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mardi 29 mars 2011

Pourquoi DSK va se planter

Dominique Strauss-Kahn ne sera jamais président de la République française. J'en ai l'intime conviction. Il ne sera jamais président car il n'arrivera jamais à se faire élire. Une campagne présidentielle est très dure, très violente et demande des qualités que DSK n'a pas, en tout cas pas assez au regard des adversaires qu'il va devoir affronter.

Commençons par les broutilles. DSK se fera certainement attaquer sur son épouse, vedette médiatique, et sur son "appétit sexuel" qui lui a valu une mésaventure au FMI (les anglo-saxons ne plaisantent pas avec ça). Ces attaques là glisseront sur DSK sans l'atteindre, car le segment d'électorat qui pourrait y être sensible (les vieux et les cathos) ne voteront pas DSK, de toute manière, et pour d'autres raisons. A Gauche, ils s'en foutent complètement des histoires de moeurs. A la limite, ce serait positif pour DSK qui pourrait se prétendre victime des tenants de l'ordre moral.

Un peu plus sérieux, son rapport à l'argent. Il va falloir qu'il dévoile l'étendue de sa fortune (et celle de sa femme), qu'il parle de sa villa à Marrakech et d'autres biens de prestige dont il dispose. C'est une exigence qui touchera tous les candidats pour 2012 (et qui sera plus forte qu'en 2007), mais c'est DSK qui risque d'avoir à s'expliquer plus que les autres, car contrairement aux moeurs, une partie de son électorat naturel (du moins celui qu'il vise) risque d'être davantage gêné par ça. Il faudra qu'il s'explique aussi sur cette vieille affaire de la MNEF, où il a été blanchi par la justice, mais qui n'a pas été soldé dans l'esprit du public. Comment peut-on toucher des sommes importantes pour des prestations de service dont il ne reste aucune trace, et qu'on a même du mal à prouver. Cela va entraîner DSK a s'expliquer sur l'activité d'avocat d'affaires, sur le rôle exact que joue un consultant, sur la légitimité de la rémunération (et de son montant) et sur les problèmes de conflit d'intérêt. La perception du public a beaucoup évolué sur ces sujets depuis 1999, ce qui rend ce terrain très glissant pour DSK.

Politiquement, il va falloir qu'il assume son bilan de directeur général du FMI. La gauche de la gauche ne va pas se gêner ! Pour l'instant, on ne sait pas grand chose, ça n'intéresse pas les français, mais du jour où il sera candidat, on va voir arriver des "témoignages" des "ravages" provoqués par l'action du FMI. Le coté social de DSK va en prendre un sacré coup. Toutes les explications rationnelles et intelligentes qui pourra proposer DSK ne pèseront rien face à l'image de cette pauvre famille grecque jetée à la rue à cause du "FMI". Ce poste de directeur général du FMI est un piège monstrueux pour un homme de gauche. DSK s'y est vautré.

Mais par dessus tout, le problème vient de DSK lui-même. Il veut le pouvoir, c'est absolument certain, mais il n'a pas envie de s'emmerder à être candidat. On l'a bien vu en 2006, lors de la campagne pour les primaires, où lui et son quasi-jumeau, Laurent Fabius, se sont fait éclater par Ségolène Royal. Ils parlaient à l'intelligence, elle parlait aux tripes. Il n'y a pas eu photo. On sent que DSK "n'aime pas les gens", qu'aller à la rencontre de l'autre, ça lui pèse, sauf si l'autre est de son milieu. En cela, DSK me rappelle furieusement Balladur. J'attends de voir DSK dans le rural profond, seul (sans ses conseillers et ses fiches), dans une ferme du fin fond de l'Auvergne, face des paysans en difficulté (vous savez, ceux qui se suicident...). DSK face de l'humain à l'état brut, face à des gens radicalement différent, je ne sais pas ce que ça va donner.

En fait, DSK a toujours évolué en vase clos, dans un milieu protégé. Il n'a jamais connu une élection difficile. En 1986, il s'est fait parachuter tête de liste en Haute-Savoie (élu à coup sur) et après, il s'est trouvé un fief de gauche, Sarcelles, le genre d'endroit où même une biquette serait élue si elle est investie par le PS. Pour affronter une campagne présidentielle, il faut avoir pas mal d'heures de vol et savoir naviguer par gros temps. Depuis 1981, tous les présidents de la République sont des "survivants", des types qui ont réussi à se relever après des échecs importants. L'Elysée, ça va se chercher, ça ne tombe pas tout rôti dans le bec...

lundi 28 mars 2011

Nouvelle défaite de la Droite, et pas la dernière

Ces cantonales 2011 sont une nouvelle défaite pour la Droite. Certes, elle a repris le Val d'Oise, mais elle a perdu le Jura et les Pyrénées Atlantiques, ainsi que la Réunion (mais l'Outre-Mer, c'est toujours compliqué). La Savoie et la Loire devraient rester à Droite, mais grâce au soutien d'indépendants, donc avec une majorité fragile. Dans beaucoup de départements (quasiment tous), la gauche progresse. François Hollande que l'on pouvait penser en difficulté en Corrèze s'en sort finalement avec un siège de plus de majorité. On a vraiment l'impression d'un rouleau compresseur qui fait basculer les départements les uns après les autres, et ceux qui ont été sauvés par la droite ce coup-ci sont ceux qui tomberont la prochaine fois. Le grand chambardement de la réforme territoriale ne pourra sans doute pas grand chose contre cette lame de fond.

Le sujet le plus important était quand même le FN. Globalement, ça c'est bien passé, le FN n'a eu que deux conseillers généraux, dans les secteurs où il est le plus en pointe. Le FN a progressé en voix, mais n'a pas réussi à franchir la barre, faute d'un soutien de l'UMP, qui refuse toujours la stratégie d'alliance sans laquelle le FN est incapable de transformer ses voix en élus. Il faut quand même noter qu'une part non négligeable des électeurs de droite n'ont pas hésité à voter FN face à un candidat socialiste, mais rien de massif. Un premier examen un peu rapide et sommaire sur quelques cantons montre que les situations sont très contrastées, et que même dans les duels entre droite et FN, il arrive que le candidat FN progresse de manière non négligeable. Il va falloir analyser finement, mais ça demande du temps. Il faudra aussi faire la part du vote politique des questions de personnes. L'exemple type de cette complexité est le canton de Noailles dans l'Oise, où Jean-François Mancel affrontait un candidat FN. Ce dernier a progressé de 1165 voix, alors que Mancel progressait de 1495 voix. Pour mémoire, le candidat PS avait eu 1587 voix au 2ème tour et un divers droite en avait eu 586.

La question d'une éventuelle alliance avec le FN va continuer à pourrir l'UMP de l'intérieur. Les centristes qui refusent absolument cette alliance ont les moyens de faire triompher leur point de vue dans l'immédiat, mais les partisans d'une alliance ne sont pas prêts de désarmer, car ils se sentent confortés par les scores du FN. Un débat aura lieu, qui sera renvoyé à une date ultérieure sans être tranché. Sans doute la pire solution pour l'UMP et sa survie, car la gueguerre interne va continuer et creuser encore davantage le fossé entre l'aide droite et l'aile gauche. Lorsque la question se reposera à nouveau, en 2012, le débat n'en sera que plus violent.

L'autre question, la plus urgente pour l'UMP, c'est la présidentielle. Les chances de Marine Le Pen d'être au deuxième tour sont très fortes (c'est même quasi-certain). Quand on est capable de qualifier pour le second tour des octogénaires sur leur seule étiquette FN, je n'ose imaginer le résultat de Marine Le Pen, "bête médiatique" sur-entrainée et "neuve" dans le paysage. Si les socialistes sont assez intelligents pour écarter DSK et mettre un candidat solide (Hollande ou Aubry), je ne donne pas cher du candidat UMP, quel qu'il soit. J'ose encore moins imaginer ce qui va se passer aux législatives en cas de victoire du candidat socialiste au second tour contre Marine Le Pen, où nombre de députés UMP qui ne penseront qu'à sauver leur peau, ne seront pas très regardants sur la provenance des voix. Les digues risquent de lâcher et l'UMP explosera durablement, car il faudra du temps pour calmer les haines et lever les anathèmes.

On aura alors un paysage politique français très nouveau, avec un bloc "FN-aile droite de l'UMP" qui fera dans les 35% au premier tour et un centre droit qui fera autour des 20-25%. Leur mésentente et leur refus d'alliance (les reports de voix seront mauvais) au second tour ouvrira une voix royale au parti socialiste.

samedi 26 mars 2011

Le retour à l'équilibre des finances publiques

Le gouvernement vient de déposer le projet de loi constitutionnelle sur l'équilibre des finances publiques. Au delà de la communication qui peut être fait autour de ce texte, il convient d'abord de voir ce qu'il contient véritablement.

Le mécanisme proposé est d'ériger les lois de programmation, actuellement purement indicatives, en "lois-cadre" ayant une valeur juridique s'imposant aux lois de finances. Il est complété par une obligation de faire passer toute mesure relative à "l'assiette, le taux, les modalités de recouvrement des impositions de toute nature". Avec ça, le Conseil constitutionnel pourra censurer comme cavalier toute disposition financière se trouvant dans un texte de loi ordinaire, et il pourra censurer les dispositions d'une loi de finances ordinaire qui ne respecte pas les plafonds et enveloppes fixées par les lois cadres. Vu comme ça, c'est parfait. Dans les faits, beaucoup d'imprécisions demeurent.

Il faudra prendre une loi organique pour préciser des choses qui sont absolument essentielles. La constitution se contentera de dire que la loi cadre fixe le montant maximum des dépenses, ainsi que le montant des hausses ou des baisses d'impôts. Elle fixe aussi que l'objectif est d'arriver à l'équilibre des finances publiques. A loi organique de préciser la durée d'une loi cadre. Il n'apparaît pas illogique, puisque les séquences politiques sont désormais de 5 ans, qu'une nouvelle majorité qui arrive en place vote immédiatement une loi cadre pour la durée de la législature. Autre point qui relève de la loi organique et qui a beaucoup plus d'importance, la fixation des dispositions de la loi cadre qui s'imposeront aux lois de finances et aux lois de financement de la sécurité sociale. On est là sur un premier recul dans la rigueur du mécanisme de contrôle : toutes les dispositions de la loi cadre ne s'imposeront pas. On peut par là vider de sa substance la réforme en fixant un cadre minimal qui permet de faire à peu près ce qu'on veut en loi de finances ordinaire.

Beaucoup de questions se posent en terme de droit constitutionnel. On sait depuis longtemps que le Conseil Constitutionnel peut être très créatif et qu'avec une demie-phrase, il peut bâtir une jurisprudence en plusieurs tomes. Il est clair que ce projet de loi constitutionnel exprime une volonté clair d'équilibre des finances publiques. Le Conseil constitutionnel ne va pas tarder à faire prendre toute sa mesure à ce principe, sans doute en l'érigeant en grand principe constitutionnel. Il va entrer dans le stock des normes qui permettent de contrôler toutes les dispositions législatives, examinant si elles ne sont pas trop dispendieuses au regard du résultat qu'on en attend. On a eu un prémisse avec la décision du 20 janvier 2011 sur la suppression des avoués, qui a vu naître "l'exigence de bon emploi des deniers publics". Nul doute que si ce texte est adopté (ce n'est pas gagné), on aura des censures pour "coût excessif pour les finances publics au regard du déficit et de l'avantage attendu de la mesure". Le législateur peut mettre ce qu'il veut dans sa loi organique, il n'évitera pas les censures pour autant. Ça permet de rééquilibrer...

Autre point qu'il faut relever, le texte du projet de loi parle de l'équilibre "des comptes des administrations publiques". Deux indications essentielles : on parle de comptabilité et on parle d'administrations publiques. Puisqu'on parle de comptes, c'est Bercy et seulement Bercy qui sera à la manoeuvre. C'est déjà le cas, mais là, ce sera verrouillé constitutionnellement. Il faudra penser, lors du prochain renouvellement partiel au conseil constitutionnel à y faire entrer un expert-comptable. Plus important encore, le périmètre. Administrations publiques, c'est l'Etat et ses dépendances, la sécurité sociale, mais aussi les collectivités locales, les caisses de retraite complémentaires. Il va falloir articuler tout cela avec le principe de libre administration des collectivités locales inscrit à l'article 72 de la Constitution. Je souhaite bien du plaisir à ceux qui vont devoir s'en occuper !

Enfin, le meilleur pour la fin, ce texte aura des incidences non négligeable pour la décision politique et la délibération parlementaire. Il y a deux logiques dans l'examen des textes. Deux choix possibles, tout aussi logiques : soit on examine les textes par matière thématique, l'aspect financier étant un chapitre parmi d'autres, soit on réserve certains aspects, le financier par exemple, pour certains textes afin d'avoir une vision globale des engagements financiers. Ce texte pousse très loin le choix de l'examen séparé des aspects financiers. Les implications sont importantes. On va renforcer l'emprise des commissions des finances, qui jusqu'ici, ne pouvait pas être présentes sur tous les textes législatifs, et voyaient apparaître ici et là des niches fiscales, qu'il est difficile, voire impossible de supprimer une fois qu'elles sont créées. Avec ce texte, il suffit d'être là en force sur le budget pour tuer dans l'oeuf toutes ces niches fiscales. De fait, les textes "ordinaires" vont être dépouillés de leur aspect financier, ne laissant que le bavardage et les mesures strictement législatives. On risque de compenser la perte du financier par un surcroît de bavardage et de mal-législation, histoire de continuer à faire croire qu'on agit. A l'inverse, on peut avoir moins de textes, car on sait que certains n'ont pour seul but que d'organiser et d'habiller l'arrosage d'argent public sur un secteur, et on va assister à des discussions plus animées en loi de Finances.

Ce texte est en fait un élément d'une chaîne qui comprend aussi la loi organique d'application, la jurisprudence du conseil constitutionnel et la pratique parlementaire. L'ampleur de la réforme dépendra beaucoup de la volonté politique au moment de l'examen de la loi organique et des lois cadre. Comme tous les outils constitutionnels, il est ce que la pratique en fera. Le tout est d'anticiper ce que la pratique pourra bien en faire, ce qui n'est pas évident, mais pas insurmontable non plus, quand on connait le fonctionnement intellectuel du personnel politique et son volontarisme dans les réformes qui peuvent perturber leurs équilibres et leurs modes de fonctionnement...

vendredi 25 mars 2011

Marine Le Pen a parfois raison

Notre Johnny, icône nationale, a déclaré dans une interview qu'il n'était pas très enthousiasmé par la classe politique, et dit ensuite tout le mal qu'il pensait du Front national. Il s'est fait remettre sèchement à sa place par Marine Le Pen : "quand on est un évadé fiscal, on se fait discret" et on évite de ramener sa fraise sur les questions de politique nationale. Et c'est encore plus vrai quand on est un artiste qui profite des mesures protectionnistes que sont les quotas de diffusion visant à protéger les intérêts de l'industrie culturelle française.

Je dois avouer que sur ce sujet, je partage son agacement, et je ne dois pas être le seul en France. Etre citoyen, c'est participer à la vie de la collectivité, en s'exprimant par le vote, mais aussi en participant aux charges publiques en fonction de ses capacités contributives. Un certain nombre de citoyens fortunés ont choisi de ne plus payer d'impôt en France, ou tout au moins d'en payer le moins possible. C'est quelque part un acte symbolique important de retrait de la communauté nationale. Alors quand ces personnes ont en plus l'indécence de se poser en donneurs de leçons, on a envie de les baffer ! Commence par prendre ta part des charges de la collectivité, puisque tu en bénéficies, et après, tu pourras l'ouvrir. Personnellement, ça m'énerve encore plus quand les prises de position se veulent "éthiques et solidaires". Le record est sans doute détenu par Yannick Noah...

L'une des grandes forces de Marine Le Pen, c'est de dire un certain nombre de choses très largement partagées dans l'opinion, et de le dire clairement, sans langue de bois. Du fait d'une consanguinité de recrutement dans les deux grands partis de gouvernement, les petites connivences et les ménagements réciproques font que l'opposition ne joue plus son rôle de dénonciation des abus et des excès. Comment taper sur son voisin de riad à Marrakech quand on est soi-même mouillé dans les mêmes pratiques et compromissions ? Jean-Luc Mélenchon la suit sur le même chemin, avec un succès à peu près équivalent auprès des classes populaires. Le succès est encore plus grand pour Marine Le Pen, quand l'électeur de base fait la comparaison entre ce qu'il entend dans les propos de Marine Le Pen et les "condamnations" unanimes d'une "gauche bien-pensante" qui donne des leçons, mais ne fait pas son boulot d'opposition, c'est à dire autrement qu'à fleurets mouchetés.

Le Front national prospère avant tout sur le double échec des élites. Échec économique d'abord, avec un fort taux de chômage et de précarité frappant les couches populaires. Échec moral également, car ces mêmes élites s'en sortaient personnellement plutôt pas trop mal, ayant bien soin de se mettre, eux et leurs enfants, à l'abri du marasme dans lequel ils abandonnent les autres. Il ne faut pas croire que les couches populaires soient idiotes. Elles comprennent que les temps peuvent être difficiles, mais le problème vient quand ils sont moins difficiles pour certains, et que ce sont toujours les mêmes qui sont premiers dans la file de distribution.

mercredi 23 mars 2011

PPL du 10 mars 2011

Une nouvelle fournée de propositions de loi a été mise en ligne le 10 mars 2011. Comme d'habitude, beaucoup de déchets et quelques éléments intéressants.

Une baisse très nette de l'activité des pizzaiolos est à noter. J'ai retenu une proposition "sécuritaire" assez soft, de Patrice Calméjane, qui propose d'associer les citoyens à la surveillance de leur quartier. Si cela se fait pas mal aux USA, cette semi-privatisation d'une fonction régalienne n'est pas trop dans notre culture. Il y aurait même une proposition pas mal du tout de Jacques Myard (comme quoi tout arrive) qui propose de dispenser de stage de formation les retraités de la police et de la gendarmerie qui souhaitent devenir policiers municipaux.

Par contre, on sent que la campagne électorale arrive. C'est le temps des cadeaux et des postures. Les députés qui s'occupent des anciens combattants viennent de déposer une proposition de loi qui est en fait un amendement de loi de finances déguisé, visant à accorder aux anciens combattants dont la pension de retraite a été liquidée avant 1999, un avantage financier dont ne bénéficient jusqu'ici que ceux qui ont pris leur retraite après 1999. Le nombre de cosignataire est assez impressionnant. L'enjeu électoral n'est pas neutre non plus, les anciens combattants étant un lobby particulièrement actif. Dans le même état d'esprit, Jean-Pierre Giran a déposé un texte visant à durcir la prise en compte des campagnes promotionnelles des collectivités locales dans les comptes de campagne. Enfin, trois députés marseillais viennent de déposer un texte très directement tourné contre les dockers du port de Marseille, sous le titre évoquant la continuité du service public dans les grands ports maritimes. Visiblement, ce n'est pas eux qui ont écrit ce texte. On peut donc penser qu'il pourrait être inscrit à l'ordre du jour si jamais la CGT du port de Marseille voulait encore mettre le bazar.

Les socialistes ne sont pas en reste avec cette proposition de loi d'Yves Durand, sur le décrochage scolaire, qui est un véritable manifeste "une autre école est possible". A condition toutefois d'y mettre les moyens.

Enfin, on termine le tour (rapide) des propositions de loi qui tiennent techniquement la route avec quelques propositions un peu légères, qui sont des amendements pompeusement baptisés propositions de loi. Eric Straumann soulève une question intéressante sur la dévolution du nom de famille pour les enfants nés de parents non mariés. Michel Hunault propose d'étendre les règles anti-corruption qui touchent les agents sportifs aux footballeurs et dirigeants de clubs.

On arrive maintenant dans le lourd !

Bien évidemment, la démagogie est au rendez-vous. La palme est remportée par Noël Mamère, avec sa proposition de loi visant à "porter de trois mois à un an le délai de prescription des propos injurieux ou diffamatoires à caractère homophobe". Le communautarisme victimaire dans toute sa splendeur ! Il est talonné de près par ses collègues communistes Candelier et Gremetz, qui proposent un moratoire de 5 ans sur le versement de dividendes aux actionnaires de sociétés françaises.

Si Jacques Myard a pu faire une proposition intelligente, il est bien vite revenu à son niveau ordinaire, avec cette proposition d'intégrer les parties civiles dans les débats sur les décisions d'aménagements de peine. Ca sent bon le "droit des victimes" et un institut qui milite pour le rétablissement du droit de vengeance privée. Je m'attend au pire quand on examinera le projet de loi sur les jurés populaires en correctionnelle.

Enfin, on termine par les propositions de loi qui ne tiennent pas la route et qui ridiculisent leur auteur. Démagogique, réglementaires, mal écrites juridiquement, elles ont tout pour faire pleurer le juriste. Dans cette fournée où, comme d'habitude on a l'embarras du choix, j'ai sélectionné la proposition de loi de Pierre Morel à l'Huissier sur l'internet par satellite pour les zones rurales. Visiblement, il ne connaît rien au sujet, nous créé un nouveau zonage qui a toute les chances de déboucher sur une nouvelle usine à gaz technocratique assaisonnée d'une ouverture des vannes de la dépense publique. Le pire, c'est que les dispositifs actuels recoupent déjà en grande partie cette proposition. Il lui aurait suffit d'aller faire un tour sur le très riche site de l'Arcep pour s'en rendre compte, et prendre conscience du ridicule de sa proposition de loi. J'ai aussi beaucoup ri à la lecture de la proposition de loi de Dominique Dord...

mardi 22 mars 2011

Semaine décisive

La fracture entre aile gauche et aile droite de l'UMP n'arrête pas de se creuser. Après la déchéance de nationalité, où les centristes ont obligé Sarkozy à manger son chapeau, voilà qu'ils ruent dans les brancards concernant la position prise par Sarkozy et Copé pour les consignes de vote du second tour des cantonales. Il est vrai que Sarkozy a fait un pas de plus dans le rapprochement avec le FN. Il n'appelle pas à voter FN, mais ne jete pas non plus l'anathème. C'est un pari, risqué, mais qui peut être payant. Il ne sert à rien de braquer des électeurs qui, de toute manière, voteront FN quelques soient les consignes. N'étant pas frontalement diabolisé, le FN peut difficilement appeler à faire perdre l'UMP dans les seconds tours où tout va se jouer sur les reports de voix FN sur les candidats de droite.

Bien évidemment, les centristes de l'UMP n'apprécient pas. C'était prévu. Il y a juste un petit détail qui grippe la mécanique : François Fillon a clairement basculé du coté centriste sur cette affaire. C'est la première "révolte ouverte" de Fillon, mais elle intervient dans un contexte où il commence à apparaître comme un recours possible à un crash de Sarkozy. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose qui émerge.

François Fillon s'est volontairement "écrasé" médiatiquement comme premier ministre, au point qu'on en venait à le considérer comme politiquement inexistant. Lourde erreur. Il a d'abord montré une capacité de survie étonnante en se maintenant à Matignon alors que Sarkozy pensait le virer. Il a conservé de nombreux atouts, à commencer par une véritable autorité sur les parlementaires, et plus globalement sur les élus. Ne s'étant pas surexposé médiatiquement, il a une image de sérieux et de discrétion qui plait au coeur de l'électorat de droite. Enfin, on lui connait des rivaux, mais pas véritablement d'ennemis. Il est en bons termes avec tous les clans de droite, que ce soit les sarkozystes (ou ce qu'il en reste), les villepinistes, les centristes, la droite populaire.

Fillon qui entre dans le bal, ça peut changer beaucoup de choses. Si les sondeurs l'intègrent dans leurs hypothèses, on pourrait avoir des surprises (ou des confirmations). C'est encore un peu tôt, mais on va sans doute vers un François Fillon recours de la droite, soit avant la présidentielle comme candidat de substitution, soit comme leader après la défaite de Sarkozy. Cette semaine va être décisive, car Fillon ayant pris le pari inverse de Sarkozy et Copé, il y aura un gagnant et un perdant au soir du second tour, suivant que les électeurs du FN se sont correctement reportés ou pas sur les candidats UMP.

lundi 21 mars 2011

Premier tour de cantonales

Commenter les résultats d'un premier tour des cantonales est un exercice très compliqué. Seule la moitié de la France est concernée, les résultats ne sont que partiels, même s'ils sont quand même significatifs. C'est une élection très éclatée, car la situation politique d'un canton est spécifique, avec des équilibres entre communes qui ne se retrouvent pas forcement dans d'autres scrutins. Enfin, il y a les questions de personnes, l'élection cantonale étant la seule qui peut se jouer sur une personne plus que sur un étiquette politique. Un sortant connu et apprécié peut se présenter sans étiquette et être confortablement réélu. Le phénomène de "refus de l'étiquette UMP" que certains ont cru découvrir à l'occasion de ce scrutin n'est pas un phénomène nouveau. Juste un exemple, le groupe majoritaire au conseil général de la Haute-Savoie, c'est celui des "Sans Etiquette-Divers Droite". Cela s'est peut être davantage vu cette fois, du fait d'une conjoncture nationale pas évidente pour l'UMP.

Que retenir d'un scrutin. En premier lieu le vainqueur. Une élection sert aux citoyens à exprimer leur ressenti, leur colère ou leur adhésion, mais sert aussi à désigner des élus. Le vrai résultat des cantonales, on l'aura au soir du 2ème tour, quand on aura la composition des conseils généraux et qu'on verra qui bascule vers où. La tendance qui semble se dessiner au soir du premier tour, c'est un quasi statu quo. Seuls quelques départements bougeront, et il se pourrait que le gain pour la gauche soit très limité. Dans certains endroits, ça se jouer à pas grand chose.

Deuxième élément, l'UMP a toujours un problème vis-à-vis de son électorat. Le FN a un peu progressé en voix, mais pas tant que cela, et sa présence importante au second tour est due à une forte abstention, notamment de l'électorat de droite. On va se retrouver dans la situation des régionales, avec un signal identique d'électeurs UMP qui votent avec leurs pieds (hier, j'ai voté...). A gauche, on observe surtout une stabilité, avec un front de gauche qui se remplume (le PCF devrait sauver ses deux conseils généraux) et des écolos qui continuent à s'implanter dans les territoires. Une analyse plus fine est difficile, du fait de la sépcificité de ce scrutin, où le poids des personnalités joue beaucoup.

Les résultats du deuxième permettront de voir le seul élément vraiment important à mes yeux, à savoir la porosité UMP-FN. Quels reports de voix de l'UMP et de la droite en général vers le FN, et à l'inverse, quels reports FN vers la droite "classique". On pourra mesurer l'impact réel de l'action de "respectabilisation" du FN de Marine Le Pen. J'ai bien peur que l'effet soit fort, et qu'une partie des électeurs de droite, devant un choix PS-FN n'aillent vers le FN en nombre plus important que les précédentes fois. Jean-François Copé a envoyé un signal net. En déclarant "laisser leur liberté" aux électeurs de droite, il leur dit clairement qu'ils peuvent voter FN, cela ne le dérange pas...

vendredi 18 mars 2011

Quand la question se pose...

François Fillon est obligé d'intervenir pour dire que c'est bien Sarkozy qui sera le candidat UMP à la présidentielle en 2012. Quand on dit ça, c'est que la question se pose. Et si elle se pose, c'est qu'il y a des éléments sérieux pour qu'elle se pose.

Sarkozy est-il le mieux placé pour faire gagner l'UMP en 2012 ? C'est une question qu'on se pose beaucoup à l'Assemblée nationale. Nombre de députés savent parfaitement que leur sort est lié à la présidentielle. Si la Gauche l'emporte, ils seront balayés ! Ils auront pu avoir fait leur boulot de manière excellente, ça ne changera rien.

Et c'est vrai que la question se pose très sérieusement. Les derniers sondages sont pris avec grande prudence. On sait ce que vaut un sondage à un an de la présidentielle et ce n'est pas le niveau très élevé de DSK qui inquiète. Le problème, c'est le niveau désespérant bas de Nicolas Sarkozy, dont le socle, bien que solide, est insuffisant pour assurer sa réélection. Le souci, c'est l'ampleur du rejet qu'il suscite, notamment auprès d'électeurs de droite, qui pourraient être tentés de voter pour Marine Le Pen.

Le vrai danger, c'est elle. Elle a conservé les électeurs de son père en gardant ce poujadisme anti-élite qui attire tous les déçus. Elle a aussi gardé le simplisme des solutions, qui rend la communication si facile. Pas besoin d'expliquer, de nuancer, il suffit d'asséner et de flatter des préjugés qui ne demandement qu'à être confortés. Par contre, là où elle est forte, c'est qu'elle a réussi à larguer l'héritage sulfureux, le parfum d'antisémitisme. Marine Le Pen peut prétendre n'avoir rien à voir avec l'Algérie française, les mouvements ultra-violent des années 70, voire même le racisme crasse des années 80 et 90. Elle arrive encore à donner une image d'une droite dure mais respectable.

Pour Sarkozy, le piège est en train de se refermer. Depuis 2007, ayant vu le danger, il a donné beaucoup de coup de barre à droite, au point de s'aliéner l'électorat de centre droit (moi par exemple). Cet électoral modéré s'est détaché de Sarkozy et le point de non retour a sans doute été atteint l'été dernier avec la séquence autour des Roms et du discours de Grenoble. Le souci de Sarkozy, c'est qu'il a perdu son aile gauche, sans pour autant gagner beaucoup sur son aile droite...

Deux paris, tout aussi risqués, s'offrent à la droite. Le premier est de garder Sarkozy et de continuer sur une ligne très à droite pour contenir Marine Le Pen. Mais pour cela, il faut un autre candidat au centre qui évite la fuite de ces électeurs vers l'abstention ou vers le centre gauche. Jean-Louis Borloo pourrait jouer ce rôle. Le danger est que Sarkozy n'arrive que troisième, avec un Borloo quatrième. L'autre pari est de faire le deuil des électeurs de la droite dure et de lancer la chasse au centre, quitte à donner quelques signaux à l'aide droite pour éviter une trop forte hémorragie. Marine Le Pen serait peut-être au second tour, mais l'identité de l'évincé n'est pas évidente, surtout si les socialistes investissent DSK un mauvais candidat. Ca peut être le pari gagnant. Mais Sarkozy n'est pas le candidat de droite dans cette option. Celui qui s'impose, c'est François Fillon...

Le débat n'est pas encore officiellement ouvert à droite, mais c'est clair qu'une partie des élus UMP y songe de plus en plus, au point de susciter une mise au point de François Fillon. C'est comme quand un ministre mis en cause dans un scandale annonce qu'il est exclu qu'il démissionne...

mercredi 16 mars 2011

Rebelles subventionnés

Rue89 se fait l'écho d'une information qui cadre parfaitement avec sa ligne éditoriale : la DRAC aurait remis en cause une subvention à une compagnie qui voulait monter un spectacle sarcastique sur les discours de Sarkozy. Bien évidemment, hurlement immédiats à la censure...

D'abord, il n'y a pas censure. La DRAC, pas plus que la préfecture, n'ont interdit la tenue de ce spectacle. La compagnie théâtrale est parfaitement libre de se produire où elle veut, en se moquant comme elle l'entend du chef de l'Etat et des hommes politiques. Il y aurait censure à partir du moment où il y aurait interdiction de se produire ou poursuites judiciaires sur le contenu du spectacle. Ce n'est pas le cas !

Quel est le fond du problème ? Un subvention de ... 3000 euros, remise en cause par la DRAC. Il ne faut pas grand chose pour les fragiliser, ces "artistes contestataires", qui ne semblent pas capable de trouver d'autres financements que l'argent public. Certes, la DRAC s'est montré assez frileuse, surtout vu le montant qui n'est pas astronomique. Mais en même temps, ils n'ont pas non plus à subventionner tout et n'importe quoi ! Il n'y a pas un "droit à la subvention publique" en matière culturelle. Ces "artistes" veulent jouer les rebelles et les contestataires, et bien qu'ils assument !! C'est trop facile de vouloir jouer sur les deux tableaux, d'être à la fois un rebelle qui se moque du pouvoir en place, tout en mangeant au râtelier des subventions publiques.

C'est malheureusement trop souvent le cas des antisarkozystes et contestataires de tout poil, qui veulent le beurre et l'argent du beurre. Etre rebelle, ça a un coût qu'il faut accepter d'assumer. Etre privé d'une subvention de 3000 euros, c'est pas énorme comme coût. Qu'ils aillent un peu dans d'autres pays, se moquer du pouvoir...

mardi 15 mars 2011

Emplatre sur jambe de bois ?

Patrick Ollier vient d'annoncer la naissance d'un nouveau comité théodule, le comité de suivi de l'application de la loi. L'idée est louable, la sortie des décrets d'application étant un problème récurrent. Mais je vois mal ce que va apporter ce comité.

Ce machin, sous la présidence théorique du ministre, et sous la direction effective du SGG comprendra beaucoup de monde (on parle d'une cinquantaine), surtout des membres des cabinets ministrériels. Trois grands raouts annuels, pour faire le point sur la sortie des décrets. Il doublonnera juste avec le travail mené par les sénateurs, qui permettent de voir tous les ans qui a bien fait son boulot ou pas, et où sont les problèmes. Ce comité est clairement un outil dans la main du secrétariat général du gouvernement pour obliger chaque ministère à venir à une réunion pour se faire éventuellement taper sur les doigts, à charge de répercuter sur les services concernés.

Il faut être clair, les retards sont dus à la complexité des décrets à prendre, aux obligations de prendre des avis, et parfois, il faut bien le dire, à la mauvaise volonté des services administratifs. Un exemple récent est donné avec le décret 2011-219 du 25 février 2011, pris en application d'une loi de 2004. L'avis de l'ARCEP remonte au 13 mars 2008. 7 ans pour sortir un décret, il faut le faire. C'est là qu'on s'aperçoit qu'en fait, nombre de décrets ne sont pas forcement utiles. On a très bien fonctionné sans ce décret 2011-219, qui pose plus de problèmes qu'il n'en résout. Ce n'est donc pas trois raouts par an qui vont régler le problème de fond.

La vraie solution serait une plus grande transparence des processus. Il faudrait que le service administratif chargé d'un décret soit obligé d'établir, en concertation avec un comité "indépendant", c'est à dire pas composé de collègues, un calendrier de sortie du décret, en tenant compte de sa complexité et des obstacles prévisibles. L'avancement du processus est publié, et chaque retard sur le calendrier doit être justifié. Eventuellement, on pourrait prévoir des sanctions en cas de retards injustifiés. La justice peut déjà donner injonction de prendre le décret, avec astreinte par jour de retard, mais ce moyen est bien peu utilisé. On pourrait coupler ça avec une ouverture des données sur le contenu des avis, voire sur des consultations systématiquement ouvertes à tous.

Tout cela veut dire changer en profondeur la culture de la décision administrative. On se heurterait sans doute à des grands obstacles... C'est pourtant la seule manière d'y arriver. Autrement plus efficace qu'un énième comité théodule !

lundi 14 mars 2011

Nucléaire encore et toujours

Le grave incident nucléaire qui vient d'avoir lieu au Japon a suscité une vaste opération de communication politique de la part des écologistes français. Alors même que l'on ne sait pas tout (car l'incident est toujours en cours), les voilà qui prennent appui sur l'émoi médiatique pour demander une sortie du nucléaire. Leur refrain est connu, leur technique de communication basée sur l'émotion aussi. Pour autant, c'est toujours aussi amusant de les voir balancer leur discours en se gardant bien d'aller jusqu'au bout de leur raisonnement.

Oui, l'énergie nucléaire peut représenter un vrai danger. En même temps, c'est sans doute, en "fonctionnement normal" le meilleur mode de production d'énergie. Très peu polluant, produisant une énergie peu couteuse, avec un potentiel d'évolution technologique énorme. Sauf que quand ça pète, ça fait très mal. C'est exactement le même schéma pour le transport aérien. En fonctionnement normal, c'est bien plus rapide que tout autre mode de transport, ce qui est l'avantage essentiel attendu. Par contre, quand ça pète, en général, tous les passagers y passent, alors que sur les autres modes de transport, il y a plus de chances de s'en sortir en cas d'accident. Pour autant, personne ne va réclamer la suppression de l'aviation civile au moindre crash d'un avion de ligne.

Le problème est en fait né en 1945, avec les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, qui ont permis de mesurer le potentiel destructeur d'une bombe nucléaire. L'horreur ainsi révélée a marqué dès l'origine les esprits, et a "chargé" dès le départ le nucléaire civil d'un bagage très encombrant. Cela a obligé les constructeurs de centrales nucléaires à mettre en place des règles de sécurité draconiennes et c'est tant mieux. Cela n'a pas empêché les accidents, mais globalement, ils n'ont pas été trop nombreux. Pas au point de faire basculer le rapport coût avantage.

Beaucoup d'observateurs "censés" ont rappelé ces derniers jours que toute technologie présente des risques, mais que ces risques peuvent être acceptables en fonction des avantages. Pour le nucléaire, les risques existent, on vient d'en parler. Mais ce sont uniquement des risques, alors que pour d'autres énergies, les inconvénients ne sont pas des risques mais des réalités. Les rejets de CO2 des centrales à charbon sont une réalité, pas un risque. Et jusque ici, pas grand chose n'a été fait pour limiter ces rejets. Le nucléaire ne connaît pour l'instant qu'un seul problème, celui des déchets, mais des solutions (pas toujours satisfaisantes, notamment à très long terme) ont été mises en place.

Du coté des avantages, il y a la capacité de production d'énergie, en grande quantité et à bas coût. Avec derrière des évolutions technologiques à venir, faisant l'objet d'importantes recherches. Vu notre consommation d'énergie, qui ne va pas en diminuant, vu l'arrivée des chinois, des indiens, des brésiliens et de beaucoup de pays émergents, les besoins vont exploser. Il va falloir y répondre, et la seule solution actuellement disponible (l'augmentation de la consommation, c'est maintenant) est le nucléaire.

Refuser le nucléaire civil, c'est condamner le monde à une grave pénurie énergétique. Avec toutes les conséquences géopolitiques que cela comporte... Les morts et les irradiés des catastrophes nucléaires, ce n'est rien à coté des millions de morts d'une nouvelle guerre mondiale. Bien que certains aillent aux vacances aux Maldives, je doute que beaucoup de ceux qui se montrent sur les plateaux des télévisions françaises mesurent bien l'attente énorme des habitants du Tiers monde, qui entrevoient enfin une réelle progression de leur niveau de vie. La pression sur les dirigeants de ces pays, et en premier lieu la Chine, est phénoménale. La course aux matières premières est déjà très féroce.

Nous n'avons tout simplement pas les moyens, en France, de renoncer au nucléaire civil et de revenir complètement aux centrales charbon et pétrole. Nous serions encore plus dépendant des cours des matières premières et des approvisionnements. Nous ne pourrions sans doute pas, dans un avenir assez proche, assurer une couverture énergétique satisfaisante, et répondant aux demandes de la population. Il faut arrêter avec le mythe du solaire ou de l'éolien. A moins de couvrir notre territoire d'éoliennes et de panneaux solaires, ces deux sources ne couvrirons pas les besoins. Il faudra alors assumer une "décroissance obligatoire". Pas sur du tout que les français acceptent cela...

Derrière cette position des écologistes, on perçoit une crainte du risque telle qu'elle fait basculer le rapport coût avantage. Leur aversion au risque est telle qu'il estiment moins important les avantages en terme de quantité et de coût de l'énergie produite. C'est très révélateur d'un état d'esprit, qui a déjà fait de gros dégâts avec la charte de l'environnement et la sacralisation du principe de précaution. On serait au Néolithique, ils demanderaient sans aucun doute l'interdiction du feu. Trop dangereux (ça brule), polluant. Et franchement, on ne voit pas ce que ça apporte, puisqu'on arrivait bien à vivre sans.

jeudi 10 mars 2011

Les racines chrétiennes

La lecture de cet éditorial des inrocks est une démonstration parfaite de l'incapacité d'une partie de la gauche à penser le fait religieux.

Cet éditorial assimile l'héritage chrétien aux positions de l'église catholique. Il faut signaler qu'il y a des chrétiens non catholiques, comme par exemple les protestants, qui se revendiquent des mêmes textes fondateurs que les catholiques, à savoir les évangiles. Ensuite, ça diverge un peu, les catholiques rajoutant des couches inutiles de dogmes, mais fondamentalement, ce sont les mêmes racines. Et il se trouve que les protestants ne partagent absolument pas la plupart des positions catholiques qui sont critiquées dans cet article. Au XIXe siècle, les protestants sont très progressistes. L'épine dorsale des dreyfusards est composé en grande partie de protestants. On peut donc se dire chrétien sans partager les positions qui sont critiquées dans cet éditorial !

Mais ça ne s'arrête pas là ! Comment ne pas voir que les idéaux mis en avant comme la démocratie ou le suffrage universel ne sont que les valeurs évangéliques laïcisées ! Les philosophes des Lumières ont remis à l'honneur des valeurs de l'Évangile que l'église catholique, plus préoccupée de pouvoir temporel que de message évangélique, avait complètement oubliés ou dévoyés. Au passage, ils les ont débarrassées de leurs oripeaux "religieux" pour les transposer dans un autre champ. Toutes ces valeurs démocratiques étaient déjà largement en place dans le protestantisme depuis la Réforme. L'influence intellectuelle du christianisme est donc essentielle et primordiale sur les valeurs de notre société de 2011. Ne pas le reconnaître est faire preuve d'un aveuglement stupide et borné.

Que l'on refuse l'emprise politique et sociale des institutions religieuses, c'est un combat que je comprend et que je partage. Mais en même temps, il faut savoir faire la différence entre l'institution cléricale et le message évangélique, et ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. L'idéal chrétien irrigue notre pensée occidentale, c'est une évidence, mais en même temps, il n'est certainement pas la propriété exclusive de l'église catholique. C'est l'erreur d'analyse dans laquelle s'entêtent les laïcards, et qui bloque complètement le débat sur les religions en France.

mardi 8 mars 2011

Les gesticulations de Bianco

Profitant du parfum de manipulation qui entoure le sondage donnant Marine Le Pen en tête du premier tour de l'élection présidentielle si elle avait lieu aujourd'hui, Jean-Louis Bianco vient d'écrire à Bernard Accoyer pour lui demander de mettre à l'ordre du jour la proposition de loi sur le sondages que les sénateurs viennent d'adopter à l'unanimité.

Nous avons là une magnifique opération d'enfumage médiatique ! Comme d'habitude, les journalistes ont recopié la dépêche AFP sans se poser la moindre question.

La décision d'inscrire un texte à l'ordre du jour ne relève pas du président de l'Assemblée nationale. On peut donc le demander tant qu'on veut à Bernard Accoyer, il ne peut rien faire ! Le gouvernement peut inscrire un texte à l'ordre du jour sur ses semaines gouvernementales. Il a déjà dit qu'il ne voulait pas de ce texte. Reste la voie la plus logique, celle de l'inscription lors d'une semaine réservée aux initiatives parlementaires. La prochaine semaine parlementaire a lieu entre le 21 et le 26 mars. C'est trop rapproché, et entre les deux tours des cantonales, je ne vois pas trop ce qu'on va pouvoir faire dans un hémicycle déserté et des politiques occupés à commenter le résultat du 1er tour. La semaine suivante, c'est celle du 9 au 14 mai. Là, c'est beaucoup plus gérable.

Si jamais le groupe UMP ne souhaite pas prendre cette proposition de loi sur son temps, un autre groupe parlementaire peut parfaitement le faire. La prochaine journée réservée au groupe PS est le 24 mars. Trop court. Par contre, le 12 mai serait parfait. Il suffirait donc que Jean-Marc Ayrault, en conférence des présidents, indique qu'il souhaite inscrire ce texte dans la niche socialiste et c'est bon, le texte est mis à l'ordre du jour, sans que personne ne puisse s'y opposer.

Quelle idée a bien pu avoir Jean-Louis Bianco d'aller écrire à Bernard Accoyer qui n'y peut rien, alors qu'il lui serait si facile d'aller en parler à Jean-Marc Ayrault, qui lui, peut le faire ? Ce serait intéressant d'entendre Monsieur Ayrault dire par oui ou par non s'il entend inscrire ce texte dans la niche socialiste...

lundi 7 mars 2011

Structuration centriste

La confédération des centres commence à devenir une réalité tangible. Certes, c'est encore timide, mais c'est un début, un amendement cosigné par une bonne partie des centristes, hors et dans l'UMP a été déposé sur la question de la déchéance de nationalité. On y trouve Borloo et les radicaux, les Nouveaux Centre, le député Alliance Centriste et un bon paquet de "centristes de l'UMP" derrière Pierre Méhaignerie.

Depuis quelques temps, cette nébuleuse se rapproche et se fédère sous la houlette de Borloo, seul capable d'unir cet attelage hétéroclite. C'est la présidentielle qui est en vue, et pour peser, et donc obtenir des postes (c'est le but ultime de nombre de participants à cette aventure), il montrer qu'on est uni et qu'on peut peser. La première étape du rapprochement, mettre tout le monde autour d'une table sans s'écharper ayant été franchie avec succès, c'est maintenant la deuxième étape, le raid commando sur un point précis, mais sensible.

Les initiatives droitières du chef de l'Etat étant assez nombreuses, nos centristes ont l'embarras du choix. Ils ont décidé d'attaquer sur la déchéance de nationalité, ce qui est tactiquement un excellent choix. Le rejet de cette disposition ne fait pas débat au centre droit. Déjà en première lecture, ça avait couiné sec, et la disposition était passée assez ric-rac. Elle est suffisamment circonscrite pour ne pas être interprété comme une rébellion gravissime. Ce n'est pas le vote d'une motion de censure ou le rejet du budget. Enfin, c'est pile le bon moment pour frapper afin d'être efficace.

Cet article 3bis, dont il est question, a été supprimé au Sénat, grâce au vote des centristes. Il a été rétabli en commission à l'Assemblée nationale, mais si le vote en séance est négatif, il y aura vote conforme entre les deux assemblées. La mesure sera définitivement rejetée, sans possibilité de la réintroduire par la suite dans ce texte de loi. La confédération centriste aura donc un trophée à brandir, pas une petite médaille en chocolat. Ce sera une vraie défaite pour les pizzaiolos, et par derrière pour ceux qui ont porté la mesure. L'exfiltration de Brice de son ministère de l'intérieur lui évitera de vivre l'humiliation de la défaite, et je pense que Guéant aura la sagesse de ne pas s'acharner à défendre cette disposition.

Une fois cette victoire acquise, la prochaine étape sera sans aucun doute le débat sur l'islam la laïcité, thème où les radicaux ont des choses à dire. Seront-ils capables de faire entendre leur musique et saboter le choeur de la majorité en jouant une partition différente ? C'est fort possible qu'un terrain d'entente se dégage avec les démocrates-chrétiens, pas tout à fait sur la même ligne en terme de place des religions, afin, non pas de dégager une position commune, mais au moins de contrer l'offensive "identitaire" qui ne plait ni aux uns ni aux autres.

Si tout va bien, l'étape suivante, c'est la constitution, le 1er octobre prochain, d'un groupe parlementaire autonome, ou le basculement de députés UMP vers un groupe Nouveau Centre qui prendrait une ampleur toute autre. Et derrière tout cela, c'est la candidature de Borloo à la présidentielle qui se dessine.

vendredi 4 mars 2011

Orange a tout faux

Dans une enquête très fouillée, Owni montre que Orange a du verser sa dîme au clan Ben Ali pour s'implanter en Tunisie. Orange avait-il le choix ? sans doute non. Toute entreprise souhaitant s'implanter en Tunisie devait en passer par là.

Orange n'a pas aimé l'article, ce qui est parfaitement compréhensible, car l'image en prend un coup. Les termes de leur réplique sont pesés au millimètre : "Orange est présent en Tunisie depuis 2009 via une participation de 49% dans Orange Tunisie et considère cet investissement sur le long terme. Orange a pris connaissance d'un article du site owni.fr sur les conditions d'attribution de la licence d'Orange Tunisie. Ce papier fait état d'informations erronées portant gravement atteinte à la réputation du Groupe. Compte tenu de la gravité de ces accusations, Orange étudie toutes les options juridiques lui permettant de défendre ses intérêts et son image afin de poursuivre sereinement ses activités en Tunisie".

C'est clairement de l'intimidation, car si le mot plainte n'est pas écrit, il est sous-jacent. Owni est une petite structure, Orange se dit que montrer les dents, et envoyer quelques avertissements discrets mais plus menaçant au "sponsor" peut permettre de régler l'affaire. En même temps, Orange ne dit absolument rien sur le fond, ne reconnaît ni ne dément rien. L'opérateur télécom se contente de dire que certaines informations sont erronées, sans dire lesquelles. Le service juridique a très bien fait son travail.

Par contre, le service communication a lourdement merdé. Jouer l'intimidation contre un site de presse, c'est mauvais, très mauvais. A mon avis, ils croient, chez Orange, qu'Owni est un blog, qu'on peut la jouer à l'effarouchement. Première lourde erreur. Ensuite, en terme de communication, une fois ce genre d'article lancé, il faut entrer dans le jeu, présenter sa propre vérité, en bloc, sans chercher à nier. Une défense du genre "oui c'est vrai, mais il fallait en passer par là pour faire des affaires en Tunisie, n'importe qui d'autre aurait fait pareil" est audible. Certes, l'image d'Orange aurait été un peu écornée, mais ça restait dans l'ordre du réparable avec quelques "mécénats" en Tunisie et une collaboration avec la justice tunisienne en lui fournissant de quoi faire condamner en justice le gendre de Ben Ali dans un délai record. En jouant bien, Orange aurait pu se présenter comme une victime. Ce n'est pas tout à fait la réalité, mais c'est un challenge tout à fait à la portée des communicants.

Mais non, le premier réflexe, c'est de nier en bloc et de tenter d'étouffer. Les patrons français sont franchement nuls en communication de crise. On aurait pu penser qu'après la vague de suicides, Orange allait largement modifier son organisation sur le sujet. Apparemment, ce n'est pas le cas. Tant pis pour eux ! Autant, j'aurais pu avoir de l'indulgence pour l'affaire tunisienne (surtout que des histoires comme ça, on va en voir plus d'une), autant cette tentative d'intimidation sur un acteur du numérique, ça passe beaucoup moins bien. Orange peut d'autant moins se permettre cela qu'internet est son marché principal, et que c'est un marché très concurrentiel, où le choix du consommateur tient à pas grand chose. A l'image qu'il a de l'opérateur, par exemple...

jeudi 3 mars 2011

Défense indéfendable

Arnaud Montebourg vient à nouveau de se faire taper sur les doigts. Il a osé mettre en cause un grand baron de PS, Jean-Noel Guerini, patron des Bouches-du-Rhones. Dans un rapport, il écrit noir sur blanc ce que tout le monde sait : ce département est gangréné par la corruption et le clientélisme. Les affaires commencent à sortir en nombre. Elles tournent avec insistance autour de Guérini, dont le frère, entrepreneur en "commodities" est en détention depuis 3 mois pour une rimabelle d'incriminations que l'on peut résumer par "corruption".

Et pourtant, Martine Aubry et quelques uns de ses lieutenants continuent à défendre Guérini, parlent de présomption d'innocence et refusent de le lâcher. C'est tout simplement hallucinant ! Oui, il n'est pas formellement mis en examen, mais quand on expose tous les éléments à n'importe quel français moyen, il comprend immédiatement de quoi il s'agit.

A coté de ça, les histoires de conflits d'intérêts qui gangrènent l'UMP (Sarkozy, Copé, Longuet...), les ballades en Tunisie ou en Lybie apparaissent presque comme d'aimables plaisanteries. A Marseille, ils en sont au stade industriel et si on continue à dévider la pelote, on devrait arriver assez vite à la pègre et au grand banditisme. Que Martine Aubry vienne encore dire quelque chose sur le Fouquet's et sur les accointances (réelles ou présumées) entre le président et les grands groupes industriels, il lui sera recommandé de commencer par faire le ménage chez elle. Je n'ose imaginer ce que ça pourrait donner un socialiste des bouches du Rhône à la tête d'un ministère. Je pense qu'on trouverait presque Estrosi ou Joyandet probes et économes des deniers publics...

De toute manière, Guérini finira par tomber. Déjà, les seconds couteaux commencent à tater de la prison, que ce soit du coté de Fos-sur-Mer ou d'Aubagne. Une députée socialiste de Marseille a été également été prise les doigts dans le pot de subventions. Ca commence franchement à faire beaucoup pour pouvoir encore parler, sans rire, de présomption d'innocence. J'attends le jour où Jean-Noel Guérini ira faire un séjour aux Baumettes, et ce que pourra en dire Martine Aubry. Parce que ce jour viendra, inéluctablement.

Secret des affaires et droit de la presse

Des blogueurs et des journalistes se sont émus d'une récente proposition de loi déposée par Bernard Carayon visant à protéger les informations sensibles des entreprises.

Le sujet risque de rebondir prochainement, car un projet de texte sur ce sujet, élaboré par Olivier Buquen, délégué interministériel à l'intelligence économique, est en cours d'examen au Conseil d'Etat. C'est le fruit d'une large concertation, avec semble-t-il un certain nombre de garanties et de précisions qui ne sont pas dans la proposition de loi Carayon. Bref, un texte mieux bordé juridiquement, qui tiendrait compte de la nécessité de concilier cette protection des données économiques sensibles avec d'autres droit (et notamment celui de l'information). Apparemment, Carayon n'était pas dans la boucle pour l'élaboration de ce texte. Sa proposition de loi est donc encore plus "hors course" qu'on pouvait le penser.

Une fois ce texte "administratif" définitivement ficelé par le conseil d'Etat, il devra encore recevoir une validation politique. C'est au gouvernement de décider s'il est opportun de le faire examiner par le Parlement, dans quel véhicule législatif le placer. Cette étape n'est pas forcement gagnée d'avance. Beaucoup de textes législatifs préparés par les services administratifs dorment dans les tiroirs et ne sont pas prêts de ressortir. La fin de la législature approchant, il y a de moins en moins de place dans le calendrier parlementaire.

Pas sûr du tout que le sujet arrive en séance publique. A surveiller quand même, mais en oubliant Carayon et en regardant plutôt du coté du gouvernement...

mercredi 2 mars 2011

Pagaille sur les circulaires

Via Serge Slama, je prends connaissance de cet arrêt du Conseil d'Etat du 23 février 2011 qui fait application du décret 2008-1281 dont je m'étais fait l'écho au moment de sa parution.

Ce décret créait le site circulaires.gouv.fr, et surtout, déclarait abrogées toutes les circulaires antérieures au 1er mai 2009 qui ne seraient pas reprises sur ce site à cette date. La tâche s'annonçait titanesque, et juste avant l'entrée en vigueur, un décret rectificatif semblait sauver les administrations découvrant avec horreur qu'elles ne seraient jamais prêtes pour la date prévue. A l'époque, je m'étais dit que la baudruche se dégonflait, que l'administration avait réussi à sauver sa peau en limitant l'obligation de publication sur le site aux seules circulaires prises après le 1er mai 2009, laissant ainsi subsister le stock. Et bien je me trompais ! Visiblement, le décret rectificatif n'était pas suffisant pour préserver le stock. Dans son arrêt du 23 février 2011, le Conseil d'Etat constatant qu'une circulaire du 8 décembre 2008 n'avait pas été reprise sur le site le 1er mai, la déclare abrogée de fait, quand bien même elle a été mise en ligne ultérieurement. Cette décision ne va sans poser de nombreux problèmes.

La liste des circulaires antérieures au 1er mai 2009 qui restent en vigueur est théoriquement facile à établir : il suffit d'avoir la liste de ce qui était en ligne le 1er mai 2009 ! Encore faut-il pouvoir établir techniquement cette liste, de manière indépendante et certaine. C'est en fait un gros souci car ce site étant tellement bordélique et mal foutu, aucune date de mise en ligne n'est indiquée. Il n'y a même pas de flux RSS ! Pourtant, l'établissement de cette liste représente un véritable enjeu juridique et ne pas pouvoir la constituer avec certitude fait planer une incertitude juridique.

Deuxième problème de fond, soulevé chez Serge Slama, c'est la valeur juridique de cette mise en ligne. Qu'importe que la circulaire soit publiée dans un bulletin officiel, seule sa mise en ligne sur le site internet lui donne sa force juridique vis-à-vis des usagers et des citoyens. On peut donc supprimer tous les bulletins officiels, puisque c'était justement leur rôle, que de rendre publiques, donc opposables, ces circulaires et instructions.

Troisième problème, le Conseil d'Etat n'est pas allé jusqu'au bout du sujet. En effet, dans le décret rectificatif, il est dit que restent en vigueur les circulaires antérieures au 1er mai 2009 "dont la loi permet à un administré de se prévaloir". Qu'est ce que cela veut bien dire ? Une réponse du Conseil d'Etat aurait été très utile pour connaître très clairement les critères qui permettent de distinguer les vieilles circulaires qui peuvent être "repêchées", malgré une non mise en ligne au 1er mai 2009. A mon avis, le Conseil d'Etat s'est bien gardé d'aborder le sujet, car cette phrase ne veut rien dire ! C'est un bricolage de dernière minute, très mal ficelé juridiquement. Quelle loi cite une circulaire précise en permettant à un administré de s'en prévaloir ? Aucune... Le mystère reste entier, même le pourtant très intéressant fil de commentaire sous le billet de Serge Slama n'apporte pas de réponse.

J'ai l'impression que nous avons ici un magnifique exemple d'amateurisme administratif. On a voulu bien faire, c'est-à-dire obliger les administrations à faire le tri de leurs vieilles circulaires et doter les citoyens d'une liste exhaustive des circulaires qui leurs sont opposables. Mais on aurait dû aller jusqu'au bout de la logique et supprimer tous les bulletins officiels des ministères, pour ne garder que le Journal Officiel pour les lois et décrets, et le site "circulaire" pour les circulaires. En ne le faisant pas, on laisse planer un doute sur la valeur juridique d'une publication dans un bulletin officiel et on sème le trouble. Non content de s'être arrêté en chemin, on a aussi mis un bug juridique avec ce décret rectificatif et cette phrase qui ne veut rien dire. Enfin, on a bouclé la boucle en ne mettant pas les moyens suffisants pour que le site internet soit fonctionnel et techniquement assez solide et fiable. Quand la date de mise en ligne entraîne des conséquences juridiques, on s'arrange a minima pour indiquer sur chaque document la date de mise en ligne...

J'espère que ce ne sont pas les mêmes blaireaux qui sont à la manœuvre sur le projet Etalab !

mardi 1 mars 2011

Presse traditionnelle française

En migrant sur le web, la presse française n'a pas changé d'un iota ses habitudes, et il semble que les jeunes générations s'empressent de reproduire les méthodes des anciens. C'est vrai qu'asséner son opinion au lecteur, plutôt que l'informer, c'est plus valorisant pour son ego et ça demande moins de travail. Télérama.fr vient de fournir un magnifique exemple de cela avec cet article sur l'arrivée d'atlantico.

Pour faire court, on peut résumer le contenu de cet article par : "Atlantico, ce sont de sales fachos d'extrême droite, et en plus, qui n'assument pas". En lisant cet article, j'apprends surtout que la journaliste n'a pas une bonne opinion d'Atlantico, par contre, pour ce qui est de savoir ce qu'est réellement Atlantico, il faudra aller voir ailleurs. Certes, aucun élément de l'article n'est faux. Mais ne sont retenus que les éléments qui vont dans le sens de la démonstration qu'entend asséner le journaliste, avec un manque flagrant d'honnêteté intellectuelle. le choix du terme "néo-conservateur" est emblématique, car dans un contexte français, ça ne veut rien dire (les néo-conservateurs sont un courant de pensée US dont il n'existe pas l'équivalent en France).

Oui, il y a sur Atlantico quelques contributeurs franchement marqués "réacs", voire même limite FN pour certains. Mais il n'y a pas qu'eux. Une vraie enquête se serait penché sur l'ensemble des contributeurs, et aurait réalisé une "infographie" (c'est le nouveau truc hyper-hype dans le journalisme web) des contributeurs, pour connaître le taux de "fachos". En creusant un peu plus, il aurait réalisé une étude un peu plus poussée de cette part des "fachos" en les situant dans la vaste nébuleuse de l'extrême droite, qui est très diverse (autant que l'extrême gauche). On aurait répondu à la question :combien de fachos et quels fachos. On se serait rendu compte que les contributeurs d'Atlantico sont très divers. Et si on attend un peu, on peut même faire une étude quantitative sur le nombre d'articles. Ce n'est pas le tout d'être inscrit contributeur, encore faut-il contribuer... Là encore, on peut avoir des surprises qui auront un véritable impact sur le produit qu'Atlantico proposera aux internautes.

Parce que finalement, l'essentiel n'est pas tellement ce que sont les gens d'Atlantico, mais ce qu'ils écrivent. Regardez donc ce jeune homme si propre sur lui, normalien et agrégé de philo. Avec un si beau ramage et un si beau pedigree, on pourrait attendre qu'il nous ponde des notes hyper-léchées, cadrées au millimètre, nourries de références savantes. Et bien non, son premier papier est un gros troll pas très fin, qui aurait certainement mérité d'être beaucoup plus développé et surtout argumenté a minima. Comme quoi, les apparences peuvent être trompeuses. l'exemple même de l'inclassabilité d'une personne, c'est Hugues Serraf. D'ailleurs, lui-même ne sait pas où se mettre, aucun case ne correspondant à ses mensurations. Parmi les contributeurs, on trouve aussi Koz, pas franchement le facho de base (même s'il en fréquente dans ses tweetsapéros de cathos). Personnellement, je ne me considère pas non plus comme réac et encore moins comme néo-conservateur.

C'est avec cette manière de travailler que la presse française s'est largement discréditée auprès de ses lecteurs. Il y a toujours un sujet ou deux sur lesquels le lecteur en sait assez pour voir les biais du journaliste, et mesurer l'écart entre la réalité telle qu'elle est, et ce qu'en dit le journaliste. Au début, on s'énerve devant les raccourcis et la malhonnêteté intellectuelle. Et puis au bout d'un moment, on déconnecte, en cessant tout simplement de lire, et donc d'acheter le journal. La même chose va se reproduire sur le web. Il y a des sites sur lesquels je ne vais plus, car je sais que je vais y trouver une ligne éditoriale qui va me hérisser (et je ne parle pas des commentaires...), dans le choix des sujets et dans la manière de les traiter. En fait, ces sites font essentiellement des éditoriaux...

L'un des mérites que je reconnais aux fondateurs d'Atlantico, c'est de vouloir casser avec cette manière de faire du journalisme. Y arriveront-ils ? c'est autre chose, mais au moins, ils vont essayer. Je retrouve également cette recherche d'honnêteté (et ils y arrivent plutôt bien) chez Owni, que je lis de plus en plus. C'est vrai que leur équipe ne vient pas de la presse traditionnelle, les plus anciens ayant commencé sur les sites web et n'ayant donc pas été contaminés par leurs aînés.