Hier, un jeune a été tué à la suite d'une rixe entre militants d'extrême-gauche et skin head. Selon le récit qu'en fait le journal Le Monde, l'affaire est tristement banale. Un groupe de militants d'extrême gauche prend à partie des militants d'extrême droite, les "chauffent" et les provoquent. Ces derniers s'empressent de répondre à la provocation, et une bagarre éclate, au cours de laquelle un jeune militant d'extrême-gauche fait une lourde chute et meurt des suites de ses blessures. Ce décès est bien entendu extrêmement regrettable, et il y a clairement une dimension tragique à cet épisode, mais je n'arrive pas à comprendre l'hystérie émotionnelle des politiques et des médias suite à cette affaire, avec des délires et des conneries incroyable, tant à gauche à qu'à droite.

Que le Front de gauche, naturellement proche des militants d'extrême gauche, crie et dénonce les faits, c'est logique. Qu'il le fasse avec une certaine outrance, ce n'est pas surprenant, Jean-Luc Mélenchon n'est pas réputé pour la délicatesse et la modération de ses sorties médiatiques. Qu'il parle d'assassinat politique est bien entendu excessif, mais on peut comprendre cette prise de position, c'est l'un des leurs qui est mort, et ils sont dans leur registre expressif habituel. Ce qui m'a sidéré, c'est le nombre de militants de gauche, parfois de la gauche modérée, qui ont suivi. Au regard du récit des faits, on est davantage sur "violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner" avec comme circonstances aggravantes que les violences ont eu lieu en réunion, visiblement avec arme (on parle d'un coup de poing américain, qui n'est pas un jouet) et probablement "en raison des opinions politiques". L'auteur des coups et les autres participants à la rixe peuvent prendre cher, rien qu'avec ces incriminations.

Dire que Clément Méric a été assassiné est faux. Sa mort est accidentelle et n'a aucun sens "politique" comme certains semblent vouloir le dire. Il n'a pas été tué "pour ses idées", mais parce qu'il s'est trouvé pris à partie dans une rixe entre militants extrémistes aux idées particulièrement peu raffinées. Pour moi, intellectuellement, la CNT et les skin heads sont à peu près au même niveau d'intelligence politique, quelque part entre cro-Magnon et Néanderthal ! On peut même difficilement parler d'idées, tant le militantisme de ces deux extrêmes se nourrit davantage de rejet de l'autre. Ce n'est pas par hasard si le mouvement auquel appartenait Clément Méric se définit négativement, comme "antifasciste". Je me demande même ce qu'un jeune apparemment calme et intelligent faisait avec de pareils imbéciles.

Je suis sidéré d'entendre des responsables politiques prétendre vouloir, suite à cet incident tragique, dissoudre des groupes d'extrême droite. Est-ce vraiment la réponse à apporter à cet incident, quand on est au gouvernement, que de s'aligner sur les hurlement et les excès de Mélenchon ? Dans cette affaire, la violence, et surtout la bêtise, étaient des deux cotés ! Si on doit dissoudre, dans ce cas là, on tape sur les deux bords, car les responsabilités semblent largement partagées dans le déclenchement de cette bagarre. Entendre certains accuser les anti-mariage pour tous d'être responsables d'un climat néfaste, qui aurait provoqué la rixe, c'est de l'imbécilité profonde et le degré zéro de l'analyse. S'il y a des gens sur lesquels ce climat agit effectivement, c'est la classe politique et les médias, bien plus que les skin head et les militants antifascistes.

En même temps, cela interpelle, car l'ampleur des réactions a fait passer cette affaire du fait divers tragique au fait de société. Le vrai objet d'étude, celui sur lequel on doit se pencher, car il est très parlant, c'est la manière dont cet évènement a été vécu, par les médias, mais aussi par le monde politique, élus comme militants. Une telle "sur-réaction" émotionnelle, une telle avalanche de propos débiles montre que tout le monde est à cran, et que la tension politique liée à la séquence "mariage pour tous" n'est pas encore retombée. Elle montre aussi que les partis politiques sont dans un état assez pitoyable, visiblement incapable d'autre chose que de suivre la vague, en surenchérissant pour exister et ne pas devenir invisible et inaudible.

Plus que la bagarre et la mort tragique de Clément Méric, qui n'a malheureusement rien "d'extra-ordinaire", c'est la réaction du milieu politique et des médias qui m'interpelle et m'inquiète. Les dégâts sont plus importants que je ne le pensais, et l'affaiblissement des politiques, clairement visible dans leur réaction à cette affaire, est un vrai danger pour un pays qui s'enfonce en pleine crise économique, et sans doute bientôt, dans la crise sociale qui ne manque pas de suivre.