Authueil

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 30 juin 2009

L'été sera chaud

La semaine prochaine ne va pas être triste à l'Assemblée nationale. Pour commencer, les députés examinent le texte sur le travail dominical, sur lequel la gauche a demandé un "temps prolongé" de 50 heures dans le cadre de la nouvelle procédure. Un bon début pour cette nouvelle procédure, qui commence en fanfare. L'UMP a tenté de réagir en programmant des séances du mardi au samedi. C'est un peu irréaliste, d'autant plus que le PS vient de relancer (comme au poker), en annonçant le dépôt d'une motion de censure qui devrait être discutée mercredi ou jeudi de la semaine prochaine. Ajoutez à cela que l'UMP est de nouveau très déchiré sur le travail dominical, le fragile consensus bati par Sarkozy étant au bord de l'effondrement, les "anti-travail le dimanche" mené par Marc Le Fur (qui a cosigné la dernière version de la proposition de loi) ayant le sentiment d'avoir été enfumés. La méfiance règne au sein du groupe UMP, et un partie des troupes peut très bien décider de retourner dans ses foyers dès jeudi, laissant les partisans du travail dominical seuls face à des socialistes qui seront sans doute très présents et mobilisés (ou alors, s'ils ne le sont pas, c'est que ce sont vraiment des minables).

Le texte ne sera donc vraisemblablement pas voté avant le 14 juillet. Le texte suivant, sur la formation professionnelle s'en trouvera décalé, si ce n'est pas reporté à la rentrée. Et derrière, en principe, on aura hadopi 2. Je ne vous raconte pas dans quel état le gouvernement et la majorité risquent de sortir de cette session extraordinaire de juillet. Le risque d'enquiller deux échecs est tout à fait possible. De quoi griller en moins d'un mois le petit état de grâce créé par la victoire de l'UMP aux européennes et par le remaniement.

C'est parti pour le recasage

Après Christine Boutin, voici maintenant le tour de Roger Karoutchi et de Christine Albanel d'être recasés. Pour Roger, une belle ambassade, mais pas n'importe où : à Paris, auprès de l'OCDE, dans le 16ème arrondissement. On lui a proposé quelque chose au Maghreb, mais c'était trop loin, il aurait du interrompre ses activités politiques. Ensuite Christine Albanel. On lui a proposé la direction de la villa Médicis, à Rome, qui justement, vient de se libérer. Elle a refusé et on la comprend. La dame étant plus gourmande, elle a demandé la présidence d'Arte. Il faudra donc "déplacer" l'actuel titulaire du poste, qui a encore deux ans de mandat à courir. Même s'il est théoriquement possible de virer Jérôme Clément, cela aurait un cout politique bien trop élevé. On va plutôt l'acheter en lui proposant un beau poste (la villa Médicis ?).

Après ces deux annonces, je comprend les jérémiades des virés du gouvernement. Ils font monter les enchères pour leur recasage. C'est en fait la partie médiatiquement visible d'une négociation discrète. Je remarque juste que redevenir parlementaire n'enchante aucun ancien ministre, puisque ni Roger Karoutchi, ni Christine Boutin ne semblent intéressés par la reprise de leur fauteuil. A la limite, c'est leur filet de sécurité, leur dernier choix. Ce filet de sécurité peut avoir pour effet d'accroitre leur gourmandise. A défaut, ils réintègrent le parlement.

Attendons de voir ce que l'on va donner à Jégo (qui semble mettre la pression en menaçant de balancer), Santini et Laporte. Et surtout, attendons les auditions que certains de ces recasés seront obligés de passer devant le Parlement pour valider leur nomination (et notamment Christine Albanel pour Arte). Ca pourrait être drôle.

lundi 29 juin 2009

Boutin au Vatican ?

La nouvelle circule que Christine Boutin serait nommée ambassadrice de France auprès de l'Etat du Vatican. Cela me surprend à deux titres.

Un ambassadeur, Stanislas Lefebvre de la Boulaye vient d'être nommé sur ce poste il y a seulement quelques mois, après un intérim de deux ans, pendant lequel le Vatican a récusé plusieurs pressentis. Est-ce le moment de changer encore ? De plus, l'actuel ambassadeur est un diplomate de haut vol, qui a occupé des postes importants. L'ambassade auprès du Saint-Siège, c'est un couronnement de carrière, l'un des postes les plus prestigieux. Il n'apprécierait certainement pas ce recasage de ministre viré. Et il aurait raison, car une telle nomination irait contre tous les principes de bonne administration.

Mais mon objection principale porte sur le fond. Christine Boutin a des liens anciens et étroits avec le Vatican. Elle y a occupé (et peut-être en occupe-t-elle encore) des fonctions de "consulteur". Une telle proximité me dérange si elle doit être la représentante de la France, et donc de ses intérêts auprès du Vatican. On est à la limite du conflit d'intérêts. Si on va dans cette direction, pourquoi ne pas nommer Charles Pasqua ambassadeur au Gabon ou André Gérin (l'ami des burqas) ambassadeur en Arabie Saoudite ?

J'espère qu'il ne s'agit là que d'une rumeur (mais j'ai un peu peur quand même).

vendredi 26 juin 2009

Une tentative vouée à l'échec

Mon ami Jules s'est livré hier à un brillant exercice d'analyse juridique. C'est rare, mais je dois reconnaitre que le coté pinailleur des juristes peut parfois se révéler utile.

Dans le dernier alinéa de l'article 3 de la loi hadopi 2 (lorsque le règlement le prévoit, la peine complémentaire définie au présent article peut être prononcée à l’encontre des personnes reconnues coupables des contraventions de la cinquième classe prévues par le présent code. Dans ce cas, la durée maximale de la suspension est de un mois), il décèle le retour par la bande de la riposte graduée. Le gouvernement prévoit que l'on peut assortir une contravention de 5ème catégorie d'une suspension d'accès à internet, puis dans un deuxième temps, une fois cette autorisation générale accordée, sort un décret (au hasard sanctionnant le manquement à l'obligation de sécurisation) qui rentre pile poil dans le cadre que les parlementaires viennent de fixer. Et hop, la riposte graduée revient ni vu ni connu.

Sauf que c'est lourdement inconstitutionnel.

Premier principe violé, celui de la légalité des délits et des peines qui impose que les sanctions pénales résultent de textes clairs et précis. Ici, le législateur est en train de prévoir une possibilité de sanction en laissant au pouvoir règlementaire le soin de décider les infractions auxquelles cette sanction s'appliquera. Que la peine soit complémentaire et légère ne change rien, sur le plan des principes, ça ne passera pas le conseil constitutionnel !

Deuxième principe violé, la liberté d'accès à internet (qui est une condition de l'exercice de la liberté d'expression). Porter atteinte à cette liberté est possible, mais il faut que ce soit pour défendre une autre liberté fondamentale considéré comme plus importante et que cette atteinte soit nécessaire et proportionnée. Suspendre l'accès à internet pour sanctionner une contravention (oui, vous avez bien lu, une contravention), c'est comme utiliser un bazooka pour tuer un moustique. En matière de proportionnalité, on fait mieux. Là encore, cela ne passera pas le conseil.

Ajoutez à cela que le conseil risque de n'apprécier que très modérément cette pitoyable tentative de contournement d'une décision qu'il vient de prendre. C'est donc une tentative vouée à l'échec.

Le vide de l'intellectuel multifonction

Alain Finkielkraut est un "intellectuel", un philosophe. Il a publié beaucoup de choses, certaines très bien construites et intéressantes (même si on peut ne pas être en accord avec). Et puis il a glissé petit à petit dans le médiatique, devant un pilier de plateau télé et de radios. C'est même un excellent client, au point qu'on se demande s'il trouve le temps de faire autre chose, et notamment de penser.

Eric Mettout nous donne la réponse sur son blog, c'est clairement non, Alain Finkielkraut a arrêté de penser depuis bien longtemps. Sur plusieurs sujets (hadopi, les mères porteuses, la situation politique en Iran), on sent visiblement qu'Alain Finkielkraut n'a pas sérieusement réfléchi et travaillé le sujet. Il se limite à débiter les platitudes ordinaires, la bien-pensance du milieu dans lequel il évolue. Le problème de ce monsieur (et c'est celui de beaucoup), c'est que les journées ne font que 24 heures, et même si on ne dort pas beaucoup, on ne peut pas tout faire. Il faut choisir. Le problème de la recherche et de la production "intellectuelle", c'est qu'elle demande beaucoup de temps. Monsieur Finkielkraut a épuisé ses munitions depuis longtemps et n'a pas eu le temps de les renouveler. Alors il brode avec beaucoup d'approximation et de superficialité dès qu'il sort des quelques thématiques sur lesquels il a une compétence.

C'est le problème que rencontrent tous les "intellectuels médiatiques". Ils n'ont plus temps d'écrire, de rechercher, de réfléchir. Ils se sont organisés en fonction du temps médiatique, pour remplir un rôle, celui de "l'intellectuel qui dit ce qu'il faut penser en deux minutes à l'heure du petit déjeuner". Personnellement, ce n'est pas cela que j'attend d'un intellectuel. Je me méfie donc de ceux qui hantent les plateaux de télévision. Leur profondeur et leur originalité intellectuelle est inversement proportionnelle à leur présence médiatique.

jeudi 25 juin 2009

Purin d'ortie encore et toujours

Pour ceux qui ont suivi la saga du purin d'ortie que j'avais conté sur mon blog, voici le dernier épisode, la sortie du décret règlementant la mise sur le marché des préparations naturelles peu préoccupantes.

Toute cette histoire s'est déroulée à l'automne 2006. Ce n'est que trois ans après que le décret parait enfin. Cela montre bien la lourdeur de la machine administrative, souvent paralysée par les conflits d'intérêt des parties en présence, mais aussi par les contraintes techniques ou juridiques. En matière d'écologie et d'agriculture, on a à la fois des contraintes techniques et des enjeux financiers lourds. Si vous lisez ce décret, en ayant à l'esprit que ce décret met en place une procédure "simplifiée", vous aurez une petite idée de ce que l'on appelle "complexité administrative".

Ce décret est sorti, c'est déjà beaucoup. Reste à voir maintenant s'il donne satisfaction. C'est encore une autre histoire.

mercredi 24 juin 2009

Projet de loi relatif à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet

Voici le texte du projet de loi "hadopi 2". Il n'y a finalement pas grand chose dedans. En tout cas rien de bien méchant et surtout, pas grand chose d'applicable. C'est vraiment un projet pour sauver la face. Ceux qui se feront avoir, c'est vraiment parce qu'ils n'auront pas eu de chance ou qu'ils ont téléchargé à très grande échelle et non pas "pour leur consommation personnelle".

article 1er : Après l’article L. 331-21 du code de la propriété intellectuelle, il est ajouté un article L. 331-21-1 ainsi rédigé : « Art. L. 331-21-1. - Les membres de la commission de protection des droits, ainsi que ses agents habilités et assermentés à cette fin dans les conditions déterminées par décret en Conseil d’Etat, peuvent constater les infractions prévues au présent titre lorsqu’elles sont punies de la peine complémentaire de suspension de l’accès à un service de communication au public en ligne et de communication électronique. « Ils peuvent en outre recueillir les observations des personnes concernées. « Leurs procès-verbaux font foi jusqu’à preuve contraire. »

L'article 1er donne force probante aux constats effectués par les agents de l'hadopi. Cela évite ainsi d'avoir systématiquement recours à des policiers pour effectuer les constats. Mais comme ces fameux constats se borneront à des relevés d'adresses IP, et que l'on sait tous maintenant que ce n'est pas une preuve suffisante, ça finira en eau de boudin.

Article 2 : I. - Après le onzième alinéa de l’article 398-1 du code de procédure pénale (9°), il est inséré un alinéa ainsi rédigé : « 10° Les délits prévus aux articles L. 335-2, L. 335-3 et L. 335-4 du code de la propriété intellectuelle. » II. - Après le sixième alinéa de l’article 495 du même code (5°), il est inséré un alinéa ainsi rédigé : « 6° Les délits prévus aux articles L. 335-2, L. 335-3 et L. 335-4 du code de la propriété intellectuelle. »

L'article 2 met en place la procédure de l'ordonnance pénale pour les faits de contrefaçon. Allez voir ce que maitre Eolas en pense. Encore un magnifique coup d'épée dans l'eau.

Article 3 : Après l’article L. 335-6 du code de la propriété intellectuelle, il est inséré un nouvel article ainsi rédigé : « Art. L. 335-7. - Lorsque l’infraction est commise au moyen d’un service de communication au public en ligne ou de communications électroniques, les personnes coupables des infractions prévues aux articles L. 335-2, L. 335-3 et L. 335-4 peuvent en outre être condamnées à la peine complémentaire de suspension de l’accès à un service de communication au public en ligne ou de communication électronique pour une durée maximale d’un an, assortie de l’interdiction de souscrire pendant la même période un autre contrat portant sur un service de même nature auprès de tout opérateur. « Lorsque ce service est acheté selon des offres commerciales composites incluant d'autres types de services, tels que services de téléphonie ou de télévision, les décisions de suspension ne s'appliquent pas à ces services. « La suspension de l'accès n'affecte pas, par elle-même, le versement du prix de l'abonnement au fournisseur du service. L'article L. 121-84 du code de la consommation n'est pas applicable au cours de la période de suspension. « Les frais d'une éventuelle résiliation de l'abonnement au cours de la période de suspension sont supportés par l'abonné. « Lorsque la décision est exécutoire, la peine complémentaire prévue au présent article est portée à la connaissance de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet, qui la notifie à la personne dont l'activité est d'offrir un accès à des services de communication au public en ligne afin qu’elle mette en œuvre, dans les meilleurs délais, la suspension à l’égard de l'abonné concerné. « Le fait, pour la personne dont l'activité est d'offrir un accès à des services de communication au public en ligne, de ne pas mettre en œuvre la peine de suspension qui lui a été notifiée est puni d'une amende de 3 750 €. « Lorsque le règlement le prévoit, la peine complémentaire définie au présent article peut être prononcée à l’encontre des personnes reconnues coupables des contraventions de la cinquième classe prévues par le présent code. Dans ce cas, la durée maximale de la suspension est de un mois. »

L'article 3, c'est l'instauration d'une peine complémentaire de suspension de l'accès internet en cas de contrefaçon par la voie d'internet. On y retrouve tout ce qui a fait le charme de la première loi hadopi : la double peine (on continue à payer l'abonnement pendant sa suspension), on passe royalement par dessus les problèmes techniques insolubles de la suspension du seul accès internet dans les offres triple play en zone non dégroupée, on ne prévoit toujours pas la compensation des frais que cela va entrainer pour les FAI, malgré une jurisprudence du conseil constitutionnel. Ce dernier, qui ne manquera pas d'être saisi par la gauche, pourra utiliser toutes les munitions qu'il a gardé en réserve. Un beau feu d'artifice en perspective, car la menace du considérant 19 est assez claire "sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs", c'est à dire "on a été charitables, on s'est arrêté à la première baffe, mais on aurait pu continuer".

Article 4 : A la fin du premier alinéa de l’article 434-41 du code pénal, après les mots : « ou 131‑17 » sont ajoutés les mots : « , d’interdiction de souscrire un nouveau contrat d’abonnement à un service de communication au public en ligne et de communication électronique. »

L'article 4 sanctionne le fait de se réabonner malgré une suspension prononcée par un juge. Ca peut aller jusqu'à deux ans de prison et 300 000 euros d'amende. Comme ça, pas besoin de menacer le FAI de sanction s'il réabonne, pas besoin d'établir une liste noire des suspendus. Ce n'est pas plus mal, car là encore, ça n'aurait peut-être pas passé le cap du conseil constitutionnel et surtout, ça aurait été d'une lourdeur. Reste que pour se faire chopper pour "réabonnement malgré une suspension", il faut vraiment ne pas avoir de chance. Voilà une peine en apparence dissuasive, voire très sévère, qui a finalement très peu de chance d'être appliquée. Exactement ce que 'on adore faire en droit français.

Article 5 : La présente loi est applicable sur l’ensemble du territoire de la République, à l’exception de la Polynésie française.

Bien évidemment, toutes les analyses et contributions sérieuses sont les bienvenues. Vous pouvez aussi les envoyer là

Le remaniement

Heureusement que les paris sur tout et n'importe quoi (et notamment sur les membres du futur gouvernement) ne sont pas autorisés en France, car il y aurait eu des gains minables et d'autres qui auraient rapporté gros. Les rumeurs de pré remaniement, il faut en prendre et en laisser. Voici donc les nouveaux ministres (ceux qui arrivent et ceux qui changent) avec des commentaires à chaud.

Le nouveau gouvernement.

- Jean-Louis Borloo, ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat : Il reste en poste, mais avec un périmètre une peu chamboulé. Il perd l'aménagement du territoire, mais gagne le logement et l'urbanisme, ainsi que la mer. Il gagne aussi une dimension internationale avec les négociations sur le climat (va falloir se coordonner avec le quai d'Orsay) et une dénomination un peu baroque qui lui permettra d'empiéter sur les compétences de la recherche : les technologies vertes. Gagne ou perd, c'est difficile à dire, tout dépendra de la manière dont il utilise les atouts qui viennent de lui être donnés.

- Michèle Alliot-Marie, ministre d'Etat garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés. Elle monte en grade, avec le titre de ministre d'Etat. Avec ce poste, elle aura quasiment fait tous les ministères régaliens. Je n'ai pas d'inquiétudes pour elle, c'est une professionnelle de la politique (rien à voir avec Rachida). Une magistrate que j'ai croisé ce soir s'est montrée pas mécontente.

- Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales. C'est son rêve ! Il est fait pour ce poste et remplira sans doute très bien ses fonctions. En piste pour être premier ministre en 2010 après les régionales.

- Xavier Darcos, ministre du Travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. Il fallait l'exfiltrer de l'Education nationale où il s'était enlisé à cause des contraintes budgétaires. S'il réussit bien dans ce nouveau rôle où on ne l'attend pas forcement, il est premier ministrable pour 2010 ou pour après. Là encore, c'est un pro qui a l'expérience de la négociation. Il devrait bien assurer.

- Eric Woerth, ministre du Budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat. Il gagne la réforme de l'Etat, qui était déjà sous sa tutelle. Le rajout de ce titre est un signe que le sujet est une priorité politique. La RGPP n'est pas enterrée, bien au contraire...

- Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du Gouvernement. La promotion pour le bon élève. Il va avoir besoin de tout son talent, car le poste est délicat, surtout sans marge de manoeuvre budgétaire.

- Bruno Le Maire ministre de l'Alimentation, de l'agriculture et de la pêche. Une vraie surprise, mais en même temps, un choix pertinent. Les questions agricoles se décident à Bruxelles, il faut donc un fin connaisseur de l'Europe.

- Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la communication. Le joker. Choisi pour son nom, son image d'homme de gauche. Seule prise de l'ouverture, ce qui est un peu maigre. Il a donc une latitude qu'il a commencé à utiliser en annonçant avant le président son entrée au gouvernement. En même temps, il a l'étoffe, la compétence et les réseaux pour ce poste. Un beau potentiel, reste à voir ce que ça va donner, car ce n'est pas un professionnel de la politique.

- Michel Mercier, ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire. Un cran en dessous de ce qui lui avait été promis. C'est amusant de voir le président du conseil général du Rhône nommé à l'espace rural. En matière d'élu rural, on fait mieux. Mais c'est la prise modem, celle qui met Bayrou encore un peu plus à poil. Pas grand chose à en attendre, surtout si, comme le laisse penser son titre, il ne disposera pas de services administratifs.

- Henri de Raincourt, ministre auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement. Finalement, il assumera seul le Sénat et l'Assemblée. Bon courage Henri, j'espère que tu as une bonne santé, car le poste, déjà physiquement éprouvant, s'annonce éreintant avec la mise en place de la réforme institutionnelle.

- Christian Estrosi, ministre auprès de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, chargé de l'industrie. Mais qu'est ce qu'il fout là ? Je sens qu'il est en train de faire une carrière ministérielle à la Devedjian, ministre parce qu'on ne peut pas faire autrement, mais pas là où il rêve d'être. Si, les rumeurs sont exactes, MAM s'est fait avoir en beauté !

- Valérie Letard, secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de l'écologie et du développement durable, chargée des technologies vertes et des négociations sur le climat. Changement complet, reste à voir ce qu'on met sous "technologies vertes".

- Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Justice et des libertés chargé de la Justice. Ministre in partibus. Invirable car ministre d'ouverture, mais c'est bien ça qui le sauve de l'éjection. A quoi va-t-il bien servir ?

- Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé du Commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, auprès de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi. Je le voyais viré, il agrandit son territoire. Comme quoi, même quand on manque de charisme, être besogneux paie. La réussite du statut de l'auto-entrepreneur n'y est sans doute pas pour rien.

- Rama Yade, secrétaire d'Etat chargée des sports, auprès de la ministre de la santé et des sports. Elle fera toujours mieux que Laporte. Là encore, être ministre pour autre chose que ses compétences, ça aide à rester au gouvernement. Elle peut s'estimer heureuse d'avoir quelque chose à faire, où elle pourra être un peu plus convaincante que dans son précédent poste.

- Hubert Falco, secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants, auprès du ministre de la défense. Il bouge, mais ça ne veut rien dire. Il fera aussi bien ça qu'autre chose.

- Nadine Morano, secrétaire d'Etat chargée de la famille et de la solidarité, auprès du ministre du ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. Elle garde la famille et en plus, gagne quelque chose qui reste à définir. Elle ne fait que récupérer les restes de Valérie Létard. Pas vraiment à la hauteur de ce qu'elle demandait. Mais elle peut s'estimer heureuse, il y en a qui ont sauté...

- Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes. Enfin calife. Leloucche ministre, il en rêvait, et en plus, il est nommé dans son ministère fétiche, le quai d'Orsay. J'ai un peu peur, car le personnage n'est pas facile et assez incontrôlable. Mais il connait le milieu de la diplomatie.

- Nora Berra, secrétaire d'Etat chargée des aînés, auprès du ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. La caution "diversité". Chargée des vieux, il y a du boulot, c'est sur, mais ce n'est pas le Pérou. Il faut voir à l'usage, peut être une bonne surprise.

- Benoist Apparu, secrétaire d'Etat, chargé du logement et de l'urbanisme, auprès du ministre d'Etat, ministre de l'écologie et du développement durable. La grosse surprise. Je n'aurais pas forcement parié sur lui (quoique), et certainement pas à ce poste. Spécialiste de l'éducation et de l'université, je me demande ce qu'il fout là. peut être un changement de dernière minute.

- Marie-Luce Penchard, secrétaire d'Etat chargée de l'outre-mer, auprès du ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales. La fille à sa maman (Lucette Michaux-Chevry). Je me demande si c'est une bonne idée de mettre une ultra-marine à l'outre-mer. Pas convaincu.

- Christian Blanc, secrétaire d'Etat chargé du développement de la région capitale auprès du Premier ministre. Le miracle. On le donnait fini, il reste, avec des attributions intactes, voire renforcées, puisqu'il est directement rattaché au Premier Ministre.

Ils s'en vont :

- André Santini. Frédéric Lefebvre va perdre son poste de député. C'est bêteeee ! Bon débarras !

- Christine Boutin. Elle avait été prévenue. Visiblement, être catho ne vaut pas être de couleur ou être Nouveau centre. Dommage pour elle. Sans doute Game over...

- Christine Albanel. Comment pouvait elle rester après hadopi ?

- Roger Karoutchi. Le poste des relations avec le Parlement est usant. C'est sans doute une délivrance pour lui. Il va pouvoir retrouver le confort douillet du Sénat pour une retraite en pente douce.

- Yves Jégo : trop de cafouillages. Il avait bien remonté la pente, mais pas assez pour résister à l'assaut de la conseillère technique de l'Elysée qui rêvait du poste.

- Bernard Laporte. Dès le départ, ce fut une erreur de casting. Il n'a fait que confirmer cette première impression. Mettre un sportif aux sports n'est en rien un gage de réussite...

Finalement peu d'entrants et de sortants, surtout un jeu de chaises musicales. C'est le minimum qui pouvait être fait. Les sortants ne sont pas une surprise, les entrants un peu plus. Une respiration normale pour un gouvernement après deux ans.

mardi 23 juin 2009

La loi sur les bandes

La proposition de loi de Christian Estrosi sur la lutte contre les bandes organisées arrive en discussion aujourd'hui dans une quasi-indifférence. On est même pas certain que la discussion aille jusqu'au bout puisque la rumeur donne Christian Estrosi comme entrant au gouvernement dès demain. Comme il est auteur et rapporteur, on voit mal la discussion continuer mercredi après midi sans lui. Et de toute manière, cette proposition de loi a déjà joué le rôle principal qui lui était destiné : une gesticulation sécuritaire pré-électorale.

Le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne suscite pas une mobilisation énorme dans les rangs de l'UMP. Bien entendu, on verra défiler à la tribune les "sécuritaires" habituels : Eric Ciotti, Eric Raoult et ses compères du 9-3, Gaudron et Calméjane, Lionnel Luca, Christian Vanneste. Quelques amendements ont été déposés, mais finalement pas bien méchants.

Nos trois compères du 9-3 apportent quelques précisions, directement tirée du vécu de leur département. Ils veulent ainsi sanctionner l'usage des fumigènes et autres engins pyrotechniques. Ils profitent du véhicule législatif pour s'attaquer aux "vols à la portière". Enfin, ils proposent que le 9-3 soit un département pilote pour les expérimentations. On sent les amendements-maison, en phase directe avec le terrain.

Par contre, d'autres amendements sentent à plein nez le texte soufflé par le gouvernement, où il ne reste plus qu'à mettre le nom du député qui le dépose. Ce sont par exemple la série d'amendements de Dominique Tian, portant notamment sur la suspension des allocations familiales ou sur l'occupation des halls d'immeuble. De tels amendements dépassent la capacité de rédaction d'un assistant parlementaire (je sais de quoi je parle...). Ils ne sont peut être pas destinés à être adoptés, mais permettent de tater discrètement le terrain, sans risque pour le gouvernement. Attendons de voir ce que cela donnera lors des débats.

Les échanges devraient être vifs sur un amendement de la droite parisienne, visant à permettre aux gestionnaires d'immeubles de créer des services de sécurité, et surtout, permettant aux vigiles d'être armés dans les zones où "ça craint".

La palme de la créativité revient à Christian Vanneste, qui s'annonce particulièrement présent sur ce texte, avec son amendement créant un nouveau délit, le "harcèlement social". Avec l'amendement "vigile", ce devrait un des "moments forts" de ce spectacle qu'est en train de devenir la discussion en hémicycle depuis que la réforme constitutionnelle a fait remonter l'essentiel du travail "sérieux" en commission.

lundi 22 juin 2009

Pas convaincu

J'ai écouté en direct le discours de Nicolas Sarkozy. C'est rare que je le fasse, car je sais à quoi m'en tenir sur les discours officiels des politiques. Mais bizarrement, cet après midi, n'ayant pas grand chose d'urgent sur mon bureau, j'ai pris le temps de l'écouter. C'est déjà une belle preuve de l'importance de cet évènement.

Comme je m'y attendais, j'ai été déçu. Mais il ne pouvait pas en être autrement. J'ai eu droit à un discours de politique générale de la part d'un responsable en poste depuis déjà deux ans. Difficile d'annoncer que rien n'a été fait jusqu'ici et que maintenant, tout va changer. De plus, la situation financière est telle que les marges de manœuvre sont inexistantes. Enfin, il fallait quand même laisser un peu de place au Premier Ministre. Le président a donc tracé des grandes lignes, lancé des grands chantiers, mais sans donner de détails. L'intendance, c'est au Premier Ministre de gérer cela. Nous aurons donc sans doute la semaine prochaine un discours de politique générale du premier ministre qui donnera les détails d'une feuille de route que le président vient de tracer. En attendant, c'est un peu frustrant, car on a envie de demander : des chiffres, des noms...

J'ai également été déçu par l'absence de réalisme face à la situation des finances publiques de la France. Annoncer comme Sarkozy le fait de grandes dépenses d'investissement, sans pour autant augmenter les recettes et en contenant le déficit, franchement, je ne vois pas comment il fait. Un grand emprunt d'Etat, c'est bien joli, mais c'est l'option la plus ruineuse pour le budget. Rappelez vous l'emprunt Pinay, exempté de droit de succession, l'emprunt Giscard de 1973, indexé sur l'or (les petits épargnants s'en souviennent encore avec reconnaissance) et plus près de nous l'emprunt Balladur, lui aussi bien généreux pour les souscripteurs. Concernant la réduction du train de vie de l'Etat, je suis aussi très dubitatif. Si cela permettait de grosses économies, on le saurait, depuis deux ans que la RGPP est lancée. Si on veut vraiment réduire la dépense, c'est dans les dépenses d'intervention qu'il faut tailler, justement celle-là que Sarkozy vient de sanctuariser dans son discours. A partir du moment où il y a un hiatus là-dessus, pas la peine d'aller plus loin. Même topo sur les différentes réformes enlisées (fiscalité locale, décentralisation...). Si elles n'ont pas avancé, c'est parce que des blocages importants existent et ce n'est pas un discours de politique générale qui va les lever.

Sur les questions de société, j'ai beaucoup apprécié son passage sur la laïcité. Jusqu'à ce qu'il se mette à parler de la burqa. Si bien sur que la Burqa est un signe religieux, car dans la religion musulmane, la religion est partout. Pourquoi porter la burqa ou tout autre voile ? On vous répondra parce que c'est une prescription religieuse ! Suivant le courant plus ou moins rigoriste auquel vous adhérez, c'est plus ou moins couvert, c'est couvert tout le temps ou à certains moments précis (pendant la prière par exemple). Autre point qui m'irrite : le parlement doit être légitimement investi du sujet et débattre, mais au final, la burqa doit être interdite. Autant prendre un décret tout de suite, comme pour les cagoules, voire amender légèrement celui-ci pour qu'il soit aussi applicable aux burqa, et qu'on en parle plus. Si le Parlement est invité à débattre, que la solution ne soit pas fixée par avance !

Vous l'avez bien compris, je ne suis pas convaincu par le discours de Nicolas Sarkozy. Mais le jour où je m'enthousiasmerai pour un discours politique, vous pourrez avoir des doutes sur ma santé mentale. J'en écris trop pour ne pas savoir ce qu'il y a en dessous...

Le discours du trône

Ce congrès du Parlement du 22 juin 2009 me pose problème. Jamais notre république n'aura ressemblé à ce point à une monarchie absolue, du moins symboliquement. Cette journée est organisée autour du président, forçant les autres pouvoirs à se mettre à son diapason et je n'aime pas cela, car je suis fondamentalement contre le pouvoir personnel.

Les parlementaires ont appris la convocation de ce Congrès par la presse. C'est très désagréable et bon nombre de parlementaires UMP risquent de marquer leur désapprobation par une absence, peut-être pas au moment du discours, mais après, lors du débat (qui n'a d'ailleurs aucun intérêt). Mais cela fait longtemps que le parlement est traité comme une vieille chaussette. Ce traitement cavalier n'est pas une nouveauté et la couleuvre sera avalée avec un peu de mauvaise humeur, mais sera avalée quand même.

Le gouvernement, et le Premier Ministre en particulier, sont plus touchés, réduits au rang d'accompagnateur pour le premier ministre, et de spectateurs pour les ministres (certains étant même dans les tribunes du public), et se voyant griller la politesse pour l'annonce de la politique du gouvernement, qu'il est toujours censé déterminer. Par le timing choisi : Congrès, puis remaniement, Sarkozy annonce clairement la couleur : "l'Etat, c'est moi". Mais par ce geste, il créé un très grave déséquilibre institutionnel, puisque c'est clairement lui qui prend le pouvoir, sans en assumer la responsabilité politique. Il aurait fallu qu'en corolaire de cette nouvelle position, il puisse être renversé par le Parlement. Hors, ce n'est pas le cas.

Enfin, dernier humilié de la journée, et c'est là le plus grave, le conseil constitutionnel, sommé d'examiner à l'heure du déjeuner un texte voté le matin même pour qu'il puisse être appliqué l'après midi à 15 heures. Le problème n'est pas juridique (la modification du règlement du Congrès ne pose aucun problème de constitutionnalité) mais symbolique. Le juge constitutionnel doit se plier au rythme du président, en étant prévenu, comme les autres, par voie de presse une semaine avant.

Pour Sarkozy, c'est un jour de gloire. Mais qui pourrait lui couter cher, car en politique, le symbolique compte toujours. En concentrant sur sa personne et sa fonction l'impression d'une toute puissance, sans en avoir les leviers, il suscite des attentes qu'il ne pourra pas satisfaire. Car la France reste une démocratie parlementaire, avec des contre-pouvoirs qui sont peut-être symboliquement un peu éclipsés, mais qui fonctionnent toujours.

Contre productif

Quelques guignols en mal de notoriété ont décidé de créer un "parti des pirates" français, à l'image du parti des pirates suédois. Cette initiative est stupide et contre-productive, du moins si le but de ces "pirates" est de régler les problèmes existants entre les utilisateurs d'internet et les industries culturelles. Cette initiative m'agace prodigieusement, sous plusieurs angles.

D'abord, on ne crée par un parti politique pour la simple défense d'intérêts particuliers. Un parti politique, c'est un regroupement de personnes ayant une vision globale de la société, capable d'intervenir sur tous les sujets, si possible avec des propositions qui lui sont propres et avec une cohérence d'ensemble. Parfois, des partis politiques se créent sur la base d'intérêt particuliers, c'est par exemple Chasse-pêche-nature-tradition, d'abord émanation politique du lobby des chasseurs. Il a très rapidement abandonné la mono-activité et s'est transformé en parti politique classique, avec des positions qui dépassent désormais la défense de la chasse, même s'il reste adossé sur un électorat rural et plutôt conservateur. Reste qu'une telle manière d'instrumentaliser la vie politique m'agace toujours autant.

Deuxième point d'agacement, le choix du vocable "pirate". Ce groupuscule joue clairement le jeu de l'industrie culturelle, en acceptant de jouer selon ses règles. En politique, il est pourtant essentiel de maitriser la manière dont les questions sont posées, car toujours, les réponses découlent de la manière dont les questions sont posées. La quadrature du Net a compris cela et s'est toujours battue pour que le débat ne s'engage pas dans les termes posés par l'industrie culturelle. Elle n'y est pas toujours arrivée, notamment sur l'usage des termes "piratage" et "téléchargement illégal", qui enfermaient des pratiques d'échange dans un cadre d'illégalité. Dans la bataille de la communication, ce parti des pirates est un allié objectif des industries culturelles. Ils tirent clairement contre leur camp.

Enfin, cela m'agace, car une fois de plus, ce sont des gens qui n'y connaissent pas grand chose au sujet qui se lancent sur le devant de la scène. La problématique Hadopi, c'est déjà fini ! Le conseil constitutionnel a clairement fermé les portes à un maintien du modèle actuel d'exploitation des droits d'auteur. Les industries culturelles opèrent une retraite en bon ordre avec un nouveau texte avant tout destiné à sauver la face. Déjà, d'autres projets sont en cours d'élaboration, notamment au ministère de la Culture, explorant une voie jusqu'ici refusée par les industriels de la culture : la licence globale. Ce n'est pas leur premier choix, mais à défaut d'autre chose, ça fait toujours des rentrées d'argent.

Sur ce sujet, les combats de demain porteront sur le montant du prélèvement (sans doute une taxe sur les abonnements internet), sur la manière dont il est distribué (par qui et à qui) et enfin sur l'impact de cette évolution sur le droit d'auteur (les industries ne manqueront pas de demander des compensations).

dimanche 21 juin 2009

A quoi ça rime ?

Alors que commence mardi prochain l'examen de la "proposition de loi" de Christian Estrosi sur les bandes, comprenant un passage sur l'interdiction des cagoules, voilà que sort, trois jours avant, un décret traitant également de ce sujet. Je dois vous avouer ma grande perplexité.

Ce texte sur les bandes et les violences de groupe est une fausse proposition de loi. Il est évident que les services du ministère de l'intérieur ont mis leur patte dans l'écriture de ce texte. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Un texte qui n'aurait pas été "co-écrit" pour ne pas dire soufflé par le gouvernement n'aurait jamais été inscrit à l'ordre du jour. On peut donc penser qu'il y a une coordination et que si le gouvernement a décidé qu'une mesure serait mieux dans un décret, on peut supputer qu'elle ne se trouvera pas dans le texte de loi. Ou alors, si la mesure règlementaire est complémentaire de la mesure législative, la moindre des choses est de publier le décret une fois que la loi est adoptée. L'été n'étant pas vraiment la saison des manifestations violentes, rien ne presse.

Faut-il voir dans cela un effet secondaire du prochain remaniement ministériel, où il se dit que Christian Estrosi irait "seconder" MAM à la place Beauvau, avec un secrétariat d'Etat à la sécurité publique. Un autre effet secondaire de l'arrivée de Christian Estrosi au gouvernement le jour même du début de l'examen du texte pourrait peut être avoir pour effet de renvoyer sa discussion aux calendes grecques. Après tout, ce texte a déjà rempli le rôle qui lui était dévolu : gesticulation sécuritaire pré-électorale. Dans ce cas, mieux vaut publier la mesure par décret si on veut qu'elle soit réellement applicable.

Pour une fois, les subtilités de l'action gouvernementale m'échappent. Si quelqu'un peut m'éclairer...

vendredi 19 juin 2009

La modération de la bêtise des foules

Electron libre semble s'inquiéter d'une éventuelle obligation qui pourrait être imposée aux sites de presse en ligne de modérer les commentaires à priori. Je trouve que ce serait une excellente mesure !

Personnellement, je ne modère qu'à postériori et très rarement. Vu le nombre réduit, et je dois le reconnaitre, la bonne tenue des commentateurs, je n'ai pas besoin de supprimer des commentaires. Des fois j'engueule, je recadre, mais j'évite au maximum de couper (sauf propos tombant sous le coup de la loi). Pour autant, je ne m'interdit aucunement de le faire, car pour moi, il n'y a pas de "droit au commentaire". J'écris quelque chose, j'accepte volontiers qu'un dialogue s'ouvre, mais à condition qu'il apporte quelque chose. Si c'est pour avoir des commentateurs qui prennent le fil de commentaire pour un forum où ils peuvent déverser leur bile et leurs opinions sans la moindre considération pour le contenu de l'article, il faut couper. Et ce n'est pas de la censure, c'est de l'hygiène !

Si on veut que les commentaires apportent réellement un plus, il faut sélectionner et trier. Tous les commentaires ne se valent pas. Le tout est que ce tri se fasse honnêtement, et que ne soit pas juste une suppression des opinions contraires pour ne laisser que les louanges. De toute manière, un tel type de modération se repère vite et le site perd rapidement tout crédit.

Bien sur, cela va froisser bien des ego d'internautes qui se croient brillants et qui estiment leur avis tellement primordial qu'ils doivent absolument le donner. Ces internautes là polluent le web, ils ne s'intéressent qu'à eux et ne cherchent pas à apporter aux autres, mais de se faire valoir eux. L'opinion des autres ne m'intéresse pas, surtout quand elle est lapidaire, sans nuances et s'exprime en trois lignes. C'est pourtant de cela qu'est fait l'immense majorité des commentaires sur les sites de presse en ligne.

Oui le web doit être régulé (pas n'importe comment bien entendu). La qualité remontera sans doute pas mal sur les sites de presse en ligne et peut-être même que "l'intelligence" de la foule arrivera à s'exprimer, parce que pour l'instant, c'est surtout sa bêtise qui s'y exprime.

Déjà de retour

Mercredi prochain, 24 juin, c'est le retour de la République des blogs. Et oui, dernier mercredi du mois...

En plus, c'est le troisième anniversaire, et ça tombe le lendemain ou le jour même du remaniement. On aura donc de quoi causer.

Comme la dernière fois, ça se passe au Pachyderme, 2bis boulevard Saint Martin (à République), à partir de 19 h, jusqu'à la fermeture.

En mode automatique

L'administration française est un paquebot très lent à manoeuvrer. Alors que depuis plusieurs mois, tout le monde sait que les avoués vont être supprimés, que le projet de loi est sorti le mois dernier, voilà ce qu'on trouve au JO de ce jour : les dates pour l'examen d'aptitude professionnelle aux fonctions d'avoués.

Je sais bien que juridiquement, tant que les fonctions d'avoués ne sont pas supprimées, il faut continuer à faire comme si aucune réforme n'était en vue. Mais quand même, qui va se présenter à cet examen ? Que vaut aujourd'hui un certification d'aptitude à la fonction d'avoué ? Encore un bel exemple d'absurdité administrative !

jeudi 18 juin 2009

Masquer les signes visibles

Deux sujets se télescopent aujourd'hui et provoquent chez moi un malaise. Le premier évènement, c'est la proposition de résolution de députés voulant créer une commission d'enquête sur le port de la Burqa. L'autre, c'est cette prolongation d'une commission du "politiquement correct" concernant l'image des femmes dans les médias. Ces deux démarches m'irritent profondément.

Vouloir interdire la burqa en France est d'une idiotie sans nom. Le problème de fond, c'est la faible intégration de certaines populations immigrées en France. Le port de la Burqa est un signe de cette non-intégration. Interdire le port de la burqa ne changera rien à la situation, ces populations seront toujours aussi mal intégrées. Pendant que l'on gesticule ainsi, on ne s'interroge pas sur les vraies raisons de cette non intégration, qui pour certains, relèvent d'un choix volontaire de rejet de la France et de ses valeurs. Le port de la burqa est délibéré pour bien marquer ce choix. Répondre à cette attitude par une interdiction est indigne de politiques qui se veulent responsables. C'est démagogique et inefficace. Et si on creuse un peu derrière cette démarche, on trouvera assez rapidement l'ethnocentrisme et son sous-produit toxique, la xénophobie : c'est nous qui avons les meilleurs valeurs, les autres se doivent de nous prendre en modèle. S'ils ne le font pas, en plus chez nous, nous sommes en droit de le leur imposer. Cela me heurte profondément.

Pareillement, vouloir imposer une plus forte visibilité des femmes dans les médias, cela peut être une bonne chose. Mais vouloir en plus de cette présence quantitative, vouloir changer la présence "qualitative", c'est une dérive que je ne saurais accepter. Là encore, c'est démagogique et inefficace, car les médias ne sont que le reflet de ce que les gens ont envie de voir. Les médias, notamment la télévision, fonctionnent comme un miroir de la société. Vouloir maquiller le miroir ne sert à rien, et serait même contreproductif, car la population risque de ne plus se reconnaitre dans ce miroir et donc, de réagir violemment dans ce qui est clairement une tentative d'une minorité d'imposer, sans débat et par le contrainte, sa vision des choses, qui n'est pas plus ni moins légitime que celle qui prévaut actuellement. Les valeurs d'une société évolue, et c'est parce qu'elle évolue que les choses changent dans les médias. L'inverse n'est pas vrai.

Le rôle des politiques est d'agir utilement, en s'attaquant aux vrais problèmes, sans se laisser intoxiquer par des minorités qui se moquent de l'intérêt général, ne pensant qu'à faire triompher leurs idées en les imposant à l'ensemble de la société.

Inquiétante jurisprudence anglaise

Via Wrath, je prend connaissance de cette décision de la high court anglaise : Bloguer étant devenu une activité publique, les blogueurs ne peuvent pas s'abriter derrière le droit à l'anonymat. Ils peuvent donc être outés en toute légitimité par la presse. C'est ce qui est arrivé à un policier qui tenait un blog connu, sous pseudonyme, dont la vraie identité a été balancée par le Times. Résultat, le blog a fermé et le policier c'est pris un blâme.

Ce type de mésaventure ne risque pas d'arriver en France, dont la tradition est beaucoup plus protectrice de la vie privée. Elle recherche moins la transparence aussi. Finalement, je me dis que si cette moindre transparence peut avoir des inconvénients, surtout quand c'est pour masquer des informations sur les autres, elle est très appréciable quand il s'agit de soi. Tout dépend où est mis le curseur. Avant de réclamer une transparence absolue, pensons aux conséquences que cela aurait si cela nous était appliqué !

mercredi 17 juin 2009

Hadopi 3, c'est du pipeau

On nous annonce qu'un projet de loi est en préparation pour boucher les trous d'hadopi. J'aurais parié sur une proposition de loi, mais apparemment, l'article 40 de la constitution qui empêche les propositions parlementaires d'augmenter les charges publiques fait obstacle.

Le contenu commence à filtrer, avec des commentaires de pro-hadopi à mourir de rire. Vu que le passage par le juge est devenu obligatoire, voilà que Copé, Albanel et Riester nous chantent en choeur qu'à cause du conseil constitutionnel, la répression sera plus sévère. C'est vrai que sur le papier, les peines encourues pour contrefaçon sont assez dures (3 ans de prison, 300 000 euros d'amende). Mais ce qu'ils oublient de dire, c'est qu'il s'agit d'un plafond, et que le juge peut très bien rester très en dessous.

Ce qu'ils oublient aussi de dire, c'est que l'adresse IP seule n'est pas considérée comme suffisante pour prouver un acte de contrefaçon. Il faut pour cela saisir le disque dur et prouver que l'acte de téléchargement a effectivement eu lieu. Et pour aller saisir un disque dur chez quelqu'un, il faut une commission rogatoire délivrée par un juge, qui a autre chose à faire que de perdre son temps avec un petit téléchargeur. Le nombre de poursuites ne devrait donc pas augmenter de manière significative.

Bref, on retombe sur la situation telle qu'elle existe actuellement. La seule chose qui changera, c'est la possibilité pour le juge de prononcer une sanction de suspension de l'accès internet, si cela lui semble opportun, ainsi que la possibilité de faire cela par ordonnance pénale. C'est un progrès pour les internautes, car les poursuites continuerons à n'être menées que contre les gros téléchargeurs et ceux qui ont gravité autour, avec une plus ou moins lourde peine pour le gros et une petite suspension d'accès internet pour les autres.

Tout cela sous réserve que la peine de suspension de l'accès internet passe le cap du conseil constitutionnel. Car dans son considérant 19, le conseil a écrit "sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs", c'est à dire qu'il ne s'est pas prononcé sur la question de la constitutionnalité de la suspension. Des sources m'indiquent que c'est par charité que le conseil ne s'est pas prononcé, car il aurait censuré. Il s'est donc gardé des munitions...

Hadopi 3, c'est un texte essentiellement destiné à permettre au gouvernement et à ses commanditaires de sauver la face, de moins d'essayer. Après DADVSI et Hadopi, il apparait très clair que la solution préconisée par ces deux lois, à savoir la répression brutale, est une impasse. Ce qui me console, c'est qu'après cet échec retentissant, le pouvoir politique sera peut-être davantage armé pour résister aux demandes des industriels de la culture et les inciter à explorer d'autres solutions et il semble que derrière le difficile avalage de la couleuvre, ils aient compris qu'il va falloir trouver autre chose.

Tout ce cirque n'aura finalement pas été inutile, et il se pourrait même qu'il soit bénéfique, car on a quand même eu une quasi constitutionnalisation du droit à l'accès à internet.

mardi 16 juin 2009

Voilà pourquoi le PS crève !

Les socialistes ont finalement décidé d'aller lundi prochain au Congrès à Versailles, mais ne prendront pas part au débat qui suivra le discours du chef de l'Etat. C'est la pire décision qu'ils pouvaient prendre !

Soit ils acceptent cette innovation constitutionnelle et alors ils sont présents ET participent au débat, soit ils sont en désaccord avec le fait que le chef de l'Etat s'exprime devant le Congrès (position parfaitement défendable) ou en désaccord avec la manière dont est organisé ce Congrès et dans ce cas là, ils restent chez eux. La vraie question est là, et pas sur un quelconque anti-sarkozysme. Boycotter une institution de la république dans laquelle ils doivent siéger parce que mandaté pour cela par leur concitoyens pour manifester une opposition générale à la politique et la personne du président serait un manquement grave. Mais refuser de participer à une séance où on modifie le règlement le matin pour permettre à la séance de l'après midi de se tenir, avec une décision express du conseil constitutionnel à l'heure du repas, je peux comprendre. On est vraiment dans la sujétion du Parlement par l'exécutif : le président siffle, les parlementaires accourent.

Le drame des socialistes est de ne jamais trancher clairement, d'être en permanence dans le flou et l'ambigüité pour ne froisser personne. Résultat, personne ne sait où ils habitent, eux les premiers. Faire de la politique, c'est exprimer des choix clairs et cohérents. Une fois de plus, le PS n'est ni clair, ni cohérent.

Le retour du has been

Une tradition bien française est de recaser les anciens responsables politiques, incapables de s'arrêter, à qui il faut encore et toujours des titres, des fonctions et ce qui, accessoirement, va avec et améliore le quotidien. Le recasé du jour est Renaud Donnedieu de Vabres qui est pressenti (c'est à dire désigné) pour prendre la tête du nouvel organisme de promotion touristique de la France à l'étranger, l'agence Atout France, quand celui ci sera officiellement créé.

Pour ceux qui ont suivi DADVSI, inutile de vous présenter RDDV, qui fut un ministre de la Culture mémorable, bien que désormais battu sur ce terrain par celle qui l'a remplacé. Après une courte carrière dans la préfectorale et un passage au conseil d'Etat, RDDV se lance dans une carrière d'apparatchik, avec un mandat de conseiller régional et une série de poste de directeur de cabinet de François Léotard, le suivant dans ses différentes fonctions entre 1987 et 1997. Cette année là, il prend son envol en se faisant élire député (à Tours). Brièvement ministre des Affaires européennes en 2002 (pas gardé dans Raffarin II pour cause de mise en examen), il devient ministre de la Culture en 2004. Viré de son ministère et battu aux législatives en 2007, il retourne au conseil d'Etat, mais c'est le RSA du haut fonctionnaire ancien ministre. Il est évident pour tous que RDDV est désormais un has-been. Et pourtant, il cherche à se recaser. Après un CDD d'ambassadeur de la dimension culturelle de la présidence française de l'Union européenne (dont on se demande à quoi il servait), il vient de se trouver une vraie fonction : président d'un groupement d'intérêt économique dans le domaine du tourisme. On se demande bien ce qu'il fout là. Quelle est sa compétence en matière de promotion du tourisme ? Ce n'est pas vraiment dans la ligne de son cursus. Il a du emmerder tellement de monde qu'on lui a donné ça pour avoir la paix. Reste à espérer maintenant qu'il ne fasse pas trop d'erreurs dans ce poste pour lequel il n'a, à mon avis, pas plus de compétences qu'un autre et certainement moins que beaucoup...

lundi 15 juin 2009

Allumer le feu

Le PS est une poudrière depuis la dernière raclée électorale des européennes. Tous le savent et personne ne veut être celui qui allumera la mèche, soit parce que l'état actuel du PS leur convient très bien (les grands barons locaux), soit par pure considération tactique : ce n'est pas le moment (Ségolène Royal), soit encore par peur que ça leur retombe sur la gueule (beaucoup...).

C'est donc Manuel Valls qui s'y colle. C'est vrai que depuis le départ de Bockel, c'est lui l'aile droite du Parti, donc le prochain à partir chez Sarkozy pour bon nombre de militants socialistes. Et comme il a plusieurs fois montré à la fois ses ambitions et une certaine liberté de pensée, il fait peur à ses petits copains apparatchiks. Le type n'a donc strictement rien à perdre à mettre le feu au PS. De toute manière, il est grillé et en voie de marginalisation. Sa dernière issue politique, c'est le quitte ou double.

Il y va donc à l'arme lourde, s'attaquant à des symboles comme le nom du parti, où il trouve le mot "socialiste" dépassé. Il attaque Martine Aubry, mais c'est la tarte à la crème de tout opposant que de critiquer la direction en place. Il agite le chiffon rouge du rapprochement avec le Modem. Enfin, il annonce sa candidature à la candidature pour 2012. C'est beaucoup pour le même bonhomme, il a intérêt à avoir les reins solides. Personnellement, cela me fait penser à un geste désespéré. Annoncer ainsi sa candidature à la présidentielle aussi longtemps à l'avance, c'est souvent le seul truc qui reste pour exister politiquement quand on a épuisé les munitions. J'ai bien peur Valls ne soit déjà trop marginalisé pour ça prenne vraiment. Oh, il va provoquer un beau débat, un beau tollé. Il va se faire lyncher, et au final, on va avoir encore une couche de moins à l'oignon PS qui ne cesse de se déplumer. Et le parti n'aura pas avancé d'un pouce.

Celle qui aurait une vrai carte à jouer, c'est Martine Aubry. Elle est la direction en place, donc légitime (autant qu'on puisse l'être rue de Solférino). Ses principaux rivaux sont out (Hamon) ou ont fait savoir qu'ils ne bougeraient pas (Ségolène Royal). C'est maintenant qu'il faut appuyer sur le bouton nucléaire et mettre vraiment le feu au PS, en prenant tout le monde par surprise. Elle a des atouts non négligeables : elle ne peut pas décemment être tenue pour responsable de la gifle des européennes, elle a réussi à prendre le contrôle des institutions du parti, donc de l'argent et de la légitimité de la parole médiatique, elle n'a plus rien à perdre en terme de carrière. Elle peut réussir là où Ségolène Royal a échoué (de peu, mais elle a échoué), entrainant avec elle une bonne partie des sympathisants qui se moquent éperdument de qui fera le boulot de refondation du PS, du moment qu'il se fasse.

La partie n'est pas gagnée pour autant, mais on sait que les révolutions réussies partent souvent du coeur de l'appareil...

vendredi 12 juin 2009

Ce n'est pas du journalisme

Une nouvelle fois, Rue89 retombe dans la vieille ornière du militantisme, avec la publication de ce témoignage. On y entend la voix de la victime et elle seule, sans la moindre remise en cause, sans la moindre critique. On ne donne surtout pas la parole à l'autre partie, qui pourrait présenter une autre version.

J'avais cru comprendre que le journaliste se devait d'être neutre et de relater honnêtement les faits, en entendant toutes les versions.

Ce que j'ai lu sur Rue89, ce n'est pas du journalisme. Ce genre d'article discrédite l'ensemble du site et le travail de ceux qui, dans le lot, essayent tant bien que mal de faire un vrai travail de journaliste. La même dérive est à l'oeuvre sur médiapart, où Plenel, Bonnet et Mauduit ne signent plus que des manifestes politiques, pudiquement appelés "partis pris".

Le passage sur le net n'a strictement rien changé chez la vieille génération. Il n'y a rien à attendre de la part de journalistes de plus de 45 ans (tant pis pour ceux qui sont différents, mais ils auront le rôle du bébé jeté avec l'eau du bain), politisés et se croyant investis d'un rôle d'intellectuels prescripteurs. Espérons que la génération suivante, qui commence à montrer les crocs, sera différente.

jeudi 11 juin 2009

Projet de circulaire

Le gouvernement et l'administration font de plus en plus de progrès en matière de transparence et de consultation. Vient d'être ouvert par Bercy une consultation sur un projet de circulaire sur le code des marchés publics.

Malheureusement, toutes les potentialités d'internet ne sont pas franchement utilisées, puisque cette consultation est juste une demande d'avis, que chacun postera vers une boite mail. Pas de possibilité de consulter les autres contributions, de discussions. C'est bien dommage, car l'administration peut avoir par ce biais une occasion en or, sur des sujets parfois très pointus et complexes (où les trollers ne se risqueront pas), de constituer une "communauté" qui lui ferait remonter l'information de manière beaucoup plus souple et sans doute plus "vraie" que n'importe quelle consultation officielle.

Je suis tombé par hasard sur cette info, si quelqu'un connait d'autres initiatives administratives de consultation (de la vraie, pas du pipeau) via internet, je suis intéressé. Si l'administration arrive à s'emparer de l'outil, ce sera une vraie révolution.

Hadopi et maintenant ?

Le conseil constitutionnel a fait un sort à la loi hadopi. Pendant que j'étais occupé hier soir à fêter ça, d'autres se sont empressés de produire d'excellents billets de juristes pour analyser cette décision. Je ne peux que vous conseiller d'aller les lire.

Les fondés de pouvoir de l'industrie culturelle, Christine Albanel et Franck Riester, n'ont pas tardé à réagir pour tenter de sauver le texte. Une nouvelle loi nous est promise prochainement. On va sans doute bien rire...

Plusieurs possibilités existent comme voie d'entrée. Le plus évident, c'est un nouveau projet de loi du gouvernement. Ce ne sera sans doute pas la voie choisie, car elle implique un passage devant le conseil d'Etat ainsi que le production d'études d'impact. Même si des records de célérités peuvent être atteints dans l'examen des textes, ce serait trop long. Une autre voie, plus probable (elle semble avoir les faveurs de la ministre), est la proposition de loi où un parlementaire relaye complaisamment le texte élaboré par les services du ministère, sans l'étude d'impact ni le passage en conseil d'Etat. C'est plus rapide, ça évite de mettre la ministre en première ligne. En cas de nouveau coup dur, elle peut feindre de ne pas être responsable du nouveau cafouillage. Enfin, il y a la troisième voie, qui est la possibilité pour le président de la république de demander une nouvelle délibération. Je ne sais pas quand cette procédure a été utilisée pour la dernière fois, mais ça doit faire très très longtemps. Elle aurait les mêmes avantages que la proposition de loi, tout en évitant le ridicule de devoir patcher un texte immédiatement après l'avoir promulgué. Autant remettre l'ouvrage sur le métier et promulguer quelque chose de propre. Cela retarderait quelque peu l'entrée en vigueur des autres dispositions du texte qui n'ont pas été touchées. Mais si tout passe pendant la session extraordinaire de juillet, le retard ne sera pas si énorme et il n'y aura pas à trouver un créneau dans le calendrier parlementaire, denrée toujours rare, particulièrement à l'automne, pendant la session budgétaire.

Que contiendra ce texte ?

Il commencera par recrédibiliser l'obligation de sécurisation. En droit pénal, une sanction n'est possible que si elle est prévue, or, comme le souligne mon ami Jules, plus rien n'est prévu pour sanctionner le manquement à l'obligation de sécurisation. On peut penser que le nouveau texte reproposera la sanction "coupure de l'accès internet", avec une fois encore des risques importants d'inconstitutionnalité, car le conseil constitutionnel a bien pris garde de ne pas se prononcer sur certains moyens, notamment ceux liés à l'inconstitutionnalité de ce type de sanction. Il a même rendu encore plus risquée la tentative de rétablir la coupure grâce à la protection donnée au droit de se connecter à internet, composante de la liberté d'expression et de consommation.

Ce texte remettra aussi le juge judiciaire dans le dispositif là où il aurait dû être, c'est à dire avant le prononcé de la sanction. L'hadopi se contentera de préparer le dossier et le transmettra au juge qui verra s'il y a lieu de sanctionner et qui choisira, dans la panoplie proposée par la loi, la punition qui lui semblera la plus appropriée (qui peut très bien ne pas être la suspension d'abonnement). Enfin, le nouveau texte devra bien préciser que c'est à l'accusation, donc à l'hadopi, d'apporter la preuve de la culpabilité, en relevant des faits "constituant des manquements" et non pas des faits "susceptibles de constituer des manquements". Quand vous couplez tout cela avec le jugement du tribunal de Guingamp du 23 février 2009, qui dit qu'une adresse IP "sèche" n'est pas un moyen de preuve suffisant, vous pouvez vous faire une idée de l'ampleur de la tâche pour l'hadopi et les sociétés d'ayant-droit. C'est tout simplement mission impossible.

Hadopi est une affaire réglée et va rejoindre DADVSI au cimetière des lois inappliquées. Comme quoi, notre système de production de la norme est encore capable de bloquer les textes ineptes. Ce que je regrette juste, c'est que le Parlement ait une fois de plus montré que c'est ailleurs que ça se passe...

mercredi 10 juin 2009

Le PS est Opéable

Visiblement, le Parti socialiste est déboussolé. Ce n'est pas nouveau, mais ça va en s'aggravant. Les socialistes ont beau creuser, ils ne trouvent toujours pas le pétrole. Les réactions et propositions depuis dimanche sont éloquentes. Quelles sont les réponses de Martine Aubry ?

On commence par des incantations : «refondation des idées, refondation à gauche, mais aussi profonde refondation de nos pratiques, nos démarches personnelles et collectives», «Notre parti a subi une importante défaite électorale, nous devons en comprendre les causes et en tirer toutes les conséquences», «Il faut être capable au-delà de l’unité nécessaire de faire les transformations, les changements, et surtout de ne pas additionner les propositions, les revendications pour plaire à tout le monde.». Il faut changer. Oui, mais pour aller où ? Pas la moindre indication, et c'est le même désert chez l'ensemble des leaders socialistes. Et comme action concrète on élargit la direction collective et on annonce des discussions avec l'ensemble de la gauche. Bref, des manœuvres d'appareil. C'est apparemment la seule chose qu'ils savent faire.

Le PS est en train de suivre le chemin de l'ancienne SFIO. Incapable de se relever de l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, elle a végété pendant une dizaine d'années, avec des scores de plus en plus ridicules aux élections (souvenez vous des 5% de Gaston Deferre aux présidentielles de 1969) avant de faire l'objet d'une OPA de la part de François Mitterrand. D'ailleurs, les grandes manoeuvres ont commencé. Ségolène Royal, suivant les pas de son mentor, a tenté une OPA qui a finalement échoué. Elle est entré dans le capital de l'entreprise, mais sans parvenir à en prendre le contrôle. Ce qu'elle a raté, un autre arrivera peut-être à le faire. Mais qui ?

L'éthique du mouvement sportif

L'ouverture du secteur des jeux et paris en ligne agite beaucoup de monde. Il est est vrai qu'il y a beaucoup d'argent en jeu. Vraiment beaucoup. Cela explique les très nombreuses sollicitations dont sont l'objet les députés. Certaines sont explicites : on parle pognon, merci d'avoir une attention à la préservation de nos intérêts.

D'autres sont plus hypocrites. Dans le domaine, la palme revient sans conteste au comité olympique et sportif français. Dans leur belle lettre, on retrouve toutes les trois lignes le terme "éthique". Le projet de loi comporterait en effet des risques pour "l'éthique sportive", pour "l'éthique des manifestations sportives". Il y a dans cette lettre quelques passages qui sont mis en caractère gras. On peut présumer que ce sont les plus importantes. Le premier passage en gras insiste pour que le mouvement sportif ait des représentants au sein de la nouvelle autorité de régulation des jeux en ligne (et oui, encore une nouvelle autorité administrative). Le deuxième passage demande "la consolidation par le législateur du droit de propriété des organisateurs de manifestations sportives, et en premier lieu des fédérations". Une autre phrase en gras demande que, pour financer le développement de l'activité sportive, on instaure un prélèvement sur les jeux de la Française des jeux et sur les paris sportifs. Enfin, le dernier paragraphe de conclusion insiste lourdement sur l'avenir d'un secteur d'activité "concentrant 110 000 emplois directs et 32 milliards d'euros de dépenses sportives".

Dans tout cela, vous la voyez où, l'éthique ?

Voilà un courrier rempli d'une langue de bois qui m'a mis très mal à l'aise et qui malheureusement est très emblématique de ce qu'est actuellement le comité olympique où les "valeurs" ne sont que le cache-sexe, qui ne trompe personne, d'intérêts purement financiers.

mardi 9 juin 2009

Les raisons du filtrage

L'article 4 de la LOPPSI, instituant la possibilité de bloquer des sites pédopornographiques, inquiète beaucoup sur le net. A mon avis à tort.

Certains analystes ont relevé que la LCEN, dans sa configuration actuelle, suffit. Et c'est vrai.

Alors pourquoi changer la loi ?

A cause de la pression des FAI. Pour eux, le blocage des sites pédopornographiques est une source de tracas. Ca coute de l'argent sans rien rapporter (ni financièrement, ni symboliquement), ça fait peser un risque si jamais le filtrage est mal fait. Si on bloque des sites qui n'ont rien à voir avec la pédopornographie, ils seraient fondés à demander des dommages et intérêts. Actuellement, la LCEN autorise les pouvoirs publics à demander aux FAI de bloquer les sites pédopornographiques situés à l'étranger, mais les FAI refusent de le faire !

L'article 4 de la LOPPSI, en leur imposant une obligation, fait peser les coûts et les risques juridiques sur le donneur d'ordre, à savoir l'Etat ! Ce n'est pas par hasard si on trouve ça dans le texte : "Un décret fixe les modalités d’application de l’alinéa précédent, notamment celles selon lesquelles sont compensés, s’il y a lieu, les surcoûts résultant des obligations mises à la charge des opérateurs". Premier souci écarté, c'est l'Etat qui couvre et qui paye. Et comme l'Etat est généreux ou inconscient, il paye en laissant aux FAI le libre choix des méthodes de blocage. J'aurais tendance à appeler ça un chèque en blanc...

Les FAI ne semblent pas encore satisfaits, car ils savent qu'internet étant conçu pour empêcher le filtrage d'être efficace, c'est une course poursuite perdue d'avance contre les pédophiles. Ils demandent donc à ne pas être soumis à une obligation de résultat. Ils craignent aussi que l'on étende la liste à d'autres sujets. Rassurez vous, ce n'est du tout le risque pesant sur les libertés publiques qui inquiète les FAI, mais la préservation de leur business. Si jamais on décide de s'attaquer, non plus à la seule pédopornographie, mais à la pornographie tout court, c'est à l'une des deux mamelles, avec le téléchargement illicite, de la prospérité des FAI que l'on s'attaque !

N'oubliez jamais que les FAI sont des entreprises, qui ne voient que leur intérêt financier. Leur combat n'est pas celui des internautes, loin de là. Si sur Hadopi, les deux intérêts ont pu coïncider, ce ne sera pas le cas sur tout.

Le vengeance est un plat qui se mange froid

Le problème avec les vieux, c'est quand ils n'ont plus rien d'autre à faire qu'à recuire leurs vieilles haines et les vieilles rancunes. C'est toujours la même histoire à chaque fois qu'on va les voir, au point qu'on se demande quand le sujet finira par arriver.

Valery Giscard d'Estaing est un vieux. Et il a une vieille haine envers Jacques Chirac qui l'a fait battre en 1981. Il ne s'est jamais remis de cette défaite et passe son temps, depuis, à distiller son venin. Plus il vieillit, plus il s'acharne. A part organiser la célébration de sa personne, de sa vie et de son oeuvre, il n'a plus que ça à faire. Surtout depuis qu'il est entré en maison de retraite.

Il profite de la mort (confirmée) d'Omar Bongo pour accusé Chirac d'avoir bénéficié de ses subsides pour financer sa campagne en 1981. Vous savez, celle qui a laissé tant d'amertume à VGE. Que Chirac ait croqué, personne n'en doute. VGE a lui aussi croqué, notamment chez Bokassa, le voisin de Bongo, ce qui relativise beaucoup la portée de l'attaque. Si encore il s'arrêtait là, mais même pas, VGE s'enfonce encore un peu plus quand il dit qu'il coupé tout contact avec Bongo après 1981. S'il a fallu attendre 1981 pour que VGE s'aperçoive de la vraie nature et de l'honnêteté douteuse de Bongo, c'est qu'il méritait vraiment de se prendre un veste. Plus prosaïquement, je pense que c'est plutôt Bongo qui a cessé d'avoir des relations suivies avec Giscard. Un has-been, ça ne sert à rien, pas besoin de l'arroser...

Le fin du fin, c'est que de tels propos s'apparentent à de la diffamation. Si Chirac voulait être méchant, il attaquerait en justice. Je pense qu'il est au dessus de tout cela, ou alors il ne souhaite pas que Giscard soit amené à dévoiler des preuves, faisant ainsi jouer l'exception de vérité. Remettre ça sur le tapis au bout de 28 ans, c'est mesquin.

lundi 8 juin 2009

Au boulot les geeks !

Maintenant, des études d'impact accompagnent les projets de loi. La LOPPSI a donc son étude d'impact. Sur l'article 4 (le filtrage), c'est de la page 7 à la page 17.

C'est maintenant à vous de jouer, en analysant cette étude d'impact, en pointant ce qu'elle ne dit pas, en la contestant éventuellement (de manière argumentée, c'est mieux) voire mieux, en produisant une contre-étude d'impact.

Les parlementaires seront très heureux de recevoir ce genre de document, surtout s'il est lisible et pédagogique. Cette "révolution" parlementaire que doit provoquer l'obligation pour le gouvernement de fournir des études d'impact ne sera complète qu'avec la participation de la société civile. Si l'intelligence des foules et autres concepts fumeux du 2.0 existent, c'est le moment de le prouver...

Brice avait mal calculé

Brice Hortefeux est bien ennuyé. Il a été élu député européen. Troisième sur la liste UMP pour la région centre, il a été victime du succès de son parti. Comme toutes les prévisions raisonnables donnaient deux sièges à l'UMP, Brice Hortefeux s'est mis troisième, afin d'être le premier non-élu. Comme ça, en cas de sortie prématurée du gouvernement, il lui suffisait de faire démissionner l'un des deux élus (avec qui la chose avait été entendue dès le début) pour se retrouver député européen.

Mais le parachute s'est ouvert trop tôt. Rassurez-vous, Brice Hortefeux ne quittera pas le gouvernement, il ne le souhaite pas et surtout, Sarkozy ne le souhaite pas. Mais il va devoir faire une entorse à la règle voulant qu'un ministre élu euro-député quitte le gouvernement. Le problème est que cette règle a été mise en place uniquement pour écarter Rachida Dati, puisque l'autre ministre élu, Michel Barnier, a un réel désir de partir à Bruxelles.

Il va donc falloir expliquer à Rachida que Brice reste, mais pas elle. Je souhaite bien du plaisir à celui qui va être chargé de la mission. Et il faudra l'expliquer aux têtes de liste pour les élections régionales, à qui Sarkozy a fait entendre qu'il faudra choisir entre leur candidature régionale et leur portefeuille. Si Brice Hortefeux reste ministre, voilà une menace qui va faire rire tout le monde.

Il y a des fois où Sarkozy ferait mieux de se taire...

Le lendemain de l'élection

Les réactions à chaud, c'est bien, mais le soir même de l'élection, on a pas forcement tous les chiffres, le nom des élus. Il y a pleinde choses auxquelles on a pas pensé. Je ne renie rien de ce que j'ai écri hier soir, mais j'aimerais ajouter quelques petites choses.

J'ai dit hier soir que le socle électoral de Nicolas Sarkozy était quasi-intact. C'est un point important, car s'il y a moins de "vote utile", il y a beaucoup plus de "vote sanction". Aux Européennes, on peut se faire plaisir. Le PS et le Modem peuvent en parler, puisqu'ils l'ont subi de plein fouet, ce vote sanction. Il aurait pu avoir lieu à droite, car l'offre alternative existait avec De Villiers d'un coté et Dupont-Aignan, qui pouvaient faire figure d'alternative acceptable. Il y avait aussi le FN, qui aurait pu voir revenir au bercail certains de ses électeurs qui l'ont délaissé en 2007 pour Sarkozy. Et pourtant, malgré toute cette offre, l'UMP fait un score remarquable pour un parti au pouvoir. Il faut y voir un vote de confiance de la part de l'électorat de droite en faveur de Nicolas Sarkozy. Je sais que ça va faire grincer des dents, voire hurler bien des militants de gauche pour qui cette réalité est tout simplement inacceptable. Elle est pourtant là et ce n'est pas l'aveuglement militant qui va la faire disparaitre !

Cette élection montre aussi une fois de plus que l'étiquette et la locomotive suffisent pour emporter une élection, indépendamment de la valeur intrinsèque des candidats. Harlem Désir, déjà tête de liste en Ile-de-France en 2004 réalise un score divisé par deux. Il n'a pas pourtant pas tellement changé en 5 ans. Une élection, c'est une alchimie qui tient beaucoup de la perception qu'on les électeurs d'une "marque électorale". Le PS partait avec le handicap de ses divisions et du vide de son programme. La "marque PS" est très dévalorisée, et le challenge ne pouvait pas être relevé le temps d'une campagne. A l'inverse, la marque "vert", aidée de la marque "Cohn-Bendit" étaient bien mieux perçues. Même chose pour la marque "Sarkozy", restée très solide dans son segment de marché.

Autre élément, beaucoup de choses se décident bien avant le début de la campagne. Même la bourde majeure de François Bayrou a des origines lointaines. S'il n'avait pas été fragilisé par des facteurs structurels, il n'aurait sans doute pas tenté cette série de coups de poker en fin de campagne, qui lui ont fait tout perdre. Sa défaite vient d'abord de son isolement et de son absence de vrai positionnement. Ce qui était excusable en 2007, du fait de la naissance récente du Modem devient moins justifiable en 2009. Il a eu le temps de s'organiser, de travailler, il devrait être en mesure de produire quelque chose. Visiblement, nombre des électeurs séduits par le Modem en 2007 n'y trouvaient pas leur compte et hésitaient. La maladresse de Bayrou n'a fait que précipiter leur départ vers d'autres cieux électoraux. Mais même sans cette gaffe, combien auraient finalement voté Modem ? Pas tous, et surtout, combien auraient encore été là la fois suivante avec un modem toujours aussi vide.

Les enseignements à tirer de ces élections européennes sont très riches. Finalement, c'est plus intéressant après que pendant...

dimanche 7 juin 2009

Election pas si anodine

Les européennes ont donné des résultats assez intéressants. N'ayant pas de vrai "enjeu", le vote utile a sans doute moins joué qu'à d'autres scrutins. Résultats, le PS et le Modem, dont l'image de fraicheur et de sincérité a souffert (quand elle existait encore) en ont douloureusement pâti. Par contre, les verts, qui ont très bien joué le jeu d'une vraie campagne, sur le sujet, sans mettre en avant les querelles internes, ont touché le jackpot. L'UMP, qui n'a pas fait une campagne fabuleuse, mais sans faire trop d'erreurs, a sauvé les meubles, montrant que le socle électoral de Nicolas Sarkozy (qui a bien servi) est intact.

Et maintenant. Ca va encore chauffer rue de Solférino. Hamon non élu, c'est le psychodrame assuré. Ils sont au fond du trou, et ils creusent. Je suis curieux de voir ce que ça va donner. A l'UMP, c'est "ouf", on ne s'est pas pris une claque, on a même gagné. Cela laisse une marge importante pour le remaniement ministériel qui aura lieu dans les jours qui viennent (dès demain ou mardi). Au Modem, c'est un échec personnel de Bayrou, qui va connaitre une saignée d'élus. Les quelques grands élus qui le suivaient encore vont sans doute aller voir chez Sarkozy, qui les accueillera à bras ouverts. L'ouverture attendue concernera peut-être autant le Modem que le PS. Le but de Sarkozy est que Bayrou soit "à poil" pour la prochaine présidentielle. C'est bien parti, car jusqu'en 2012, Bayrou se verra renvoyé son mauvais score à la figure.

Troisième point assez étonnant, la relative faiblesse des nonistes. Ni à droite, ni à gauche, ils ne font une vraie percée. Les scores du front de gauche et de Libertas sont assez décevants au regard du choc de 2005. Il faudra regarder de plus près, peut être que les nonistes se sont simplement réfugiés dans l'abstention. A creuser.

vendredi 5 juin 2009

Soirée électorale

Après moult péripéties, la république des blogs spécial élections européennes se tiendra dans ses pénates habituelles, au Pachyderme (2bis boulevard saint Martin), à partir de 18 heures. Vous pourrez venir gloser sur les résultats, notamment celui de l'abstention. Peut être les plateaux télé nous donnerons quelques moments grandioses si jamais du Modem déconfit croise du Vert triomphant.

A dimanche !

Je n'ai jamais pu supporter Bayrou

Je n'ai jamais pu supporter François Bayrou. C'est la personne qui est en cause. Je ne le sens pas, je ne le supporte pas, c'est physique. Et c'est très fort. Cela m'empêche d'envisager de pouvoir éventuellement voter Modem, alors que les idées et positions de fond de ce parti ne sont pas, pour moi, inacceptables. Mais il y a Bayrou.

Pour ceux qui avaient la télévision hier soir, ils ont pu avoir un aperçu du personnage, dans son duel avec Cohn-Bendit. Pour moi, ce genre de personnage, c'est rédhibitoire !

Jamais je ne voterai pour ce type, quelque soit la configuration. Plutôt rester à la maison.

jeudi 4 juin 2009

Votez pour moi, je suis une victime

Bayrou est dépassé par les verts dans les sondages aux européennes. Ce n'est pas parce qu'il est mauvais ou que les autres sont meilleurs. Non, ça, ce n'est pas possible. Les apparitions qui lui ont promis un grand destin ne peuvent pas se tromper. Il est un élu. Donc forcement, c'est autre chose. Donc, cela ne peut être qu'un complot, une tentative pour le déstabiliser par le biais de sondages truqués. La ficelle est grosse, mais on est en fin de campagne, il faut bien tenter de provoquer le sursaut comme on peut. A défaut de séduire par des propositions novatrices, on cherche à mobiliser son électorat naturel en se posant comme victime.

Les messages des derniers jours de campagne sont les plus importants, surtout quand la campagne a été aussi courte et atone que celle des européennes 2009. Déjà qu'il n'y a pas beaucoup d'occasions de faire passer des messages, il ne s'agit pas gacher les quelques fenêtres de tirs. Et de quoi parle Bayrou : de son parti, de ses ambitions nationales et derrière tout cela, de sa carrière personnelle. Où est le programme européen, où sont l'expression des valeurs. C'est très révélateur de ce qu'est le Modem : un parti au service des ambitions personnelles d'un homme.

Remarquez, il n'est pas le seul. Le PS aussi est dans le même trip : leur temps de parole médiatique a été consommé à montrer que Ségolène et Martine sont maintenant amies alors que depuis un an, elles se tirent dans les pattes. Eux aussi sont en mauvaise posture car leurs prises de paroles se résument à des chocs d'ambitions personnelles rivales. L'UMP, qui à réussi à ne rien dire, ni en bien, ni en mal, fera un score correct mais sans plus. Ceux qui s'en sortent, c'est ceux qui ont parlé contenu, même s'il n'était pas toujours européen : les verts, mais aussi le NPA et le front de gauche.

D'Europe, il n'en aura finalement pas tellement été question...

mercredi 3 juin 2009

L'accord France-Saint Siège

Les laïcards ont trouvé un nouvel os à ronger : l'accord de reconnaissance des équivalences de diplôme. Pour eux, c'est la voie vers une fin du monopole de l'Etat dans la délivrance des titres universitaires. Rien que ça.

J'ai lu le texte publié au Journal Officiel. Une fois de plus, les laïcards sont à coté de la plaque !

Ce texte prévoit une reconnaissance mutuelle des diplômes, mais uniquement pour la poursuite d'études. Il s'agit donc juste de reconnaissance d'équivalences, afin de permettre à un étudiant ayant obtenu un diplôme "vatican" de poursuivre un cursus dans l'enseignement supérieur français sans repartir du début. Typiquement, c'est l'étudiant en théologie qui veut faire un master de philosophie en intégrant directement au niveau bac+3, sans être obligé de se taper les 3 ans de licence. Ce n'est donc en rien une reconnaissance pure et simple de validité des diplômes délivrés par les universités et facultés catholiques.

Les laïcards s'inquiètent particulièrement du fait que cela pourrait amener la reconnaissance des diplômes des universités catholiques qui ne se contentent pas de délivrer des diplômes dans les matières religieuses. Mais ils oublient un détail. Actuellement, les universités catholiques installées en France ne délivrent pas de diplômes, mais ont des conventions avec des universités publiques françaises. Ce sont donc officiellement les universités françaises qui délivrent les diplômes. Et il n'est pas question de revenir sur cela.

Le protocole prévoit en plus une sécurité, puisqu'il est dit partout que c'est l'université publique où l'étudiant veut s'inscrire qui accorde ou non l'équivalence et donc accepte ou pas l'inscription.

Encore une baudruche qui se dégonfle. Au passage, la crédibilité du combat pour la laïcité en prend un coup, car à crier au loup pour tout et n'importe quoi, le jour où il y aura réellement une menace, personne ne les écoutera.

Espace public incorporel

La télévision a été au coeur de la construction de la tragédie nationale dite "du vol d'Air France". Enikao, repris par André Gunthert ont raison de souligner l'aspect "grand messe fédératrice" de l'évènement. Cette dimension est indéniable. Aujourd'hui, les grands moments de "communion nationale" ne sont plus seulement relayés par la télévision, ils sont construits par la télévision. En saturant l'espace médiatique avec un évènement à fort potentiel émotionnel, on peut arriver à faire croire aux gens qu'il n'y a plus que cela, et les conversations finissent toutes par tourner autour de ça. De là découle l'impression d'avoir vecu quelque chose de commun, quelque chose qui rassemble au delà des différences.

Que ces moments se produisent, c'est une bonne chose, car cela soude une communauté nationale. Mais que cela se produise via la télévision est une beaucoup moins bonne chose. Cette création de lien national est une fonction qui devrait se produire au sein de l'espace public. Or, ces moments nous révèlent que l'un des seuls espaces publics qui existe encore est la télévision et plus globalement, les grands médias qui sont à la remorque de la télévision. Et ce sont des espaces privés, propriété plus ou moins directe des annonceurs et temple de la société de consommation. Qu'un espace privé à but commercial se soit arrogé des fonctions qui relèvent de l'espace public me dérange terriblement. Car je ne suis pas dupe de qui servira l'autre.

C'est d'ailleurs le rêve de tout capitaliste : avoir le contrôle d'un espace commun afin d'en tirer le maximum de profit. C'est le cas des très grosses industries culturelles (Disney par exemple) dont le but est de faire entrer leurs produits dans le "fond culturel de l'humanité" tout en conservant les droits d'exploitation à défaut de pouvoir s'arroger des droits sur le fond culturel existant. Il y en a que cela ne dérangerait pas, bien au contraire, de breveter la mythologie. Je crois encore en l'existence d'un espace public "incorporel" non susceptible d'appropriation, qui serait un bien commun, et surtout, le fondement de la communauté. la mainmise des médias privés (pléonasme) sur la création de ce fonds commun de l'humanité va à l'encontre de ce que je souhaite. Pour moi, une marque commerciale ne pourra jamais devenir un nom commun.

Je ne pense pas être seul sur cette position, mais je sens qu'elle s'effrite et cela m'attriste.

mardi 2 juin 2009

Heureux de ne plus avoir de télévision

Je partage l'agacement de nombreux blogueurs à propos du traitement médiatique de la disparition du vol Rio-Paris. On ne sait rien à part que l'avion a subitement disparu corps et biens. Cela n'empêche pas les grands médias traditionnels, télévision en tête, de tourner en boucle sur le sujet. Pour nous donner quoi ? Du vide informationnel et de l'émotion à haute dose (les images des proches angoissés). Je dois vous dire que tout cela ne me touche absolument pas. Un avion qui s'abime en mer, c'est triste pour les passagers et leurs familles. Et puis c'est tout. Je ne peux quand même pas porter le deuil pour chaque personne tuée dans le monde. Pas plus que je ne peux m'intéresser à tout ce qu'il s'y passe.

L'offre produite par les médias traditionnels ne répond donc absolument pas à ma demande. En matière d'information, mais également en ce qui concerne le divertissement. Ce n'est pas nouveau, mais là, c'est éclatant. S'ils se cassent la gueule, c'est peut-être un peu pour ça. Avant, ils étaient en situation de monopole, alors qu'aujourd'hui, j'ai une solution pour m'informer sans passer par les flux automatiques : internet. J'y prend ce que je veux, quand je veux. Le flux existe toujours pour me présenter un panorama d'ensemble, mais je clique où je veux, vers la source qui traite des sujets qui m'intéressent et surtout, qui les traite de la manière qui me convient.

Personnellement, je suis très texte et très "analyse". Un long papier construit et fouillé ne me fait pas peur, à condition qu'il y ait du contenu. Par contre, je suis très peu image et encore moins vidéo, que je considère comme très pauvre en densité informationnelle. Pourquoi passer trois minutes devant un vidéo alors que je peux avoir l'information en une minute de lecture ? Je ne suis pas pressé, je n'ai pas besoin d'être informé dans la minute. Les informations qui ont un impact direct sur moi m'arrivent en général en direct, sans transiter par le canal médiatique. Je passe régulièrement des week-ends à la campagne sans télévision, sans radio, sans journaux et sans internet. C'est sur qu'au retour, j'ai besoin d'une bonne heure de surf pour tout rattraper. Je m'aperçois que j'ai parfois raté des échanges et des débats, mais rien de vital. Et pendant le week-end, je bénéficie d'une tranquillité qui me fait un bien fou.

C'est dans ces moments de matraquage médiatique que je suis vraiment content de ne pas avoir la télévision.