Hier, a eu lieu un dramatique accident de train, le plus grave depuis 25 ans. Au delà du choc que provoque un tel accident mortel, c'est un autre incident qui m'a le plus frappé, choqué même. En effet, les secours qui arrivaient sur place ont été caillassés et des personnes, présentes sur les lieux, plutôt que de porter secours aux victimes, les ont détroussées (les incidents semblent avoir été assez limités). On se croirait dans un roman de science-fiction post-apocalypse comme "La route" de Cormac McCarthy, où dans un monde détruit, l'homme revient progressivement à l'état sauvage. Pourtant, nous sommes dans la France de 2013, à Brétigny sur Orge, à deux pas de Paris...

C'est là qu'on se dit qu'il y a un problème, un vrai problème...

On sait que la banlieue, notamment parisienne, est une poudrière, un "dépotoir" où nous parquons des populations en très grande difficulté sociale, en leur donnant juste de quoi ne pas crever de faim, et de temps en temps, un petit peu plus afin que certains puissent s'en sortir. On appelle cela "la politique de la ville", bel euphémisme pour nommer un emplâtre sur une jambe de bois ! On sait tous que les moyens alloués à cette politique sont insuffisants, que les annonces, les "plans banlieue" sont grandiloquents et inefficaces, car les moyens sont insuffisants, que chacun fait ce qu'il veut à son niveau avec une coordination plus qu'aléatoire, et qu'on se débrouille. Malheureusement, cela ne suffit pas, et de véritable zones de non-droit existent. Nous en sommes responsables, car c'est un choix collectif qui a été fait de reléguer ces populations à problème dans des ghettos, pour masquer une misère que nous n'avons pas pu, ou pire même, voulu traiter, car cela coutait trop cher. On le sait depuis longtemps, mais on fait semblant de ne pas le voir, en se mettant la tête dans le sable, et en espérant qu'ils ne sortent pas de chez eux et qu'on ne les voient pas trop. On a le résultat de plusieurs décennies d'exclusion et de misère sociale, qui ont entrainé une très profonde déculturation, une perte de repère tellement profonde qu'on peine à se rendre compte du danger que cela représente.

Jusqu'ici, on a du bol, ils restent confinés dans leurs secteurs, préférant rester en terrain connu, ce qui est compréhensible. Mis à part quelques flambées de violence, on ne les voit jamais à la télévision, donc ils n'existent pas aux yeux de la grande majorité de la population, qui en plus, préfère ne pas voir et ne pas savoir, ayant ses propres problèmes. Comme ils ne votent pas ou très peu, les politiques peuvent ne pas s'en occuper, ne pas vraiment les représenter et relayer leurs demandes. Ils sont invisibles, on ne sait pas ce qui se passe dans ces cités et on se garde bien d'y aller (ce qui relève du bon sens, vu les conditions de sécurité). Pourtant, ils sont présents sur notre territoire, à moins de 30 minutes de RER du centre de Paris, et nombreux. Potentiellement, ils représentent un danger s'ils se décident à descendre en nombre sur le centre-ville, de manière un peu organisée. S'ils le font, ce ne sera certainement pas pour aider les vieilles dames à traverser...

C'est justement là que les incidents de Brétigny sur Orge prennent tout leur sens, et sont glaçants. Que devant un telle catastrophe ferroviaire, le réflexe n'ait pas été de porter secours, mais au contraire, "d'achever les victimes" pour les détrousser montre qu'on est arrivé très loin dans la barbarie, au sens premier qui est celui que donnait les romains : l'éloignement de la civilisation, à la limite de la perte d'humanité. Là encore, on le savait, on avait des informations sur des camions de pompiers caillassés pendant une intervention sur un incendie, mais ici, ça prend une tournure tellement dramatique et ubuesque avec cet accident de train qu'on est frappé, qu'on ne peut plus ignorer le problème.

Il y a réellement urgence à aller voir ce qui se passe en banlieue, à mesurer le degré de "retour à l'état sauvage" de certaines franges de la population, et de mettre les moyens pour rétablir la situation, de faire revenir ces populations au sein de la communauté. Le danger de voir les barbares descendre sur la ville devient de plus en plus réel, c'est peut-être même, à Paris, l'un des problèmes majeurs des 10 prochaines années. C'est maintenant qu'il faut agir.