L'inflation normative est un sujet à la mode. C'est période, et nous avons actuellement une poussée, avec notamment le très marketing rapport Boulard-Lambert. Il faut donc le "couvrir" quand on se veut un site de presse un peu "sérieux". Mais voilà, c'est technique, ardu, avec de vrais débats sur la notion même d'inflation normative, sur le périmètre. Les chiffres les plus fantaisistes circulent sur le nombre de lois, de décrets et de normes en vigueur. Personne ne parle de la même chose, ne prend les bonnes unités de mesures, si tant est qu'il puisse y avoir de bonnes unités de mesures dans ce domaine. Quand on ne sait pas ce qu'on mesure, c'est un peu compliqué de trouver le bon instrument...

Cela n'empêche pas la presse de nous dire qu'il y a trop de normes, en cherchant à le montrer de manière spectaculaire, même si c'est complètement faussé. Slate nous offre un bel exemple avec une illustration par le taille des codes Dalloz. C'est simple et visuel : on prend un vieux code et le code actuel dans la même matière, on pèse, on compte les centimètres, et on en déduit qu'il y a une véritable inflation législative et normative. Déjà, il aurait fallu s'interroger sur ce que contenaient ces codes. Bien souvent, en plus des textes, on y trouve des notes, contenant en particulier les décisions de jurisprudence, indispensables pour comprendre comment la disposition est appliquée. C'est même la valeur ajoutée de ces codes, celle qui fait qu'on les achète plutôt que de se contenter de Légifrance. Est-il venu à l'idée de l'auteur de l'article d'ouvrir ces codes pour voir si, entre 1978 et 2010, l'augmentation de la pagination vient du texte normatif lui-même, ou du paratexte ? Je crains malheureusement que non, ce qui suffit à montrer l'inanité absolue de la démarche...

Plutôt que de rester en surface, en cherchant à faire du sensationnel, il serait plus intéressant que les journalistes creusent un peu le concept d'inflation normative, qui est clairement une machine de guerre de certains pour faire supprimer des textes de loi qui ne leur plaisent pas, mais en passant par la porte de derrière. Cette poussée anti-inflation normative actuelle, c'est avant tout une demande des élus locaux qui veulent qu'on supprime des normes, notamment d'accessibilité handicapé, qui coutent cher aux collectivités. Ils prennent donc les exemples les plus absurdes et ubuesques, qui malheureusement, ne sont pas compliqués à trouver, les érigent en "modèle", saupoudrent d'un zeste de "la machine normative s'emballe" et concluent qu'il faut tailler dans le lard. Et à ce moment là, les journalistes seront priés, une fois leur rôle d'idiot utile rempli, d'aller voir ailleurs et ne pas trop se pencher sur les suppressions de normes. On leur demande juste de faire entrer dans la tête des gens qu'il y a trop de lois et que c'est pas bien, afin de légitimer des décisions parfois très contestables si on les analysaient sous un autre angle.

Je suis toujours aussi sidéré de voir comment on peut manipuler les journalistes. Il suffit de leur donner un truc qui fera du clic, ils se jettent dessus comme la vérole sur le bas clergé, sans le moindre recul, à la recherche de l'audience à court terme uniquement. Affligeant...