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lundi 28 février 2011

Atlantico

Un nouveau pure player de l'info est né aujourd'hui : Atlantico.fr. On a entendu tout et n'importe quoi sur ce site avant sa création. Ce serait un pure player "de droite", ce qui a déchaîné tous les phantasmes. Le site est maintenant en ligne, attendons de voir ce que ça va donner. On a tout de même quelques éléments.

Il y a d'abord ce qu'en disent les créateurs sur leur site et lors de la conférence de presse de lancement (à laquelle j'ai assisté ce matin). A ce que j'ai compris, on est sur un modèle assez différent de ce qui se faisait jusqu'ici. Pas de "ligne éditoriale" vraiment définie, ce qui a troublé les journalistes à l'ancienne comme Xavier Ternisien, qui ont besoin de savoir "d'où on parle". C'est vrai que pouvoir classer dans une petite case, c'est intellectuellement reposant. Mais visiblement, ce n'est pas la bonne porte d'entrée pour comprendre les fondateurs d'Atlantico. Il faut à mon avis regarder d'où ils viennent. Là, c'est beaucoup plus instructif : TF1, LCI, Le Parisien, BFM, RTL. La télévision et la radio privée, la Presse "populaire". Avec cette clé de lecture, on comprend qu'ils vont en fait transposer sur le web cette culture de la radio et de la télévision privée.

Il y a aussi ce qui a été mis en ligne sur le site. Là, c'est très éclectique, avec du bon, du moins bon et du troll pas très finaud. On y trouve de tout, ce qui est assez conforme à la ligne décrite plus haut, donc le but est d'essayer d'attraper toutes les audiences. Ils l'ont d'ailleurs clairement dit, ils n'hésiteront devant rien, même pas devant Lady Gaga. Il faudra donc trier, car personne ne pourra dire qu'il aime tout ce qu'il y a sur Atlantico, tellement ce sera varié, tant sur les sujets traités que sur la manière dont c'est traité. Ce coté "grand magasin où on trouve de tout" est assez risqué. Il présuppose que l'on puisse reproduire sur internet le modèle de la télévision et de la radio de flux généraliste. Jusqu'ici, les pure players, qu'ils le voulaient ou non, ont peu à peu dérivé vers le média de niche : Une journalisme d'opinion de gauche à rue89, l'investigation "justicier-rempart de la démocratie" pour médiapart, salon anglais pour gens bien élevés chez Slate. Le pari d'être de rester généraliste est donc assez osé, donc innovant.

Autre grande inconnue, la valeur des contenus. Atlantico, c'est une petite équipe qui ne semble pas avoir vocation à grossir démesurément. Les journalistes sont donc davantage des "curators" pour reprendre ce vilain terme et des "animateurs" qui sollicitent un "portefeuille" de contributeurs (dont je fais partie). Ils font écrire, corrigent mais n'écrivent pas. Ils sont donc dépendant de la motivation et de l'enthousiasme de leurs contributeurs pour remplir leur site, beaucoup plus que d'autres pure players. Il va falloir faire attention à ce que quelques communautés dynamiques et "productives" ne mettent la main sur le site. Le travail de l'équipe d'Atlantico ne sera pas forcement facile, entre faire écrire untel dont on sait qu'il produira un bon truc, mais qui renâcle pour diverses raisons, et freiner sans le décourager tel autre à la production trop abondante ou trop inégale.

Beaucoup d'inconnues donc sur ce qu'est Atlantico, sur son évolution. On verra ce qu'il en sera, mais pour l'instant, c'est beaucoup trop tôt pour juger, même si certains, qui n'ont pas tout compris, ce sont empresser d'aller confirmer leurs préjugés avec ce qu'ils ont trouvé sur un site en ligne depuis seulement quelques heures.

dimanche 27 février 2011

L'usure jusqu'à la corde

Sarkozy vient de procéder à un nouveau remaniement, prenant un prétexte qui n'abuse personne, mais permet de ne pas avouer que ses équipes sont usées jusqu'à la corde et qu'il n'est pas capable de les renouveler.

C'est Michèle Alliot-Marie qui a craqué la première, quatre mois après un remaniement censé avoir fait partir les canards boiteux et les éclopés. Ce qui lui arrive est un concentré du problème que rencontre Sarkozy. MAM est ministre depuis 2002, après l'avoir été de 1986 à 1988 puis 1993 à 1995. De 2002 à 2007, elle est ministre de la Défense, poste pour lequel elle semble faite, et où elle ne se débrouille pas trop mal. Aucun question ne se pose sur la légitimité à être au gouvernement. En 2007, elle reste, mais change de poste. Là encore, l'Intérieur colle assez bien à son image austère et rigide, et surtout, elle est le quota "vieille garde du RPR". La première faille apparait quand elle passe à la Justice en 2009, avec un rang de ministre d'Etat. Un troisième poste différent, c'est plus difficile a expliquer, ça commence à faire "généraliste" et "ministre à tout faire". Le coup de trop, c'est d'être restée au gouvernement comme ministre des affaires étrangères en novembre dernier. A ce stade, soit on progresse dans la hiérarchie, soit on part. C'est ce qu'à très bien compris Jean-Louis Borloo. Changeant une fois de plus de poste, elle perd ce qui lui reste de légitimité sur la compétence. L'arrivée de Juppé, lui aussi "vieille garde RPR" lui ote son atout politique. Elle peut sauter, elle ne manquera à personne. Reste plus que l'allumette à trouver.

Cette étincelle qui met le feu aux poudres, c'est comme souvent un truc con, qui n'a rien à voir avec l'exercice des fonctions ministérielles. MAM est depuis très longtemps en contact avec des hommes d'affaires tunisiens, grâce notamment à son mari, Patrick Ollier, qui est le "Monsieur Lybie" de l'UMP (il en faut bien un...). Elle a pris l'habitude d'y aller tous frais payés. Elle n'est pas la seule à le faire, loin de là, d'où un certain silence, notamment au PS, sur ce sujet. Une révolution au Maroc entre Noël et Nouvel an aurait nécessité plusieurs avions pour rapatrier tous les VIP français s'y trouvant à ce moment là. Robert Badinter a par la suite reconnu que l'ensemble de la classe politique s'est fait offrir des séjours au Maroc par Hassan II, qui n'avait rien d'un grand démocrate. Sauf que MAM est ministre des affaires étrangères et qu'elle se rend dans un pays où des émeutes ont lieu, et vont conduire à la chute du régime. Et ça c'est vu que MAM est allé se promener en Tunisie comme si de rien n'était. Il a fallu qu'elle s'explique, et comme souvent, sur ces sujets là, les politiques sont d'une maladresse dans nom. Rappelez vous, Hervé Gaymard et son duplex... Ils sont tellement déconnectés de la réalité qu'ils ne se rendent pas compte de leurs erreurs. MAM est complètement dans cette logique. Elle n'est pas la première, et ne sera sans doute pas la dernière, et c'est là le problème !

MAM ne comprend pas ce qui lui arrive, mais on se demande si Nicolas Sarkozy comprend, car pour entrer au gouvernement, il nomme Gérard Longuet. C'est à mon avis la pire erreur de son mandat. Longuet est exactement le profil qu'il ne fallait surtout pas nommer maintenant au gouvernement ! En terme de compétence, on ne voit pas trop ce qu'il vient faire à la Défense. Rien ne le désigne pour ce poste. Pour le coté renouvellement, on repassera, Longuet étant un revenant des années 80-90, qui avait réussi à entrer au Sénat en 2001 après avoir été battu aux législatives de 1997. C'est la figure du has been qui a réussi à revenir dans le jeu, alors qu'il aurait été préférable pour la démocratie qu'il aille voir ailleurs. Enfin, et c'est là le pire, en terme de déontologie, c'est une catastrophe. Ce type traine derrière lui une batterie de casseroles, de quoi remplir le Canard pendant plusieurs semaines. Mis en cause pour la construction de sa villa, pour le financement occulte du Parti Républicain, on vient d'apprendre dernièrement qu'il a été, pendant 15 mois, conseiller auprès du patron de GDF Suez, alors même qu'il était aussi sénateur. Alors que la commission Sauvé vient de rendre son rapport sur les conflits d'intérêts et qu'un projet de loi est annoncé, la nomination de Gérard Longuet fait tache, d'autant plus tâche que MAM est justement tombée pour un problème de "déontologie".

Dernier point qui fâche, l'arrivée de Claude Géant au ministère de l'intérieur. Certes, ça permet d'exfiltrer Hortefeux, autre maillon faible qui pouvait lâcher à tout moment. Certes, sa légitimité technique ne peut pas être remise en cause. Mais politiquement, que vient faire ce haut fonctionnaire à un tel poste ? C'est un peu le même syndrome que la nomination de Dominique de Villepin comme Premier ministre. Les présidents ont tendance à nommer leurs proches conseillers à des postes où ils devraient nommer des personnalités ayant une véritable stature politique. Cette arrivée affaiblit le gouvernement car il n'apporte pas de sang neuf. Sur qui repose désormais l'équipe gouvernementale : Fillon et Juppé, avec en deuxième rideau Lagarde, Baroin, Chatel et NKM ! Bien léger comme base politique !!

Alors qu'il aurait fallu de nouvelles têtes, techniquement reconnues dans leur domaine et déontologiquement irréprochables, Sarkozy nous sort un has-been vérolé et son directeur de cabinet. C'est assez minable et inquiétant pour l'avenir.

samedi 26 février 2011

Appeau à QPC

Les QPC n'ont pas fini de faire des ravages, et si on veut vraiment emmerder le parlement, c'est maintenant qu'il faut les lancer, pour qu'elles éclatent avant l'été et que l'on se retrouve avec des censures qu'il faudra réparer avant février 2012. On va certainement se retrouver à des réformes obligatoires, mais politiquement mal opportunes à la veille de la présidentielle. On peut penser que le président du Conseil constitutionnel ne se refusera pas ces petits plaisirs, voire même qu'il les épicera.

Je viens de tomber sur un magnifique appeau, sur une QPC en or, ultra-facile à soulever et à plaider, et qui est potentiellement dévastatrice pour le gouvernement. Deux articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers règlent la question de la circulation des étrangers. Ils délèguent la matière au pouvoir réglementaire.

Sur la base de l'incompétence négative, on devrait trouver de quoi faire sauter tout ça. Certains ont ouvert la voie, sur des dispositions moins susceptibles de mettre en cause des libertés publiques. Il suffit qu'un décret paraissent sur cette matière pour qu'un simple quidam l'attaque devant le conseil d'Etat en contestant la constitutionnalité de sa base légale.

Une réforme du droit de la circulation des étrangers en France à voter impérativement avant le 1er mars 2012, sous peine de voir tomber toute la réglementation sur le sujet, ça serait à mourir de rire !

vendredi 25 février 2011

La marginalisation des blogueurs

Hier soir, Eric Besson invitait un panel de blogueurs à venir diner au ministère. Comme toujours, beaucoup de réactions hystériques, pour un évènement qui finalement, n'apporte rien. En fait, c'est que de la comm', et ça ne marche que très modérément, le modèle commençant à se banaliser, donc à perdre en efficacité. C'est particulièrement vrai avec Eric Besson, déjà en charge du secteur en 2008 (c'est là qu'il fallait les faire, ces diners de blogueurs), dont l'image générale n'est pas très bonne et qui passe après une professionnelle de la comm'.

La rencontre intéressante, c'était celle de Sarkozy et des entrepreneurs. Le vrai pouvoir, il est à l'Elysée, c'est là qu'il faut aller frapper. Et de préférence avec des choses à demander. Si c'est pour échanger aimablement, ça ne sert à rien. Les blogueurs amateurs n'ont pas leur place à ce niveau du jeu, sauf peut-être un ou deux gros (au sens du nombre de visiteurs, bien entendu...) afin d'apporter des contre-points et des précisions. Globalement, en tant que blogueur amateur, je n'ai pas à me plaindre du pouvoir en place, je n'ai pas grand chose à lui dire et rien à lui demander. Aucune menace ne pèse sur mon activité (Masson est un clown qui n'est écouté nulle part dans les lieux de pouvoir). Si j'ai des choses à dire, c'est en tant que citoyen, pas en tant que blogueur.

Il faut arrêter de voir le web par le prisme des blogueurs, ce temps est révolu ! le web, c'est maintenant une affaire de professionnel, tant pour le commerce que pour la diffusion des idées. Ouvrir un blog est bel et bon, et quelques uns se lancent encore, mais désormais, l'essentiel se joue sur les réseaux sociaux et sur les sites de presse en ligne. A chaque fois, ce sont les journalistes qui sont les maîtres du jeu. Le "blogueur" est lu et vu s'il est repris par les sites de presse ou retwetté par un "forçat influent". Seuls quelques blogs émergent, parmi les plus anciens. A un nouveau qui se lance et qui a véritablement des choses intéressantes à dire (c'est à dire une infime minorité), plutôt que d'ouvrir un blog, devenez chroniqueur chez un pure-playeur. C'est ce que fait par exemple Jean-François Copé, en publiant régulièrement sur Slate. Moins contraignant et beaucoup plus efficace que de tenir un blog. Ces sites de pure-playeurs sont en plus très demandeurs de contributeurs de qualité. L'amateur qui tient son blog café du commerce est sympathique, mais sera de plus en plus marginal. Les regroupements qui, en 2005-2006, tenaient le haut du pavé se sont délités, laminés par la force de frappe des professionnels. Les blogrolls (à commencer par la mienne) ressemblent à des cimetières et l'essentiel de la conversation et de la recommandation, c'est facebook-twitter.

La liste des invités du diner Besson est éloquente. Certes, il y a des gens très intéressants, mais aucun ne représente plus que lui-même et son petit cercle. Aucun ne pèse vraiment en terme d'audience, malgré une certaine notoriété. En terme de représentativité, c'est le néant absolu ou presque. Qu'avaient donc à dire ces blogueurs au ministre en charge de l'économie numérique ? Emery Doligé a pu poser trois questions, dont deux ne portaient pas sur le numérique ou sur les compétences ministérielles d'Eric Besson. Je suppose que le reste était à l'avenant : beaucoup de politique générale et quelques questions très générales ou sur des points récurrents (hadopi, loppsi...) sur l'internet.

La société numérique, c'est désormais autre chose. Il y a des enjeux de pouvoir et d'argent qui sont devenus énormes. Beaucoup trop lourds pour de simples amateurs comme les blogueurs, qui de toute manière, n'ont pas les compétences pour les traiter. Le vrai boulot va se faire maintenant au sein du CNN, où il faut des chefs d'entreprise, des juristes, des techniciens de l'informatique et de l'internet. Le blogueur y aurait sa place en tant qu'usager, mais c'est à peu près tout.

En fait, ce diner chez Eric Besson, ça ressemblait à une rencontre en le directeur marketing d'une entreprise et un panel de consommateurs.

mercredi 23 février 2011

Qui décide de la politique étrangère ?

Un groupe de diplomates, qui se veulent les porte-voix de leur corps de fonctionnaire vient de publier une tribune dans le journal Le Monde, où il remettent clairement en question les choix de politique étrangère de l'actuel gouvernement.

Ce texte n'arrive pas maintenant par hasard. Le gouvernement est actuellement en difficulté sur ce sujet de la politique étrangère : effondrement rapide et imprévu des régimes politiques arabes, gestion médiatique contestable de l'affaire Cassez, déstabilisation de la ministre suite à ses vacances tunisiennes. Le coeur des reproches se résume à une contestation de la légitimité du choix politique de la fin d'une "autonomie française" en politique étrangère. Ce revirement de la politique étrangère française s'est traduite notamment par le retour complet au sein de l'OTAN.

Nicolas Sarkozy estime que la France n'a plus les moyens d'avoir une politique étrangère autonome, et que de toute manière, dans le monde actuel, ça ne sert pas les intérêts de la France. Son choix de déclasser les affaires étrangères dans l'ordre des priorités politiques est parfaitement légitime. C'est même justement ça, le rôle des politiques : dire ce qui doit prendre le pas et ce qui doit céder le pas. On peut comprendre que le Quai d'Orsay vive mal ce recul et de fait, il heurte très profondément les tenants de l'ancienne ligne politique, au nombre desquels on trouve d'anciens ministres qui se sont réellement investis sur le sujet comme Alain Juppé ou Hubert Védrine, ainsi que la quasi-totalité du corps diplomatique français, qui a choisi cette carrière parce que c'est cette politique là qui était menée et qu'elle était considérée comme prioritaire. Ils sont d'autant plus inquiets que ce changement politique implique une redéfinition assez sévère de la taille et de la fonction du réseau diplomatique.

En fait, cette tribune est un soubresaut supplémentaire, un signe de résistance face au tournant diplomatique majeur initié par Nicolas Sarkozy en 2007. Quand on lit une telle remise en cause d'un choix politique majeur par ceux-là même qui sont censés le mettre en oeuvre, on peut comprendre la faible confiance de Sarkozy vis-à-vis des diplomates et la dégradation des relations. Même si certains choix politiques sont très contestables (à quoi sert l'Union pour la Méditerrannée ?) toutes les erreurs ne sont pas imputables aux politiques. Personne n'a rien vu venir en Tunisie, pas même les diplomates qui y étaient en poste. Les torts sont largement partagés et si, dans beaucoup d'endroits, la ligne politique française est "illisible", c'est peut-être tout simplement parce qu'il n'y a plus de ligne politique française.

Personnellement, j'approuve le tournant diplomatique de 2007. La France n'a plus les moyens d'avoir une politique étrangère de grande puissance. On doit se concentrer sur quelques points forts et arrêter de vouloir intervenir sur tout. J'approuve aussi ce tournant car j'y vois la volonté de mettre fin, du moins de mettre en sourdine, une arrogance française qui nous fait du tort, et qui est justement très bien incarnée par nos diplomates. La France n'est pas plus intelligente que les autres nations et n'est pas le chevalier blanc qui, a lui seul, sauve la planète. Il était plus que temps que la France rejoigne le concert des nations occidentales, pour regrouper les forces des "vieilles nations occidentales" qui vont avoir fort à faire face à la Chine, à l'Inde, au Brésil et autres nations émergentes, quand ils viendront réclamer le poids politique qui va avec la puissance économique qu'ils sont en train d'acquérir. Au regard de ces enjeux, les petites préoccupations d'apothicaires de nos diplomates sont tout simplement ridicules !

lundi 21 février 2011

Etre ou ne pas être UMP

Une candidate aux cantonales dans le Maine-et-Loire (elle se reconnaitra...) se plaignait récemment sur twitter qu'un magazine national lui ait collé, sans rien lui demander, l'étiquette UMP. Elle s'insurgeait contre cet étiquetage, non pas tant parce que cette étiquette ressemble un peu à un boulet (un peu quand même), mais parce qu'elle ne s'inscrit pas dans le programme et la vision de ce parti et n'en est probablement pas adhérente. Ici même, des commentateurs me collent (avec plus ou moins de mauvaise foi) cette même étiquette UMP. J'ai beau leur dire que je ne suis pas adhérent de ce parti, ça ne leur fait ni chaud ni froid.

Le problème, c'est que les deux bords ont raison à leur manière. L'UMP est un parti, composé d'adhérents, ayant payé une cotisation. Ce parti occupe un positionnement "libéral-conservateur" mordant un peu sur le centrisme et pas mal sur l'extrême droite. Même si une personne n'est pas formellement adhérente de l'UMP au sens "ayant payé sa cotisation", si elle a un positionnement politique de droite classique, elle est dans le champ politique couvert par l'UMP. S'affirmer divers droite n'est malheureusement pas une réponse satisfaisante pour l'observateur extérieur, qui a besoin d'avoir un minimum de visibilité sur le positionnement politique. Divers droite est beaucoup trop flou pour répondre à cela. La Gauche n'a pas ce même problème, les sous-groupes y pulullent et permettent de préciser davantage les positionnements idéologiques. On peut être trotskiste, Communiste, Parti de gauche, Parti-socialiste de la motion A, B ou C (ce qui est très différent, même si parfois c'est subtil), Ecologiste membre de EELV ou pas, radical de gauche voire même chevènementiste (il en reste...). Si on ne trouve pas chaussure à son pied, reste à se dire divers gauche, mais c'est la dernière extrémité.

Je ne suis pas adhérent de l'UMP, et je me garderais bien d'en être. Pour autant, je me positionne comme libéral de centre-droit, sur le terrain de feu Démocratie Libérale. Cette formation ayant été absorbée par l'UMP, je n'ai d'autre choix que d'être divers droite ou UMP. Deux positionnements qui ne satisfont personne, ni moi, ni mes lecteurs. Il faut pourtant s'en contenter, faute pour la droite non-UMP d'être capable de créer une vraie force de centre-droit, malgré l'espace laissé par la droitisation de l'UMP.

Blog Marcel Gauchet

J'apprécie beaucoup la pensée de Marcel Gauchet, à mon avis le meilleur "intellectuel" français du moment. Un premier blog s'était créé autour de son travail, mais n'était plus alimenté depuis 2009. Un nouveau blog, tenu avec l'accord et le soutien de Marcel Gauchet, est en ligne avec notamment des podcasts et des inédits. Idéal pour suivre l'actualité d'un chercheur qui bien que connu et un peu médiatique, travaille et produit toujours. Pas le cas de tous ses confrères... Ne boudons pas notre plaisir !

vendredi 18 février 2011

L'étroitesse des niches

Depuis la réforme de 2008, les parlementaires disposent de semaines parlementaires, afin de mettre à l'ordre du jour leurs propositions de loi. Le gouvernement a vu très rapidement l'intérêt de transmettre plus ou moins discrètement leurs textes à des parlementaires "amis" afin qu'ils en fassent des propositions de loi. Cela évite de passer par le processus ordinaire des projets de loi (réunions interministérielles, conseil d'Etat) et d'avoir à se battre pour inscrire le texte dans la partie de l'ordre du jour réservée au gouvernement.

Mais ce système n'a pas que des avantages, surtout quand la proposition de loi est conséquente. D'abord, il n'est pas possible de déclarer l'urgence et de réunir une CMP au bout d'une lecture dans chaque chambre. Quand on est sur des petits textes, il n'est pas trop difficile d'arriver à un vote conforme en deuxième lecture, voire même dès la fin de la première lecture. Sur des gros textes, c'est mission impossible. On a donc le droit à deux lectures dans chaque chambre, donc quatre créneaux à trouver sur les semaines parlementaires. Celle-ci devenant avec le temps tout aussi chargées que les semaines gouvernementales, l'avantage disparaît. Deuxième souci, le calibrage des créneaux pour propositions de loi. Les parlementaires ne présentant généralement pas des textes très longs (ils seraient bien en peine de les écrire), on peut facilement caser au moins trois propositions de loi sur une semaine, voire plus. Chaque PPL ne dispose donc que d'une séance, en gros quatre à cinq heures. Pour une simple proposition de loi, c'est très largement suffisant. Pour un texte plus important, c'est beaucoup trop juste !

Roselyne Bachelot vient d'expérimenter cette limite avec la PPL dite "Fourcade", qui est en fait un projet de loi déguisé, destiné à réparer les bugs et oublis de la monstrueuse loi "hôpitaux santé et territoires" (134 articles à la sortie). Cette PPL a été déposée au Sénat et n'a bénéficié que de quatre heures en séance, ce qui est très insuffisant. Les sénateurs ont été obligés de s'arrêter à l'article 3bis, sur un texte qui en compte 17 ! La matière est sensible et surtout, on se rend bien compte qu'il n'y aura plus de texte "hôpital" avant 2012, l'idée d'une grande loi de Santé Publique ayant été abandonnée. Vu que c'est le dernier train, tout le monde se précipite avec ses amendements (81 ont été déposés) et l'opposition entend bien, à l'occasion de ce texte, "refaire le match" et rouler des mécaniques à destination des grands électeurs.

Il va falloir maintenant retrouver un créneau sur la prochaine semaine d'initiative parlementaire au Sénat. Les élections cantonales ayant lieu fin mars, ce ne sera pas avant avril. Ce texte va donc consommer deux créneaux, au détriment d'une vraie proposition de loi sénatoriale. Je souhaite bon courage au prochain sénateur qui tentera de caser un projet de loi déguisé dans une niche réservée à une proposition de loi...

jeudi 17 février 2011

Net neutralité, tour de chauffe

Ce matin, les députés examinaient une proposition de loi de Christian Paul, député PS, sur la neutralité du net. Elle sera très logiquement rejetée, comme 90% des propositions de loi socialistes. Mais ce débat aura eu son utilité, à plusieurs niveaux.

D'abord, on aura parlé neutralité du net en séance publique. C'est un signe que les responsables parlementaires reconnaissent l'importance du sujet (au moins au PS), car les créneaux sont rares. Rien que ça, c'est beaucoup. Le vecteur de la proposition de loi a été choisi, une résolution aurait sans doute été plus adaptée, mais c'est un détail.

Ce texte, qui a fait l'objet d'un important travail de préparation, est l'occasion pour le parti socialiste de présenter sa ligne politique sur internet, par le biais de l'auteur du texte, mais aussi par les propos des différents orateurs du groupe PS. Toutes les sensibilités ont été représentées, et les principaux spécialistes socialistes, Bloche, Paul, Erhel étaient là. Le programme du candidat socialiste à la présidentielle sur l'aspect "réseaux" a été globalement énoncé ce matin. Au passage, les socialistes ont amené l'UMP à se dévoiler en partie, même si le but du jeu pour les UMP était de ne pas dévoiler leurs batteries. Mais là encore, les vrais spécialistes étaient là, et leurs prises de position sont très intéressantes pour jauger la vision que la majorité porte sur cette question de régulation du net. Il faut reconnaître que le débat a été de bonne qualité et n'a pas été pollué par des interventions hors sujet. On aurait pu craindre que des représentants du lobby des industries culturelles ne viennent exprimer leurs habituels refrains. Il n'en fut rien et c'est tant mieux.

Enfin, ce débat a permis de faire parler le ministre, qui a quand même pris quelques engagements et donné pas mal d'informations, sur le sujet, mais aussi sur des points connexes comme le déploiement de la fibre. Le plus important est quand même cette phrase : "D’ailleurs, le respect des libertés fondamentales est parfaitement compatible avec la lutte contre les usages illicites d'internet : j’imagine qu’aucun d’entre vous ne penserait que le blocage de contenus pédopornographiques après la décision d'un juge ou – à une autre échelle – la réponse graduée de l’HADOPI ne menace pas la liberté d'expression sur internet". J'ai eu un instant de doute, mais il l'a bien dit, "après la décision d'un juge" pour le blocage des sites pédopornographique ! Il faut noter qu'à aucun moment, nous n'avons eu droit aux foutaises de l'internet civilisé... On peut ne pas être forcément d'accord sur tout ce que le ministre a dit dans son propos liminaire, mais enfin, c'est quand même ultra positif d'entendre un tel discours émanant d'un membre du gouvernement, dans le cadre le plus solennel et le plus "engageant", à savoir la tribune de l'Assemblée nationale !

Ce débat n'est qu'une étape. Des rapports vont arriver, avec notamment le livre blanc européen, le rapport de la mission d'information menée par Laure de la Raudière et Corinne Erhel. Les ordonnances de transposition du paquet télécom vont être prises, les quelques bricoles (qui ont leur importance) rajoutées à la suite de l'habilitation à prendre les ordonnances "paquet télécom" vont entrer en vigueur. L'essentiel, comme d'habitude, va se jouer dans l'application de la loi, dans la solidité des outils que l'on donne aux autorités chargées d'appliquer cette loi. Tout repose maintenant sur l'ARCEP, car il faut reconnaître qu'eux seuls sont en mesure d'avoir les informations techniques, de savoir et de comprendre ce qui se passe réellement.

Pour satisfaire les parlementaires, qui ont besoin de parler et de se sentir au cœur de la décision, il fallait un truc dans l'hémicycle. Les débats autour de l'habilitation à transposer le paquet télécom n'ont pas vraiment suffi. Ils ont eu, je le pense, le loisir de parler tout leur saoul. Au passage, cela a permis de donner quelques indications politiques qui ne seront pas inutiles aux différents acteurs, que ce soit le régulateur et les opérateurs. Les différents rapports permettront d'affiner ce cadre politique. Que cette proposition de loi ne soit pas votée est finalement très secondaire !

mercredi 16 février 2011

Armée mexicaine

L'UMP vient de sortir son nouvel organigramme. Plus de 200 personnes, c'est complètement dingue et irréel. Je me suis bien marré en le parcourant, notamment pour les secrétaires nationaux. Je les connais pour la plupart, vu que c'est rempli de députés. Il y a des titres ronflants qui ne contiennent que du vide. Un exemple, notre cher Benjamin Lancar, secrétaire national aux "nouvelles économies". C'est quoi les "nouvelles économies" ? Vu que Laure de la Raudière est toujours secrétaire nationale au numérique, je doute que Lancar ira s'aventurer sur le e-commerce et sur l'économie numérique. J'ai aussi repéré quelques chevauchements et découpages de territoires en peau de léopard.

De toute manière, cela n'a aucune importance. Il y a un patron, c'est Copé, qui dirige la boutique en liaison très étroite avec Sarkozy qui reste le leader de la majorité. A l'UMP, les secrétaires nationaux ne servent à rien. En terme de réflexion et de programme, l'UMP ne sert à rien, sinon de caisse de résonance à des idées glanées ailleurs. Secrétaire national de l'UMP, ça ne demande pas beaucoup de boulot (et j'en connais un paquet qui ne feront rien) et ça peut donner un titre pour exister sur des thèmes précis, justifier des déplacements, organiser des colloques et réunions.

Vu que ces postes sont purement décoratifs, Copé a décidé d'y aller à fond et de faire une tournée générale. Il a arrosé large, très large. A la limite, pour certains, la difficulté était de ne pas y être. Plus que les présences, ce sont les absences qu'il faut regarder. Ca ne changera rien à la politique française, sinon de faire gonfler les chevilles des quelques idiots qui se laisseraient tourner la tête par cette médaille en chocolat.

mardi 15 février 2011

Ingrid Betancourt II

Les médias nous ont tannés avec Ingrid Betancourt, voilà qu'ils remettent ça avec Florence Cassez. On retrouve exactement le même schéma : des proches qui ont réussi à faire monter la mayonnaise médiatique, à faire passer leur amie-parente pour une pauvre victime. Comme en plus c'est une jeune femme qui passe bien à l'image, avec ce qu'il faut de sordide et d'exotique, c'est la cliente parfaite pour occuper le terrain du story-telling émotionnel, justement laissé libre par Ingrid Betancourt. On recommence exactement les mêmes conneries, avec les comités de soutien, le terrorisme intellectuel qui interdit de dévier de la ligne ! Allez donc dire dans les médias qu'il faut arrêter l'acharnement et refermer le dossier Cassez. Vous allez vous faire arracher la gueule !

Ce qui m'agace le plus, c'est que le président de la République, et derrière lui la classe politique, se mettent à l'unisson d'une émotion médiatique savamment orchestrée, et sacrifient les intérêts du pays. Que l'on fasse du battage autour de cette histoire, passe encore, personne n'est obligé de s'y intéresser. Mais là, on franchit un pas important en créant un incident diplomatique grave avec le Mexique !

Je le dis très clairement, Florence Cassez ne vaut pas qu'on se brouille avec le Mexique. Certes la France doit aider ses ressortissants, mais pas n'importe lesquels et pas à n'importe quel prix. En plus, ça se trouve, elle est peut-être coupable. Même si le procès n'a pas forcément été exemplaire, il y a quand même des éléments à charge assez lourds. Si au final, on se retrouve une Florence Cassez aussi détestable qu'Ingrid Betancourt après sa libération, on aura tout gagné !

lundi 14 février 2011

Confrère blogueur

Un assistant parlementaire vient de se lancer dans le blog. Je ne peux que le féliciter et vous inciter à visiter régulièrement l'antre de Graoum. Il est socialiste, pro-Montebourg, ça permettra de troller d'échanger les points de vue.

En plus, il commence fort avec une petite vidéo où Valérie Boyer, député des Bouches du Rhône s'alarme qu'il n'y ait, dans son département que trois donneurs de sperme.

Je ne peux que vous inciter à le suivre !

Merci Monsieur Servier

En France, on peut réformer, mais dans d'étroites fenêtres de tir. La puissance des lobbies sur l'administration est telle que l'immobilisme est souvent la règle. Mais voilà que les laboratoires Servier sont sous le coup d'une grosse affaire avec son médiator. La spirale médiatique est lancée, le gouvernement vient d'annoncer que tout le système de surveillance sanitaire, qui a failli, va être réformé. Un bateau va donc quitter le quai, avec une bonne probabilité d'arriver à bon port, vu que les requins et sous-marins lance-torpille sont occupés à autre chose.

Les sénateurs en ont donc profité pour faire passer, dans le cadre de la PPL Fourcade, un amendement que je trouve assez magnifique. A l'occasion de ce texte clairement destiné à réparer les bugs de la monstrueuse loi "hopitaux, santé et territoire", les sénateurs ont glissé une obligation, pour les laboratoires de déclarer tout ce qu'ils ont versé, de manière directe ou indirecte, à des médecins et des experts. Tout cela sera bien entendu rendu public ! ça va saigner...

Les sénateurs s'appuient explicitement sur la commission Sauvé, sur les conflits d'intérêts, histoire de ne pas mettre en avant l'affaire du médiator. Non, ce n'est pas du tout une attaque contre le lobby des labos pharmaceutiques, c'est simplement un avatar de la nécessaire évolution de la gestion des conflits d'intérêts. Bon courage aux lobbystes du LEEM pour aller contre ça.

Le bateau est bien parti, mais il n'est pas arrivé à bon port. Pour l'instant, la disposition a été adoptée en commission au Sénat. Elle ne devrait pas être remise en cause lors de l'examen en séance publique, jeudi prochain. Mais il faudra aussi passer le cap de l'Assemblée nationale. Pas trop difficile non plus, car il faut que les politiques tapent un peu sur les labos pour satisfaire une opinion publique légitimement indignée de ce qu'elle apprend avec l'affaire du médiator. C'est après, dans les mesures d'application, que le lobbystes agiront. Il est précisé qu'un décret en Conseil d'Etat règlera tous les détails et que le texte n'entrera en vigueur qu'un an après le décret, et au plus tard le 31 décembre 2012. Ca laisse malheureusement tous le temps pour "retourner" le gouvernement et le faire déposer des amendements détricotant cette disposition, que la majorité godillote votera les yeux fermés. Je suis quand même raisonnablement optimiste, car l'onde de choc du Médiator n'étant pas prête de s'apaiser d'ici fin 2012, les politiques seront assez peu réceptifs aux demandes des labos de préserver leurs petites magouilles.

On est peut-être aux prémisses d'une véritable révolution, mais il convient d'être vigilant. Si, comme je l'espère, cette disposition entre en vigueur, ça va sérieusement assainir un milieu complètement vérolé. Pour cela, il suffit d'enlever le couvercle et de permettre à tout le monde d'avoir accès à l'information. Un seul regret, la loi ne vaut que pour l'avenir. Il aurait été amusant d'obliger les labos à publier ces infos pour les années passées !

samedi 12 février 2011

Panurgisme révolutionnaire

C'est bon, après Ben Ali, Moubarak vient de quitter le pouvoir. Le troupeau des moutons s'est instantanément tourné vers l'Algérie, qui hier encore, n'intéressait guère. Je n'ai pas les instruments de veille sophistiqués des professionnels, mais rien que sur Twitter, le déplacement est frappant. Ainsi va le panurgisme des révolutionnaires en peau de lapin, ceux qui regardent les autres faire leurs "révolutions" en s'extasiant et en fantasmant depuis le confort douillet d'une veille démocratie qui n'offre plus la possibilité d'être soi-même révolutionnaire. On projette alors sur d'autres, surtout quand ils nous renvoient l'image que l'on attend, celle d'un "peuple qui se libère".

Les évènements de Tunisie et d'Egypte ont comblés nos révolutionnaires en chambre, qui ont suivi, relayé, retweeté jusqu'à plus soif le moindre micro-évènement. Le storytelling a battu son plein, avec des noms pour le mouvement, des figures emblématiques. Preuve de la répercutions de cela, la mairie de Paris, complètement en phase avec cette mouvance, s'est empressée, sans le moindre recul, de donner à un lieu parisien le nom d'une de ces figures emblématiques. Tout est dans l'émotion. Pourtant, il faut reconnaitre que nous n'y sommes strictement pour rien dans ces évènements, que nous n'avons pas exercé la moindre influence. Notre passion pour ces révoltes est d'abord une question de narcissisme. Nous soutenons ces peuples, car ils proclament haut et fort qu'ils nous prennent comme modèle politique. En plus, les dictateurs ont eu la bonne idée de ne pas craquer tout de suite, faisant durer un plaisir d'autant plus fort que la fin était connue.

Juste une question. Parmi tout ces révolutionnaires par procuration, combien sont allés en vacances, ces dix dernières années en Egypte ou en Tunisie ? Est ce que cela les a effleurés que ces pays étaient déjà des dictatures ? J'ai comme l'impression que beaucoup le découvrent subitement, en allumant leur téléviseur depuis la fin décembre. Et combien oublieront bien vite ces deux pays quand le spectacle aura cessé d'être amusant, palpitant et surtout aussi valorisant pour notre ethnocentrisme ?

vendredi 11 février 2011

Citoyens et fabrication de la loi

J'ai donc assisté à la conférence sur la place des citoyens dans le processus législatif. Les débats étaient intéressants, mais vu que je suis quand en plein coeur du sujet, je n'ai pas appris grand chose. L'essentiel a toutefois été dit, et notamment que nous sommes dans un processus lent.

Il faut d'abord que les outils existent. On a parlé de nosdeputés.fr et de ses différentes fonctionnalités, mais aussi de la refonte en cours du site de l'Assemblée nationale. Sur le sujet, j'ai une divergence de vue avec Laure de la Raudière, qui estime que le site de l'Assemblée devrait faire ce que nosdéputés.fr fait actuellement. Je pense que l'institution "Assemblée nationale" se doit d'être au dessus des partis, et ne peut donc pas analyser l'activité des députés. Dès qu'on le fait, on porte un regard sur ce que doit être l'activité d'un député, et ce regard est forcement subjectif. Ce que l'institution doit faire, c'est mettre à la disposition de tous les données brutes, et que chacun puisse s'en emparer, exactement comme le fait regard citoyens. Ces derniers s'efforcent d'être "au dessus de la mêlée", mais rien n'interdit d'analyser le travail des députés sous un angle beaucoup plus "politique". Ce n'est pas sur les outils que je suis inquiets, car ils sont globalement bons.

Il faut aussi que les acteurs s'emparent de ses outils et en fassent usage. Les citoyens, mais aussi les députés. Et là, il y a du boulot, tant du coté des citoyens que des députés. Les usages possibles des réseaux sociaux et du 2.0 en général ont pourtant été bien repérés lors de cette conférence. Du coté des parlementaires, il y a d'abord la veille, qui permet de détecter des informations qui passent d'habitude sous le radar des médias, qui permet aussi de rencontrer des personnes techniquement très compétentes, mais qui ne sont pas dans les circuits habituels du lobbying. Il y aussi dans l'autre sens un canal de communication beaucoup plus "ciblé" que les moyens ordinaires. On ne touche pas tout le monde, mais des communautés bien précises, et parfois, c'est ça qui est utile, non pas que l'ensemble de la population soit un peu au courant, mais qu'un groupe bien précis soit très au courant de l'activité du parlementaire.

Il y a enfin l'usage "entre-deux" qui porte sur le coeur du travail législatif, l'écriture de la loi. Les outils d'écriture collaborative existent, nosdéputés.fr a cette fonctionnalité. De son coté, l'assemblée nationale tente, maladroitement, d'amener les citoyens à contribuer sur les études d'impact. L'avenir est là, mais ça prendra du temps. Il faut que les parlementaires comprennent qu'il faut rendre compte, donner des retours et accepter de ne pas être les maîtres de la discussion (même si in fine, c'est eux qui écrivent la loi). Il faut aussi sans doute trouver les bons niveaux pour l'usage des outils, et que les groupes parlementaires s'en emparent, car c'est clairement eux qui ont les moyens de les faire vivre et d'en tirer le maximum de profit. Il faut enfin que les citoyens apportent des contributions à vraie valeur ajoutée, et s'abstiennent de confondre ces outils collaboratifs avec des forums où ils peuvent déverser leur bile et leurs opinions personnelles qui n'intéressent qu'eux.

En fait, tout est en place, il faut maintenant avancer. Ca prendra du temps, mais ça viendra !

jeudi 10 février 2011

Le citoyen et le processus législatif

Dans le cadre de la social media week, un débat est organisé ce soir, à l'Assemblée nationale (salle Colbert) sur le thème : Quelle place pour le citoyen au coeur du processus législatif. Parmi les intervenants, une députée, Laure de la Raudière, Benjamin de Regards Citoyens (qui réalise notamment nosdéputés.fr), Robin Berjon, Luc Mandret (qui fut blogueur à ce que j'ai compris) et Matthieu Lerondeau de la Netscouade.

Différentes questions permettent d'orienter et "d'angler" le débat : quel rôle des médias sociaux dans l'élaboration de la loi ? Peuvent-ils permettre aux citoyens de participer réellement au processus législatif ? Quelle écoute des réseaux sociaux de la part des députés ? J'ai quelques idées sur la question.

Compte rendu subjectif ici même après le débat, et sans aucun doute live-tweet pendant la conférence.

mercredi 9 février 2011

Combler le vide de l'attente

La présidentielle, c'est pour bientôt, mais c'est quand même trop tôt pour sortir du bois. Pour certains, candidats d'ores et déjà évidents comme Sarkozy, Marine Le Pen ou Mélenchon, ce n'est pas trop compliqué à gérer. Par contre, chez les centristes ou au PS, c'est plus compliqué et le but du jeu est, pour l'instant, d'éviter de sombrer dans le ridicule. Pas gagné...

Au PS, le candidat sera choisi cet automne. Certains espèrent que DSK se lancera dans la course. Il semble qu'il ait envie d'y aller, mais toute annonce de candidature entraîne mécaniquement sa démission de son poste de directeur général du FMI (ben oui, le FMI n'est pas en France...). Son but est donc de se déclarer le plus tard possible. Tous ses soutiens ont été à la manoeuvre en interne pour retarder au maximum l'échéance. Mais en attendant, le silence du grand chef à plume, c'est pas terrible pour mobiliser et maintenir les troupes sur le pied de guerre. C'est qu'il faut faire face à la folle du Poitou et au baron de la Corrèze et ne pas trop perdre de terrain. On en arrive à interpréter les moindres pets de travers. Le dernier exemple en date, cette exégèse, par l'un des prêtres de la secte, d'une petite phrase de la femme du chef qui dit qu'elle n'a pas envie qu'il fasse un deuxième mandat. Prochaine étape, la lecture dans le marc du café qu'il vient de boire ?

Les centristes ne sont pas en manque. Eux aussi sont très divisés, avec plusieurs candidats à la candidature qui le sont, mais sans le dire, du moins pas ouvertement. Ils se lancent alors dans un tango à donner le tournis. On créée une confédération entre deux groupuscules, qui n'empêche pas l'un des deux membres d'aller draguer un troisième pour qu'il les rejoignent. Mais attention, on ne fait pas ça n'importe comment, il faut des conditions préalables, qui peuvent être éventuellement suspensives. En fait, chacun essaye de piéger l'autre, de récupérer la "dynamique d'union" à son profit, ou du moins cherche à empêcher l'autre d'en profiter. Et il n'ont pas encore abordé le programme et les divergences de fond. J'attends avec amusement la rédaction de la partie de programme "laïcité" entre radicaux et démocrates-chrétiens.

Le mieux serait encore de se taire, tellement ces petites manœuvres sans intérêt discréditent la politique, qui n'a rien à gagner à cet étalage d'hypocrisie et de combinazzione. Demander à des politiques de se taire, c'est sans doute trop leur demander, surtout quand il s'agit d'un sujet qui leur tient à coeur : la distribution des postes !

lundi 7 février 2011

La curation

Je suis allé cet après midi à la conférence sur la curation organisée dans une annexe du conseil régional, dans le cadre de la "social média week". J'y suis entré dubitatif sur le concept, j'en suis sorti pas convaincu du tout. Je n'ai certes assisté qu'à la première table ronde, mes obligations familiales m'amenant à partir prématurément. De ce que j'ai capté, la curation, c'est une sorte de tri et d'organisation des contenus.

Même si j'ai beaucoup d'amitié pour les organisateurs, ce concept de curation m'apparait comme un emballage nouveau d'une vieille fumisterie, aussi vieille que le web, celle de la démocratisation. Avec internet, on devient tous des génies, tous producteurs. En fait, c'est largement faux. Internet a permis d'élargir le groupe des producteurs de contenus (dans lequel j'inclus ceux qui trient et diffusent intelligemment), ce qui est déjà beaucoup. Mais tout le monde n'est pas producteur, loin de là. Retweeter ou appuyer sur le bouton "like", ce n'est pas de la curation ou de la production de contenu intelligent. Il faut au minimum bloguer (et encore, pour dire quelque chose) ou tweeter des liens en apportant une valeur ajoutée. Une vraie production de qualité demande du temps, du talent et du travail. C'est vrai dans le virtuel comme dans le réel, car ce sont les mêmes. S'ils sont médiocres dans la vie réelle, il est rare qu'ils deviennent des génies sur internet. Ce média permet juste à certains d'exprimer pleinement un talent qui peut être bridé dans la vie réelle, mais qui existe. A condition de se donner de les moyens de l'exprimer, car ça ne vient pas tout seul. Pour la curation comme pour le reste...

Ce mirage est en fait le coeur même de la publicité : "venez tous faire partie de cette petite élite restreinte". Ce message, quand il est adressé a tout le monde, perd tout son sens, mais comme chacun le reçoit individuellement et peut le croire destiné à lui seul, ça marche encore. Cela permet de vendre des produits, des services. Il n'y a pas si longtemps, un certain loïc vendait des blogs comme ça, et le pire, c'est que ça a très bien marché ! Aujourd'hui, c'est pour nous faire aller sur des sites, afin de générer de la page vue, nous faire ouvrir des comptes sur twitter, nous faire cliquer fébrilement sur des like en nous faisans croire que cela a une importance capitale.

Petite récolte de PPL

La récente fournée de propositions de loi est assez maigre en quantité (seulement 13). Mais la qualité est toujours au rendez-vous ! Comme d'habitude, pas grand chose qui tienne la rampe pour une inscription à l'ordre du jour, sauf la PPL Estrosi visant à abaisser la majorité pénale à 16 ans. Mais comme le président du groupe UMP semble peu disposé à laisser les délires sécuritaires s'exprimer par la voie législative, elle restera dans les tiroirs.

L'urbanisme arrive en force, avec deux propositions de loi, l'une de Christian Kert, l'autre de Daniel Fasquelle sur les recours en justice. Le premier veut obliger les juges à se prononcer dans un délai assez court, l'autre veut éviter les recours dilatoires. Quand on voit des PPL aussi connexes émerger par des circuits totalement indépendants, c'est qu'il y a un souci et qu'on verra le sujet resurgir au détour d'amendements. Avis aux spécialistes du sujet, ça risque de bouger, soyez prêts, voire même prenez les devants en proposant une réforme clé en mains. On trouvera toujours un parlementaire pour la déposer.

Les droits des victimes sont encore et toujours à la mode, avec cette fois ci une proposition de loi destinées à mieux faire reconnaître que les personnes prises en otage sont des victimes. Avec derrière, bien entendu, une meilleure indemnisation. Au passage, on déboule sans prévenir et avec des gros sabots dans le code pénal en faisant de la prise d'otage une infraction autonome. Et bien évidemment, pas la moindre disposition de coordination !

On les croyaient disparues, et bien non, elles bougent encore : les lois mémorielles. La communiste Marie-Hélène Amiable vient d'en déposer une dédiée à la mémoire des victimes de l'OAS. Tout y est : l'interdiction de glorifier ceux qui ont tripatouillé avec l'OAS (il est vrai qu'il n'y a rien de glorieux à poser des bombes), "reconnaissance des souffrances" des victimes, dérogation à la loi de 1881 pour que tous les propos négatifs sur ces victimes soient sanctionnés. Ils ont au moins eu la décence de ne pas demander une indemnisation financière pour ces victimes. En fait, cette PPL est davantage écrite pour empêcher toute évocation positive de l'OAS.

Dans le lot, il y a la PPL sympathique, mais totalement irréaliste. Cécile Dumoulin propose d'instaurer un stage obligatoire en cours de classe de seconde au sein d’une association reconnue à but social, environnemental ou humanitaire. C'est mignon, mais vu comme on a du mal à caser les stagiaires de troisième, c'est complètement irréaliste de croire que ces associations seront en mesure "d'absorber" tous les élèves de seconde. Ils ont en plus autre chose à faire.

Comme toute fournée, il y a la PPL écrite par un lobby, où il ne reste plus qu'à mettre le nom du parlementaire. C'est Guehael Huet qui s'y colle en déposant la PPL que le syndicat des indépendants a envoyé à tous les députés. Elle n'est pas si mal que ça, mais beaucoup de choses ont déjà été faites sur l'accès au crédit pour les PME, le sujet est un peu figé. De toute manière, la puissance du lobby bancaire est telle à Bercy que cette PPL n'a strictement aucune chance.

La PPL Estrosi étant hors concours, la palme de la PPL la plus "comment dire..." revient à Yves Vandewalle, qui propose, ni plus ni moins que de faire payer les gens du voyage pour l'entretien des aires qui leurs sont dédiées. L'argumentation est assez culottée : "toutes les communes de plus de 5 000 habitants doivent réaliser ou participer financièrement à la réalisation et à la gestion des aires d’accueil. C’est une lourde charge supplémentaire qui les fait parfois hésiter. Et d’autant plus que ces communes se voient contraintes de demander des efforts supplémentaires à leur population sédentaire, y compris aux plus modestes. C’est pourquoi il paraît justifié de transformer l’obligation de gestion et d’entretien qui pèse sur les communes en une faculté. En outre, la plupart des membres de la communauté des gens du voyage disposent de moyens suffisants pour assumer les charges liées au stationnement sur les aires d’accueil (eau, assainissement, électricité et prestations de service)". Transformons les aires d'accueil des gens du voyage en camping municipaux ! Il fallait y penser...

vendredi 4 février 2011

Conflits d'intérêts et petites combines

Le tribunal de Lille vient de condamner Pierre Mauroy et Lyne Cohen-Solal à une peine symbolique (20 000 euros d'amende avec sursis) pour un emploi fictif. Bien que les deux accusés s'en défendent, assurant qu'un travail a été effectivement effectué, ils n'ont pas convaincu le tribunal. Il est vrai que des doutes peuvent exister quand le président PS de la communauté urbaine de Lille embauche une élue parisienne, par ailleurs salariée du parti socialiste, pour un travail de "relations publiques". Même s'ils se connaissent et ont déjà travaillé ensemble, quand il s'agit d'argent public, il faut faire gaffe. Les français ne comprennent plus que certains jobs ne sont pas une question de de quantité de temps passé, mais de qualité du travail. Je le vois bien dès qu'il s'agit du travail parlementaire.

Il y a une dizaine d'année, DSK a failli passer à la casserole pour des faits du même genre, à savoir une prestation intellectuelle ne laissant que peu de preuves de son existence, sauf un gros chèque en faveur de l'intéressé. Je pense qu'aujourd'hui, il ne s'en tirerait pas aussi bien. Cette condamnation est une preuve d'une évolution. Pareillement, il y a encore 15 ans, Jacques Chirac aurait bénéficié d'un non-lieu et n'aurait pas été renvoyé en correctionnelle.

Après ça, les socialistes vont avoir du mal à convaincre vouloir mettre fin au cancer des conflits d'intérêts et des copinages qui minent notre élite, vu qu'ils sont mouillés jusqu'au cou ! Il n'y a qu'à voir ces journalistes qui font des "ménages" ou des piges scandaleusement rémunérées, cette circulation des énarques entre la haute fonction publique, les cabinets ministériels et le privé. Après tout cela, on s'étonne d'une perte de confiance des citoyens. Personnellement, je ne suis pas étonné. Il y a en France un véritable problème de consanguinité des élites, qui donne de véritables dégénérés, qui sont là on se demande pourquoi (en fait si, on le sait) qui arrive toujours à se recaser et qui sont tout étonner qu'on vienne leur chercher des poux parce qu'ils bénéficient d'un HLM de la ville de Paris ou qu'un ami tunisien leur a payé des vacances. Le drame est là : ils ne se rendent pas compte à quel point tout cela ne passe plus dans la population !

Le mot "éthique" semble avoir disparu de leur vocabulaire. Ils sont coupés du peuple. Lors des fêtes de fin d'année de 2010, combien d'entre eux ont passé leurs vacances en Tunisie ou au Maroc ? Un bon paquet ! Qui a payé quoi ? mieux vaut ne pas le savoir...

Quelle est la solution ? Je ne la voit pas, sinon par une prise de conscience de l'élite de l'indécence de leur comportement. On n'y est pas ! La "Révolution" ? on n'y est pas non plus ! Je crois davantage dans le changement de génération, ceux qui sont nés entre 1945 et 1955 étant de toute manière irrécupérables. A cet âge là, on ne change pas, on cherche à faire durer en se moquant complètement de ce qui pourra advenir ensuite. Je crois d'autant plus à ce changement de génération que même les "jeunes pousses" de l'élite, ceux qui ont fait les "grandes écoles", n'ont pas grandi en se gavant comme leurs aînés. Eux aussi sont confrontés aux prix élevés de l'immobilier, car à moins d'être très forts, en début de carrière, on ne bénéficie pas du logement de fonction. Ils ont des amis, des relations de leur âge qui leur permettent de sentir ce qui est acceptable. Enfin, eux aussi ont grandi à une époque où le principal moteur, c'est la peur du chômage et du déclassement.

Cela reste un espoir, qui se concrétisera (ou pas) quand on aura mis les Pierre Mauroy (83 ans) et Lyne Cohen-Solal (64 ans) à la retraite. Et ils ne semblent pas désireux de laisser la place. Il va bien falloir les virer, prendre les commandes et changer un certain nombre de choses.

mardi 1 février 2011

Le problème de la vidéo

Le sujet de la net neutralité est très à la mode à l'Assemblée nationale en ce moment. Une mission d'information menée par Corinne Erhel et Laure de la Raudière finalise son rapport, après de très nombreuses auditions. Une proposition de loi de Christian Paul doit être discutée en séance le 17 février prochain.

J'ai eu l'occasion de travailler un peu le sujet et j'aimerais livrer ici quelques réflexions un peu iconoclastes. Enfin, au moins une. De tout ce que j'ai entendu, un problème revenait constamment, celui de l'engorgement des réseaux, par l'explosion de la demande et des trafics, avec pointé du doigt, la vidéo. Il y a une croissance exponentielle des visionnages de vidéos, sur tous les supports, même ceux qui ne sont pas les plus adaptés (la vidéo sur smartphone, c'est pas fabuleux...). Non seulement cette explosion de la vidéo engorge les réseaux, mais en plus, elle rend les flux asymétriques, remettant en cause bien des équilibres, à commencer par ceux des accords de transits et de peering. On développe toutes sortes de systèmes pour tenter de faire face (multiplication des CDN et des caches) mais sans arriver à une vraie solution.

Je prend le problème par un autre bout. Et si on disait clairement que le visionnage de vidéos n'est pas un usage prioritaire, que ça relève du pur divertissement. Et si on décidait de créer un internet à deux vitesses avec d'un coté les vidéos sur service géré (et donc payant) et de l'autre le reste de l'internet avec un réseau ouvert et neutre. Avec les télévisions connectées, la différence de statut entre un contenu "internet" et un contenu "audiovisuel" (au sens de la loi de 1986 pour la France) aura perdu tout sens. On trouvera exactement les mêmes contenus véhiculés sur les réseaux réservés à l'audiovisuel et sur internet. C'est quand même un peu idiot de répartir les fréquences et les tuyaux en fonction du statut juridique de la vidéo, surtout quand ces différences de statut n'ont plus aucun sens.

Spécialisons donc certaines fréquences ou certains réseaux pour les vidéos, avec des formules payantes pour permettre d'avoir le débit suffisant, et laissons le reste des tuyaux à toutes les autres applications, qui en auront bien besoin. Avec le développement de l'internet des objets et des smards grids, de plus en plus d'infrastructures critiques dépendront de la qualité du réseau. Plutôt que de construire des réseaux dédiés pour ces services qui ne posent pas, à priori, de problèmes d'engorgement, isolons ceux qui posent problème. Il suffit d'une réglementation pour assurer que des tuyaux suffisants seront attribués à l'internet public, et c'est bon.

Personnellement, je consomme peu de vidéos, et beaucoup de celles qui sont mises en ligne n'ont qu'une faible valeur ajoutée informationnelle. C'est rigolo tant que ça ne gêne pas, mais à un moment, il faut faire la part de l'important et de l'inutile et ne pas hésiter à sabrer dans l'inutile. Si vous voulez continuer à faire mumuse avec vos vidéos de lolcats, et bien il faudra payer. Internet a changé de nature, ce n'est plus un terrain vague sur lequel les geeks peuvent s'amuser en gaspillant de la ressource. C'est devenu le coeur de l'espace public, avec des priorités décidées en fonction des besoins de la société toute entière.