Depuis quelques jours, Nicolas Sarkozy se lance dans ce que certains qualifient d'appel du pied, d'autres de racolage sordide, en direction des électeurs ayant voté pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle. Pour les âmes sensibles en quête d'absolu et qui se font une très haute idée de la Politique, c'est un peu choquant. Tout comme il peut parfois être choquant pour un fin gourmet d'aller en cuisine...

L'attitude de Nicolas Sarkozy est pourtant parfaitement rationnelle, à condition de la lire et de l'analyser avec le bon angle. Il est en campagne pour sa réélection, c'est sa dernière élection quoi qu'il arrive, il n'a aucun avenir politique à ménager. Soit il perd et il quitte la vie politique, soit il gagne, et de toute manière, c'est son dernier mandat vu qu'il ne peut pas se représenter. Cela explique peut-être la "violence" et l'absence de retenue dans son démarchage électoral, mais cela ne change rien au fond.

Une fois de plus, je rappelle qu'une campagne pour une élection uninominale tourne forcément autour du choix d'une personne. Dit comme cela, c'est évident, et pourtant, il y en a qui s'obstinent encore à espérer que ce type d'élection soit complètement désincarnée et tournée entièrement vers des idées, des concepts et des programmes. Une telle attitude est un déni de réalité. Ce que l'on peut déplorer par contre, c'est que l'élection majeure de notre vie politique soit une élection uninominale, avec un déséquilibre évident entre la personnalité du candidat et la présentation d'idées. Ailleurs, l'élection majeure, ce sont les législatives, avec certes des leaders de partis qui sont appelés à être chefs de gouvernements, mais où la personnalisation est moins forte.

A défaut de pouvoir changer les choses, il faut prendre l'élection présidentielle comme elle est. Le but, surtout au deuxième tour, est d'arriver devant l'autre. Tout le reste y est subordonné. Ce qui est logique puisqu'en cas de défaite, tout s'arrête. Nous sommes donc dans une période particulière, qui s'apparente fortement à la période du Rut chez les animaux, avec une parade de séduction du mâle à destination de la femelle. C'est souvent un moment où des animaux ordinairement craintifs oublient toute prudence et ont une attitude "extraordinaire", c'est à dire ne reflétant absolument pas ce qu'ils sont réellement en temps ordinaires.

Nicolas Sarkozy est en plus sous pression. François Hollande a viré légèrement en tête au dernier virage, et avec ses réserves de voix, on peut dire qu'il tient la corde. Bref, c'est plutôt bien parti pour lui, mais il n'a pas distancé suffisamment son adversaire, qui peut espérer le doubler par l'extérieur. Il reste donc un espoir pour Sarkozy, mais il va falloir prendre des risques et fournir un effort plus marqué. La clé de son élection, il le sait, réside dans sa capacité à récupérer suffisamment de voix dans le vivier des électeurs de Marine Le Pen. Mais comme par hasard, il court avec un handicap, car contrairement à ce qui se passe entre Hollande et les autres partis de gauche, il n'a pas la possibilité de passer un accord électoral avec le FN (qui faciliterait les reports de voix). Autant les reports à gauche seront excellents, autant c'est problématique et très incertain à droite vu l'absence d'accord électoral. D'où la nécessité d'y aller à la truelle.

Nicolas Sarkozy n'a plus rien à perdre. Tout ce qu'il peut dire actuellement est uniquement conditionné par cette échéance du 6 mai, et doit donc être pris avec beaucoup de recul. Ce n'est en rien un programme de gouvernement ni l'expression du fond de sa pensée. C'est purement tactique.