Visiblement, ça chauffe en Espagne. Il est vrai que la situation y est assez préoccupante, avec un taux de chômage des jeunes de 40%, et surtout, une récession assez forte depuis 2008, dont on ne voit pas le bout. Psychologiquement, c'est difficile à supporter pour un peuple qui a pu croire, pendant une petite dizaine d'années, qu'il était capable de devenir un "grand" économiquement, et rattraper enfin ce retard structurel sur la prospère Europe du Nord. Il n'y a pas qu'en Espagne que la crise financière a des répercutions sociales. Le mouvement en Afrique du Nord est né de là et je ne serais pas surpris que le Portugal n'entre pas non plus dans la danse.

Pour l'instant, c'est le tout début, on ne sait pas comment cela va tourner en Espagne. On ne sait pas non plus comment cela va être traité par les médias français, comment cela va être reçu par le public français. En tout cas, ça a l'air parti pour durer et provoquer des changements. Mais peut-être pas ceux que certains attendent. Un angle a été retenu par tous, c'est l'importance des réseaux sociaux dans la montée en puissance de ce mouvement. Quelle est l'exacte portée de facebook et de Twitter, qui ne sont que des instruments ? pour moi, l'essentiel, ce sont les personnes qui sont derrière les claviers et les écrans. Ce sont eux qui décident de descendre dans la rue ou pas. Cela ne semble pas avoir été compris par tous, c'était frappant quand on entendait les journalistes télé parler avec émerveillement des informations données par "Twitter", confondant allègrement le canal de diffusion avec la source de l'information. Je suis donc très curieux de la suite, de ce qui va se passer réellement, mais aussi de la manière dont cela va être vu en France. Il y aura sans doute de belles analyses rétrospectives.



Cela est-il possible en France ? C'est la grosse question, car ce qui nous intéresse, c'est ce qui se passe chez nous. Un mouvement de soutien s'est monté à Paris, avec une micro-manifestation, place de la Bastille. Sur Twitter et facebook, ça s'agite aussi, avec le hashtag #frenchrevolution. On y sent que beaucoup rêvent d'une contagion à la France, pour que eux aussi puissent avoir leur révolution, même s'ils sont bien incapables d'aller au bout. Ce culte de la "révolution", de l'émeute qui renverse le système est un tropisme de la gauche française. Ce n'est pas pour rien qu'ils encensent la Commune, dernière tentative révolutionnaire. C'est sans doute pour ça que le marxisme-léninisme et les gauchismes de tout poil ont eu tant de succès. Certains médias, notamment ceux qui ont pour lecteurs ce public "révolutionnaire" ne s'y sont pas trompés et se sont précipités, avant tous les autres, pour couvrir cet "événement". Le timing était en plus parfait, l'affaire DSK commençait à tourner en rond, faute de vraies infos. Cette "révolution espagnole" est un produit parfaitement calibré pour les médias qui ne manquera pas de plaire à un segment de clientèle.

On aura sans doute une agitation, mais surtout verbale. On va gloser, admirer, vivre par procuration cette révolution sur des thèmes qui nous parlent, menée par des gens avec qui nous avons de très fortes affinités, et surtout, qui ne fera pas de morts et ne sera pas "politiquement incorrecte". Il y aura bien quelques manifestations dites "de soutien", où les participants ont surtout dans l'idée de se montrer et de "communier" avec leurs semblables pour leur bien-être psychologique à eux. Comme pour toute manifestation de soutien... Il y aura aussi peut-être un peu de folklore : si tu n'as pas été coursé par un CRS à 20 ans, c'est que tu as raté ta jeunesse". Mais ça n'ira pas plus loin, car la France, ce n'est pas l'Espagne, et objectivement, même si tout n'est pas parfait, nous n'avons pas à nous plaindre. Nous sommes sans doute le pays qui a le mieux traversé la crise financière, l'économie est en train de repartir, et nos fondamentaux sont sains.