L'activité politique consiste à conquérir le pouvoir politique et à l'exercer. C'est le coeur même de l'activité d'un parti politique, bien avant "réfléchir" et "avoir un programme". Quand on veut se lancer dans cette activité, il faut être lucide sur le fait que c'est un métier, qui nécessite des compétences et des qualités particulières, comme toute autre profession. Ceux qui prétendent partir la fleur au fusil, animée de leur bonne foi et d'un sens "rousseauiste" de l'intérêt général se font généralement démolir.

L'activité d'un parti politique est d'organiser la sélection et la formation des futurs candidats, mais aussi d'assurer la logistique des campagnes électorales. Pour être sérieux et avoir une chance d' l'emporter, il faut un maillage du territoire le plus fin possible. Tous les partis dignes de ce nom ont des sections locales, chargées de couvrir un territoire précis. Elles assurent l'animation régulière d'un réseau, qui va des sympathisants lointains (qui votent "bien" mais ne viendraient pas à une réunion) aux militants endurcis, qui sont prêts à tous les sacrifices pour le parti. Connaitre et référencer toutes ces personnes pour pouvoir, le moment venu, faire appel à eux, à bon escient, ça ne s'improvise pas (surtout avec l'obligation de parité). Ce n'est pas trois mois avant les municipales qu'il faut s'inquiéter d'avoir des candidats un peu crédibles pour la deuxième moitié de la liste.

Au niveau central, le parti a un rôle crucial, celui de façonner l'image. La plupart des électeurs ne s'intéressent qu'assez peu aux candidats en eux-mêmes, aux élections locales. Ils votent pour un parti, et avoir le "bon" logo sur son bulletin de vote est vital. Avoir l'investiture est un atout majeur pour l'emporter, cela se vérifie à chaque élection. Or, c'est au niveau national, dans les grands médias, que se joue cette image et cette adhésion (ou pas) de l'électeur. Le tractage sur le terrain, les affiches, c'est bien joli, mais ce n'est pas ça qui fait l'élection. Une gaffe en direct au 20h, et c'est l'ensemble des candidats estampillés qui morflent. Cela explique pourquoi les politiques manient si souvent la langue de bois à la télévision. Ils ne s'expriment pas pour eux-mêmes, mais en engagent d'autres.

Faire de la politique, c'est aussi maitriser des savoirs-faire. C'est connaitre la carte électorale, pour savoir où faire porter l'effort, quelles villes, quelles circonscriptions sont basculables. C'est également savoir calculer des répartitions de sièges à la proportionnelle, pour mettre les bonnes personnes aux bons endroits des listes (surtout quand il y a une fusion prévisible avec une autre liste après le premier tour). Sur le terrain, il faut avoir des fonctions support irréprochables, avec une gestion méticuleuse du fichier, un système de formation des futurs élus. Souvent, cela se fait sur le tas, par le contact avec les "vieux" militants et lors des campagnes électorales, mais au moins, ça existe. Pour cela, il faut des cadres aguerris, et là encore, ce n'est pas en trois mois qu'on monte une pareille structure.

Quand on souhaite se lancer en politique, il faut être conscient que l'on va avoir à se coltiner toute cette intendance, sans laquelle on devra se contenter de faire de la figuration, et terminer à 3% le soir du premier tour.

Etre élu, c'est également un métier. Dans le dispositif démocratique, l'élu a un rôle précis, celui d'impulser et de trancher les choix "politiques", c'est à dire ceux qui sont engageants pour la collectivité. L'élu n'est pas un chef de service administratif, qui gère le quotidien. Pour faire la comparaison avec l'entreprise, le maire, c'est le président exécutif du conseil d'administration, le directeur général étant le secrétaire général de la maire. Parfois, des élus n'arrivent pas à le comprendre (c'est le cas pour des adjoints qui se prennent pour le chef de service) et gaspillent leur temps et leur énergie pour des broutilles.

L'autre grand rôle du politique, une fois élu, c'est de faire le lien avec la population. Pour cela, il faut en permanence être en contact, sortir sur les marchés, être présents aux réunions, bref, multiplier les occasions d'interactions. C'est lourdement chronophage, mais pourtant, si l'élu ne le fait pas, personne ne le fera à sa place. Il ne faut jamais oublier qu'en démocratie, un élu est un représentant qui, s'il dispose d'une grande liberté dans l'exercice de son mandat, se doit d'écouter ce qu'on lui dit (même si c'est pour s'asseoir dessus).

Être élu, c'est différent d'un travail salarié, où en échange d'un salaire, pour accomplissez certaines tâches pendant un nombre d'heures déterminées. La politique, ce n'est pas du travail, c'est de la responsabilité. Un peu comme les médecins, qui ne "travaillent" pas beaucoup au sens de l'effort physique, mais qui supportent une lourde responsabilité, car de leur diagnostic, dépend la vie d'une personne. En politique, c'est pareil, ce qu'on demande à un élu, ce n'est pas de faire des heures et de se fatiguer physiquement (même si dans les faits, la plupart des élus ne comptent pas leurs heures), c'est de prendre les décisions les plus appropriées. Parfois, il peut y avoir des dilemmes, avec une pression énorme. On sait qu'il y aura des mécontents, quelle que soit la décision, car il faut choisir entre la peste et le choléra. Le cœur du rôle de l'élu, c'est alors de trancher et d'en assumer la responsabilité. Pas toujours évident...

Il faut donc des qualités particulières pour se lancer en politique. Pour autant, ce n'est pas un métier fermé (et il ne faudrait pas que cela le devienne). Il faut juste être conscient que cela demande un minimum de formation et d'organisation. Le simple citoyen qui quitte sa charrue pour exercer, du jour au lendemain, les plus hautes fonctions, c'est un mythe pour bisounours.