Le projet de loi internet et création arrive bientôt, et le moins qu'on puisse dire, c'est que la préparation d'artillerie médiatique se fait à la grosse Bertha. Entre Luc Besson qui hurle après les FAI, Albanel qui annonce vouloir brider les wifi en accès libre, voilà l'inénarrable Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP qui poursuit dans la lancée. Au moins, on connait clairement les positions et les angles d'attaque de l'industrie du divertissement !

Ces industries veulent clairement remettre en place le contrôle absolu des circuits de distribution que l'arrivée d'internet leur a fait perdre. Mais contrairement à ce que l'on peut penser, ils ont tiré les leçons d'internet, du moins celles qui les intéressaient. N'allez surtout pas croire qu'Universal et compères n'aient pas idée des potentialités offertes par les nouvelles technologies ! Leur idée actuellement, du moins pour la musique, est de développer l'offre de téléchargement (avec DRM) sur les téléphones portables, avec paiement inclus directement dans le forfait ou sous forme de supplément de quelques euros. Un système propose même de payer pour des téléchargements qui resteront dans l'appareil de téléphone portable. Si vous changez d'appareil ou d'opérateur, vous êtes obligés de tout retélécharger (et donc de repayer). Quand on sait que la durée de vie d'un portable, c'est entre un an et 18 mois. Demain, quand le rapprochement avec les FAI se sera opéré, vous aurez le même modèle, paiement sous forme de supplément plus ou moins optionnel au prix du forfait haut débit avec des trucs et astuces pour accélérer l'obsolescence de vos acquisitions de musique (en sachant que nombre de produits musicaux phare ont déjà un durée de vie très courte). Ce sera une sorte de licence globale, sauf qu'elle sera sous le contrôle du distributeur, avec un partage assez... inégal.

L'offre légale est là, elle existe. Le tout est de rabattre le gibier la clientèle, qui s'ébat librement dans la nature, vers ces enclos offres payantes. La technique du DRM a globalement échoué car l'animal habitué à la liberté n'a pas supporté le collier autour du cou : trop serré, pas assez de longueur de chaîne. On passe à une technique plus douce, consistant toujours à emprisonner le gibier dans un espace sous contrôle industriel, mais en faisant en sorte qu'il y vienne volontairement. Il est vrai que des efforts ont été faits par les industries : l'herbe est plus verte et plus abondante, la hauteur des rateliers a été un peu diminuée, les enclos ont été rénovés avec des matériaux familiers au gibier. Le texte de loi création et internet est conçu pour effaroucher le gibier, en faisant beaucoup de tintamarre. Certes, il restera toujours des irréductibles, mais la grande majorité, préférant ne pas prendre de risque se dirigera vers les enclos. Et la tonte pourra reprendre.

Ce ne sera plus l'âge d'or d'avant internet. Mais ça peut être mieux, car si on jette rarement ces CD, on jette plus facilement des fichiers. L'avenir de l'industrie de la musique est désormais dans le taux de rotation et de remplacement. Vive la musique jetable, tant sur le fond que sur la forme.

La création artistique, dans tout cela, vous pensez bien qu'on s'en fout complètement.