François Hollande ne veut pas que ses ministres prennent de vacances. Il ne veut pas de "vacance du pouvoir". En fait, il craint le vide médiatique, et l'impression donnée que le pouvoir ne s'exerce plus s'il n'apparait pas dans les médias. Il ne faut donc pas partir trop loin, être prêt à rappliquer devant les caméras au moindre incident dans son domaine.

On touche le fond. Un ministre, un gouvernement est là pour donner le cap, donner des impulsions, trancher et arbitrer. Par contre, ce n'est pas aux politiques de tout faire, et encore moins de faire croire que leur ministère ne tournerait pas sans eux, car il n'y a rien de plus faux. Malheureusement, l'impuissance de plus en plus grande des politiques les a amenés à user et abuser du dernier outil qui leur restait, la communication. Aujourd'hui, gesticuler devant les médias, c'est le seul moyen d'exister politiquement, car pour le reste, il n'y a plus d'argent dans les caisses et le pouvoir est de plus en plus diffus, allant de l'Europe aux collectivités locales. Être ministre ou président de la République, c'est faire de la calinothérapie, c'est s'indigner et faire des annonces. Dans cette configuration, tout absence médiatique un peu prolongée est suspecte, et il est hors de question d'être absent s'il faut "réagir".

C'est une symptôme de plus du refus de nos politiques d'admettre qu'ils ne sont pas omnipotents. Pourtant, il suffit d'un peu de lucidité pour se rendre compte que nos politiques ne dirigent plus grand chose hormis ce qui relève du symbolique, où "dire, c'est faire". Pour ce qui est de l'économie, du chômage, c'est le néant total, l'impuissance la plus absolue. Même les mesures qui nous vendues à grand renforts de comm' sont des bides retentissants. Les emplois d'avenir, qui ne sont qu'un énième avatar du bon vieux dispositif des emplois aidés, ne marchent pas. Les responsables socialistes en sont réduits à engueuler leurs élus locaux pour qu'ils en créent, afin d'atteindre les objectifs. On en est à médiatiser la signature de 3 ou 4 contrats d'avenir. Pareil pour le crédit d'impôts compétitivité emploi, le fameux CICE qui allait tout régler. C'est en fait un magnifique cadeaux de 20 milliards aux entreprises, du moins à celles qui ont le temps et la structure suffisante pour remplir les dossiers administratifs. On assiste à de formidables dérapages, puisque le dispositif a été conçu pour être distribué dans contreparties, sans engagements de la part des entreprises. Et je ne vous parle pas du poids des administrations et des hauts fonctionnaires sur les choix politiques, c'est juste à pleurer...

Un changement de paradigme est nécessaire. Il faut que les politiques admettent qu'ils n'ont que peu de pouvoir sur certains domaines. L'Union européenne décide beaucoup, ne nous laissant que les modalités d'application, afin de rendre les décisions culturellement acceptables à des peuples très différents. La décentralisation, même mal conçue comme en France, a quand même donné du pouvoir aux élus locaux, qui ne sont pas des relais du pouvoir central. Avec la fin du cumul des mandats, cette autonomisation des élus locaux va devenir encore plus forte. La libéralisation lancée en 1983 a amené l'Etat central à abandonner de plus en plus de leviers de pouvoir, au point qu'aujourd'hui, dans bien des domaines, l'Etat n'est guère plus qu'un régulateur. Il faut donc d'urgence que les élus nationaux, de quelque bord qu'ils soient, arrêtent de faire croire qu'ils peuvent encore, d'un claquement de doigts, inverser le courbe du chômage...

Cela nécessite une véritable révolution culturelle dans la manière d'envisager le pouvoir. L'élu n'est plus celui qui décide, mais celui qui régule. L'élu local n'est plus un baron mais un animateur et un coordinateur de l'action publique. Quand on connait nos politiques, on se rend compte de l'ampleur du gouffre entre ce qui est devenu la réalité et les représentations. Or, c'est encore largement sur la base des représentations que des hommes et des femmes s'engagent en politique. La fiche de poste est intenable, car la tension est trop forte. Nombre d'élus le deviennent pour satisfaire un ego surdimensionné, et attendent, en échange d'un travail qui est réel et souvent crevant, des rétributions symboliques. Ils sont en demande d'apparaitre comme "le chef", le petit "roi soleil" leur fief, dispensateur des grâces et bienfaits. Leur demander d'avoir la modestie d'accepter qu'ils ne sont que des animateurs et des régulateurs, c'est trop leur demander. Le pire, c'est qu'on ne leur demande pas, car la population se complait dans ce modèle de l'élu tout-puissant. C'est tellement confortable d'attendre que l'alouette tombe toute rôtie, et de crucifier le responsable si jamais l'alouette n'arrive pas ou n'est pas assez cuite.

Il y a bien un moment, pourtant, où il va bien falloir mettre les représentations en adéquation avec la réalité, car c'est toujours le réel qui gagne. Cela nécessite une population qui arrête de croire que tout vient du ciel et qui se prenne en mains. Il faut de l'autre coté des élus qui acceptent une forte réduction de l'aspect symbolique de leur rôle, et acceptent de prendre acte de la nouvelle dimension du pouvoir. L'absolutisme, c'est terminé depuis longtemps, même si en France, nous nous acharnons à reproduire ce modèle, en changeant simplement quelques termes. Pas évident...