L'Assemblée nationale vient d'adopter les deux projets de loi relatifs à la transparence de la vie publique et aux conflits d'intérêts. Ces textes ne sont pas parfaits, sur certains points, on est resté au milieu du gué, avec notamment cette pantalonnade sur les déclarations consultables mais pas publiables et sur les déclarations d'intérêts publiées, mais pas sous un format réutilisable. On sent toute la réticence de ces parlementaires qui lâchent du lest sur le principe, pour mieux saboter l'application concrète de la loi. Mais bon, les progrès sont indéniables, et si le texte ne va pas aussi loin qu'on aurait pu vouloir, ce qui sort du Palais Bourbon est quand même pas mal.

Pour autant, seuls 6 députés UMP ont voté pour. Parmi eux, ne figure pas Bruno Le Maire, qui a voté contre, bien qu'il y ait brassé beaucoup d'air autour de ce texte et de sa "révolution démocratique". Je pense qu'il a commis une grave erreur stratégique, car lorsque l'on vote sur l'ensemble d'un texte, on fait un choix politique : pour ou contre la ligne politique du texte. On se moque des détails et des éventuelles imperfections. Un vote global, c'est de la politique pure et de la communication. Quoi que l'on dise, un vote contre ces textes de loi est lu comme un vote contre la transparence de la vie publique. Autant une telle position, de la part des vieux croutons momifiés du parti radical de gauche ou des vieux gaullistes, n'a rien de surprenant, autant venant de quelqu'un qui parle de révolution démocratique, ça pose question.

Bruno Le Maire brouille son image. Sur le fond, j'apprécie sa volonté de mener un travail de fond, à rebours de ce que fait d'habitude l'opposition, qui bâcle le fond pour faire de la comm', en attendant que la majorité se plante et qu'il n'y ait plus qu'à se baisser pour ramasser le pouvoir. Quelque unes de ses idées me semblent intéressantes, même je n'adhère pas à toutes. Le bonhomme m'apparait sympathique et humain, ce qui tranche pas mal avec certains leaders (droite comme gauche) qui, humainement, sont des gros cons. Mais voilà, au moment fatidique, là où il faut un peu de courage, là où ça pourrait lui couter, il recule et rentre dans le rang. C'est pourtant à ce moment là qu'on vérifie la sincérité des discours tenus jusqu'ici...

Bruno Le Maire m'a beaucoup déçu, c'est rien de le dire. Finalement, il est comme les autres, un pleutre, qui est juste un peu meilleur dans le baratin, qui joue mieux la comédie de la sincérité que les autres. Mais fondamentalement, il reste trop tacticien, trop englué dans les règles du jeu pour être le leader disruptif dont la droite a besoin.

L'arrivée de la gauche au pouvoir a suscité des espoirs qui ont été cruellement déçus, Hollande n'ayant finalement rien changé, sinon le style, par rapport à Sarkozy. Ce sont toujours les mêmes énarques qui sont aux manettes, les mêmes lignes politiques qui sont suivies. Cela suscite une immense désillusion, et surtout, un rejet de la classe politique dans son ensemble. La droite ne représente pas aujourd'hui une alternative crédible au Parti socialiste, d'où une montée du vote FN. Cette montée est le signe indubitable que les citoyens attendent qu'on renverse la table, et si les partis de gouvernement n'en sont pas capables, et bien ils s'adresseront à Marine Le Pen, qui apparait comme plus respectable et "propre sur elle" que son père. Elle fait moins peur, on le voit bien avec ces "fronts républicains" qui ne font pas recette, tout en étant la seule à être encore crédible dans un discours de rupture.

Hollande et Sarkozy ont été élu sur la promesse de rupture et de changement, ils n'ont rien fait. Aujourd'hui, ce discours ne fonctionne plus, à moins de mettre de forte doses. Bruno Le Maire est sympathique, mais il ne va pas assez loin dans la rupture, et en plus, ses actes ne sont pas cohérents avec ses propos. Lui non plus, ne fera aucune révolution, rien à en attendre sinon de la comm' bien faite, où on ne voit pas trop les dents qui rayent le parquet. Désespérant...