Authueil

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 31 juillet 2008

Ce que la réforme institutionnelle change

Je me décide enfin à vous parler de la réforme institutionnelle. Même adoptée, j'ai du mal à m'y intéresser... __ Je vais ici me limiter à ce qu'elle change pour le parlement. Le reste, vous le trouverez sur d'autres blogs, plus compétents que moi sur ces sujets précis (j'attends d'ailleurs que Maitre Eolas fasse bosser ses nègres sur la réforme du CSM).

Le droit de veto pour les nominations présidentielles. Après moult débats, c'est finalement l'ensemble des deux commissions permanentes (de l'Assemblée et du Sénat) compétentes sur le sujet qui voteront. Si une majorité des trois cinquièmes vote non, la nomination n'est pas effective. Dans l'absolu, c'est bien, car cela va amener nécessairement une audition (voire deux) de la personne nommée. Rien que ça, c'est beaucoup, car on ne pourra plus nommer en catimini, au coeur de l'été, avec application immédiate. Il y aura un temps de latence entre la désignation par le président et la confirmation par le Parlement, pendant lequel on aura le temps de débattre, de fourbir ses arguments pour ou contre. On ne pourra plus nommer des canards boiteux, car il y a un obstacle à passer où il faut ne pas être ridicule et pouvoir répondre à des questions sur la manière dont le candidat désigné entend remplir les fonctions qui lui sont confiées. Une forme de contrôle parlementaire inédite va voir le jour. Par contre, je suis beaucoup plus circonspect sur la possibilité de recaler effectivement un candidat. La majorité restera la majorité (toujours aussi godillot), des contacts seront pris en amont et je n'imagine pas le gouvernement proposer une nomination qui déplaise vivement à ses parlementaires. Et comme l'opposition n'a pas les trois cinquièmes d'une commission, elle pourra toujours aboyer, la caravane passera.

La possibilité de prendre la parole devant le Congrès. Un gadget sur le plan technique, mais politiquement pas neutre. Je ne vois plus grand intérêt au discours de politique générale du premier ministre. De toute manière, il peut exercer ses fonctions sans être investi par les assemblées. On aura sans doute droit maintenant à une version française du discours du trône anglais, un "moment fort" de la vie politique, où le président indique ses orientations politiques. Cela remplacera la traditionnelle interview télévisée du 14 juillet !

Le retour automatique des ministres au parlement après la fin de leurs fonctions. Certains avancent le risque d'une plus grande instabilité ministérielle. C'est possible, mais il y aura sans doute plus de ministres à se faire virer qu'à démissionner. Tant que le turn-over n'est pas trop important aux fonctions essentielles (comme c'est le cas à Bercy depuis une dizaines d'années), ce n'est pas bien grave. De toute manière, en France, ce sont les administrations qui décident, les ministres ne font que suivre et entériner.

La possibilité de voter des résolutions.__ Ca peut servir comme soupape de sécurité, pour permettre aux députés de s'exprimer et de débattre sur des sujets qu'il est difficile d'aborder dans le cadre de l'examen d'un texte de loi, et notamment sur les sujets d'actualité. Actuellement, ils le font par des voies détournées, presque à la sauvette. On officialise le droit du parlement à donner son avis sur tout et n'importe quoi. Attendons de voir l'usage qui sera fait de cet outil pour juger si c'est bon ou mauvais. Je n'ai pas d'avis tranché pour moment.

La meilleure information du parlement en matière de défense. Purement formel, sans intérêt pour le travail parlementaire.

La ratification expresse des ordonnances. Pas anodin du tout ! Le gouvernement prend beaucoup d'ordonnances, en se faisant habiliter discrètement au détour d'un article de loi (parfois même par amendement déposé en dernière minute) et oublie de les faire ratifier. Si un problème se pose, on invoque alors la ratification implicite, c'est à dire qu'on trouve la petite mesure votée par le parlement, modifiant l'ordonnance, pour considérer qu'elle est ratifiée. Résultat, des mesures lourdes sont prises dans le domaine de la loi, sans intervention du parlement et surtout sans débat. L'obligation de ratification explicite obligera le gouvernement à organiser un débat, car il faudra bien que les parlementaires votent. Je suis assez lucide sur la faible amélioration que cela apportera, car le gouvernement fera ratifier comme il se fait habiliter, au détour d'un article de loi. S'il ne veut pas de débat, il n'y en aura pas. La grande amélioration, c'est pour la qualité de la loi. On ne sera plus à demander si telle ordonnance est ratifiée ou pas. Les juristes apprécieront !

La présentation des projets de loi et leur inscription à l'ordre du jour. Enfin du temps pour potasser une peu le texte avant qu'il n'arrive en commission et en séance publique. Comment faire du bon boulot quand un texte est adopté en conseil des ministres le mercredi, pour être immédiatement déposé et examiné le mardi suivant. Six semaines entre le dépôt et l'examen, ça laisse le temps de voir venir. Tout cela serait magnifique s'il n'y avait pas le dernier alinéa, où il est dit que toutes ces belles dispositions ne s'appliquent pas pour les textes où l'urgence est déclarée. Et depuis un an, l'urgence est quasiment toujours déclarée sur les textes importants. Un magnifique coup d'épée dans l'eau !

La présentation des projets de loi. C'est la mesure la moins précise, tout dépendra donc de la loi organique qui sera prise. En gros, l'idée est de permettre à une assemblée saisie de procéder à un retour à l'envoyeur si les documents d'accompagnement sont insuffisants. Actuellement, tout projet de loi doit être accompagné d'une étude d'impact. Je n'en ai jamais vu la couleur ! Et pourtant, qu'est ce que cela serait utile pour améliorer la qualité de la loi ! Là encore, tout dépendra de ce que les parlementaires feront de l'outil. Exigeront-ils effectivement qu'il y ait autre chose que l'exposé des motifs ou laisseront-il filer, en ne recalant un texte qu'en cas de "gros foutage de gueule" ? Je crains le pire...

La possibilité pour le président d'une assemblée de solliciter l'expertise du conseil d'Etat sur les propositions de loi. Cela ne fera pas de mal, vu comment sont rédigées certaines propositions de loi, plus destinées au journal de 20 heures qu'à changer, en mieux, l'état du droit positif.

L'irrecevabilité règlementaire peut être soulevée par le président d'une assemblée. La constitution fixe deux types d'irrecevabilité pour les amendements : financière (interdiction de baisser les recettes ou d'augmenter les dépenses) et règlementaire (interdiction d'empiéter par la loi sur le domaine règlementaire). L'irrecevabilité financière est assurée par les commissions des finances de chaque assemblée. Le Sénat, qui a longtemps trainé les pieds, vient de s'y mettre après s'être fait rappeler sèchement à l'ordre par le conseil constitutionnel. De ce coté là, ça marche. Par contre, l'irrecevabilité règlementaire n'était que rarement mise en oeuvre, et seulement quand cela arrangeait le gouvernement. En effet, lui seul avait la possibilité de l'invoquer. Pour une meilleure qualité de la loi, il est souhaitable que ce contrôle soit mis sérieusement en place, mais là encore, j'ai de gros doutes pour l'Assemblée, et la certitude de sa non application au Sénat. C'est un bel outil qui restera, sauf occasion exceptionnelle, sur son étagère, et quand il sera fait usage, ce sera pour des raisons politiques, mais certainement pas pour une meilleure qualité de la loi !

Plafond du nombre de commissions passant de six à huit. Cela permettra de désengorger certaines commissions, en scindant par exemple les affaires sociales (la santé, la sécu) avec les affaires culturelles (culture, éducation...), en créant une commission de l'environnement et du développement durable. Les idées ne manquent pas, et comme il y aura deux postes de président de commission en plus, on peut penser que le plafond sera vite atteint !

La Cour des Comptes assiste le Parlement dans le contrôle de l'action du gouvernement. Oui, mais comment ? Pour l'instant, c'est un voeu pieu.

La fixation de l'ordre du jour. Deux semaines à la disposition du gouvernement, une semaine pour le contrôle de l'action du gouvernement et l'évaluation des politiques publiques, il reste une semaine pour les textes émanant des assemblées. C'est bien, mais un peu faible, sans compter que pendant cette semaine, les assemblées peuvent très bien programmer des projets de loi. Il va falloir que les parlementaires produisent des propositions de loi réellement intéressantes, avec un travail en amont (via une mission d'information par exemple). Ne mégotons pas, c'est quand même un progrès, surtout la semaine consacrée à l'évaluation et au contrôle. Je ne vois pas trop comment remplir la séance publique avec de l'évaluation et du contrôle, à moins d'organiser des débats thématiques comme le prévoit explicitement un autre article de la réforme. Mais ce sera assez vite limité et lassant. J'attends de voir.

La limitation du 49.3. Un peu inutile, car c'est une arme de dissuasion du gouvernement envers une majorité rétive, et un moyen ultime de mettre fin à une obstruction de l'opposition. L'employer trop souvent serait contreproductif, car signe de malaise grave au sein de la majorité. Sa limitation est donc une mesure de pur affichage politique.

Les droits de l'opposition. C'est compliqué, car au Sénat, les groupes UC et RDSE seraient très mécontents, pour des raisons différentes, de devoir sortir de l'ambigüité et de choisir un camp, majorité ou opposition. La constitution dit donc que ces groupes ont des droits, mais ne dit pas lesquels.

Beaucoup de choses vont en fait se décider lors des discussions sur les lois organiques, et surtout, lors de la refonte des règlements des deux assemblées. D'ailleurs, pour bien des réformes, il aurait suffit de changer le règlement des assemblées, sans avoir à passer par Versailles...

mercredi 30 juillet 2008

Wallonie française ?

Cela semble maintenant crédible, les wallons considèrent le rattachement à la France comme un avenir possible, voire souhaitable et les français ne sont pas, à priori, hostile à cette idée.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

D'abord, la Belgique n'a pas éclaté, et peut-être qu'elle tiendra encore un certain temps. Ce rattachisme n'est peut-être qu'une réponse des wallons aux flamands : Vous voulez jouer aux cons, allez y, mais on vous prévient, on a une solution de remplacement. De quoi faire réfléchir les flamands.

Les wallons, c'est comme les québecois, ça parle français, mais ce ne sont pas pour autant des français ! On fait parfois un peu fi des habitudes, des particularismes culturels (même si la proximité est grande), d'une certaine fierté. Si le mariage se fait, il risque d'y avoir un temps de "digestion" assez long, avec des incompréhensions et des aigreurs des deux cotés.

Avant d'acheter, il faut regarder le produit. Si les flamands n'en veulent plus, c'est qu'il y a peut-être des raisons... Sans vouloir être méchant, et sans entrer dans les détails (que je maitrise mal), la Wallonie n'est économiquement et politiquement pas bien belle à voir. Après plusieurs décennies de socialisme, certaines zones connaissent des taux de chômage hallucinants. La classe politique belge (notamment socialiste) est un ramassis de minables et d'incompétents. D'ailleurs, on le voit bien à leur bilan ! Nombre de belges en sont désespérés.

Je sais que les évènements peuvent parfois s'emballer au point qu'une chose, considérée comme absurde et irréaliste se réalise finalement quelques années plus tard. Qui aurait dit, le 4 mai 1789, à la veille de l'ouverture des 2tats Généraux, que 4 ans plus tard, le pays serait une république et que Louis XVI serait monté sur l'échafaud ?

mardi 29 juillet 2008

Vers le web coopératif ?

Narvic continue ses analyses pertinentes et précieuses sur les modèles économiques de l'internet, même au coeur de l'été.

Les mirages du web 2.0 se dissipent. Peut être que cela nous donnera un peu plus de tranquillité, la pression économique se faisant moins pressante. Reste maintenant à organiser ce web coopératif que beaucoup appèlent de leurs voeux, qui sera forcement celui d'une élite pour une toute petite minorité. Mais pas besoin d'être un média de masse pour être influent. Même non marxiste, je crois au pouvoir des minorités agissantes et le microcosme blogosphérique peut être une de ces minorités agissante, le lieux où, au milieu d'un fatras de propos narcissiques et de bavardages sans intérêts, des échanges féconds peuvent avoir lieu entre des personnes qui n'auraient jamais pu se croiser et échanger sans cet outil.

J'ai la conviction qu'une partie des "idées dominantes" et des schémas de pensée de la génération qui monte seront élaborés sur le web, dans ce foisonnement d'échanges auquel nous participons.

lundi 28 juillet 2008

Règlement de comptes

La polémique autour du renvoi de Siné, par Philippe Val n'en finit pas de rebondir, jusqu'à devenir complètement détachée de sa base initiale. Dire que Siné est antisémite, à partir simplement d'une petite phrase où il pourrait être possible de supputer éventuellement un propos pas forcement agréable pour la communauté juive, c'est gros.

Mais pour certains, c'est suffisant. Cela a permis à Philippe Val, qui n'attendait qu'une occasion de virer Siné, de passer à l'acte, sous un prétexte "politiquement correct". Siné s'est défendu, et c'est devenu une occasion, pour ceux qui n'aiment pas Philippe Val, de tenter de lui faire la peau. Enfin, cela a permis à ceux (BHL entre autres) qui se posent en grands champions de la lutte contre l'antisémitisme (réel et surtout imaginaire), d'ajouter une tribune de presse à leur compteur et de marquer ainsi leur territoire symbolique (eux seuls sont légitimes à s'exprimer contre l'antisémitisme).

Tout cela est devenu un vaste règlement de comptes au sein du microcosme parisiens, entre pseudo-intellectuels, pamphlétaires militants usurpant la qualité de journalistes (et le peu de prestige encore attaché à ce titre) et autres habitués des cocktails de maisons d'édition de Saint-Germain des prés.

Un signe ne trompe pas. Quand une querelle se développe dans les pages "opinions libres" des grands journaux parisiens, on peut être certain que c'est une guéguerre interne à notre "intelligensia" si médiocre. Pas la peine donc de creuser et d'analyser, cela n'a aucun intérêt !

vendredi 25 juillet 2008

Heureusement qu'il y a les socialistes

Heureusement qu'il y a encore des socialistes qui ne sont pas partis en vacances, sinon, qu'est ce qu'on s'ennuierait. Merci donc à Gaetan Gorce pour son intervention du jour, . Ce député, bon soldat de son parti, semble assez amer.

Il était jusqu'ici vice-président du groupe PS à l'Assemblée nationale. Il s'est fait débarqué et l'a appris dans la presse. Ca fait toujours plaisir, mais s'il n'y avait que cela, il n'en ferait pas toute une histoire. Non, ce qui le dérange, c'est qu'au PS, dès qu'on ose l'ouvrir, on se fait flinguer. Et quand un parti fonctionne comme cela, ce n'est pas bon.

Et il a raison ! même à l'UMP, on semble avoir davantage de liberté de parole. Regardez les villepinistes, genre Mariton, Goulard, Tron, Grand. Ca fait maintenant un an qu'ils chient dans les bottes de Sarkozy, qu'il exprime clairement leur attachement et leur amitié à Dominique de Villepin. Que leur est-il arrivé jusqu'ici, pas grand chose. Aucun n'a perdu ses responsabilités au parlement, Tron continue de s'occuper d'immobilier de l'Etat et a un rapport budgétaire, Hervé Mariton a également un rapport budgétaire, et a présidé deux missions d'information et est président du groupe d'amitié France-Russie. Sur la loi OGM, François Grosdidier s'est opposé fermement à ce texte. On seulement on ne lui a rien dit, mais en plus il ne lui est rien arrivé. Rien à voir avec le traitement subi par Jack Lang !

Gaetan Gorce s'inquiète d'une rigidification du PS : "l'incapacité de ceux qui détiennent dans ce Parti des responsabilités à se remettre en question et à accepter simplement le débat. Ce syndrôme de la "forteresse assiégée" comme l'on disait voila 30 ans du PCF, n'augure rien de bon. Lorsque les appareils n'ont plus à opposer leurs contradicteurs que la menace et la sanction c'est qu'ils sont devenus incapables de se réformer". La seule préoccupation des dirigeants du PS est d'en garder le contrôle, par des manoeuvres tactiques et des petits meurtres entre amis. Et c'est vrai que quand les médias parlent du PS, le plus souvent, c'est pour parler des querelles et rivalités de personnes !

Autant de constats très justes, mais qui une fois de plus iront se perdre dans les sables mouvants de la rue de Solférino. Gaetan Gorce se plaint, mais ne propose rien, pas la moindre esquisse de piste pour sortir le PS de l'impasse où il se trouve, et en faire une force de proposition. L'adoption à l'arraché de la réforme institutionnelle a visiblement sonné la direction socialiste, qui avait politiquement tout misé sur un rejet. L'étau se déserrant un peu, des voix dissidentes comme celle de Gaetan Gorce (qui n'était pas d'accord depuis le début mais se taisait) peuvent s'exprimer. Qu'il profite de la fenêtre de tir, car elle va bientôt se refermer. Il y a un congrès en vue !

Amateurisme juridique

Le parlement est censé écrire le droit. Pour que le travail soit bien fait, on a deux chambres, l'une pouvant rattraper les erreurs de l'autres. Chaque chambre dispose d'un bataillons de têtes bien faites, les administrateurs, spécialistes de leur matière, fins juristes. Enfin, pour compléter le tout, il y a le gouvernement, qui fait expertiser de son coté les amendements des parlementaires pour savoir s'il n'y a pas des vices cachés.

Et pourtant, malgré cela, il y a des aberrations juridiques qui arrivent à passer les mailles du filet. Il ne reste alors plus que le Conseil constitutionnel, pour rattraper, s'il est saisi. C'est ce qui s'est passé avec la loi sur les partenariats publics-privé, où une disposition adopté par voie d'amendement à l'Assemblée nationale est déclarée inconstitutionnelle pour manquement à l'objectif de valeur constitutionnelle d'intelligibilité et d'accessibilité de la loi. Il s'agit des deux derniers alinéas de l'article 16 de la loi.

En résumé, le législateur s'est emmêlé les pinceaux, et n'a pas vu que le texte de l'amendement était en contradiction avec un autre article de l'ordonnance de 2004 que le projet de loi examiné venait modifier. Le pire, c'est que cet amendement avait pour but de prévenir un bug potentiel et d'être cohérent avec une directive européenne ! Cela montre à quel point notre système juridique est devenu un jeu de mikado d'une complexité diabolique !

Personne n'a rien vu, et c'est le conseil constitutionnel qui a relevé d'office. Même dans les deux saisines socialistes, rien, pas un mot. Pourtant, ils paient assez cher (10 000 euros pour la rédaction du recours contre la loi OGM) des avocats spécialisés. Je serais curieux de savoir qui a détecté le bug : un membre du conseil constitutionnel, un chargé de mission, un juriste-citoyen qui s'est empressé d'écrire au Conseil pour lui signaler le truc ?

Imaginez ce qui se passe quand le texte n'est pas déféré au conseil constitutionnel ! Les premières années de mise en application de l'exception d'inconstitutionnalité risque de donner beaucoup de boulot au Conseil Constitutionnel et d'enrichir considérablement sa jurisprudence sur l'intelligibilité et l'accessibilité de la loi.

jeudi 24 juillet 2008

Ne même pas en entendre parler

Excellent article d'un internaute sur Rue89, concernant le drame des enfants morts, parce qu'oubliés par leurs parents dans une voiture.

Perdre un enfant, c'est effectivement horrible, mais en plus, dans des conditions pareilles, c'est un boulet psychologique que l'on porte toute sa vie. A chaque fois, les articles parlent des parents "en état de choc". La formule me parait faible pour décrire quelque chose d'atroce. Je ne vois pas comment leur jeter la pierre, j'ai plutôt envie de les plaindre.

C'est quelque chose qui me touche encore plus depuis que je suis père de famille, car j'imagine parfaitement comment je serais à leur place : en miettes ! Cela me touche tellement que je zappe quand j'entend parler ces drames, que je ne lis rien dessus. Je ne veux même en entendre parler.

Réponse à Dagrouik

Dans un billet, Dagrouik interpelle des blogueurs Modem et NPA et leur demande leur avis sur une série de propositions. Je ne suis ni Modem ni NPA, mais je vais répondre quand même...

"Réglementer les abus bancaires. Un découvert provisoire est facturé à 18 % de taux d’intérêts, ce qui est scandaleux. Les crédits revolving seront interdits et aucune commission bancaire ne pourra être prélevée sur les comptes des particuliers provisoirement à découvert mais en excédent sur l’année."

S'il n'y avait que cet exemple qui pouvait être scandaleux dans les tarifications bancaires. Il y a aussi par exemple les dates de valeur. Le travail avance petit à petit sur le sujet, avec quelques avancées depuis un an, comme par exemple l'obligation pour les banques d'envoyer tous les ans un récapitulatif des frais à chacun de leur clients. Il risque d'y avoir des réclamations et des changements de banque. La loi LME a également fait progresser la "portabilité bancaire". Quand on veut changer de banque, plus besoin de s'inquiéter de transférer ses prélèvements, c'est la banque d'accueil qui va prendre les renseignements chez la banque de départ. Certes, il reste encore beaucoup à faire, mais à vouloir aller trop vite, on fait des conneries.

Exemple de conneries, cette magnifique proposition consistant à interdire le moindre prélèvement sur les comptes des particuliers provisoirement à découvert mais en excédant sur l'année. Comment sait-on, en février, que le compte de la personne sera en excédent sur l'année ? En se reportant à l'année précédente ? Et si la personne a connu un changement significatif et durable de sa structure de revenus (retraite, divorce, licenciement...), on fait comment ? Il y a un léger problème d'applicabilité. Quant à l'interdiction du crédit revolving, pourquoi ne pas interdire le taux d'intérêt pendant qu'on y est ?

"Créer une action de groupe à la française. Cela permettra à tous les justiciables ayant subi le même préjudice de se regrouper pour attaquer l’État ou les entreprises, notamment celles pratiquant des tarifs abusifs"

C'est dans les tuyaux, c'est vrai que ça traine, mais on devrait finir par y arriver. Et sans la moindre intervention de Ségolène Royal. Celui qui a fait le gros du boulot chez les socialistes, c'est Arnaud Montebourg !

"Réformer l’indice des prix de l’INSEE, promesse que la droite n’a pas tenue jusqu’ici. L’indice en vigueur est déconnecté de la réalité des achats de tous les jours. Ainsi la baisse du coût d'achat des appareils électroménagers ou électroniques est répercutée tous les ans sur l'indice alors que leur achat n'est pas fréquent. Un indice complémentaire devra être élaboré, à partir d’un budget familial intégrant des dépenses aujourd’hui exclues de l’indice del’INSEE (dépenses de transport, frais bancaires, téléphone portable par exemple)"

Pour ceux que cela intéresse, une mission d'information de l'Assemblée nationale a rendu ses conclusions et fait des propositions sur le sujet. Ce rapport amène à relativiser, ce que ressentent les ménages est une perception, qui peut elle aussi être biaisée. On devrait voir des applications concrètes (je l'espère) dans les prochains mois. Il faut là aussi prendre le temps de bien faire. Le bilan des promesses non tenues de la Droite, c'est en fin d'année 2011 qu'il faudra l'établir, pas avant !

"Supprimer le paquet fiscal et le diviser en trois parts : un tiers pour baisser la TVA sur les produits de première nécessité ; un tiers pour augmenter le budget des universités et de la recherche ;un tiers pour baisser la dette."

Là, on entre dans la démagogie. Ce qui est appelé le paquet fiscal, c'est un ensemble de mesures, principalement des "dépenses fiscales", c'est à dire des allègements voire des suppressions d'impositions pour certaines opérations qui bénéficient aux particuliers et aux entreprises. Je veux bien que l'on détricote tout cela, mais il va falloir expliquer aux gens que supprimer le paquet fiscal, c'est par exemple revenir sur le crédit d'impôt pour ceux qui ont acheté leur résidence principale ou encore revenir sur l'exonération de droits de successions entre époux. Pour en faire quoi ? Remonter les crédits des universités, oui, c'est un choix qui se défend. Baisser la dette. Oui, enfin, ne pas l'augmenter, ce serait déjà bien. Baisser la TVA sur les produits de première nécessité, là il faut d'abord le demander à Bruxelles, et c'est pas complètement gagné (même si c'est partiellement déjà possible).

"Contrôler la hausse des loyers et créer un nouveau système de logements conventionnés pour les ménages à revenus moyens. En contrepartie de leur engagement, les bailleurs bénéficieront d’une aide proportionnelle au prix d’achat du bien immobilier et d’une garantie contre les risques locatifs."

Contrôler la hausse des loyers : par un blocage autoritaire, par décret ? Autrement, je vois mal comment l'Etat aurait le pouvoir d'imposer sa volonté au contenu de contrats de droit privé. On n'est plus en 1981 et l'URSS a sombré corps et biens ! Aider les bailleurs en fonction de leur engagement et les garantir contre les risques locatifs. D'abord, avec quel argent ? Là, tu bouffe un demi paquet fiscal, parce que pour que cela soit incitiatif, il faut mettre la barre assez haut. Le bailleur, il ne va pas venir spontanement pour les beaux yeux de Marie-Ségolène. Pas besoin de créer de nouveau système, il suffit de relever quelques seuils pour que le système HLM devienne réellement intéressant pour les particuliers. Ca existe, des particuliers qui sont conventionnés HLM, j'en connais.

"Faire respecter les obligations de construction de logements sociaux.L’État doit se substituer aux communes qui ne respectent pas le quota de 20 %"

Qu'est ce que tu fais du principe constitutionnel d'autonomie des collectivités territoriales ? Comment fais-tu dans les communes qui n'ont plus de foncier disponible ? Combien cela va-t-il coûter de faire construire des logements HLM par l'Etat, sachant que toute nouvelle charge imposée par l'Etat aux collectivités locales doit faire l'objet de compensations financières. Quand tu vois le souk que provoque, techniquement, l'instauration d'un accueil pour les enfants dans les écoles en cas de grève des enseignants, je te souhaites (sincèrement), bon courage !

"Créer une banque publique autour de la Caisse des dépôts et consignations pour accompagner le développement des PME"

Arrêter de croire que la Caisse des dépôts et consignations, c'est un tas d'or qui sommeille dans des caves. Une banque publique, on en a eu, le Crédit lyonnais par exemple. Je le savais déjà, mais cela ne fait que confirmer que l'Etat n'est pas fait pour être banquier ou entrepreneur ! Concernant le développement des PME, il y a OSEO. Pourquoi réinventer la roue, alors qu'il suffit de gonfler un peu plus celle qui existe déjà !

"Soutenir l’économie sociale et solidaire et favoriser en particulier les reprises d’entreprises en Sociétés coopératives de production(SCOP). Avec trois milliards d’euros de chiffre d’affaires, cette économie réconcilie l’économie de marché avec les principes de solidarité et les règles de la démocratie. C’est un secteur à développer"

3 milliards de chiffre d'affaires. C'est peanuts ! L'économie sociale, c'est gentil, sympathique. Les aider un peu, pourquoi pas, mais ce n'est pas avec ça que l'on relancera l'économie. Voilà une belle proposition à usage interne pour la Gauche !

"Redéployer les aides vers les PME. L’octroi d’une aide publique doit être subordonné à la prise de risque, à la création d’emplois non précaires et à la hausse des salaires.- Instaurer enfin un Small Business Act permettant aux PME d’accéder à la commande publique"

Le Small business act, on en rêve tous, on fait ce que l'on peut pour y arriver, mais c'est compliqué, très compliqué, et la véritable clé, elle est à Bruxelles. D'ailleurs, ils y travaillent, même si ça reste bien timide. En tout cas, la volonté politique, qui est forte à droite sur ce sujet, ne suffit visiblement pas. Sur la conditionnalité des aides aux PME en fonction du nombre d'emplois, et notamment de CDI créés, pourquoi pas. Techniquement, ça doit être faisable, même si ça risque d'être encore un peu plus une usine à gaz, ces aides aux entreprises.

"Sécuriser les entreprises en mettant fin à l’instabilité fiscale et sociale qui existe aujourd’hui. Les lois applicables changent tout le temps : pas moins de trois modifications du régime des heures supplémentaires en quatre ans, par exemple. Les entrepreneurs ne savent pas à quoi s’attendre et cela compromet notre compétitivité. L’État doit s’engager à ne pas changer les règles du jeu chaque année"

Entièrement d'accord, je n'arrête pas de gueuler ici contre le yo-yo législatif. Mais dans ce domaine, le yaka fokon ne suffit pas, car la malfaçon législative est le résultat de tout un système, et en tirant le fil, on risque de défaire complètement le système, qu'il faudra ensuite reconstruire. Plus j'explore cela, plus je suis surpris et effaré de l'ampleur de la tâche. Insoupçonnable vu de l'extérieur. Sur la sécurité juridique et surtout fiscale, il y a ça qui vient de sortir. C'est bien fait, et si les préconisations sont suivies, cela devrait améliorer les choses.

"Exiger le remboursement des aides publiques lorsque les entreprises bénéficiaires licencient ou délocalisent alors qu’elles font des bénéfices"

Et on retombe dans la démagogie à l'état pur. Arlette es-tu là ? Que l'on conditionne des aides publiques, c'est tout à fait normal et même nécessaire. Que l'on exige le remboursement des aides si les conditions et objectifs fixés ne sont pas remplis, c'est logique. Mais demander le remboursement d'aides, pour des actions qui n'ont rien à voir avec les objectifs conditionnant les aides, ça je n'y arrive pas. Et j'ai encore plus de mal à comprendre comment font certains pour croire qu'une entreprise qui fait des bénéfices est forcement en bonne santé, et comment ils font pour croire qu'on ne licencie ou qu'on ne délocalise que lorsqu'on est en difficulté. Ces deux instruments sont des choix liés à la nécessité de s'adapter, justement pour ne pas être en difficulté dans l'avenir. Le conseiller économique de la dame, il s'appelle comment déjà ? Piketty. Et il cautionne de telles âneries ? A pleurer !

"Interdire aux fonds spéculatifs d’engager plus d’argent que ne le permettent leurs réserves ; confier le contrôle de la finance à la Banque centrale européenne et élargir son mandat au soutien de la croissance ; lutter contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent sale par une politique plus répressive"

Et on termine par un feu d'artifice ! Pour élargir formellement le mandat de la BCE, je crois qu'il est nécessaire de modifier les traités européens. Si Marie-Ségolène a la formule magique pour faire adopter cela par ses partenaires européens et le faire avaler aux français, je dis chapeau ! Trêve de plaisanteries, les promesses qui nécessitent un accord européen n'engagent que ceux qui les reçoivent. A la limite, c'est du foutage de gueule à grande échelle ! En ce qui concerne la lutte contre le blanchiment et les paradis fiscaux, je pense que beaucoup de travail a été effectué, et qu'il est difficile, actuellement, d'aller plus vite. Cela ne veut pas dire que l'on est au bout du chemin, mais on ne peut pas reprocher une inaction à ceux qui mènent actuellement cette politique. Quant à interdire quelque chose au fonds spéculatifs, on en revient à : On n'est plus en 1981, on ne pilote plus l'économie par décret. Il faut se mettre à jour Marie-Ségolène...

mercredi 23 juillet 2008

Un faux-cul de première

J'ai déjà eu l'occasion de parler de légères pressions qui auraient été exercées sur les parlementaires, notamment UMP, qui souhaitaient voter contre la réforme des institutions. Le gouvernement a tout utilisé, la carotte et le bâton. Si finalement, on ne sortira pas trop le bâton, par contre, on distribuera les carottes. Et le premier a recevoir ses trente deniers, c'est Alain Lambert.

Je viens de lire dans le BQ (Bulletin Quotidien), que Philippe Marini, rapporteur général du budget au Sénat allait céder sa place au conseil de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations à Alain Lambert.

Bien entendu, cela ne pourrait être qu'une coïncidence, un passage de relais prévu de longue date. Mais j'en doute très sérieusement, et je ne peux pas m'empêcher de faire le lien avec le revirement d'Alain Lambert concernant la réforme institutionnelle. Les explications qu'il donne ne sont guère convaincantes. En tous cas, elles n'ont pas convaincu et après cette nomination, elle y arriveront encore moins !

Edit du 24 juillet: d'autres explications accréditent la thèse d'Alain Lambert et celle d'un concomitance malheureuse entre cette nomination à la Cdc et l'adoption de la réforme institutionnelle. Il eut été bien que ces explications pourtant simples aient pu être apportées par Alain Lambert lui même dans sa tentative assez mauvaise de défense.

Cette attitude me rappelle celle qu'il a eu en 2006, quand il s'est présenté comme conseiller municipal de la plus petite commune de l'agglomération d'Alençon. Officiellement, c'était par amour pour cette petite commune, et bien entendu, absolument pas pour reprendre la présidence de la communauté d'agglo ! On a eu le droit à une opération d'enfumage, et même de foutage de gueule, car immédiatement élu conseiller municipal (alors qu'il était déjà sénateur et premier vice-président du conseil général), Alain Lambert est entré à la communauté d'agglo dont il a pris la présidence.

Alain Lambert est quelqu'un de très contradictoire voire schizophrène, capable du meilleur (les vidéos sur son blog, son attitude de vrai blogueur) comme du pire !

La clémence de Titus

Les parlementaires UMP qui ont voté non à la réforme de la constitution ne seront pas sanctionnés. Enfin officiellement...

Il en aurait été certainement autrement si la réforme n'avait pas été adoptée, mais là, on peut se montrer magnanime. Et en plus, ça fait contraste avec le PS, qui hurle à l'hallali après Jack Lang.

En attendant, les six députés qui ont voté non, je leur conseille de ne pas trop s'étonner si on leur refuse des choses. Ils peuvent toujours courir pour être rapporteurs sur un texte, leur réserve parlementaire risque de fondre et même pour avoir du temps de parole en discussion générale, ça risque d'être compliqué. Ne parlons pas de leurs demandes d'interventions dans les ministères. Pendant un certain temps, ça va être au pain sec et à l'eau.

C'est comme dans les commissariats, on peut taper, à condition de ne pas laisser de marques...

Un outil qui tourne à vide

Le billet sur les left blogueurs a eu son effet attendu. Ils se sont excités comme des puces folles, sont venus commenter sous le billet (et en plus sans gros dérapages, c'est un bon point) et ont réagi chez eux. Evoquer le classement Wikio et les accuser de le fausser un bon gros troll bien velu, et surtout inusable. Je ne suis pas prêt de l'abandonner celui-là. Et le plus drôle dans cette affaire, c'est Laurent qui s'en prend plein la gueule alors qu'il n'a rien dit sur le classement wikio...

Les réactions sont toujours intéressantes pour connaitre le niveau du blog. Réponse sur le fond ? Insulte ? Petite compilation des réactions de left blogueurs (feed the troll !!!) qui répondent au blogueur d'en face, alors qu'il faudrait réagir au billet !

Marc Vasseur sur sa face cachée. On est clairement dans l'insulte et le niveau cour de récréation. Il se concentre sur l'histoire du classement wikio (dont je me fous éperdument pour moi même). L'argument censément massue est : tu fais toi-même ce que tu dénonces chez les autres, toi aussi tu traficotes pour grimper dans le classement. Sauf que chez moi, on ne trouvera pas ce genre de billet et quand je fais un lien, c'est rarement pour le plaisir de faire un lien, mais pour amener mes lecteurs vers ce que je juge intéressant de partager avec eux. C'est sans doute pour cela qu'il clique sur les liens et que la fréquentation s'en ressent (pas toujours mais souvent) sur le blog d'arrivée.

Nicolas J. Même topo, insulte et cour de récréation "et en plus, t'y est même plus dans le top 10, c'est pour ça que tu es jaloux". Je n'y suis plus parce que j'en ai été viré manu militari. Effacé du jour au lendemain, et réapparu quelques jours plus tard, sans doute de manière automatique, en queue de classement, dans la rubrique "divers". Je n'en ai pas parlé, je n'ai pas envoyé de mail à wikio, car cela n'avais aucune importance pour moi. Cela n'a d'ailleurs eu aucune incidence sur ma fréquentation. Wikio est utile pour se faire connaitre, ensuite, on peut s'en passer !

Trublyonne, plus modérée, mais qui tombe quand même dans le troll en se sentant obligée de répondre.

Visiblement, tous se sont concentrés sur ce sujet, en oubliant complètement (sauf peut-être Dagrouik et Martin P) le dernier paragraphe, où je pose quand même un constat et des questions non trollesques. Je reconnais que les left-blogueurs ont réussi à monter un bel outil, mais pour en faire quoi ? Au delà des classements, il y a le fond, et visibilité ne rime pas nécessairement avec qualité (du moins selon le sens que je donne à ce mot). Il y a certes du contenu dans certains left-blog, de la réflexion, des idées. Mais il y a aussi beaucoup de militantisme, c'est d'ailleurs la majeure partie du contenu. Ce n'est d'ailleurs que l'expression sur le net du niveau de travail intellectuel du PS : du sarko-bashing (pas toujours très fin), des querelles internes, que ce soit entre personnalités ou entre chapelles idéologiques, et quelques idées pas très neuves (relire Marx, mouarf).

Vous m'amusez, mais vous ne m'apportez rien, et plus globalement, je pense que vous n'apportez pas grand chose à ceux qui ne sont pas des militants PS. Le gros reproche que je vous fait est celui-là. A cause de cela je trouve dommage que ce soit vous qui occupiez les avant-postes de la visibilité pour la blogosphère de gauche, au détriment d'autres qui auraient plus de fond, plus de débats d'idées et moins de militantisme (incompatible avec le vrai débat d'idées). Vous allez me dire que je fais de l'autosatisfaction, mais à droite, les blogs les plus en vue ne sont pas les blogs militants : Que ce soit Moi, Koztoujours, Lomig et ses amis de LHC, Le chafouin, Toréador, caréagit, incandescence (désolé pour ceux que je n'ai pas cité), aucun ne parle de la vie de l'UMP, aucun ne joue le rôle de thuriféraire ou de porte-flingue de Sarkozy. Peu mettent clairement en avant une étiquette "blog de droite", même si ce n'est pas difficile de sentir leur positionnement politique.

Je suis prêt à lire davantage de blogs de gauche, j'en lis d'ailleurs, mais des blogs qui m'apportent un regard différent du mien, sur la base d'idées, de propositions, de valeurs, sans volonté de soutien ou de démolition de telle ou telle personne. Même si on trouve parfois cela sur les left-blogs, c'est rare, bien trop rare !

mardi 22 juillet 2008

De drôles d'oiseaux

Le groupe de blogueurs "left blogs" m'a toujours fasciné, non pas que j'adhère à leurs idées, mais comme objet d'étude blogosphérique (et en plus, ceux que je connais sont sympathiques, même Martin P). Voilà un petit groupe qui a orchestré et réussi une opération collective de montée en puissance vers la visibilité. Alors qu'aucun n'aurait probablement réussi à percer et arriver seul là où il est, en chassant en meute, ils y sont arrivés.

Ils ont compris qu'être plusieurs permettait de se lier (ils ne s'en privent pas), et de former ainsi un pack qui permet, lentement mais surement, d'avancer dans les classements et d'intégrer les blogrolls. D'autres essayent sur la même voie, mais avec moins de succès, car moins soudés, moins prolifiques aussi. J'ai déjà eu l'occasion de parler de leurs petites opérations de liens systématiques. J'ai plusieurs fois picoré trollesquement sur ce terrain et à chaque fois, j'ai obtenu une réaction assez vive, avec force explication comme quoi j'avais tort. Maintenant, ils se justifient avant même que j'aille les titiller. Cela ne m'a plutôt convaincu du contraire ! On ne s'acharne pas à se justifier ainsi, aussi systématiquement, si le sujet n'en vaut pas la peine.

Petit à petit, j'ai découvert que ces braves left blogueurs ont chacun plusieurs blogs. D'abord, je leur dit bravo, car tenir un blog, ça prend du temps, mais alors plusieurs... C'est ainsi par exemple que Sarkofrance a des coulisses et des bas-fonds, que Nicolas J partage beaucoup (son avis, ses âneries et même le reste et plus encore), que Marc Vasseur a une face cachée. Et encore, j'en découvre tous les jours. Désolé pour ceux que je n'ai pas cité, vous n'avez qu'à venir troller commenter ici plus souvent. Dernièrement, ils ont découvert un nouveau système de site que l'on peut alimenter par mail. Bien entendu, chacun a créé le sien, avec comme premiers billets de paquets de liens vers les copains pour doper encore leurs classements.

A coté du blogueur individuel, qui n'a qu'un seul blog, leur méthode est une autre manière d'émerger, qui n'est finalement pas plus illégitime que cela. Ils ont créé un bel instrument, une sorte de vaste blog coopératif décentralisé, avec une forte coordination (qui doit leur bouffer du temps, ils dorment quand ?). Non seulement ils postent en choeur, mais ils viennent commenter en meute, obtenant ainsi une visibilité certaine. Dans les deux cas, difficile de les louper, Laurent en sait quelque chose.

Le résultat est toutefois là. A partir du commentaire d'actualité (sur les sujets qui font de l'audimat) ils ont réussi à squatter les classements comme Wikio, en utilisant un système de toute manière sur le déclin, car insatisfaisant pour de plus en plus de blogueurs. Cela leur a permis d'être "référencés" comme "influents" car visibles et de se voir proposer d'intervenir sur des médias plus traditionnels comme marianne2, le plus en pointe dans l'intégration des blogueurs (sans chichis et sans tapage particulier sur cette question d'ailleurs). Ils ont enfin plus ou moins réussi à faire croire que la blogosphère politique est dominée par les blogs de gauche.

Mais leur réussite n'est pas si complète. Si on enlève tous les "left blogueurs " du classement wikio, la situation est un peu différente et beaucoup plus équilibrée, notamment en faveur du Modem. Ils ont quelque peu occulté une blogosphère de gauche, parfois très à gauche, qui est surtout visible par le biais de Betapolitique et surtout de rezo, sites autrement plus "lourds" en terme de contenu et d'audience que nos amis "left blogueurs". Mais ils n'en ont pas pris réellement le leadership. Leur "influence réelle", c'est à dire leur capacité à être persuasifs, à répandre leurs idées et à changer l'opinion de leurs lecteurs, à être repris hors de leur sphère, est assez limitée. Ils débattent beaucoup, mais ne sont pas souvent eux qui posent les débats, qui décident des sujets sur lesquels on va gloser. La faute sans doute à un contenu souvent très sympathique et amusant, mais très superficiel et trop souvent dans la critique militante (c'est à dire bête, méchante et stérile). Je vais être cruel, mais ça manque quand même singulièrement de fond, de propositions solides, d'idées nouvelles et innovantes, d'analyses fulgurantes comme ici. Ca manque aussi de débats, car ils se reprennent les uns les autres, approuvant sans réserve les contenus d'un billet sans apporter quoique ce soit. C'est un peu dommage, car avec un tel outil, ils pourraient mener de vrais débats de fond et devenir un lieu où une certaine pensée de gauche se construit, par le dialogue, l'échange suivi de gens qui se connaissent, se respectent et ont un socle commun de convictions (socle qui manque singulièrement chez Lieu commun par exemple) et sont prêts à y consacrer du temps.

Remettre les choses à leur place

Très intéressante interview de Guy Carcassone, dans le Monde. Il remet clairement un certain nombre de choses à leur place sur Sarkozy.

"Ce qu'on appelle l'hyperprésidence n'est qu'une hyperprésence médiatique. Pompidou avait infiniment plus de pouvoir que Sarkozy. Il ne devait pas composer avec la Commission européenne, les collectivités locales, les multinationales. Prenez l'exemple de l'usine Mittal de Gandrange : le président Pompidou aurait immédiatement décroché son téléphone pour demander au patron d'une entreprise publique de racheter ce site. Aujourd'hui, Sarkozy doit obtenir l'accord des maires pour imposer le service minimum dans les écoles."

Dans la foulée, une prise de position intelligente de députés socialistes (je sais c'est surprenant) qui dénoncent "une incapacité" du PS à s'abstraire d'une forme d'anti-Sarkozysme pavlovien qui le conduit à s'opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République". Le syndrome vigilant...

Ces quatre députés PS constatent que malgré les cartes qu'il avait en mains, le PS n'a été capable, ni d'empêcher cette réforme, ni de l'infléchir. Bref, il n'a servi à rien ! Depuis un an, c'est d'ailleurs comme cela, le PS ne sert à rien, n'apporte rien sinon du bruit, de la fureur et un renforcement de cette culture politique de la haine qui lui permet de masquer le vide de ses propositions et la vacuité de ses leaders.

Pourquoi le PS ne se lancerait-il pas dans une politique d'opposition constructive ? Rien que sur la réforme des institutions, en jouant le jeu dès la départ et en annonçant leur soutien, ils auraient pu faire sauter un certain nombre de verrous concernant le Sénat. C'était toujours ça de pris ! Attendons de voir leur attitude lors des discussions sur les lois organiques qui doivent maintenant être votées pour mettre en musique cette réforme constitutionnelle.

Amère défaite

Les socialistes l'ont visiblement en travers de la gorge, cette adoption de la réforme constitutionnelle. C'est vrai qu'à deux voix près, c'est rageant. Au point d'en sortir un chapelet d'âneries, preuve qu'en matière de communication, on a beau matraquer, quand c'est trop gros, ça ne passe pas. Petit florilège :

François Hollande : «Le perdant, c'est Nicolas Sarkozy qui avait imaginé une réforme avec une large majorité et qui se trouve aujourd'hui avec une réforme adoptée à une voix en plus du résultat requis». Dis moi François, où retrouves-tu la citation de Sarkozy disant qu'il espère une large majorité. Cela devait être il y a belle lurette, car depuis quelques mois, on sait parfaitement que le résultat ne pouvait être que serré. Je sais que tu as envie de dire que c'est Sarkozy et pas toi qui a perdu, mais il faudrait trouver un peu mieux...

Jean-Marc Ayrault : "Résultat pathétique". Pour le PS très certainement !

Ségolène Royal : «Comme disait François Mitterrand, sur le chemin de la trahison, il n'y a que le fleuve de la honte à traverser». Avec tous les éléphants qui trainent au PS, il n'y aucune difficulté à trahir, toute honte bue. Même un fleuve, ils devraient y arriver. D'ailleurs, ils sont en train de pomper en vue du congrès de Reims !

Arnaud Montebourg : «Le combat ne fait que commencer. Nous prendrons à témoin les Français des risques d'abus qui s'installent dans le paysage politique de notre pays». Les risques d'abus ! Inquiètes toi donc des abus réels plutôt de t'occuper du virtuel. On dirait un blogueur vigilant...

Julien Dray : "le fait que la réforme soit votée à une voix près est «un signe». Signe que «nos critiques étaient fondées". La mouche du coche. Je rappelle au passage que l'adoption s'est faite à la majorité des trois cinquièmes, ce n'est pas rien quand même.

Dans tout ce concert socialiste, étrangement, pas un mot sur l'attitude du Parti radical de gauche, dont le rôle a pourtant été essentiel, et dont les députés sont "apparentés PS". Il n'y en a que pour Jack Lang, alors que son vote n'a pas été décisif. Langue de bois et évitement des sujets qui fâchent. Ils sont forts les leaders du PS !

lundi 21 juillet 2008

Recomposition au centre gauche

Jack Lang risque de connaitre dans les jours qui viennent un "grand moment de solitude". De tous les parlementaires socialistes, il est le seul qui a voté pour la réforme institutionnelle. Même s'il avait voté contre, la réforme serait quand même passée, mais les socialistes ayant échoué si près du but, et Jack Lang étant le seul à avoir franchi la ligne jaune, il va servir d'exutoire et de bouc émissaire. A écouter Jean-Marc Ayrault ce soir à la télévision, on croit entendre une oraison funèbre : "c'était un ami, je l'aimais bien...".

On va sans doute aller vers une exclusion du PS, ce à quoi l'intéressé s'attend. De toute manière, il s'en moque, à la limite, c'est presque mieux d'être dehors que dedans. Le tout est d'assurer son avenir. Lui a-t-on promis un portefeuille ministériel ? Sans doute ? Lui sera-t-il donné ? rien n'est moins sûr ! Même sans cela, je fais confiance à Jack Lang pour savoir rebondir. C'est un survivant professionnel, et il a compris que le PS n'avait plus rien à lui apporter et que pour survivre, il faut au contraire participer à la refondation du centre-gauche qui est en train de prendre corps, très lentement et très souterrainement. Et Jack Lang a encore une carte à jouer dans ce jeu.

Cette refondation, elle va se faire autour des radicaux de gauche. Les grands gagnants de l'opération, c'est eux. Sans leurs voix, jamais la réforme ne serait passée et Nicolas Sarkozy le sait. Jusqu'ici, il n'avait pris dans ses filets que des individus isolés (Kouchner), des marginaux (Bockel) et des réprouvés (Besson). De quoi semer le trouble à gauche, mais pas de quoi mordre durablement sur cet électorat. Avec les radicaux de gauche, la prise est autrement plus belle, même si elle est encore fragile. La promesse de Nicolas Sarkozy d'abaisser le seuil de constitution d'un groupe dans les assemblées leur était destinée, bien plus qu'aux communistes (même si cela aura quelques effets amusants de ce coté là aussi). En effet, l'avenir du groupe RDSE au Sénat n'est pas assuré après le renouvèlement de cette année et les radicaux de gauche rèvent d'un groupe à l'Assemblée nationale. Certes, ils ne sont qu'une petite dizaine, mais si comme au Sénat, les radicaux de droite rejoignent ce groupe, on aura les quinze députés. A partir de là, la réconciliation des radicaux, déjà en route (malgré quelques réticences à gauche) ira en grandissant et leur visibilité politique ne s'en trouvera que renforcée.

Autour de ce noyau, qui ne sera plus tout à fait d'opposition, mais pas non plus franchement dans la majorité (exactement la définition du groupe RDSE au Sénat), Nicolas Sarkozy espère fédérer et amalgamer les petits lambeaux arrachés à la gauche (Bockel, Besson...) voire en attirer quelques autres. Dans ce cadre là, l'arrivée de Jack Lang est une excellente affaire. Elle donne à ce groupe un authentique cachet "ni droite, ni gauche", qui permet d'étouffer définitivement François Bayrou, en le privant totalement de son espace politique !

Ras du cul

Majorité requise des trois cinquièmes des suffrages exprimés : 538

Pour l'adoption de la réforme constitutionnelle : 539

C'est donc une heureuse surprise et je le pense, une très bonne chose. A coté de mesures gadget, il y a en a d'autres qui représentent des avancées, comme l'exception d'inconstitutionnalité, le renforcement du contrôle de leur ordre du jour par les assemblées et plein d'autres choses que je n'ai regardé que d'un oeil distrait, faisant partie des pessimistes qui n'y croyaient pas.

Et bien maintenant, il va y avoir du boulot, parce que cette réforme nécessite au moins une dizaine de lois organiques. Promis, je vous fais un bilan commenté de cette réforme (même si cela n'a plus de sens puisqu'elle est adoptée).

La dérive de Dieudonné

Tout le monde s'est focalisé sur le fait que Jean-Marie Le Pen soit le parrain d'un des enfants de Dieudonné. Ce n'est pourtant qu'une information anecdotique au regard de la véritable information : Dieudonné a fait baptiser ses enfants dans une paroisse catholique intégriste de Saint-Eloi, celle tenue par les ralliés du lefèvrisme, qui tout en entrant dans le giron de Rome, n'ont rien renié de leurs convictions.

Autant un rapprochement purement politique avec le Front National, sur la base d'un certain antisémitisme et d'une "victimisation" face au médias est compréhensible. Bien qu'appartenant à des sphères différentes, politiquement et culturellement, une alliance tactique était possible, les "rouges-bruns" l'ont déjà démontré. Mais là, il ne s'agit pas de cela, mais d'un passage de Diedonné, avec armes et bagages, dans le camp de l'extrême droite la plus tradi. Il fait baptiser ses enfants, apparemment ensemble, et le fait dans un lieu clairement marqué à l'extrême droite, dans sa composante la plus classique.

C'est un revirement profond, une véritable mutation chez Dieudonné, bien plus révélatrice qu'un simple copinage avec Jean-Marie Le Pen.

vendredi 18 juillet 2008

De légères pressions...

Le résultat du vote du Congrès du Parlement, lundi, est loin d'être acquis pour le gouvernement. Chaque voix compte et ceux qui sont opposés, voire tièdes font l'objet de toutes les attentions. On leur téléphone, on les reçoit à l'élysée, en prenant le temps qu'il faut. On leur montre alternativement la carotte et le bâton. Petit florilège des moyens dont dispose le gouvernement pour racoler.

Les carottes d'abord.

La première chose que l'on propose, c'est l'arrosoir, ouvert sur la puissance maximale. Vous avez des demandes de subventions en instance : c'est oui ! Vous avez des grands investissements en vue, c'est oui ! Un argument auquel sont particulièrement sensibles les députés d'Outre-Mer, où la réélection se joue, ne nous voilons pas la face, sur "combien tu as ramené d'argent de la métropole ?". Cela n'empêche pas des députés métropolitains de céder aux sirènes. Il y a la promesse de mise en valeur : tu veux être rapporteur sur tel texte, c'est oui (quitte à promettre le même poste à plusieurs), tu veux une mission sur quoi ? On peut même faire monter les enchères : dis Jack, un petit ministère lors du remaniement de 2009, ça te dis ? Eh, les amis communistes (qui sont 17 à l'assemblée nationale), l'abaissement de 20 à 15 députés du seuil pour former un groupe parlementaire, ça vous tente ?

Les batons

Vous savez tous, chers amis, que le redécoupage électoral va avoir lieu. Avez vous vraiment envie que votre circonscription soit redécoupée de manière à vous être sociologiquement moins favorable ? On peut le faire... Autre technique, celle de l'arrosoir inversé : si tu votes non, tu peux toujours courir pour obtenir quelque chose : plus de visites ministérielles, moins de subventions, plus de postes de rapporteur. Le régime sec ! Il y a aussi les députés qui ont des garnisons : tu sais, ami parlementaire, que le redécoupage de la carte militaire doit être annoncé fin juillet. Tant que ce n'est pas officiel, on peut encore faire quelque changement. Tu veux vraiment la garder, ta garnison (où celle de ton voisin à qui on fera connaitre ta part de responsabilité dans le départ de son régiment). Cela s'appelle du chantage, mais à la guerre comme à la guerre...

Ce qui me frappe dans tout cela, c'est que beaucoup de ces moyens, que ce soit les carottes ou les batons, auraient moins d'effets si les députés ne cumulaient pas. On tient le député en menaçant le maire, sur lequel on a plus de prise.

Je serais idéaliste, je dirais : bravo à ceux qui résistent, qui restent fidèles à leur convictions. Mais je ne suis pas idéaliste, et je constate que tous ont leur point de corruption, et que ceux qui ne cèdent pas sont ceux à qui on n'a pas proposé assez ou qui ont été insensibles aux pressions. Juste un exemple, Jacques Myard, député-maire de Maisons-Lafitte, qui campe sur le non. Quel emprise voulez vous avoir sur lui ? Il est assis sur un siège en or, qui ne risque pas de basculer à gauche, il est déjà marginalisé au sein du groupe UMP pour ses prises de positions parfois très extrémistes (il est pour la suppression de l'ISF, pour le rétablissement de la peine de mort et pas spécialement gayfriendly). Sa commune est riche, on peut lui redécouper sa circonscription sans aucun effet electoral, il n'attend rien en terme de poids parlementaire. Les quelques mésaventures qui pourraient lui arriver ne sont franchement pas de nature à le faire changer d'avis.

Quelque part, c'est rassurant. Je n'ai jamais aimé les idéologues, qui se décident uniquement en fonction de leurs convictions à eux, qui restent sourds à tous les arguments et vont jusqu'au bout des choses, en quête d'absolu et de pureté. C'est de ce bois là dont on fait les intégristes.

Commission d'enquête

Plutôt que demander des commissions d'enquête sur des sujets qui n'en valent pas la peine, comme par exemple sur le différent entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais, les parlementaires socialistes et modem feraient bien de s'occuper des vrais problèmes.

Une commission d'enquête sur la sécurité des installations nucléaires françaises ne serait pas inutile. Mais c'est moins glamour et surtout, cela permettrait plus difficilement de mettre personnellement en cause Nicolas Sarkozy. Pas intéressant donc...

Le député François Bayrou

Exister, voilà désormais la seule ambition de François Bayrou. tenir jusqu'à la prochaine échéance présidentielle. Pour cela, il est prêt à tout, y compris à tomber dans la démagogie facile consistant à taper sur Nicolas Sarkozy. On est certain d'être repris, même si l'accusation n'a aucun fondement. Cela permet d'exister à peu de frais, sans avoir à beaucoup travailler. Car visiblement, François Bayrou ne semble pas être un adepte du travail de fond. A part réagir sur l'actualité, il n'y a pas grand chose comme travail de fond ! Pourtant, François Bayrou dispose de quelques moyens pour produire du fond !

Il a d'abord un parti, le Modem, qui a quelqu'argent pour encore quatre ans. Même si on le lui dispute, c'est lui qui tient la caisse. Avec cela, il peut faire vivre une structure qui peut produire du fond, travailler, renouveler les idées. Il existe un vrai courant Démocrate-Chrétien, avec une orientation et une philosophie particulière. Contrairement au Nouveau Centre, qui est au coeur du vide sidéral de la pensée, il y a de la matière au Modem. Pourtant, j'attend toujours les résultats du travail en profondeur sur cette pensée. Du moins j'en attends quelque signes, tant il est vrai qu'une seule année, c'est un peu court. Je n'ai pour l'instant rien détecté dans le radar, mais c'est vrai que je suis l'activité du Modem d'assez loin et ce qui en ressort surtout, c'est la vie et l'oeuvre de François Bayrou, ses refus plus que ses propositions. Peut-être que des commentateurs modem pourront m'orienter vers les lieux où s'élabore la mue intellectuelle de la Démocratie-Chrétienne française...

Ensuite, François Bayrou est député, aidé d'un acolyte (le deuxième s'étant rapproché de la soupière). Je sais qu'on ne va pas loin sans le soutien d'un groupe parlementaire, que n'être que deux n'offre pas beaucoup d'espace politique dans une assemblée. Mais quand même...

Le bilan, au bout d'un an, du député non cumulard (contre son gré) François Bayrou est maigre. Il n'a réellement travaillé que sur la réforme constitutionnelle. Pour le reste, on trouve une participation à la discussion générale du projet de loi de réforme des universités (il s'est sans doute rappelé qu'il a été ministre de l'Education nationale) et un torpillage de la pitoyable tentative des députés Nouveau Centre pour traficoter la loi sur le financement des partis politiques. Pour le reste, rien ! Son compère Jean Lassale a un bilan encore plus pâlichon. Quatre intervention en séance publique, indiquant juste un papillonnage sur quatre sujet, mais aucun engagement réel dans un texte comme son collègue Bayrou sur les institutions.

Si vous voulez savoir ce que j'appelle un bon bilan pour un député d'opposition, allez donc voir ici ou ou encore là. Voilà des députés qui bossent, réellement, qui ont des choses à dire, des idées à défendre. Je ne demande à Messieurs Bayrou et Lassalle d'atteindre ces sommets, mais quand même, quand on représente un courant spécifique de la pensée politique française, on devrait avoir des choses à dire. Faire des propositions de loi, ce n'est pas bien compliqué, il suffit de faire bosser ses collaborateurs. Entre ses assistants parlementaires et les équipes de réflexion qu'il peut mettre en place au sein du Modem, il devrait arriver à produire. Et bien non, voilà le nombre de propositions de loi déposées par François Bayrou depuis un an.

Et c'est sans doute là le problème, avoir des choses à dire sur le fond, avoir des propositions constructives et originales à mettre en avant.

jeudi 17 juillet 2008

Alain Lambert découvre la vidéo

Le sénateur Alain Lambert a découvert la vidéo et visiblement, il s'éclate ! Il n'arrête pas, pour notre plus grand bonheur, d'interviewer ses collègues. Cela donne des résultats qui méritent le détour. Il a commencé par un premier succès autour d'un croupion, qui n'a pas découragé le sénateur blogueur, qui récidive, avec des contenus divers, mais tout aussi instructifs.

Il offre ainsi à Gilles Carrez l'occasion de s'expliquer plus en longueur sur les thèmes développés dans la première vidéo, et où certains (plus ou moins bien intentionnés) ont cru y entendre des méchancetés contre le ministre du Budget. L'honnêteté intellectuelle voudrait que ceux là diffusent également cette seconde vidéo...

Il tend également le micro à son excellent collègue Philippe Marini, rapporteur général du Budget au Sénat et candidat au plateau (la présidence du Sénat) au cas où Christian Poncelet (80 ans) renoncerait à se représenter. Nous avons là un magnifique exercice de langue de bois. visiblement, Philippe Marini a compris que cette vidéo risque d'être diffusée et vue...

C'est une expérience originale et intéressante, car Alain Lambert a accès à des endroits et à des personnes inaccessibles aux journalistes : il peut entrer dans les lieux, mais aussi et surtout, il peut se permettre de filmer sans qu'on lui dise quoique ce soit. Il est une personnalité du Sénat. On peut ainsi sentir l'ambiance, la manière dont travaillent et se côtoient les parlementaires et ministres, ces apartés et rencontres dans les couloirs qui ont un rôle parfois important. A suivre donc !

mercredi 16 juillet 2008

Encore une intervention de Nicolas Sarkozy

Siné est viré de Charlie-Hebdo pour avoir, selon Phippe Val, dérapé concernant le futur mariage de Jean Sarkozy, avec des propos considérés comme antisémites.

Cela serait arrivé dans n'importe quel autre journal, que n'aurait-on pas entendu sur les pressions exercées par le président de la République sur la presse, sur sa volonté de tout régenter ! On aurait glosé sans la moindre preuve sur le scénario de cette éviction d'un journaliste ayant osé s'attaquer au fils du président, sur le lieu et l'heure de la décision. La meute aurait hurlé !

Mais voilà, c'est arrivé à Charlie-Hebdo, icône parmi les icônes de la gauche extrême.

Dans l'article de Libé, pas une trace de soupçon d'intervention de Nicolas Sarkozy dans ce qui est un licenciement brutal, au même titre que renvoi de Généstar à Paris Match (qui a trouvé à se recaser) ou de PPDA à TF1, où le nom du président a pourtant été abondamment cité. Et pourtant, vu que sa famille était directement visée, Nicolas Sarkozy aurait eu encore plus de raisons d'exprimer son mécontentement. Et en plus, Siné se fait littéralement jeter dehors à coups de pied au cul, avec un belle réputation (méritée ou pas, je n'en sais rien) d'antisémite. Bref, tout pour en faire un martyr du sarkozyme. Et pourtant, rien ! Décevant...

Comme quoi, il se passe des choses dans les journaux français qui ne doivent rien à Nicolas Sarkozy. Et si cela avait été également le cas dans certains affaires où la responsabilité du chef de l'Etat a été mis en cause sans le moindre commencement de preuve (l'éviction de PPDA sur TF1 par exemple) ? Après tout, si Philippe Val peut virer Siné sans en avoir reçu l'ordre de l'Elysée, Pourquoi Nonce Paolini ne serait pas capable de virer PPDA de sa propre initiative ?

mardi 15 juillet 2008

Carrez, le dernier des lucides

Il existe encore des parlementaires ayant une vraie lucidité sur la situation budgétaire de la France. S'il ne doit en rester qu'un, ce sera Gilles Carrez, rapporteur général du Budget à l'Assemblée nationale. La preuve, ce petit film, tourné par le sénateur Alain Lambert (ancien président de la commission des Finances du Sénat, ancien ministre du Budget), lui aussi membre éminent de ces parlementaires lucides qui n'hésitent pas à dire ce qu'ils pensent.

Luc Mandret et Dagrouik en font, à mon avis, une mauvaise lecture militante, limite malhonnête, se concentrant sur la "petite phrase", pour faire croire à une dispute au sein de la majorité, alors que ce n'est en fait qu'un constat désespéré car trop lucide sur l'absence de volonté politique du président de la république de vraiment maitriser le déficit. Et il n'est pas le seul à le dire ! Philippe Marini, rapporteur général du budget au Sénat est encore plus sanglant !

Eric Woerth est qualifié de "ministre croupion" car il ne peut se concentrer que sur la colonne dépense, tentant de la freiner comme il peut pour tenter de rester dans les clous malgré la frénésie dépensière de ses collègues (appelés "ministres dépensiers" dans le jargon de Bercy) et surtout de Nicolas Sarkozy. Il n'a absolument pas le temps de s'occuper de la partie recette, qui pourtant, est une composante essentielle de son ministère. Ce que Gilles Carrez déplore, c'est qu'il n'y ait rien en terme de pilotage stratégique de la recette fiscale (mis à part le débat, très médiatique, sur les niches fiscales). Devant ce vide, chacun arrive avec son projet de niche fiscale, de réduction de TVA, et c'est à celui qui gueule le plus fort, et toujours dans le même sens, celui de la réduction des recettes de l'Etat.

A la fin de son propos, il aborde la vraie question, les bienfaits de l'euro pour la France. Sans l'euro, avec nos déficits et notre dette, il y a bien longtemps que le franc aurait dévissé sur le marché des changes. Grâce à l'euro, on évite ce désastre, mais jusqu'à quand ? Il ne faudrait quand même pas que nos conneries fassent plonger l'euro, car là, c'est l'ensemble de nos partenaires qui nous regarderaient avec des yeux autrement plus furibards qu'actuellement. Le propos est sincère et sans fioriture, car c'est une conversation entre spécialistes des finances, il ne faut surtout pas y voir une "petite phrase" vacharde, balancée en salle des quatre colonnes. Carrez et Lambert sont des gens sérieux, pas du tout le genre.

Eric Woerth est également lucide, il l'exprime très bien dans le deuxième film que l'on trouve sur le billet du sénateur Lambert, et que nos deux blogueurs luc et Dagrouik se gardent bien de reprendre. Il a d'ailleurs cette remarque "je ne suis que le ministre du recouvrement". Voilà un ministre pleinement conscient des limites de ses pouvoirs et des véritables priorités gouvernementales, qui fait ce qu'il peut. Ministre croupion, c'est peut-être un peu fort, mais pas totalement faux. Un signe qui ne trompe pas, son rang protocolaire : le dernier. Je partage pleinement leur position et leur déploration, mais que faire d'autre à part "faire ce qu'on peut avec ce que l'on a ? Personne, à leur place, ne pourrait faire mieux !

Gilles Carrez est un UMP fidèle à Nicolas Sarkozy, mais sa priorité est sincèrement le relèvement des Finances publiques de la France, qui est aux premières loges et qui se rend compte que malgré toutes les affirmations et proclamations, ce n'est pas une réelle priorité pour l'exécutif. Et il s'en désole ! C'est quelqu'un qui pour autant ne se couche pas, et fait entendre sa petite musique, de manière discrète (le film tourné par Alain Lambert est une simple conversation privée, pas une interview donnée dans la presse). Il faisait déjà partie de ceux qui, pendant la campagne présidentielle, on clairement mis le holà à l'envolée des promesses (et donc des dépenses) du candidat Sarkozy. Il n'avait pas aimé, mais s'était quand même calmé. C'est une personne profondément respectable et sincèrement dévouée au bien public. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la collaboration avec Didier Migaud, qui est son pendant socialiste, se passe très bien sur le plan technique. Il ne faut pas oublier que les pères de la LOLF, c'est le couple Migaud-Lambert.

Cette vidéo est toutefois intéressante, car elle surprend sur le vif ce que peuvent être les conversations entre parlementaires, du moins entre parlementaires sérieux, qui bossent, qui maitrisent leur sujet et sont sincèrement attachés à la chose publique, se plaçant ainsi au dessus des petites querelles politiciennes et militantes auxquelles certains blogueurs et journalistes en mal de polémiques artificielles voudraient les rabaisser.

Le vrai scandale de la promo

Les journalistes glosent en boucle sur les légions d'honneur de Betancourt, de Madame Choubrac ou de Dany Boon, comme s'il n'y avait qu'eux dans cette promotion de la légion d'honneur. Certains cherchent à créer le scandale là où il n'est pas, sans aller voir là où il y en a réellement !

Le vrai scandale, c'est ça : Commandeur, au titre du ministère de la Culture : M. Freches (José, Vincent, René), écrivain. Officier du 19 avril 2003

Il faut cinq ans minimum pour passer d'officier à commandeur. José Freches ne pouvait donc pas être nommé commandeur avant le 20 avril 2008. Il n'a pas attendu longtemps ! Quand je demande une médaille d'officier et que je dois monter le dossier, on me fait clairement savoir au ministère que s'il n'y a rien de nouveau dans le dossier depuis la nomination comme chevalier, ce n'est même pas la peine d'espérer, surtout pour un homme (vu qu'il faut maintenant autant de femmes que d'hommes dans chaque promotion, les ministères sont nettement moins sévères pour les dossiers féminins).

Quels mérites exceptionnel cet homme a-t-il pu accomplir pour mériter un tel avancement, et aussi rapidement ?

On est en plein copinage ! si on veut dénoncer quelque chose, c'est là qu'il faut frapper !

Aneries de pré-congrès socialiste (3)

"Il suffirait de reprendre la moitié des superprofits de Total pour les transformer en chèques de 300 euros" dixit Ségolène Royal.

En sachant que l'instauration d'une prime à la cuve financée par Total, qu'a mis en place le gouvernement, c'est "particulièrement inerte", techniquement, on fait comment ?

Comme on devrait obliger les architectes à vivre et à travailler dans les bâtiments qu'ils conçoivent, on devrait obliger les politiques (de tous bords) à donner le mode d'emploi technique des mesures qu'ils proposent !

Ne surtout pas aborder le fond

Ségolène royal continue dans la veine qui lui a si bien réussi, de la victimisation. Cette fois-ci, c'est "on cherche à me faire taire car je suis porteuse d'une vérité qui dérange", sur l'air du seul contre tous, du bouc-émissaire girardien (d'ailleurs, j'aimerais bien lire une analyse des postures de Ségolène Royal par René Girard).

Au fait, c'est quoi cette vérité ? et en quoi dérange-t-elle ?

La politique, c'est quand même, à un moment donné, une question de fond.Ségolène Royal semble éluder cela de manière systématique. Et ça fait bientôt deux ans que ça dure !

Une légion d'honneur méritée

Madame Choubrac, vice-présidente du TGI de Nanterre, vient de recevoir la légion d'honneur. La presse s'en fait l'écho, de manière très perfide (au moins au Figaro).

Le Figaro fait croire que cette magistrate aurait eu la médaille pour sa discrétion dans la divorce de Monsieur Nicolas S et de son ex-épouse Cécilia. C'est un procédé absolument honteux que d'insinuer qu'une personne qui a 38 ans d'activités professionnelles, qui a exercé des postes de magistrate en région parisienne, qui sont particulièrement lourds, ne doivent sa décoration que pour avoir "bien servi les intérêts personnels" du chef de l'Etat. Avant d'être à Nanterre, elle était première substitut à Créteil. Pas un poste facile ! Nombre de magistrats reçoivent la légion d'honneur, et c'est normal, vu le poids des fonctions. Un magistrat qui part en retraite sans la moindre décoration, c'est même suspect. Il ne semble pas anormal que Madame Choubrac, soit faite chevalier de la légion d'honneur (le premier grade) après plus de 30 ans de carrière !

Et la perfidie va jusqu'au mensonge, puisque le Figaro affirme qu'elle a été nommée sur le contingent présidentiel, ce qui est faux ! Il suffit de lire le décret de nomination, pour s'apercevoir qu'elle est sur le contingent du ministère de la justice.

Juste à la fin, le journaliste ne peut pas s'empêcher d'avouer la véritable raison de cette perfidie : cette magistrate a refusé de parler et de balancer le moindre document à la presse sur ce divorce. Rien que pour cela, pour cette probité professionnelle, elle mérite sa décoration ! Un magistrat qui respecte le devoir de secret et de discrétion que lui imposent ses fonctions, la presse n'est pas habituée ! Qui est donc cette femme qui ose nous mettre des batons dans les roues ! Certains ont visiblement voulu le lui faire payer en balançant un communiqué au bon moment, qui se diffuse tout seul, grâce aux bons vieux réflèxes moutonniers et à la paresse des journalistes, toujours heureux de pouvoir citer Sarkozy et de se poser en "dénonciateurs du clientélisme" avec un communiqué tout fait qu'il n'y a plus qu'à reprendre.

Sauf que là, c'est raté ! Cette magistrate a sans doute eu droit à sa "décoration statutaire", qu'elle aurait obtenu de toute manière, sans même avoir eu à traiter le divorce de Nicolas Sarkozy ! Rien à voir avec le traitement du dossier de divorce du président.

vendredi 11 juillet 2008

Pétard mouillé

Grande information dans la Parisien : Les PV de stationnement seraient illégaux. Beau sujet, bien racoleur, qui ne va pas manquer d'attirer l'automobiliste râleur et un rien poujadiste. Qu'en est-il réellement ?

D'abord, c'est un jugement rendu par une justice de proximité, donc un magistrat non-professionnel. Attendons de voir ce que dirons des juridictions supérieures si jamais elles sont saisies.

Le coeur de l'argument serait qu'il n'est pas possible de poursuivre pénalement sans texte, ce qui est vrai. Et qu'aucun texte ne mentionne "non affichage du ticket d'horodateur" comme infraction pénalement punissable. L'avocat de l'association d'automobilistes en conclu que les PV sont illégaux. Bien entendu, aucun autre avis juridique n'est émis. Ce n'est que de la simple reprise de communiqué, pas du travail de journaliste !

Edit de 14h15 : Que ce soit Libé, le Figaro, l'Express.fr, Le point.fr, Le nouvel obs, tous reprennent en choeur la même connerie. Aucun pour interroger un juriste et apporter un autre regard !

Pourtant, il y aurait des choses à dire. On paie pour stationner, car on occupe temporairement le domaine public. A ce titre, chaque collectivité locale est libre de s'organiser pour demander des redevances, suivant le tarif et les modalités qui lui plaisent. Cela explique que les PV de stationnement sont souvent distribués, non par la Police nationale (qui peut le faire), mais par des employés municipaux, chargés de faire appliquer les arrêtés municipaux règlementant l'occupation du domaine public. Le jugement de la juridiction de proximité de Versailles ne concerne donc que la situation de la commune de Montigny-le-bretonneux, où le maire va devoir réécrire ses arrêtés.

La solution est très simple. Le policier municipal constate l'occupation du domaine public par un véhicule ne présentant aucune preuve visible de règlement de la taxe locale d'occupation temporaire du domaine public. Il en conclu donc que le versement de cette taxe ne s'est pas effectué préalablement à l'occupation. Si effectivement l'automobiliste a bien réglé la taxe préalablement, mais a omis de la mettre en évidence, il peut contester, sur présentation de son reçu de paiement (le ticket d'horodateur), rendant ainsi caduc le PV. A la limite, même pas besoin de réécrire l'arrêté municipal, s'il précise bien que toute occupation temporaire du domaine public, du seul fait de cette occupation, entraine perception d'une taxe et qu'en l'absence de preuve de paiement, le non paiement est présumé.

Nous sommes ici devant un coup d'esbrouffe monté par une association qui a réussi, grâce à une argumentation juridique habile, à enfumer un magistrat non-professionnel.

jeudi 10 juillet 2008

Les portes d'entrée de la blogosphère

Vous êtes un béotien en informatique ou en internet, vous avez entendu parler des blogs (ça semble amusant, ils se tapent dessus...) vous aimeriez bien aller y faire un tour. Le problème, c'est que la blogosphère est un vaste magma informe, où on trouve le meilleur et le pire, mais où il est très difficile de s'y retrouver pour un non initié. Deux voies d'entrée lui sont proposées pour faire ses premiers pas : commencer par les blogueurs médiatisés (le produit vu à la télé) ou pour avoir une palette un peu plus large, aller sur un site proposant un classement des "meilleurs blogs". Toutes les blogosphères sont concernés par cette problématique !

Deux évènements concommittants, mais sans lien entre eux, à savoir l'arrêt du blog Versac, et le retrait de Fred Cavazza du classement Wikio illustrent la crise de ces deux voies d'accès. Certains vont même jusqu'à parler de tournant pour les blogs.

Les explications de Versac ont bien montré les couts que représentent la position de "blogueur médiatique". La place ne peut pas être occupé par n'importe qui, il faut être reconnu par ses pairs, avoir un vrai contenu (technique ou humain, peu importe), "bien passer dans les médias" et surtout, accepter d'en payer le prix. Versac arrête et le départ d'Embruns vers le Canada va le couper progressivement de la blogosphère française (rien ne remplace finalement les rencontres dans la vie réelle pour être dans le bain d'une communauté virtuelle). Qui pour les remplacer dans la catégorie "blogs politiques", particulièrement exposée ?

Les explications de Fred Cavazza sont également éclairantes. Les classements apportent un trafic qui n'est pas toujours souhaité, en quantité et en qualité. Cet exemple risque d'être suivi par quelques uns, qui estiment que figurer dans le classement wikio leur apporte plus de désagréments que de bénéfices, suffisamment pour que la position des sites proposant des classements y perdent une part de leur légitimité comme porte d'entrée par absence d'un certain nombre de blogs de qualité. Ajoutez à cela les critiques, de plus en plus fortes, sur l'intérêt des classements, qui ne peuvent mesurer que des quantités (pour éventuellement en extrapoler un classement qui se veut qualitatif) et qui, quelques soient les critères choisis, seront toujours biaisés. Et il ne peut pas en être autrement, puisqu'il faut bien définir des critères, donc privilégier des aspects par rapport à d'autres.

Cela dit, la blogosphère s'organise. En ce qui concerne la blogosphère politique, celle que je connais le mieux, des regroupements ont lieu, souvent par affinités soit d'idées politiques militantes ou pas, soit d'approche de la pratique du blog politique. Des instruments se mettent en place. Mais tout cela est destiné à celui qui a déjà une petite connaissance du milieu, qui sait à peu près qui est qui. Le néophyte absolu est immédiatement perdu dans ce foisonnement très mal hiérarchisé.

C'est peut être le souhait de certains, de rester entre blogueurs et commentateurs intelligents. Qu'ils se dépêchent de profiter de leur tranquillité, car elle va se terminer assez vite. La nature a horreur du vide, et si les blogueurs ne prennent pas en mains cette fonctionnalité "porte d'entrée pour néophyte", d'autres s'en chargeront. Et pas forcement dans un esprit coopératif de service public et de recherche de qualité ...

Je fais du journalisme

Visiblement, Régis Soubrouillard n'a pas compris comment fonctionnait le "journalisme blogueur". Visiblement, il ne se rend pas compte non plus du discrédit de la caste des "porteurs de carte de presse", dont nous nous faisons pourtant régulièrement l'écho, dans l'exercice de notre "juste correction" du maljournalisme.

Oui, j'estime que dans un certain nombre de mes billets (ceux sur le Parlement par exemple), je fais un travail de journalisme. Je rapporte parfois du fait brut comme ici, où j'ai une information que la journaliste du Monde n'avait visiblement pas. Je fais aussi beaucoup de commentaire, tri, remise en perspective d'informations brutes qui me parviennent. Les journalistes de presse nationale travaillent également beaucoup à partir des dépêches AFP (parfois même exclusivement). Je ne vois pas en quoi ce que je fais ici diffère fondamentalement de ce que fait Régis Soubrouillard !

Mais je le fait différemment d'un journaliste professionnel, car je n'ai pas les mêmes contraintes. Je n'ai pas à couvrir, seul l'exhaustivité d'un sujet, en un temps donné (avec heure butoir pour rendre un papier) avec un format imposé. Je n'ai pas non plus travailler sur des sujets ou des faits qui ne m'inspirent pas, que j'ai du mal à saisir. Je peux donc me permettre de prendre mon temps, d'écrire aussi long que je le souhaite, et surtout je ne le fais pas seul. Contrairement au journaliste, le blogueur n'est pas seul sur un sujet, plusieurs personnes participent à l'élaboration, chacun apportant des compétences différentes et complémentaires. La correction des erreurs se fait car on trouve toujours sur la toile quelqu'un qui en sait plus que vous sur un point précis et qui ne manque pas de vous signaler vos erreurs et vos approximations (et parfois, ça peut être violent). C'est le mixage des différents apports, la synthèse qui permet d'arriver à un produit fini, souvent meilleur en qualité qu'un article de presse, car les contraintes du journaliste professionnel ne lui permettent pas toujours de respecter au pied de la lettre de modèle déontologique que la profession met en avant.

Le blogueur peut également faire un meilleur travail, justement parce qu'il n'est pas sous contrainte de devoir produire, parce qu'il faut produire, traiter l'information qui arrive, tout l'information. Je ne vis pas de mon blog, je n'en attend rien en terme de carrière, de retours financiers ou symboliques dans la vie réelle. Je ne blogue pas pour satisfaire mon petit ego puisque je suis sous pseudo et que cela limite grandement les retombées possibles de la gloire médiatique sur ma petite personne. Je ne blogue pas non plus pour l'argent (ce blog ne m'a pas rapporté un kopeck). Je peux effectivement le fermer maintenant si je le veux. Contrairement à ce que pense Régis Soubrouillard, c'est une garantie de qualité et de déontologie, car j'agis de manière désintéressée et indépendante, sans guère de possibilités que l'on fasse pression sur moi, et si cela n'était pas le cas, il y aurait sur la Toile, suffisamment de gens pour le signaler et le faire savoir, en passant par les amplificateurs institutionnels de polémiques (appelés aussi blogueurs influents).

Des blogueurs sont donc sur le même créneau que les journalistes, à savoir apporter des informations en les éclairant, par des explications, une remise en contexte. Attention, j'ai dit DES blogueurs, pas tous les blogueurs. Il faut faire le tri et c'est là la difficulté, pour qui ne s'est pas donné la peine de s'immerger dans la blogosphère. Il faut connaitre un peu, car il n'y a pas de label extérieur qui permette d'accorder immédiatement la confiance, pas d'autorité qui délivre une carte de blogueur, aussrant ainsi le tri entre le bon grain et l'ivraie. Cela viendra peut-être un jour...

Gestion des sureffectifs

Au JO de ce jour, la nomination du contre-amiral (deux étoiles) Olivier Lajous comme conseiller militaire du secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer.

Il y a des postes, dans les cabinets ministériels, qui interpellent. En quoi le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer a-t-il besoin d'un conseiller militaire ? Il peut y avoir des explications, mais je n'en vois pas d'évidente. Nous sommes quand même au cabinet, structure "politique" censée être légère et resserrée, surtout pour un secrétaire d'Etat. Deuxième question, pourquoi mettre un officier général à un poste aussi peu important et apparemment pas surchargé de travail ?

J'y vois, en l'état de mes informations, un recasage. L'armée, comme la diplomatie, a trop de hauts gradés pour le nombre de postes à responsabilités qu'elle peut leur proposer. Alors on planque les sureffectifs dans les placards et les postes de conseiller en cabinet ministériel, c'est l'idéal. Tous les ministres ou presque ont un conseiller diplomatique et un conseiller militaire. Et maintenant, les secrétaires d'Etat s'y mettent aussi. Chers lecteurs, je vous rappelle qu'il s'agit ici du cabinet, et qu'en dessous, il y a les services administratifs du secrétariat à l'Outre-Mer, où on trouve déjà un général de brigade, qui s'occupe du "service militaire adapté".

Je pose donc la question ? A quoi va bien pouvoir servir le contre-amiral Lajous à part doublonner son homologue (deux étoile lui aussi, mais de l'armée de terre) des services ? Si on me lit au ministère de l'Outre-Mer (mais j'en doute), merci d'éclairer ma lanterne !

mercredi 9 juillet 2008

Aneries de pré-congrès socialiste (2)

Parmi toutes âneries de pré-congrès socialiste, en voilà une belle, à savoir le lien que Ségolène Royal fait explicitement entre ses critiques contre "le clan Sarkozy" et le cambriolage dont elle a été victime.

Pas besoin de savoir lire entre ligne pour décrypter le message à peine subliminal : "Le clan Sarkozy a des méthodes de mafieux et de brigands. Ils pratiquent l'intimidation, les menaces et si vous avez le malheur de les critiquer, vous avez droit à des représailles" suivi de "et j'en ai été personnellement victime".

J'y vois une tentative de séduire les sarko-haineux en vue du prochain congrès. J'ai comme l'impression que la profession de foi de Haine à Sarkozy va être un passage obligé pour tous les prétendants à la direction du PS. Chacun le fera à sa manière, dans son style.

Ségolène Royal a été égale à elle-même, tordant les faits, lançant des insinuations pour finalement se poser en victime et en martyre.

Cela m'amuserait beaucoup que l'on découvre les vrais cambrioleurs et qu'on j'aperçoive qu'en fait, ils étaient commandités par un autre candidat au poste de premier secrétaire du PS...

Bon courage Thierry !

Thierry Saussez, le nouveau gourou de la communication du gouvernement veut des moyens à la hauteur de ses ambitions. Il ne demande pas moins qu'un quadruplement de son budget. Il peut toujours demander, c'est certain que s'il ne demande rien, il n'aura rien. Pour l'instant, Matignon (dont Saussez dépend budgétairement) semble répondre favorablement sur le principe. Reste à trouver l'argent et c'est là que ça commence à devenir drôle !

La solution envisagée, parfaitement cohérente, est de rapatrier les budgets communication des différents ministères. Puisque l'on centralise la fonction communication, que l'on centralise aussi les moyens. C'est d'une logique intellectuelle imparable. Reste à la mettre en oeuvre. Et là, j'attends avec gourmandise, car les différents services de communication des ministères ne vont certainement pas se laisser faire ! C'est leur survie qui est en jeu ! Pour y arriver, il faudra de la patience, une excellente connaissance des circuits de pouvoirs et des moeurs administratives ainsi qu'un poids politique certain pour emporter les arbitrages qui ne manqueront pas d'être demandés en haut lieu. Cela va bouffer du temps et de l'énergie !

Plus vraisemblablement, on va piquer du pognon comme on pourra, ceux qui verront leur budget rétrécir tenteront, en interne, de gratter des crédits à droite et à gauche, pour continuer à exister. Les ministres seront solidaires de leurs services de comm' et s'arrangeront pour qu'ils continuent à être alimentés, quitte à trafiquer un peu. De toute manière, ils ont l'habitude...

Au final, Saussez aura son budget, vendu au public comme une non augmentation, sans pour autant que les différents services de communication internes aux ministères ne cessent d'exister et d'agir. La première année, les transferts auront lieu, mais dès l'exercice budgétaire suivant, tels le roseau qui plie mais ne casse pas, les budgets comm' de chaque ministère retrouveront leur niveau réel d'autrefois, de manière plus ou moins masquée. Et voilà comment on augmente la dépense publique, par échec d'une louable intention de rationalisation et de recherche d'une meilleure efficacité.

Accueil de réfugiés

Les "journalistes" des sites d'information se comportent de plus en plus comme des blogueurs ordinaires, prenant part aux lynchages et aux querelles d'ego auxquelles se livrent allègrement les blogueurs. La dernière bataille en date met aux prises Jean-Michel Aphatie et Guy Birenbaum contre Versac et Embruns, appuyés par Koztoujours et Jules. Ce matin, c'est 20minutes.fr qui lance la contre-attaque pro-Aphatie-Birenbaum, avec un certain grotesque et une lourdeur que Narvic s'amuse à souligner, l'air de rien. La polémique en question n'est pas dénuée d'intérêt, car de part et d'autre, on soulève des questions, on s'explique, on critique l'autre qui doit alors expliciter sa pensée. Le tout avec une écume d'egos boursoufflés et de comportements de mâles dominants qui accapare l'attention des imbéciles. Ceux qui se prétendent journalistes acceptent de descendre dans l'arène, opérant ainsi un rapprochement assez spectaculaire avec les blogueurs, mais si cela semble être à leur corps défendant. Ils me font penser à des populations chassées de leurs terres par des changements climatiques et des disettes, obligés de migrer.

L'arrivée de cette nouvelle population de réfugiés va sans doute changer la face de la blogosphère, du moins dans les champs où ces journalistes officiaient comme le commentaire politique. Chassés de leurs territoires ordinaires, par la chute de plus en plus impressionnante des grands titres de la presse nationale, ils viennent se réfugier dans les basses terres, que jusque là, ils méprisaient. Il va sans doute y avoir des conflits du même genre dans les mois et années qui viennent entre les populations autochtones, les blogueurs, ceux qui étaient là avant et les nouveaux migrants, qui arrivent avec armes et bagages, chassés de chez eux par la disette et les changements climatiques, et qui, surs de leur supériorité, entendent occuper l'espace en reléguant les autochtones dans les marges. Un peu ce que les européens ont fait en Australie avec les aborigènes...

mardi 8 juillet 2008

Les chemins du blog

L'évènement du jour, c'est l'arrêt de son blog annoncé par Versac. Après un temps d'attente un peu incrédule, il faut bien se rendre à l'évidence, cette fois-ci est la bonne, et les signaux de lassitude qu'il envoyait on et off line traduisaient effectivement le fond de sa pensée. Ce départ est un cas d'école, car mettant en lumières plusieurs aspects de ce que peut être le blogging.

D'abord, il y a une vie après le blog, qui n'est qu'un outil, souvent utilisé par ceux qui n'ont que cela pour s'exprimer publiquement. Nicolas a commencé comme cela, comme beaucoup, en mettant en ligne, sous pseudo, ses pensées et ses analyses. C'est sa qualité et la reconnaissance de ses pairs qui l'a fait ressortir et l'a propulsé sur le devant de la scène. Aucun blog de "haut de classement" n'usurpe sa position. Tous ont quelque part un talent (pas forcement le même). Il s'est alors vu offrir des possibilités, seulement ouvertes à quelques uns, de franchir un cap. Il aurait pu ne pas le faire, il a choisi d'y aller. Il a accepté de jouer le rôle du "blogueur de service" auprès des médias, il en a touché les bénéfices en terme d'ouverture vers autre chose, qu'il a très bien su exploiter professionnellement (et il aurait eu tort de ne pas le faire). Il en a aussi payé le prix en devenant le "blogueur médiatique" qu'il est de bon ton de citer (en bien ou en mal), dont l'avis, quel qu'il soit sera forcement critiqué. Bref, il s'est retrouvé avec une pression qui a eu raison de lui (comme elle a eu raison de Loïc Le Meur), car il est arrivé à un point où le jeu n'en vaut plus la chandelle. Il a donc décidé, comme la chenille devenue papillon, de quitter définitivement son cocon et de laisser derrière lui ce blog, Versac, qui l'a bien aidé pour progresser, et qui n'était plus aujourd'hui qu'un boulet. Cela ne veut pas dire qu'il arrête définitivement. Son expression publique prendra d'autres voies que celles du blog personnel, voies sur lesquelles il était d'ailleurs déjà largement engagé. D'autres suivront le même chemin transformant la blogosphère en un vivier reconnu, d'où on peut émerger uniquement par son talent personnel. C'est important cette voie soit ouverte et que ceux qui en sortent n'oublient pas d'où ils viennent...

Nicolas a fait le choix du blog comme outil pour aller vers autre chose et progresser. D'autres choix sont possibles, comme celui de refuser de franchir le pas. C'est mon cas, ainsi que celui d'autres qui auraient sans doute plus d'occasions que moi de franchir ce pas. Ce choix est celui de rester anonyme, de continuer à n'être jaugé et jugé que sur nos écrits, pas sur notre personne ou sur l'image donnée de notre personne (chose que l'on ne contrôle que très imparfaitement). Cela prive certes des plaisirs de l'ego que fournit l'exposition médiatique, ou du moins, nous en bénéficions à plus faible dose. Cela nous prive aussi largement des ouvertures vers d'autres activités, où il est nécessaire d'être identifié et référencé, et en premier lieu les médias. Dans son billet, jules nous livre une anecdote très révélatrice, où une journaliste veut un blogueur, mais pas n'importe lequel. A coté de cela, nous avons une liberté de parole et une tranquillité d'esprit bien plus grande, car nous n'avons pas à gérer une relation qui peut être difficile entre nos positions de blogueurs et leurs répercussions dans la vie réelle. Contrairement à certains, je ne suis (presque) pas limité dans ce que peux ou pas bloguer. Du moins les limites n'ont pas bougé depuis l'ouverture de ce blog, en janvier 2006 ! Enfin, cet anonymat me permet de continuer à me livrer à ce qui est ma motivation première comme blogueur, l'échange et le débat d'idées, surtout quand il est vif et tranché. D'ailleurs, c'est encore plus important qu'il ne soit pas possible de dériver sur la personne plutôt que sur les écrits en cas d'échanges vigoureux et "virils". Tant que j'aurai ce plaisir d'échanger, de partager mes connaissances sur les quelques sujets que je maitrise, je continuerai. pour l'instant, ça va bien, très bien même et je ne ressent aucune usure (enfin de ma part, de la part des lecteurs, c'est une autre histoire).

Enfin, je rajouterais un dernier point me concernant. Je trouve absolument délicieux d'avoir un potentiel pour faire quelque chose et de ne pas l'exploiter alors que la pression sociale m'inciterait, au contraire, à le faire. Je crois que dans notre société de l'hyper compétition, gâcher des chances est le luxe suprême !

lundi 7 juillet 2008

Le Cavalier législatif rustine

Comme les naturalistes, on est heureux de découvrir une nouvelle sous-espèce. Dans mon champ d'observation, je viens d'identifier une nouvelle catégorie, le cavalier législatif-rustine. Cet amendement, cavalier c'est à dire n'ayant aucun rapport avec le texte, a pour but de colmater une brêche qui vient de s'ouvrir dans le droit. En général, le problème vient d'une décision de justice, avec une jurisprudence qui ne plait pas à des gens influents, et qu'il s'agit de contrecarrer au plus vite en posant une rustine pour que le carrosse puisse continuer à rouler le temps de procéder aux réparations nécessaires.

Dans le texte LME, nous avons un magnifique amendement rustine ! Le Tribunal administratif de Bordeaux vient d'annuler l'arrêté de 2006 concernant les appellations "grand cru classé" et "premier grand cru classé", mettant ainsi un beau pataquès dans le bordelais. Bien entendu, appel va être fait devant le conseil d'Etat, mais cela prend du temps. Cela crée aussi un bel imbroglio sur qui a le droit ou n'a pas le droit à ces appellations très vendeuses. L'amendement propose de prolonger la validité du précédent classement, celui de 1996, en attendant qu'il soit statué sur cette annulation en appel, ou qu'il soit procédé à un nouveau classement. On est en plein dans la loi "bouche-trou" : Cette mesure est complètement règlementaire et totalement de circonstance !

J'attends de voir les débats sénatoriaux sur cet amendement, mais j'ai bien peur de constater la non extinction de l'espèce "parlementaire-godillot"...

Edit du 10 juillet : Effectivement, l'espèce parlementaire godillot est en pleine forme, l'amendement est passé hier soir au Sénat comme une lettre à la poste.

Pauvreté évangélique

Il y aurait des fuites à Lourdes. Le parquet de Tarbes soupçonne qu'une (toute petite) partie de la manne financière que représente le sanctuaire catholique de Lourdes serait arrivée dans les poches du bon recteur. Laissons la justice faire son enquête.

Mais quand même, un prêtre qui a 427 000 euros sur son compte en banque, cela me pose question. Si cet argent est le fruit d'un héritage, d'accord, mais autrement, comment peut-on s'enrichir en étant prêtre ? Les dons des fidèles ? En tant que religieux, ayant fait quelques voeux, j'aurais des difficultés morales à garder pour moi de l'argent que des fidèles m'ont donné ou légué uniquement en considération de ma fonction ou de mon état ecclésiastique. Que dirait-on d'un élu qui justifierait la présence de fortes sommes sur son compte en banque par un "ce sont des dons et legs de mes administrés reconnaissants" ?

Cet épisode va-t-il permettre de projeter un peu de lumière sur les relations entre l'église et l'argent ? Comment l'institution va-t-elle justifier cette contradiction assez flagrante entre le message du Christ et la pratique d'un homme chargé de la porter et de l'incarner ? La remarque du genre "vous ne trouvez pas bizarre que cela tombe juste avant la visite du pape" ne pourra pas servir d'explication ou de dérivatif. Ce n'est sans doute pas par hasard que l'information surgisse maintenant, c'est clair, mais il n'empêche que l'information est véridique et que quelque soit le contexte et le moment, elle pose problème !

Querelles de chefs

Le parti UMP veut remettre le grappin sur les députés estampillés du même sigle à l'Assemblée nationale. Je trouve cela du plus haut comique ! Déjà, que le parti UMP s'occupe de lui-même, après, on verra. Entre les querelles internes au sein de l'armée mexicaine qui le dirige, l'hémorragie de militants et le vide de la réflexion et des propositions, il y a du boulot.

Tout cela n'est que du vent, car contrairement au PS, où les militants ont (un peu) de poids, l'UMP n'est qu'une machine de guerre au service de ses chefs, les militants n'étant que des petits soldats qui doivent coller, tracter, faire la claque aux meetings et fermer leur gueule. Il ne faut surtout pas lire dans ce message du parti en direction du groupe à l'Assemblée l'expression de la volonté de la base. Le peu de fois où elle pourrait s'exprimer, on bride soigneusement son expression, la confiant à des "cadres" qui ne sont rien d'autre que des ambitieux, élus ou désirant l'être, qui se garderont bien d'exprimer autre chose que de la soumission.

La véritable signification de cette motion est à rechercher dans les querelles internes des chefs. Jean-François Copé n'a pas que des amis, et aborder le sujet de l'indiscipline du groupe UMP à l'assemblée n'est pas un geste amical en sa faveur. On peut se demander s'il n'y aurait pas un lien avec le fait que Xavier Bertrand (rival de Copé pour le leadership sur la succession de Sarkozy) et Christian Estrosi (rival de Copé pour le contrôle du groupe UMP à l'Assemblée) soient secrétaires généraux adjoints de l'UMP.

vendredi 4 juillet 2008

Un fond souverain français ?

Que ce soit Laurent Fabius ou Nicolas Sarkozy qui lance l'idée de transformer la Caisse des dépôts et consignations en fond souverain, je trouve le projet tout aussi démagogique et irréaliste.

Pour faire le fond souverain, investir non seulement en défense pour protéger les champions nationaux des OPA, mais aussi en offensfi, dans les secteurs clés, il faut de l'argent. Certes, la Caisse des dépôts et consignations n'est pas pauvre, mais elle le serait moins si l'état ne lui prenait pas tous les ans le tiers de son résultat ! Elle serait aussi plus riche si elle ne devait pas jouer le rôle d'arrosoir à subventions pour les projets locaux (être sous la protection du Parlement n'a pas que des avantages).

Je veux bien que notre président nous fasse l'annonce "je veux que la Caisse des dépôts deviennent une fond souverain France", mais que dans la foulée, il nous donne les mesures concrètes qu'il entend mettre en oeuvre cette volonté, et qu'il commence par dire où il va trouver l'argent. Car si cette mission doit se faire "à fonds constants", par voie de rééquilibrages internes, qu'il m'explique les missions qu'il va falloir sabrer : le logement social ? Les aides au développement régional ? Pour l'instant, plutôt que de renforcer les fonds de la caisse des dépôts, il les affaiblit en banalisant le livret A.

Justement, les sénateurs discutaient de ce sujet pas plus tard que ce matin, avant d'aborder la réforme de la gouvernance de la Caisse des dépôts et consignations. Hasard de calendrier, qui illustre bien ce qui me fait le plus pleurer en ce moment, à savoir ces annonces gouvernementales sur un thème qui vient juste d'être discuté par le Parlement, annonçant ainsi aux parlementaires qu'ils vont devoir remettre le couvert. Cela me fait penser aux piétons, qui au lieu de traverser ensemble, en bloc, passent un par un, sans se poser la question de la gêne que leur comportement peut provoquer pour les autres usagers !

La haine comme culture politique

Dans une école, une institutrice demande aux enfants de trouver une image pour représenter plusieurs sentiments. Pour illustrer la méchanceté, une petite fille ramène une photo de Nicolas Sarkozy...

Très révélateur, une fois de plus, du travail de diabolisation en profondeur dont fait l'objet Nicolas Sarkozy ! Triste révélation aussi que la politique est en train de devenir plus une affaire de rejet de l'autre camp que d'adhésion aux idées de son propre camp. Comme j'ai eu l'occasion de le dire récemment, la haine de Sarkozy (qui malheureusement se prête au jeu) tient lieu de pensée politique et c'est à mon sens dangereux pour tous.

C'est une pente dangereuse, car en procédant ainsi, on crée des fractures importantes dans le corps social. On érige la violence et la haine en attitude normale, voire respectable quand elle est dirigée contre une personne. Cela nous ramène dans les années 30, où ce phénomène a atteint des degrés incroyables, amenant par exemple des suicides (Salengro) et éloignant de la politique nombre de gens sensés et équilibrés, laissant ainsi le terrain à des médiocres, le tout se terminant par la déroute de mai 1940.

Il est donc du devoir de tout citoyen intelligent de réagir, et de stopper cette tendance, pendant qu'il en est encore temps. La politique, c'est la délibération collective pour décider des meilleurs choix pour la conduite des affaires collectives. On peut ne pas être d'accord, avoir des discussions vives, mais attention à ne pas se focaliser sur les personnes, et surtout, à laisser les sentiments de rejet prendre toute la place. On ne construit rien sur la haine, sinon de la destruction et du malheur.

Nettoyage de bannières

La libération d'Ingrid Betancourt va provoquer un toilettage des bannières bien pensantes sur les blogs, vous savez, les petites images qu'on met pour dire qu'on soutien une "bonne cause". Voilà une occasion d'avoir une petite pensée fugitive pour toutes ces "bonnes causes" que l'on a vaillamment soutenues et fait avancer en mettant quelques lignes de code, puis que l'on a tout aussi vaillamment oubliées parce que les médias n'en parlaient plus.

Les moines birmans, ils deviennent quoi ? Et finalement, qu'est que la "mobilisation" des blogueurs, et même celle des français a changé à leur situation ?

jeudi 3 juillet 2008

De la vente liée en informatique

Luc Chatel souhaite que les consommateurs aient le choix d’acheter un ordinateur sans système d’exploitation préinstallé. Il reprend là une vieille revendication du monde du logiciel libre, qui espère par là réduire (un peu) l'écrasante part de marché de microsoft. L'idée, en apparence séduisante, est d'obliger les vendeurs d'ordinateurs à séparer matériel et logiciel, pour que l'on puisse n'acheter que le matériel, sans se faire refourguer d'office windows. La conversion du ministre semble être très récente, car il n'en a rien laissé paraitre le 11 juin dernier, lorsque le sujet a été abordé pendant les discussions sur la LME.

En fait, c'est une mesure qui n'apporte rien de plus au consommateur et qui se révèle source de complications inutiles.

On peut faire une distinction entre matériels et logiciels et considérer que ce sont deux produits bien différents. Mais on peut également admettre que l'un ne va pas sans l'autre, car pour l'usage que l'on fait ordinairement d'un ordinateur, il faut du matériel et des logiciels. C'est la même choses pour les chaussures et les lacets, toujours vendus ensemble, et pour cause. Ordinairement, le lacet, bien qu'étant un produit différent de la chaussure, est un accessoire indispensable pour un usage normal du produit (en tout cas pour moi).

Obliger le vendeur à afficher le prix du logiciel et du matériel n'apportera pas grand chose car microsoft va brader ses logiciels, affichant un prix dérisoire pour la partie logicielle, à condition qu'elle soit achetée avec le matériel. Rien n'interdit en effet de pratiquer une différence tarifaire sur un même produit suivant qu'il est acheté seul ou en complément avec un autre produit.

Si on souhaite acheter un ordinateur "nu", il suffit d'aller chez un assembleur. Mais cela n'intéresse que les geeks, capables d'installer eux-même les logiciels. Le client lambda veut une machine où arrivé chez lui, il n'a plus qu'à allumer, procéder à quelques opérations simples pour pouvoir utiliser son achat. Aujourd'hui, l'offre est très diversifiée, et en cherchant bien, on peut trouver des ordinateurs pré-équipés sous mac ou sous linux.

Ce débat est l'illustration même de la manière dont se font nos lois et règlements, qui sont davantage conçus pour servir les intérêts matériels ou symboliques des lobbies que l'intérêt des consommateurs, qui est pourtant l'objectif affiché par tous pour justifier leurs demandes. L'intérêt du consommateur, ici, c'est de pouvoir acheter un ensemble informatique complet, en ayant le choix de prendre un PC, un mac ou un linux, de rentrer chez lui et de pouvoir s'en servir immédiatement. Il peut actuellement le faire, pourquoi donc changer la règlementation ?

Edit du 7 juillet, le ministre précise la position du gouvernement devant les sénateurs

Un sursaut ?

Alain Lambert présidera une commission chargée de "faire le m"nage" dans les textes créateurs de normes. Une liste de toutes les normes applicables va être réalisée, suivie d'un passage au crible et enfin de propositions de réforme.

Je leur souhaite bien du plaisir et du courage, car ça ne va pas être évident de défricher le maquis des normes. En même temps, une telle initiative me ravit. Enfin, des parlementaires prennent les choses en main, avec des moyens et une alliance Assemblée nationale-Sénat et je l'espère une alliance Droite-Gauche comme celle qui a conduit à l'adoption de la LOLF. C'est en tout cas un travail de longue haleine, qui je le crois (je l'espère) ne s'enlisera pas comme d'autres initiatives que j'ai salué, et qui semblent marquer le pas (Edit : En fait, le processus vient d'être relancé avec la nomination comme parlementaire en mission de Jean-Luc Warsmann, avec comme thème "la maitrise de la production normative et la simplification législative").

Mais réparer et corriger les erreurs du passé est une chose, s'organiser pour ne plus en produire à l'avenir en est une autre. Et là, une simple commission parlementaire, toute dévouée et pleine de bonne volonté qu'elle soit, ne suffira pas.

Convergences

Bien que "proche de l'UMP" selon un grand journal du soir, je me retrouve pleinement dans le billet de CSP, pas spécialement proche de l'UMP, sur la libération d'Ingrid Betancourt. Le calvaire de devoir se payer sa photo sur les bâtiments publics, à la télévision, sur les blogs va prendre fin.

Finalement, en quoi toute cette "mobilisation" de bien-pensants français a-t-elle été utile à la libération d'Ingrid Bétancourt ?

mercredi 2 juillet 2008

Transparence ministérielle

Le gouvernement continue, encore et toujours, dans ses pratiques cavalières vis-à-vis du Parlement, en déposant, en dernière minute (c'est à dire hors délais) des amendements, qui n'ont parfois rien à voir avec le texte en discussion. La seule justification de cela, c'est l'aspect pratique : il y a un truc à faire passer, mettons le dans le premier wagon qui passe et où la mesure ne fera pas trop "tache".

Un magnifique exemple, cet amendement déposé hier sur le projet de loi LME, alors que les sénateurs ont déjà entamé l'examen du texte. Il modifie le code forestier concernant les questions de ventes de bois sur pied par l'ONF. Complètement hors sujet par rapport au texte examiné !

Deuxième exemple, encore plus magnifique, l'amendement qui a raté le bon train. Alors que le Parlement vient d'examiner une texte "responsabilité environnementale", c'est dans le texte LME que l'on trouve une habilitation à prendre une ordonnance pour créer un nouveau régime de déclaration des installations classées. Cette habilitation aurait eu toute sa place dans le texte responsabilité environnementale, l'ordonnance est prête (j'ai le texte depuis deux semaines, soit avant l'examen du texte responsabilité environnementale par les députés). Et bien non, c'est dans le texte LME qu'elle est mise. Je souhaite vivement que le Conseil constitutionnel soit saisi et qu'il fasse le grand ménage !

Edit du 11 juillet : heureux dénouement, le gouvernement a été finalement obligé de retirer ce cavalier sous la pression des sénateurs, qui ont clairement fait comprendre ce qu'ils pensaient du procédé.

Pourquoi de tels comportements de la part du gouvernement, qui d'un autre coté, veut "revaloriser le rôle du Parlement". La réponse, c'est que bien souvent, le gouvernement n'est que le prête-nom de l'administration. Ce sont les fonctionnaires des services concernés qui arrivent avec les amendements tous faits, ficelés, qu'il faut juste entériner, de préférence sans discussion. On dépose un amendement comme on met un décret dans le parapheur du ministre. C'est très révélateur d'un "je m'en foutisme" de l'administration vis-à-vis du Parlement. L'administration a son calendrier, ses contraintes, et c'est le Parlement qui doit se plier. Cela peut aussi être vu comme une volonté de squizzer le débat. Les parlementaires spécialistes d'un sujet étant absents des travées, l'amendement passe comme une lettre à la poste, alors qu'il en aurait été autrement si la mesure avait été proposée au sein d'un texte sur le sujet. Enregistre et tais-toi !

Le gouvernement n'est pas exempt de reproche, car finalement, c'est quand même le ministre qui dépose et défend dans l'hémicycle, en lisant le papier que son conseiller, assis juste derrière, lui passe, ce dernier l'ayant eu de la direction qui porte l'amendement.

Victimes consentantes

Excellente mise au point du Chafouin, concernant les relations entre les journalistes et le pouvoir. C'est amusant de voir certains journalistes hurler contre les mainmises plus ou moins réelles de Nicolas Sarkozy sur les médias, dont ils sont les victimes consentantes. En fait, Nicolas Sarkozy se comporte comme les autres politiques, sauf qu'il met peut-être moins de lubrifiant...

Sarkozy et l'armée

Il semble maintenant évident que la démission plus ou moins contrainte du chef d'Etat-major de l'armée de terre n'a pas pour seule origine le regrettable incident de Carcassone. Tout cela est à replacer dans le cadre de la politique de Défense de Nicolas Sarkozy.

En matière de défense, les politiques ont toujours été devant un choix au final assez simple, entre le beurre ou les canons. En période difficulté financière, quand il n'y a pas assez d'argent en caisse pour avoir le beurre et les canons, il devient impératif de trancher. Malgré l'état de déficit structurel de nos finances publiques, le choix n'avais pas été fait jusqu'ici, les politiques de Droite comme de Gauche cherchant à ménager la chèvre et le choux. Le gouvernement Jospin avait clairement fait du budget de la Défense la variable d'ajustement, n'hésitant pas à y puiser comme dans une réserve, sans aller jusqu'au bout de la logique en abandonnant la doctrine de défense autonome. Les équipements de l'armée française en sont sortis exsangues, de même que les militaires, qui devaient gérer, en plus de ces coupes sombres dans les programmes d'équipement, le passage à la professionnalisation. Ils l'ont fait, dans le plus grand silence, ce qui est remarquable vu les sacrifices. En 2002, Chirac a remis un peu d'argent, mais pas suffisamment pour retrouver une armée digne de ce nom et capable d'assurer une politique de défense autonome et ambitieuse. On a en quelque sorte prolongé la vie du malade, sans pour autant le soigner. Cet entre-deux est sans doute ce qu'il y a de pire.

Nicolas Sarkozy a clairement tranché, et c'est à mettre à son crédit. Ce sera le beurre ! Le choix du ministre de la Défense et son positionnement hiérarchique au sein du gouvernement sont suffisamment clairs. La France s'oriente vers l'abandon d'une politique de défense autonome, avec en compensation (car il faut quand bien assurer la défense du territoire) l'intégration totale dans l'OTAN. Les forces armées vont donc être redimensionnées pour être capables d'aller faire la police en Afrique et fournir des supplétifs contingents dans le cadre des opérations de l'OTAN, et rien de plus. C'est un virage à 180° de la doctrine politique française en matière de défense !

Les hauts gradés, qui sont entrés dans une autre armée, celle de la politique gaulienne d'autonomie de la défense française, ne se reconnaissent plus dans ce que Sarkozy veut faire de l'armée française. Et ils le font savoir ! C'est en quelque sorte leur monde qui s'écroule, et je peux donc comprendre leur réaction. Elle est d'ailleurs bien limitée et respectueuse. Nous sommes loin des velléités de putsch militaire !

Face à cette contestation, Nicolas Sarkozy a choisi l'épreuve de force, le choc frontal. A partir du moment où il a décidé de saborder l'armée française telle qu'elle existe, il n'a que faire de tous ces généraux dont la formation intellectuelle ne correspond plus à la nouvelle doctrine, qui ne s'y adapteront pas, et dont il faudra, de toute manière, expédier une bonne partie en retraite anticipée, du fait de la réduction du format des armées. Il prend donc pour prétexte un incident regrettable pour pousser dehors le chef d'Etat-major de l'armée de terre, quelques semaines avant son départ en retraite. C'est un signal pour les autres !

Je suis assez d'accord avec le choix politique de l'abandon d'une politique autonome de défense, façon "grande puissance pouvant intervenir seule à n'importe quel endroit de la planète". Nous n'en avons plus, et depuis longtemps, les moyens. La France est une puissance de second rang, c'est un fait qu'il va falloir assimiler, même si ça fait un peu mal à notre ego national. Par contre, je suis gêné par la manière, brutale, qu'utilise Nicolas Sarkozy pour réduire au silence les militaires, sur un débat qui les concernent pourtant au premier chef, ne serait-ce que pour les modalités d'application. Entre la réforme en douceur et la réforme à la hache, Nicolas Sarkozy a choisi la seconde option, peut-être plus conforme à son tempérament, mais pas forcement la plus efficace.

mardi 1 juillet 2008

En plein délire

Un sergent tire à balles réelles sur la foule au cours d'un exercice, croyant avoir chargé son fusil de balles à blanc. Coup de folie, regrettable incident, l'enquête semble s'orienter vers une erreur humaine dans la distribution des munitions. Ce sergent n'aurait jamais dû être en possession de ces balles, quelqu'un a commis une erreur. Attendons le résultat de l'enquête pour savoir qui, cela me semble être la chose la plus intelligente à faire.

L'affaire a soulevé une certaine émotion, que les médias se sont empressés de reprendre car elle correspond au format recherché (spectaculaire, touchant des gens ordinaires à qui le quidam moyen peut s'identifier, simple à comprendre). Des enquêtes sont ordonnées et le gouvernement envoie un message de fermeté, tout en faisant les visites compassionnelles d'usage. Rien d'inhabituel jusque là !

Mais rapidement, ça dérape. Le message de "j'exige une enquête approfondie et j'en tirerait toutes les conséquences" est répété un peu trop fort et trop rapidement, ce qui me donne une impression de fébrilité et d'absence de confiance en soi du gouvernement sur cette affaire. Si ce n'est qu'un accident stupide, pourquoi faire tout ce foin, d'autant plus qu'il n'y a pas eu de morts et que l'état des blessés semble s'améliorer. Et voilà maintenant, alors que les résultats de l'enquête ne sont pas encore tombés, que le chef d'Etat-major démissionne !

Là, je ne pige plus, et je ne suis pas le seul ! Soit il existe d'autres raisons à cette démission-surprise (c'est possible), soit nous sommes devant un emballement médiatique, qui me donne l'impression d'un gouvernement qui ne maitrise plus rien, et qui jette en pâture à la foule un très haut responsable, en espérant la calmer. Entre le chef d'Etat-Major et le sergent en question, il y a une chaine hiérarchique autrement plus importante, et que je sache, l'organisation de la distribution des munitions à Carcassonne ne relève pas du chef d'Etat-Major ! Alors pourquoi cette démission ? Et pourquoi pas celle du ministre de la Défense et du Premier Ministre ?

Haïr plutôt que penser

Rue89, récupérateur des manipulations syndicales venant de France-télévisions, vient de publier une vidéo montrant Nicolas Sarkozy quelques minutes avant son interview sur France 3. Comme Laurent, j'estime la valeur informative de cette vidéo proche du néant. Elle nous montre un Sarkozy tel qu'on le connait bien maintenant, "préparant" l'interview à sa manière. Comme à son habitude, il est dans le rapport de force et cherche à occuper le terrain. Strictement rien de nouveau.

Ce qui me sidère, c'est le succès de cette vidéo, largement vue et diffusée. Elle montre à quel point, chez bien des gens de gauche, la détestation de Nicolas Sarkozy est devenue un reflexe, au point de se substituer à tout autre activité politique. Plus de réflexion, plus de programme, d'échanges. Non, on crache sur un homme, sans se lasser, faignant de le découvrir et de dénoncer ce que tout le monde sait, et que l'intéressé ne cherche pas à cacher. Il n'y a rien de constructif dans tout cela, mais au moins, ça permet de masquer le vide de la pensée !

Surfer sur la vague

Vous vous souvenez de cette affaire de mariage annulé pour un question de "non virginité de l'épouse". Après un tel ramdam médiatique, il ne pouvait pas ne pas y avoir de suites devant le Parlement. La première proposition de loi sur le sujet est actuellement en cours de proposition de cosignature, elle émane de Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône.

"L'article 180 du code civil est complété par l'alinéa suivant : Ne peut pas être considéré comme une qualité essentielle de la personne tout élément dont la révélation porterait atteinte à la dignité de l'un des époux".

Je doute que cette proposition change quoique ce soit, puisque qu'on complète une notion subjective par une autre notion tout aussi subjective. Qui va déterminer ce qu'est "une révélation qui porterait atteinte à la dignité de l'un des époux ? Et selon quels critères ? On retombe sur le même problème, voire on le complexifie !

Je la soumet à la sagacité de mes lecteurs juristes, qui ne manqueront pas d'exercer leur talent pour déchiqueter expertiser cette proposition de loi.

Bonjour EDVIGE

Edvige, c'est le doux nom donné au fichier des RG nouvelle formule. C'est pas moi qui le dit, c'est le décret 2008-632 qui vient de paraitre au JO de ce matin. Eh oui, nous sommes le 1er juillet et la fusion de la DST et des RG est effective. Il y a donc plein de petits détails administratifs à régler, dont quelques autorisations de fichage.

Que contient donc EDVIGE. En premier lieu le bottin mondain du département : "les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif, sous condition que ces informations soient nécessaires au Gouvernement ou à ses représentants pour l'exercice de leurs responsabilités". Classique, pour savoir qui est qui, qui fait quoi et sortir la bonne fiche au ministre en visite pour qu'il sache qui il a en face de lui.

Mais dans EDVIGE, on trouve aussi ça, nettement plus vaste : "les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public". Est-ce qu'ils fichent aussi les blogs ? Je pourrais en dénoncer, même s'ils tiennent plus de l'esbrouffe et de la masturbation intellectuelle que du réel danger à l'ordre public.

Néanmoins, il y a quand même un encadrement, puisque seules certaines données peuvent entrer dans le fichier. On y trouve : "informations ayant trait à l'état civil et à la profession ; adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques ; signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement ; titres d'identité ; immatriculation des véhicules ; informations fiscales et patrimoniales ; déplacements et antécédents judiciaires ; motif de l'enregistrement des données ; données relatives à l'environnement de la personne, notamment à celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle". C'est vrai qu'avec tout ça, il y a déjà de quoi faire... Sont interdit, pour le "bottin mondain" l'enregistrement, sauf cas exceptionnel, des données liées aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Là j'ai quelques doutes sur le respect de cette règle, parce que justement, ce sont les infos les plus croustillantes (ah, il est franc-mac, je ne savais pas !).

Enfin, "le droit d'accès aux données s'exerce auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. Le droit d'information prévu au I de l'article 32 et le droit d'opposition prévu à l'article 38 de la même loi ne s'appliquent pas au présent traitement". N'attendez pas que les RG nouvelle formule vous préviennent que vous êtes fichés, et pas question de demander la suppression de quoi que ce soit sur votre fiche.

Il a également des garde-fous légaux : "Le traitement et les fichiers ne font l'objet d'aucune interconnexion, aucun rapprochement ni aucune forme de mise en relation avec d'autres traitements ou fichiers" avec en prime une obligation de rendre compte, tous les ans à la CNIL. Reste à voir comment tout cela sera appliqué, mais au moins, s'il est fait un usage indu des informations contenues dans ce fichier, vous aurez le droit pour vous. Ca vous consolera peut-être un peu..;