Je discute souvent du sujet avec mon ami Jules. Voici maintenant que Maitre Eolas s'y met aussi, et en plus, il vient me titiller en faisant un trackback. C'est toujours la même question qui revient entre les juristes et les politiques : doit-on en tous temps et en tous lieux se plier très exactement aux règles de droit, tant sur le fond que sur la forme.

Pour les juristes, la position est claire : le droit positif, c'est la norme suprême, encore plus haut que la parole divine. Tout doit s'inscrire dans les règles de droit et si parfois, il serait plus efficace de passer outre, tant pis pour l'efficacité, le respect du droit passe avant tout.

Cette attitude est quelque part logique, car ce sont les juristes qui ont le monopole de l'application et de l'interprétation du droit. C'est leur outil, on comprend qu'ils ne souhaitent pas se tirer une balle dans le pied dans la course au pouvoir en dévalorisant leur atout-maitre. Mais le problème est que trop souvent, ils le survalorisent, car c'est leur intérêt. Ce faisant, ils manquent d'ampleur dans leur vision du monde et de la société, qu'ils voient par le bout de leur lorgnette, bien à l'abri, parfois, des réalités. Ils ne sont pas les derniers à rejetter les responsabilités sur les autres, et notamment sur le législateur, qu'ils chargent de tous les maux de la loi. C'est vrai que parfois, la qualité de la loi produite par le Parlement laisse à désirer. Mais parfois aussi, cela arrange bien les juristes, car plus la loi est obscure, plus leur marge d'interprétation est grande.

Malheureusement pour les prétentions de mes amis juristes, la réalité, mouvante, n'entrera jamais complètement dans les cases figées du droit et de la norme. Les juges ne sont pas les derniers à faire de la création normative (sans le reconnaitre évidemment) quand visiblement, l'application stricte de la loi poserait des problèmes d'équité et d'acceptabilité par le corps social. Comment expliquer que des lois, toujours existantes, soient tombées en désuétude, si ce n'est par le non usage qu'en font les juristes (qui à l'occasion savent ressortir ces vieux textes quand ça les arrangent).

Revenons maintenant à notre point de départ, qui est cet article où je commente la démarche politique du proviseur. Il est bien entendu que je ne me prononce pas sur la validité juridique, tant ce sujet est mouvant et propice aux échanges et à la négociation. Plus qu'une volonté réelle d'exclure cet élève (qui peut s'inscrire jusqu'au 2 septembre), je vois dans l'action du proviseur un coup de semonce contre un élève qu'il aurait sans doute voulu sanctionner plus tôt, mais qu'il n'a pas pu traduire en conseil de discipline au regard des nombreux désavantages que cela aurait provoqués, et qui auraient été supérieurs aux bénéfices attendus. Ce proviseur a donc sagement attendu la fin de l'année pour mettre ce jeune homme devant ses responsabilités, comme il le fait sans doute avec les autres élèves posant problème.

Avant de hurler que le droit est violé, attendons donc que la décision soit effectivement prise, à savoir que la rentrée ait eu lieu sans que cet élève n'ait pu s'inscrire. Laissons ce proviseur gérer les relations humaines avec les élèves de son établissement comme il l'entend (on le jugera aux résultats) et cessons de vouloir un respect excessif du formalisme à tous les étages. Ou alors que les juristes commencent par se l'appliquer à eux-mêmes et sur l'ensemble de leur activité.