De plus en plus de sites de presse laissent un espace important aux "contributeurs" avec une présentation qui les rend est assez difficile à distinguer par rapport aux articles des journalistes. Cela s'appelle "le Plus" sur le nouvel obs, "Express yourself" sur l'Express, le Cercle sur les Echos. Les articles de ces contributeurs sont même parfois intégrés au flux de la "homepage". Cela permet à ces sites de presse de gonfler les chiffres en affichant autant d'articles que les plus gros sites, en exploitant ainsi l'internaute. Vieille recette qui n'est pas sans danger, car tout est fait pour donner l'illusion qu'il s'agit d'un vrai article, sauf que ce n'en est pas un, car il n'est pas écrit par un journaliste et le contrôle éditorial est parfois défaillant.

On peut se retrouver avec des articles diffusant des fausses informations, sous le logo du journal, et même si c'est sous le chapeau de "l'espace contributif", la responsabilité du journal est engagée, car tous les lecteurs, loin de là, ne sont pas forcément au fait de ces subtilités. Ils sont sur le site du journal, donc tout ce qui s'y trouve est censé être de bonne qualité, et surtout, respecter la déontologie journalistique.

Un cas d'école vient de se produire avec les Echos. Dans leur espace contributif, Yves Weisselberger, co fondateur d'une star-up qui développe une application de téléphone mobile pour la réservation de voiture de tourisme avec chauffeur (la marque la plus connue dans ce domaine est Uber). Dans son article, il s'en prend aux taxis, les accusant de vouloir tuer la concurrence que représente pour eux les VTC. Jusque là, ce n'est pas faux, les taxis n'aimant pas franchement qu'on vienne leur faire de la concurrence et sachant se faire entendre par des blocages de la voie publique en région parisienne (méthode très efficace au demeurant). Mais voilà que l'auteur de l'article nous dit que dans la loi sur la consommation, en discussion la semaine dernière à l'Assemblée nationale, une disposition aurait été votée, qui oblige à respecter un délai de 15 minutes entre la commande et la prise en charge par un VTC, ce qui revient à flinguer l'atout des VTC, qui est la rapidité de prise en charge.

Il se trouve que j'ai suivi de près ce texte, pour des raisons professionnelles, et que je n'ai rien vu de tel. Je suis donc allé voir le compte-rendu des débats, ainsi que le texte voté par l'Assemblée nationale (articles 68 et 69). Après vérification, il s'avère que cette information donnée dans l'article d'Yves Weisselberger est tout simplement fausse. La seule restriction à l'activité des VTC qui y est apportée est la restriction d'accès aux aéroports (en clair, Orly et Roissy, qui sont les vaches à lait des taxis parisiens). Les VTC ne peuvent pas y venir, sauf s'ils ont un réservation, et doivent arriver dans l'heure qui précède la prise en charge, et pas avant. Ils ont également l'interdiction de prendre des clients "à la volée", mais ce n'est pas nouveau. Pour le reste, il n'y a strictement rien dans ce texte concernant les VTC.

Pourtant, l'information a été reprise et a circulé, sans que personne ne questionne l'article et n'aille vérifier. Weisselberger s'est d'ailleurs bien gardé de mettre des liens dans son article, et encore moins de citer des sources. Certes, les journalistes et les patrons du site des échos vont répondre qu'ils ne sont pas responsables, mais en fait, si quand même un peu, car ils offrent un espace d'expression où figure leur logo, ce qui crédibilise ce qui s'y écrit. Cet espace d'expression libre leur apporte du trafic, fait monter leurs statistiques, donc ils y gagnent quelque chose. J'attends le jour où la responsabilité d'un site de presse sera mise en cause pour une faute de la part d'un contributeur qui aura sciemment diffusé par ce biais une fausse information, ayant causé un réel préjudice économique (donc justifiant des dommages et intérêts). Le site de presse en question a intérêt à avoir de bons avocats...