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mercredi 1 août 2012

Vers la fin de l'exception culturelle ?

En France, dès qu'il est question de culture, le premier mot qui arrive, c'est "exception". Le monde de la Culture (qui comprend aussi les industries du divertissement) a réussi à imposer, de très longue date, au moins depuis 1981 avec certitude, qu'il devait bénéficier d'exemptions et de privilèges. Il s'agit d'une décision politique majeure, c'est à dire pas une foucade présidentielle, mais un vrai choix de société qui transcende les courants et clivages habituels. Ce choix se défend : en échange d'argent public et d'exemptions diverses, on préserve un secteur économique (donc des emplois) mais surtout, on préserve un patrimoine immatériel et on se donne les moyens pour que continue à exister une culture française viable, capable de produire de grandes œuvres, sans devenir une sous-culture face aux anglo-saxons.

Tout un dispositif est donc mis en place. On commence bien entendu par une fiscalité favorable, des subventions à tout-va, mais ce n'est guère nouveau. On met aussi en place un cadre juridique clair (avec par exemple la loi de 1985 sur le droit d'auteur) qui permet une exploitation économique par les éditeurs qui, on le sait tous maintenant, font la littérature. Les auteurs et artistes n'ont guère vu la manne arriver jusqu'à eux, sauf les très gros. Les grands gourous de l'exception culturelle se sont très bien rendu compte que des créateurs, il y en aura toujours et c'est pas en semant de l'argent public qu'on fait pousser des créateurs, vu qu'ils émergent tout seuls. Le vrai sujet est d'avoir la structure pour les détecter, les faire éclore et les exploiter diffuser, bref de passer du diamant brut à la pierre taillée. Il y a donc une logique parfaitement admissible au système, avec des choix rationnels que même moi, pourtant peu suspect de complaisance avec le milieu des cultureux, je peux approuver.

Mais tout cela a dérapé. D'abord, les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous, culturellement, bien entendu. On a une belle industrie du divertissement, mais peut-on encore appeler cela de la Culture ? En littérature, où sont les talents français ? Si le top du top, c'est Le Clézio, on est mal barré ! Au bout de 20 ans, le contrat "culturel" n'est pas complètement rempli. Même si les responsabilités sont en partie ailleurs (le faillite intellectuelle de l'université française pèse lourd), le rapport est médiocre entre l'argent public investi et les chefs d’œuvre produits, indispensables au rayonnement international.

Deuxième problème, la culture gestionnaire. Il n'y en a tout simplement pas ! Les mots efficacité, comptes, ratio, sont totalement inconnus de ce milieu, qui affecte même de mépriser souverainement tout cela. C'est un "habitus" chez eux, comme dirait Bourdieu. Il y a donc un gâchis et des déperditions d'argent absolument phénoménales, et comme le robinet d'argent public était ouvert en permanence, rien ne les a incités à bouger, bien au contraire. Les politiques ont commis ici une grave erreur, celle ne pas contrôler et ne pas assortir les aides publiques d'une obligation de bonne gestion. Il n'est jamais trop tard pour bien faire, mais c'est comme pour tout, plus on attend, plus les mauvaises habitudes ont la vie dure.

Troisième problème, le plus grave à mon avis, c'est que le divertissement a pris la place de la culture, et qu'en fait, une industrie s'est développée avec des modèles économiques qui dépendent, de manière vitale, des différents dispositifs mis en place pour préserver "l'exception culturelle" : les niches fiscales (la TVA vient de revenir à 5,5%), les aides directes, le cadre juridique (les droits d'auteurs...). Elle a travaillé à maintenir le système, par du lobbying, avec un storytelling autour de la création et des artistes qui ne correspond pas forcément à la réalité. Dès que l'on veut toucher à quoi que ce soit, les différents protagonistes hurlent en choeur, oubliant leurs divergences internes, et envoient quelques "artistes" pleurer sur les plateaux de télévision. Rien de mieux pour que les politiques cèdent immédiatement. De ce fait, une partie non négligeable de l'argent part vers autre chose que la création. L'ambition politique initiale a été trahie !

Aujourd'hui, nous sommes à un tournant. Plusieurs facteurs minent complètement le dispositif. Il y a d'abord la crise des finances publiques. L'Etat ne va pas continuer à se montrer aussi généreux, c'est évident, et si la puissance de feu de l'industrie du divertissement pourra retarder l'échéance, il y aura une baisse des aides et cadeaux fiscaux. Il y a aussi l'Europe et son positionnement politique libéral, qui n'aime pas le protectionnisme et les rentes de situations. Or, les dispositifs de l'exception culturelle ne reposent que sur ça ! On voit bien ce qui se passe avec le système de la taxe pour copie privée, qui s'écroule sous les coups de la CJUE. La France a beau déployer une énergie folle pour préserver cela auprès de la Commission, ça craque de partout, d'autres pays ne partageant pas cette priorité politique que s'est donnée la France pour le maintien de son industrie du divertissement. Et il y a eu internet, qui a fortement abimé le modèle économique, en chamboulant la distribution, qui est le coeur du dispositif économique. Non seulement il y a les méchants internautes qui piratent, mais voilà qu'arrivent aussi les cavaliers de l'apocalypse industrielle que sont Google, Amazon, Apple et Facebook, qui squattent totalement la distribution numérique "légale", ne laissant que quelques miettes aux autres, et notamment aux industries du divertissement, toutes surprises de se faire ainsi tondre la laine sur le dos.

Ces trois facteurs réunis ont créé une importante pression sur l'industrie du divertissement, qui le vit très mal et se radicalise, usant et abusant de son crédit politique pour demander à l'Etat de réprimer les pratiques qui lui font économiquement du tort. En cela, elle affronte de manière violente une importante fraction de sa clientèle, avec des pics d'affrontement comme DADVSI en 2006, Hadopi en 2009, et sans doute la loi "Lescure" qui viendra. Au bout de 10 ans de guerre de tranchées, un fossé s'est creusé et une détestation est née, notamment avec la jeune génération. Aujourd'hui, les questions de droit d'auteur, pourtant techniquement ardues, sont l'objet d'études et de débats de la part de gens qui ne s'y seraient pas intéressées il y a 10 ans. Aujourd'hui, le crédit de l'industrie du divertissement, même s'il reste encore fort, est en déclin. Les parallèles qui pourront être faits entre Olivennes 2007 et Lescure 2012 seront très éclairants, et montreront sans doute qu'Olivennes pouvait des choses que Lescure ne peut plus.

La seule solution est que le système de "l'exception culturelle" évolue. Non pas sur l'objectif initial, qui reste encore consensuel, mais sur les modalités. La jeune génération veut bien aider la création et les artistes, mais elle ne considère pas que payer un CD 15 euros ou qu'engraisser la SACEM ou la SACD y contribue. Elle n'est plus, surtout, dans le schéma mental dominant, qui voulait que la culture soit une production des artistes qui vienne "illuminer" le peuple, dans un modèle uniquement descendant. Le numérique a chamboulé ce modèle intellectuel. Désormais, le public veut de l'interactivité, et ne comprend pas qu'on le lui refuse. Or, les modèles économiques des industries du divertissement sont conçus sur ce sens unique, du haut vers le bas, où tout échange entre pairs est un manque à gagner. En fait, les décideurs des industries culturelles ont perdu toute dimension culturelle, pour ne plus voir que l'économique, et étouffent la voix de ceux qui pensent encore diffusion du savoir et de la culture avant de penser argent.

Il y a, dans le monde de la culture, des acteurs qui seront sans doute irrécupérables, et qu'il faudra casser. Ce sont tous ceux que j'appelle les "rentiers de la propriété intellectuelle", dont l'activité consiste à gérer un portefeuille de droits immatériels, et dont l'intérêt est de maximiser ce qu'ils peuvent en tirer. Pour eux, l'ennemi est le partage et la non-marchandisation. Voir des droits non-exploités leur fend le cœur. Ils ont donc organisé le système en fonction d'eux : il n'y a qu'à regarder les difficultés juridiques devant lesquels se trouvent ceux qui refusent d'exploiter et de laisser exploiter leurs œuvres et souhaitent qu'elles arrivent directement dans le domaine public, de leur vivant ! A la limite, ce n'est pas trop grave, ces acteurs là étant des parasites dont la création peut très bien se passer...

Pour les autres, il sera nécessaire de trouver de nouveaux modèles économiques leur permettant de continuer à exercer leur activité en gagnant correctement leur vie, et en pouvant investir pour le maintien et le développement de leur activité. Des solutions existent, car, et c'est une chance, le public est encore disposé à payer. Mais il faut lui proposer une offre correspondant à ses attentes, à ses pratiques culturelles et à un prix acceptable. Cela n'est d'ailleurs pas incompatible avec le maintien du dispositif d'aides publiques, et cela peut contribuer à le soulager en assurant des recettes qui aillent directement aux bénéficiaires de la politique publique, au lieu d'aller se perdre dans la poche d'intermédiaires. Il n'y a actuellement pas de véritable obstacle technique. La solution est bien évidemment une licence globale pour les biens immatériels, mais passe aussi par une refonte du code de la propriété intellectuelle, afin de donner la priorité à la diffusion au plus grand nombre, et non plus, comme c'est le cas actuellement, à la préservation des intérêts économiques des industriels.

Il faut donc clairement repenser toutes les politiques publiques de développement de la culture en France. C'est un chantier de démolition-reconstruction qui est nécessaire. Le pouvoir politique n'y est malheureusement pas encore prêt, mais la prise de conscience avance. Qu'un député comme Marcel Rogement (une sorte de Jacques Toubon de gauche) complètement immergé dans la défense de "l'exception culturelle telle qu'elle existe" se pose ce genre de question est un exemple frappant que les choses évoluent.

vendredi 14 janvier 2011

Après PPDA, Drucker...

Après le plagiat du nègre de PPDA, voilà que Michel Drucker, le "gendre-idéal-du-PAF" se retrouve sous les feux judiciaires pour une affaire du même tonneau.

Une commande est passée par l'éditeur pour que Michel Drucker réponde à Régis Debray dans un "livre d'entretiens". Le genre de bouquin qui n'apporte rien, mais qui s'achète, parce que, on ne sait jamais, on peut y apprendre des infos croustillantes et intimes sur une personnalité dont on se sent proche par la magie du mirage télévisuel. En clair, un produit dérivé des émissions de télévision.

Il n'est évidemment pas question pour Michel Drucker de livrer quoi que ce soit d'intime, ou alors, quelques miettes qui seront habilement montées en épingle lors de la promotion médiatique du bouquin pour faire croire que l'ensemble du livre est une vaste confession où on va apprendre tous les secrets que Drucker n'a jamais révélé. C'est l'éternel escroquerie commerciale qui peut se résumer par "venez tous partager ce secret connu de peu, qui fera de vous un happy few". Cela durera le temps que votre voisine de palier ne lise également le livre et ne devienne, et finalement, les "few" soient ceux qui ne sont pas au courant du "secret bien gardé". Ca marche, et ça marchera encore longtemps.

Apparemment, Michel Drucker a autre chose à faire que d'écrire ce livre. Déjà, ce n'est pas son métier, il est journaliste de télévision. En plus, il est très occupé, a des activités sans doute très lucratives (ménages, présence à des soirées mondaines...). Ca tombe bien, à ce moment là, il vit avec une femme écrivain. Pas besoin chercher la nègre (sans aucun jeu de mot) bien loin, elle est là, à la maison. Et en plus, elle a du talent.

Finalement, un texte est rédigé mais pas publié. Il n'empêche que Madame Beyala y a passé du temps, autant de moins pour écrire ses ouvrages personnels. L'enjeu est de taille puisqu'apparemment, il lui aurait été promis la somme faramineuse de 200 000 euros. C'est là que l'affaire prend des proportions indécentes et complètement folles. Michel Drucker sait sans doute très bien compter. S'il a promis cette somme, c'est qu'il doit espérer en retirer davantage de l'ouvrage. Comment un livre peut-il rapporter autant d'argent à son auteur ? Le pourcentage de ventes ne doit pas suffire, j'imagine mal un livre d'entretien de Michel Drucker et Régis Debray (attelage assez improbable) se vendre aussi bien, même si bien promu, il peut faire du chiffre. Il doit y avoir là dessous des avances et des a-valoirs substantiels.

On en saura sans doute guère plus, mais ce coin du voile soulevé permet de se rendre compte de la pourriture du milieu de l'édition. On marie les carpes et les lapins, sur commande, afin de faire quelque chose de frelaté et de totalement vide. On peut légitimement se demander si c'est Régis Debray qui a réellement rédigé les questions. On le vendra sous la forme d'une confession intime pleine de révélations, en espérant que le public mettra la main au porte-monnaie rien que sur les noms figurant sur la couverture, qu'ils auront aperçu en tête de gondole, bien en évidence à coté de l'escalator de la FNAC, avec au dessus le signe distinctif "coup de coeur".

mardi 4 janvier 2011

Tradition littéraire française

La culture française se casse la figure, notamment dans le domaine littéraire. Où sont les grands écrivains d'autrefois, ceux qui nous permettaient d'avoir un prix Nobel de Littérature presque tous les 5-6 ans ? Où sont les Gide, Camus, Sartre, Mauriac, Saint-John Perse ? Les quelques prix obtenus depuis les années 70 se sont espacés et sont devenus le "minimum syndical", le tour de la France et de la littérature francophone devant revenir de temps à autre. Claude Simon en 1985, un chinois naturalisé français en 2000, Le Clézio en 2008, c'est bien léger.

Quand on voit l'affaire du plagiat de PPDA pour sa biographie d'Hemingway, on comprend mieux. Tous les vices du milieu littéraire français sont réunis !

PPDA est un journaliste. C'est d'ailleurs à ce titre qu'il bénéficie d'une très forte notoriété. Présentateur vedette du journal de 20 heures pendant de très longues années, c'est un visage connu. Il s'est diversifié en animant des émissions "littéraires", qui dans les faits, sont destinés à faire la promotion des ouvrages mis en avant par les éditeurs. Il est donc présent dans les médias et dans la promotion commerciale de livres. Il dirige également une collection littéraire chez un éditeur. Il est donc également présent au stade de la transformation industrielle du produit. Enfin, il se pique d'être aussi écrivain, fournisseur de la matière première. Il est présent à tous les maillons de la chaine, ce qui est malheureusement devenu la norme. Pour être écrivain en France, il faut être auteur-éditeur-critique littéraire. Du conflit d'intérêt massif, avec copinage et consanguinité à tous les étages.

Cela explique que malgré un très lourd passif, dont un épisode qui aurait mis fin à sa carrière dans un pays anglo-saxon, à savoir sa fausse interview de Fidel Castro en 1991, il soit toujours en piste. Malheureusement pour les lettres françaises, quand on regarde d'autres "grands noms" des lettres, on se rend compte qu'ils ne sont pas qu'écrivains. Un autre exemple, Bernard-Henri Levy. Omniprésent dans les médias, dans les coulisses du pouvoir, il est depuis 1993 président du conseil de Surveillance d'Arte. Lui aussi, a été pris en flagrant délit de mensonges grossiers, et à plusieurs reprises. Pourtant il est toujours là, indéboulonnable...

La littérature française s'est perdue dans des pratiques de sous-préfecture de province, où des médiocres ont pris le pouvoir et se sont servis de l'outil en leur faveur, pour satisfaire leur ego. Dans cette affaire, le public n'a pas eu le choix, enfin, si, celui ne pas acheter. Mais ça, on le tait, où on le dit à demi-mot, avec des statistiques de vente de livres absolument minables. Mais le milieu d'en moque, de toute manière, il vit d'argent public et de rentes (l'édition scolaire par exemple...) qui leur permettent de faire n'importe quoi et de perdre de l'argent sur la "littérature".

Le seul souci, c'est l'effacement de la création littéraire française et à terme, du prestige de la France dans ce domaine. C'est déjà largement bien engagé. Dans ce domaine là aussi, cette génération des "soixante-huitards" ne laissera rien qu'un champ de ruines à ses enfants.

lundi 8 février 2010

Quand le culot tient lieu de génie litteraire

BHL est un exemple parfait de la décadence de notre pays dans le domaine littéraire. Le copinage, les petits réseaux et la consanguinité entre l'édition et la presse nous ont fait passer du statut de grande nation à celui de vieille gloire décatie qui vit sur les vestiges d'une splendeur passée. Les péripéties autour de la parution de ses deux derniers livres sont éclairantes.

En quoi consiste ces deux oeuvres. La première est une compilations de textes déjà publiés ailleurs. Rien de bien palpitant ni de neuf, mais quand on s'appelle BHL (ou Sollers), on a quand même droit aux honneurs des suppléments littérature et Culture de la presse française. Le second est la version remaniée d'une conférence donnée en 2009. Là encore, rien de neuf à en tirer. Juste des redites dont on fait une exploitation éditoriale. Le tout dans le style ampoulé de BHL, dans le genre jargonnant et à l'emporte-pièce ou le coté bravache dissimule mal l'absence de fond.

Le plus amusant, c'est que dans l'un de ces ouvrages, on s'aperçoit que BHL fait référence à une philosophe qui n'existe pas. Cela casse un peu (voire même beaucoup) l'apparence de sérieux. C'est même franchement risible et beaucoup ne se privent pour se marrer. Des conférences données juste après la guerre aux néokantiens du Paraguay, un livre intitulé "Landru, précurseur du féminisme" (j'en ai pleuré de rire) ça sent le fake à plein nez. Le pire, c'est qu'une simple recherche sur Google permettait de découvrir la supercherie en quelques minutes. Du nègre à l'imprimeur, en passant par l'auteur, le correcteur, l'éditeur, personne n'a rien vu, aucune alerte ne s'est déclenchée.

Malgré tout cela, le livre est encensé par la "critique" et notamment une certaine Christine Angot, elle aussi au coeur du système où les auteurs sont aussi éditeurs et critiques littéraires, pratiquant copinage et renvois d'ascenseurs à l'échelle industrielle. Sur ce coup là, Angot a fait fort, et ça passe dans "le Point" sans la moindre difficulté. Après ça, les journalistes s'étonnent de leur perte de crédibilité. Ils devraient pourtant se rendre compte que depuis de longues années, ils ne sont plus écoutés par le public, sauf quelques individualités qui ont une réputation personnelle.

Le pire, je crois, c'est que cette fumisterie intellectuelle de BHL est connue depuis plus de 30 ans. Cela ne l'a pas empêché de devenir une figure majeure de l'intellingensia parisienne. Il faut dire qu'il a un culot et un aplomb phénoménaux, dont il continue à faire preuve. Mais malheureusement pour lui, cela ne peut pas tenir lieu de talent littéraire ni de génie intellectuel. Pauvre France...

mercredi 30 décembre 2009

Faiblesse de l'avatar

Comme c'est les vacances, j'ai un peu de temps, je suis donc allé voir le film qu'il faut avoir vu, Avatar. J'avais quelques craintes au regard du battage médiatique. Et cela s'est confirmé. Je n'ai pas aimé.

Le scénario est d'une atroce banalité : un brave gars embauché par des méchants très méchants, pour infiltrer des gentils et les trahir. Mais voilà, le gars tombe amoureux de la fille du chef des gentils (même que ça rend jaloux le fiancé de la fille du chef). Ca, c'est la "guerre des étoiles". Voyant cela, les méchants attaquent fort et infligent des pertes aux gentils. C'est la phase "l'empire contre attaque". Bien qu'atteints, les gentils se regroupent sous la houlette du brave gars, qui d'un coup d'un seul, enchaîne plusieurs exploits pour galvaniser le peuple des gentils. C'est le retour du jedi. Finalement, il triomphe du chef des méchants au terme d'un duel épique plein de faux suspens avec moult passages à deux doigts de la mort du héros qui, une fois le travail achevé, s'en va retrouver sa belle. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Le tout avec un message politique un peu lourd.

Et pourtant, ça marche puisqu'il y en a apparemment un paquet qui disent avoir aimé. Ca fait même des siècles que ça marche, car quand on regarde les mythes antiques, mais également le théâtre médiéval ou classique, on est sur le même modèle. Une intrigue qui se noue après avoir posé les personnages et les situations, avec dénouement à la fin. Celui-ci peut être heureux ou pas, mais il a toujours un sens. Et c'est là le coeur du truc, le sens, le message, qu'il est beaucoup plus facile de faire passer en racontant une histoire (le storytelling, c'est vieux comme le monde). Pendant longtemps, c'est par ce mécanisme que l'on a fait passer les idées, les messages politiques ou philosophiques. Avatar s'inscrit donc pleinement dans une très ancienne lignée. Comment cela se fait-il que je n'accroche absolument pas à Avatar, alors que sur des "histoires" plus anciennes, pourtant du même modèle (au hasard, la Bible), j'accroche ?

Tout est dans la profondeur du message. Avec Avatar, l'épaisseur du message, c'est de la feuille d'or. C'est joli et clinquant, mais ça fait 4 microns d'épaisseur. "Il faut respecter la planète et vivre en harmonie avec elle". C'est le message à la mode, celui qu'il faut seriner pour être dans le camp des justes et des gentils. Ce conformisme est un premier point d'agacement. Mais surtout, le film ne contient pas le moindre début de commencement d'explication du "pourquoi il faut adhérer au message". Le choix sans doute, de privilégier le spectaculaire sur l'explicatif, l'esbroufe sur l'intelligence. C'est malheureusement trop souvent le parti pris des blockbusters américains "à message" (parce qu'il y en a qui font du spectaculaire brut, sans le moindre message). On pourra me rétorquer qu'Avatar soulève pas mal de questionnements. Sauf qu'il n'en développe aucun, ce qui accentue la frustration du spectateur. Le "monde" d'avatar n'est qu'un décor, pour un scénario hyper-prévisible accompagné d'un message politique asséné sans explication.

Exactement le contraire de ce que j'attends d'un bon film (ou d'un bon livre d'ailleurs).

jeudi 9 octobre 2008

C'était notre tour

Un écrivain français prix nobel de littérature, et en plus un vrai, de chez nous, JMG Le Clezio. Ca faisait tellement longtemps que je me demandais bien si cela arriverait un jour. Heureusement, chaque aire linguistique l'a à son tour.

Il faudra que je le lise, il peut en valoir la peine...

jeudi 11 septembre 2008

Ridicule

Jeff Koons à Versailles, c'est clair, ça décoiffe. Mais c'est aussi le but, l'art contemporain (et celui de Jeff Koons en particulier) ne s'apprécie pas uniquement en fonction de l'objet in abstracto, mais comme un ensemble entre l'objet en lui-même, ce qui l'entoure et le sens que cela produit (qui peut d'ailleurs être différent selon les personnes). Même si je ne suis pas un fan de Jeff Koons, le principe de son exposition temporaire au château de Versailles ne me choque pas.

Par contre, ce qui m'amuse, mais aussi m'afflige, c'est le niveau des détracteurs.

Première série, les rétrogrades. Versailles est un monument national, un objet sacré, qui doit rester dans l'état où il était sous Louis XIV. Interdiction de le faire évoluer. D'abord, Versailles n'est pas dans le même état que sous Louis XIV, qui ne s'y retrouverait pas forcement s'il revenait. Louis XV et Louis XVI y ont fait des travaux, ajouté des constructions (la salle d'opéra date de 1770). Le palais tel qu'il se visite est démeublé, vide, ce n'est qu'un décor sans vie. L'ambiance qui y régnait sous l'Ancien Régime a totalement disparue. Vouloir défendre quelque chose qui n'existe pas, c'est assez risible !

Deuxième série, les langues de putes : "les détracteurs, qui ne peuvent s'empêcher de glisser qu'avant d'être nommé à Versailles Jean-Jacques Aillagon fut directeur du Palazzo Grassi, à Venise, propriété de l'industriel François Pinault, grand collectionneur de... Jeff Koons". En France, on croit que tout ne fonctionne que par copinage, on soupçonne en permanence le conflit d'intérêt. C'est tout simplement petit et bas. Croire que cette exposition est destinée à faire monter la cote de Jeff Koons pour rendre service à François Pinault, grand collectionneur de Jeff Koons, c'est absurde. D'abord, Jeff Koons n'a pas besoin de ça pour voir sa cote grimper. Ensuite, François Pinault est dans une logique de collectionneur, pas de marchand. Il a des Jeff Koons, mais ce n'est pas pour les vendre, c'est pour les garder. Que la cote monte ne lui fera pas vendre les pièces qu'il détient.

Même si je suis pas fana d'art contemporain (enfin pas n'importe quoi), j'estime que cette exposition est parfaitement justifiée. Elle ne plaira pas à tout le monde, mais ceux qui n'aiment pas ne sont pas obligés d'y aller. Il retrouveront assez vite leur cher décor baroque quand les sculptures de Koons seront décrochées, à la fin de l'année.

mardi 9 septembre 2008

La Culture française

Aujourd'hui, en France, l'évènement littéraire de l'année, c'est ça ou encore ça.

On est pas prêt de l'avoir à nouveau, le prix Nobel de littérature, à moins de faire venir un autre étranger et de lui donner la nationalité française, comme Gao Xingjian. Nous semblons incapables, désormais, de produire en interne des chefs d'oeuvre que le monde nous envie.

Triste.

mercredi 4 juin 2008

Le troisième larron

Olivier Poivre d'Arvor lorgnait sur la direction de la villa Médicis à Rome. Il avait posé ses jalons, préparé son projet. Le conseiller présidentiel chargé du recrutement, Georges-Marc Benamou lui avait grillé la politesse en s'auto attribuant la place. Le coup était assez minable et on comprend la réaction de Poivre d'Arvor, qui agita le monde culturel (où certains n'attendaient que ça) pour flinguer son rival.

Dans ce genre d'affaire, c'est souvent un troisième larron qui emporte le morceau. C'est ce qui vient d'arriver avec la nomination de Frédéric Mitterrand au poste en question. Bien que figurant dans le dernier carré, Olivier Poivre d'Arvor a été écarté. Il a commis une faute éliminatoire, en cassant l'arrangement entre le président de la République et son ex-conseiller. Celui-ci voulait en effet se débarrasser de son conseiller, mais connaissant son caractère putassier, il fallait acheter son silence en lui offrant un beau poste. En faisant échouer cet exfiltration, et en le faisant de manière à ce que le président ne puisse plus rien proposer à son ex-conseiller, Olivier Poivre d'Arvor était assuré de perdre. Et il a peut-être perdu encore plus gros, car il s'il a été mis sur la black-list de Sarkozy, il risque de ne rien avoir dans les quatre ans qui viennent.

Parfois, il faut savoir se taire et encaisser les injustices, on y perd moins qu'à défendre haut et fort son bon droit. Ce n'est pas très "moral", mais c'est la vie...

vendredi 21 mars 2008

Touche pas à ma gamelle

La nomination de Georges-Marc Bénamou à la tête de l'académie française de Rome (la fameuse Villa Médicis) suscite quelques remous dans les milieux cultureux français. On y dénoncerait le "fait du prince", laissant sous-entendre que l'heureux gagnant ne mériterait pas le poste, qu'il ne devrait sa nomination qu'à la faveur du président, bref, qu'une injustice se commet.

Rappelons d'abord à tous ces braves gens qu'en matière de nomination culturelle, le fait du prince n'est pas un phénomène récent, et que la gauche n'a aucune leçon à donner à la droite (et vice-versa d'ailleurs). Maintenant, Monsieur Bénamou est-il incompétent pour le poste auquel il a été nommé. Au regard de son parcours, il a un profil plus littéraire et politique que gestionnaire, mais bon, avec un bon directeur général qui assure l'intendance, Georges-Marc Bénamou devrait assumer correctement ses fonctions. Parmi ses prédécesseurs, on trouve Balthus ou Pierre-Jean Remy. On peut donc difficilement arguer de l'erreur de casting, et à partir de là, lui ou un autre...

Justement, le problème est qu'il y en avait un autre qui guignait la place, Olivier Poivre d'Arvor. Il avait intrigué, fait jouer ses appuis (notamment le frangin), savamment travaillé pour en arriver là, il avait un projet, son bilan en tant que directeur de Culturesfrance n'était pas mauvais, mais à ce niveau, ce n'est pas toujours suffisant. il faut reconnaitre que c'est rageant de se voir souffler le morceau au dernier moment. Il n'est pourtant pas le premier à qui cela arrive, ni certainement le dernier. Ainsi va la vie.

Cette petite remise en perspective met cruellement en lumière ce que valent les pétitions de people et leurs grandes déclarations. Parce que bien entendu, une pétition a démarré au quart de tour pour dénoncer la dernière "turpitude" du pouvoir. Une simple rivalité interne au milieu culturel, voilà le fond de l'affaire. Et une baudruche médiatique de plus, une...

EDIT: Il y a même un groupe facebook, qui relaye la vertueuse indignation des petits copains de Olivier Poivre d'Arvor. A noter, sur le coté, la liste des "groupes similaires" : RESF (officine gauchiste qui se présente comme oeuvre de bienfaisance !!!!), "Mon président est un beauf, "Non au contrôle génétique de l'immigration". Révélateur des proximités de ce groupe. Pas besoin d'en dire plus.

lundi 24 décembre 2007

La mort de Julien Gracq

Un des plus grands écrivains français du XXe siècle vient de mourir. Julien Gracq est décédé samedi, à l'âge de 97 ans. Même s'il n'écrivait plus depuis un certain temps, et que son décès n'interrompt donc pas une oeuvre en cours, c'est toujours quelque chose de voir une personnalité de cette envergure partir.

Cette personnalité hors norme a eu le courage de refuser d'entrer dans le système littéraire parisien, en refusant en 1951 le prix Goncourt et en choisissant de continuer à exercer son métier de professeur d'histoire-géographie jusqu'à la retraite. Combien comme lui auraient cette force ? C'est peut-être pour cela qu'il a produit une telle oeuvre littéraire. Contrairement à nombre d'écrivaillons qui encombrent les plateaux de télévision, il a droit au qualificatif d'écrivain. Peu de gens ont eu l'honneur, comme lui, d'avoir ses oeuvres complètes publiées dans la collection de la Pleiade, de son vivant. Je ne peux que recommander la lecture de ses oeuvres, et notamment du rivage des syrtes.

C'est donc à la fois pour son oeuvre magnifique, mais aussi pour son refus du miroir aux alouettes et la constance avec laquelle il s'y est tenu qu'il a toute mon admiration.

mardi 9 octobre 2007

Combat de coqs

Le traitement médiatique de la philosophie, des philosophes et des "belles lettres" est profondement agaçant. Plutôt que de penser, on préfère s'orienter vers la peopolerie et la défense des "bonnes causes", avec une superficialité qui permet d'occuper le maximum d'espace médiatique avec un minimum de fond.

Le dernier épisode en date est une attaque frontale et insultante de Bernard-Henri Levy contre Henri Gauino, la plume de Nicolas Sarkozy. Certes, la pensée d'Henri Guaino est assez singulière et le personnage n'est pas toujours facile. Un vrai débat de fond entre BHL et Guaino, cela pourrait avoir de la gueule, car les deux hommes ont des engagements très différents, et même si ce ne sont pas des géants de la pensée, ce ne sont non plus pas des idiots. Cela aurait été possible s'ils avaient bien voulu faire un effort. Parce que sur ce coup là, Guaino n'a pas élevé le niveau. Et que je te traite de raciste, et que je traite de petit con en retour. Ils sont beaux les débats entre philosophes ! Et c'est ça que les médias vont nous rapporter, le reste est complètement évacué.

Cette focalisation médiatique sur les échanges de noms d'oiseaux m'agace profondement. Déjà que le temps d'antenne pour la philosophie et les lettres (en général) est assez faible, en plus, il se fait parasiter par des querelles d'ego et des pseudo-scandales promotionnels. Le système tel qu'il existe favorise cette espèce, des penseurs sachant surtout bien parler, passant bien à l'antenne, avec des ego surdimensionnés pour de bonnes bastons. Et l'ambition intellectuelle ? C'est facultatif, que ce soit chez les écrivains, mais aussi chez les éditeurs et les critiques (qui sont souvent les mêmes). Comment s'étonner que le dernier français à recevoir le prix nobel de litterature ait été Claude Simon, en 1985. Gao Xingjian, prix nobel 2000, est un écrivain culturellement chinois, même s'il est de nationalité française (depuis 1997). Entre 1947 et 1964, nous avons eu André Gide, François Mauriac, Albert Camus, Saint-John Perse, Jean-Paul Sartre. Parmi les lauréats du prix Goncourt, on trouvait entre 1945 et 1970 Maurice Druon, Julien Gracq, Simone de Beauvoir, Romain Gary, Bernard Clavel, Michel Tournier, et bien d'autres qu'on lit encore. Aujourd'hui, on cherche désespérement un nobelisable français (pour la littérature, parce que pour le reste, pas de problèmes) et parmi les candidats sérieux au Goncourt, on trouve Frédéric Beigdeider, Christine Angot, Michel Houelbecq, Amélie Nothomb...

mercredi 26 juillet 2006

La Comédie du Français

Le non renouvellement de Marcel Bozonnet de son poste d'administrateur de la Comédie Française n'en finit pas de faire des vagues, mais pas forcement sur le sujet Handke, même s'il est abordé. Chacun y va de son explication, les uns (dont moi) mettant en avant l'affaire Handke, d'autres évoquant davantage des querelles et règlements de compte internes. On est en tout cas en plein psychodrame, comme notre petit monde de cultureux parisiens les aiment. Pierre Bergé, grand pontife de la culture, refuse de subventionner une mise en scène de Phèdre prenant comme prétexte que cette éviction "donne implicitement raison à Handke". De son coté, Florence Delay claque la porte du comité de lecture. Et bien entendu, les pétitions circulent et les journaux "de référence" accumulent les articles.

Il semble en effet que cette vénérable maison soit traversée de courants et de clans. La couverture presse, généreuse pour un tel évènement intéressant de près la vie quotidienne des français, nous offre quelques exemples maginifiques de dits, de non-dits et de suggestions à lire entre les lignes. L'interview d'Eric Génovèse, sociétaire, dans Libé de ce jour est sur ce point édifiante.

On y lit par exemple "L'autarcie est déjà le principal danger de la Comédie-Française". J'ai peur de comprendre sous cette petite phrase que la Comédie-Française est une tour d'ivoire, une institution qui se regarde le nombril et vit en vase clos. Eric Génovèse semble s'alarmer de ce penchant, ce qui est tout à son honneur, mais quelques lignes plus loin, les réflexes de cultureux reviennent au grand galop: "Quand je lis «création de formes légères et inventives susceptibles de tourner partout dans le monde», je traduis immédiatement : gare aux baisses de budget". C'est bizarre, car quand je lis cette phrase, je comprend tout autre chose. Je traduis plutôt "merci de produire des spectacles susceptibles de tourner ailleurs qu'à Paris et d'être un peu accessibles au grand public". En gros, prière de ne pas tomber dans l'élitisme, qui est le travers où mène directement l'autarcie, tare qui ne menace pas que la Comédie-Française. Et je m'étonne du lien qu'il fait "immédiatement" avec les budgets. Au contraire, faire de l'accessible favorise la fréquentation et la diffusion, donc amène l'argent. La réaction d'Eric Génovèse suit une logique (artistique ?) que je n'arrive pas à comprendre.

Enfin, la dernière partie de l'entretien est un monument. Génovèse nous balance les petits potins du Français, citant des personnes dont les noms me sont totalement inconnus, qui auraient été évincées et seraient allées pleurer chez le ministre. C'est clochemerle au Palais-Royal ! Il évoque aussi des "conciliabules suspects" où lui, le pur, aurait refusé de se compromettre ! "Il s'agissait de «discuter de manière informelle sur la troupe et son renouvellement». J'ai refusé d'y aller. Je trouvais que ça sentait mauvais. Je ne voyais pas pourquoi certains étaient conviés et pas d'autres". Saisi de demandes contradictoires, d'attaques pour ou contre Bozonnet, assailli d'informations vraies ou fausses, il est normal que le ministre consulte, pour savoir s'il est raisonnable de maintenir ou non Bozonnet, pour cerner le profil d'un remplaçant, pour déterminer les orientations futures de la troupe. Pas besoin pour cela de faire venir tout le monde ! Il suffit de recevoir quelques personnes bien choisies pour avoir les informations pertinentes. En tant que citoyen ordinaire, je pourrait au contraire m'offusquer qu'un ministre consacre tant de temps et d'énergie (recevoir toute la troupe) sur un sujet aussi mineur. Enfin, sur la question Handke, on botte en touche, no comments. On ne saura rien de la position de Génovèse sur Handke et sur la décision de Bozonnet de le censurer. On devine que cela a dû tanguer sérieusement et que les échanges ont été vifs. Il y a des ragots que l'on diffuse et d'autres que l'on se garde de révéler.

En lisant cette interview, je ne peux pas m'empêcher de sourire. Que de parisianisme ! Qu'est ce que j'en ai à faire des petites histoires de la Comédie-Française, des petits guéguerres et rivalités de ce monde clos ! J'ai souvent l'impression que certaines pages de nos "grands quotidiens nationaux" sont le terrain de jeux d'une petite élite, qui se parle, se répond, s'attaque, dans l'indifférence la plus totale de l'immense majorité des lecteurs. Il n'y aurait pas mieux à faire de ces pages de journal ?

vendredi 9 juin 2006

L'expo Villepin

Depuis quelques semaines, une exposition d'art contemporain se déroule sous la verrière du Grand Palais à Paris : La Force de l'art. On a beaucoup glosé et on s'est beaucoup moqué, certains la rebaptisant "la farçe de l'art".

Bien que peu amateur d'art contemporain, j'y suis allé. Quand on a des invitations gratuites, avec visite guidée avant l'ouverture au public, c'est à dire dans le calme, on ne fait pas la fine bouche. Et finalement, je n'ai pas trouvé cela trop mal. Certes, je n'aurais pas payé pour y aller, mais bon, je n'ai pas perdu l'heure que j'y ai passé. L'ensemble est assez monumental, dans un cadre superbe, mais inachevé. Il reste pas mal de bricoles d'amenagements intérieurs pour que la verrière du Grand Palais devienne un lieu véritablement "classe". Ce n'est qu'une affaire de temps et de peintures.

Sur les oeuvres, on a évité le pire, genre "poubelle renversée" et art minimaliste. Pour ceux qui aiment ce genre d'âneries, il faut aller en ce moment à Beaubourg. La visite de la force de l'art est à faire en deux temps. Vu du sol et vu d'en haut, pour ceux qui ont la possibilité et la chance de monter dans le déambulatoire qui se situe à mi hauteur. Certaines oeuvres sont bien plus intéressantes vues de loin et de haut. Elles prennent une autre dimension, notamment certains tableaux, où le recul est insuffisant au sol. Cette exposition est artistique, mais aussi ludique. Parfois, on se retrouve presque dans un centre de loisirs, notamment avec la salle sans lumières : un lieu où l'on marche sur un tapis un peu gonflé dans une pièce absolument sombre, sans la moindre lumière. On ne voit rien, et on est un peu instable puisque l'on marche sur un matelas. Amusant et pas très rassurant en même temps.

Quelques journalistes ont lancé que c'était une "expo Villepin", thématique reprise par les moutons de la presse nationale. Pourquoi cette appelation ? Tout simplement parce que c'est Dominique de Villepin qui en a fait l'annonce à la presse. On a alors ressorti tous les poncifs sur "l'art, fait du prince", Villepin qui serait à l'origine de l'idée l'aurait imposée. Que de salades ! L'origine de cette exposition, c'est le FIAC, le fonds d'art contemporain, qui s'inquiète du décrochage des artistes et jeunes créateurs français. Lors des biennales et autres grandes expositions institutionnelles, plus de 80% des artistes sont des étrangers. Cela finit par se ressentir sur le marché et sur la cote des artistes français. D'où l'idée d'une grande exposition, bien médiatisée, présentant le travail des jeunes artistes français. Si c'est Dominique de Villepin qui a fait l'annonce et la présentation, c'est par une gentillesse du ministre de la Culture. Voyant son pauvre premier ministre un peu mal après le CPE, il a voulu lui faire une fleur en lui laissant une annonce que l'on pouvait penser positive, consensuelle et non raccordable aux considérations politiques du moment. Et bien même pas !

mardi 14 mars 2006

L'art du portrait

L'expo Ingres, au Louvre, m'a permis d'admirer ce portrait de Monsieur Bertin, qui est à mes yeux un chef d'oeuvre. C'est hautement subjectif, car l'art est avant tout un ressenti, une émotion. Devant cette oeuvre, je reste figé, tant ce personnage du XIXe siècle, ce grand bourgeois est vivant, bien plus qu'il ne le serait par la photographie. Cette rétrospective mérite le détour, rien que pour les portraits, rien que pour CE portrait.