Authueil

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vendredi 30 mai 2008

Punition divine

C'est le bon dieu qui t'a puni ! Voilà résumé le propos de Sharon Stone sur le séisme en Chine. Bien entendu, les chinois ne sont pas contents (qui le serait après une telle catastophe). Sharon Stone présente des excuses (sur quoi, on ne sait pas). Il le faut bien, car ses propos risquent de faire du tort commercial à Dior, dont Sharon Stone est la femme-sandwich attitrée. On peut donc dire toute les conneries qu'on veut, tant que cela ne nuit pas au business !

Par contre, personne pour s'appesantir sur le fond de la pensée de Sharon Stone, magnifiquement révélée par ce propos. Une bonne dose de bisounours consensuel "Il ne faut pas être méchant avec les autres" suivi de "Et je me suis demandé, est-ce que ce ne serait pas le karma - quand vous n'êtes pas gentils et que de mauvaises choses vous arrivent ?". Tu es méchant, le bon dieu te puni ! Les bonnes soeurs des écoles catholiques, il y a cinquante ans, n'auraient pas dit mieux !

De la consommation de mariage

L'affaire fait grand bruit, dans la presse et sur les blogs. Un mari demande l'annulation de son mariage du fait que son épouse, qui avait assurée être vierge, ne l'était en fait plus. Cette condition étant jugée "substantielle" par le mari, il estime avoir été trompé. L'affaire est habilement plaidée sur la base de la tromperie : c'est le fait pour l'épouse d'avoir menti sur sa virginité plus que l'absence de virginité qui serait la base de la demande. Cela ne change pas grand chose au fond. Pour le coté juridique, voir mon juriste préféré (plus rapide à dégainer qu'un autre)

Cette affaire illustre de manière caricaturale la confusion entre le mariage et le contrat commercial. On pourrait ainsi résumer les faits : un homme achète un produit (la femme) que le vendeur (le père) lui a garanti vierge. L'acheteur a bien insisté sur le fait que cette virginité est une qualité substantielle du produit. Lors du premier usage, l'acheteur s'aperçoit que le produit n'est pas conforme, et qu'il y a eu tromperie sur la marchandise. Il fait alors jouer son droit de rétractation (7 jours) pour résilier la vente et rendre le produit dans son emballage d'origine (la robe de mariée). L'histoire ne dit pas s'il y a eu paiement et restitution d'un prix...

Le mariage relève-t-il du code civil ou du code de la consommation ? J'en viens à me poser sérieusement la question au regard de cette affaire ce qui me désole profondément. Quel est le but du mariage : se procurer un conjoint comme on achète une voiture ou une télévision écran plat pour en faire ensuite "usage" et éventuellement le jeter quand le produit devient obsolète ? Pour moi, le mariage est bien autre chose. C'est un évènement fondateur d'une nouvelle entité, la famille, dont le but essentiel est quand même de concevoir et d'élever des enfants (qu'on ait les enfants naturellement ou par adoption). Dans cet optique, la qualité substantielle du conjoint, c'est sa capacité à assumer ce rôle au sein d'un binôme (qui peut être composé de deux personnes du même sexe). C'est certain que si le couple s'entend bien, c'est quand même mieux, mais ce qui fait le ciment (quoi qu'on en dise), c'est l'existence de cette volonté commune de mener à bien ce projet, en y sacrifiant éventuellement une partie de ses aspirations individuelles, en acceptant que le bien de la famille passe avant son petit confort personnel. Un couple où le choix d'un conjoint se fait uniquement sur la base du "confort" et du plaisir personnel de l'un des conjoints (ce conjoint égoïste peut très bien être la femme) ne me parait pas sain et durable.

Je ne peux qu'approuver ceux qui protestent sur la transformation de la femme en simple produit commercial. Dans cette affaire, il y a indéniablement de cela, le mari a pris femme comme il aurait acheté une belle voiture, en la voulant neuve pour la "faire" à sa main (et cela n'est en rien une spécificité "musulmane", bien des chrétiens font de même). Et le pire, c'est que le droit cautionne cela en admettant une annulation qui s'apparente fortement, quelque que soit l'habillage, à une résiliation de vente commerciale ! Ce n'est plus le mariage qui est galvaudé, mais la famille. Et là, on sape l'un des fondements de notre société !

mercredi 28 mai 2008

Voeu pieux

JORF n°0119 du 23 mai 2008 page 8379 texte n° 7

Circulaire du 20 mai 2008 relative à l'exécution des condamnations pécuniaires prononcées contre l'Etat

NOR: PRMX0812416C

Paris, le 20 mai 2008.

Le Premier ministre à Monsieur le ministre d'Etat, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les secrétaires d'Etat, Monsieur le haut-commissaire

Le respect des décisions de justice est une exigence essentielle dans un Etat de droit. Cette exigence vaut, naturellement, pour l'Etat qui doit exécuter pleinement et rapidement les décisions juridictionnelles qui sont prises à son encontre. Or j'observe que, dans un nombre significatif de cas, l'exécution effective, par les administrations de l'Etat, des condamnations pécuniaires prononcées par les juridictions administratives, les juridictions judiciaires ou des juridictions internationales comme la Cour européenne des droits de l'homme n'est pas faite avec la promptitude requise. Tout retard dans l'exécution d'une décision juridictionnelle prononçant une condamnation pécuniaire méconnaît l'exigence essentielle précédemment rappelée. Il met à mal la confiance de nos concitoyens dans le respect de l'Etat de droit. Il a réussi pour conséquence, par l'effet des intérêt de retard, d'alourdir la charge financière dont l'Etat devra in fine s'acquitter. Je rappelle que la loi impose à l'Etat de procéder à l'ordonnancement ou au mandatement des sommes qu'il a été condamné à payer par une décision passée en force de chose jugée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle. En cas d'insuffisance de crédits, l'ordonnancement est effectué dans la limite des crédits disponibles et un ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. Ces délais s'imposent pour l'ensemble des condamnations pécuniaires, y compris celles concernant la charge des frais de justice. Je vous demande de veiller à ce que vos services fassent preuve de la plus grande diligence pour procéder à l'exécution des décisions de justice, notamment celles qui comportent une obligation financière. A cette fin, doivent être proscrites les démarches dilatoires consistant à tenter de reporter sur d'autres départements ministériels la charge de la condamnation pécuniaire. En cas de difficulté sérieuse pour déterminer quel département ministériel doit assumer la charge d'une condamnation pécuniaire, le secrétariat général du Gouvernement devra être saisi dans les meilleurs délais.

Et puis...

Un décret. Faut-il espérer une amélioration ?

Petits arrangements statutaires

C'est bien connu, les statuts des partis politiques ne sont pas fait pour être appliqués. Nouvel exemple au PS avec le cas Charasse. Rappelez vous, ce cher Michel, en compagnie de 17 autres conseillers généraux du Puy-de-Dôme, a contribué à faire réélire le sortant, au détriment de la candidate désignée par la fédération locale du PS. Cette dernière étant influente, elle a réussi à mobiliser les instances nationales du PS pour qu'elle sanctionnent ces élus du peuple qui n'ont pas suivi les consignes de l'appareil politique (non, vous n'êtes pas en Union soviétique mais en France).

Suspendu du parti avec ses petits camarades, Michel contre-attaque. Finalement, il ne devrait pas être exclu du parti. Au terme de discussions de marchands de tapis, où les statuts et leur respect ne sont qu'une carte dans le jeu d'un des protagonistes, il est proposé aux frondeurs d'échanger leur maintien dans le parti contre leur adhésion à une groupe PS au conseil général du Puy-de-Dôme dont la présidence serait donnée à un proche de la candidate battue pour la présidence de l'assemblée départementale.

En résumé : OK les gars, vous nous avez eu pour la présidence du conseil général. Mais en échange, laissez nous au moins la présidence du groupe et on classe sans suite la violation manifeste des statuts dont vous vous êtes rendus coupables. De la politique à l'état pur !

Mes amis juristes apprécieront !

Les amendements gouvernementaux

Dans tout texte discuté à l'Assemblée et au Sénat, le gouvernement peut déposer les amendements qu'il veut, quand il le veut. C'est un privilège dont il ne se prive pas, et en général, un amendement gouvernemental n'est jamais innocent. C'est le cas pour le texte de modernisation de l'économie, où trois amendements gouvernement ont été déposés (pour l'instant).

Le premier, c'est du lourd, non pas en termes de temps de discussion, mais pour l'ordonnancement juridique. Il s'agit d'une habilitation d'ordonnance, pour étendre le régime de la fiducie aux personnes physiques. Je ne connais pas grand chose à ce sujet, mais suffisamment pour savoir que ce n'est pas du tout anodin. Le procédé est cavalier, non pas sur le plan législatif car le projet LME est un tel fourre-tout que n'importe quelle disposition économique peut y entrer. Non, c'est cavalier sur le plan de la politesse et du respect des parlementaires et c'est une fois de plus révélateur de la manière chaotique dont se font les lois en France. En effet, une loi sur la fiducie, d'origine sénatoriale, a été votée en 2007. Le projet a été déposé dès 2005, les deux assemblées ont pris tout leur temps pour l'examiner. C'est le gouvernement qui s'est opposé à l'extension de ce régime de la fiducie aux personnes physiques, et voici qu'un an après la promulgation de la loi, on revient dessus par ordonnance ! (Avis aux spécialistes, si vous avez des remarques sur cette habilitation, vous pouvez me contacter par mail privé).

Le deuxième amendement gouvernemental est une réponse aux revendications (justifiées) d'une catégorie particulière. Il s'agit de permettre aux transporteurs routiers de répercuter sur leurs clients une partie des hausses de gazole. Des mécanismes avaient déjà été mis en place, mais ils ont vite dépassé par la hausse vertigineuse des prix des carburants. On répond là à l'urgence. Notez bien que l'Etat ne sort pas un centime, ce qui va sans doute faire grincer quelques dents chez les clients des transporteurs...

Le troisième amendement est du pur cavalier législatif. Sur un texte comme celui-là, il faut le faire ! Il traite de la détention par l'Etat du capital des entreprises audiovisuelles publiques. L'audiovisuel extérieur étant réformé, il faut ajuster les textes législatifs. C'est un simple jeu d'écriture, sans incidence politique, les décisions étant largement prises. Mais les juristes étant ce qu'ils sont (c'est à dire pinailleurs), il faut que tout soit nickel chrome dans l'ordonnancement des textes. Le gouvernement prend donc le premier gros paquet qui passe et glisse son passager clandestin en espérant que dans la masse, il passe inaperçu. Raté pour l'inaperçu, mais ne doutons pas un instant qu'il sera adopté. Le seul souci, ce sera devant le CC, qui lui aussi, ne manquera pas de voir et de censurer...

mardi 27 mai 2008

La non décision du PS sur les institutions

Le groupe PS à l'assemblée nationale vient de décider de voter contre la réforme des institutions, lors de la première lecture à l'Assemblée nationale. La décision a été obtenue à la quasi unanimité. Ce n'est pourtant qu'une unité de pure facade, en trompe l'oeil, car l'UMP n'a pas besoin des voix du PS en première lecture.

La procédure de réforme constitutionnelle impose que le texte soit voté dans les mêmes termes par les deux assemblées, sans aucune majorité qualifiée requise. S'il n'y avait que cela, la droite étant majoritaire à l'Assemblée et au Sénat, cela ne poserait aucun problème. Là où le PS est incontournable, c'est que le texte ainsi voté conforme par les deux assemblées (ce qui n'est déjà pas gagné) doit en plus être approuvé par le Congrès (réunion des députés et des sénateurs) à la majorité des trois cinquièmes. Or, il manque une quarantaine de voix à la droite pour atteindre ces fameux trois cinquièmes.

La décision cruciale est donc le choix qui sera fait par le PS pour son vote au Congrès. Or, il est bien précisé que la décision que viennent de prendre les députés socialistes ne préjuge en rien de leur attitude lors du Congrès. Facile, dans ces cas là, d'afficher une belle unité, quand la question qui fâche est soigneusement bottée en touche !

Si à ce stade des discussions, les députés PS n'arrivent toujours pas à se prononcer clairement pour ou contre, c'est que cela doit être sacrément la pagaille en interne. Depuis le temps que les leaders socialistes affirment que la porte est close, tout en faisant des appels du pied (allez, prenez nous ce truc et on acceptera la réforme), on sent qu'il ne faut plus grand chose pour qu'une partie significative (plus d'une quarantaine) des parlementaires socialistes basculent en faveur de la réforme. Le tout est de trouver le prétexte qui permettra de le faire en sauvant la face et en évitant l'accusation de collaboration avec l'ennemi. En cette période de pré-congrès musclé au PS et avec les dissensions internes à l'UMP, la fenêtre de tir est étroite.

L'internaute est parfois nul !

J'ai été surpris la première fois que j'ai vu un député UMP intervenir sur Rue89. C'était Benoist Apparu. Et voilà que je découvre d'autres députés UMP de la jeune génération,Franck Riester et Bruno Lemaire s'y mettent aussi. Aller sur Rue89 quand on est un parlementaire UMP, c'est courageux, car ce n'est pas un territoire "ami". C'est un initiative à l'honneur de la rédaction de Rue89 de s'ouvrir à des gens qui ne sont sans doute pas ceux pour qui la rédaction vote. J'approuve cet esprit de dialogue. Le problème, ce sont les internautes, ceux qui commentent sur Rue89, qui sont en dessous de tout ! Les commentaires sous les articles de ces députés UMP sont un déluge militant (de gauche bien entendu), qui se gardent bien d'aborder le sujet évoqué dans la tribune, et qui se lancent dans des attaques, voire des insultes. Aucun dialogue, aucune argumentation construite en réponse, juste un tir de barrage pour démolir. Heureusement, Rue89 fait un tri, ce qui au final, fait émerger les commentaires de qualité. Mais au début, c'est le foutoir !

Cela m'amène à relativiser franchement tout ce qu'on raconte sur "l'intelligence collective" et autres balivernes sur le dialogue et l'échange sur internet. A mes yeux, le maillon faible sur ce genre de site, c'est le commentateur, qui n'est pas à la hauteur. J'ai la chance ici d'avoir un bon niveau (pourvou que ça doure), mais ailleurs, notamment sur tous les sites des médias, c'est parfois pitoyable ! Plus le site est important et "en vue", plus le niveau des commentaires est bas. Finalement, l'expérience médiapart pourrait se révéler intéressante sur un point (même si c'est trop tôt pour tirer des conclusions) : le fait de mettre une barrière à l'entrée peut écrémer sérieusement et transformer ce site en lieu d'échanges et de débats de bon niveau, intéressants et constructifs. A suivre donc !

Edit : Ce billet a été repris par Marianne 2. Le nombre de lectures est sans commune mesure, la qualité du fil de commentaires également. Démonstration parfaite de ce que j'écris ici !

lundi 26 mai 2008

Un message pur et parfait ?

Le chafouin rebondit quelque peu sur mon dernier billet "religieux", pour prendre la défense de l'église catholique d'une bien curieuse manière, par un argument qui interpelle autant l'historien que le protestant.

Selon lui, le message du Christ aurait été conservé pur et parfait depuis 200 ans par l'église catholique. Je le cite : "Depuis 2000 ans, inlassablement, l'Eglise transmet le message de Jésus-Christ, sans varier d'un iota sur le fond des choses".

D'abord la réponse de l'historien. Bien des éléments prônés par l'église catholique n'ont rien à voir avec le message, mais au contraire, tout à voir avec l'exercice du pouvoir et les intérêts de l'institution. Un exemple, le célibat des prêtres n'a été rendu obligatoire que depuis le 12ème siècle, et cela a été imposé pour éviter que les prêtres aient des héritiers légitimes, donc aptes à récupérer le bénéfice ecclésiastique, à commencer par le siège pontifical (Serge III est le fils de Jean XI). Il n'y a jamais eu de raison spirituelle à cette règle, la preuve, les prêtres maronites, pourtant ralliés depuis des siècles à l'église catholique, peuvent être mariés ! Autre exemple, la paradis et le purgatoire, sont des créations intellectuelles du moyen-age (voir les ouvrages de Jean Delumeau) et ont servi de base à la très lucrative industrie des indulgences. Où est le message du Christ dans cette vaste entreprise de culpabilisation des fidèles ? Je pourrais multiplier les exemples et trouver beaucoup de revirements au gré des conciles (mais je n'ai pas le temps, avis aux commentateurs s'ils veulent le faire).

Ensuite la réponse du protestant. Le message de Dieu a été apporté à un moment donné, en un lieu donné. Il a forcement du passer par le biais du langage et des schémas mentaux de l'époque pour pouvoir être compris. Je pense, cher Chafouin, qu'il y a chez vous confusion (regrettable) entre le fond et la forme. Sur le fond, le message est le même (aime ton prochain comme toi-même), sur la forme, il est nécessaire de l'adapter à son temps et à la culture des personnes que l'on souhaite toucher, sous peine de voir le message devenir inaudible ! Et le plus important, c'est quoi, le contenant ou le contenu ? J'ai l'impression que pour les catholiques, le contenant (leur sainte église catholique apostolique et romaine) est tout aussi importante que le fond. C'est une position que ne partagent les protestants !

Le Monde sert la soupe à Auchan

Je n'ai rien contre le principe des interviews, mais quand elles énoncent des énormités, il est du devoir du journaliste d'apporter, ou de faire apporter par un autre interviewé, le contrepoint nécessaire.

Aujourd'hui, c'est Auchan qui passait à la soupe dans le Monde. Les réponses de Monsieur Mulliez ne sont qu'une longue défense corporatiste de la "pauvre grande distribution", qui se la joue en victime de la grande industrie (du genre maiiiis non, la grande distribution ne va pas étrangler les PME, en fait, ce sont les grands industriels qui se servent des PME comme bouclier humain). Je n'ai retenu qu'une réponse, la dernière, comme exemple, car c'est le sujet que je maitrise le mieux.

Question : La LME (loi de modernisation de l'économie) veut limiter à soixante jours le délai maximal de paiement après réception de la facture. C'est plutôt une bonne chose pour les PME ?

Réponse : Cela fait bien longtemps que les PME escomptent leurs traites. Encore une fois, ce sont les grands industriels qui profiteront de cette mesure. Nous allons devoir restreindre nos investissements, payer des frais financiers et donc, sans doute, augmenter les prix dans nos rayons. Ce sont des questions à plusieurs centaines de millions d'euros par enseigne.

Ca, je ne peux pas laisser passer !

La grande distribution, quand elle achète, paie à 90 jours, sauf pour les produits frais, qui sont à 30 jours ou 20 jours. Par contre, quand Auchan vous vend, c'est paiement comptant ! pas question de sortir avec la marchandise sans être passé à la caisse. Résultat, Auchan fait un bénéfice fabuleux en plaçant cet argent entre le moment où il est payé et celui où il paye son fournisseur. Quand Monsieur Mulliez annonce qu'il va devoir payer des frais financiers, je me marre ! Il touchera juste un peu moins de produits financiers ! Il continue en annonçant qu'il va devoir réduire les investissements. Cela fait bien longtemps que la France est saturée en hypermarchés. Auchan n'investit presque plus rien en France. C'est en Chine, en Inde et dans les pays émergents que vont les investissements. Quel impact pour la France qu'Auchan investisse un peu moins en Chine ? Aucun !

Et menace suprême, Auchan va devoir augmenter ses prix. Parce qu'actuellement, Auchan n'augmente pas ses prix ? Si bien sûr ! La détermination du prix de vente au consommateur par Auchan dépend de beaucoup de facteurs, le délai de paiement n'en est qu'un parmi d'autres et ce n'est certainement pas le plus déterminant. Des économistes en parleraient mieux que moi, mais comme critère de fixation du prix, il y a d'abord le prix d'achat par Auchan ! Et là, Monsieur Mulliez oublie de dire que la même loi instaure la négociabilité des conditions générales de vente (et donc des prix) entre fournisseurs et distributeurs. Monsieur Mulliez va donc pouvoir négocier sur les prix et croyez moi, il ne va pas s'en priver. Et s'il arrive à obtenir des baisses de prix de la part de ses fournisseurs, croyez vous qu'il baissera ses prix de vente aux consommateurs ?

Voilà un lobby en pleine action, jouant le misérabilisme, sans aucun contrepoint de la part du journaliste. C'est pourtant le rôle que l'on attend d'eux : remettre en perspective !

Les erreurs du marketing législatif

Luc Chatel intervient dans les journaux pour présenter le volet de la loi de modernisation qui le concerne (négociabilité, soldes, concurrence, urbanisme commercial). Il fait son boulot, rien à, lui reprocher. Le problème vient de l'étage au dessus, car les réformes chatel sont vouées à être édulcorées, et même si elles étaient adoptées en l'état, elles ne changeraient pas grand chose, et certainement pas à court terme. Mettre en avant cette partie de la loi est une erreur de communication. L'erreur est encore aggravée par l'annonce d'objectifs chiffrés (+0.3% de croissance supplémentaire et 50 000 nouveaux emplois). Comme si la croissance et la création d'emplois dépendaient encore de l'Etat !

Sur la négociabilité, la réforme est très technique, absolument incompréhensible pour le grand public. Dans les faits, elle ne va pas changer grand chose, car si les grandes enseignes de la distribution veulent baisser leurs prix, elles peuvent déjà le faire. Ce n'est pas en leur donnant de nouveaux outils que, comme par miracle, elle vont baisser leurs prix ! Tout est une question de bonne volonté de leur part, et ça, le gouvernement ne sait pas faire. Ce n'est pas son rôle d'ailleurs !

Sur l'urbanisme commercial, les lobbys se déchainent pour ce qui n'est qu'une réformette ridicule. Passer le seuil d'autorisation de 300 à 1000m² ne changera rien. La France est déjà couverte d'hypermarchés, voire même saturée par endroits. Les réserves foncières (les terrains dans les zones commerciales) sont déjà entre les mains des grands groupes et tous ont des autorisations d'ouverture non utilisées. On nous dit que cela permettre l'essor du hard discount. Cela aurait été vrai il y a 10 ans, quand le hard discount arrivait en France, via des groupes allemands, et que le territoire était à mailler. Aujourd'hui, chaque grand groupe a son réseau de hard-discount, et grâce à cette loi Raffarin si protectrice, les Auchan et autres Carrefour ont pu monter leur chaine hard discount en toute tranquillité. Le gouvernement aurait plus audacieux s'il avait placé la barre plus haut, genre suppression de la spécificité de l'urbanisme commercial et retour dans le giron du droit commun. Il pu arriver à quelque chose. Là, on arrivera au maintien du statu quo !

La vraie réforme en matière de concurrence, celle qui aurait un impact réel, le gouvernement s'est bien gardé de la proposer. Elle consiste à analyser, bassin de chalandise par bassin de chalandise quelles enseignes sont présentes, lesquelles sont dominantes et obliger à des cessions ou des échanges entre grandes enseignes pour qu'il y ait au moins trois groupes présents par zone de chalandise. Ce n'est actuellement le cas que dans un quart des zones de chalandise, ailleurs, les grands groupes se sont partagés le gâteau. Et comme par hasard, on constate que les prix sont plus bas lorsque la concurrence est réelle au sein d'une zone de chalandise. En résumé, il nous faudrait une loi anti-trust de la grande distribution ! Vous pouvez toujours rêver pour qu'une telle réforme soit proposée, on heurte là des intérêts bien trop puissants !

Le vrai coeur de la Loi de modernisation de l'économie, il est ailleurs, dans le titre I. On y trouve la création d'un véritable statut de l'auto-entrepreneur, qui simplifie bien des choses pour ceux qui ont une petite activité annexe, qu'ils se gardent bien de déclarer ou de développer, par peur des contrôles et de la paperasse. On y trouve aussi des mesures de simplifications pour les entreprises. Il plafonne les délais de paiement à 60 jours, ce qui va soulager biend es trésoreries de PME (la première source de défaillance des jeunes entreprises, c'est un problème de trésorerie). C'est cette piste là qui est intéressante, car finalement, la croissance, elle vient par les entreprises. En leur facilitant la vie, en amorçant la sortie de l'économie administrée que connait la France (l'administration surveille tout, on ne sait jamais, le chef d'entreprise étant un ignoble profiteur toujours prêt à truander).

Avec cette communication pitoyable, qui parle aux français d'un leurre parce qu'ils peuvent le comprendre et que ça passera mieux au JT, on va droit au devant de cruelles désillusions. Quand dans quelques mois (le degré de patience des français est limité), on demandera au président où sont les 0.3% de croissance et les 50 000 emplois supplémentaires imprudemment promis pour les besoins du marketing. Bien entendu, sauf miracle indépendant de notre volonté, ils n'y seront pas, car les effets de la partie intéressante de la loi se feront sentir dans deux ou trois ans, pas avant. A ce jeu là, on ne fait que des déçus et on jette le discrédit sur un texte qui contient pourtant bien des éléments positifs.

vendredi 23 mai 2008

Pitoyable contrefeux

Jean Louis Bianco, en bon soldat, tente de contrer l'initiative des 17 députés socialistes se disant ouverts aux propositions du gouvernement en matière de réforme institutionnelle. Cette démarche a enfoncé un coin au sein d'un groupe socialiste encore plus divisé que l'UMP sur ce sujet. C'est d'ailleurs une bonne chose, car à droite comme à gauche, nos représentants pourront voter en conscience, selon leur opinion et non selon les consignes du groupe et du parti !

Le propos de Bianco est globalement crédible (preuve de son professionnalisme), sauf sur un point, qui malheureusement pour lui, casse sa démonstration :"ils sont venus nous chercher quand ils se sont rendu compte que même au sein de leur groupe, ils risquaient de ne pas faire le plein des voix et qu'ils auraient du mal à atteindre la majorité des trois cinquièmes". Dès le départ, on savait que le groupe UMP serait traversé de forces contradictoires et que ce texte créerait des remous. Et surtout, depuis juin 2007, on sait que la droite n'a plus les trois cinquièmes au Congrès. Tenter de faire croire que l'UMP a attendu le dernier moment pour tenter de trouver un compromis est franchement ridicule. Serait-ce par hasard que Monsieur Jack Lang a été nommé vice président de la commission Balladur, justement chargée de réflechir sur le sujet et de faire des propositions ? Il me semble que l'UMP a dès le départ cherché le consensus, et que c'est le PS qui n'a pas joué le jeu !

Une circonvolution de plus pour essayer de masquer le fait que le refus de cette réforme institutionnelle s'explique par une question de tactique politicienne bien plus que par un refus sur le fond. Les socialistes sont en pré-congrès, et malheur à celui qui prêtera le flanc à une possible accusation de collaboration avec le pouvoir sarkozyste. Péché mortel ! Ce n'est pas un hasard si c'est un ancien co-directeur de la campagne présidentielle de Ségolène Royal qui s'y colle !

chaine virale

je ne reprend presque jamais ce genre de choses, mais là, c'est trop drôle. Via embruns, qui l'a trouvée ailleurs, la vidéo sonore de la cheminote hollandaise. Mieux vaut encore se faire plaisir comme ça qu'avec un petit joint, surtout aux commandes d'un train.

L'arrogance du geek

A chaque fois qu'une personne extérieure au milieu geek émet un avis sur le web (surtout quand il est 2.0), certains sortent immanquablement l'argument "décidement, ils ne comprennent rien à l'internet". Il a beaucoup de conneries proférées, je suis bien d'accord, mais pas toujours.

Certes l'expression est parfois maladroite (la taxe sur les clics lancée par Jacques Chirac), le propos désagréable à entendre pour les entreprenautes (l'affaire fuzz), mais postuler systématiquement que l'interlocuteur ou l'adversaire n'y connait rien, c'est un peu trop facile. Les geeks seraient-ils les seuls à comprendre le web ? J'en doute ! Ils peuvent en comprendre l'aspect technique, mais pour ce qui est usages économiques sociaux, ils sont parfois loin d'avoir un vue d'ensemble et pire, certains non-geeks peuvent avoir une meilleure appréhension du web, de ses potentialités et de ses impasses.

Il faut parfois sortir de sa bulle !

Suite de la rebellion tranquille des députés

Après leur grogne sur les OGM, les députés continuent sur leur lancée avec la réforme des institutions. Sans aller jusqu'à la rupture ouverte avec le gouvernement (ils ont quand même finalement validé la loi OGM), ils font entendre leur petite musique en détricotant complètement le projet de réforme constitutionnelle. Ils ont commencé en commission des lois, ils poursuivent en séance publique. Adoption du référendum d'initiative populaire, refus de l'inscription dans la constitution de la limitation du nombre de ministres. Pour une fois, les députés UMP semblent bien décidés à prendre les choses en mains et à se faire entendre.

Le message a été bien reçu par le gouvernement qui a été obligé de lâcher sérieusement du lest sur plusieurs points. C'est par exemple la reconnaissance, dans l'article 1 de la constitution, que les langues régionales font partie du patrimoine de la Nation. Alors que les députés bretons, alsaciens, basques, catalans se battaient depuis des années, sans succès pour cette reconnaissance, voilà que tout d'un coup, alors que la commission avait pourtant refusé cette insertion, un amendement porté par le rapporteur et soufflé par le gouvernement, est adopté. Rachida Dati joue d'ailleurs profil bas et cherche à ne surtout pas donner l'impression que le gouvernement tente d'imposer des mesures.

Et ce n'est pas fini, les députés reprennent les débats lundi après midi, avec sans doute encore bien des surprises, tant il reste des points qui fâchent, que ce soit au sein de l'UMP ou entre le PS et l'UMP. Des négociations ont eu lieu à plusieurs endroits, mais il semble bien que le véritable lieu de négociation soit la salle des séances de l'Assemblée nationale. Et cela me réjouit, car enfin, la séance publique redevient le lieu de décision, et non pas une chambre d'enregistrement de décisions prises ailleurs, par d'autres, qui passent ainsi par dessus la tête des députés.

Et surtout, il reste encore le passage au Sénat. Le gouvernement risque fort de ne pas reconnaitre son bébé à la sortie. Et comme il faut un vote conforme des députés et des sénateurs, sans possibilité de CMP, une réunion du Congrès avant le 14 juillet m'apparait bien optimiste. Et encore fois, tant mieux, de telles réformes ne doivent pas se faire à la hussarde, et les commissions comme celle présidée par Edouard Balladur peuvent produire des rapports de bonne qualité, ce n'est pas là que les choses doivent se décider, mais au Parlement !

jeudi 22 mai 2008

Une nounou appelée Favennec

Yannick Favennec, député de la Mayenne est un gros producteur de Propositions de Loi? Il est logique que dans le lot, il y ait du bon, du moins bon et du franchement ridicule. Je pense qu'il vient de franchir le seuil du ridicule avec cette proposition de loi visant à créer un article 287-1 au code de procédure pénale.

"art. 287-1 : Le président (de la cour d'assises) peut, s'il l'estime nécessaire compte tenu du retentissement psychologique qu'un procès pourrait avoir sur les jurés en raison de la particulière gravité des faits commis ou des risques de pression susceptibles d'être exercées sur les jurés, décider la mise en place d'un soutien psychologique en faveur de ces jurés pendant la durée du procès et les jours suivant la fin de celui-ci".

Première remarque de forme, je doute que ce genre de mesure relève de la loi. On est, au mieux dans le règlementaire, ou plutôt dans l'infra règlementaire. C'est vraiment galvauder la loi que de la faire se pencher sur de tels détails.

Sur le fond, des mesures sont prises pour permettre de sélectionner les jurés et s'assurer de leur solidité mentale. Avant le tirage au sort, on s'assure que les personnes qui seront jurés sont à même de tenir le choc. Il existe plein d'exemptions et une personne qui demande à être dispensée peut l'être sans trop de difficulté si réellement, elle ne sent pas à la hauteur. Même si elle est sommaire, la procédure de récusation en début de procès permet de faire un tri (même si c'est à la gueule du client). Ensuite, je vois mal comment appliquer cela lors des sessions d'assises, qui durent plusieurs jours et voient défiler des affaires très différentes, de l'attaque à main armée à l'assassinat (avec ou sans actes de barbarie). Ne faisons pas comme si rien n'était fait, et surtout, comme si être juré était un fardeau psychologique insoutenable. C'est parfois dur, mais quand même !

Ce qui me dérange surtout, c'est ce coté "maternage", déjà bien trop développé dans notre société. On propose une cellule psychologique pour tout et n'importe quoi. Cette fois-ci, c'est pour les jurés, mais pendant qu'on y est, pourquoi ne pas en prévoir aussi une pour les juges, les greffiers, les huissiers, les avocats, les spectateurs du procès ? Les gens ne seraient donc plus capables de se prendre en mains, de trouver par eux même des ressources pour surmonter les chocs, petits et grands, que la vie ne cesse de leur donner ? Ce serait à la société de les prendre en charge, matériellement, psychologiquement ? C'est pour moi une forme de démission de l'individu, une infantilisation que je refuse.

Une petite affaire révélatrice

Rue89 sort un article sur le conflit entre Ségolène Royal et ses anciennes assistantes. Voilà un boulot qui aurait du être fait depuis le début, si les journalistes avaient été à la hauteur. Effectivement, l'affaire mérite pas tout le foin que l'UMP, et notamment Frédéric Lefèvre essayent de monter autour de ça. Les deux anciennes assistantes se plaignent d'avoir travaillé pour Ségolène Royal entre la dissolution d'avril 1997 et leur reprise par son suppléant, fin juillet 2007. Normalement, c'est une histoire qui n'aurait jamais dû arriver au prud'hommes, et encore moins en appel. Il y a donc un souci.

21 avril 1997, Chirac (honnie soit sa mémoire sur ce coup là) dissous l'Assemblée nationale. Pour les assistants, c'est fin de contrat immédiate (et donc plus de paie), une semaine pour vider le bureau parce qu'après, c'est fini, plus d'accès, plus de badge, plus le droit d'utiliser les moyens de l'Assemblée nationale. Comme la plupart des députés sortants se représentant, Ségolène Royal prend ses assistantes pour faire sa campagne, en leur proposant un CDD payé sur le compte de campagne. Elle n'a pas le choix, toutes les dépenses de campagne devant apparaitre sur le compte (sinon, risque élevé d'invalidation). Les deux assistantes ont du suer sang et eau pour cette campagne, comme tout assistant normal. Elles ont été payées sur le compte de campagne (une misère sans doute, mais là aussi, normal) et ont continué à toucher leur préavis, qu'elles ont été dispensée d'accomplir. Là encore, Ségolène Royal n'avait pas le choix, car sinon, elle serait tombée sous le coup de "utilisation des moyens du mandat pour faire campagne", avec là encore, des risques d'ennuis sérieux avec la commission des comptes de campagne. Financièrement, les deux assistantes s'en sortent, mais vu l'investissement physique que représente une campagne improvisée et dans l'urgence, ce n'est que justice.

Bien entendu, les deux assistantes se sont vus promettre d'être réembauchées en cas de victoire. Dès le 4 juin, Ségolène Royal est nommée au gouvernement. Cela retarde la réembauche, car il y a un délai de carence d'un mois avant que le suppléant ne soit officiellement proclamé député et puisse embaucher. Mais si c'est juste histoire d'un mois sans salaire, ce n'est pas grave. Pour un assistant, voir son parlementaire entrer au gouvernement, c'est le jackpot ! Il peut espérer intégrer le cabinet ministériel, soit comme conseiller politique s'il est très proche de son patron, soit comme conseiller chargé des relations parlementaires (le cas le plus fréquent pour l'assistant parisien) soit comme conseiller chargé des "affaires réservés" (le suivi de la circonscription et des dossiers locaux). C'est un très bel accélérateur de carrière. Pour les deux assistantes de Ségolène, ça aurait dû être Champagne ! Et bien non, ce fut prud'hommes, bien qu'elles aient été reprises par le suppléant. C'est là que le bât blesse.

Le litige est officiellement présenté comme une question d'argent, de salaires pas versés. Il y a autre chose, car cette question d'argent aurait pu être réglée sans problèmes, par quelques belles primes versées par le suppléant, voire mieux, par une petite enveloppe puisée sur les fonds secrets. Non, le problème est d'abord humain, c'est ce que j'ai dit dès le départ. Les assistants parlementaires ne roulent pas que pour l'argent, ils veulent aussi de la reconnaissance et une petite part de pouvoir (celle du conseiller de l'ombre). Ségolène Royal a du être franchement odieuse pour qu'une affaire aussi minime soit portée aux prudhommes. Pour plaquer ainsi son parlementaire alors qu'il vient d'entrer au gouvernement, pour un enjeu financier aussi ridicule, il faut vraiment en avoir gros sur la patate et strictement plus rien à perdre !

La principale leçon que l'on peut tirer de cette affaire, c'est que Ségolène Royal traite ses collaborateurs comme de vieilles serviettes, qu'ils soient assistants parlementaires ou vice-présidents de conseil régional. Mais pas besoin d'attendre cette condamnation pour le découvrir, la chose était connue depuis longtemps dans les couloirs des palais nationaux.

mercredi 21 mai 2008

C'est un peu tard Monseigneur

Le cardinal Martini sort en librairie ce que certains n'hésitent pas à qualifier de testament spirituel. Le Cardinal Martini est une personnalité que j'ai toujours respecté, pour sa dimension intellectuelle, équivalente sinon supérieure à celle de Ratzinger. C'est un brillant exégète et ses écrits sont toujours bien pesé et réfléchis.

Ce dernier ouvrage est une sorte de règlement de comptes assez inédit venant d'un aussi haut prélat, car il fut aussi un éminent cardinal, un des princes de l'église, de ceux dont l'avis comptait au Vatican. Jean-Paul II serait mort plus tôt, il eu pu être pape. cette charge est donc à interpréter comme le craquement d'une vieille maison, inquiétant pour ses occupants, car signe de délabrement et donc de risque d'écroulement. Le cardinal Martini remet en cause les positions de l'église catholique sur la sexualité, la contraception, le mariage des prêtres, la collusion de l'église officielle avec les puissants. Cette dernière critique, compréhensible venant d'un franciscain est assez sidérant venant d'un jésuite, congrégation souple s'il en est (même s'il y en a qui sont bien à gauche). Il porte le fer là où beaucoup d'autres l'ont fait. C'est juste la première fois qu'un aussi haut gradé s'y met aussi franchement.

Ce genre de charge est sans doute de nature à faire évoluer le catholicisme, et ce n'est pas un mal, car sur les points que dénonce Martini, il y a un décalage criant entre la hiérarchie et les fidèles, au point d'atteindre, chez nombre de fidèles, le point de rupture. Cela suffira-t-il, j'ai bien peur que non, la psycho rigidité du Vatican étant un de ses traits fondateurs. Le seul regret que j'ai vis-à-vis de ce témoignage, c'est qu'il intervient un peu tard, chez un homme au soir de sa vie (il est âgé et malade). Il aurait eu beaucoup plus de force il y a 10 ans, quand le cardinal Martini était archevêque de Milan et encore l'un des hommes forts de l'église catholique. A cette époque, il pensait déjà sans doute tout ce qu'il a écrit. Rétrospectivement, on comprend mieux sa démission, à 75 ans et son refus de faire un peu de rab pour retourner à ses chères études. Pourquoi avoir attendu ? C'est là une des grandes faiblesses de ce témoignage !

Première main

Une image très intéressante, sur le blog d'un député, Lionel Tardy. Visiblement équipé d'un numérique, il prend des photos pendant les séances, ce qui donne des images totalement inédites.

Celle ci montre un embouteillage à gauche et illustre parfaitement une pratique habituelle des députés, celle d'arriver juste avant le vote et de repartir juste après. Pour leur faciliter la tâche, une sonnerie annonce le vote dans l'enceinte de l'assemblée, y compris dans les bureaux, cinq minutes avant le scrutin. Détail amusant, lors des débats OGM d'hier, le président Accoyer a du faire patienter les députés dans l'hémicycle avantr de les faire voter, car il ne s'était pas écoulé cinq minutes depuis l'annonce du scrutin public.

Et pendant ce temps, les débats se font devant un hémicycle vide ou presque. On peut déplorer cela, on peut aussi comprendre les députés. Il n'ont pas que ça à faire de rester écouter des propos politiciens, où l'orateur développe sa pensée pour le fun, parce que de toute manière, le vote est acquis (sauf accident une fois tous les dix ans). Quand ils débattent sur les amendements, c'est autre chose, mais en ce qui concerne la discussion générale et les motions de procédure, on est sur un scène de théâtre.

lundi 19 mai 2008

Est-ce l'aspect féminin ?

J'ai toujours été frappé par la proximité, profondément malsaine, du secteur de la presse féminine, avec la publicité. Prenez un de ses magazines, vous avez du mal à faire la différence entre un article et une publicité. Même visuellement, elle se ressemblent. J'ai fini par comprendre qu'en fait, les articles sont en fait une autre manière de faire passer la pub, et que le peu de contenu des articles pourtant dit "de fond" vient de la nécessité de laisser du temps de cerveau disponible pour la pub sous toutes ses formes.

Je m'aperçois aujourd'hui qu'une certaine blogosphère, féminine, suit le même modèle. Certes, elle n'est pas la seule, loin de là, à frayer ainsi avec les annonceurs, mais je pense que c'est là qu'il y a le moins de pudeur sur le sujet et où la collusion est la plus forte. Les billets sponsorisés sont tellement la règle qu'ils sont tarifés et que les prix sont connus. Une gangrène généralisée au service du consumérisme à outrance.

Une reproduction exacte de ce qui existe dans la presse féminine. Aucune différence entre un blog féminin et un magazine féminin, alors que d'habitude, le passage du média traditionnel au média numérique entraine des différences. D'où cela peut-il bien venir ?

Edit : un avis juridique. finalement, ce n'est pas sans risque de faire du publireportage.

Sauvons les fonctionnaires de la Culture

Via Fanette, qui reprend sans recul ni réflexion, ce monument de corporatisme de la part de fonctionnaires de la Culture.

Le palais de la découverte, situé dans la partie arrière du grand palais, serait menacé. Vite, mobilisons nous pour le sauver, car sa disparition serait une atteinte grave contre la pensée, la connaissance et la Culture. Rien que ça ! Quelles sont les menaces ? Rien, silence radio de la part des pétitionnaires : rumeur de fermeture, bruits de couloir sur des négociations entre le ministère de la Culture et celui de la Recherche. Pour ceux qui veulent des éléments précis, passez votre chemin, soit il n'y en a pas, soit plus surement, ils ne sont pas avouables... Ce qu'il s'agit surtout de sauver, c'est la situation des employés de ce palais de la découverte. C'est bassement terre-à-terre et pas franchement mobilisateur, alors habillons cela d'oripeaux plus à même de désespérer Billancourt Saint Germain des prés.

Ce palais de la découverte est installé dans des locaux anciens (le Grand Palais), pas forcement adaptés à son activité, sans possibilités d'extensions et qui demandent de gros travaux. Des raisons de sécurités, qui ne peuvent plus être différées, posent la question du maintien de ce musée dans ses locaux actuels. Cette question est posée de manière encore plus crue par certains, porteurs de projets qui nécessitent le départ définitif du palais de la découverte. Un établissement public s'est créé pour gérer le Grand Palais, qui veut en faire un ensemble unifié, dédié aux grandes expositions artistiques (peinture, sculpture monumentale). Ce n'est pas une mauvaise idée car c'est encore ce qui est le plus adapté à ce lieu, et si on veut lui donner une véritable dimension internationale (c'est l'ambition), il faut une maitrise de l'ensemble des locaux et une politique de communication pour le Grand Palais exclusivement centrée sur cet aspect lieu d'exposition artistique.

L'institution administrative "palais de la découverte" est un nid de dysfonctionnements, pointés dans un rapport sénatorial de Philippe Adnot en 2007. Certaines expositions permanentes datent de l'ouverture de musée, en ... 1937 (c'est le cas de la salle dédiée à l'optique) et 80% des expos ont plus de 20 ans. Il y a un sérieux problème de nouvellement ! En matière de gestion administrative, c'est un mic-mac impressionnant. On ne sait pas vraiment qui dirige réellement l'établissement, les deux ministères de tutelle (Recherche et Culture) semblent s'en foutre complètement. Enfin, et c'est là que l'on comprend mieux la raison de la pétition, la gestion des ressources humaines y est "compliquée" selon le sénateur Adnot : un personnel davantage orienté vers le recherche et largement dénué de compétences "commerciales et évènementielles", un cadre "statutaire" et rigide, une absence quasi totale d'évaluation. J'aime beaucoup cette formule du sénateur Adnot qui résume bien la situation : "La culture de l’évaluation de la performance représente un chantier important dans un établissement peu habitué aux approches dynamiques et analytiques". Bref, des chercheurs (sans doute très compétents techniquement) qui vivent tranquilles, en faisant ce qui leur plait (de la recherche, surtout pas de la gestion), sans contrôle, sans obligation de résultat. Le paradis du fonctionnaire ! sauf que c'est avec de l'argent public...

Enfin, dernier souci du palais de la découverte, son positionnement par rapport à la cité des sciences de la Vilette. Même créneau (les sciences et techniques), même public visé (les scolaires et les jeunes). A-t-on besoin de deux équipements à Paris ? La question se pose sérieusement et à moins d'être totalement irresponsables, les employés du Palais de la Découverte ne peuvent pas l'éluder !

Je suis heureux de voir que les rapports parlementaires, quand ils lèvent de tels lièvres, sont suivis d'effets. Par contre, je suis moins heureux de voir que certains fonctionnaires ont toujours les mêmes réflexes, en faisant passer la préservation de leur petite rente statutaire pour de la défense du service public.

Une question de culture politique

Jean Pisani-Ferry a une phrase très juste dans son article sur la raison des problèmes récurrents de déficit public en France : "Les déficits témoignent aussi d'une fixation sur l'instant, d'une incapacité collective à se projeter ne serait-ce que de quelques années dans l'avenir, qui est la caractéristique des pays obsédés par les conflits de répartition".

La Gauche française a depuis toujours choisi de mettre l'accent, fortement, sur la question des "inégalités" et donc de la répartition de la richesse. C'est un dogme, qui pèse sur toute tentative de rédéfinition de la pensée politique de gauche. Encore et toujours, il faut affirmer sa volonté de réduire les inégalités, quand bien même on mène une politique qui a l'effet contraire. C'est typiquement le cas du PS, où le choix a été fait en 1983, avec la fameuse politique de "désinflation compétitive" de tourner le dos à la réduction des inégalités. depuis cette date, le PS a maintenu ce choix, passant du social au sociétal comme fond de commerce politique. C'est l'une source de son malaise, la schizophrénie n'étant jamais facile à vivre.

Ce faisant, le PS a laissé ce terrain à l'extrême gauche, trop heureuse de s'y ébattre et de s'y lancer dans des surenchères d'autant plus faciles à mener qu'elles n'ont aucune chance d'être mises en oeuvre. Cela a créé une pression sur la gauche de gouvernement, qui existe encore aujourd'hui. L'extrême gauche ne vit que grâce à cette rhétorique qui consiste à monter ceux qui sont (ou se disent) "sans-quelque chose" contre ceux qui "ont" (du moins ceux que l'on présentent comme tels). C'est cette pression qui explique le maintien de l'ISF, contre toute logique économique et fiscale (même les socialistes espagnols n'en veulent plus).

Nous arrivons là une question de culture politique, et à cette prégnance du marxisme, qui analyse la réalité en terme de conflits, de luttes. On nous parle souvent de copier les modèles de l'Europe du Nord, sans se rendre compte que nous n'y arriverons jamais, car sous les mécanismes, il y a une culture politique très différente. Tant que nous ne ferons pas évoluer notre culture politique, nous resterons dans ces impasses politiques, où nous gaspillons notre énergie à produire du vent et des blocages.

vendredi 16 mai 2008

Disqualification journalistique

La correspondante lyonnaise du journal Le Monde a visiblement des sympathies et des antipathies marquées. Dans un article concernant l'initiative d'élus du 2ème arrondissement d'assurer eux-même la garde des enfants un jour de grève, elle flingue, la droite bien entendu...

Elle commence par discréditer le deuxième arrondissement "l'un des deux derniers gérés par la droite". Traduisez, des ultra-minoritaires, presque des marginaux, en tout cas, surtout pas représentatifs des lyonnais. Elle enfonce bien le clou, plus loin "le plus conservateur de la ville", qu'elle décrit perfidement ainsi : "refuge des grandes familles lyonnaises – au sens propre comme figuré". Traduisez : des Marie-Chantal qui attendent leurs 6 enfants à la sortie de l'école en mocassins à talons plats et jupes plissées. Le meilleur à venir, avec un salve sur le maire : "le maire Denis Broliquier, ancien milloniste". Ancien milloniste, l'insulte suprême, collabo pendant la guerre, c'était presque mieux ! Maintenant, les propos et positions du maire sont marqués de cette tache : il a été milloniste. Oui, et Lionel Jospin a été trotskyste et on peut changer. Les socialistes ne manquent pas de le souligner avec agacement quand on évoque cet engagement passé de leur ex-leader. C'est la même chose pour le maire du 2ème arrondissement de Lyon, il a pu changer. Visiblement, cela n'effleure pas l'esprit de cette correspondante de presse (moi aussi je peux faire dans le rabaissement). Derrière, on sert la soupe au maire de Lyon, qui ne veut pas être responsable d'éventuels problèmes. Allez, donnons lui le beau rôle. Sauf que dans ce cas précis, en cas de problème, il ne devrait pas avoir trop de mal à s'exonérer de sa propre responsabilité et à faire porter le chapeau au maire d'arrondissement. Et on continue en reprenant son argumentaire politicien : "le service minimum dans les écoles, c'est une augmentation des impôts pour les lyonnais". Simpliste !

Et après on va nous dire que les journalistes sont irréprochables, non partisans. Ben voyons ! Cet article transpire l'engagement à gauche de son auteur. Et c'est malheureusement le lot commun de la presse française, au Figaro, au Monde et à Libé. Droite comme Gauche, le journaliste se croit obligé d'être "engagé", c'est à dire politisé. Alors qu'en fait, il ne devrait surtout pas l'être.

Christian, ferme ta gueule

Dans une interview au point, Christian Estrosi aurait mieux fait de fermer sa gueule. Il vient de perdre, dès le premier paragraphe, le très peu d'estime que j'avais pour lui.

Je cite, même pas besoin de commentaires : "Dans le système institutionnel qui est le nôtre, l'Assemblée nationale est une tribune indispensable pour défendre mes dossiers, pour interpeller le gouvernement sur les questions qui concernent mon territoire, ma ville et les idées auxquelles je suis attaché. Par ailleurs, les maires d'Antibes, de Cannes et de Menton sont députés. Je ne vois pas pourquoi celui de Nice ne le serait pas ! Cela n'a aucun rapport avec un poste de ministre, qui est un travail à temps plein, au service du gouvernement et de l'État"

A pleurer !!!!

jeudi 15 mai 2008

Responsabiliser les députés

Excellent constat de Radical Chic : on reproche aux députés d'être des lâches, de ne pas s'opposer frontalement mais seulement par le bande, de s'investir sur des détails. Mais ont-ils le choix ? Pas franchement, car le système est organisé de telle manière qu'ils soient dans le rôle des bons petits soldats, que ce soit à droite ou gauche, dans la majorité ou l'opposition. Imaginez un député socialiste qui voterait, sur un texte particulier, avec l'UMP alors que son groupe est contre. Il se ferait mal voir, autant qu'un député UMP votant contre un texte du gouvernement.

Peut-on leur demander d'être des électrons libres, totalement incontrôlables, avec lesquels il faut sans cesse négocier. Pour le gouvernement, c'est épuisant. Sans compter tous les trublions qui cherchent à se faire leur pub personnelle en se singularisant par des positions outrées, plus ou moins sincères, qui attireront à coup sûr les micros et les caméras (façon Grosdidier sur les OGM). Il faut un minimum de discipline parlementaire.

La décision politique est collégiale, même si certains s'acharnent à faire croire qu'ils décident de tout sur tout. Il faut donc revoir les équilibres internes pour redonner une meilleure place aux parlementaires, pour qu'ils aient plus de poids. Cela passe plus par des petites modifications techniques que par de grandes envolées lyriques ou des décisions spectaculaires (comme supprimer le 49.3). La réforme des institutions a pour but de renforcer le pouvoir du parlement, les processus techniques jouant beaucoup sur les manières d'agir. On sait que le gouvernement ne pourra pas s'empêcher d'utiliser à son profit les instruments dont il dispose, rognons donc les instruments.

Cet incident OGM, juste avant la réforme des institutions est peut-être finalement une bénédiction, car les parlementaires vont avoir une vraie liberté pour produire une réforme à leur mesure, du moins, un peu plus profonde et réelle que ce que le gouvernement aurait souhaité.

mercredi 14 mai 2008

Déchainés

Depuis hier et le coup de trafalgar sur les OGM, il souffle un vent de panique dans les bureaux de Jean-François Copé. Et il y a de quoi.

L'adoption de la question préalable est due au départ de quelques députés UMP, juste avant le vote, car ils ne voulaient pas voter. C'est donc clairement un acte de "sabotage" et non pas un défaut de surveillance de la part des chargés de mission du groupe UMP. Là où Copé n'a pas été bon, c'est qu'il aurait du sentir qu'il y avait un problème et qu'il fallait bétonner. Mais lui-même ayant quitté l'hémicycle pendant le discours de Chassaigne, comment voulez-vous que la boutique tienne si le chef ne donne pas l'exemple. Il y a eu sur cette deuxième lecture du projet de loi OGM une légèreté coupable de tout le monde, du gouvernement comme du président du groupe UMP. NKM n'était pas présente le matin même à la réunion du groupe UMP, le sujet des OGM y a été abordé négligemment, juste pour signaler "eh, n'oubliez pas qu'il y a OGM ce soir, soyez là pour voter" alors qu'il aurait fallu battre le rappel des troupes au tambour. Et suprême habileté, on met une socialiste pour présider la séance de l'après midi (là c'est Accoyer qui a merdé). Des négligences à tous les étages, par un troupeau d'autruches ! Les accidents graves arrivent souvent comme ça, par une séries de petites négligences.

Et maintenant que le couvercle de la marmite a sauté, on continue de plus belle avec la réforme des institutions. Là encore, voilà un texte qui ne plait pas aux parlementaires UMP. Ils ont fait savoir en temps utile leur malaise, sur la méthode, sur le contenu (il y a de bonnes choses et d'autres nettement moins bonnes), sur la nécessité de passer un deal avec la gauche (et à quel prix...). Bref, un texte à "malaise majoritaire" où il faut beaucoup de doigté pour à la fois satisfaire l'opposition sans mécontenter sa majorité. La réplique du séisme ne s'est pas fait attendre, puisque la commission des affaires étrangères a retoqué l'article qui lui était soumis pour avis (par 4 voix contre 3, une honte en terme d'assiduité), la commission des lois a elle retoqué l'article sur le nombre maximum de ministres et a adopté un amendement socialiste qui limite le cumul des mandats pour les ministres. Les députés UMP se lâchent (et c'est très drôle). Ils profitent d'un trou d'air de l'exécutif pour reprendre (provisoirement) un peu de poids politique.

Il va bien falloir que quelqu'un siffle la fin de la récré. Copé ? Il n'a plus, pour le moment, l'autorité suffisante sur ses troupes (si tant est qu'il la retrouve un jour). Karoutchi, c'est un bon manoeuvrier, mais il n'a pas le poids politique suffisant pour refermer le couvercle de la marmite. Sarkozy ? ce n'est pas le boulot du président de la république que de régler ce genre de détails et son autorité est également un peu usée. François Fillon ? Il est difficilement crédible en méchant père fouettard, et il manque lui aussi d'autorité (largement du fait des agissements de Sarkozy). Il vont donc devoir s'y mettre à plusieurs, et surtout, lâcher du lest sur pas mal de sujet dont la réforme institutionnelle, qui risque d'être soit vidée de son sens, soit purement et simplement abandonnée. Je penche d'ailleurs pour la seconde option.

mardi 13 mai 2008

Un simple incident technique

Si l'adoption de la question préalable sur le projet de loi OGM est un séisme politique (dont la première victime sera Jean-François Copé), techniquement, c'est un incident mineur.

Comme le texte était en seconde lecture, le rejet par l'Assemblée nationale équivaut à un vote non conforme. Le gouvernement va donc convoquer une commission mixte paritaire, qui va adopter un texte de compromis qui sera soumis au vote des députés et sénateurs. Procédure classique et normale. Aucun retard, aucune remise des compteurs à zéro.

La victoire de la gauche est essentiellement symbolique.

Séisme politique

L'assemblée nationale vient de rejeter le projet de loi sur les OGM, en adoptant, à une voix de majorité, la question préalable. Cela signifie le rejet du texte !

C'est un échec majeur pour le gouvernement, car malgré l'avertissement qu'à été le résultat serré en première lecture, ni le gouvernement, ni surtout le groupe UMP n'ont mobilisé comme il l'aurait fallu. Ce matin, en réunion de groupe UMP, quasiment pas un mot sur les OGM, pas de mobilisation pour dire qu'il est indispensable d'être en séance. Les députés étaient même invités au siège de l'UMP, pour un débat sur la réforme institutionnelle, au 55 rue de la boetie, à 18 heures ! La surveillance de la part des chargés de mission du groupe UMP n'a pas été à la hauteur. Une première motion avait été rejetée par seulement 114 voix contre 85. Un résultat aussi serré aurait dû donner lieu à des mouvements frénétiques de rabattage des députés vers l'hémicycle. Ce qui devait arriver arriva, ce fut la gauche qui mobilisa et la deuxième motion est adoptée par 136 voix contre 135.

Ce résultat est autant dû à la mobilisation de la gauche qu'à la démobilisation de la droite ! Nombre de députés UMP ont voté avec leur pieds, en oubliant d'aller dans l'hémicycle. Je ne vous parle pas de l'ambiance au groupe UMP en ce moment, où des têtes vont valser, car ce résultat, c'est soit de l'incompétence, soit du sabotage. En tout cas, c'est un coup dur pour la crédibilité du gouvernement, mais quelque part un coup d'éclat du Parlement : même à des godillots, on ne fait pas voter n'importe quoi ! C'est rassurant de voir qu'il y a des limites à la servilité.

Le retour du pied nickelé

Dans la série des propositions de loi inutiles et inapplicables, la palme du jour revient à Didier Julia. Son activité parlementaire est minime, mais quand il s'y met, c'est dans les grandes largeurs, rappelez-vous, sa cavale au Moyen-Orient pour tenter de délivrer des otages en Irak...

Sa proposition de loi (numéro 877) vise à inscrire dans la constitution, à l'article 72-2, un alinéa ainsi rédigé : "Le Parlement vote chaque année le plafond des dépenses des Conseils régionaux. Dans le cadre de ce plafond, les régions s'administrent librement".

Un condensé d'idiotie ! Il existe un principe constitutionnel qui s'appelle la libre administration des collectivités territoriales, qui est allègrement bafoué, avec en plus une discrimination (crime horrible à notre époque) puisque seuls les conseils régionaux sont concernés. Que vont dire les autres ? Au niveau pratique, je ne vois pas franchement comment mettre en oeuvre cette mesure. Didier Julia botte en touche en prévoyant qu'une "loi organique détermine les conditions d'application du présent article". Il se garde surtout bien de fournir le texte de cette loi organique. Pourtant, il connait bien les conseils régionaux puisqu'il a été vice-président du conseil régional d'Ile-de-France de 1986 à 1998. Peut-être veut-il laisser ce soin aux sénateurs...

Voilà un magnifique exemple de détournement à des fins purement politiciennes des instruments du législateur. Un texte comme ça, c'est torché en une demi-heure et ça permet de faire causer de soi en tapant sur les augmentations des dépenses des conseils régionaux. Je n'appelle pas cela du "travail parlementaire", et pourtant, dans les classements d'activité que font régulièrement les newsmagazines, elle comptera autant qu'une proposition de loi sérieuse et travaillée.

lundi 12 mai 2008

Je vous ai apporté des bonbons

Nicolas Sarkozy n'est pas capable d'inaugurer ou de commémorer quoi que ce soit sans apporter des bonbons, c'est à dire la satisfaction d'une revendication symbolique (ou ce qu'il croit tel) de la communauté du jour. Après le petit juif déporté, ce sera le petit esclave noir que devront porter les enfants des écoles. Jules s'en gausserait, vu que le président annonce quelque chose qui existe déjà, si ce genre d'engagements n'était pas révélateur d'une dérive grave.

On ne joue pas avec les programmes scolaires comme ça, pour faire des effets d'annonce, par populisme et par démagogie. Il n'est pas du ressort d'un seul homme de décider ce que les enfants du primaire doivent apprendre ou pas. Et en plus, c'est inefficace, car les enseignants feront ce qu'ils voudront, les inspecteurs les couvriront quand bien même ils s'apercevraient d'un manque de suivi de la consigne du Danube de la Pensée président de la République. Ce penchant de Nicolas Sarkozy à personnaliser des choix politiques qui ne peuvent être que collectifs m'agace fortement. Et cela m'énerve d'autant plus que cela sert à flatter et à encourager le communautarisme.

Mais cela reste de l'agacement, car je ne suis pas inquiet sur le fond des choses. Nicolas Sarkozy n'est pas en mesure d'imposer réellement des décisions personnelles. Notre démocratie est assez forte pour maintenir solidement en place les contre-pouvoirs nécessaires. Cela ne rend que plus pitoyables les rotomontades de notre président...

mercredi 7 mai 2008

Toujours un temps de retard

Le figaro annonce comme une nouvelle que les prochaines JMJ de l'église catholiques seront "numériques". Et tout ça avec un titre à pleurer et fleurant bon la tromperie : Benoit XVI se met au numérique.

On est en 2008, ce n'est plus se mettre au numérique qui est époustouflant, tout le monde y est. Non, ce qui est surprenant, c'est de s'y mettre seulement maintenant, avec quelques gadgets (SMS "spirituels, prières sur panneaux lumineux, cathéchèse en ligne...) et surtout d'oser présenter cela comme des nouveautés révolutionnaires. Et le Figaro le fait !

Benoit XVI se met au numérique et envoie des SMS. Là, je suis scotché ! Je ne suis pas certain que cet homme de 81 ans y comprenne grand chose à internet et au SMS. Pas franchement dans la culture de ceux de sa génération. Pour le coup, Benoit XVI qui communique par SMS avec ses collaborateurs et les cardinaux, oui, ce serait un scoop stupéfiant. Mais ne rêvons pas.

Je me suis quand même bien marré avec cette expression "SMS spirituels". L'esprit Saint qui se met aux nouvelles technologies et qui, au lieu des vieilles langues de feu, arrive via les portables, c'est amusant. Ca ouvre des perspectives démultipliées à l'ange Gabriel, vous savez, celui de l'immaculée conception, qui lui aussi, va pouvoir se mettre à l'heure du numérique. Trève de sarcasmes, on s'ébahit sur la forme, sur "Dieu sur ton mobile", mais c'est le fond qui compte, pas la manière dont le message est véhiculé. Je doute que le message délivré par le Vatican soit chamboulé parce qu'il arrive par SMS.

Et le Sport ?

Un échange de mails entre responsables du sport automobile est cruellement révélateur de la réalité du sport professionnel. L'échange portait sur le "look" de Sébastien Loeb, mal rasé et la chevelure en bataille sur les images du podium du rallye du Mexique.

Ce qui est reproché au français, c'est de ne pas avoir le look qui convient à son statut de "vedette", de donner une mauvaise image de sa discipline, qui pourrait choquer et donc faire perdre des parts de marché. Un vrai professionnel doit toujours être "propre sur soi", si possible avec un grand sourire "dentifrice". La réponse du responsable médias est éloquente : "«la belle apparence de dur» du Français qui a fait son succès, attirant un nouveau public et les jeunes, que le rallye est un sport «réel et rugueux», et que «dans le cadre du repositionnement du produit et de la façon dont nous projetons nos héros», ce serait une «erreur de demander aux pilotes d'êtres toujours propres sur eux»".

Et le Sport dans tout ça ?

mardi 6 mai 2008

Contribution économique exceptionnelle

Le projet de loi de modernisation de l'économie comprend quelques mesures qui prennent un relief particulier du fait de l'actualité. Il en va ainsi de l'article 32

I. – La section 2 du chapitre IV du titre Ier du livre III du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est complétée par une sous-section 5 ainsi rédigée :

« Sous-section 5

« Carte de résident délivrée pour une contribution économique exceptionnelle

« Art. L. 314-15. – L’étranger qui apporte une contribution économique exceptionnelle à la France peut, sous réserve de la régularité du séjour, se voir délivrer la carte de résident. « Un décret en Conseil d’État définit les modalités d’application du présent article. Il détermine notamment les motifs pour lesquels la carte peut être retirée. »

Ce projet vise explicitement les grands patrons, ceux qu'il ne faut surtout pas embêter avec de banales formalités administratives. Mais difficile de ne pas penser aux sans-papiers qui ont réussi à trouver un travail, qui payent des cotisations sociales et des impôts et qui sont aujourd'hui menacés d'expulsion. Leur contribution économique est pourtant évidente, mais est-elle exceptionnelle ? C'est toute la question.

On risque d'avoir un beau débat sur cet article, si la gauche est au rendez-vous...

lundi 5 mai 2008

La bonne opération des jeunes UMP

Certains considèrent que la Droite perd la bataille de la communication en lançant des opérations telle que celle-ci.

Je considère, au contraire, que c'est une magnifique réussite. Elle est reprise, et comme le souligne mon collègue assistant, ce qui compte, c'est d'être repris, à la limite, en bien ou en mal, on s'en moque. L'important est d'être repris, et ils ont parfaitement réussi, puisqu'ils l'ont été à plusieurs reprises. Même Versac a parlé d'eux et mes bons amis vigilents se sont jetés dessus avec frénésie, se lançant dans le dénigrement sans se rendre compte du service qu'ils rendaient aux Jeunes UMP. Ils sont en réaction, et ce sont les jeunes UMP qui décident du calendrier, qui imposent le rythme et finalement le contenu. On peut ne pas être d'accord avec leurs propositions, mais j'attends toujours les contre-propositions de la kyrielle des moqueurs. Le dénigrement militant ne paie pas, sauf auprès des convaincus, qui aiment conforter leur opinion. C'est le fond de commerce de Libé, et j'ai l'impression, d'un certain nombre de blogs militants de gauche, dont on parle beaucoup entre militants de gauche, mais qui ne rayonnent pas au delà.

Beaucoup de lecteurs de blogs sont silencieux, mais ils ne sont pas idiots pour autant. Ils savent parfaitement qu'un blog estampillé "jeune UMP" sera systématiquement démoli, quelque soit le contenu, par tout un pan de la blogosphère politique qui passe son temps à ça. Rien à attendre d'autre de leur part, ce qui rend leurs commentaires sarcastiques assez inopérants. Par contre, ils orientent massivement vers ce blog leurs lecteurs, qui peuvent alors se faire leur opinion par eux mêmes. Croire que l'on peut être "influent", faire ainsi l'opinion des autres est au mieux naïf, au pire prétentieux et c'est faire bien piètre cas de l'intelligence de nos lecteurs.

Inspecteurs fictifs

Décidement, les politiques s'acharnent à prendre certains emplois, j'ai nommé les corps d'inspection, pour des poubelles où ils peuvent recaser les battus et les disgraciés, et donner des titres à leurs favoris, comme assurance pour des jours moins riants. Ce jour, deux inspecteurs de l'académie de Paris viennent d'être nommés, qui répondent parfaitement aux deux cas de figure que je viens d'aborder.

Le premier s'appelle Arnaud Teullé. Jusque là conseiller technique au cabinet du président de la République, en charge des "affaires réservées des Hauts-de-Seine", il lui était difficile, tout comme son collègue Martinon, de rester en place à l'Elysée après la pantalonnade des élections municipales de Neuilly. Sa crédibilité est réduite à néant, il doit partir. Né en 1966, Arnaud Taullé est diplomé de l'institut supérieur de gestion et titulaire d'un DEUG de Science économique. Il a commencé sa carrière comme responsable des restaurants de la ville de Vanves (1993-1996) avant de devenir assistant parlementaire de 1996 à 1999 puis chargé de mission au RPR (1999-2002). Il entre ensuite au cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur et le suit dans ses différents postes. Parallèlement, il est adjoint au maire de Neuilly sur Seine de 2001 à 2008, en charge des écoles et de la jeunesse. Bien que ces fonctions d'adjoint l'aient mis en relation avec le monde enseignant, cela m'apparait bien léger (et c'est un euphémisme) pour pouvoir prétendre aux fonctions d'inspecteurs de l'enseignement, où on traite de pédagogie.

Le deuxième heureux gagnant de la loterie est David Teillet. Délégué général de l'UNI de 1998 à 2002, il a été assistant parlementaire de deux sénateurs en 2001-2002 (poste prometteur à condition de savoir le quitter). Il entre au cabinet de Xavier Darcos pour un premier passage entre 2002 et 2005, à l'enseignement scolaire puis à la coopération. Chef de cabinet de Philippe Douste Blazy de juin 2005 à juillet 2006, il est ensuite allé se ressourcer au conseil général de Vendée et dans le cabinet d'un directeur de CCI avant de reprendre du service au cabinet de Darcos en juillet 2007. Ce jeune homme (33 ans) est un peu plus connaisseur du monde de l'enseignement que son nouveau collègue, mais son profil est bien "politique" et son jeune âge est un handicap certain pour des fonctions d'inspection.

Dans ces deux cas, cela ressemble fort à de l'emploi fictif ou semi fictif, les deux nouveaux promus n'ayant manifestement pas le profil habituel pour ce genre de poste. Je serais très curieux de connaitre les missions qui vont leur être confiées, et surtout, s'ils vont effectivement les assumer. Il sera intéressant de revoir ça dans quelques mois...