Authueil

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 31 août 2008

Les bienfaits de la colonisation italienne

Par une décision surprenante, l'Italie a décidé "d'indemniser" son ancienne colonie, la Libye, pour les dommages causés par la courte période coloniale. Non content verser 200 millions de dollars par an, Berlusconi restitue une oeuvre d'art, ajoutant du symbolique au financier.

Plusieurs remarques (dont les réponses ne sont même pas esquissées dans l'article du Figaro) se bousculent à mon esprit.

Il ne me semble pas que l'occupation italienne en libye, qui fut courte (1911-1943) ait été particulièrement cruelle et inhumaine. Ce ne fut certainement pas le Congo Belge ! Jusque là provinces de l'empire ottoman, la Tripolitaine et la cyrénaïque furent occupé par l'Italie pour des raisons de prestige. La résistance ne dut pas être bien farouche, car être vaincu par l'armée italienne, il fallait le faire. Même les éthiopiens ont réussi à repousser les italiens (en 1896). Pourquoi donc indemniser à part le fait même d'occuper deux provinces qui ont de tout temps été occupées par d'autres et qui n'ont jamais été une nation ?

Dans les indemnisations détaillées par l'article du Figaro, on remarque qu'il s'agit surtout d'investissements et d'infrastructures, pas de sommes versées directement. Je m'étonne un peu que la Lybie, pays producteur de pétrole, ait besoin d'aide étrangère pour financer ses infrastructures ? Le colonel Khadafi serait il un si mauvais gestionnaire ? Il me semblait pourtant que le revenu du pétrole avait recemment explosé...

Au fil de ma reflexion, l'idée me vient qu'il s'agirait surtout d'un tour de cochon joué par le colonel Khadafi aux pays européens, et notamment à la France, avec la complicité de Berlusconi, absolument pas dérangé par l'opération à partir du moment où elle lui rapporte (preuve éclatante de l'immoralité totale du personnage s'il y en avait encore besoin).

Que veut Berlusconi ? développer les entreprises italiennes et leur ouvrir davantage le très solvable marché lybien. Pour cela, il faut remettre à niveau des infrastructures que la gabegie a laissé péricliter, Khadafi préférant pendant de longues années flamber et financer les terroristes de tout poil plutôt que doter son pays d'infrastructures digne de ce nom. Et comme il n'a pas plus envie de le faire maintenant qu'auparavant, l'Italie s'en charge (ça fera tourner les grandes entreprises du BTP italien). Il faut aussi la bienveillance du dictateur local pour favoriser l'implantation des entreprises italiennes, et là c'est plus compliqué, car de l'argent, Khadafi en a. C'est autre chose qu'il veut...

Aux occidentaux, Khadafi demande de baisser le pantalon. La France l'a fait, de mauvaise grâce certes, mais l'a fait, ouvrant le bal. Berlusconi suit, sans aucune gêne ni honte. Ce bon colonel veut une restitution de statue, soit. Il veut habiller des contrats commerciaux d'un manteau "indemnisation coloniale", allons y ! De toute manière, cela ne coute rien à Berlusconi, puisqu'à part le Libye, les seules colonies italiennes étaient la Somalie (en pleine guerre civile) et l'Erythrée, en pleine guerre avec sa voisine l'Ethiopie, brièvement occupée par l'Italie de 1936 à 1941. Aucune des deux n'est en mesure de réclamer quoi que ce soit.

Ce faisant, Khadafi joue un coup magistral. Il crée un précédent, un brêche énorme dans laquelle vont s'engouffrer toutes les anciennes colonies, notamment africaines, qui ont des raisons bien plus solides que la Libye de se plaindre des méfaits de la colonisation. Les revendications existent déjà, en indemnisations financières, mais aussi symboliques. Cette opération leur donne un poids supplémentaire, ce qui procure une double avantage à Khadafi. Cela rehausse son prestige en Afrique : il est celui qui a fait plier son ancienne puissance coloniale. Cela met aussi dans l'embarras les pays européens, France et Royaume Uni au premier chef. Que du bonheur !

samedi 23 août 2008

La gratuité du blog

Très intéressant billet de la guest star de luxe, Versac, chez Francis Pisani sur la question de son identité numérique et de sa présence en ligne.

Faut il tout mettre dans un même blog, ou au contraire, séparer suivant les thématiques et les motivations à bloguer ? Vaste question qui touche tous les blogueurs. Certains ont ainsi plusieurs blogs, plus ou moins clairement spécialisés, plus ou moins bien cloisonné. Cela demande beaucoup de temps, mais aussi beaucoup de matière. Certains left-blogueurs ont montré qu'ils pouvaient avoir la matière pour un, voire deux blogs, mais qu'au delà, la qualité du contenu et donc du blog, s'en ressentait. Versac souligne très justement que pour certaines activités (les bavardages, les déconnades...), le blog n'est pas l'instrument le plus adéquat.

On en arrive assez vite aux motivations du blogueur "politique", qui conditionnent assez fortement la manière de gérer la présence en ligne. Il y a d'abord le blog "d'expert", qui analyse, cherche à comprendre. C'est dans ce modèle que se place Versac, avec une recherche d'échanges construits, qui font avancer la reflexion. Il y a également le militant, qui cherche avant tout à faire passer des idées, à convaincre. La discussion y est souvent assez limitée et se résume à des passes d'armes où le contradicteur cherche la faille pour tenter de contrer le message du billet. Cela peut donner des résultats intéressants, car chacun est obligé d'affiner sa pensée, d'argumenter et donc de produire de la qualité.

Dans ces deux cas, le blog n'est qu'un outil parmi d'autres et le blogueur (qu'il soit "expert" comme Versac ou "militant" comme Koztoujours) n'hésite pas à écrire ailleurs si cela peut lui permettre de toucher plus de lecteurs en allant les chercher là où ils sont plutôt que de tenter de les faire venir chez eux.

Mais il y a une autre voie d'entrée, qui consiste à faire du blog l'élément unique de la présence en ligne et je me situe davantage dans cette optique. La motivation est toute autre, quelque part beaucoup plus "désintéressée". Je n'ai pas de "message" à transmettre, je n'ai pas une envie particulière de prendre part aux débats sur l'agora. Je préfère rester chez moi, et recevoir dans mon salon, en étant totalement maitre des sujets, de la tournure de la conversation, des convives. Cette unité permet aux lecteurs réguliers de bien connaitre le maitre des lieux, ses marottes, ses positions et donc peuvent réagir en connaissance de cause. C'est un gage de meilleure qualité des commentaires.

Mon blog ne m'amènera nulle part. Il ne m'a ouvert jusqu'ici aucune porte, aucun réseau et n'a eu aucune incidence (positive ou négative) sur la vie du personnage réel qui écrit ces lignes. Et c'est très bien comme cela. Le plaisir de la conversation, de la rencontre (en ligne et/ou réelle), de l'échange intellectuel sont la seule motivation. Aucun besoin d'aller voir ailleurs !

vendredi 22 août 2008

Démocratie sondagière

55% des français sont pour un retrait des troupes françaises en Afghanistan. Réalisé après la cérémonie d'hommage aux 10 soldats français tués en Afghanistan et le battage médiatique accompagnant cet évènement, ce sondage ne reflète pas une analyse, mais une réaction émotionnelle.

Il est évident que les français n'ont pas tous les tenants et aboutissants sur ce sujet de la présence française de troupes en Afghanistan (comme souvent sur les questions de défense et de politique étrangère). Elles sont présentes dans le cadre d'une force internationale, dans un pays hautement instable (qui l'a toujours été) et où un retrait occidental serait symboliquement catastrophique. Un retrait séparé de la France aurait sans doute un impact encore plus négatif auprès de nos partenaires, et notamment les USA, que le refus de cautionner l'invasion de l'Irak.

A l'heure où Nicolas Sarkozy se rapproche des USA pour réintégrer complètement l'OTAN (afin de mieux bazarder l'autonomie française en matière de défense), un tel retrait n'est tout simplement pas possible. Mais comment faire pour lutter contre l'apitoiement médiatique provoqué par le décès d'une dizaine de jeunes, qui pourtant avaient signé un contrat impliquant qu'ils étaient conscients du risque.

Je souhaite sincèrement que les parlementaires, qui auront pour la première fois l'occasion d'exercer leur nouveau pouvoir concernant les opérations extérieures, sauront résister à ces pressions sondagières et voteront en fonction de l'intérêt de la France. Si ce n'est pas le cas, j'en viendrais à me demander s'il est prudent de renforcer les pouvoirs d'un parlement qui se coucherait devant les sondages, au mépris des intérêts du pays.

jeudi 21 août 2008

Le Caucase, c'est compliqué

Le Caucase est une des zones ethniquement les plus complexes du monde (avec le Liban, et encore, au Liban, c'est assez simple). J'ai quelques repères, quelques connaissances, mais certainement pas assez pour tenter de décrypter l'actuel conflit entre la Russie et la Géorgie. Et à part quelques rares spécialistes (dont BHL ne fait pas partie), personne n'a réellement toutes les clés. Et du peu que j'en comprend, personne n'a tort, personne n'a raison, chacun défend son bout de gras. Comme dans tout conflit normal en somme !

Le traitement de ce conflit dans les médias occidentaux, et notamment français, c'est intox contre propagande. Pas la peine de se donner du mal, comme certains, à tout suivre. D'autant plus que cela n'aura sans doute pas de répercussions ailleurs qu'au Caucase, et que cela fera bien moins de morts qu'une guerre civile en Afrique (qui ne bénéficie pas, elle, de la même couverture médiatique).

Je me désintéresse largement de ce conflit. Il ne me touche pas directement. Si chaque conflit de par le monde devait susciter mon intérêt et mon inquiétude au point de ne plus arriver à dormir, je ne m'en sortirai jamais.

Je revendique donc le droit à l'indifférence face à cet évènement !

mercredi 20 août 2008

Décadence de l'intellectuel engagé

Rue89 nous livre un somptueux pastiche de grandiloquences verbeuses de Bernard Henri Levy. A comparer avec l'original.

C'est encore par ce type de procédés que l'on fait le mieux ressortir l'inanité de nos "intellectuels engagés", qui ont fait une seule action remarquable, la défense de Dreyfus, avant, munis de ce viatique, de se fourvoyer dans toutes les causes, bonnes ou mauvaises, en espérant toucher le jackpot, comme on mise sur un cheval aux courses.

Au fil du temps, les justifications "intellectuelles" de ces engagements se sont effacées. On ne cherche plus qu'à défendre une cause, la sienne, celle de sa carrière, de sa visibilité médiatique (assurant ainsi une bonne promotion pour les bouquins complaisamment publiés par des éditeurs amis). Arrivé à ce stade de décadence, la profondeur et la cohérence de la pensée, on s'en moque, de toute manière, l'intellectuel engagé n'a plus le temps de faire de la recherche, de construire une pensée. Trop de piges dans les journaux qui comptent, d'apparition télé, de cocktail et de diners en ville. Tout au plus recyclent-ils le travail des autres, souvent mal d'ailleurs.

Edit du 22 août : Et en plus, son témoignage semble tenir davantage du docu-fiction que d'autre chose. Bref, BHL fait du BHL.

mardi 19 août 2008

Pas que de l'ego

Cet été a vu fleurir quelques blogwars souvent très amusantes, permettant de compenser le vide relatif de l'actualité. Contrairement au passé, ce sont des groupes qui ont attaqué d'autres groupes, et non plus seulement des individus qui s'étripaient à titre personnel.

Beaucoup ont affirmé hautement que tout cela n'était que des querelles d'ego et conclu définitivement que cela n'acait aucun intérêt. Ils ont quand même participé à l'évènement, preuve d'un certain intérêt pour ce qui se passe dans la blogosphère politique !

Certes, il y a de l'ego et de la vanité, mais pas uniquement pas plus que dans bien d'autres activités sociales. La blogosphère politique existe, la preuve, elle se dispute. C'est pour moi l'élement essentiel. Exister est beaucoup plus facile quand c'est contre, rien de nouveau sous le soleil numérique. Justement, ces querelles ont tourné autour des regroupements de blogueurs et de leurs pratiques (que ce soient les left-blogueurs ou plus recemment les kiwis).

Ces débats sont utiles, car ils permettent à tous de se situer, ils mettent en avant les liens et les oppositions et sous les aspects parfois polémiques, explorent de véritables questions existentielles sur cet espace collectif qu'est la blogosphère politique. C'est à travers les échanges (plus ou moins courtois), les critiques et les répliques que des lignes de force se définissent et se précisent, petit à petit. Même si on peut avoir l'impression que ce sont les mêmes sujets qui sont ressassés, à chaque fois pourtant, la reflexion se précise, des éléments nouveaux sont versés aux débats.

C'est ainsi qu'un espace social se construit (les sociologues seraient plus disserts et jargonnants sans doute) sur internet comme ailleurs, par la confrontation, le marquage des territoires (et donc la lutte pour le contrôle de ces territoires).

Les blogs, pris individuellement ne pèsent rien. C'est collectivement que les blogueurs pourront apporter quelque chose et avoir une quelconque "influence". Petit à petit, cet espace collectif se crée et les blogwars font partie de ce processus d'émergence.

lundi 18 août 2008

Lumpen-intelligensia

Lumpen intelligensia : groupe d'individus (classe sociale si on est marxiste) composé essentiellement de professions intellectuelles moyennes ou subalternes qui ont plus ou moins bien acquis au cours de leurs études (quand ils ont réussi à aller jusqu'au bout), des connaissances, l'habitude de réflechir et de poser des raisonnements. Mais leur position professionnelle ne leur permet pas de disposer de leviers de pouvoir (qu'il soient économique, médiatique ou intellectuel). Pour exister, il ne leur reste que deux choses : la radicalisation politique et la recherche de postures valorisantes. On les retrouvent souvent à l'extrême gauche, autrefois surtout chez les trotskystes, aujourd'hui aussi chez les verts et les altermondialistes.

Je tire ce terme et cette description (un peu modifiée par mes soins) du livre d'entretiens de Michel Rocard, "si la gauche savait", que je suis en train de lire. J'ai trouvé ce terme cruel, mais tellement juste !

mercredi 6 août 2008

Le Christ philosophe

Je suis en train de terminer un livre, "le Christ Philosophe", de Frédéric Lenoir. Je m'y retrouve pleinement et j'adhère totalement, ce qui est rare. Pour ceux qui veulent connaitre le fond de ma pensée (actuelle, ça peut évoluer), allez donc le lire. En plus, Frédéric Lenoir n'est pas n'importe qui, c'est l'un des meilleurs connaisseurs des religions, auteur denombreux ouvrages et rédacteur en chef du "Monde des religions".

Il lit le message des évangiles en terme de philosophie, d'éthique. Le Christ est venu nous délivrer un message, nous proposer une manière de vivre. C'est même le coeur du message, qui malheureusement, a été enkysté et subverti par les hommes, qui l'ont instrumentalisé pour prendre le pouvoir et l'exercer au nom du Christ. Frédéric Lenoir dénonce vivement la compromission des chrétiens avec le pouvoir, cadeau empoisonné fait par Constantin, en 314, quand il déclare le Christianisme religion d'Etat. Cela a donné l'inquisition, où pendant cinq siècles, on a torturé et assassiné au nom du Christ miséricordieux, en totale contradiction avec le message évangélique. Bien entendu, les temps ont bien changé, mais l'idée est là, il y a au dessus de ce message, une couche de rajouts, qui tentent se légitimer par le texte même, souvent par une petite phrase (tu es pétrus, par exemple) qui imposent des choses que le texte ne dit pas, voire va à l'encontre des évangiles. Pour plus de détails sur ce point, lire l'excellent ouvrage de Jacques Ellul, "la subversion du christianisme".

Le message des évangiles est d'abord une rupture avec le fait religieux. Les pharisiens et les religieux en général sont maltraitées dans les évangiles, considérés comme des hypocrites, qui servent deux maitres, Dieu et le pouvoir temporel avec lequel ils sont compromis. Le drame du Christianisme, c'est d'avoir été récupéré par le phénomène religieux qu'il entendait dépasseri. Cela était sans doute inévitable, car à l'époque du Christ, un message philosophique et éthique ne pouvait pas utiliser une autre voie pour être reçu et compris de ses destinataires.

Ce qu'il y a de bien dans "le Christ philosophe", c'est que l'auteur ne critique que pour, en fait, proposer d'aller au delà et de relire le message du Christ, non pas en terme de religion, mais en terme de philosophie. Les évangiles, c'est un ensemble de valeurs, un éthique de vie, qui n'a finalement pas besoin des religieux pour être lue et mise en pratique. A la limite, c'est même mieux d'enlever cette gangue religieuse, à savoir toutes ses pratiques rituelles, ces gestes qu'il faut faire ou ne pas faire et qui n'apportent rien, et qui même, plombent le coeur du message.

Si le véhicule religieux était indispensable autrefois pour faire passer le message philosophique et éthique (et il a globalement bien rempli son rôle), il est devenu un handicap dans notre société occidentale sécularisée. Les laïcards en ont surtout après l'aspect religieux, mais n'ont rien contre le message en lui-même. Si on veut que le message continue à être transmis, et c'est là l'essentiel, il est peut-être nécessaire de lui faire prendre une autre forme, un autre véhicule plus adapté à notre temps.

La simplification continue

Après une premier camion bazar de simplification du droit, c'est un maintenant un véritable convoi que Jean-Luc Warsmann vient de mettre en route, par le biais d'une proposition de loi qui ressemble à s'y méprendre à un projet de loi. C'est long, lourd, dense et pas idiot. C'est un plaisir de voir que le mouvement ne s'est pas essoufflé et que finalement, la première proposition de loi n'était qu'une mise en bouche.

Quatre axes : simplifications pour les citoyens et les usagers des administrations, simplifications pour les entreprises et les professionnels, simplifications pour les collectivités territoriales et toilettage du code de procédure pénale (et là, j'attends l'avis de mes juristes préférés).

Ces axes sont quand même très vastes, car ce texte brasse une multitude de thématiques, au point qu'y introduire un cavalier législatif tient de l'exploit ! C'est un peu le reproche que l'on peut faire à ce texte, et qui le rend difficilement lisible. Le seul véritable axe fort, c'est la volonté de simplifier, ou tout au moins de décomplexifier et de réparer les bugs.

Ne nous leurrons pas, ce n'est Jean-Luc Warsmann et sa secrétaire qui nous ont pondu ce texte. Derrière, il y a les services de l'Etat, et plus vraisemblablement la DGME (Direction générale de la modernisation de l'Etat). Les administrations ont des projets pleins les tiroirs, le problème est de les faire inscrire dans l'agenda politique et de les faire adopter. C'est là où Jean-Luc Warsmann joue un rôle irremplaçable, en inscrivant ce sujet à l'ordre du jour du Parlement et en en faisant une priorité politique. Il n'est que la partie visible d'un iceberg, un maillon d'un chaine qui a pris conscience qu'il fallait mettre de l'ordre dans le capharnaüm qu'est devenu notre législation.

Tout ce qui reste à espérer, c'est que ce texte ne produise pas, à son tour, des bugs. L'enfer est souvent pavé de bonnes intentions, même en matière légistiave. Alors avis à tous les amateurs, merci de me signaler les erreurs ou malfaçons de ce texte, pour qu'elles soient soulevées pendant les débats (j'assure le relais).

mardi 5 août 2008

Successions difficiles

Rue89 nous fait un grand numéro d'antisakozysme pavlovien, avec sa série sur "les successeurs de Sarkozy". La conclusion est posée dès le départ : "Après lui le chaos", les reste n'est là que pour étayer, en toute mauvaise foi militante.

A la mairie de Neuilly, oui, ce fut un beau cafouillage, car Ni Teullé, ni Martinon n'étaient à la hauteur. Au conseil général des Hauts de Seine, c'est un peu le bazar, car le nouveau président n'a pas une légitimité assez forte, vis-à-vis d'autres élus, pour s'imposer véritablement comme ont pu le faire Pasqua et Sarkozy. On devient un patron politique par ses propres capacités, pas par investiture !

Oui, c'est un peu le bazar dans les anciens fiefs de Sarkozy, comme c'est le bazar partout après le départ d'un grand baron local, surtout quand la succession n'est pas préparée (ou mal ficelée). Bien souvent, les grands barons n'arrivent pas à préparer leur succession, car ils ont fait le vide autour d'eux. Un proverbe bien connu en politique dit ceci : "à l'ombre des grands chênes, on ne trouve que des glands". Une fois sur le déclin, quand il arrivent à admettre qu'il va bien falloir lâcher la barre, ils tentent de mettre en place un dauphin. Soit ils font monter un sous-fifre, qui n'a pas le niveau car tous les compétents sont partis ou ont été flingués, soit ils importent un parachuté, qui peut avoir toutes les peines du monde à s'imposer. Si le désordre s'installe trop, presque toujours, les électeurs règlent la question par une alternance !

Cela arrivent partout, à droite comme à gauche, car finalement, ces grands barons apprécient qu'après eux, tout s'écroulent, preuve qu'ils étaient indispensables et irremplaçables.

La mort de Soljenitsyne

En cette période estivale un peu creuse, tout décès d'une personnalité médiatiquement connue déclenche un flot d'hommages. Soljénitsyne n'échappe pas à la règle, d'autant plus qu'il a été l'un des "dissidents" les plus visibles, notamment en Occident. On célèbre donc le grand penseur, le grand écrivain, et on a raison.

D'autres préfèrent cracher sur la tombe, tel notre Mélenchon national, dans son langage fleuri (à la left blogueur). C'est dommage que le sénateur Mélenchon ne sache pas s'exprimer autrement que par l'insulte, car il soulève un point intéressant de la personnalité de Soljénitsyne.

En Russie, depuis le 18ème siècle, deux courants de pensée co existent, les pro occidentaux et ceux que je qualifie de "vieux russes". C'est le tsar Pierre le Grand qui a ouvert cette faille culturelle, en voulant occidentaliser son pays, de manière accélérée et brutale. Cette division existe toujours, et est même structurante en Russie. Chaque camp a sa ville phare, Saint Petersbourg pour les pro occidentaux, Moscou pour les "vieux russes".

Soljénitsyne est un "vieux russe", c'est à dire très attaché aux symboles du passé, à l'orthodoxie, au nationalisme et à "la Russie éternelle". On comprend aisément qu'il n'ait pas beaucoup apprécié le communisme, qui le lui a fait payer d'ailleurs. Vu de France, ce courant ressemble à de l'extrême-droite, c'est indéniable. Il n'y a qu'à regarder les prises de position du patriarcat moscovite, et encore, il est tenu à une certaine retenue du fait de sa position officielle. Pour autant, toute comparaison et surtout tout amalgame avec la situation française est à proscrire. La Russie est une aire culturelle certes occidentale, mais à part, avec beaucoup de traits propres issus d'une longue histoire.

C'est un point qui est à souligner dans les hommages que l'on rend à Soljénitsyne, car il n'y a rien de pire que les hommages récupérateurs, qui ne font pas justice à un défunt de ce qu'il était réellement. Trop souvent, on réduit la personne aux aspects qui nous intéressent et que l'on cherche, pour des raisons intéressées, à valoriser, en laissant de coté ceux qui nous gênent et ne collent pas avec l'image pieuse que l'on souhaite présenter au peuple.

Oui, Soljenitsyne, selon nos critères français, était de droite, bien à droite même. Mais cela ne l'empêchait pas d'avoir du talent, tout comme Louis Ferdinand Céline ! Il faut savoir faire la part des choses.

Le texte de la commission

Dans mon package "ce que la réforme institutionnelle change pour le Parlement", j'avais oublié une réforme fondamentale, que Pascal m'a rappelé en commentaire, à savoir que désormais, le texte discuté en séance publique sera celui adopté par la commission.

C'est une réforme intéressante, la plus intéressante d'ailleurs pour revaloriser le rôle du parlement, à condition bien entendu qu'elle ne soit pas édulcorée par les modalités d'application.

Actuellement, le travail en commission n'est pas essentiel, car le texte soumis au vote en séance publique est celui du gouvernement. Lorsque la commission adopte des amendements, ils sont soumis à discussion en même temps que les autres amendements. Ils ont juste un peu plus de poids, mais s'ils ont un avis négatif du gouvernement, c'est souvent soit retrait, soit rejet, avec un taux d'adoption un peu plus supérieur que les amendements de parlementaires. Par contre, ne pas être adopté par la commission est souvent rédhibitoire.

Cette réforme inverse la charge, à savoir que désormais, si un amendement de la commission ne plait pas au gouvernement, c'est ce dernier qui devra déposer un contre amendement et le soumettre au vote des députés. Ce n'est plus tout à fait la même chose et cela oblige le gouvernement à s'expliquer et à argumenter. Les "amendements d'appel", c'est à dire ceux déposés, non pas pour être adoptés mais pour appeler un réponse et un engagement (de préférence ferme et explicite) du gouvernement n'en auront que plus de poids et devront être autrement plus convaincants que les bonnes paroles vagues que donnent certains ministres actuellement.

Mais cette réforme modifiant substantiellement l'équilibre des discussions, des aménagements vont devoir être apportés. L'article 40 (irrecevabilité financière) ne s'applique que pour les amendements de séance. Il va falloir remonter le contrôle d'un cran. Si les choses deviennent sérieuses en commission, ce serait bien que les comptes rendus soient un peu moins sommaires et il ne serait pas inutile que les réunions de commission soient ouvertes à la presse, voire télévisées sur le canal interne.

Actuellement, le gouvernement n'est pas présent lors des réunions de commission, mais cela ne les dérange pas trop. Le conseiller du ministre attend à la porte pour avoir les infos. Avec la réforme, ce n'est plus du tout pareil et on peut imaginer sans problème que le gouvernement voudra être présent, d'une manière ou d'une autre, pendant ces commissions. C'est là que se joue tout l'intérêt de la réforme. Si les députés restent entre eux en commission, sans que le gouvernement ne soit présent ou ne puisse y prendre la parole, là ce sera intéressant, très intéressant même !!! Mais ne rêvons pas, il y a désormais trop d'enjeux dans les votes en commission, le gouvernement fera en sorte d'être présent.

Un effet certain de cette réforme, l'assiduité en commission devrait faire un bond. Cela se fera sans doute dans la douleur, notamment celle des chargés de mission du groupe UMP qui devront s'assurer d'être toujours en majorité, mais aussi celle des députés sans compter celle de l'organisateur des plannings. "j'étais en commission" va devenir une excellente excuse.

lundi 4 août 2008

Tout pareil au PS !

Très amusante trouvaille des journalistes du Monde, une tribune publiée en 1994 par Pierre Moscovisci et Martine Aubry.

Premier constat, 14 ans après, ce sont encore les mêmes qui sont sur le devant de la scène. Bravo pour le nouvellement, et le pire, c'est que ces deux là ont gardé une image de "nouveauté" qui pourrait tenter certains militants de voter pour eux, dans un espoir de changement.

Le plus amusant, c'est leur propos sur le PS et la gauche en général. Pas une ligne à changer 14 ans après, tant sur le constat de l'impasse de la gauche : "elle hésite entre le repli sur les identités traditionnelles et le défrichements de terres nouvelles" que sur les propositions à mettre en oeuvre : "éviter de se perdre dans des débats doctrinaux sans issue", "aborder concrètement les grands problèmes de demain".

Le plus drôle est quand même ce qu'ils écrivent sur le fonctionnement du PS : "Beaucoup d'électeurs nous ont quittés. Beaucoup de militants sont découragés, d'abord, par le spectacle de division que nous offrons. Il n'est que temps de mettre fin à un mode de fonctionnement qui privilégie trop la cooptation et à des courants formés sur les enjeux d'hier, qui ont confisqué la réalité du pouvoir". "Le PS doit avoir le courage de se remettre en question, tout en gardant la diversité qui a toujours fait sa richesse et en retrouvant le sens de la fraternité qui lui a trop souvent manqué. Les conflits de pouvoir et de personnes, les fausses querelles, les procès d'intention doivent être proscrits". Tout pareil en 2008 !

Et que croyez vous qu'il arrivera en 2008 au moment de mettre en oeuvre toutes ces belles propositions, de réformer tous les dysfonctionnements si bien diagnostiqués ? Tout pareil qu'en 1994 et en plus, avec les mêmes !

Reconversion

Renaud Dutreil quitte la vie politique pour aller diriger la filiale américaine de LVMH. Ce départ est une très bonne chose, pour plusieurs raisons.

Renaud Dutreil s'est pris une grosse claque aux dernières municipales à Reims. Il a compris que sa progression politique est désormais bouchée, et qu'il est condamné, pendant au moins cinq ans, à n'être que député de base (un peu plus s'il accepte de bosser). Il a été ministre, il envisageait de poursuivre comme baron local, il a échoué. Il en tire les conséquences et va voir ailleurs. Si tous les has been qui peuplent les bancs du parlement pouvaient faire de même ! On en a un paquet de ces vieilles gloires, qui ont été, qui ne sont plus et ne risquent plus de redevenir quelque chose, mais qui sont assez costauds pour sauver localement leur siège de député, grâce notamment au cumul des mandats qui permet de verrouiller. Ils ne bossent plus, mais sont là pour truster les bonnes places et gêner la progression des nouveaux, en pleine force de l'âge. Merci Renaud de ne pas jouer les vieux cons !

Ce départ est aussi une bonne chose, en éloignant de la vie publique un homme qui se moque éperdument des électeurs, qui a des convictions à géométrie variable et qui ne songe qu'à lui, à sa personne, à sa carrière. Parce que Renaud Dutreil, c'est le portrait-type de l'égoïste en politique. Il a quitté ses électeurs de l'Aisne pour aller chercher mieux, à Reims. C'est une forme de mépris malheureusement trop courante, qui est heureusement souvent sanctionnée par les électeurs. Les blésois l'ont montré à Jack Lang en 2001. Coté convictions, Renaud Dutreil aura fait toutes les chapelles de droite, comme un alcoolique fait tous les bars de la rue. Passé par l'UDF, il a lancé l'embryon de ce qui allait devenir l'UMP avant de finir au parti radical valoisien.

Il achève d'ailleurs de se moquer de nous, en faisant croire, dans une phrase on ne peut plus langue de bois, que travailler pour LVMH à New-York, c'est servir la France : "Si aujourd'hui je pars à New York, pour présider la filiale américaine de LVMH, c'est, malgré les apparences, dans le prolongement de cette vie intense où le réel m'a donné l'impression de pouvoir s'améliorer et se transformer sous l'effet des volontés collectives et d'un dessein clair". A d'autres ...

Par contre, la destination de départ est peut être mal choisie. Nous expédions aux USA un pur produit de notre élite politico-administrative française : Normalien, diplômé de Science-Po, énarque. Il est au conseil d'Etat de 1989 à 1993 (le minimum légal) avant de se lancer en politique. Certes, intellectuellement brillant, mais d'un intelligence cérébrale, celle qui est nécessaire pour réussir brillamment les exercices de singe savant selon lesquels nous sélectionnons nos "meilleurs espoirs". Les américains ont des critères très différents pour sélectionner leurs élites, et vu le mode de fonctionnement de Renaud Dutreil, ça va être un choc, pour lui, mais aussi pour les américains...