Nicolas Sarkozy est sorti de son silence et semble revenu à la politique. Les militants de base et la presse en frétillent d'envie et de bonheur. Enfin, le "bon" client est de retour, celui qui fait vendre du papier, et qui, en matière de storytelling, surpasse les deux autres clowns, qui ont certes donné un magnifique spectacle en novembre dernier, mais qui ont déçu depuis. Les militants ont enfin retrouvé leur maître, celui qui leur permet de vibrer. Pourtant, c'est un petit évènement à mes yeux, un épiphénomène qui ne mérite pas une grande attention dans les détails.

Sarkozy a très mal choisi son moment pour revenir, parce qu'il n'a pas eu le choix. Franchement, faire son come-back début juillet, alors que la France commence à partir en vacances, c'est loin d'être idéal. Le faire devant une réunion de cadre du parti, c'est pas terrible non plus. Sarkozy a grillé une belle carte en brisant ainsi sa période de silence. Trop tôt, pas le bon moment médiatique, pas le bon lieu. Mais il n'avait pas le choix, car se posait un problème financier aigu, celui de la dette laissée par le rejet de ses comptes de campagne. Il y a un trou de 11 millions, avec un banquier qui ne va pas tarder à présenter la demande de remboursement. Soit c'est Sarkozy qui paie, après tout, c'était sa campagne, il a sciemment dépassé le plafond, en se croyant intouchable, ça ne serait que justice. Soit c'est l'UMP. Pour être certain que c'est la deuxième solution qui est retenue, Sarkozy s'est invité à la réunion qui devait décider de ça...

Évidemment, il n'a pas pu s'empêcher de faire un show politique, donnant des claques à Copé et à Fillon, se posant en recours contre ces deux incapables qui ont fait exploser le parti et esquissant quelques lignes politiques. Classique opération de reprise en main d'un appareil militant complètement paralysé par une querelles des chefs. Sauf que c'était trop tôt, là encore, pour espérer reprendre le contrôle effectif de l'appareil, même si le militant de base bave de plaisir devant le retour de son maitre, celui pour lequel il a adhéré à l'UMP (les autres sont partis depuis longtemps) et dont il attendait fidèlement le retour. Les cadres semblent beaucoup plus dubitatif et Copé n'entend certainement pas laisser la présidence à Sarkozy. Tout cela met un beau bordel, si tant est qu'on puisse bordéliser davantage l'UMP !

Le grand perdant de l'affaire est sans conteste Jean-François Copé, qui a peut-être reçu, cette semaine, le coup de grâce. Dans la paix armée signée avec Fillon, Copé avait conservé le contrôle de l'appareil du parti comme atout principal, avec un positionnement assez droitier, qui se situait dans la ligne du quinquennat de Sarkozy, laissant le centre-droit à Fillon. Pour Copé, le retour de Sarkozy est une catastrophe, car ils occupent le même espace politique, mais où Copé sera toujours moins légitime que Sarkozy. Le militant de base choisira Sarkozy sans hésiter, ce qui fait de la présidence de l'UMP, conservée à grand frais par Copé, un poste quasiment honorifique et certainement pas un tremplin pour les primaires de 2016. On l'a bien vu, dès lundi soir, c'étaient les copéistes qui entouraient Sarkozy, qui se félicitaient de son retour, et Copé a bien été obligé de dire qu'il était en phase, sous peine d'être isolé. Si Sarkozy revient, Copé va être obligé de s'effacer, car il n'aura plus le moindre espace politique, ce qui n'est pas le cas de Fillon, qui vient clairement de remettre les pendules à l'heure. Il ira au combat en 2017 qui qu'il arrive, et le retour de Sarkozy n'y change rien, sauf peut-être l'identité de celui qui sera en face de lui lors de la primaire de 2016. Paradoxalement, Fillon pourra presque compter sur l'aide de Copé, qui a désormais comme priorité, s'il veut survivre, d'éliminer Sarkozy, le meilleur moyen étant de le faire battre à la primaire de 2016.

Par contre, à court terme, pour ce qui est de la reconstruction de la droite, c'est le néant total, voire un recul, toutes les énergies étant focalisées sur la lutte des personnes. En même temps, c'est de moins en moins le rôle des partis politiques, si cela l'a été un jour. On risque de plus en plus la scission, François Fillon étant, patiemment, en train de tisser un réseau couvrant l'ensemble du territoire (vivant d'ailleurs en partie aux crochets de l'UMP) qui pourra, lors des législatives, présenter des candidats et donc bénéficier, pour la période de 2017-2022, d'un financement public, et donc d'une véritable autonomie. Cette période laisse le temps de cultiver et de creuser le clivage idéologique entre le centre-droit et la droite dure, ce qui ne sera pas bien compliqué vu qu'il existe déjà et s'est clairement manifesté par un rejet de Sarkozy par le centre droit. C'est peut-être, sur le long terme, l'espoir d'un retour de la droite modérée sur le devant de la scène politique qui a avancé avec cette séquence du retour de Sarkozy.