un soutien des syndicats conditionné à une modération (Ne pas en rajouter), un soutien de l'administration à arracher au forceps. Les actes d'incivilité sont finalement assez bien protégés par le système. Bon on fermera les yeux sur une grosse 'injustice' , un jour ou l'autre quand la coupe sera pleine, histoire de faire une moyenne !

De toutes façons, à votre décharge, vous héritez d'un système pourri largement salopé par ceux qui, à présent, sont à la retraite. Par ailleurs les prof. sont tout de même, eux mêmes, le produit culturel de ces ainés qui ont réussi à faire passer quelques idioties : réfléchir sur le redoublement (je suis d'accord avec vous mais le non redoublement est parfois aussi une catastrophe), revenir à un travail minimum de mémorisation, apprendre aux élèves à se situer par rapport aux autres, réfléchir à la multiplications des options inutiles, repenser l'enseignement dans sa dimension d'autorité (parmi d'autres) , envisager la discipline comme une condition au bon travail etc ... etc ... toutes ces évidences à retravailler et à ré-investir, sont d'emblée situées dans le champ de pratiques désuètes de 50 ans en arrière. Réactionnaire, forcément !

Enfin je termine par les comparaisons avec les systèmes étrangers. Vous avez raison : comparaison n'est pas raison et il est difficile d'en tirer des conclusions édifiantes , sauf qu'il est possible de faire autrement que nous, et que cela peut marcher. Mais, lorsque cela vous arrange, question salaire ou horaires vous ou en tous cas vos syndicats, n'hésitez pas à vous en servir sans vergogne, de ces comparaisons ! Et puis ce pauvre Darcos est bien obligé de tenter de vous fournir quelques éléments vaguement rationnels, au moins pour attirer votre attention sur le fait que , peut-être, on pourrait envisager de commencer à étudier l'idée ,éventuellement envisageable, de faire autrement quand ça marche mal.

Donc, effectivement, après avoir fait semblant de tout essayer sans jamais avoir réellement rien testé d'autre qu'un lent laisser-aller de tout ce qui se faisait avant, on en arrive à un point ou la seule variable d'ajustement est une imbécile diminution des effectifs, très certainement mal pensée , mais qu'avec les efforts des syndicats et des profs, on réussira à rendre encore plus nuisible.

Le réveil des villepinistes

C'est certain, ça cafouille dur à l'UMP. Mais quel gouvernement n'a pas connu ce genre de tangage ? C'est le signe qu'il existe des lignes de fractures, des options différentes et qu'il faut arbitrer. Ce qui m'amuse le plus, c'est encore la réaction de ce conseiller de l'Elysée, qui en est à se plaindre que Nicolas Sarkozy soit obligé d'intervenir sur tout. C'est pourtant ce qu'il n'a pas cessé de faire depuis le début de son mandat. C'est vrai que la conjonction de gaffes et de difficultés est impressionnante sur un temps court.

Les conflits de fond d'abord, avec le débat sur les OGM. C'est là une véritable difficulté politique, deux options qui s'opposent, avec d'un coté NKM qui veut un véritable partenariat de longue durée avec les organisations écologistes. C'est un choix politique qui se défend. Sur la question des OGM, elle n'avait pas le choix, il fallait qu'elle se démarque, pour ne pas tuer dans l'oeuf ce rapprochement politique amorcé de manière remarquable par le Grenelle de l'Environnement. Tous ne sont pas sur la même ligne politique, c'est rien de le dire, et refusent cette ligne de "cogestion" quasi officielle. Les parlementaires sont en particulier très remontés, car ils sont tenus à l'écart de cela, priés plus ou moins fermement d'entériner ce qui a été décidé ailleurs. Ils ont donc profité du débat sur les OGM pour rappeler qu'ils ont du pouvoir, et qu'il faut encore compter avec eux. Cela a été particulièrement net au Sénat. Le débat étant très tendu, sur un enjeu politique majeur, il est logique que les éclats du débat interne arrivent sur la place publique.

Les gaffes ensuite. Il y a eu cette histoire de la carte famille nombreuse de la SNCF, qui apparemment, est née d'une erreur informatique. La décision a été prise de retirer la mesure de la série annoncée la 4 avril, mais le fonctionnaire chargé du boulot a fait une erreur de copié-collé. Cela n'excuse en rien les politiques. Il fallait relire, ou faire relire. Les cabinets servent justement à cela. Et surtout, il fallait avoir un peu de flair politique pour sentir dès le début qu'il fallait reculer et passer à autre chose. Fillon, de son Japon lointain, a visiblement été mal conseillé. Dans la foulée, Roselyne Bachelot retrouve son naturel gaffeur et lance la merveilleuse idée d'un possible déremboursement par la sécu des frais d'optique.

Il n'en fallait pas plus pour que les députés villepinistes sortent du bois. Ce carré de fidèles grognards qui a servi de garde rapprochée à Dominique de Villepin, s'est retrouvée en disgrâce à l'arrivée de Sarkozy. Ils le savaient et la meilleure tactique pour eux était de faire le gros dos pendant l'état de grâcfe, et d'attendre le moment propice pour ressortir les armes. François Goulard n'a pas eu cette patience, et n'a pas pu s'empêcher de l'ouvrir àun moment où Sarkozy était encore en grâce. Il a bien entendu été repris par la presse antisarkoziste, trop heureuse de trouver un UMP qui tire sur leur bête noire. Mais comme Goulard était un peu seul en rase campagne, sans soutien, sans "gaffe" sur laquelle s'appuyer, il s'est fait carboniser. Georges Tron est plus malin. Il a attendu que le gouvernement soit un peu affaibli pour se joindre à la meute hurlante, en essayant de tromper (avec semble-t-il succès) la presse, qui croit avoir à faire à un député UMP ordinaire, et s'empresse de voir en lui "l'image fidèle" de ce que pensent l'ensemble des députés UMP. Et voilà donc Georges Tron, fidèle d'entre les fidèles de Villepin propulsé "porte-parole" des députés UMP. Belle escroquerie, double escroquerie même, car quand il dénonce la transformation du parlement en chambre d'enregistrement, quand il se plaint que les députés ne sont pas assez écoutés, il semble oublier que sous Villepin, les députés, non seulement n'étaient pas écoutés, mais en plus étaient méprisés !

C'est la loi de la Jungle, l'animal blessé ou affaibli voit immédiatement roder autour de lui les prédateurs et les charognards.

mardi 15 avril 2008

Pseudo mobilisation

Les lycéens manifestent. C'est vrai que le printemps arrive, il commence à faire beau. Pourquoi ne pas aller manifester, surtout quand en plus, certains profs vous poussent à sécher les cours vous "mobiliser". Moi aussi j'ai été lycéen, moi aussi je saisissais n'importe quel prétexte pour sécher, surtout pour un évènement aussi festif qu'une manifestation par temps clair et ensoleillé.

Et on voudrait tirer comme conclusion qu'il y a une forte mobilisation des lycéens, sur la base des chiffres d'une manifestation du mardi. Enfin, forte mobilisation pour la partie de la France qui n'est plus en vacances scolaires. Ailleurs, la "mobilisation" est proche du néant. La grève, s'est pour sécher les cours, pas pour gâcher ses vacances. Faut pas pousser quand même. On pourra dire qu'il y a une réelle mobilisation lycéenne quand on aura les mêmes chiffres de manifestants un mercredi ou un samedi, quand il n'y aura pas de cours à sécher, mais quand au contraire, il faudra sacrifier son cours de musique, sa séance de sport, sa sortie ciné...

En attendant, ce n'est qu'une mascarade organisée par les syndicats d'enseignants, pour qui la seule réponse est "toujours plus de moyens". Ils ne semblent jamais se poser la question (pourtant très RGPP) de faire différemment pour voir si ainsi, on ne pourrait pas faire mieux. Parce que dans l'éducation nationale, il y a des réservoirs d'économies possibles. En 2005, un rapport de la cour des Comptes affirmait qu'il y avait 32 000 enseignants sans classe et sans activité pédagogique. On peut donc en supprimer, des postes, avant d'atteindre l'os !

Coordination es-tu là ?

Repéré par l'assistant parlementaire, ce petit bijou : la création d'un délégué interministériel à la communication. Le décret vient de paraitre.

En soi, cette création est utile, car les ministères ont tendance à faire leur communication institutionnelle et leurs études d'opinion dans leur petit coin. Chacun prend son agence, la rémunère les yeux de la tête, pour des résultats pas toujours probants. Ce délégué va sans doute mettre un peu d'ordre dans tout cela et traquer les opérations de communication dispendieuses (c'est à dire d'un rapport qualité-prix insuffisant). Il est "tenu informé" des projets, et suit leur préparation et leur mise en oeuvre, et surtout, derrière, il évalue ! Une nouvelle source d'économie d'argent public, on ne peut que s'en réjouir.

Ce qui est désopilant et à failli faire mourir de rire mon collègue assistant, c'est que la nomination de ce délégué interministériel intervient en pleine période de cafouillage de la communication politique du gouvernement. Quel sens du timing chez François Fillon. C'est d'autant drôle qu'ils ne l'ont sans doute pas fait exprès, puisque la communication politique relève du cabinet du Premier Ministre, alors que la parution des décrets "techniques" relève du Secrétariat général du gouvernement. Voilà deux services qui n'ont pas dû communiquer sur leur communication...

Aux frais de la princesse

Le gouvernement souhaite mettre fin aux allocations chômage de ceux qui refusent deux offres "valables". Sous réserve de la définition qui sera donnée de "valable", cette mesure ne me choque pas. Trop souvent, les périodes de chômage sont prises au début comme des périodes de congés, de repos. Certains auraient la possibilité de retrouver rapidement, mais non, ils ont envie d'un peu de bon temps, aux frais de la princesse. D'autres prennent leur temps pour trouver, font les difficiles, là encore, aux frais de la collectivité. Nous avons tous autour de nous des personnes qui ont été licenciées, et qui se sont sérieusement mises à la recherche d'un nouvel emploi au bout de trois à quatre mois de chômage ! C'est eux qui sont visés !

Trop de français ont l'impression que l'argent qui vient de la Sécu, que ce soit de l'assurance-maladie, ou de l'assurance-chômage tombe du ciel, que c'est un droit de tirage qu'ils ont sur la société, pour en faire un peu ce qu'ils veulent. J'ai envie de pratiquer le nomadisme médical et de consulter plusieurs médecins car cela me rassure d'avoir plusieurs avis, d'aller en cure à la Bourboule tous les ans parce que la Bourboule, c'est sympa, de me faire un petit lifting si j'arrive à me le faire rembourser.

Contrairement aux exemples que prennent certains militants, ce ne sont pas tellement les gens modestes qui sont visés, car des fraudeurs et des glandeurs, il y en a dans toutes les couches de la société. Celui qui veut profiter d'un licenciement pour faire un petit break, c'est souvent celui qui sait qu'il n'aura pas trop de mal à retrouver un boulot, parce qu'il y a des secteurs "en tension" où on manque de main d'oeuvre. Il y aussi tout le problème de ceux qui ne retrouvent pas un travail, car ils ont des prétentions incroyables, et se croient encore dans la période des trente glorieuses, avec l'emploi à vie dans la même entreprise, une carrière linéaire et un salaire en progression constante. La vie a changé, il faut maintenant se faire à l'idée qu'il peut y avoir des ruptures, des chutes, qu'il faille à cinquante ans, repartir de plus bas, en salaire, en niveau de poste, en stabilité. C'est une révolution qui doit aussi concerner les trentenaires (ma génération), ceux qui dans vingt ans, seront les séniors que leurs enfants pousseront dehors. L'assurance chômage doit amortir les chocs, mais ce n'est pas non plus un cocon douillet qui permet de refuser d'évoluer et de s'adapter à un monde du travail plus dur qu'avant.

Cette mesure proposée par le gouvernement est avant tout un avertissement, un moyen de dire que les allocations sociales ont été établies pour des raisons et des cas bien précis, et que ce n'est pas un "droit acquis". Mais comme d'habitude en France, on hurle alors même que la mesure n'est pas mise en place, que l'on ne sait même pas quel va être son impact réel.

lundi 14 avril 2008

Un début de compréhension ?

J'avais gentillement assassiné, la semaine dernière, un "scoop" de l'express qui me paraissait fumeux. Bien que je maintienne mon analyse sur l'article en lui-même, mon appréciation de l'initiative de l'Express évolue favorablement.

Eric Mettout, de l'Express, est venu répondre, sous le billet, mais aussi chez deux autres blogueurs s'étant fait le relais et les analystes (brillants) de cette première opération de l'Express en direction des blogueurs. S'il défend, plus ou moins bien, l'article de l'Express, il le fait de manière cordiale, réactive et sans excès. Bref, un commentateur dans l'esprit des blogs. Un journaliste un peu connu qui accepte d'entrer dans le mode de fonctionnement "blogs", c'est suffisamment rare pour être noté. Enfin un qui aurait compris que commenter et dialoguer chez les autres est aussi important, sinon plus, que publier chez soi ?

Dans les différents échanges, j'ai cru comprendre que l'Express a une réelle volonté de monter quelque chose avec les internautes et les blogueurs en particulier, mais qu'ils en sont encore aux balbutiements. Le mail que beaucoup ont reçu ne serait, si je comprend bien, que la première pierre d'une relation qui évoluera et s'affinera au fur et à mesure. Une approche "modeste" et ouverte donc. Autre surprise agréable ! Enfin un média qui voudrait construire quelque chose avec les blogueurs, c'est à dire que ceux ci soient partie prenante dans l'élaboration du concept. La fameuse "révolution de l'info" sur le net arriverait-elle via l'Express ? Cela reste encore à voir, mais les premiers signes sont encourageants. On peut arriver à monter quelque chose, et la méthode me semble la bonne. On procède par tâtonnements, on fait des erreurs, mais on apprend, chacun apporte du sien dans une relation d'interconnaissance et de confiance. Rien à voir avec les tentatives menée jusqu'ici, genre Rue89, déjà "closes" dès le départ, sans grande possibilité d'évolution quant à la place des blogueurs et autres internautes, réduits à la portion congrue.

Il y a quelque chose à creuser dans l'initiative de l'Express, finalement moins superficielle que j'aurais pu le penser au moment où j'ai reçu le mail d'inscription. Affaire à suivre donc !

Cafouillages en chaine

L'affaire de la "carte famille nombreuse" de la SNCF est un exemple parfait de cafouillage politico-administratif, qui a dégénéré en surinfection politique. Une erreur "administrative" mal gérée se transforme en crise politique.

A l'origine, une proposition qui émane de Bercy (je ne vois pas qui d'autre peut proposer cela) consistant à économiser l'argent que l'Etat verse à la SCNF pour financer la carte famille nombreuse. On ajoutait que la SNCF devait proposer une offre commerciale de remplacement. En apparence quelque chose d'anodin pour les administratifs.

Politiquement, la chose a été lue autrement. Certains députés ont mis en avant que ce serait une atteinte à la sacro-sainte "politique familiale", et on ressorti les bannières et les étendards. Il me semble qu'ils sont allés un peu vite, sans même attendre de voir ce que la SNCF pouvait proposer comme offre alternative. A partir du moment où l'usager ne voit pas la différence entre l'offre "commerciale" financée par la SNCF, et l'offre "sociale" financée par l'Etat, pas de quoi s'alarmer. C'est juste une négociation financière entre l'Etat et la SNCF, pour savoir qui va payer. L'inquiétude des politiques, qui semble d'ailleurs assez justifiée, c'est que l'Etat ne soit pas en mesure d'imposer cette charge supplémentaire à la SNCF, et que donc, l'offre famille nombreuse deviendrait moins avantageuse.

Nous sommes là au coeur d'un arbitrage politique. Plusieurs objectifs politiques sont concernés. Il y a tout d'abord la politique familiale, qui veut favoriser la natalité en soulageant les charges induites par un nombre d'enfants importants. C'est une orientation de longue date, qui a donné à la France une natalité et une démographie que nos voisins nous envient. Mais il y a aussi la politique de réduction des dépenses de l'Etat, et nous sommes arrivés à un point tel de pression que 70 millions d'euros d'économie, c'est bon à prendre. Il faut tenter de concilier les deux, en tenant compte des contraintes. La solution de facilité, qui permet de concilier les deux objectifs est de reporter intégralement la charge financière sur la SNCF. Il y a 30 ans, cela n'aurait posé aucun souci. Mais depuis, l'Europe est passée par là, provoquant un relâchement des liens entre l'Etat et les grandes entreprises publiques, et faisant la chasse aux subventions, directes ou déguisées, accusées de fausser la concurrence. Le hic est là, l'Etat n'a pas forcement les moyens d'imposer une prise en charge complète de la dépense par la SNCF.

Dans ce cas là, que fait-on ? Premier choix, on sacrifie la mesure sur l'autel de la rigueur budgétaire. Deuxième choix, c'est l'inverse, on garde la mesure et on la fait payer par l'Etat, en grattant ce qu'on peut sur la SNCF. C'est d'ailleurs ce qui a finalement été choisi, l'Etat continant à subventionner, et se remboursant sous forme de dividende supplémentaire si la SNCF est bénéficiaire. Un beau marché de dupes, car la SNCF n'a été bénéficiaire qu'une seule fois, en 2006, et que le dividende versé a été de 130 millions d'euros. Vu les grands projets lancés par Guillaume Pépy, notamment sur le fret, avant que la SNCF soit en mesure d'être à nouveau bénéficiaire et de verser un supplément de 70 millions d'euros, il y aura de l'eau qui aura coulé sous les ponts.

Le cafouillage ne vient pas tellement de la solution finalement trouvée. Le choix de préserver la politique familiale est à mon avis un bon choix, largement approuvé par les français. Le problème vient de la manière dont a été géré la question.

La mesure faisait partie du paquet RGPP annoncé par Nicolas Sarkozy lui-même le 4 avril. N'y avait il personne à l'Elysée et au gouvernement pour relire ce document de manière "politique" et pour tilter sur les problèmes potentiels. Un oeil avisé aurait pu détecter que cette mesure pouvait être sensible et provoquer des réactions. Première erreur ! Deuxième connerie, la communication dramatique du gouvernement, avec Dominique Bussereau qui annonce la disparition de cette carte famille nombreuse, et annonçant son remplacement par un truc encore mal défini, financé par je ne sais qui (Nadine Morano évoquait la branche famille de la Sécu). Par derrière, le président de la SNCF ajoute à la confusion en se disant "pris au dépourvu". Il n'était visiblement pas le seul, et quand on fait de la politique, on s'arrange pour ne pas être pris au dépourvu ! On n'annonce pas une suppression ! on présente la nouvelle formule, en l'enjolivant et tentant de masquer qu'elle n'est pas aussi avantageuse que la précédente.

A partir de ce moment-là, il fallait reculer. Le gouvernement s'est fait surprendre, par l'annonce d'une mesure mal ficelée, qui risque de mécontenter son électorat de base. Et pourtant, François Fillon choisit de persister. Là, ce n'est plus une erreur de communication, mais de jugement politique.

Enfin, le bouquet final, le président de la République qui tacle son premier ministre, pris à contre-pied sur ce sujet. Politiquement désastreux. C'est la preuve d'un absence de maitrise de la communication au sein du gouvernement. C'est la preuve d'une dissonance grave au sein de l'exécutif. Comme si l'UMP avait besoin de cela en ce moment, surtout après la grosse frayeur sur l'adoption du bout des lèvres du texte OGM par les députés. Sarkozy espérait une relance, c'est mal parti.

vendredi 11 avril 2008

Madame est servie

Je dis toujours que la manière dont un leader traite ses collaborateurs et son entourage est très révélateur.

Je ne suis pas donc pas surpris d'apprendre que Ségolène Royal vient d'être condamnée en appel, après l'avoir déjà été en première instance. Comme mon collègue l'assistant parlementaire, je pense que tout travail mérite salaire, et si parfois, nous comprenons qu'il faille en faire plus, on en attend quand même un peu de reconnaissance. Sonnante et trébuchante, c'est mieux, mais même, simplement un merci, cela nous suffit.

Visiblement, les collaboratrices de Ségolène Royal n'ont eu ni l'un, ni l'autre. A ceux qui "travaillent" actuellement pour Ségolène Royal, sachez qu'en l'absence de contrat (et encore), vous faites du pur bénévolat...

jeudi 10 avril 2008

Le dirigeant centriste sera toujours une pute

D'aussi loin que remonte ma mémoire, j'ai toujours vu les responsables centristes se comporter comme des prostituées, allant au plus offrant, sans honte et sans pudeur. Je garderai toujours en mémoire ce petit sketch du "bébette show" en 1988, quand François Mitterrand a lancé "l'ouverture", plus prosaïquement le débauchage de centristes pour conforter sa majorité relative au parlement. Rocard, habillé en chasseur, demande à Mitterrand s'il a un appeau à centriste. Ce dernier lui répond qu'il suffit d'imiter le cri du portefeuille ministériel en rut.

Vingt ans après, les choses n'ont pas changé. Sarkozy veut faire la peau de Bayrou, qui, s'il ne peut pas gagner la présidentielle, a une réelle capacité de nuisance. Pour cela, il veut le foutre à poil, l'isoler politiquement. Dès avant les législatives, il a réussi à entrainer la majeure partie du groupe parlementaire à l'Assemblée, qui a abandonné son gourou en échange de leur réélection, qui permet d'assurer la soupe pendant cinq ans. Maintenant, c'est au groupe centriste de se faire corrompre. Mais comme un sénateur tient mieux son siège qu'un député, il est moins sensible aux menaces à la réélection. Il faut donc proposer autre chose. Dans une note à Sarkozy, Dominique Paillé, ex-centriste, donne les tarifs : Arthuis veut rester président de la commission des finances, Mercier veut être ministre, Méhaignerie veut continuer à exister et à être le "centriste de référence" à l'UMP. Il semble que certains aient été payés, ou du moins aient reçu des acomptes significatifs, car Mercier puis Arthuis ont largué Bayrou, et Méhaignerie, qui a fait mine de se rapprocher du Modem en Bretagne, n'aborde plus le sujet.

Et les convictions dans tout ça ? Je ne voudrais pas être méchant avec mes amis militants centristes (qui sont souvent sincères), mais il serait temps qu'ils s'occupent de cela. Ils vont me parler de Bayrou, contre-exemple fidèle à ses convictions. Détrompez-vous, il reste parce qu'on ne lui a pas encore proposé assez, et comme ce qu'il veut, c'est la présidence de la République et rien d'autre, il restera longtemps. Mais autour, c'est l'hécatombe, et rien que cela, ça devrait les interpeler. On a les élites qu'on se donne...

mercredi 9 avril 2008

Les approximations en exclusivité

Il y a 15 jours- trois semaines, un certain nombre de blogueurs (dont moi) ont reçu un mail de Christophe Barbier, nous demandant notre accord pour être inscrit dans une liste de diffusion, censée nous donner en exclusivité des "scoops". N'ayant rien à payer, j'ai répondu oui, en me disant, je verrai bien, de toute manière, l'offre précisait que l'on pouvait se désabonner. Et puis l'initiative témoignait d'une volonté de s'ouvrir aux blogueurs, même si derrière, à peine masqué, il y a une demande de buzz. Et bien le premier "scoop" vient d'arriver (il est temps). Ils voulaient du buzz, ils vont en avoir, mais pas forcement celui qu'ils attendaient.

Le scoop, c'est un avis du conseil d'Etat : "Les sages viennent de refuser au gouvernement la possibilité de soumettre formellement au Parlement les nouveaux budgets pluriannuels, qui servent désormais de socle financier aux ministères. Deux solutions pour François Fillon et pour son ministre du Budget, Eric Woerth: passer par une "loi de plan" ou changer la Constitution."

Recensons les perles. D'abord, les Sages, c'est le Conseil constitutionnel, pas le Conseil d'Etat. Deuxio, le Conseil d'Etat n'interdit rien, il rend juste un avis juridique, que n'importe quel juriste (même moi, c'est pour dire) aurait pu rendre. La nouvelle formule des budgets pluri-annuels n'entrant pas la bonne vieille règle de l'annualité budgétaire, il va falloir toiletter un peu les textes de base (constitution et lois organiques) pour faire entrer ce nouveau format. Bref, dans l'état actuel des textes, pas possible de soumettre ces budgets triannuels au vote des parlementaires. Il faudra soit utiliser l'article 70 en baptisant ces budgets pluri-annuels "loi de plan", soit modifier l'article 34 de la constitution. Il semble que cette dernière option ait la préférence du gouvernement. C'est encore le plus simple, vu qu'une réforme constitutionnelle d'ampleur est sur les rails. Un peu plus ou un peu moins, on n'est plus à ça près.

Ignorance ou tentative de faire de l'esbrouffe avec un truc bien banal et sans grand intérêt. Dans les deux cas, ce n'est pas à l'honneur de l'Express. (je sais, c'est pas sympa de se moquer, mais c'est plus fort que moi...)

Globalement d'accord avec Mélenchon

Cela ne m'arrive pas souvent, mais je suis la même longueur d'onde que Jean-Luc Mélenchon. Je partage globalement sa position sur la question du Tibet et du Boycott des jeux Olympiques.

L'opposition gentils tibétains : méchants chinois est devenu une telle évidence qu'on ne la questionne plus. Elle le mériterait pourtant, car si le dalaï-lama présente une image médiatique lisse (paix-sérénité-non violence), elle ne correspond pas franchement au comportement réel des tibétains, qui ne semblent pas pratiquer la non-violence, à commencer par les moines ! Et si finalement, les tibétains n'étaient pas aussi "gentils" que la propagande médiatique le dit ? Je n'ai pas d'opinion faite sur le sujet, je m'interroge, mais la question mérite d'être soulevée et débattue !

Deuxième point d'accord, pourquoi attaquer maintenant. C'est au moment de l'attribution des jeux qu'il fallait réagir. Et d'ailleurs, pourquoi limiter le boycott aux simples jeux olympiques ? après tout, si les chinois sont si vilains, méchants et affreux, cessons de faire du commerce avec eux, refusons de leur vendre des airbus et de signer des contrats, cessons d'acheter du "made in china" !!! Ce n'est pas compliqué de boycotter les produits chinois, toutes les étiquettes doivent indiquer la provenance...

Seul point de divergence, je n'ai rien contre la théocratie, à partir du moment où c'est un choix libre de la part de ceux qui vivent sous ce régime. Personnellement, je ne souhaite pas vivre en France sous un régime théocratique, mais si cela fait plaisir au tibétain d'avoir un chef religieux comme dirigeant politique, grand bien leur fasse.

Dans le mur ?

Le projet de loi OGM risque bien d'être le premier gros clash de la législature. Son adoption par les députés est très incertaine, et s'il passe, ce sera "ras des fesses", avec un paquet d'abstentions sur les bancs de l'UMP. On aura alors un écharpage assez violent, qui a d'ailleurs déjà commencé, chacun cherchant à sauver sa peau en faisant porter le chapeau à l'autre. C'est NKM qui ouvre le feu, attaquant d'abord son ministre de tutelle, accusé d'avoir assuré un service minimum, et surtout Jean-François Copé, accusé de ne pas tenir son groupe et de ne pas avoir fait le travail de préparation nécessaire.

NKM est pourtant en première ligne pour être la tête qui tombera en cas de drame cet après-midi. Elle payera pour préserver Borloo, pourtant aussi coupable, voire plus qu'elle. Car ce texte a été mal préparé, c'est le moins qu'on puisse dire. La bataille de la communication face aux anti-OGM a été perdue avant même d'être lancée, et il y a encore deux semaines, pour Borloo, le projet OGM n'était qu'une simple transposition de directive européenne. Son flair politique lui aurait-il fait défaut, car derrière ce texte, c'est un véritable choix de société qui se dessine : voulons-nous reprendre en mains notre destin ? Sommes nous capables d'arrêter la machine folle ? Même si beaucoup d'âneries ont été dites sur les OGM (parce qu'en fait, on n'a pas assez de recul, et que les risques sont très différents suivant la modification génétique), il y a une réelle angoisse des français sur le sujet. Obnubilé par un Grenelle de l'environnement dont il ne sortira pas grand chose (une fois passées à la moulinette de l'administration française, les conclusions des groupes de travail seront méconnaissables et considérablement affadies), Borloo a laché la proie pour l'ombre.

Les députés ont eux, bien senti le malaise. Mais une fois de plus, ils n'ont pas été écoutés. Et en plus, ils devraient porter le chapeau de l'échec éventuel de ce texte ?

mardi 8 avril 2008

L'écologie totalitaire

Les projets écologistes portent en eux les germes du totalitarisme, car ils impliquent nécessairement une mise en oeuvre globale. On ne peut pas les appliquer seulement pour ceux qui le veulent. C'est pour tout le monde ou pour personne.

Rions avec Monsieur Wojciechowski

Décidement, cette rentrée parlementaire est un véritable festival de propositions de loi. Après Myard et ses anciens combattants, Balkany avec son cumul de mandat obligatoire, voici maintenant André Wojciechowski, qui nous envoie une proposition qui a provoqué chez moi un fou-rire de plusieurs minutes.

"Pour l'exercice par le condamné de son droit de vote, un bureau de vote sera prévu au sein des établissements pénitentiaires".

Et oui, les condamnés qui n'ont pas été explicitement déchus de leurs droits civiques peuvent voter (article L.71 et R 73 du code électoral). Jusque maintenant, ils ne pouvaient voter que par procuration, à condition de remplir les conditions d'éligibilité : être "domicilié" sur la commune et s'être inscrit sur la liste électoral. Autant dire que le niveau de participation était infime. Il semble que Monsieur Wojciechowski veuille améliorer cela...

Sachant que la commune de Ville-sous-la-Ferté compte 1276 habitants, et qu'elle abrite sur son territoire la prison de Clairvaux, le prochain maire devrait logiquement être en costume rayé !

Le PS choisit l'opposition bête et frontale

Ce que j'attends d'une opposition, c'est qu'elle soit responsable. Qu'elle s'oppose bien entendu, mais aussi qu'elle propose et surtout, qu'elle sache faire preuve de discernement, en séparant ce qui relève de la comm' et de la politique politicienne et ce qui relève de l'intérêt de la Nation. Autant dans le premier cas, tous les coups sont permis, autant, sur le second, il faut être responsable. Deux sujets provoquent actuellement mon agacement, car le PS choisi de torpiller, plutôt que de construire sur des questions qui méritent un autre traitement que la minable exploitation politicienne qui en est faite par le PS.

Sur la RGPP, je me suis déjà largement exprimé. Mais je ne décolère pas de l'attitude des socialistes, qui visiblement, tentent une offensive concertée, une opération de matraquage visant à faire passer cette RGPP pour un plan de rigueur. A chaque fois qu'un socialiste en parle, on trouve le mot "rigueur" dans sa phrase. Même un homme comme Michel Sapin, qui a pourtant beaucoup oeuvré pour la réforme de l'Etat, s'y met aussi. C'est désespérant et irresponsable, car même si la RGPP n'est pas la panacée, même s'il y aura des échecs, c'est une opération positive, une série de réformes de fond qui peuvent transformer la France. L'exemple qu'il faudrait suivre est celui de la LOLF, née d'un consensus Droite-Gauche. Qui eu cru que cette réforme, d'apparence technique, pas médiatisable, soit capable d'amener les transformations profondes qu'elle est en train d'amener. Sans exagérer, la LOLF a permis de mettre en marche une véritable réforme de l'Etat. La RGPP n'aurait pas de sens sans la LOLF. C'est pour cela que je ne comprend pas les socialistes.

Le deuxième point sur lequel je suis surpris de la position du PS, c'est la politique étrangère. La France se rapprocherait des USA. Et voilà Bartelone qui balance : "la France s'aligne sur Bush". Une magnifique connerie. D'abord, Bush, on s'en fout, il est en fin de mandat, il n'a plus guère de pouvoirs et son successeur ne sera pas forcement sur la même longueur d'onde. Mais comme épouvantail, il est tellement bien ! Ensuite, la France ne s'aligne pas, elle a des points de convergence, mais cela ne date pas d'aujourd'hui. Pour une analyse brillante et détaillée, voir ici. La ligne politique de la France est de réintégrer l'OTAN, en fait de réintégrer à 100%, car nous y sommes déjà à 80%. Les USA sont prêts à payer cher pour ce symbole de la France réintégrant le commandement militaire. Et c'est notre intérêt de réintégrer, car le choix politique français est fait : la Défense redevient la variable d'ajustement budgétaire, comme cela était le cas entre 1997 et 2002. Une défense crédible nécessite des sommes importantes, d'autant plus importantes que nos outils et équipements sont délabrés (ce qui est le cas actuellement, nos équipements sont minables !). Avoir une défense française complètement autonome, capable de mener seule des opérations de maintien de la paix (autre chose que d'aller faire la police en Afrique), coute cher, trop cher. Le seul choix alternatif, si on veut maintenir un minimum de présence militaire française dans le monde, est d'intégrer une structure plus large, qui assure de fait la fonction que nous ne sommes plus en mesure d'assumer seuls. Ce choix est déjà fait, puisque nous apportons régulièrement nos troupes aux missions "ONU" et "OTAN", ne gardant que de petites opérations de police en Afrique. Autant aller jusqu'au bout de la logique, en sacrifiant notre autonomie militaire (qui n'existe plus de fait) on fera des économies budgétaires. La Gauche critique le retour "atlantiste", soit. Mais que proposent-ils : que nous rétablissions une armée française nous permettant d'avoir une politique de défense autonome ? que nous renoncions tout court à assurer une présence militaire française et que nous renoncions de ce fait à toute influence ?

Le PS a choisit de faire de la politique politicienne et de l'opposition systématique, y compris sur des sujets où il faudrait, au contraire, se mettre à la table des négociations et dégager des compromis. Le gouvernement est suffisamment affaibli en ce moment pour saisir les perches tendues sur certains thèmes et lâcher du lest face à une opposition ragaillardie par les élections locales. Encore faudrait-il que l'opposition ait des choses à dire, sache où elle veut aller. Il me semble que le choix d'opposition frontale est surtout le résultat d'une conjonction de l'absence d'idées et de vision à long terme avec l'arrivée prochaine du congrès du PS, qui fait passer des gens pourtant intelligents du mode "responsable" au mode"militant".

L'ordre public a un coût, mais pas de prix

Le Figaro nous sort un article très TF1, qui aurait pû être signé Julien Courbet ou Jean-Pierre Pernaut. Le maintien de l'ordre à Paris, hier, a couté cher. Oui, c'est vrai, mais à la question très poujadiste, qui doit payer, je répond sans hésitation : l'Etat.

Le maintien de l'ordre est une prérogative régalienne essentielle, et l'Etat se doit d'y mettre les moyens. Le droit de manifester est constitutionnellement protégé, et quand une manifestation n'a pas, en soi, vocation à troubler l'ordre public, il n'y a aucune raison de l'interdire. Le passage de la flamme olympique étant une manifestation attirant la foule, il apparait logique qu'un encadrement policier soit mis en place. C'est ainsi que cela se passe pour toutes les manifestations d'ampleur à Paris. Cet évènement étant à but non lucratif (à l'inverse du Tour de France), il serait anormal de faire payer aux organisateurs les frais occasionnés par la présence des forces de l'ordre. Je ne vois pas pourquoi ces organisateurs devraient soudain payer, parce que des militants politiques ont décidé de venir perturber la manifestation et que le service d'ordre a dû être renforcé pour prévenir des troubles à l'ordre public. Les organisateurs de l'évènement sont d'autant plus irréprochables qu'ayant constaté les troubles causés par leur manifestation, ils l'ont abrégée !

Le raisonnement implicite du journaliste "les organisateurs doivent payer" m'agace profondément, car pour moi, si quelqu'un devait payer, ce serait plutôt les organisateurs des troubles qu'il faudrait aller trouver.

La guignolade de la flamme olympique

Le passage de la flamme olympique à Paris, hier, a été un moment pitoyable. Une fois de plus, les droits-de-l'hommistes ont montré qu'ils savent organiser une agitation médiatique stérile. Les médias ont suivi voracement, avec "toutes les images de incidents". Pensez-donc, ce n'est pas tous les jours qu'on peut alimenter les voyeurs pressés devant leurs écrans d'ordinateurs et leurs télévisions d'images aussi "spectaculaire". Et maintenant que la flamme est repartie, et qu'on fait le bilan, on s'aperçoit que cette mascarade n'a rien fait avancer. Enfin si, elle a un peu plus écorné l'image des jeux olympiques. Parce que pour ce qui est du régime chinois, ce qui a pu se passer hier à Paris, ils s'en moquent éperdument !

C'est hallucinant que les "mobilisations" de certains ne peuvent se réaliser qu'en présence de médias. J'ai envie de leur dire, "c'est seulement maintenant que vous vous mobilisez ?". Parce que l'attribution des jeux à la Chine, on le sait depuis quelques années. On connaissait déjà à l'époque la nature du régime chinois, le peuple tibétain était déjà opprimé. Qu'ai-je entendu pendant ces années ? Rien ou si peu. Et c'est maintenant qu'on voit arriver tous les "militants", quand les caméras sont là, que le sujet est "d'actualité". Pour être réellement utile, il aurait fallu agir avant. Aujourd'hui, c'est bien trop tard. Les sportifs iront à Pékin, parce qu'on ne gâche pas quatre années de préparation, parce que les jeux olympiques, c'est tous les quatre ans, et pour un certain nombre de sportifs, c'est leur seule possibilité de décrocher un titre olympique. Dans quatre ans, il sera trop tard. Puisque les sportifs iront, les caméras suivront, business oblige. Trop d'enjeux financiers, les sponsors ont payé, les programmes ont été vendus. Et puisque les télévisions diffuseront, nous regarderons, même ceux qui hier, braillaient et faisaient le singe dans les rues de Paris.

Pour ceux qui veulent réellement se mobiliser pour être efficaces, c'est vers le CIO et ses membres qu'il faut se tourner. C'est sur eux qu'il faut faire pression, car Pékin 2008, Sotchi 2014, c'est leur décision, leur choix. Mais en l'absence "d'évènement", de caméras, difficile de mobiliser le militant de base. il serait frustré d'une composante essentielle de sa motivation, celle de pouvoir se donner bonne conscience. Car pourquoi se "mobiliser" : pour faire bouger les choses, ou s'admirer soi même, narcissiquement, en se donnant l'illusion d'être un "gentil", d'être actif "pour le camp du bien". Toute "mobilisation" qui ne procure pas de "satisfaction de bonne conscience" est vouée à l'échec. Que d'énergie gâchée et surtout, que d'hypocrisie.

lundi 7 avril 2008

Humour dans les travées

Souvent, dans les séances de nuit, on titille l'adversaire, avec humour, et celui-ci répond, souvent avec autant d'humour. Cela fait un peu de détente. Je vous livre ici une petite passe d'armes entre Louis Giscard d'Estaing et Jean-Pierre Brard, qui a eu lieu mercredi dernier, en séance de nuit.

Louis Giscard d'Estaing défend son amendement 180 (copie de celui qui a été adopté sur les OGM en zone d'AOC). Il évoque la mission d'information sur les OGM, dont Jean-Pierre Brard ne faisait pas partie : "Mais il est à noter que certains d’entre vous, également présents, n’en faisaient pas partie, tel notre collègue Jean-Pierre Brard, qui s’est exprimé tout à l’heure. Il est vrai qu’il a été récemment victime d’un fauchage – fut-il volontaire ou involontaire ? – dans son pré carré de Montreuil. (Rires sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre.)"

Jean-Pierre Brard, qui ne se laisse pas titiller comme cela lui réplique : "J’apprécie les gens d’esprit, monsieur Giscard d’Estaing. Vous me permettrez cependant de trouver que vous ne manquez pas d’air en défendant un tel amendement après avoir rejeté celui de Delphine Batho. (« Eh ! oui » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.) Vous êtes certainement un cousin éloigné de Janus. Pour en revenir aux faucheurs, il est vrai que j’ai été récemment victime d’un accident d’agriculture, fauché que je fus par un outil de contrebande qui tirait à droite. (Rires.) Car cet exercice n’a réussi que grâce au renfort de vos électeurs. (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.). Pour ce qui me concerne, je n’ai jamais accepté de devoir la victoire à l’appui de l’adversaire, et j’aimerais qu’on se le rappelle ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)"

Au passage, l'ancien maire de Montreuil égratigne sa remplaçante, qui était ministre de l'environnement au moment de l'élaboration de la directive européenne sur les OGM : "Monsieur Borloo, c’est une erreur de mettre en cause Yves Cochet, d’abord parce que vous savez qu’il n’a jamais agi à rebours de ses convictions. Et surtout, quand la directive de 2001 fut prise, il n’était pas ministre ! (Exclamations et rires sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Il n’a donc pas pu trahir ses convictions. Comme je laisse à M. Cochet celui de vous dire qui était la faucheuse ! (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et quelques bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.) Eh oui, la faucheuse a contribué à l’élaboration de cette directive. C’est que, quand on a l’ambition du pouvoir, on n’hésite pas à s’asseoir sur ses convictions. (Rires sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)"

Un peu plus loin dans la discussion, Jean-Pierre Brard renvoie la politesse à Louis Giscard d'Estaing. Alors que le rapporteur, Antoine Herth évoque le Puy-de-Dôme, Brard a cette réplique malicieuse "On n’y trouve même plus de châtelains !" faisant allusion à la vente du château de Chanonat par VGE. Son collègue François Brottes en rajoute une couche : "Mais il y a des châteaux à vendre !". Faut pas le chercher Jean-Pierre...

L'hallali pour Bayrou

Jean Arthuis largue définitivement Bayrou. Là, je crois que c'est le coup de grâce, François Bayrou est à poil. Trois députés, une dizaine de sénateurs (et encore), quelques maires (dont aucun d'une ville de plus de 100 000 habitants), aucun président de conseil général, on ne va pas loin avec ça. Même le PCF a plus d'élus. Et le pire, c'est que ces sécessionnistes n'entendent pas rejoindre l'UMP ou le Nouveau centre, mais veulent reprendre l'UDF, dans un projet "bayrouïste sans Bayrou". C'est ça le pire, cette volonté de faire la même chose que lui, un centre indépendant, mais sans lui. Tout le monde le sait, le Modem est devenu une secte, avec un gourou nommé Bayrou, qui se croit encore appelé à un grand destin, et ne regarde que sa carrière personnelle. Il a perdu toute capacité d'attraction, il n'a plus rien à offrir ni même à faire miroiter.

Certains grands requins de la politique (Jean Arthuis par exemple) ont vu qu'il y avait un potentiel, tant en électeurs qu'en militants. Ils ont senti que François Bayrou ne passait plus, que beaucoup se sont rendus compte de la véritable nature du personnage. En excellent tacticiens, ils l'ont laissé faire le sale boulot, c'est à dire se trouver le cul entre deux chaises au soir des premiers tours (présidentielles, législatives et municipales) et de devoir gérer le ni-ni et la débandade qu'a représenté les alliances à géométrie variable. L'image du Modem s'en est trouvée définitivement grillée chez beaucoup (voir par exemple le dégout chez les cybermilitants modem). Le temps est venu pour les charognards ! Il ne faut jamais oublier que le centre n'a jamais été affaire de militants, mais de notables. Avec une permanence et un enracinement qui permet la créations de clans, de coteries, les vieilles haines et les vieux comptes. François Bayrou a pris d'assaut le parti centriste en 1994, mettant plus ou moins sur la touche un certain nombre de barons. Ils lui rendent aujourd'hui la monnaie de sa pièce, du moins pour ceux qui sont restés à l'UDF jusqu'au bout.

La grande question est : que va-t-il se passer maintenant au centre ? Nous allons sans doute avoir sous peu une grande bagarre judiciaire pour la prise de contrôle de l'UDF, qui n'est toujours pas officiellement dissoute, mais membre d'une fédération appelée Modem. Si les vieux barons arrivent à reprendre le contrôle de la structure UDF, ils pourront faire main basse sur le Modem, et le flinguer après avoir récupéré l'argent. De toute manière, même si leur raid échoue, une autre structure centriste "indépendante" se créera, qui se rapprochera plus ou moins vite du Nouveau Centre. Le mouvement est plus ou moins enclenché, les députés NC faisant preuve d'une certaine "grogne". Ils ne se sentent pas assez considérés. En faisant monter la sauce, on assistera à une dérive lente et progressive, avec un rapprochement des Nouveau Centre de Morin, avec les nouveaux centristes d'Arthuis, avec les restes du Modem (genre Cap 21) qui auront senti qu'il était temps de lâcher Bayrou, mais qui ne le feront qu'au dernier moment, quand l'alternative existera de manière crédible. On peut même penser que des convergences avec les radicaux (qui eux mêmes se rapprochent entre radicaux de gauche et radicaux valoisiens) se mettront en place. Avec un peu de chance, si Sarkozy et l'UMP battent un peu de l'aile, on verra des centristes partis à l'UMP dès 2002 (comme Méhaignerie), revenir au bercail. Au final, on aura recréé l'UDF de Giscard, moins les libéraux, définitivement arrimés à l'UMP.

Retour à la case départ donc !

vendredi 4 avril 2008

Pas qu'un plan de rigueur

J'ai déjà eu l'occasion de m'agacer du traitement politicien de la RGPP par la Gauche, qui veut absolument nous faire croire que la droite lance un "plan de rigueur" (attention, les mots ne sont pas innocents). Pour cela, ils prennent appui sur une vaste politique publique de modernisation de l'Etat, la RGPP (Révision générale des politiques publiques), lancée dès l'été 2007. Cette politique aurait été lancée de toute manière, quelqu'ait pu être la conjoncture économique, bonne ou mauvaise. Elle a pour but avant tout de moderniser le fonctionnement de l'Etat, et donc de gagner en qualité de service public, et accessoirement de réaliser des économies sur les budgets de fonctionnement. Notez bien la démarche, on ne part d'une réduction budgétaire, en se demandant ensuite où tailler. On regarde ce que l'on peut améliorer, pour un meilleur rapport coût-qualité, ce que l'on peut supprimer car non stratégique, les économies d'échelle (par exemple regrouper les achats des trois armes). Assimiler cette vaste politique à un simple plan de rigueur tient de la mauvaise foi, qui résiste mal à l'analyse en détail.

La presse (du moins celle que je lis), n'a pas fait preuve d'une grande qualité, une fois encore. La plupart se sont jetés sur le discours de Nicolas Sarkozy et ont repris derrière les communiqués de presse des organisations militantes de gauche (qui étaient d'ailleurs prêts avant même le discours) en se focalisant sur l'aspect "économies" alors que l'essentiel est dans l'aspect "réformes".

Je vous propose d'aller sur un site qui n'a, semble-t-il, pas été tellement consulté, alors que les mesures RGPP y sont disponibles. Pour chaque ministère, on y donne les grandes réformes envisagées, ainsi que leur esprit et ce qu'on en attend. Ce sont des documents à garder et à ressortir dans trois ans et demie, quand on voudra faire le bilan de l'action de Nicolas Sarkozy. Quand on lit les réformes proposées, il n'y a pas grand chose de polémique et il devrait même y avoir un large consensus droite-gauche. Prenons quelques exemples, parmi ceux que je connais un peu mieux que les autres.

La modernisation des services du premier ministre. Le rôle de ces services est de coordonner l'action du gouvernement, et de conseiller le Premier Ministre. Plusieurs organes, notamment les secrétariats généraux, jouent ce rôle, ils ne sont pas concernés par les réformes (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas les améliorer). Dans un premier temps, la réforme s'attache à faire le ménage parmi la foule de comités Théodule qui gravitent autour du Premier Ministre. En matière prospective, c'est foisonnant. Le ménage avait été commencé en 2006, il se poursuit, avec une volonté de tout fusionner ce qui relève de la prospective au sein du centre d'analyse stratégique. Les organismes d'audit et d'évaluation vont aussi être regroupés, au sein d'un ensemble encore mal défini (on est encore au tout début de la réforme) qui graviterait autour de la cour des Comptes. Enfin, les comités qui ne servent à rien continuent d'être impitoyablement supprimés. Comme dans les grandes entreprises, de temps à autre, il faut se recentrer sur le coeur de métier et abandonner des filiales non stratégiques, quand bien même elles seraient rentables.

La politique de développement des entreprises. Le premier constat est celui d'une réussite. La politique visant à favoriser la création d'entreprises a globalement atteint ses objectifs. Le problème se situe maintenant un peu plus loin. Il faut les faire survivre et leur permettre de grossir, car la France manque de grosses PME. Le choix est donc fait de réorienter les aides publiques. Cette orientation n'est pas totalement nouvelle, la question des PME monte en puissance depuis la loi Dutreil de 2004. Une mission d'information sur le financement en fonds propres des PME s'est montée à l'Assemblée, plusieurs sujets essentiels pour les PME seront abordés dans la loi de modernisation de l'économie (notamment les délais de paiement et la question des fonds de roulement, car beaucoup de petites PME coulent à cause d'un problème de trésorerie). Une première série de mesures a été prise, avec notamment la montée en puissance d'Oséo, qui se veut, à terme, le partenaire et le "guichet unique" des PME. Un autre volet de la réforme des politiques de développement des entreprises est de faire le bilan des différents systèmes d'aides, pour chasser les doublons et revoir les "frais de gestion". C'est l'une des grandes obsessions de la RGPP : examiner les tuyaux pour voir s'il n'y a pas de la perte en ligne, avec des frais de gestion trop importants.

Enfin, la Justice (histoire de faire bondir certains). On commence par y trouver l'habituelle volonté de rationnalisation de l'organisation de la place Vendôme. N'y a-t-il pas des économies possibles en réorganisant les services ? Sans doute oui, mais l'essentiel de l'enjeu n'est pas là. Le constat est partagé par tous, il y a engorgement des tribunaux. La solution proposée est assez "innovante". Au lieu de l'attendu "augmentons le nombre de juges", le gouvernement veut plutôt faire baisser le nombre de saisines de la justice, en déchargeant les juges de certaines tâches, pour les concentrer sur le "coeur de métier" qui est de trancher les litiges et de dire le droit. La proposition qui a tant fait hurler la corporation l'ordre des avocats de déjudiciariser le divorce par consentement mutuel va dans ce sens. Il faudra s'attendre à d'autres propositions. Cette orientation n'est pas dénuée d'intérêt, loin de là, car la tentation de tout organisme est d'étendre sa compétence, de prendre sous son aile toujours plus de compétences et de domaines d'action. Et cela, en toute bonne foi, parce que cet organisme s'estime le mieux à même de s'occuper de certaines choses. Mais à un moment, il faut faire les comptes, et se poser la question : combien cela coute de faire exercer une activité non complexe par un professionnel hyper pointu ? C'est par exemple demander à un assistant parlementaire hyper calé en procédure parlementaire de passer une partie de son temps à faire des photocopies, à réserver des taxis et à faire le guide touristique pour électeurs de province en goguette à Paris. Il y a comme un gaspillage de talents. Se poser cette question pour les magistrats n'est pas idiote, et c'est comme cela que je vois cette orientation de réforme.

Par ces trois exemples, j'ai voulu tenter de vous montrer que l'on pouvait envisager la RGPP autrement que comme un plan de rigueur, et qu'il y avait derrière bien autre chose qu'une simple question d'économies budgétaires.

La Françafrique n'est pas morte au PS

A tous ceux, à gauche, qui critiquent la Françafrique, le néo colonialisme, qu'ils commencent par faire le ménage chez eux ! Jack Lang et Jean-Marie Le Guen sont encore au PS, il me semble.

jeudi 3 avril 2008

Patinage dans la semoule

Les discussions sur le texte OGM sont laborieuses. Et encore, je suis gentil. En ce jeudi, fin d'après midi, nous en sommes encore à l'article 1. Tous les ingrédients sont réunis pour que l'affaire tourne au désastre pour le gouvernement et l'UMP.

Premier signal, l'adoption, hier soir, d'un amendement qui permet de limiter sérieusement les lieux où on pourra cultiver les OGM, en excluant les zones d'AOC. L'affaire s'est déroulée de manière très curieuse. Plusieurs amendements identiques ont été déposés sur ce sujet. Le premier, de Louis Giscard d'Estaing, est retiré pour faire plaisir au rapporteur (et sans doute suite à d'amicales pressions en coulisses de la part des responsables du groupe UMP lors de la suspension de séance), bien que ce soit le fruit du travail d'une mission d'information. Jean-Pierre Brard le reprend à la volée et l'amène au vote. Résultat, 56 pour, 56 contre. Ce qui sauve la droite sur cette reprise de volée, c'est que l'égalité de voix vaut rejet. Un amendement socialiste identique est lui aussi repoussé par 58 voix contre 57. La troisième tentative est la bonne, puisque l'amendement 252, identique, est lui adopté. Etrange me direz-vous. Pas tant que cela, car les deux premiers votes, qui ont permis de repousser (de justesse) les amendements avaient lieu par scrutin public, où on sait qui a voté quoi (c'est légèrement plus compliqué, mais cela ne vicie pas la démonstration), alors que le troisième scrutin avait lieu à main levé, où personne ne note qui vote quoi. Certains députés UMP, favorables aux amendements, on voté contre quand leur nom aurait pu apparaitre, et ont voté pour lors du vote à main levée. Cela ne les a pas empêché de se prendre un savon de la part des hiérarques UMP. Mais le mal était fait, l'amendement était adopté. Le groupe UMP a préféré arrêter les frais en demandant la levée de la séance. Bien entendu, dès le lendemain, les députés de gauche se sont fait un plaisir de mettre du sel dans la plaie, et de fanfaronner.

Deuxième problème, on sent clairement que ce dossier, c'est une patate chaude que les leaders UMP se refilent. Personne ne veut être en première ligne. Le rapporteur, Antoine Herth, est quelqu'un de gentil, mais il n'a pas la poigne et l'autorité suffisante pour mener la barque. Les deux ministres, Borloo et NKM passent leur temps à se crêper le chignon et pensent surtout au Grenelle de l'Environnement. Pour sauver leur grande oeuvre écologique du mandat, ils semblent prêts à sacrifier le texte OGM, multipliant les avis de "sagesse" qui veut dire en langage parlementaire "faites ce que vous voulez". La défense du texte par ceux qui sont censés le porter est très molle. C'est dans un tel contexte que les risques d'adoption d'amendements indésirables sont les plus forts. En cas de gros cafouillage, ce n'est plus le texte qui est plombé, mais l'autorité du gouvernement, qui donne l'impression de ne pas tenir sa majorité.

Troisième souci, à échéance moins immédiate, la levée de l'urgence. Le gouvernement avait déclaré l'urgence sur ce texte, avec donc une seule lecture par chambre. Là, nous allons avoir une deuxième lecture au Sénat, donc un nouveau risque de dérapages et de combats si jamais les sénateurs se figent sur leurs positions et refusent tout compromis. Tout cela sera encore précédé et accompagné d'un barnum médiatique.

Le prix MacMahon

Je vous avais parlé de la proposition de loi de Monsieur Myard, qui avait, je pense, battu un record. Et bien comme pour la natation, le record vient d'être pulvérisé par un autre champion, Patrick Balkany. Je vous laisse lire le petit texte de présentation de sa proposition de loi, reçue le 2 avril (donc à priori pas un poisson d'avril, bien que ça ait pu en être un beau). Il se suffit à lui-même !

"Chère Collègue, Cher Collègue,

Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint le texte d'une proposition de loi organique subordonnant l'éligibilité au mandat de député à l'exercice d'un mandat local que je souhaite déposer sur le bureau de l'Assemblée nationale.

L'article L.O. 141 du Code électoral issu de la loi organique du 5 avril 2000 relative aux incompatibilités entre mandats électoraux dispose que: « Le mandat de député est incompatible avec l'exercice de plus d'un des mandats énumérés ci-après: conseiller régional, conseiller à l'assemblée de Corse, conseiller général, conseiller de Paris, conseiller municipal d'une commune d'au moins 3500 habitants». La loi organique n°2000-294 du 5 avril 2000 a par ailleurs prévu l'applicabilité de ces règles dans les collectivités ultra-marines.

Par ces lois, le législateur a rendu un arbitrage particulièrement équilibré entre l'exercice d'un mandat local et celui d'un mandat national.

Pour autant, la clairvoyance dont le législateur a su faire preuve suscite, encore aujourd'hui, de vives controverses.

Considérant, pour les raisons explicitées dans l'exposé des motifs, que l'exercice concomitant d'un mandat local, quel qu'il soit, et d'un mandat de député ne neutralise en aucun cas le travail de l'élu mais permet bien au contraire à ses fonctions de s'enrichir mutuellement, nous vous proposons de subordonner l'éligibilité au mandat de député à l'exercice d'un mandat local en cours.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir me faire savoir si vous désirez être co-signataire de cette proposition de loi en me retournant le coupon réponse ci-joint avant le 28 avril 2008.

A l'instar du prix Busiris décerné par Maitre Eolas, je créé le prix MacMahon pour les propositions parlementaires les plus gratinées. Cet ancien président de la République fut célèbre, entre autres, pour ses déclarations officielles "débiles" : Devant des inondations, il ne trouva rien de mieux à dire que "que d'eau, que d'eau". A propos de la fièvre typhoïde "c'est une maladie terrible. Ou on en meurt, ou on en reste idiot. Et je sais de quoi je parle, je l'ai eue". Edit : le blogage dans l'urgence ne donne jamais rien de bon. Si le principe d'un prix pour les âneries parlementaires est bon, les modalités ne me donnent pas satisfaction. Je lance donc un concours d'idée pour un autre nom, et pour la définition des critères.

Il sera décerné par moi-même et éventuellement un jury de spécialistes, pour les propositions de loi, mais aussi les amendements les plus débiles, que ce soit sur la forme (irrecevabilité, rédaction juridiquement dramatique...) ou sur le fond (provocation ouverte, non-sens politique). Les critères sont donc larges et assez subjectifs, mais l'inventivité parlementaire étant sans limite en matière de conneries, il faut garder un peu de marge.

Bien entendu, le premier lauréat est Patrick Balkany, à l'unanimité.

Edit du 7 avril : La proposition de loi vient d'être enregistrée à l'Assemblée nationale sous le numéro 783. Pas un poisson d'avril donc.

mercredi 2 avril 2008

Des parlementaires jouent les "idiots utiles"

Les débats sur les OGM est l'occasion d'une magnifique démonstration de lobbying et de communication de la part des anti-OGM. Du travail de professionnel, au point que tout le monde, ou presque, avale sans broncher ce qui n'est que l'opinion d'un camp. Les OGM (sans préciser davantage) sont devenus l'équivalent de la peste, réveillant dans notre inconscient collectif le souvenir très lointain, mais jamais complètement effacé, de l'épidémie de 1348, qui tua un tiers de la population européenne. Etre touché par un grain d'OGM risque de vous contaminer, et vous porterez le malheur sur vos épaules, vous et vos enfants sur sept générations. Et pour compléter le tout, on crée un méchant, Monsanto. Pour cela, pas bien compliqué, il suffit de jouer sur les réflexes anti-microsoft. Une firme US, riche, puissante, arrogante, bref, la route est ouverte pour que l'amalgame se fasse de lui-même. On s'assure bien que la sauce prend en faisant diffuser, fort opportunément quelques jours avant un débat parlementaire sur le sujet, un documentaire militant, type Mickael Moore et le tour est joué.

A un niveau plus fin, il y a un travail mené sur la presse, qui une fois de plus, s'est fait enfumer, tendant généreusement le micro et la caméra aux anti-OGM sans recul et sans grande nuances. On a beaucoup entendu deux parlementaires UMP, le sénateur Legrand, et le député Grosdidier. Pour être relayés, leurs propos l'ont été. Ils ont d'ailleurs été quasiment les seuls UMP à être médiatiquement audibles. Et pour cause, ils tenaient le discours qu'attendaient les anti-OGM, jouant ainsi le rôle "d'idiots utiles". Les journalistes se sont jetés dessus, sans se demander si ces deux parlementaires reflétaient la position de leurs groupes. Or, il se trouvent que ces deux là sont des marginaux, des isolés, comme a pu l'être Roselyne Bachelot sur la question du PACS. A aucun moment, je n'ai vu de remise en prespective, de prise de hauteur sur le pourquoi et le comment de leurs prises de positions. Je vais donc tenter ici de me livrer à ce petit exercice.

Le sénateur Legrand est un sénateur type, homme, blanc, la soixantaine, président de conseil général. Il était jusque là un spécialiste reconnu sur ces questions d'OGM, un de ceux qui faisaient l'opinion au Sénat sur ce thème. Et puis il a commis une faute, il s'est rendu complice de la danse du ventre de Nicolas Sarkozy devant José Bové, au moment où celui ci a entamé une grève de la faim, en janvier 2008. Le but du petit moustachu était de faire pression pour "mettre en condition" les français avant le débat parlementaire, et obtenir l'interdiction du maïs MON810 de Monsanto, seule variété transgénique cultivée en France. Et il a obtenu satisfaction, à la grande fureur des pro-OGM, des agriculteurs et plus globalement du monde rural. Dans les campagnes, ils ont retenu que "Nicolas Sarkozy a baissé son pantalon devant José Bové". Les sénateurs, qui sont proches des élus locaux, ont tout de suite vu le danger que cela représentait : on était à deux mois des cantonales, et ce genre de trucs, ça peut vous faire basculer des départements ruraux. Il suffit qu'un certain nombre d'électeurs de droite "oublient" d'aller voter, et quelques sièges basculent. L'examen du texte OGM n'a été qu'une opération de déminage de la part des sénateurs, qui se sont acharnés symboliquement, créant notamment un délit de fauchage volontaire, alors même que de tels faits sont déjà pénalement répréhensibles. En temps normal, les sénateurs laissent ce genre de singeries médiatiques aux députés, et font un bien meilleur travail juridique. C'est dire l'ampleur de leur mécontentement. Le sénateur Legrand, qui s'est ouvertement prêté au jeu de l'Elysée en rendant un pseudo-avis, avec les mots qui étaient attendus, a été véritablement ostracisé par ses collègues, au point qu'il n'a même pas osé venir dans l'hémicycle défendre les nombreux amendements qu'il avait déposé sur ce texte. Désormais, au groupe UMP du Sénat, le sénateur Legrand est un paria et le restera sans doute jusqu'à la fin de son mandat.

A l'Assemblée, l'idiot utile s'appelle François Grosdidier. Lui, c'est un marginal de longue date, le genre de type qui guette toutes les occasions d'apparaitre devant les caméras. C'est un solitaire, qui joue perso et n'hésite pas une seule seconde à poignarder si ça peut lui rapporter. Il est assez mal vu par nombre de ses collègues, et cela ne va pas s'arranger. Car en prenant cette position ouvertement anti-OGM, il a agit par pur opportunisme. Il est surtout connu pour ses propos un peu limites sur les "you-you" à la sortie des mariages et ses attaques contre les groupes de rap. Bref, un peu le genre tête brulée qui balance et réfléchit après (éventuellement).

Pour avoir les vraies positions de chacun, je ne peux que vous conseiller de lire les débats à l'Assemblée nationale. Bien qu'un peu houleux, ils sont d'une grande richesse, chacun pouvant exposer pleinement sa pensée, dans ses nuances, ses réserves.

mardi 1 avril 2008

La tradition est sauve

Je cherchais depuis ce matin le canular du premier avril dans nos journaux et sites. Je n'en ai trouvé qu'un, mais il est beau !

Le meilleur depuis bien longtemps

J'ai toujours été surpris (et fortement agacé) par ce propos que l'on retrouve toujours ou presque lors de la sortie d'un "produit culturel", que ce soit un livre ou un album de musique. C'est à chaque fois le meilleur que le ou les auteurs aient produit depuis quelques années. On dévalorise les anciens produits, déjà amortis, pour mieux mettre en avant le nouveau qui sort. Cela marche une fois, mais quand c'est trop systématiquement utilisé, cela ne prend plus et fait perdre toute crédibilité aux critiques et aux articles de promotion qu'ils pondent.

Cette fois-ci, c'est REM, groupe dont j'aime beaucoup la musique (j'ai tous les albums), qui nous fait le coup. Désolant, pour les artistes, qui dénigrent leur travail passé, désolant pour les journalistes, qui reprennent textuellement ou presque les communiqués de presse et la stratégie promo. Qui va vraiment me dire, en temps utile, ce que vaut réellement cet album ? Comment avoir encore confiance ?

l'épine afghane

Les parlementaires de l'opposition ont réussi à obtenir un débat sur l'envoi de soldats supplémentaires en Afghanistan. C'est quand même la moindre des choses, surtout quand on prétend "revaloriser" le rôle du Parlement. Mais c'est un débat sans vote, faut pas pousser quand même. A la limite, cela ne me dérange pas trop, car le résultat d'un éventuel vote aurait sans surprise. Ce qui compte, c'est qu'il y ait débat et que le gouvernement apporte des explications et des réponses. Après tout, je ne vois pas pourquoi le pouvoir de contrôle du Parlement ne s'étendrait pas aussi à la défense et aux affaires étrangères.

Sur le fond, je serais assez d'accord avec la décision d'envoyer des soldats supplémentaires. Ce n'est pas une guerre, mais c'est peut-être pire. Au moins, dans une guerre, on connait son adversaire. Là, c'est un problème de sécurisation d'une zone hautement instable et explosive, où nous ne pouvons pas nous permettre d'être absents. Les mouvances islamistes anti-occidentales y sont prospères et nous devons, non pas contrôler la zone, mais les empêcher d'y exercer leurs activités en toute tranquillité. Pour ça, il faut des troupes au sol, on peut avoir toutes les technologies possibles et imaginables, rien ne remplace l'infanterie pour occuper le terrain. L'envoi de soldats est donc un acte de responsabilité internationale. SI les pays occidentaux que sont les USA, le Royaume Uni et la France ne le font, personne ne le fera. Quand on est une puissance (ou que l'on prétend l'être encore), on doit assumer ses responsabilités. Noblesse oblige.