C'est fait, Nathalie Koscuisko-Morizet est officiellement candidate à la mairie de Paris. Il reste quelques obstacles mineurs à écarter, mais rien de bien sérieux. Fillon et Borloo lui laissent la voie libre, et aucun leader national n'a envie d'aller la concurrencer dans ce challenge de la reconquête de Paris.

Bien que j'ai toujours eu des réticences et un assez mauvais feeling concernant la personnalité de NKM, je soutiens pleinement sa candidature, qui est la meilleure que la droite pouvait présenter. Ancienne ministre, ayant fait ses classes d'élue locale en banlieue, elle a la compétence technique pour occuper le poste de maire de Paris. Politiquement, elle a également la carrure, car elle concilie deux faces très antagonistes qu'il est nécessaire d'avoir pour gagner Paris. Elle est à la fois une grande bourgeoise, petite-fille d'un ambassadeur de France, mais aussi une bobo-compatible, avec une bonne image à la suite de ses postes ministériels à l'écologie et à l'économie numérique. Elle peut plaire à la fois dans le XVIe arrondissement et dans le XIIe. Je ne vois d'autre candidat de droite qui puisse rivaliser, tant pour la stature, l'expérience de gestion et la compatibilité avec différents milieux.

Le moment est opportun. Delanoé ne se représente pas, et a laissé une ville complètement en jachère. Depuis quelques années, il ne fait plus rien, Paris ne semble plus l'intéresser. Rien à voir avec le dynamisme de son premier mandat. La fin du deuxième mandat est le moment le plus difficile pour une équipe municipale. L'usure est là, il faut renouveler donc perdre quelques têtes connues sur la liste, et il est difficile de justifier des échecs par le fait que l'on n'a pas eu le temps. La Gauche est au pouvoir à Paris depuis 2001, elle a eu le temps de faire ce qu'elle avait à faire, et si des choses ne fonctionnent pas, difficile d'accuser Tibéri. Il faut rajouter à cela que la dauphine, Anne Hidalgo, n'est pas franchement à la hauteur du poste. Le drame pour la gauche, c'est que son seul vrai rival, c'est Jean-Marie Le Guen, qui lui non plus, ne fait pas le poids comme maire de Paris. La gauche n'a, paradoxalement, personne d'envergure à proposer, ni au sein de l'actuelle équipe, ni par parachutage. Enfin, et ça jouera, la gauche n'aura pas le vent dans le dos en 2014, pour Paris comme pour le reste de la France, du fait de l'impopularité du gouvernement.

Enfin, la configuration parisienne est assez spéciale, puisque le vote se fait par arrondissements. Quand on remporte un arrondissement, on gagne un certain nombre de conseillers de Paris, ne laissant que des miettes au camp d'en face, selon le principe des élections municipales. Actuellement, Paris est coupé en deux, avec des arrondissements imperdables pour la droite, d'autres imperdables pour la gauche et deux ou trois "swing states" qui peuvent faire basculer le conseil de Paris. Tout va se jouer dans le Ve et le XIIe arrondissement. Le premier est à droite, mais ne tient que parce que c'est Jean Tibéri qui est en poste, qu'il a ses réseaux et qu'il bénéficie d'une aura personnelle. Autrement, c'est un arrondissement sociologiquement de gauche, rempli d'universitaires et de bobos. Le XIIe est actuellement à gauche, parce que lui aussi, rempli de bobos, et parce que la droite n'a pas été fichue d'y aligner des candidats crédibles. Si NKM prend la tête de liste dans le XIIe et l'emporte, tout en conservant tous les arrondissements de droite, dont le Ve, et en grattant quelques sièges (à la marge) dans les arrondissements de gauche, c'est tout à fait jouable.

En 2008, la droite parisienne, malgré sa médiocrité abyssale, a réussi à conserver des arrondissements. Il n'y avait pourtant aucun élan, bien au contraire. La tête de liste était nullissime, entourée de barons tous aussi nuls les uns que les autres, au point de dégouter les électeurs, qui ont voté "par devoir" pour l'étiquette. Vu le contexte à gauche, si NKM arrive à s'imposer à droite (ce que je pense) et à mener une campagne qui "fasse envie", elle a toutes les chances de faire basculer Paris.