Une "enquête" du Nouvel Obs sur la "galaxie catho-réac-décomplexée" fait beaucoup s'agiter le milieu concerné, et notamment ceux qui fréquentent Twitter. L'article, assez long, est en fait la mise en ligne d'un papier destiné au print. Il est donc destiné à une large diffusion auprès du lectorat habituel du Nouvel Obs, lui donnant à lire ce qu'il a envie de lire. C'est le propre de la presse française, et de la presse en général. Ils sont des clients, qui n'achètent que s'ils y trouvent ce qu'ils cherchent, y compris dans l'angle de vue. En cela, le journaliste est davantage le miroir des attentes de ses lecteurs que le fidèle descripteur de la réalité.

Ce papier n'échappe pas à la règle commune, bien au contraire. On est au lendemain des manifs pour tous, qui ont connu un grand succès. Les lecteurs du Nouvel Obs se demandent qui sont ces gens qui ont manifesté, et qui sont franchement en dehors de leurs champs de fréquentations. Leur journal préféré se doit donc de leur offrir une "plongée" dans cette galaxie inconnue pour eux. Mais cela ne doit pas se faire n'importe comment, et la description de l'objet inconnu doit se faire selon des catégories et avec des références familières aux lecteurs du Nouvel Obs. Il faut leur faire découvrir de la nouveauté, mais dans des cadres connus, sinon, le public n’accrochera pas. C'est la règle de base du journalisme que de ne pas trop dérouter son lectorat, tout en lui apportant des connaissances qu'il n'a pas sur un sujet qu'il maîtrise mal, mais où il a envie d'en savoir plus.

Bien entendu, les cathos concernés hurlent après cet article et ses nombreuses erreurs factuelles. Il est vrai que le petit paragraphe sur la "fraternité saint Médard" est à hurler de rire quand on connaît un peu le sujet : "Sous l'égide de Mgr Giraud, chargé des communications sociales, un collectif tout à fait confidentiel, sans site ni page internet, baptisé la Fraternité des Amis de Saint Médard, se réunit tous les deux mois pour faire le point sur les initiatives. Fer de lance de la communication web de l'Eglise, il rassemble les 100 twittos et blogueurs cathos les plus suivis". Je vais régulièrement aux réunions de ce collectif confidentiel, qui au passage, donne les dates et lieu de réunion sur Twitter et sur un site internet. J'y ai croisé Mgr Giraud une fois (il est fort sympathique au demeurant) et il n'est à l'origine de rien ni l'égide de quoi que ce soit. On ne fait pas le point de grand chose et l'activité principale, sinon exclusive est de boire de la bière et de papoter. Enfin, je suis loin d'être catho...

On peut malheureusement craindre que le reste de l'article soit à l'avenant, mélange de faits vrais, de propos véridiques tenus par des personnes interviewées, et d'extrapolations, de généralisations. Quand on est "de l'intérieur", on ne peut pas franchement se reconnaître dans ce miroir, et c'est logique, car il est souvent difficile de se reconnaître individuellement dans un portrait collectif. Pour autant, il y a des choses assez vraies, quand on ne rentre pas dans le détail. Cette image d'une église catholique en pleine communautarisation et en plein repli identitaire autour des fondamentaux catholiques. C'est l'achèvement d'une mutation que tous les observateurs perçoivent. Mais forcément, il y a des raccourcis et des simplifications...

Les catholiques concernés ont pourtant tort de rejeter en bloc cet article, de manière viscérale. Ils ne doivent pas le lire comme la description exacte de ce qu'ils sont, mais comme la description de ce que la couche sociologique des lecteurs du Nouvel Obs pense qu'ils sont. C'est très différent et cela peut être utile, car ils ont un exemple de l'image que d'autres peuvent avoir d'eux, et percevoir ainsi les décalages entre cette description et la réalité de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent.

Il est toujours bon de savoir ce que "l'autre", celui qui est différent (et pas forcément hostile) pense de nous. C'est comme cela et pas autrement qu'il faut lire cet article, et en tirer les enseignements, car quand on lit ce papier du Nouvel Obs sous cet angle, il est très riche d'enseignements pour les catho-réacs-décomplexés.