Juste avant les vacances de Noël, François Hollande décide de faire une opération de communication intitulée "occupation des médias". Les membres du gouvernement sont fermement priés de rester en France métropolitaine avec une exception pour les deux ultra-marins Pau-Langevin et Lurel, autorisés à aller dans leurs familles. En parallèle, les ministres sont invités à occuper l'espace médiatique en se montrant. N'importe où, n'importe quoi, mais se montrer et être bien visible, afin de prouver que, même en période de fêtes, le gouvernement "travaille" et ne se la coule pas douce.

Le bilan est assez mitigé, voire mauvais. Certes, on a eu de l'occupation de médias par les ministres, qui ont, pour beaucoup, trouvé des trucs à faire devant des caméras le 31 décembre au soir. Certains, comme Manuel Valls, n'ont pas de mal à trouver de quoi exister, vu que le maintien de l'ordre, c'est 365 jours par an (366 cette année) et que les périodes de fêtes sont particulièrement sensibles. Mais il semble avoir mal dosé sa comm' (pourtant, il est plutôt bon) puisque les médias n'ont retenu que son annonce de donner les chiffres de voitures brulées. Un peu léger, mais médiatiquement efficace pour buzzer. D'autres ont franchement sombré dans le ridicule, comme Fleur Pellerin, venue vérifier chez Orange que tous les SMS envoyés au moment du passage à la nouvelle année ne feraient pas exploser les réseaux, et surtout, arriveraient à temps. Quant au ministre de la Défense, un peu obligé d'aller, comme tous les ans, rendre visite aux soldats, il a essayer de pimenter médiatiquement ce déplacement "banal" avec une crêpe party. Là encore, un beau loupé médiatique, du fait de la maladresse de l'entreprise qui a fourni les crêpes, et qui entendait bien que l'on parle d'elle, grillant la politesse au ministre. Jean-Marc Ayrault, pour sa part, s'est banalement rendu à un "réveillon solidaire" à Paris, sans le moindre écho médiatique.

Et puis quelques jours plus tard, on apprend qu'Aurélie Filippetti a eu droit à un bon de sortie pour aller en vacances à l'Ile Maurice. Cela apparait comme un détail pour certains, mais politiquement, ce n'est pas anodin. Quand le président dit "on reste", cela veut dire quelque chose, et normalement, on obéit. En donnant cette instruction, Hollande voulait donner l'image inverse de ce qu'a pu donner la droite, qui a enchainé les "gaffes" pendant les réveillons, avec par exemple MAM qui se balade en Tunisie en pleine révolution, ou encore Sarkozy, Fillon et plusieurs ministres importants se trouvant à l'étranger en même temps, donnant une impression de vacance du pouvoir. Un réveillon, je ne sais plus lequel, s'il y avait eu un bug, la France se retrouvait avec Borloo aux commandes pendant plusieurs heures. Enfin, des images de ministres en vacances sur les plages ensoleillées en pleine crise économique, où tout va mal en France, ça peut faire tache. Et voilà qu'on apprend, par la presse people, photos à l'appui, qu'une ministre s'est offert une semaine à l'île Maurice. Exactement le risque que Hollande voulait éviter...

Cet épisode est emblématique de la méthode Hollande. De bonnes intuitions sur ce qu'il faut faire ou pas, de bonnes intentions au départ, et derrière, des lacunes énormes dans l'exécution. Première lacune, ne pas savoir dire non. Les ministres sauront (ils savent sans doute déjà) qu'avec Hollande, non, ça veut dire peut-être, et qu'en insistant un peu, on obtient la dérogation demandée. Deuxième lacune, collective, c'est l'amateurisme de l'exécution. Mis à part Valls et ses voitures brulées, dans un mois, qui se souviendra que "le gouvernement était au travail" entre Noël et Nouvel an ? En fait, combien s'en sont aperçus sur le moment ? Tout au plus on se souviendra que Valls a annoncé qu'il annoncerait le nombre de voitures brulées. Bien léger comme bilan. Comme pour de choses qu'entreprend le gouvernement, malheureusement pour la France. Au moins, Sarkozy savait s'y prendre...