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samedi 29 juin 2013

PRISM, où est le problème ?

Les USA nous espionnaient. Cela n'a strictement rien de nouveau et c'est plutôt le contraire qui aurait été stupéfiant. Pour cela, ils ont utilisé les données stockées dans les serveurs des entreprises US du net, qui n'ont sans doute pas eu le choix, et ont été obligées de s'incliner. Les USA pratiqueraient également l'instrusion dans les systèmes informatiques afin de récupérer des informations, avec des écoutes téléphoniques. Là encore, prétendre découvrir cela maintenant relève de la candeur...

Nous découvrons (enfin certains) que l'informatique et internet, s'ils rendent de très grands services, peuvent poser d'aussi grands problèmes. Le dispositif ne fait globalement qu'amplifier ce qui existe déjà, des deux cotés, celui du bien et du mal. Mais fondamentalement, les choses ne changent pas, et je ne suis pas certains que les USA aient été si bénéficiaires que cela avec PRISM, surtout maintenant le monde entier est au courant.

Avoir beaucoup plus de données nécessite de développer les infrastructures pour les traiter, et ça coute beaucoup d'argent. Il faut aussi plus de personnels, plus d'investissements, ne serait-ce que pour suivre les mises à jour des systèmes d'information. Est-ce que les dépenses supplémentaires ainsi générées valaient le coût, au regard des informations obtenues par ce programme, et qui n'auraient pas pu être obtenues par les moyens "conventionnels" ? Tous les chercheurs savent bien qu'assez rapidement, ils ont les informations essentielles, et que les recherches plus fines, qui prennent du temps, apportent certes une valeur ajoutée, mais ne modifient pas l'approche et les conclusions. On est là en plein dans la problématiques des "couts marginaux", et je ne suis pas certain que PRISM ait pu apporter des informations décisives (on est en période de paix) totalement inédites. Les USA ont sans doute dépensé beaucoup d'argent pour pas grand chose...

Sur la qualité même des informations obtenues par PRISM, là encore, j'ai des doutes. Piller les contenus de gmail et de facebook donne beaucoup d'informations, mais pas toute l'information. Il y a toujours une part qui échappe à la surveillance, tout simplement parce que des informations se sont échangées par papier ou de vive voix, et que si on ne dispose pas de ces informations là, ce que l'on peut récolter sur internet ne sont pas forcément pertinentes, ou en tout cas, ne disent pas tout. Or, ce que les services secrets ont besoin de savoir, c'est pas des petites brides glanées deci-delà, mais bien d'une vision globale et exhaustive sur un sujet. Sinon, on dispose d'une information globalement fausse, donc inexploitable pour la finalité qui a justifié le développement de ce programme PRISM. Il faut quand même rappeler que l'espionnage politique et industriel, ce n'est pas du profilage publicitaire, on a besoin d'avoir TOUT les éléments, pas un image globalement fidèle d'un profil.

Avoir des informations, c'est bien, les traiter et les exploiter, c'est mieux. Sur cet aspect là, PRISM n'apporte rien. Si les services US s'amusent à se faire la guerre, à ne pas échanger les informations, et que finalement, les décideurs n'ont pas accès aux bonnes ressources, tout ce programme n'a servi à rien. Quand on voit l'état des services de renseignements US (en France, c'est guère mieux) on se dit qu'avoir les meilleures oreilles ne leur a pas forcément apporté une plus value. En plus, les USA sont nos amis et alliés (ce qui n'empêche pas une certaine rivalité), ils ne peuvent donc pas se permettre un certain nombre de choses. Entre savoir, et pouvoir utiliser l'information pour obtenir un avantage concret, il y a un gouffre. Combien de fois les services US avaient l'information, mais ont été obligés de garder l'arme au pied et de ne pas l'exploiter, parce que "ça se serait vu qu'ils en savaient trop" et qu'ils auraient ainsi indisposé un allié.

Finalement, PRISM n'aura sans doute pas apporté aux USA, sauf quelques cas ponctuels, un avantage décisif dans leurs relations avec les pays européens. Donc pas de gains de cotés là. Par contre, la révélation du système va avoir un coût pour les USA, si les états européens sont assez malins pour exploiter cela.

Les premières victimes vont être les entreprises US, car les européens ne vont pas se priver d'édicter des règles protectionnistes sur les données, et sur la règlementation du cloud, afin de favoriser les entreprises européennes. Officiellement, ce sera pour préserver l'Europe de l'espionnage US qu'il faudra absolument que les data center soient sur le territoire de L'UE, gérés par des entreprises européennes, pour certaines activités considérées comme stratégiques. Impossible pour les USA d’émettre la moindre protestation et jurer de leur bonne foi. Cela va aussi amener les secteurs stratégiques européens à investir dans davantage de sécurité informatique. En France, l'ANSSI a un boulevard devant lui pour demander à peu près ce qu'il veut, même si ça coute un peu d'argent. L'espionnage via internet et le numérique continuera, mais ça sera plus compliqué et plus coûteux.

Surtout, et c'est là l'essentiel pour moi, si ce scandale arrive à "prendre" dans le grand public, c'est un pas important dans l'éducation à la sécurité sur internet. On sait, en théorie, que tout ce qui est sur internet est public, mais tant qu'on n'a pas un exemple sensible sous les yeux, ça reste de la théorie. Dans un autre sens, ça va aussi permettre d'améliorer les techniques "artisanales" (les plus efficaces) de protection des données. Combien d'entreprises et d’administrations vont se calmer un peu sur le "tout intranet" et vont remettre en service les bons vieux dispositifs de courriers papier interne ?

Si PRISM pouvait casser un peu le mythe de "internet c'est génial" et remettre en perspective qu'à coté des apports, indéniables, il y aussi des risques, qui nécessitent qu'on ne fasse pas une confiance aveugle à la technologie, qui n'est finalement qu'un outil, faillible et dont les avantages dépendent beaucoup de l'usage qu'on en fait...

mardi 25 juin 2013

La non révolution de Bruno Le Maire

L'Assemblée nationale vient d'adopter les deux projets de loi relatifs à la transparence de la vie publique et aux conflits d'intérêts. Ces textes ne sont pas parfaits, sur certains points, on est resté au milieu du gué, avec notamment cette pantalonnade sur les déclarations consultables mais pas publiables et sur les déclarations d'intérêts publiées, mais pas sous un format réutilisable. On sent toute la réticence de ces parlementaires qui lâchent du lest sur le principe, pour mieux saboter l'application concrète de la loi. Mais bon, les progrès sont indéniables, et si le texte ne va pas aussi loin qu'on aurait pu vouloir, ce qui sort du Palais Bourbon est quand même pas mal.

Pour autant, seuls 6 députés UMP ont voté pour. Parmi eux, ne figure pas Bruno Le Maire, qui a voté contre, bien qu'il y ait brassé beaucoup d'air autour de ce texte et de sa "révolution démocratique". Je pense qu'il a commis une grave erreur stratégique, car lorsque l'on vote sur l'ensemble d'un texte, on fait un choix politique : pour ou contre la ligne politique du texte. On se moque des détails et des éventuelles imperfections. Un vote global, c'est de la politique pure et de la communication. Quoi que l'on dise, un vote contre ces textes de loi est lu comme un vote contre la transparence de la vie publique. Autant une telle position, de la part des vieux croutons momifiés du parti radical de gauche ou des vieux gaullistes, n'a rien de surprenant, autant venant de quelqu'un qui parle de révolution démocratique, ça pose question.

Bruno Le Maire brouille son image. Sur le fond, j'apprécie sa volonté de mener un travail de fond, à rebours de ce que fait d'habitude l'opposition, qui bâcle le fond pour faire de la comm', en attendant que la majorité se plante et qu'il n'y ait plus qu'à se baisser pour ramasser le pouvoir. Quelque unes de ses idées me semblent intéressantes, même je n'adhère pas à toutes. Le bonhomme m'apparait sympathique et humain, ce qui tranche pas mal avec certains leaders (droite comme gauche) qui, humainement, sont des gros cons. Mais voilà, au moment fatidique, là où il faut un peu de courage, là où ça pourrait lui couter, il recule et rentre dans le rang. C'est pourtant à ce moment là qu'on vérifie la sincérité des discours tenus jusqu'ici...

Bruno Le Maire m'a beaucoup déçu, c'est rien de le dire. Finalement, il est comme les autres, un pleutre, qui est juste un peu meilleur dans le baratin, qui joue mieux la comédie de la sincérité que les autres. Mais fondamentalement, il reste trop tacticien, trop englué dans les règles du jeu pour être le leader disruptif dont la droite a besoin.

L'arrivée de la gauche au pouvoir a suscité des espoirs qui ont été cruellement déçus, Hollande n'ayant finalement rien changé, sinon le style, par rapport à Sarkozy. Ce sont toujours les mêmes énarques qui sont aux manettes, les mêmes lignes politiques qui sont suivies. Cela suscite une immense désillusion, et surtout, un rejet de la classe politique dans son ensemble. La droite ne représente pas aujourd'hui une alternative crédible au Parti socialiste, d'où une montée du vote FN. Cette montée est le signe indubitable que les citoyens attendent qu'on renverse la table, et si les partis de gouvernement n'en sont pas capables, et bien ils s'adresseront à Marine Le Pen, qui apparait comme plus respectable et "propre sur elle" que son père. Elle fait moins peur, on le voit bien avec ces "fronts républicains" qui ne font pas recette, tout en étant la seule à être encore crédible dans un discours de rupture.

Hollande et Sarkozy ont été élu sur la promesse de rupture et de changement, ils n'ont rien fait. Aujourd'hui, ce discours ne fonctionne plus, à moins de mettre de forte doses. Bruno Le Maire est sympathique, mais il ne va pas assez loin dans la rupture, et en plus, ses actes ne sont pas cohérents avec ses propos. Lui non plus, ne fera aucune révolution, rien à en attendre sinon de la comm' bien faite, où on ne voit pas trop les dents qui rayent le parquet. Désespérant...

vendredi 21 juin 2013

Saine parodie

Je viens de tomber sur cette interview de Karine Berger, députée PS des Hautes-Alpes. Je vous recommande de la lire, en ayant à l'esprit que c'est une vraie interview, par une parodie. Parce qu'en la lisant, j'ai immédiatement pensé au Gorafi, qui me fait régulièrement bien rire.

Cette députée, par ailleurs techniquement compétente, m'a l'air d'avoir complètement quitté la terre, avec un melon énorme : "Beaucoup m'abordent en me disant : "On parle énormément de vous."", "Au mois de novembre, je me suis aperçue que je n'avais plus dîné avec des amis depuis mon élection. Et ce soir-là, je suis appelée par Matignon et le Premier Ministre, j'ai dit non", "Je suis une vraie intellectuelle, alors le plaisir de découvrir de nouvelles choses est enraciné en moi", "Effectivement, je suis l'un des députés les plus visibles. J'ai le sentiment surtout d'être extraordinairement influente dans l'équilibre croissance - austérité. Ma voix a fortement porté et le Président de la République l'a entendue" ou encore "J'avoue que cette capacité à faire bouger les lignes dès la première année de mon élection a sans doute surpris... C'est aussi le fruit de ma motivation, de mon ambition et de mon énergie". C'est juste à pisser de rire. En même temps, c'est un peu inquiétant d'avoir des élus comme elle, car elle ne doute de rien. C'est de ce bois qu'on fait les apparatchiks et les ayatollahs...

Immédiatement, un compte twitter parodique a été créé. Il n'a pas eu de mal à trouver de la matière, il lui suffisait de se caler sur le ton de l'interview et d'en donner quelques citations. Immédiatement, la vraie Karine Berger, qui visiblement, ne sait pas encore ce qu'est un effet Streisand, tente de faire bloquer le compte en inondant twitter de messages indiquant qu'elle va engager des poursuites. En cela, elle montre une absence totale d'humour, qui est très cohérent avec le personnage imbu d'elle-même que Karine Berger donne dans cette interview. Elle va sans doute avoir une belle déconvenue car ce compte parodique, qui se présente comme tel (c'est important), ne viole aucune loi, et en plus, est réellement drôle. Quand on lit la vraie interview, on se dit qu'il s'agit d'un réflexe démocratiquement sain, destiné à aider Karine Berger à redescendre sur terre à et ramener ses chevilles à un diamètre "normal". Quand on est un personnage public, une élue, il est normal d'être soumis à la critique, même si cela ne fait pas plaisir. Quand en plus, il y a réellement matière à parodie, car l'élu dépasse les bornes, c'est presque une obligation citoyenne...

jeudi 20 juin 2013

Passez par la case prison

Un militant anti-mariage pour tous vient de se retrouver en prison. 2 mois ferme, il sera sorti pour partir en vacances en août, vu qu'il ne fera sans doute pas l'intégralité de la peine. Les faits retenus sont "participation à une manifestation non autorisée, rébellion, refus de se soumettre à un prélèvement ADN". Certes, ça va exciter comme des puces folles ses petits copains veilleurs et autres perturbateurs de déplacements ministériels, et on va sans doute avoir encore un chœur de vierges effarouchées qui vont crier au martyr sur les réseaux sociaux.

Mais en même temps, ça va en calmer un certain nombre, en leur rappelant fort opportunément qu'en démocratie, on déclare une manifestation avant de la faire, et on ne s'attroupe pas, pas plus qu'on ne harcèle les membres du gouvernement et ceux qui ne pensent pas comme soi. En démocratie, on n'organise pas de "comité d'accueil" hostile pour le chef de l’État quand il se rend sur une chaine de télévision. Je rappelle aussi qu'un attroupement, surtout pour motifs politiques, c'est une atteinte à l'ordre public, et il est du devoir de l’État d'empêcher les atteintes à l'ordre public. Très étrangement, tous ces "manifs pour tous" ne seraient en rien choqués si un cgtiste se retrouvait avec deux mois de prison ferme pour des faits similaires. Par contre, quand c'est l'un des leurs, c'est un crime d’État. Tout ce qui est excessif étant insignifiant, on va les laisser brailler. Cela ne sert à rien de chercher à dialoguer, ils sont dans une posture autiste depuis pas mal de temps déjà.

Cette décision de justice est salutaire. Dommage pour le "Nicolas", nouveau martyr de la cause (on attend toujours le maire qui aura les couilles de se faire révoquer) sur qui la condamnation est tombée. C'est tombé sur lui comme ça aurait pu tomber sur un autre, pas de bol. Mais qu'on fasse un exemple est une très bonne chose, car il est temps de tourner la page de cette affaire du Mariage pour tous. C'est fait, des homos sont mariés, on ne reviendra jamais dessus, faut passer à autre chose, car ça ne sert à rien de ressasser, on ne peut que finir aigri. Ce message envoyé par le tribunal est à mon sens approprié, car ce mouvement anti mariage pour tous est rempli de bons bourgeois de l'ouest parisien, socialement insérés, de fils à papa pour qui la perspective de se retrouver avec un casier judiciaire est réellement handicapante (même si c'est pour la "bonne cause"). Autant, un dealer de banlieue se moque éperdument de prendre deux mois ferme, autant le bon petit étudiant de la catho, c'est pile poil le truc qui va le calmer, et s'il ne comprend pas, son papa et sa maman lui feront comprendre fermement que la ligne jaune est atteinte, et que maintenant que c'est les vacances, il arrête de faire le con à Paris à risquer son avenir professionnel. Et ils auront parfaitement raison !

Plus globalement, il est temps d'amorcer la sortie de crise. Ce mariage pour tous, ce n'est pas la fin d'un monde. Cela ne justifie absolument pas que l'on entre en rébellion, surtout quand c'est surtout de l'agitation médiatique plus que de la vraie Résistance. Il est plus que temps que tout le monde parte en vacances, se repose, et que les esprits se refroidissent un peu. Si cette peine de 2 mois ferme peut avoir l'effet d'une douche froide qui ramène sur terre un certain nombre de jeunes esprits échauffés, ce sera une vraie avancée vers un apaisement sur ce sujet.

mercredi 19 juin 2013

Démagogie et presse magazine

Le Nouvel Obs vient de faire paraitre, un article au titre particulièrement racoleur et inexact par rapport au contenu, qui parle des "privilèges" pour évoquer le statut de certaines personnes, et notamment des députés. C'est sans doute malheureusement la loi du genre pour les couvertures de ces magazines, qui doivent provoquer l'acte d'achat impulsif, seule raison compréhensible pour laquelle on pourrait effectivement acheter de tels magazines, dont le niveau intellectuel se rapproche dangereusement de celui de "Elle".

Quand on lit le contenu, du moins ce qui est mis en ligne, on lit une série de 10 petites interviews de "jeunes" députés qui proposent chacun une réforme afin d'améliorer le fonctionnement et la transparence de l'Assemblée nationale. Je pense que certains seraient très surpris de voir que leur propos a été repris dans un article titré "10 députés en colère, abolissons nos privilèges". Certes, il a quelques propositions qui tiennent de la démagogie, et qui sont d'ailleurs des positions parfois anciennes de la part des députés qui les expriment, mais globalement, il s'agit de propositions équilibrées qui ne prétendent pas renverser la table. Aucun député interrogé ne parle d'ailleurs de privilèges scandaleux qu'il faudrait d'urgence supprimer, alors même que c'est ce que suggère le titre et le marketing autour de cet article, qui est évident quand on va sur l'espace dédié à ce "débat" sur le plus : "Vigilance orange sur l'argent des élus. Dix députés UMP, PS et EELV dénoncent leurs propres privilèges. Régimes spéciaux de retraite, cumul des mandats, indemnités opaques... ".

C'est tout simplement une honte. Plutôt que de chercher à expliquer, à donner aux lecteurs les éléments pour comprendre, on tend la perche pour que s'expriment tous les lieux communs de l'antiparlementarisme. Bien évidemment, on évoque quasi-exclusivement l'aspect financier, avec derrière, l'idée clairement suggérée "vos élus gagnent trop d'argent". C'est la tactique habituelle de ces journaux quand ils parlent d'un groupe en particulier : en faire un privilégié, et offrir ainsi aux lecteurs, un objet à haïr et à jalouser, notamment sur l'aspect financier. Expliquer, faire progresser la connaissance des lecteurs sur le sujet traité, visiblement, ce n'est pas la préoccupation au Nouvel Obs. On cherche plutôt à renforcer les préjugés, en donnant à lire ce que le lecteur a envie de trouver, la confirmation de ses préjugés, comme par exemple la pseudo-enquête sur les milieux catholiques, publiée début mai.

J'aime beaucoup Julien Martin, mais là, il a sérieusement merdé...

mercredi 12 juin 2013

La consommation collaborative

Je suis allé ce matin à un petit déjeuner organisé par Renaissance numérique sur le thème des nouveaux modes de consommation que permet le numérique, avec comme titre, un peu inexact mais tellement racoleur, de la "fin de la propriété". On avait ce matin les deux intervenants "concrets", airbnb qui fait dans le peer-to-peer pour la location d'hébergements, et autolib, où un loueur de voiture a développé un segment de marché qui n'existait pas et un théoricien, Christophe Bénavent. L'activité était expliquée de manière claire par les deux chefs d'entreprise, avec une vraie plus-value apportée par l'intervention du théoricien, qui a permis de donner une autre dimension à ces témoignages, en les replaçant dans un contexte plus large. Ce type de présentation croisée est très efficace !

Beaucoup de choses tournaient autour de la notion, certes un peu marketing, de consommation collaborative. Le coeur du sujet, c'est que les gains de productivité ne sont plus à chercher dans les modes de production des biens, mais dans les modes de consommation. Ce matin, un exemple simple était donné : le temps moyen d'utilisation d'une perceuse est de 12 minutes, et 50% des perceuses ne sont jamais utilisées, bien que beaucoup en soient équipés. Beau gaspillage ! On pourrait réaliser des économies fabuleuses avec un système permettant de mutualiser les perceuses, et d'en avoir une au moment où on en a besoin, pour le temps (en général court) nécessaire, avec l'assurance qu'elle soit en état de marche, pour un coût infiniment moindre que l'achat d'une perceuse. C'est tout à fait possible grâce au numérique, dont l'un des avantages est de réduire drastiquement les coûts de transaction. On peut ainsi avoir une mutualisation, par le système connu de la location par un professionnel dont c'est le métier, et qui va trouver ses clients bien plus vite et à moindre coût grâce au numérique, mais aussi (et c'est là qu'on entre dans le vif du sujet) par le prêt ou la location en Peer-to-Peer, c'est à dire entre particuliers se retrouvant sur une plate-forme dédiée.

On va générer de formidables économies, en exploitant mieux un capital existant qui est monstrueusement sous-utilisé. Certes, cela aura des limites, et il y a quelques obstacles. Des coûts vont être générés pour l'entretien des biens, car le problème des biens communs, c'est que tout le monde est prêt à en user, mais personne ne se soucie forcément de leur entretien. L'obstacle est plus marqué quand il s'agit de biens "anonymes et standard" comme les vélib, qui connaissent un fort taux de vandalisme et d'absence de précautions de la part des usagers. Par contre, quand on est sur des biens "spécifiques" appartenant à des particuliers, c'est le cas d'un logement, on fait beaucoup plus attention. Il y a aussi des biens qui sont plus "prêtables" que d'autres. Les études montrent par exemple que les vêtements ne sont absolument pas concernés, car trop proche du corps et trop intime. Pourtant, on ne porte qu'une tenue par jour et nos armoires regorgent de vêtements que nous ne mettrons parfois que très rarement.

Il va en découler des modifications sociétales. Avec le développement de tels services, que l'on peut décliner pour à peu près tous les biens "prêtables", il ne sera plus nécessaire d'être propriétaire d'un bien pour en avoir l'usage. La notion de propriété va donc évoluer et se recentrer sur l'aspect "possession" au sens affectif et psychologique. On est propriétaire de biens, certes pour en avoir l'usage, mais également parce que le fait de les posséder nous apporte des satisfactions qui vont au delà du simple fait d'en user. L'exemple type est la voiture. Pour certains (comme moi), la voiture est un objet mécanique me permettant de me déplacer d'un point A vers un point B, pas plus. Pour d'autres, à l'opposé du spectre, leur voiture est quasiment un substitut de phallus, un symbole de leur puissance, un moyen de montrer son statut social ou sa "virilité". Le rapport aux objets et à leur propriété va évoluer de manière fabuleuse.

Cette évolution n'est pas sans risque, car en mutualisant, on se met à la merci de celui qui organise la mutualisation. Il y a toute une réflexion à avoir, elle est déjà commencée d'ailleurs, sur le statut de ces plate-formes d'échanges, qui parfois, sont en situation de quasi monopole. Un seul exemple, le bon coin pour les petites annonces. Ce site est privé, mais pour autant, ses propriétaires peuvent-ils tout faire comme ils l'entendent, changer du jour au lendemain les règles. A partir de quand entre-t-on dans un "service public" et peut-on alors considérer que ces plate-formes sont un "bien commun" dont le propriétaire n'est que l'exploitant financier, mais pas le maître absolu ?

Ce fut un moment très intéressant, et on aurait presque aimé que ça dure plus longtemps.

mardi 11 juin 2013

La tension de la gauche

L'affaire Méric a été l'occasion de jeter un éclairage sur l'extrême gauche française, par le biais de l'une de ses mouvances, les antifascistes. On a pu voir à l'occasion une sympathie certaine de l'ensemble de la gauche à l'égard de cette mouvance, qui les a immédiatement présentés comme des victimes, oubliant que les responsabilités dans ce fait divers semblent assez partagées. Nombre de commentateurs de gauche ont également lourdement insisté sur le "contexte" et sur une montée des extrêmes rappelant les années 30. C'est très révélateur de l'état d'esprit de la gauche française, et de ses tiraillements, entre le romantisme de la révolution et la société apaisée social-démocrate.

La gauche française a toujours été portée sur le romantisme révolutionnaire. Il faut de l'insurrection, des combats, des tables renversées et des barricades, sinon, ce n'est pas intéressant. Si le marxisme a aussi bien pris en France, c'est que le terrain était préparé pour accueillir cette idéologie qui voit le monde en terme d'affrontements et de rapports de force. Il n'y a qu'à lire la prose d'extrême gauche, aujourd'hui encore, elle ne parle que de "l'insurrection qui vient" du grand Soir et autres révolutions. La gauche française ne peut pas vivre sans ce pôle insurrectionnel, sinon, elle y perd une partie de son âme. Pour cette gauche, l'apaisement de la société française est un drame, car il lui faut un ennemi pour se fédérer et se donner l'illusion d'être des grands résistants. D'où une propension, on le voit clairement avec l'affaire Méric, à monter en épingle le moindre mouvement de cil de l'extrême droite, pour crier à un "retour de la Bête" dont ils ont besoin pour exister.

Cette extrême gauche se heurte à une autre tradition de gauche, appelée d'ailleurs deuxième gauche, preuve qu'il y a un clivage net. C'est le courant social-démocrate, qui s'est développé dans des pays où le marxisme n'a pas pris, comme l'Allemagne ou la Scandinavie. A l'inverse de la première gauche, ce courant social-démocrate prône une société apaisée et responsable, où plutôt que de rêver d'un grand soir qui ne viendra jamais (et ça vaut mieux, vu ce qui est arrivé aux pays qui ont connu la "révolution") on préfère avancer à petit pas, dans le consensus et le dialogue. Certes, c'est beaucoup moins satisfaisant pour l'ego des militants, ça n'a rien de flamboyant, mais c'est efficace et ça permet de gouverner. L'activisme révolutionnaire, c'est sympa quand on est jeune, mais en prenant de l'âge, on a envie de passer à autre chose, et en particulier d'arriver aux manettes. La génération de dirigeants de gauche issus de mai 68 en sont un exemple éclatant.

Alors que le révolutionnaire est le loup famélique de la fable, libre mais le ventre vide, le social-démocrate est le chien, certes attaché au bout d'une chaîne, mais le ventre plein. C'est cette tension qui anime la gauche française, qui n'arrive pas à trancher. Elle est à la fois consciente qu'on ne peut pas se contenter de préparer demain, et qu'il faut aussi gérer l'aujourd'hui, mais ne peut pas assumer de passer le romantisme révolutionnaire par dessus bord. Il est trop ancré dans la culture politique de la gauche française (c'est d'ailleurs bien pour ça que je ne serai jamais "de gauche" en France). La gauche française passe son temps, sans y arriver vraiment, à concilier ces deux pôles antagonistes, à essayer de marier l'eau et le feu.

jeudi 6 juin 2013

Hystérie médiatique

Hier, un jeune a été tué à la suite d'une rixe entre militants d'extrême-gauche et skin head. Selon le récit qu'en fait le journal Le Monde, l'affaire est tristement banale. Un groupe de militants d'extrême gauche prend à partie des militants d'extrême droite, les "chauffent" et les provoquent. Ces derniers s'empressent de répondre à la provocation, et une bagarre éclate, au cours de laquelle un jeune militant d'extrême-gauche fait une lourde chute et meurt des suites de ses blessures. Ce décès est bien entendu extrêmement regrettable, et il y a clairement une dimension tragique à cet épisode, mais je n'arrive pas à comprendre l'hystérie émotionnelle des politiques et des médias suite à cette affaire, avec des délires et des conneries incroyable, tant à gauche à qu'à droite.

Que le Front de gauche, naturellement proche des militants d'extrême gauche, crie et dénonce les faits, c'est logique. Qu'il le fasse avec une certaine outrance, ce n'est pas surprenant, Jean-Luc Mélenchon n'est pas réputé pour la délicatesse et la modération de ses sorties médiatiques. Qu'il parle d'assassinat politique est bien entendu excessif, mais on peut comprendre cette prise de position, c'est l'un des leurs qui est mort, et ils sont dans leur registre expressif habituel. Ce qui m'a sidéré, c'est le nombre de militants de gauche, parfois de la gauche modérée, qui ont suivi. Au regard du récit des faits, on est davantage sur "violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner" avec comme circonstances aggravantes que les violences ont eu lieu en réunion, visiblement avec arme (on parle d'un coup de poing américain, qui n'est pas un jouet) et probablement "en raison des opinions politiques". L'auteur des coups et les autres participants à la rixe peuvent prendre cher, rien qu'avec ces incriminations.

Dire que Clément Méric a été assassiné est faux. Sa mort est accidentelle et n'a aucun sens "politique" comme certains semblent vouloir le dire. Il n'a pas été tué "pour ses idées", mais parce qu'il s'est trouvé pris à partie dans une rixe entre militants extrémistes aux idées particulièrement peu raffinées. Pour moi, intellectuellement, la CNT et les skin heads sont à peu près au même niveau d'intelligence politique, quelque part entre cro-Magnon et Néanderthal ! On peut même difficilement parler d'idées, tant le militantisme de ces deux extrêmes se nourrit davantage de rejet de l'autre. Ce n'est pas par hasard si le mouvement auquel appartenait Clément Méric se définit négativement, comme "antifasciste". Je me demande même ce qu'un jeune apparemment calme et intelligent faisait avec de pareils imbéciles.

Je suis sidéré d'entendre des responsables politiques prétendre vouloir, suite à cet incident tragique, dissoudre des groupes d'extrême droite. Est-ce vraiment la réponse à apporter à cet incident, quand on est au gouvernement, que de s'aligner sur les hurlement et les excès de Mélenchon ? Dans cette affaire, la violence, et surtout la bêtise, étaient des deux cotés ! Si on doit dissoudre, dans ce cas là, on tape sur les deux bords, car les responsabilités semblent largement partagées dans le déclenchement de cette bagarre. Entendre certains accuser les anti-mariage pour tous d'être responsables d'un climat néfaste, qui aurait provoqué la rixe, c'est de l'imbécilité profonde et le degré zéro de l'analyse. S'il y a des gens sur lesquels ce climat agit effectivement, c'est la classe politique et les médias, bien plus que les skin head et les militants antifascistes.

En même temps, cela interpelle, car l'ampleur des réactions a fait passer cette affaire du fait divers tragique au fait de société. Le vrai objet d'étude, celui sur lequel on doit se pencher, car il est très parlant, c'est la manière dont cet évènement a été vécu, par les médias, mais aussi par le monde politique, élus comme militants. Une telle "sur-réaction" émotionnelle, une telle avalanche de propos débiles montre que tout le monde est à cran, et que la tension politique liée à la séquence "mariage pour tous" n'est pas encore retombée. Elle montre aussi que les partis politiques sont dans un état assez pitoyable, visiblement incapable d'autre chose que de suivre la vague, en surenchérissant pour exister et ne pas devenir invisible et inaudible.

Plus que la bagarre et la mort tragique de Clément Méric, qui n'a malheureusement rien "d'extra-ordinaire", c'est la réaction du milieu politique et des médias qui m'interpelle et m'inquiète. Les dégâts sont plus importants que je ne le pensais, et l'affaiblissement des politiques, clairement visible dans leur réaction à cette affaire, est un vrai danger pour un pays qui s'enfonce en pleine crise économique, et sans doute bientôt, dans la crise sociale qui ne manque pas de suivre.

Les assises de l'audiovisuel

Je suis allé hier matin au grand palais, pour assister à la première table-ronde des assises de l'audiovisuel relative à "la régulation à l'heure du numérique". Cette rencontre n'a pas été inintéressante, même si ça a tourné parfois à la réunion syndicale, avec des intervenants qui voulaient juste profiter de la tribune pour faire passer leurs messages, en se moquant complètement du thème de la table-ronde. Ce qui m'intéressait était de voir comment Olivier Schrameck, le nouveau président du CSA, allait s'en sortir lors de ce qui était l'une de ses premières interventions officielles devant un très large panel du monde de l'audiovisuel.

L'homme est habile et très politique. Il a commencé par lire un texte, dont chaque mot a dû être pesé et soupesé, pour éviter de donner la moindre prise à un bad buzz. Ils semblent, là haut, avoir compris qu'il faut faire gaffe, et que la communication sur internet n'est pas à négliger. Ils s'y mettent et c'est toujours une bonne chose quand des décideurs "old school" développent une pratique personnelle des outils numériques. Deux membres du collège du CSA ont d'ailleurs tweeté pendant ces assises. Ce n'est pas grand chose, mais c'est déjà ça. Autre chose qui a été comprise, et répétée par tout le monde, on ne peut pas plaquer la régulation actuelle sur le numérique. Là, encore, c'est un petit pas, mais au moins, ça avance.

Pour le reste, je dois dire que je suis resté sur ma faim. Une communication pesée et maitrisée est en général pauvre en informations. On était quand même beaucoup dans le mantra et le yakafaukon. Il faut repenser la régulation, la reconstruire complètement, c'est bien, mais ça ne dit pas grand chose sur ce que sera cette nouvelle régulation. A part dire qu'ils trouvent le rapport Lescure très bien (un autre discours aurait été surprenant venant du CSA) et reprendre quelques grandes lignes, je n'ai rien appris de bien neuf.

Mais au moins, j'ai eu les confirmations, en écoutant les discours, mais aussi en bavardant dans les couloirs et lors du café. Au CSA, ils se méfient du numérique, et ne semblent pas demandeurs d'être un régulateur général de l'internet. Récupérer les restes de la Hadopi, et surtout, l'image de marque associée, ne semble pas les emballer follement, d'autant plus que si les missions seront données, c'est pas dit que les moyens suivront, ce genre d'opération étant idéale pour permettre à Bercy de réduire les budgets. Cette régulation "hadopi" n'est pas franchement le coeur de métier du CSA, qui n'a pas franchement les compétences techniques, en interne, pour traiter des DRM ou encore des techniques de téléchargement et des évolutions du P2P. Enfin, le principal problème est que cette nouvelle "compétence" risque de parasiter et donc de compliquer ce qui est le véritable objectif du CSA : mettre le grappin sur la régulation de la circulation des œuvres audiovisuelles sur internet.

Je peux me tromper, mais plus ça va, plus je pense que le CSA n'a absolument aucune envie de venir emmerder les internautes. Ils n'ont rien à y gagner et tout à y perdre, et ils semblent en être parfaitement conscients. Ce qu'ils veulent, c'est maintenir le principe de fonctionnement actuel du secteur de l'audiovisuel, qui oblige les distributeurs de productions audiovisuelles à financer la production. En gros, c'est une sorte de mécénat obligatoire, basé sur le fait qu'au final, le payeur y trouve son compte, car son business dépend en partie de l'existence d'un stock d'oeuvres audiovisuelles de qualité. Pendant ces assises de l'audiovisuel, ils n'ont en fait parlé que de ça. Que les producteurs cherchent à racketter Google et Dailymotion, que ces derniers se défendent, cela ne me concerne pas.

Le seul point où il faut maintenir la vigilance, c'est sur les éventuels dommages collatéraux de cette bataille économique au sein de la filière audiovisuelle. Le CSA n'a pas, et n'aura pas les moyens de contraindre légalement les acteurs du numérique à entrer dans son champ de régulation, il faudra "conventionner" et pour cela, il faudra des carottes. Il ne faudrait pas par exemple qu'un deal se fasse, du genre : vous acceptez de payer en échange d'une autorisation à pratiquer de la gestion différenciée de trafic. Actuellement, la régulation du CSA ne tient que par le fait que les fréquences sont attribuées gratuitement aux chaines de télévision. Quelles vont être ces carottes qui feront que les acteurs numériques accepteront de se plier aux règles du CSA ? C'est la seule question pertinente à mes yeux, le reste, c'est de la tambouille interne au milieu de l'audiovisuel.

lundi 3 juin 2013

Faire joujou avec le code pénal

L'utilisation de la loi pénale (écrite avec les pieds) pour des raisons de communication était une pratique devenue malheureusement banale entre 2002 et 2012. On pouvait penser que les choses changeraient, puisqu'on nous avait promis que "le changement, c'est maintenant". Les bonnes résolutions n'ont tenu qu'un temps... un an en fait.

C'est l'affaire Cahuzac, et la nécessité de répondre à l'émotion suscitée qui a fait sauter les digues à gauche. Devant ce qui est une faillite morale, plutôt que de reconnaitre qu'il y avait eu une erreur de casting, et pire, qu'ils auraient pu s'en rendre compte avant, les socialistes ont préféré la bonne vieille méthode de la fuite en avant, promettant les pires sanctions pour ceux qui retomberaient dans ce travers. Ils ont donc inventé la peine d'inéligibilité à vie, que l'on sait inconstitutionnelle, pour bien montrer leur volonté de lutter contre la fraude et le mensonge chez les élus. Ça donne les article 18 et 19 du projet de loi sur la transparence de la vie politique, écrits sur mesure pour Jérôme Cahuzac. Ce sont les mêmes qui nous disaient, entre 2002 et 2012 que ce n'est pas la rigueur des peines pénales qui peuvent avoir une influence sur le comportement du délinquant, car souvent, et c'est notamment pour le cas de la fraude, celui-ci est persuadé qu'il ne se fera pas prendre. Ce sont également les mêmes qui nous disaient, avec raison, que le code pénal est rempli d'incrimination qui ne servent jamais, car les magistrats ont largement de quoi condamner tous les faits avec finalement assez peu d'incriminations. Rendez-vous donc devant le conseil constitutionnel, soit à la sortie de la discussion parlementaire, soit en QPC dès la première utilisation.

Les parlementaires socialistes n'étant pas en reste, ils se sont eux aussi lancés dans la créativité "pénale". Ça donne : "Le fait, pour un élu ou agent public soumis à l’obligation de déclaration de patrimoine et d’intérêt auprès de la Haute autorité de la transparence de la vie publique, de ne pas être en mesure de justifier une augmentation substantielle de son patrimoine au regard à ses revenus légitimes est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 40000 euros d’amende". Les yeux des pénalistes doivent pleurer à cette lecture. D'abord, le choix des termes, extrêmement important dans les incriminations pénales. J'attends de savoir ce que sont des "revenus légitimes" en droit. Dans l'esprit, je comprends ce qui est dit, mais juridiquement, ça ne tient pas la route. Mais s'il n'y avait que ça ! en plus, on une magnifique inversion de la charge de la preuve, puisque c'est à la personne incriminée de prouver, ce qui n'est pas franchement la règle en droit pénal, où les présomptions de culpabilité sont très encadrées, et possibles uniquement en matière contraventionnelle. 3 ans de prison et 40 000 euros d'amende, on est dans le délictuel. Le bouquet, c'est qu'on demande à quelqu'un de prouver que son enrichissement est compatible avec ses revenus légitimes, sans lui dire exactement ce que sont les "revenus légitimes". Cerise sur le gâteau, son auteur est magistrat. C'est somptueux et logiquement, ça ne passe le cap de l'examen en commission (voire même c'est retiré avant la commission).

Chassez le naturel, il revient au galop...