Le drone est un avion sans pilote. Un peu comme le gouvernement français, où on se pose très régulièrement la question de savoir s'il y a un pilote aux manettes. Les cafouillages succèdent aux gaffes. C'est ainsi par exemple que la Chancellerie publie une circulaire sur la Gestation pour autrui très exactement au début des débats parlementaire sur le mariage pour tous, donnant à l'opposition, de manière inespérée, un magnifique os à ronger. Cette même semaine, l'Assemblée nationale examinait trois textes proposés par le groupe écologiste. Une fois de plus, on a assisté à une série d'improvisations, où on se demande si le mot "amateurisme" est encore adapté, tellement c'est pitoyable. Il y a un très grave problème de coordination de l'action gouvernementale.

Premier texte discuté, une proposition de résolution modifiant le règlement de l'Assemblée nationale, afin de permettre au groupe écologiste de se doter de deux co-présidents. En commission, le groupe socialiste s'est montré plus que tiède, et a voté contre, tout en laissant une petite porte ouverte (toute petite). Le texte est rejeté par la commission, et au début de l'examen en séance publique, tout laisse à penser qu'il en sera de même. Or, alors même que le président de la commission des lois (le socialiste Jean-Jacques Urvoas) fait une véritable démonstration de l'inanité de la proposition écologiste, le porte-parole du groupe socialiste déclare que tout compte fait, le groupe a changé de position, qu'en discutant un peu et en lisant le texte, ils se sont dit qu'il n'était pas si mal. Bref, virage à 180° du groupe PS, qui met le président de la commission des lois en porte-à-faux, le tout parfaitement assumé par le président du groupe PS. Il a bien entendu les excellents arguments juridiques du président de la commission, mais s’assoit dessus pour des raisons politiques.

Le pire, c'est que ce texte sera probablement censuré par le conseil constitutionnel. La loi organique, qui s'impose au règlement de l'Assemblée, ne parle du président de groupe au singulier. Le règlement ne peut donc pas mettre en place des co-présidents. Autre critique, de fond, qui fera chuter le texte (même si elle n'est pas explicitement mise en avant) c'est la nécessité de préserver la plus grande liberté de fonctionnement pour les groupes parlementaires. Certes, la co-présidence est optionnelle, mais il y a toujours eu de fortes réticences du conseil constitutionnel a ce que l'on touche à la liberté des groupes politiques. Il doit y avoir le moins de règles possible, cela découle de l'article 4 de la constitution "les partis et groupements politiques se forment et exercent leur activité librement". Or, un groupe à l'Assemblée nationale est un groupement politique.

Le dernier texte de la journée a donné lieu à un autre psychodrame, quasiment à une crise politique au sein de la majorité. Le texte portant sur les ondes électromagnétiques, et notamment les antennes relais et le wifi. On pense ce que l'on veut sur le fond, mais il faut reconnaitre que c'est un sujet de débat qui intéresse énormément les électeurs écologistes. L'inscription d'un tel texte, lors de la première niche du groupe écologiste est donc tout sauf une surprise, et ceux-ci accordaient beaucoup d'importance à ce texte. Or, voilà que dans l'après-midi, quelques heures avant le début des débats, alors même que le gouvernement a déposé des amendements, on apprend qu'une motion de renvoi en commission a été déposée par le groupe socialiste. Cette motion, si elle est adoptée, renvoie le texte à la commission pour qu'elle le retravaille. Vu que les écologistes n'ont qu'une "niche" par an, cela veut dire que le texte est mis au congélateur. Comme le vote de la motion intervient avant l'examen des amendements, si elle est votée, il n'y a même pas de débats parlementaires. La motion a effectivement été votée, provoquant la fureur des députés écologistes.

Sur le fond, on peut comprendre le désarroi des députés écologistes. Se prendre une motion de renvoi en commission, donc pas de débats, sur un sujet aussi sensible pour eux et leur électorat, c'est désagréable. Mais en plus, c'est fait sans les formes, puisque la décision de voter la motion semble avoir été prise dans la matinée, après bien des hésitations et des signaux contradictoires. Alors que le matin même, lors du premier texte, les écologistes sont arrivés à retourner le groupe PS sur leur proposition de résolution, voilà que l'après-midi, c'est l'inverse qui se produit. Le tout dans l'improvisation la plus totale.

La première niche parlementaire du groupe écologiste aurait pourtant due être préparée et suivie comme le lait sur le feu. La décision de voter pour, contre, ou de réexpédier au frigo ne pouvait se prendre qu'au plus haut niveau, Premier Ministre ou Président, car il s'agit quand même de la solidité et de la bonne ambiance au sein de la coalition gouvernementale. Le choix de retoquer la proposition de loi sur les ondes électromagnétiques était parfaitement défendable, mais à condition d'être clairement prise bien en amont, et que le groupe écologiste sache à quoi s'en tenir. Le gouvernement aurait pu, au moins, accepter que le débat se tienne sur la question des antennes relais, quitte à faire voter le rejet. Les Verts n'auraient pas été contents de ce rejet, évidemment, mais ils auraient au moins eu un débat public, dans l'hémicycle, ce qui est toujours mieux que rien. Pareil pour la proposition de résolution. Si elle doit être adoptée, autant qu'elle le soit dès le stade de la commission, plutôt que de devoir opérer un revirement scabreux entre la commission et la séance publique.

Visiblement, rien n'a arbitré en amont, tout s'est décidé entre deux portes, au dernier moment. On a vraiment l'impression qu'il n'y a pas que pour la niche parlementaire des Verts que les choses se décident de cette manière. Il manque clairement un pilote dans l'avion, et si jusqu'ici, les socialistes n'ont subi que des turbulences et des trous d'air, à un moment, on risque le crash.