Authueil

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vendredi 26 février 2010

Moderniser la vie politique

Les nominations de Didier Migaud à la cour des comptes et de Jérôme Cahuzac à la présidence de la commission des finances de l'Assemblée nationale font grincer quelques dents au sein de la majorité UMP.

Personnellement, je trouve au contraire que ces nominations sont d'excellentes choses pour le fonctionnement démocratique de nos institutions. Ces deux personnalités de l'opposition sont nommées à des postes essentiellement de surveillance. Ni l'un ni l'autre ne mènent la politique économique et financière de la France. Mais les deux sont à des postes d'observation faisant d'eux des contre-pouvoirs. C'est une très bonne chose que ce soit l'opposition qui ait la main sur ces postes, car c'est la garantie de leur efficacité en tant que contre-pouvoir. On le voit bien à l'Assemblée nationale, le problème, ce n'est pas de manquer de prérogatives, mais du courage pour s'en servir.

Je trouve aussi que c'est une bonne chose, car il est anormal que l'opposition soit systématique privée de tout poste, que toutes les places soient réservées aux membres du clan présidentiel. Les grognements du coté de l'UMP sont clairement l'expression de cette vision "spoil system" de la vie politique, qui s'oppose à une vision plus "consensuelle" et moins clivée de la vie politique. Certes, il faut que celui qui dirige ait les moyens de le faire (c'est mon coté bonapartiste), mais il doit s'appuyer sur la base la plus large possible, en évitant que majorité et opposition soient en désaccord sur tout. En France, nous avons malheureusement un tradition politique de clivages forts et violents, où la politique, c'est d'abord l'affrontement et où à certaines époques, on tuait physiquement l'opposant. Les extrêmes baignent encore dans cette culture politique (1793 est toujours une référence à l'extrême gauche et 1789 est toujours honnie à l'extrême droite).

Au delà des simples aspects tactiques, qui sont indéniables, j'ose espérer que la politique d'ouverture de Sarkozy vise aussi à pacifier et moderniser la vie politique en faisant travailler ensemble membres de la majorité et membres de l'opposition, en donnant à l'opposition les moyens de faire son travail d'opposition, à savoir surveiller l'action de la majorité, en pointer les incohérences et les excès, et éventuellement être en mesure d'en limiter les effets. Habituer la majorité à devoir tenir compte de l'opposition et améliorer la force des contre-pouvoir sont des orientations politiques que j'approuve pleinement.

mercredi 24 février 2010

Tourner la page hadopi

Il y a des gens qui ne savent pas tourner les pages, passer à autre chose quand c'est fini et qui continuent leur croisade, quand bien même il n'y a plus grand chose à gratter. Un bel exemple nous est donné par Numérama, qui semble incapable de tourner la page du débat Hadopi et s'acharne sur les principaux pro-hadopi.

Dans un article, en partie corrigé après coup, il s'en prend à Christine Albanel, qui risquerait, suite à son arrivée à France Télécom, deux ans de prison. Le titre est clinquant, le contenu de l'article fait plaisir à son lectorat, mais est tout simplement faux, à double titre.

L'article du code pénal visé concerne les fonctionnaires, et depuis l'affaire Pérol, les membres des cabinets. Par contre, il ne s'applique pas aux ministres, le conseil d'Etat ayant déclaré en 2005 que les ministres ne sont pas des "agents d'une administration publique". De plus, Guillaume Champeau s'avance beaucoup sur un sujet qu'il maitrise visiblement très mal, à savoir la répartition des compétences entre ministères. La tutelle de France Télécom, c'est à Bercy que ça se passe, pas rue de Valois. Le nouveau patron de France Telecom, Stéphane Richard est passé deux fois devant la commission de déontologie, car il était directeur de cabinet de Christine Lagarde, et que son arrivée à France Télécom était, au départ, assortie de réserves, justement parce que c'est lui qui avait la tutelle.

Hadopi est un débat clos, ou presque. Tout le monde se rend compte que cela a été une victoire à la Pyrrhus pour le gouvernement et les lobbies culturels. Ils ont eu leur loi, la structure administrative est montée, mais elle ne fera rien de plus que DADVSI et l'autorité de régulation des mesures techniques.

Les vrais débats de pointe sur le sujet du numérique, c'est maintenant la protection des données personnelles et la neutralité des réseaux. Toutes les énergies doivent être utilisées à défendre les intérêts des internautes sur ces sujets complexes plutôt que d'être gachées sur des acharnements stériles. Laissons donc cette pauvre Christine Albanel tranquille, elle a suffisamment payé en perdant son ministère. Elle ne représente plus une menace pour l'internet.

mardi 23 février 2010

Ethique du Numérique

Le groupe UMP à l'Assemblée nationale a lancé, il y a quelques mois, un groupe de travail intitulé "éthique du numérique". Après avoir auditionné, ce groupe piloté par le député Hervé Mariton lance un site internet, afin de recueillir les avis des internautes. Les grands sujets sont évoqués : droit à l'oubli, protection des données personnelles, neutralité des réseaux, propriété intellectuelle à l'ère du numérique. Il faut s'inscrire pour pouvoir contribuer.

Cette initiative n'est pas anodine. Elle montre que les députés UMP ont bien reçu le message "hadopi". Ils se sont pris les internautes de plein fouet, ont compris qu'il y avait un problème qu'il fallait traiter, et que la meilleure solution, c'est encore de reprendre les choses à la base. Bref, ils font après hadopi ce que le gouvernement aurait du faire avant. Ce groupe de travail est déconnecté de tout enjeu législatif, de toute pression de l'exécutif, ce qui le rend très libre. Les quelques députés UMP qui travaillent le sujet (une dizaine au maximum, dont six vraiment assidus) sont dans une position d'écoute et d'apprentissage. J'insiste bien sur cet aspect "main tendue", qu'il ne faudrait pas gâcher par des commentaires intempestifs d'imbéciles militants.

J'incite tout ceux qui ont quelque chose à dire (donc une minorité) à contribuer, à exposer leur vision de l'internet, en restant si possible dans le cadre fixé par ce site. Si on part dans tous les sens, il n'en sortira rien de bon. Un fragile dialogue s'amorce entre certains parlementaires et le monde de l'internet. C'est fragile, car le passif est lourd, des projets lancés depuis longtemps sont en cours et ne vont pas dans le bon sens, bon nombre de ces députés n'ont pas une maîtrise technique du sujet et ce petit groupe n'est qu'une avant-garde, qui doit s'éclairer elle-même avant d'aller évangéliser ses collègues. Mais si on veut qu'une nouvelle "doctrine" de l'internet émerge, que les textes législatifs sur ce sujet soient examinés différemment, c'est possible, à condition d'accepter cette main tendue et de se mettre au travail.

lundi 22 février 2010

La liste noire

L'Elysée sait très bien organiser sa communication via la presse nationale, friande de "confidentiels" et autres "indiscrets". Le politique fait passer ses messages, le journaliste a une exclusivité qui lui permet de se faire mousser auprès de ses collègues et concurrents, et de donner l'impression qu'il donne de la véritable information, quitte à en rajouter dans la dramatisation.

Un magnifique exemple ici, avec une "liste noire" des députés UMP qui ne seraient pas réinvestis. C'est le genre d'info que l'on obtient par une fuite, ça ne s'invente pas. Le contenu informationnel est assez pauvre, mais son potentiel est important. Il existe une liste noire de têtes à couper ! Sarkozy le dictateur a encore frappé.

Qu'un président prépare sa réélection est chose normale, surtout quand il en est au premier mandat. En France, être élu président, c'est bien, avoir derrière une majorité parlementaire, c'est encore mieux. Il faut donc s'intéresser aux législatives et si on veut que cela se passe bien, il faut écarter certains (dont une bonne partie s'écartera spontanément) et préparer la relève. Parce que voyez vous, rien de pire pour un parti que la cacophonie, avec des sortants has been qui ne veulent pas partir (et qui se feront battre...) des dauphins potentiels en surnombre, avec des primaires qui ont souvent pour résultat de faire gagner le camp d'en face. D'où la nécessité de s'intéresser au sujet suffisamment sérieusement et en amont. Maintenant que la carte des circonscriptions est validée (préalable indispensable), on va voir qui on investit. Les spécialistes de la carte électorale font donc le tour.

On commencent par voir du coté des élus actuels. Certains sortants commencent à se faire vieux, ou alors ont fait des erreurs qui peuvent compromettre leur réélection. Avant même de savoir qui arrête, une première liste est établie : "risque de passage à gauche" si on ne prend pas les choses en mains. Soit il faut pousser vers la sortie un sortant qui n'a pas envie de décrocher. Parfois, c'est évident pour tout le monde, sauf pour l'intéressé. En général, quand on lui dit qu'il ne sera pas réinvesti qu'on va lui mettre un jeune dans les pattes et que les sondages le donnent battu, le sortant accepte de partir. Parfois, on l'achète en lui proposant une bonne place ailleurs. Par exemple le Sénat. Et ça tombe bien, il y aura des sénatoriales en 2011. Une bonne manière d'exfiltrer quelqu'un qui a encore du poids politique, mais qui aurait du mal à affronter le suffrage universel. Avec le redécoupage, il y aura quelques soucis pour des sortants qui ont vu l'équilibre politique de leur circonscription un peu modifiée.

A coté de cela, il y a les entrants. Là aussi, ça se prépare. C'est quand même plus confortable de savoir, deux ans à l'avance, que l'on sera investi sur une circonscription. On ne perd pas de temps et d'énergie à se battre contre ses petits camarades, avec toutes les séquelles que cela peut laisser. On peut aller sur le terrain et commencer à faire campagne, surtout quand la circonscription n'est pas politiquement gagnée d'avance. Pour l'élysée, c'est plus compliqué, car il faut trouver les "bons" candidats, les faire accepter sur place, dissuader des candidatures dissidentes (en sachant qu'il y en aura toujours). Repérer les sortants à dégager, c'est le plus facile.

Qu'au passage, l'un des critères pour être investi soit la proximité avec le président, c'est évident. Sarkozy ne va sans doute pas aller investir Dominique de Villepin dans une circonscription gagnée d'avance pour l'UMP. Mais à mon avis, ce n'est pas le critère primordial, et c'est là qu'est le problème dans cet article de presse. Ce qui compte, c'est la capacité d'un candidat à être élu qui compte. Vous pouvez être le sarkozyste le plus lèche-cul de France, si vous êtes incapable de vous faire élire, vous ne serez pas investi. A l'inverse, un villepiniste élu sur un terrain difficile pour la droite ne sera pas vraiment inquiété (un peu quand même, pour la forme) s'il est le seul à pouvoir l'emporter. L'idée qu'une épuration se prépare est complètement idiote. Ce serait le meilleur moyen de semer la pagaille dans le groupe UMP et donc de renforcer encore le poids de Jean-François Copé.

mercredi 17 février 2010

TF1 pas crédible

Le journal de TF1 a encore bidonné l'information en montrant des images d'un hémicycle plein sur le sujet LOPPSI. Le médiateur de TF1 a reconnu que les images étaient tirées de la séance des questions au gouvernement, mais tente de se raccrocher aux branches en indiquant (de manière mensongère) qu'il s'agissait du moment où Hortefeux s'exprime sur la LOPPSI, suite à la question d'un député.

Une telle excuse ne tiendra pas une micro-seconde devant le CSA. La séance des questions au gouvernement est totalement détachée des autres séances, par sa nature même. L'affluence y est plus considérable car elle est transmise à la télévision. C'est aussi un moment de "récréation" pour les députés, qui peuvent se lacher sur l'actualité politique, avec une opposition qui tente de faire trébucher le gouvernement et une majorité qui, au contraire, lui fait de la lèche. On est dans la politique spectacle à l'état pur, très loin du travail législatif. Le fait qu'une question pouvait être posée sur la LOPPSI pendant cette séance n'a eu absolument aucune incidence sur la présence ou pas des députés.

L'utilisation de cette image dans le cadre du reportage télévisé sous-entend pourtant cela : la LOPPSI motive les parlementaires, qui sont venus en masse dans l'hémicycle pour en parler. Il y a donc clairement mensonge de TF1 et en toute logique, une sanction sera prise par le CSA, qui peut difficilement faire autrement sans se déconsidérer complètement.

Opportunisme

Jean-françois Copé s'est emparé de la polémique sur le renouvellement des cartes d'identité, dans un magnifique élan de compassion communicationnelle. Il demande aux personnes ayant des soucis de cet ordre d'aller trouver les députés UMP pour qu'ils interviennent auprès des préfectures pour régler les dossiers. J'en pleure !

D'abord, les députés UMP n'ont pas d'ordre à recevoir de Jean-François Copé. Ensuite, ils n'ont certainement pas attendu son appel pour traiter les dossiers de cette nature qui auraient pu leur être soumis. Cette prise de position de Copé, c'est de l'esbrouffe complet ! Mais s'il n'y avait que cela...

En principe, le député est là pour écrire la loi et contrôler l'action du gouvernement. Ce n'est pas une assistante sociale. Malheureusement, la réalité est que trop souvent, il joue l'assistante sociale, ce qui d'ailleurs l'amène à négliger son rôle primordial et la qualité de la législation s'en ressent. On ne peut pas à la fois être en commission à débattre d'un projet de loi et sur le terrain pour trouver un logement HLM à Madame Michu. En plus Copé en rajoute sur l'aspect "député UMP = distributeur automatique de passe-droits". Et ça me hérisse, vous ne pouvez pas savoir. La France crève du copinage, des passe-droits divers et variés, lancer un tel message, c'est renforcer ce système contre lequel il faudrait lutter. Enfin, dernière remarques Après, qu'il ne vienne pas pleurer sur l'absentéisme de ses troupes. S'ils ne sont pas dans l'hémicycle, c'est peut-être parce qu'ils seront dans les préfectures...

Le problème soulevé relève clairement du ministre de l'Intérieur. Il semble que les quelques difficultés rencontrées viennent d'une trouille des fonctionnaires des préfectures qui, sentant le sens du vent sur ces sujet, ne prennent aucun risque et recalent des dossiers où, avec un peu de bonne volonté, on pourrait trouver une solution. Mais malheureusement, l'allergie au risque et à la prise de responsabilité personnelle est une pathologie répandue dans la fonction publique. Arranger quelqu'un d'accord, mais certainement au risque de s'attirer une remarque de ses supérieurs. A cela, il y a un remède : la circulaire ministérielle. Si les ordres sont d'être coulant et souple, bien des dossiers vont se débloquer comme par miracle.

Si les députés UMP veulent être efficaces, c'est en faisant pression sur le ministre de l'Intérieur qu'ils y arriveront, car ils prendront le mal à la racine. Traiter les dossiers individuels directement avec les services préfectoraux, c'est se contenter de traiter le symptôme. C'est révélateur : on s'en moque du problème, ce qu'il faut, c'est réagir à une polémique médiatique lancée par la Gauche et qui à pris. Il apparaît ainsi comme celui qui a la solution, contournant Brice Hortefeux qui est pourtant le vrai détenteur de la solution.

On grille la politesse à tout le monde, on se pose en super-héros, quand bien même on n'a rien à apporter. Une magnifique leçon d'opportunisme politique.

mardi 16 février 2010

La promo tue la parole

Aujourd'hui, pour avoir accès aux médias et faire passer un message, il faut avoir quelque chose à vendre. Sans un bataillon d'attachées de presse, il n'est guère possible de se faire entendre, à moins d'être un habitué des plateaux TV et des dîners du microcosme (et en général, ces derniers n'ont rien à dire). Il y a tellement de demandes que celui qui n'a pas une "actualité" est laissé de coté. Accéder aux micros et caméras n'est que la première étape. Il faut encore se faire entendre, se faire remarquer au milieu du bruit. Pour cela, il faut cogner comme un sourd, de préférence sur des "cibles" habituelles, connues et référencées comme telles.

Cela donne ça : Hans Kung, théologien qui a sans doute beaucoup à dire sur le fond, dont les médias ne retiennent que les attaques directes et violentes contre Benoit XVI. A aucun moment, on ne parle du contenu de son livre dans cet article, de sa pensée, de son parcours. Juste la polémique, qui ne doit pas franchement refléter exactement la pensée de Kung, sur le fond et sur la forme.

C'est un dilemme terrible pour ceux qui ont une vraie parole, un contenu à diffuser et à transmettre : ne pas accepter la compromission, et donc être passé sous silence dans les médias, ou jouer le jeu et se retrouver instrumentalisé en espérant, à l'occasion, faire éventuellement passer un peu de son message. A mon avis, un beau marché de dupes, mais que faire ?

lundi 15 février 2010

Colmatage de fuite

La Suisse n'avait pas apprécié l'utilisation par la France de données "volées" à la banque HSBC, qui avaient notamment alimenté une liste dont le ministre des Finances, Eric Woerth, a fait un usage tapageur dans les médias. Elle en avait bloqué la ratification d'une convention fiscale Franco-Suisse.

Le problème s'est réglé à Davos (comme quoi, ça sert à quelque chose, ces grands raouts internationaux). Voici le texte du communiqué de Bercy : "La France et la Suisse ont également trouvé un terrain d’entente sur l’utilisation des données de la liste HSBC: conformément aux règles en vigueur en France, des contrôles fiscaux seront conduits à l’encontre des contribuables français figurant sur la liste HSBC. La France n’utilisera pas ces données dans le cadre de l’entraide administrative entre les deux pays. Si des États tiers sollicitent officiellement, dans la cadre d’accords bilatéraux, les autorités françaises sur les informations de la liste HSBC les concernant, la France informera les autorités suisses et transmettra les renseignements demandés."

Ce qui faisait souci à nos amis suisses, c'est leur secret bancaire ! Une fuite a eu lieu et il n'est plus possible de récupérer les données et d'empêcher leur usage. Il faut donc colmater la fuite. L'accord est clair : la France fait ce qu'elle veut vis à vis de ses ressortissants (encore heureux) donne les informations qui lui sont demandées par les pays tiers après en avoir averti la Suisse et surtout, n'ira pas demander des informations supplémentaires à la Suisse sur la base de cette liste. Bercy a finit par faire admettre implicitement aux suisses que les données ont été obtenues "loyalement" et que la France peut donc en faire usage.

La Suisse a colmaté tant bien que mal la fuite, la France pourra exploiter la liste sans que la Suisse ne lui fasse d'histoires, sous réserve de ne pas en demander plus aux suisses. Le cours normal des affaires peut reprendre.

Elargissement de niches fiscales

La France est un pays où les acteurs économiques ne savent pas vivre sans aides publiques. C'est même un dû ! Dernier exemple en date, l'industrie des jeux vidéos. Elle bénéficie déjà d'un crédit d'impôt, créé lors de la loi sur la télévision numérique, en 2007. A l'époque, on avait justifié ce crédit d'impôt sur le fait que les jeux vidéos relèveraient de la ... création artistique !

Mais il faut un investissement de 150 000 euros minimum pour en bénéficier, ce qui laissait en dehors du champ les petits projets. Le député relais de ce lobby a donc fait adopter par l'Assemblée nationale un amendement abaissant ce seuil à 100 000 euros. Adopté une première fois en fin d'année 2009, dans le cadre de la loi de finances rectificative, il avait été retoqué par le Sénat, qui considérait (à juste titre selon moi) que le trésor public n'est pas une vache à lait.

L'industrie du jeu vidéo persiste, en redéposant l'amendement, à nouveau adopté lors de la dernière loi de finances rectificative avec le soutien assez inattendu du communiste Jean-Pierre Brard (qui doit avoir été sensibilisé aux emplois du secteur se trouvant sur sa circonscription de Montreuil). Le gouvernement y était toujours aussi défavorable, toujours pour les mêmes raisons. Le lobbying a également été fait auprès du Sénat, où des arguments supplémentaires ont été développés. L'euro fort, la concurrence du Québec, la distorsion de concurrence entre jeux sur supports physiques et jeux dématérialisés sont avancés pele-mêle, sans convaincre le rapporteur général du Budget au Sénat.

Nous sommes ici dans un cas d'école. Un secteur économique dynamique, sur un marché porteur, le développement des jeux vidéo, se tourne vers l'Etat pour lui réclamer de l'argent. Il arrive à ses fins, et dès l'année suivante, en demande encore plus. Le tout aux frais du contribuable.

Et après, on s'étonne d'avoir un déficit budgétaire structurel...

dimanche 14 février 2010

Chasses présidentielles ?

Le conseiller de Nicolas Sarkozy, Pierre Charon, organiserait des "chasses présidentielles" dans le domaine de Chambord, dont il est président du conseil d'administration. Celui dément et ne reconnait juste que quelques battues de régulation de la faune sauvage.

On touche là toute la complexité de la réalité, car Charon a raison, mais ses détracteurs n'ont pas tort. Formellement, Charon a raison, les "chasses présidentielles" n'existent plus depuis 1995. De plus, le domaine national de Chambord ne dépend pas de la présidence de la République, mais est un établissement public autonome, avec un conseil d'administration et un directeur, au même titre que Versailles ou Fontainebleau, autres château de la monarchie d'Ancien Régime. L'essentiel de l'activité du domaine de Chambord, c'est le château. Le parc n'est qu'un accessoire, qui ne justifierait pas à lui seul une érection en établissement public autonome. Ces fameuses "chasses" ne sont que des battues destinées à réguler la faune. Là encore, formellement, Charon a raison, tous les chasseurs connaissent la différence entre une chasse, très encadrée et ne pouvant se dérouler que certains jours, à certaines périodes de l'années, et les battues administratives, qui peuvent avoir lieu toute l'année. En général, c'est pour tuer quelques sangliers ou chevreuils, quand ils deviennent trop nombreux et commencent à faire des dégâts (je peux témoigner que quelques sangliers sur un terrain de foot, ça fait mal...). Ces battues avaient lieu avant Charon et continueront avant lui.

Mais là où les opposants n'ont pas tort, c'est que ces battues remplissent exactement les fonctions qui étaient celles des défuntes chasses présidentielles. Elles servent à organiser des rencontres, en regroupant des personnes soigneusement choisies, pour quelques heures, autour d'une activité qui les passionnent tous. C'est l'idéal pour faire se rencontrer des personnes qui se détestent ou qui peuvent difficilement se rencontrer officiellement, qui acceptent de venir à une partie de chasse, où, "hasard des choses", se trouve aussi la personne avec laquelle il serait bon qu'ils discutent, mais sans que cela soit officiel. Cela permet de libérer plus facilement des créneaux dans des agendas surchargés. Un chasseur passionné arrivera toujours à dégager une matinée pour aller faire une battue au sanglier, dans une magnifique domaine, qui plus est proche de Paris (surtout quand on y va en hélicoptère).

Charon est inexact lorsqu'il affirme qu'il organise ces battues au titre de ses fonctions de président du conseil d'administration. Ce genre de choses relève complètement du directeur. C'est typiquement un acte de gestion, au même titre que changer les ampoules ou faire réparer la chaudière du château. Dans le même esprit, bien que formellement indépendant, l'établissement public de Chambord est systématiquement présidé par un membre du cabinet du président de la République, en général son directeur de cabinet. Il n'y a aucune règle écrite là dessus, mais la tradition est bien ancrée et tout le monde sait que, de fait, la domaine de Chambord est une annexe de la présidence.

Cette histoire m'apparait assez mesquine. Les chasses présidentielles ont toujours été un élément dans la panoplie du pouvoir, pour le standing, pour les petits plaisirs du président quand il est chasseur (VGE en a usé et abusé) et pour être ce lieu de rencontres informelles. Sarkozy n'est pas chasseur, il n'est plus de bon ton, pour le standing, d'avoir une chasse privée (pas assez bling bling, trop tradi), reste la fonction de rencontre, qui reste utile, et peut très bien se faire dans le cadre de battues déjà existantes et réellement utiles. C'est même une preuve de bonne gestion que d'utiliser ainsi ce qui existe pour permettre au président (et à ses conseilleirs) de faire efficacement leur travail.

vendredi 12 février 2010

Les limites de la sincérité des débats

Le conseil constitutionnel vient de valider la loi sur la concomitance du renouvellement des mandats des conseillers généraux et régionaux, premier étage de la réforme des collectivités locales. Les médias n'en retiendront qu'une chose, la validation sur le fond. Je préfère me concentrer sur un autre aspect, la partie "forme" de la décision, car les socialistes n'ont pas seulement soulevé des questions de fond, ils ont aussi attaqué sur la forme.

Un point m'intéresse particulièrement, le grief tiré de l'usage du vote bloqué sur ce texte. Grâce à l'article 44 alinéa 3 de la constitution, le gouvernement peut demander à l'Assemblée (qui n'a pas le choix) de se prononcer en un seul vote sur un texte, qui est celui que veut le gouvernement. Un vaste "à prendre ou à laisser" qui initialement, servait à dompter une majorité rétive, dernière étape avant le 49-3, où là, le texte est carrément adopté sans vote. Ces derniers temps, le gouvernement use et abuse de cette procédure du vote bloqué, pour remédier à une majorité non pas rétive, mais absente. Le but de la manoeuvre est de s'assurer qu'il n'y aura pas d'adoption d'amendements contre l'avis du gouvernement, faute d'un nombre suffisant de députés UMP (au passage, c'est un problème qui ne se pose pas au Sénat).

Pour les socialistes, l'usage de cette procédure porterait atteinte au principe constitutionnel de sincérité et de clarté des débats parlementaires. C'est vrai que les débats ne sont pas les mêmes suivant qu'il y a derrière un vote, ou si c'est juste de la parlote sans enjeux. Le conseil constitutionnel ne semble pas avoir été sensible à cet argument. Pour lui, les débats ont pu avoir lieu, chacun a pu dire ce qu'il voulait, sans être brimé en aucune manière. Les débats parlementaires ont donc été clairs et sincères. Sur ce coup, je suis assez d'accord avec le conseil constitutionnel. Les députés avaient tous les éléments en mains pour que le débats soit sincère. Ils se sont d'ailleurs exprimés, les UMP aussi. Avec un peu de bonne volonté, en quelques heures, tout pouvait être bouclé car les enjeux du texte n'étaient un mystère pour personne, vu que le second volet de la réforme était en débat au Sénat. Il en serait allé autrement si on avait soumis ce texte aux députés sans qu'ils sachent vraiment ce que le gouvernement préparait derrière.

Il n'empêche que l'abus de cette procédure du vote bloqué pose problème. De plus en plus de responsables parlementaires de la majorité tirent la sonnette d'alarme. Si les choses ne se règlent pas avant, c'est probablement le conseil constitutionnel qui sera amené à fixer les limites. Son président est suffisamment connaisseur de la procédure parlementaire pour qu'il sache où frapper et avec quelle force. La première tentative des socialistes a été échoué. Mais il y en aura d'autres et un jour, ça marchera.

jeudi 11 février 2010

Lab'oratoire

Un petit peu de pub "communautariste", pour un "sacristain" parpaillot. Un groupe issu de la paroisse réformée de l'Oratoire du Louvre a ouvert un blog, où on parle un peu de tout, mais pas mal quand même de religion, sous l'angle protestant.

mercredi 10 février 2010

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Améliorer le travail parlementaire

Hier, à l'issue de la conférence des présidents, Bernard Accoyer a exprimé son mécontentement sur le fonctionnement actuel du processus d'élaboration de la loi. Dans son viseur, l'abus de la procédure accélérée, avec des textes qui arrivent à la chaine, sans qu'on ait le temps de les travailler, avec une seule lecture dans chaque chambre. Il constate aussi que la manière dont se déroule les séances réservées aux propositions de loi de l'opposition n'est pas satisfaisante et que cela ne peut pas continuer comme ça.

Sur le principe, je suis entièrement d'accord avec lui. Le travail législatif, c'est souvent du grand n'importe quoi. Juste un exemple, le projet de sur le patrimoine d'affectation des artisans et commerçants. Adopté en conseil des ministres le 27 janvier, il passe ce matin, 10 février en commission, puis la semaine prochaine en séance publique, avec bien entendu, procédure accélérée. Sur un texte aussi complexe et technique, comment voulez-vous bien faire ?

Plusieurs solutions existent, et certaines ne dépendent que des députés.

La première, celle choisie par Bernard Accoyer, est la confrontation avec le gouvernement. En effet, il menace le gouvernement d'appliquer, en accord avec son collègue du Sénat (qui souffre des mêmes maux) la procédure de l'article 45 de la constitution, qui permet aux deux présidents de s'opposer à la déclaration d'urgence sur un texte. Il annonce également qu'il suspendra les séances réservées à l'opposition si jamais la majorité n'est pas présente, aggravant ainsi le "problème", ce qui obligera le gouvernement et la majorité à bouger un peu, pour éviter le blocage de l'institution. Je suis d'accord, il faut que ces outils soient utilisés, mais je n'y crois pas trop. La procédure de l'article 45 sur la levée de l'urgence, c'est l'arme atomique. Elle peut servir comme menace, mais l'utiliser concrètement provoque une crise politique dont le Parlement, vu l'équilibre des pouvoirs actuels, ne sortira pas vainqueur. Quant au blocage de la machinerie parlementaire, c'est un peu l'enfant qui s'auto-mutile pour forcer l'adulte à lui accorder un peu plus d'attention. C'est l'Assemblée qui se fait du mal à elle-même, et qui donc va souffrir. Qui sait ce qui sortira de cette fuite en avant. Le risque, réel, c'est que finalement, Accoyer se couche et y laisse le peu de crédibilité qui lui reste.

Il existe une autre voie, qui certes ne résoudra pas le problème sur le fond, mais rendra la situation moins ingérable, et qui consiste à améliorer les process du travail législatif. Puisque globalement, on ne peut pas influer sur le rythme que nous impose le gouvernement, autant s'y adapter et mettre les moyens pour que la qualité de la loi n'en souffre pas trop. C'est tout à fait possible !

La première chose à faire est d'an-ti-ci-per !!! Les textes nous arrivent dessus sans prévenir, on le découvre lors de leur adoption en conseil des ministres. Bien souvent, les lobbies concernés ont les avant-projets, savent en gros de quoi il va être question, mais pas les parlementaires et encore moins leurs assistants... Avoir des éléments en amont, c'est trop souvent par bribes, obtenues sous le manteau, indirectement. Sans pour autant avoir le texte exact du projet de loi, le gouvernement pourrait déjà communiquer assez largement les grands axes, les grands enjeux de ses textes, même simplement avertir qu'un projet de loi est en préparation sur un thème. L'arrivée du projet de loi sur la régulation bancaire a été une réelle surprise. Même les lobbies n'avaient pas été prévenus.

Les parlementaires peuvent avoir une maîtrise de leur agenda. La clé est entre les mains des présidents de commission, qui sont maîtres de l'organisation des travaux de leur commission. Ils peuvent très bien décider de laisser traîner, de faire en sorte que le texte ne soit pas prêt à être examiné. Le gouvernement peut forcer la main en inscrivant le texte à l'ordre du jour, mais si c'est pour susciter la grogne des parlementaires, et éventuellement, se retrouver avec une motion de renvoi en commission adoptée, ça peut être à double tranchant. Heureusement pour lui que les parlementaires pratiquent la soumission volontaire et ne se rebellent que rarement.

L'Assemblée nationale pourrait aussi décider de muscler les services chargés de l'examen des textes. Les administrateurs de l'Assemblée font un travail remarquable, dans des conditions parfois extrêmes. Il y en aurait plus, ça ne ferait pas de mal. Pas du tout. Et ça, c'est possible, puisque du fait de la séparation des pouvoirs, le gouvernement est obligé d'inscrire au budget les sommes demandées par les Assemblées, sans discuter. Si les députés le voulaient vraiment, ils pourraient se doter de personnels hautement qualifiés et nombreux, à même de les seconder et d'expertiser les textes pour remonter sérieusement la qualité des textes législatifs produits par les Assemblées. C'est tout à fait possible, c'est juste une question de volonté politique de la part du président et des questeurs de chaque assemblée...

Les parlementaires pourraient aussi se mettre à travailler... Ben oui, sur un texte, il y en quelques uns qui s'y mettent vraiment, bossent dur, mais la grande majorité regarde passer les textes législatifs comme les vaches regardent passer les trains, s'investissant une fois de temps en temps, voire jamais. Maintenant, avec les moyens modernes, c'est très facile à voir qui bosse et qui ne fait rien. Mais en général, ce sont toujours les mêmes qui sont présents et qui travaillent.

Gueuler après le gouvernement, c'est nécessaire, mais c'est plus crédible quand on se donne les moyens d'être audible, en commençant par faire le ménage devant sa porte.

lundi 8 février 2010

Quand le culot tient lieu de génie litteraire

BHL est un exemple parfait de la décadence de notre pays dans le domaine littéraire. Le copinage, les petits réseaux et la consanguinité entre l'édition et la presse nous ont fait passer du statut de grande nation à celui de vieille gloire décatie qui vit sur les vestiges d'une splendeur passée. Les péripéties autour de la parution de ses deux derniers livres sont éclairantes.

En quoi consiste ces deux oeuvres. La première est une compilations de textes déjà publiés ailleurs. Rien de bien palpitant ni de neuf, mais quand on s'appelle BHL (ou Sollers), on a quand même droit aux honneurs des suppléments littérature et Culture de la presse française. Le second est la version remaniée d'une conférence donnée en 2009. Là encore, rien de neuf à en tirer. Juste des redites dont on fait une exploitation éditoriale. Le tout dans le style ampoulé de BHL, dans le genre jargonnant et à l'emporte-pièce ou le coté bravache dissimule mal l'absence de fond.

Le plus amusant, c'est que dans l'un de ces ouvrages, on s'aperçoit que BHL fait référence à une philosophe qui n'existe pas. Cela casse un peu (voire même beaucoup) l'apparence de sérieux. C'est même franchement risible et beaucoup ne se privent pour se marrer. Des conférences données juste après la guerre aux néokantiens du Paraguay, un livre intitulé "Landru, précurseur du féminisme" (j'en ai pleuré de rire) ça sent le fake à plein nez. Le pire, c'est qu'une simple recherche sur Google permettait de découvrir la supercherie en quelques minutes. Du nègre à l'imprimeur, en passant par l'auteur, le correcteur, l'éditeur, personne n'a rien vu, aucune alerte ne s'est déclenchée.

Malgré tout cela, le livre est encensé par la "critique" et notamment une certaine Christine Angot, elle aussi au coeur du système où les auteurs sont aussi éditeurs et critiques littéraires, pratiquant copinage et renvois d'ascenseurs à l'échelle industrielle. Sur ce coup là, Angot a fait fort, et ça passe dans "le Point" sans la moindre difficulté. Après ça, les journalistes s'étonnent de leur perte de crédibilité. Ils devraient pourtant se rendre compte que depuis de longues années, ils ne sont plus écoutés par le public, sauf quelques individualités qui ont une réputation personnelle.

Le pire, je crois, c'est que cette fumisterie intellectuelle de BHL est connue depuis plus de 30 ans. Cela ne l'a pas empêché de devenir une figure majeure de l'intellingensia parisienne. Il faut dire qu'il a un culot et un aplomb phénoménaux, dont il continue à faire preuve. Mais malheureusement pour lui, cela ne peut pas tenir lieu de talent littéraire ni de génie intellectuel. Pauvre France...

Tous avocats

Un nombre de plus en plus important de personnalités du monde politique se reconvertissent comme avocats, soit pendant leur carrière politique, soit en fin de carrière, quand ils sortent de fonctions ou sont nettement sur leur déclin. La liste est très longue, à droite comme à gauche.

Cet afflux de nouveaux avocats me laisse très perplexe et pour tout dire, m'apparait suspect. Qu'est-ce qu'un homme politique, dont les études juridiques remontent parfois à Mathusalem (quand il en a fait) peut bien apporter à un cabinet d'avocat.

Certainement pas sa technicité juridique, car parmi les députés et anciens députés qui ont migré vers le barreau, aucun n'en a fait preuve dans l'hémicycle. D'ailleurs, quelle technicité peut-on avoir avec une licence de droit obtenue il y a 25 ans ? On pourrait arguer de leur pratique et de leur connaissance des rouages de l'Etat. On se rapproche de la réalité, mais aussi du problème.

Ceux qui arrivent dans ce métier vendent leur "carnet d'adresse" quand ce n'est pas leur influence. Nous approchons alors dangereusement des limites de la déonotologie, et pour certains, on doit se situer aux frontières du délit pénal. Quand, à l'instar d'un avocat bien connu dans le nord de la Seine-et-Marne, vous êtes à la fois avocat et important rouage de la majorité en place, la tentation est grande d'user de l'influence et la visibilité que vous procure la fonction politique dans le cadre de vos fonctions d'avocat. Il suffit, pour obtenir un rendez-vous, de décliner votre identité et d'oublier de préciser en quelle qualité vous sollicitez le rendez-vous. Il n'y a pas délit pénal, mais tout de même, cela met mal à l'aise. C'est franchement borderline. Cette confusion des genres est malheureusement trop courante, mais elle pose un problème déontologique grave lorsque vous utilisez votre statut d'élu de la Nation pour accomplir des actions qui ne sont pas de la compétence normale d'un élu, et qui sont susceptibles de générer un gain financier pour quelqu'un. Plaider la bonne foi, dans le cas de Jean-François Copé, homme intelligent s'il en est, relève du foutage de gueule.

Pourquoi choisir le statut d'avocat ? Apparemment, l'activité peut très bien être menée avec une simple boite de consulting. Alain Minc réussit très bien à naviguer dans ces eaux troubles avec pour seul support juridique "AMC" (Alain Minc Conseil). Sauf qu'Alain Minc n'a pas de mandat politique, et il n'est donc pas touché par les règles d'incompatibilité des élus. Il est en effet interdit à tout parlementaire de commencer à exercer une fonction de conseil qui n'était pas la sienne avant le début de son mandat. Toutefois, cette interdiction n'est pas applicable aux membres des professions libérales soumises à un statut législatif ou réglementaire... donc aux avocats ! C'est pour cela que Rachida Dati a renoncé à créer sa boite de conseil pour choisir finalement de s'inscrire au barreau.

Il y a manifestement ici une faille, un détournement manifeste des règles déontologiques, car les fonctions d'avocat sont devenues tellement polymorphes qu'elles permettent d'exercer une fonction de conseil déguisée. Un jour, il y aura un scandale, c'est à peu près certain. Ce serait quand même bien que l'on prenne conscience de cela et que l'on agisse avant que le scandale éclate pour colmater cette brèche déontologique. C'est devant ce genre de problème que l'on mesure le degré de pourriture déontologique, ou au contraire, le haut degré de moralité d'une élite. Car il est évident qu'au sommet, plus personne n'est dupe.

vendredi 5 février 2010

Licencier les fonctionnaires

Une vague d'inquiétude s'abat sur les fonctionnaires : ils pourraient être licenciés...

Salarié de droit privé, je vis tous les jours avec cette perspective, avec un pic de probabilité tous les cinq ans. Je vis très bien, et jusqu'ici, je n'ai jamais eu à prendre le chemin de pôle Emploi. Que cette réforme puisse effrayer les fonctionnaires me surprend un peu, d'autant plus que les dispositions qui les agitent en ce moment ne sont pas franchement menaçantes.

En cas de suppression de l'emploi du fonctionnaire, il est mis dans une filière de réorientation professionnelle. Il fait alors un bilan de compétence, émet des souhaits, monte un plan de reconversion. Il peut effectivement être mis en disponibilité d'office s'il refuse trois postes, proposés de manière ferme, correspondant à son grade, à son projet professionnel, à sa situation de famille et à son lieu de résidence.

D'abord, il n'est pas licencié, mais mis en disponibilité d'office. Ce n'est pas pareil. La disponibilité est un statut qui permet au fonctionnaire de quitter temporairement la fonction publique pour aller faire autre chose. Ce qu'il veut. Pendant ce temps, il n'est pas payé par l'administration et cette période ne sera pas prise en compte pour le calcul de sa retraite de fonctionnaire. Il peut revenir sans problème au sein de la fonction publique une fois sa mise en disponibilité terminée. Des fonctionnaires en disponibilité, il y en a plein en France, souvent très heureux de l'être. J'insiste bien, ce n'est pas un départ définitif de la fonction publique.

Pour en arriver à se faire mettre en disponibilité d'office, il faut vraiment le vouloir ! L'administration doit faire des propositions fermes, en faire trois, en respectant des critères très favorables au fonctionnaire : on ne peut pas contraindre à déménager, on doit tenir compte de son grade (pas de propositions en dessous de sa qualification) et enfin, on doit rester dans les clous de son projet professionnel. Si le fonctionnaire est une personne de bonne volonté, on doit pouvoir trouver des arrangements !

Cette disposition est destinée aux mauvais coucheurs (il y en a partout), qui ne veulent pas se fouler et qui glandent tranquillement chez eux en étant payés. Là, ils pourront toujours glander chez eux, ils ne seront plus payés. C'est une arme entre les mains des DRH de la fonction publique, pour faire pression sur ces quelques cas difficiles. La grande majorité des fonctionnaires ne seront pas concernés, de toute manière, puisqu'il faut que l'emploi, c'est à dire le type de poste occupé, soit supprimé. Des emplois comme ceux de policier, d'enseignant, de juge, de secrétaire, il y en aura toujours, donc cette mesure n'aura pas à s'appliquer à eux.

Beaucoup de bruit pour pas grand chose. Le jour où la situation des fonctionnaires se rapprochera réellement de celle du privé en terme de sécurité de l'emploi , on en reparlera. On a le temps.

jeudi 4 février 2010

Jeux en ligne, ne nous alarmons pas

Le Sénat examine très prochainement le projet de loi sur les jeux en ligne, avec la question du filtrage qui passionne le monde de l'internet. Le site Numérama s'excite et pcinpact s'interroge autour d'un amendement d'Ambroise Dupont, rapporteur pour avis, qui entend sortir le juge du dispositif. Cette agitation est un peu vaine, car cet amendement n'a strictement aucune chance de prospérer !

La commission saisie au fond, c'est la commission des Finances. Avant d'être une question de "culture", les jeux en ligne, c'est une affaire de gros sous. C'est donc le texte issu de la commission des finances qui servira de base à la discussion en séance publique. Les amendements de la commission des affaires culturelles seront des amendements parmi d'autres, qui auront peut être un petit peu plus de poids du fait qu'ils ont été adoptés par une commission.

Ce qui compte, c'est le point de vue du rapporteur de la commission des Finances, François Trucy, qui est exprimé ici. Il est pour le maintien du juge dans le dispositif. Son argumentation est un peu différente de celle des députés, mais finalement assez complémentaire. Pour lui, la décision du conseil constitutionnel sur hadopi, qui érige l'accès à internet en "droit constitutionnellement protégé" est un peu fragile pour justifier, à elle seule, que l'on ne puisse confier qu'au juge le filtrage ou le blocage de sites internet. Par contre, il relève que cette décision implique de qualifier juridiquement des faits, et que dans le domaine pénal, c'est quand même nettement mieux de confier cela à un juge, qui s'y connaît bien mieux là dessus qu'une autorité administrative. C'est plutôt une bonne argumentation, car cela pose un deuxième verrou.

Le gouvernement étant favorable à l'intervention du juge, le rapporteur sur le fond l'étant aussi, cela laisse bien peu de place pour ce cher Ambroise Dupont. Quelle mouche a bien pu le piquer, surtout qu'il ne se contente pas d'un amendement. Il propose aussi d'exonérer complètement les FAI de leur responsabilité en cas de surblocage. Allez y, lâchez vous, sortez l'arme nucléaire, vous êtes couverts ! Vous pensez bien que les FAI vont se gêner. Ils vont utiliser les techniques qui leur causent le moins d'inconvénients. Je pense que le sénateur Dupont a été chargé de "faire plaisir" aux différents lobbies qui se sont manifestés sur le sujet, en déposant leurs amendements, afin qu'ils puissent être débattus. Mais le fait qu'ils soient portés par le rapporteur pour avis (secondaire) et non par le rapporteur sur le fond (principal) est significatif. Ils ne passeront pas.

Le jeu parlementaire est parfois très subtil, car il consiste à rechercher en permanence des équilibres, à gérer des intérêts et des demandes contradictoires, tout en restant dans le cadre juridique et constitutionnel, et en respectant, un tant soit peu, l'intérêt général. Pas toujours évident, d'où des chemins parfois tortueux et obscurs pour les profanes.

mercredi 3 février 2010

Rien appris, rien compris

J'ai assisté hier soir à la réunion du fan club de l'hadopi, présidé par les inénarrables Franck Riester et Frédéric Lefebvre. Il y avait là tout le gratin de l'industrie culturelle, que ce soit la musique, le cinéma, les ayants droits, bref, le lobby à l'origine d'hadopi. Il était question du rapport Zelnik. Ce dernier était présent, en compagnie de son compère Jacques Toubon (que l'on a bien fait de mettre à la retraite, au vu de sa prestation d'hier soir). Ce fut très instructif.

J'ai assisté à des repas du même club avant et pendant les discussions Hadopi. C'était tout pareil, sauf qu'au lieu de fustiger ces salauds d'internautes qui téléchargent sans payer, hier soir, c'est Google qui en prenait plein la gueule. Toujours les mêmes rengaines sur l'industrie culturelle qui serait au bord du dépôt de bilan (alors que le son de cloche était un peu différent la semaine précédente au Midem, quand il s'agissait de communiquer en direction des investisseurs...), toujours cette recherche d'un bouc émissaire extérieur afin de ne pas se remettre en cause. Et toujours ces solutions techniquement irréalistes, ressassées sur l'air du "yaka-faut qu'on", avec une palme pour Jacques Toubon et son "mais qu'est ce qu'ils foutent à Bercy, ils devraient déjà nous avoir sorti la taxe google". Visiblement, la leçon hadopi ne leur a servi à rien. Ils se sont pris le mur de la réalité en pleine figure, et ils redémarrent à plein tube pour, une fois de plus, se crasher.

Hier soir, les gens de Google étaient sereins. L'essentiel de l'activité de Google en Europe est fiscalement domiciliée en Irlande, Google France ne touchant que quelques commissions, rien de réellement taxable. C'est légal et juridiquement béton. Bercy a déjà essayé de gratter (vous pensez bien) et n'a rien trouvé à redire. C'est bien pour ça que Bercy n'a rien sorti : la taxe Google est techniquement impossible. Et comble de malheur pour les hadopistes, l'Union Européenne vient de fermer une autre porte en recalant la taxe sur les FAI qui avait été instituée pour financer France télévision après l'arrêt de la publicité. Si on ne peut pas faire payer les internautes, Google ou les FAI, vers qui peut on se tourner ?

La réponse est évidente : l'Etat et ce cochon payeur appelé contribuable ! C'est d'ailleurs la deuxième mamelle du rapport Zelnik. Et il en a été question hier soir, avec la fameuse "carte musique", en partie financée par l'Etat pour solvabiliser les jeunes et les habituer à acheter ce qu'ils téléchargeaient gratuitement jusqu'ici. A entendre ces chers hadopistes, c'est la réponse à tous leurs problèmes, ce qui sauvera leur industrie. Je suis un peu plus dubitatif. Ce cadeau fiscal ressemble à s'y méprendre à une aide directe, et j'attends la position de Bruxelles. Si jamais la commission européenne laisse passer, peut être bien que le conseil constitutionnel censurera, sur la base de la rupture d'égalité, car cette carte sera réservée aux jeunes. Pourquoi seulement eux ? Après tout, moi aussi, j'aimerais bien que l'Etat me paie la moitié de la musique que j'achète sur internet. La motivation de cette mesure, qui est d'inciter une partie de la population à consommer certains produits, m'apparait difficilement entrer dans le cadre des missions de l'Etat qui peuvent être financées par le contribuable. A ce régime là, j'en connais des professions qui vont venir demander à ce que le budget de l'Etat solvabilise leur clientèle !

Le lobby des industries culturelles est toujours en plein délire, avec un aveuglement assez inouï sur ses propres responsabilités et un refus toujours aussi fort de se remettre en question. Les demandes auprès des pouvoirs publics sont toujours aussi exorbitantes et irréalistes. Sauf que cette fois, le pouvoir politique ne sera pas aussi généreux qu'en 2007. Si Nicolas Sarkozy a dit oui (ou fait mine de dire oui), il a imposé quelques contreparties assez amères pour certains, comme la mise en place d'une gestion collective des droits musicaux dans le numérique. Aux échos que j'ai, il y aura nettement moins d'ardeurs législatives, cette fois ci, pour répondre aux demandes de ce lobby, qui a grillé une bonne partie de son crédit auprès des parlementaires avec la loi hadopi.

mardi 2 février 2010

Le four à pizza de Sarkozy

L'information a couru sur le web : Sarkozy se serait fait installer un four à pizza dans l'avion présidentiel. C'est gros, mais ça colle tellement à ce que certains ont envie d'entendre que cela suffit. Et c'est parti pour la séance de sarkobashing.

Sauf que l'information est fausse. Le Post s'est interrogé sur la source. C'est assez édifiant : un journaliste de la PQR tient de la rumeur d'élus locaux dont il tait le nom et dont il n'a vraisemblablement pas vérifié les sources. Aucune confirmation par l'entreprise fabricante, démenti formel de l'Elysée. On se rend compte que finalement, personne n'a vu le fameux four à pizza. Et pourtant, ça embraye.

Pendant ce temps là, plein de choses se font en France, des orientations politiques sont décidées. Et que font nos grands résistants : ils se focalisent sur des frasques sans importance, parfois même pas réelles mais fantasmées. Louis XIV avait parfaitement compris cela en créant la cour à Versailles. Il occupait les nobles et le peuple avec des fanfreluches et des écrans de fumées, lançant sur le devant de la scène des favorites, toutes plus vaniteuses, écervelées et dépensières les unes que les autres afin de monopoliser l'attention. Pendant ce temps, Colbert, Louvois et quelques autres travaillaient dans l'autre aile du château, en toute tranquillité.

300 ans plus tard, on retrouve exactement les mêmes mécanismes et ça marche toujours aussi bien. Pourquoi s'en priver ?

lundi 1 février 2010

Constituer les listes des régionales

L'UMP a connu un week-end difficile, avec la validation, dans la douleur, de ses listes aux régionales. Il y avait à l'évidence des mécontents, puisque la validation a été acquise à seulement 60%. Mais c'est bon, il y aura des listes d'union partout, ce qui n'est pas rien.

Constituer une liste aux régionales n'est pas simple, car s'il y a bien un poste "en or", c'est celui-là : conseiller régional. La paie est bonne, la charge de travail est très variable et peut même être light quand vous êtes dans l'opposition. A la limite, vous pouvez sécher les trois quart des sessions, on ne vous dira rien ou presque. Pas de circonscription électorale à soigner, d'électeurs qui vous identifient comme leur représentant et viennent donc vous demander de jouer à l'assistante sociale. Et le mieux, c'est la proportionnelle. En étant suffisamment influent aux bons endroits, vous pouvez vous retrouver en position éligible, même en cas de défaite. Pour tous les toquards qui sont incapables de se faire élire sur leur nom dans une élection au scrutin uninominal, c'est le bonheur : les autres font le travail, vous avez juste à vous laisser porter. Pour tous les ambitieux, c'est le mandat local "porte d'entrée" qui permet de se faire un nom et une notoriété (à condition de bosser un peu quand même) et de postuler ensuite sur d'autres postes.

Vous comprenez aisément qu'il y a au moins 20 candidats par poste éligible à pourvoir, qu'il faut donc faire des choix et éliminer drastiquement. Cela se passe toujours dans les pleurs, les cris et les tensions de dernière minute. C'est l'UMP qui vient de déguster, mais le tour de la gauche viendra, dans l'entre-deux tours, quand il faudra fusionner les listes. Cela risque d'être encore plus sauvage car la gauche sera en position favorable dans beaucoup de régions, donc avec la victoire et des belles places à prendre.