Google a accepté de se plier aux exigences des rentiers de la propriété intellectuelle en abaissant le référencement des sites faisant l'objet d'un trop grand nombre de demandes de retrait pour cause de violation du droit de la propriété intellectuelle. Présenté comme cela, ça ferait presque "normal" et juste, avec un risque quasi-nul de censure. Bref, une petite évolution de rien du tout.

En fait, la brèche est ouverte dans la digue. Google accepte que des intérêts financiers et commerciaux puissent intervenir efficacement sur les résultats de son moteur de recherche. Ce sont d'abord les industries du divertissement qui vont en bénéficier, mais rien ne dit que seuls eux seront concernés. Qui sera le prochain à venir demander un tel pouvoir d'intervention ? La liste est longue et je parie qu'on va vite arriver sur des intérêts moraux (politiques, religieux, philosophiques...), qui se draperont dans la "dignité humaine", dénonçant des actes horribles (au hasard, la pédo-pornographie) pour demander à Google de déréférencer. La deuxième évolution négative, est que l'on va encore plus vite arriver, non pas à un simple recul dans les résultats de recherche, mais à une disparition pure et simple de la visibilité sur Google. Imaginez donc ce que peut donner tout cela si on va au bout de la logique (et on ira...) !

En fait, ce n'est pas si grave, sauf pour Google. L'information qui intéresse et qui n'est pas sur Google, sera ailleurs, et les gens iront la chercher ailleurs. On est tous sur Google par facilité, parce que les résultats sont réellement pertinents, même si c'est de moins en moins vrai, du fait d'une véritable pollution par les reprises et l'intégration de Twitter dans les résultats de recherche. Si Google ne donne plus satisfaction, si on ne fait plus confiance aux résultats car on sait qu'une censure existe et qu'une mise en avant d'autres sites s'opère de fait, on ira voir ailleurs. Google ira rejoindre Yahoo (qui a une occasion en or de retrouver une deuxième jeunesse), AOL ou altavista au cimetière des géants déchus du Net.

Tout concourt en ce moment à ce que s'amorce un déclin de Google. Il ne peut que reculer, vu son emprise et ses parts de marché. Son image se dégrade, et si les communicants tentent de la faire passer pour entreprise sympa (avec des communiqués que les "journalistes" sont incapables d'analyser correctement), ça marche de moins en moins. En France notamment, on n'aime pas les Anquetil, ceux qui raflent tout et dominent. De plus, les procès en droit de la concurrence commence à s'accumuler, obligeant Google à lâcher du lest. Certes, l'entreprise migre vers de nouveaux métiers, mais elle y arrive car elle est assise sur un tas d'or. Il n'est pas dit du tout qu'elle réussira sa migration hors de son cœur de métier, celui pour lequel elle a une longueur d'avance considérable et une vraie valeur ajoutée par rapport aux concurrents. On voit bien ses échecs successifs pour concurrencer facebook.

Une prééminence dans le numérique est fragile, et la clé du succès est l'adhésion des internautes au service qui leur est proposé. s'ils migrent massivement, l'entreprise coule, car cette adhésion est le seul actif justifiant les capitalisations complètement démentes de certaines sociétés du Net. Parfois, la chute vient d'un détail, d'une étincelle, comme par exemple le fait d'accepter de privilégier l'intérêt des pires industries sur la qualité du service rendu aux internautes...