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mardi 22 mars 2016

Le faux problème des bloqueurs de pub

Les grands titres de la presse viennent de lancer une opération qui se veut "pédagogique" contre la montée en puissance des logiciels bloqueurs de pub. L'idée est de demander aux internautes qui en ont un de le désactiver, parce que cela commence à poser un problème de "modèle économique" pour ces sites qui vivent essentiellement des revenus publicitaires.

Personnellement, j'ai plusieurs bloqueurs de pub et de traqueurs depuis très longtemps. Et il est hors de question de les désactiver. Je pense ne pas être le seul. Le choix d'installer un bloqueur de pub est réfléchi, et une fois lancé, le confort est tel qu'il n'est plus possible de revenir en arrière. Fini les habillages criards, les pages interstitielles, les trucs animés qui captent le regard alors qu'on aimerait lire un article. Personnellement, je considère la publicité comme une pollution visuelle, qui cherche à m'imposer des messages non sollicités afin de me faire consommer davantage. Bref, la publicité ne m'apporte rien, bien au contraire. Pourquoi devrais-je l'accepter ?

Les éditeurs de presse nous expliquent qu'ils ont besoin de la publicité, car cela finance leur entreprise. Je n'en ai rien à cirer. C'est leur problème, pas le mien. S'ils ne sont pas contents, ils peuvent passer en paywall, comme médiapart. Leur souci est que cela n'est pas possible pour la plupart d'entre eux, car la valeur ajoutée qu'ils apportent n'est pas suffisante pour que les internautes acceptent de payer. Souvent, ces sites de presse se contentent de la reprise de dépêches AFP, plus ou moins réécrites, et d'articles moutonniers, où tous traitent du même sujet, sous le même angle, en même temps. Pour que leur opération "anti-bloqueurs" réussisse, il faudrait que tous le fassent en même temps, car il suffit d'un seul qui ne joue pas le jeu pour qu'il rafle tout. Les internautes se moquent éperdument des marques médias mainstream, ils iront chez celui qui sera le dernier à être accessible gratuitement, et seront satisfaits car ils auront eu ce qu'ils attendent, un niveau basique d'information qui suffit amplement aux besoins de la plupart des internautes.

Tous ces journalistes, formés à l'ancienne, ne semblent pas avoir tous compris comment fonctionne l'information en ligne. L'opération du Geste est un peu le cri d'agonie du dinosaure, de patrons de presse qui n'ont fait que reproduire, dans le numérique, le modèle de la presse papier. Ils n'ont pas compris que l'information "de base" est disponible un peu partout, dupliquée, expédiée sur les réseaux sociaux. L'information "payante" est réservée aux niches, où un public plus ou moins restreint, est prêt à payer pour quelque chose qu'il ne trouvera pas ailleurs. C'est le pari de ces titres qui se lancent sur le créneau de la "slow information", avec des articles longs, qui prennent le temps de revenir sur des sujets en apportant une valeur ajoutée. Seule une minorité survivra, car ils se battent pour le même public, finalement peu nombreux, de gens qui ont le temps, aiment lire et sont prêts à payer. Cela demande à la fois de produire des contenus de qualité, mais aussi de créer un attachement, une communauté, pour se distinguer des concurrents.

L'avenir de l'information est peut-être d'inverser le rapport, en cherchant avant tout à créer la communauté, autour d'un sujet, de thématiques récurrente, d'un ton, d'une manière de traiter l'actualité. Il faut proposer des "contenus" mais pas seulement. Médiapart a réussi a créer cette communauté, et à la faire s'abonner, autant pour les articles que par soutien militant. Ils commencent à se diversifier, avec de plus en plus de vidéos, même s'ils restent encore bien timides. Médiapart, de journal, peut devenir une plateforme, fédérant une offre "commerciale" qui répond aux attentes des lecteurs. Ils pourraient, par exemple, fédérer des éditeurs "alternatifs" qui pourraient trouver, chez les lecteurs de médiapart, un vivier de clientèle. Pareil pour l'offre de produits "bio-équitable-collaboratifs".

Quand les nouveaux patrons de Libé proposaient de décliner la marque, pour faire du journal un "pôle" multiactivité, proposant de multiples services fédérés autour d'un "esprit libé", ils étaient dans le juste. Les journalistes, par aveuglement et par conservatisme, on fait échouer le projet, car ils se considéraient comme des "producteurs de contenus" et rien d'autre, refusant de se préoccuper de l'économie du secteur. La production d'information, sauf cas exceptionnels, n'a jamais été rentable. C'est un produit d'appel qui a toujours été financé par des offres annexes (les petites annonces par exemple). Aujourd'hui encore, combien de français n'achètent un titre de la PQR (presse quotidienne régionale) que pour les obsèques et les résultats sportifs locaux ?

Avant d'aller taper sur les internautes, il faudrait que le monde de la presse, journalistes et patrons, s'interrogent sur ce qu'ils sont et se remettent un peu en cause. Les journalistes vivent beaucoup sur des mythes et des illusions (ah, Albert Londres..), qui permettent de se prendre pour des héros ou des intellectuels alors que le public leur demande avant tout d'être des tiers de confiance dans leur rapport au monde. C'est par ce biais de la création de communautés basées sur la confiance que le journalisme pourra trouver un équilibre économique, car si les gens ne veulent pas payer pour des "contenus", ils sont prêts à le faire pour des "appartenances".

mardi 3 novembre 2015

Noelle Lenoir, la déontologie et la presse putassière

Pouvoir mettre "info exclusive" sur un papier est un fantasme répandu dans la presse (notamment chez les rédacteurs en chef). Pour avoir des "scoops", les journalistes sont prêt à se faire manipuler, voire à en rajouter dans le traitement putassier d'informations qui leur sont fort opportunément données par des gens qui ont intérêt à ce qu'elles "sortent dans la presse". Le Figaro nous offre un magnifique exemple avec cet article sur Noelle Lenoir, avocate et ancienne déontologue de l'Assemblée.

En gros, l'article nous dit que Noelle Lenoir a travaillé, comme avocate, pour un labo pharmaceutique qui risquait de voir un de ses médicaments ne plus être remboursé par la Sécu. Une catastrophe économique qui implique qu'on mette les moyens, et qu'on aille éventuellement au contentieux, avec un brin de lobbying auprès des instances administratives compétences, si nécessaire. Un dossier classique pour un avocat. Mais il se trouve que Noelle Lenoir a été également déontologue de l'Assemblée nationale, entre 2012 et 2014. Visiblement, ça pose problème au Figaro...

Déjà, le titre est faux et à la limite de la diffamation : "La déontologue de l'Assemblée nationale était payée par l'industrie pharmaceutique". Cela suggère très fortement que Noelle Lenoir a accepté, dans le cadre de ses fonctions de déontologue, des fonds venant de l'industrie pharmaceutique, bref qu'elle a été corrompue par un méchant lobby. Elle a en fait été rémunérée par un client, qui se trouve être un laboratoire pharmaceutique (entreprise légale et socialement utile) pour une prestation qui n'a strictement rien à voir avec sa mission de déontologue de l'Assemblée. Rien que sur ça, la déontologie journalistique vole en éclats.

Quand on regarde plus près, on se demande où est le problème. Peut-on cumuler le fait d'être avocat d'une entreprise qui a un litige avec l'Etat et assurer en même temps une prestation de conseils en déontologie auprès d'une assemblée parlementaire. Pour moi, c'est parfaitement compatible. A aucun moment, les parlementaires ne sont en mesure d'avoir une action quelconque sur le dossier du laboratoire pharmaceutique. J'ai vu des cumuls bien plus scandaleux. Il y a tout de même un point où il serait possible de trouver à redire. Si, comme avocate, Noëlle Lenoir utilise des méthodes qu'elle réprouve en tant que déontologue, ça fait tache. Mais l'article ne creuse pas franchement cet aspect et n'apporte pas d'éléments précis allant dans ce sens. Le dossier est vide et le lien que fait la journaliste n'a tout simplement pas lieu d'être.

La fin de l'article est un aveu qu'en fait, il est surtout une attaque en dessous de la ceinture contre Noëlle Lenoir. La journaliste la tacle sur le fait qu'elle signe ses mails en précisant sa qualité d'ancien ministre. On se demande vraiment quel est le lien avec le reste du papier. C'est de la méchanceté gratuite, qui vient sous-entendre que cette ancienne déontologue n'est pas très déontologique.

Nous sommes devant un cas quasiment pur et parfait de manipulation de la presse. Quelqu'un, dont j'ignore l'identité et les motivations, semble avoir besoin de nuire à Noëlle Lenoir. Pour cela, il va opportunément faire passer des éléments de dossier à une journaliste, qui n'aurait certainement pas pu les trouver seule. En échange de leur publication, elle pourra se targuer d'avoir un "scoop" donc d'être une "bonne journaliste", qui ramène des informations que les autres n'ont pas. Visiblement, qu'elle se soit fait manipuler dans ce qui ressemble à un règlement de comptes ne semble pas lui poser problème.

Pourtant, à mes yeux, c'est très problématique. Quand la presse se complait à être un simple passe-plat, prêt à tout dans une course effrénée à l'audience, elle creuse sa tombe. L'honneur du journalisme est justement de faire le tri dans ce qui lui est apporté et de prendre du recul, en assumant de ne pas publier, même quand c'est croustillant et susceptible de faire du clic. Malheureusement, la presse française se vautre dans cette pratique putassière. Même le canard enchainé y est tombé, sortant à des moments "opportuns" des informations, certes vérifiées et véridiques, mais selon un timing qui arrange bien les affaires de certains...

Et après, on s'étonne que la presse française aille mal, que les lecteurs n'aient plus confiance et s'en détournent. Personnellement, je ne suis pas surpris. Pas du tout.

samedi 14 mars 2015

La décrépitude de l'élite médiatique

Le psychodrame provoqué par Pascale Clark qui pousse une gueulante parce qu'on lui refuse sa carte de presse m'a particulièrement agacé. Beaucoup a été dit sur le fait que le problème vient d'abord des pratiques de Radio France en droit du travail, et que Pascale Clarke n'est pas vraiment la plus à plaindre au sein de la profession. Par contre, il y a un point peu évoqué, et qui est à mes yeux parfaitement scandaleux. Pour montrer son mécontentement, Pascale Clark a saboté une émission consacrée aux 70 ans du secours populaire. Apparemment, il n'est même pas venu à l'idée des dirigeants de Radio France de la sanctionner, au moins un avertissement. Cette dame peut foutre en l'air le travail de plusieurs dizaines de personnes pour un caprice, ça ne pose pas problème. Dans n'importe quelle entreprise "normale", une telle attitude de sabotage ne passerait pas...

Mais voilà, on est à Radio France, et les "journalistes" y font ce qu'ils veulent, y compris découper une carte de presse par "solidarité" ! Cet épisode est une illustration caricaturale du problème posé par les "élites culturelles" de ce pays. Ils font ce qu'ils veulent, y compris des cacas nerveux en direct, sans avoir de comptes à rendre. Pire, sans même avoir conscience que leur attitude devrait leur valoir un rappel à l'ordre. La liste des fautes déontologiques des "stars" du journalisme (audiovisuel ou papier) est longue, sans aucune conséquence. Donc ils continuent, et vont de plus en plus loin, au point de s'enfermer dans une bulle où ils vivent entre eux, enfermés dans une véritable tour d'ivoire.

Dans un petit essai "au pays de numérix", Alexandre Moatti donne une magnifique illustration de cette déconnexion des élites. Il a été frappé (et il n'est pas le seul) par la morgue des éditocrates, comme Pierre Assouline, qui crachent à longueur de temps sur Wikipédia. Ce petit milieu est globalement anti-numérique. Google est le mal absolu et la diffusion de la connaissance ne peut pas être laissée "à ces gens là". Tout leur discours vise à préserver leur pré carré, en délégitimant ces redoutables concurrents numériques.

L'épreuve des faits ne va pas dans leur sens. Wikipédia est aussi fiable que l'encyclopédie britannica, avec un coût de production et de diffusion incomparable, qui a fait plus pour la diffusion de la connaissance que n'importe quelle politique publique subventionnée. Alexandre Moatti constate que ces milieux "culturels" au sens large, n'ont pas vraiment été capables de mettre en place une réponse efficace. Il détaille les échecs (sur fonds publics) des tentatives de contrer la numérisation des livres par Google. Aujourd'hui, c'est le droit d'auteur qui est le nouveau front, avec toujours une position défensive et un mépris pour ce qui vient du numérique.

Pourtant, c'est sur internet, sur les réseaux sociaux, que se trouve la partie de la population qui innove et qui avance. C'est là que se créent les idées de demain, les nouvelles manières d'agir. Or, combien de ces élites journalistiques et "culturelles" acceptent d'y venir et de s'intégrer ? Très peu. Je me souviens de la réaction de Laurent Joffrin, choqué que n'importe quel quidam puisse l'interpeller et le tutoyer sur Twitter. Une morgue et un autisme que l'on retrouve trop fréquemment chez les habitués des antennes radios et des émissions qui se veulent "culturelles" et qui pose un véritable problème.

La crise pourrait devenir aigüe, car l'avenir est au numérique, on voit bien comment toute l'économie bascule. Ce ne sont pas les châteaux de sable de l'industrie culturelle qui vont y changer quelque chose. Or, ce sont les "anti-numérique" qui tiennent les canaux de diffusion touchant la majorité de la population, à savoir la télévision et les radios généralistes. Alors qu'il faudrait que la population accélère dans les usages numériques, se familiarise avec les outils, ils freinent des quatre fers avec un discours rétrograde et font prendre au pays un retard dans le basculement vers le numérique, qui pourrait avoir de lourdes répercussions sur la place de la France dans la compétition mondiale.

Plus ça va, plus je pense que le problème de la France, c'est cette élite "culturelle", plus que les énarques et autres technocrates, car ces derniers doivent encore avoir des résultats et rendre des comptes. Ils peuvent parfois résister, mais sont bien obligés de faire avec la réalité et de s'y adapter. Ce n'est pas le cas des cultureux, qui pontifient dans le vide, en vase clos, et qui ne risquent absolument aucune sanction, vu que bien souvent, ils vivent d'argent public. Pourquoi changer, pourquoi évoluer quand on peut conserver sa rente et continuer à se faire plaisir entre copains ? C'est en partie de cela que crève la France...

lundi 30 juin 2014

Les journalistes inquiets du numérique

Libé s'est trouvé une nouvelle équipe dirigeante, avec un tandem assez inattendu, Laurent Joffrin, qui incarne à mes yeux le pire de ce qui se fait dans le journalisme français, et Johan Hufnagel, qui incarne le meilleur. D'un coté le journaliste de connivence, pontifiant et déconnecté, avec un bilan qui n'a rien de fabuleux là où il est passé. De l'autre, un (relativement) jeune, qui a montré, à la tête de 20 minutes puis de Slate, qu'il a compris ce qu'est le journalisme à l'heure du numérique. On aurait pu penser que l'accueil aurait été mitigé pour le premier, qui n'apparait pas vraiment capable de tirer Libé de l'ornière, et enthousiaste pour le second.

J'ai été très désagréablement surpris et même un peu atterré de la teneur de certains propos, qui mettent clairement en doute l'aptitude de Johan Hufnagel à occuper sa place. Il y a cet article dans Marianne, ces tweets de Xavier Ternisien. On y sent la peur, celle des dinosaures qui ne veulent pas évoluer, pire, qui n'en sont pas capables, le savent et font tout pour survivre, y compris en brisant les mutations nécessaires. Je ne suis pas seul à avoir eu envie de donner de cogner.

Une petite mise au point s'impose...

Le journalisme qui consiste à écrire des histoires, par le biais exclusif d'articles rédigés de manière littéraire, c'est voué à devenir marginal. Les supports, avec le numérique, deviennent multiples. C'est maintenant par des articles sur un site, mais aussi par alertes, par mail, par newsletters, par supports audio ou vidéo (et j'en rate certainement) que l'information se diffuse à l'heure du numérique. Deuxièmement, le journalisme, c'est informer un lecteur. Cela passe bien sur par des récits, mais pas que. Parfois, un tweet avec un lien peut être aussi informatif que 2000 signes. La valeur ne se mesure pas en longueur de papier, mais en pertinence de l'adéquation entre un lecteur et l'information qui lui est apportée.

Je prend un exemple me concernant. Sur la vie parlementaire, on peut faire des articles, des infographies, qui racontent une séance, un épisode. Il y a un public pour cela. On peut aussi faire un tweet, avec un lien vers un amendement déposé en dernière minute par le gouvernement, comme par exemple celui-ci, qui vient de tomber sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale. En faisant ce lien, je ne raconte rien, je donne une information brute, mais il y a des gens, ceux qui sont concernés par l'amendement, pour qui cela a de la valeur. Je peux aussi enrober cet amendement dans une brève, qui explique globalement les tenants et les aboutissants, permettant à un public plus large d'apprécier ce qu'est en train de faire le gouvernement. En faisant cela, je ne raconte aucune histoire, pourtant, c'est du journalisme.

Beaucoup de ces informations sont délaissées par les "journalistes à l'ancienne" car elles ne sont pas "storytellisables". On se retrouve donc avec des journaux, qu'ils soient papier ou pure players, qui passent à coté d'un pan entier de leur métier, car ils ne sont pas capable de concevoir que l'outil numérique permet une personnalisation très poussée. Le modèle consistant à produire des contenus qui puissent toucher un public le plus large possible, mais sans vraiment satisfaire complètement personne, c'est fini. Maintenant, un journal, c'est une masse de contenus avec des métadonnées qui permettent à chaque lecteur d'y trouver son bonheur. C'est du sur-mesure et le journaliste est autant là pour produire les contenus que pour les référencer correctement et aider les lecteurs, dont les profils sont connus (parce que le numérique permet ça), à créer leur agrégat personnalisé.

C'est là qu'on retombe sur le format. L'article "littéraire", c'est bien, mais ça ne suffit plus si derrière, on ne sait pas le distribuer efficacement. C'est sur ce point que les journalistes web ont une longueur d'avance, même s'ils n'ont pas toujours les outils adéquats (les réseaux sociaux, c'est encore très artisanal). Ils se préoccupent d'attirer l'attention sur leur production, de la faire arriver vers un public que cela pourra intéresser. Un souci que n'ont pas intégré les journalistes papier, qui une fois la copie rendue, se désintéressent de cet aspect. Or, il fait partie du job.

Aujourd'hui, la question n'est plus "papier contre numérique" mais de connaitre son lecteur et de lui apporter ce qu'il attend en utilisant une palette large d'outils. Je n'ai pas l'impression que beaucoup de journaux "traditionnels" ont été capables d'opérer cette mutation radicale. Cela laisse une chance à Libé, d'être le premier sur le créneau. J'ai malheureusement un peu peur qu'ils ne laissent passer leur chance, par sclérose intellectuelle de la rédaction, incapable de concevoir différemment son métier...

vendredi 20 décembre 2013

Native advertising et brand content, la mort des médias

La presse, notamment écrite, va mal. Je n'apprend rien à personne. Pour survivre, il faut trouver de l'argent. Les aides publiques ont atteint un sommet, et subissent de plus en plus de critiques (pas forcément infondées). Il n'y a plus grand chose à gratter de ce coté. Le financement par le client est également problématique, car le consentement à payer est parfois délicat à obtenir sur internet. Reste la troisième source de financement, la publicité. Et là par contre, aucun problème, les annonceurs sont tout à fait prêts à signer de plus gros chèques. Il faut juste que les journaux (et les journalistes) acceptent de se prostituer un peu plus.

C'est là qu'interviennent les concepts de "brand content" et de "native advertising". Il s'agit ni plus ni moins que d'insérer de la publicité dans des articles, ou du moins, dans des papiers qui ressemblent plus à des articles qu'à ce que le public identifie comme étant des publicités. Tout cela n'est que l'habillage marketing, assez sordide, d'un rapport de force qui évolue en faveur des publicitaires, qui peuvent exiger davantage de "taux de pénétration" de leurs messages dans les publications support. Pour parler trivialement, les concepts marketing à noms anglo-saxon, c'est le tube de vaseline et visiblement, il s'en vend beaucoup. Les tribunes et articles de consultants se succèdent pour nous dire que c'est très bien, que c'est l'avenir, et qu'il n'y a aucun problème déontologique ni éthique.

Quelque part, cette évolution est logique, elle est en germe dans le modèle du financement par le publicité. Le ver est déjà dans le fruit, on se contente d'augmenter la dose, en espérant qu'une plus forte proportion de pub ne tue pas le produit support. Le concept, en plus de chercher à convaincre les journalistes, sert aussi à faire passer la pilule aux lecteurs (du moins ceux restent) pour qu'ils se fassent à l'idée d'une emprise encore plus grande de la manipulation publicitaire sur les contenus. Pourtant, c'est une barrière importante qui est en train de sauter, car jusqu'ici, la publicité était surtout autour des contenus, mais assez peu dedans. Le placement produit n'était destiné qu'à donner de la visibilité à une marque ou un produit, mais n'influençait pas véritablement l'orientation du papier, du moins dans la presse dite sérieuse, celle qui avait encore une déontologie.

Maintenant, c'est fini, même les journaux qui se veulent fidèles à la tradition d'indépendance de la presse pourront se lâcher (et toucher le chèque), faire du "brand content" et du "native advertising", c'est éthique. C'est surtout un pas de plus dans la tombe, car devoir en arriver à sacrifier sa crédibilité, qui est le seul actif capable de retenir encore le client, c'est du suicide pur et simple. Déjà que la confiance des citoyens dans le presse et dans les journalistes n'est pas bien haute, là, c'est fini. C'est l'ensemble des médias qui affichent de la publicité (même modérément) qui vont être décrédibilisés par des pratiques de publi-reportages décomplexées et manipulatrices. Il n'y a rien de plus long à reconstruire qu'une confiance perdue...

mercredi 28 août 2013

La célébration du vide

Canal+ a "fait l'évènement" comme on dit dans le jargon de la comm', en début de semaine, avec le lancement de la nouvelle formule de son émission phare. C'était l'émission qu'il fallait avoir vu, celle qui avait été programmée par les pubards, qui ont bien fait monter la sauce dans les autres médias, pour être LE sujet des conversations.

Pourtant, quand on regarde de plus près cela, il n'y a franchement pas de quoi s'exciter. Cette émission, c'est un divertissement programmé à l'heure où les cadres rentrent du bureau, afin leur permettre un délassement facile. On y trouve un présentateur qui coordonne une équipe de chroniqueurs plus ou moins talentueux, qui alternent avec des "invités" qui sont surtout là pour se faire voir car ils ont quelque chose à vendre. Ce concept existe depuis le lancement de Canal+. Dans mon jeune temps, cela s'appelait "Nulle part ailleurs". Seules les têtes ont changé, encore que, Antoine de Caunes sévissait dans cette émission comme chroniqueur (pas très talentueux) et si mes souvenirs sont bons, comme doublure du présentateur-coordinateur, quand celui-ci était en vacances. Cette "nouvelle formule" se résume donc à un passage de relais entre Michel Denisot et Antoine de Caunes, pour un concept qui reste identique.

Tout cela se télescope avec le livre que je suis en train de lire en ce moment, "l'espérance oubliée" de Jacques Ellul, auteur ô combien fécond et intéressant. Dans cet ouvrage (je résume grandement), Ellul constate, en 1972, que le malaise de la société occidentale vient de la disparition d'un horizon qui dépasse l'homme, et qui lui donne un but et surtout un sens à sa vie. Cela ne sert à rien d'être riche, d'avoir des outils technologiques fabuleux, si on ne sait pas quoi en faire. Se divertir, ça va un temps, mais on se lasse assez vite et apparait alors un vide. Être libre en pleine nature, c'est peut-être enivrant, mais sans carte et sans boussole, on ne va pas loin. Et si en plus, on ne sait pas où aller, il ne reste plus qu'à s'asseoir et attendre la mort. C'est de cela que crève l'Occident...

Quand on regarde une émission comme le Grand Journal, qu'on constate que c'est le modèle, le sujet en lui-même de l'attention des médias, et donc des français, on se dit que notre société est en état de décomposition intellectuelle et morale assez avancée. On ne célèbre même plus un contenu, mais un contenant, que n'arrivons plus à remplir d'autre chose que de futilités et de promotion commerciale. Le constat posé par Jacques Ellul il y a maintenant 40 ans est toujours valable, sauf que depuis, le mal est devenu encore plus profond. A son époque, même si elle était déjà agonisantes, il y avait encore des idéologies et des grands réçits, quand aujourd'hui, il n'y a plus rien. Notre classe politique et nos "intellectuels", en particulier ceux qui passent en boucle dans les médias, sont de la même eau : lisses et sans saveur, de plus en plus vide de contenu et de pensée, alors que c'est de cela que nous avons besoin.

C'est d'autant plus atterrant que je ne vois aucune issue, aucune amorce d'évolution. Notre société est complètement bloquée, figée dans ses conservatismes tant matériels qu'intellectuels. Où est le grand projet qui feraient avancer les gens dans la même direction, pour quelque chose qui aurait un sens ? Je ne le vois nulle part, et ça, c'est profondément désespérant. Tant que nous n'aurons pas trouvé la solution à ce problème, la marasme et la dépression, tant économique qu'intellectuelle, continueront à miner notre société.

lundi 8 juillet 2013

L'inflation normative et le sensationnalisme

L'inflation normative est un sujet à la mode. C'est période, et nous avons actuellement une poussée, avec notamment le très marketing rapport Boulard-Lambert. Il faut donc le "couvrir" quand on se veut un site de presse un peu "sérieux". Mais voilà, c'est technique, ardu, avec de vrais débats sur la notion même d'inflation normative, sur le périmètre. Les chiffres les plus fantaisistes circulent sur le nombre de lois, de décrets et de normes en vigueur. Personne ne parle de la même chose, ne prend les bonnes unités de mesures, si tant est qu'il puisse y avoir de bonnes unités de mesures dans ce domaine. Quand on ne sait pas ce qu'on mesure, c'est un peu compliqué de trouver le bon instrument...

Cela n'empêche pas la presse de nous dire qu'il y a trop de normes, en cherchant à le montrer de manière spectaculaire, même si c'est complètement faussé. Slate nous offre un bel exemple avec une illustration par le taille des codes Dalloz. C'est simple et visuel : on prend un vieux code et le code actuel dans la même matière, on pèse, on compte les centimètres, et on en déduit qu'il y a une véritable inflation législative et normative. Déjà, il aurait fallu s'interroger sur ce que contenaient ces codes. Bien souvent, en plus des textes, on y trouve des notes, contenant en particulier les décisions de jurisprudence, indispensables pour comprendre comment la disposition est appliquée. C'est même la valeur ajoutée de ces codes, celle qui fait qu'on les achète plutôt que de se contenter de Légifrance. Est-il venu à l'idée de l'auteur de l'article d'ouvrir ces codes pour voir si, entre 1978 et 2010, l'augmentation de la pagination vient du texte normatif lui-même, ou du paratexte ? Je crains malheureusement que non, ce qui suffit à montrer l'inanité absolue de la démarche...

Plutôt que de rester en surface, en cherchant à faire du sensationnel, il serait plus intéressant que les journalistes creusent un peu le concept d'inflation normative, qui est clairement une machine de guerre de certains pour faire supprimer des textes de loi qui ne leur plaisent pas, mais en passant par la porte de derrière. Cette poussée anti-inflation normative actuelle, c'est avant tout une demande des élus locaux qui veulent qu'on supprime des normes, notamment d'accessibilité handicapé, qui coutent cher aux collectivités. Ils prennent donc les exemples les plus absurdes et ubuesques, qui malheureusement, ne sont pas compliqués à trouver, les érigent en "modèle", saupoudrent d'un zeste de "la machine normative s'emballe" et concluent qu'il faut tailler dans le lard. Et à ce moment là, les journalistes seront priés, une fois leur rôle d'idiot utile rempli, d'aller voir ailleurs et ne pas trop se pencher sur les suppressions de normes. On leur demande juste de faire entrer dans la tête des gens qu'il y a trop de lois et que c'est pas bien, afin de légitimer des décisions parfois très contestables si on les analysaient sous un autre angle.

Je suis toujours aussi sidéré de voir comment on peut manipuler les journalistes. Il suffit de leur donner un truc qui fera du clic, ils se jettent dessus comme la vérole sur le bas clergé, sans le moindre recul, à la recherche de l'audience à court terme uniquement. Affligeant...

lundi 1 juillet 2013

Du danger des tribunes libres

De plus en plus de sites de presse laissent un espace important aux "contributeurs" avec une présentation qui les rend est assez difficile à distinguer par rapport aux articles des journalistes. Cela s'appelle "le Plus" sur le nouvel obs, "Express yourself" sur l'Express, le Cercle sur les Echos. Les articles de ces contributeurs sont même parfois intégrés au flux de la "homepage". Cela permet à ces sites de presse de gonfler les chiffres en affichant autant d'articles que les plus gros sites, en exploitant ainsi l'internaute. Vieille recette qui n'est pas sans danger, car tout est fait pour donner l'illusion qu'il s'agit d'un vrai article, sauf que ce n'en est pas un, car il n'est pas écrit par un journaliste et le contrôle éditorial est parfois défaillant.

On peut se retrouver avec des articles diffusant des fausses informations, sous le logo du journal, et même si c'est sous le chapeau de "l'espace contributif", la responsabilité du journal est engagée, car tous les lecteurs, loin de là, ne sont pas forcément au fait de ces subtilités. Ils sont sur le site du journal, donc tout ce qui s'y trouve est censé être de bonne qualité, et surtout, respecter la déontologie journalistique.

Un cas d'école vient de se produire avec les Echos. Dans leur espace contributif, Yves Weisselberger, co fondateur d'une star-up qui développe une application de téléphone mobile pour la réservation de voiture de tourisme avec chauffeur (la marque la plus connue dans ce domaine est Uber). Dans son article, il s'en prend aux taxis, les accusant de vouloir tuer la concurrence que représente pour eux les VTC. Jusque là, ce n'est pas faux, les taxis n'aimant pas franchement qu'on vienne leur faire de la concurrence et sachant se faire entendre par des blocages de la voie publique en région parisienne (méthode très efficace au demeurant). Mais voilà que l'auteur de l'article nous dit que dans la loi sur la consommation, en discussion la semaine dernière à l'Assemblée nationale, une disposition aurait été votée, qui oblige à respecter un délai de 15 minutes entre la commande et la prise en charge par un VTC, ce qui revient à flinguer l'atout des VTC, qui est la rapidité de prise en charge.

Il se trouve que j'ai suivi de près ce texte, pour des raisons professionnelles, et que je n'ai rien vu de tel. Je suis donc allé voir le compte-rendu des débats, ainsi que le texte voté par l'Assemblée nationale (articles 68 et 69). Après vérification, il s'avère que cette information donnée dans l'article d'Yves Weisselberger est tout simplement fausse. La seule restriction à l'activité des VTC qui y est apportée est la restriction d'accès aux aéroports (en clair, Orly et Roissy, qui sont les vaches à lait des taxis parisiens). Les VTC ne peuvent pas y venir, sauf s'ils ont un réservation, et doivent arriver dans l'heure qui précède la prise en charge, et pas avant. Ils ont également l'interdiction de prendre des clients "à la volée", mais ce n'est pas nouveau. Pour le reste, il n'y a strictement rien dans ce texte concernant les VTC.

Pourtant, l'information a été reprise et a circulé, sans que personne ne questionne l'article et n'aille vérifier. Weisselberger s'est d'ailleurs bien gardé de mettre des liens dans son article, et encore moins de citer des sources. Certes, les journalistes et les patrons du site des échos vont répondre qu'ils ne sont pas responsables, mais en fait, si quand même un peu, car ils offrent un espace d'expression où figure leur logo, ce qui crédibilise ce qui s'y écrit. Cet espace d'expression libre leur apporte du trafic, fait monter leurs statistiques, donc ils y gagnent quelque chose. J'attends le jour où la responsabilité d'un site de presse sera mise en cause pour une faute de la part d'un contributeur qui aura sciemment diffusé par ce biais une fausse information, ayant causé un réel préjudice économique (donc justifiant des dommages et intérêts). Le site de presse en question a intérêt à avoir de bons avocats...

mercredi 19 juin 2013

Démagogie et presse magazine

Le Nouvel Obs vient de faire paraitre, un article au titre particulièrement racoleur et inexact par rapport au contenu, qui parle des "privilèges" pour évoquer le statut de certaines personnes, et notamment des députés. C'est sans doute malheureusement la loi du genre pour les couvertures de ces magazines, qui doivent provoquer l'acte d'achat impulsif, seule raison compréhensible pour laquelle on pourrait effectivement acheter de tels magazines, dont le niveau intellectuel se rapproche dangereusement de celui de "Elle".

Quand on lit le contenu, du moins ce qui est mis en ligne, on lit une série de 10 petites interviews de "jeunes" députés qui proposent chacun une réforme afin d'améliorer le fonctionnement et la transparence de l'Assemblée nationale. Je pense que certains seraient très surpris de voir que leur propos a été repris dans un article titré "10 députés en colère, abolissons nos privilèges". Certes, il a quelques propositions qui tiennent de la démagogie, et qui sont d'ailleurs des positions parfois anciennes de la part des députés qui les expriment, mais globalement, il s'agit de propositions équilibrées qui ne prétendent pas renverser la table. Aucun député interrogé ne parle d'ailleurs de privilèges scandaleux qu'il faudrait d'urgence supprimer, alors même que c'est ce que suggère le titre et le marketing autour de cet article, qui est évident quand on va sur l'espace dédié à ce "débat" sur le plus : "Vigilance orange sur l'argent des élus. Dix députés UMP, PS et EELV dénoncent leurs propres privilèges. Régimes spéciaux de retraite, cumul des mandats, indemnités opaques... ".

C'est tout simplement une honte. Plutôt que de chercher à expliquer, à donner aux lecteurs les éléments pour comprendre, on tend la perche pour que s'expriment tous les lieux communs de l'antiparlementarisme. Bien évidemment, on évoque quasi-exclusivement l'aspect financier, avec derrière, l'idée clairement suggérée "vos élus gagnent trop d'argent". C'est la tactique habituelle de ces journaux quand ils parlent d'un groupe en particulier : en faire un privilégié, et offrir ainsi aux lecteurs, un objet à haïr et à jalouser, notamment sur l'aspect financier. Expliquer, faire progresser la connaissance des lecteurs sur le sujet traité, visiblement, ce n'est pas la préoccupation au Nouvel Obs. On cherche plutôt à renforcer les préjugés, en donnant à lire ce que le lecteur a envie de trouver, la confirmation de ses préjugés, comme par exemple la pseudo-enquête sur les milieux catholiques, publiée début mai.

J'aime beaucoup Julien Martin, mais là, il a sérieusement merdé...

jeudi 6 juin 2013

Les assises de l'audiovisuel

Je suis allé hier matin au grand palais, pour assister à la première table-ronde des assises de l'audiovisuel relative à "la régulation à l'heure du numérique". Cette rencontre n'a pas été inintéressante, même si ça a tourné parfois à la réunion syndicale, avec des intervenants qui voulaient juste profiter de la tribune pour faire passer leurs messages, en se moquant complètement du thème de la table-ronde. Ce qui m'intéressait était de voir comment Olivier Schrameck, le nouveau président du CSA, allait s'en sortir lors de ce qui était l'une de ses premières interventions officielles devant un très large panel du monde de l'audiovisuel.

L'homme est habile et très politique. Il a commencé par lire un texte, dont chaque mot a dû être pesé et soupesé, pour éviter de donner la moindre prise à un bad buzz. Ils semblent, là haut, avoir compris qu'il faut faire gaffe, et que la communication sur internet n'est pas à négliger. Ils s'y mettent et c'est toujours une bonne chose quand des décideurs "old school" développent une pratique personnelle des outils numériques. Deux membres du collège du CSA ont d'ailleurs tweeté pendant ces assises. Ce n'est pas grand chose, mais c'est déjà ça. Autre chose qui a été comprise, et répétée par tout le monde, on ne peut pas plaquer la régulation actuelle sur le numérique. Là, encore, c'est un petit pas, mais au moins, ça avance.

Pour le reste, je dois dire que je suis resté sur ma faim. Une communication pesée et maitrisée est en général pauvre en informations. On était quand même beaucoup dans le mantra et le yakafaukon. Il faut repenser la régulation, la reconstruire complètement, c'est bien, mais ça ne dit pas grand chose sur ce que sera cette nouvelle régulation. A part dire qu'ils trouvent le rapport Lescure très bien (un autre discours aurait été surprenant venant du CSA) et reprendre quelques grandes lignes, je n'ai rien appris de bien neuf.

Mais au moins, j'ai eu les confirmations, en écoutant les discours, mais aussi en bavardant dans les couloirs et lors du café. Au CSA, ils se méfient du numérique, et ne semblent pas demandeurs d'être un régulateur général de l'internet. Récupérer les restes de la Hadopi, et surtout, l'image de marque associée, ne semble pas les emballer follement, d'autant plus que si les missions seront données, c'est pas dit que les moyens suivront, ce genre d'opération étant idéale pour permettre à Bercy de réduire les budgets. Cette régulation "hadopi" n'est pas franchement le coeur de métier du CSA, qui n'a pas franchement les compétences techniques, en interne, pour traiter des DRM ou encore des techniques de téléchargement et des évolutions du P2P. Enfin, le principal problème est que cette nouvelle "compétence" risque de parasiter et donc de compliquer ce qui est le véritable objectif du CSA : mettre le grappin sur la régulation de la circulation des œuvres audiovisuelles sur internet.

Je peux me tromper, mais plus ça va, plus je pense que le CSA n'a absolument aucune envie de venir emmerder les internautes. Ils n'ont rien à y gagner et tout à y perdre, et ils semblent en être parfaitement conscients. Ce qu'ils veulent, c'est maintenir le principe de fonctionnement actuel du secteur de l'audiovisuel, qui oblige les distributeurs de productions audiovisuelles à financer la production. En gros, c'est une sorte de mécénat obligatoire, basé sur le fait qu'au final, le payeur y trouve son compte, car son business dépend en partie de l'existence d'un stock d'oeuvres audiovisuelles de qualité. Pendant ces assises de l'audiovisuel, ils n'ont en fait parlé que de ça. Que les producteurs cherchent à racketter Google et Dailymotion, que ces derniers se défendent, cela ne me concerne pas.

Le seul point où il faut maintenir la vigilance, c'est sur les éventuels dommages collatéraux de cette bataille économique au sein de la filière audiovisuelle. Le CSA n'a pas, et n'aura pas les moyens de contraindre légalement les acteurs du numérique à entrer dans son champ de régulation, il faudra "conventionner" et pour cela, il faudra des carottes. Il ne faudrait pas par exemple qu'un deal se fasse, du genre : vous acceptez de payer en échange d'une autorisation à pratiquer de la gestion différenciée de trafic. Actuellement, la régulation du CSA ne tient que par le fait que les fréquences sont attribuées gratuitement aux chaines de télévision. Quelles vont être ces carottes qui feront que les acteurs numériques accepteront de se plier aux règles du CSA ? C'est la seule question pertinente à mes yeux, le reste, c'est de la tambouille interne au milieu de l'audiovisuel.

jeudi 30 mai 2013

Le pire du vieux journalisme

Dernièrement, un nouveau titre de presse est né, baptisé "l'opinion". Un gros machin plein de journalistes ayant de la bouteille, plutôt "mâle blanc quadra et quinqua", avec à sa tête un éditorialiste connu et quelques "signatures" réputées. Je dois avouer l'avoir feuilleté une ou deux fois sur mon lieu de travail, qui se doit d'être abonné à tout ce qui sort parlant de politique. Le départ semble être un peu laborieux, mais ça ne veut pas dire grand chose, on ne peut juger du succès ou de l'échec au bout d'un mois. Je ne peux pourtant pas m'empêcher d'être profondément mal à l'aise face à ce titre de presse, qui concentre tous les travers et défauts de la presse française.

C'est un projet coûteux, 15 millions de levée de fonds initiale, c'est une belle somme, et on peut penser qu'une deuxième levée de fonds donnera de bons résultats. Tout cela grâce au carnet d'adresse de ses créateurs. On nage dans le copinage à la française, car on peut penser qu'un autre que Beytout, avec un tel projet, se serait fait claquer la porte au nez (et avec raison). Mais voilà, le monsieur fait partie de la Caste, il a accès à tout, et on peut penser que s'il se plante magistralement, il pourra remonter un autre truc quelques années après, on lui ouvrira encore les portes. Le petit jeu sur le "secret" des investisseurs est assez pitoyable, car quelle que soit leur identité, on sait que ce sont des membres de l'Oligarchie française, ceux qui tiennent déjà la quasi-totalité de la presse française. On est dans le clonage de ce qui existe déjà, avec peut-être comme différence que Xavier Niel et Pierre Bergé ne sont pas dans le tour de table.

Le contenu annoncé, avec un titre emblématique, me laisse pantois. Connaître l'opinion des journalistes, je m'en tape, ce qui m'intéresse, c'est mon opinion à moi, pas celle d'éditocrates. Ce que j'attends d'un journal et de journalistes, c'est qu'ils me donnent les matériaux pour que je puisse me faire mon opinion. La lecture de la version papier de l'Opinion m'a fait penser à un agrégateur de blogs de droite, certes de qualité, bien écrits, mais ça reste de l'éditorial, qui est la plaie du journalisme à la française. Autre point qui m'agace sur le contenu, c'est le genre d'article comme celui ci où faire du journalisme politique, c'est faire du story-telling. Que Sarkozy ait déjeuné avec Sardou, je m'en contrefiche. Qu'il prépare un éventuel retour, c'est pareil. Je n'ai pas besoin d'avoir ce feuilleton, saucissonné en tranches comme un soap-opera. Ce que j'aimerais, c'est qu'on publie plutôt les avant-projets d'ordonnance sur le logement de Cécile Duflot. Le pire, c'est que ce journalisme de story-telling nécessite des confidences, qui ne viennent que des intéressés, qui évidemment, ne lâchent rien sans rien. Si c'est donc pour avoir un journal où des éditocrates quinquagénaires blancs me disent leurs opinions et me font du story-telling au prix d'un muselage sur les sujets qui fâchent vraiment, je ne vois aucun intérêt à acheter ou à m'abonner.

Enfin, le modèle économique me laisse perplexe. En fait, il m'afflige, car il montre que beaucoup, dans le monde de la presse française, ne veulent pas évoluer. On a donc un mix papier-numérique, avec un journal papier vendu cher (1,50 euros), très cher même vu l'épaisseur, et un site payant, où on n'a accès quasiment à rien, qui n'est pas référencé ou très mal. Je comprends tout à fait les raisons de l'édition papier, qui permet d'avoir la pub et les aides publiques, avec un minimum de vente par "clientèle captive", celle des organismes publics et des collectivités, qui se doivent de proposer ce titre sur leurs présentoirs. Mais pourquoi donc mettre un paywall quasi intégral ? On se coupe ainsi du milieu numérique, où tout fonctionne par les liens, par l'insertion dans un éco-système. Que Médiapart, qui n'a que le numérique et qui a des articles à vraie valeur ajoutée, fasse payer, je peux comprendre. Mais où est la valeur ajoutée de l'Opinion par rapport aux contenus disponibles gratuitement sur le Figaro ? Ce n'est certainement pas suffisant pour amener une masse suffisante de gens à sortir la carte bleue. Le modèle "internet payant" ne fonctionne qu'avec des articles à valeur ajoutée importante en termes d'analyse, ou alors pour de l'info qui se périme vite, comme l'information boursière ou encore celle relative aux courses hippiques, celle qui permet de gagner de l'argent ou de ne pas en perdre, à condition de l'avoir en temps et en heure. En dehors de l'information économique ou de l'investigation poussée comme le fait Médiapart, je ne vois pas vraiment de modèle de journalisme payant en ligne qui soit viable. En tout cas, les analyses des éditorialistes de la presse parisienne n'entrent pas dans le cadre...

A l'heure où la presse française crève la gueule ouverte, où on nous parle sans cesse d'inventer de nouveaux modèles, d'innover, d'exploiter au mieux le numérique, on met 15 millions dans un truc à l'ancienne, ultra-classique et conservateur. A désespérer de nos "élites"...

mardi 14 mai 2013

Le rapport Lescure

Pierre Lescure, après 9 mois de gestation, vient d'accoucher d'un beau bébé, 486 pages, 2,3 kilos. Je n'aborderai dans ce billet que l'impression générale sur les 41 premières pages, celles de la synthèse. Je traiterai certains sujets précis dans des billets séparés, tellement j'ai de choses à dire.

Bien évidemment, je ne suis pas d'accord avec toutes les analyses, certaines mesures m'apparaissent trop timides, d'autres m'apparaissent vaines et inutiles. Aucun rapport n'est parfait, mais globalement, je trouve que le rapport Lescure est excellent. On voit clairement que ses auteurs, Lescure revendique dès la départ d'avoir travaillé en équipe, ont écouté, sans prendre parti, ont cherché à comprendre ce qu'est le numérique, quelles sont les attentes de chacun. On est très loin des rapports précédents, qui n'étaient que l'habillage officiel des revendications d'une catégorie particulière, qui légitimait ainsi ses propres revendications, qui malheureusement se traduisaient ensuite par un hold-up législatif, d'où les difficultés récurrente sur les lois "en i" depuis 2005. Ici, on est devant un "vrai" rapport, sur lequel un consensus peut se faire. Je ne dis pas qu'il se fera forcément, car sur certains points, les antagonismes sont évidents et difficilement conciliables. Mais au moins, les choses sont posées sur la table, et le politique, dont c'est le rôle, sera amené à trancher ou à arbitrer entre des intérêts contraires en pleine connaissance de cause. C'est la première fois que ça arrive sur les questions numériques.

Sur l'essentiel des analyses sur les sujets qui m'intéressent, je suis globalement d'accord avec son approche. Il m'arrive bien entendu de ne pas être d'accord ou d'avoir des réserves, mais dans ces cas là, je peux admettre la légitimité des positions de Lescure, qui se défendent, car il cherche à ménager les uns et les autres afin de préserver l'acceptabilité de son rapport. Sur bien des sujets, des compromis, forcément pas complètement satisfaisants, devront être passés et parfois, je n'ai pas la même position que Pierre Lescure sur ce que doit être le compromis. Néanmoins, sur les grands axes (je ne parle pas des détails techniques des propositions) et notamment sur ces analyses, je n'ai pas de désaccord fondamental, de trucs qui m'ont fait hurler.

Le rapport Lescure m'apparait donc comme une base de départ acceptable dans les débats qui ne vont pas manquer de s'ouvrir. La mission est donc remplie pour Pierre Lescure. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement, qui doit rendre ses arbitrages, tant sur les chantiers prioritaires (tout ne pourra pas être mené en même temps) que sur les choix qui lui reviennent et sur lesquels Lescure n'a fait qu'esquisser les pistes possibles. J'attends maintenant les textes législatifs, deuxième étape d'un processus qui démarre quand même beaucoup mieux qu'en 2007. Espérons que la phase politique conservera le même esprit que celui du rapport Lescure.

mercredi 26 décembre 2012

La valeur de la Presse

Bernard Tapie vient de racheter les derniers titres de presse du groupe Hersant, dont quelques journaux de la Provence et de la Côte d'azur. Cela irrite fortement (et inquiète) les élus socialistes du cru, qui se souviennent parfaitement du passage de Tapie dans la vie politique locale, et craignent qu'il ne revienne juste pour régler ses comptes et mettre la pagaille dans les prochaines échéances électorales. Le sieur Mennucci, candidat déclaré à la mairie de Marseille, et par ailleurs député socialiste, a même demandé une commission d'enquête parlementaire. De son coté, Bernard Tapie ne dément pas vouloir utiliser ces titres de presse comme outil d'influence, y compris éventuellement au service de ses propres intérêts politiques. Après tout, la famille Baylet fait bien ça avec la Dépêche de Toulouse depuis de longues années...

Vu l'état financier des titres que vient de racheter Bernard Tapie, on peut penser que sa motivation n'est pas vraiment économique, mais en même temps, vu son âge, il a le temps de faire ce pour quoi il a racheté l'entreprise, avant que celle-ci ne mette la clé sous la porte. Et puis il peut être tranquille, un titre de presse peut mourir (France-soir par exemple) mais pour cela, il faut vraiment que son patron soit le dernier des imbéciles et n'ait aucune relation dans les milieux politico-économiques français. C'était le cas du jeune oligarque russe de France-soir, ce n'est pas le cas de Bernard Tapie. La presse française est ultra-subventionnée, directement ou indirectement, pour qui sait frapper aux bonnes portes et jouer sur les cordes sensibles. Le fait est que Tapie ne va pas gagner beaucoup d'argent avec cet investissement, ce n'est pas le but. Mais on va sans doute bien se marrer en PACA (et ailleurs aussi) dans les prochains mois...

En même temps, au delà du sourire, c'est un signe de plus de la déliquescence de la Presse française, que ce soit la presse nationale ou la PQR. Voilà une industrie qui est véritablement au bout du rouleau, financièrement et moralement. Internet a flingué leur modèle économique, qui reposait sur des vaches à lait comme les petites annonces, les résultats sportifs locaux, les avis d'obsèques et l'info hyperlocale. Aujourd'hui, les petites annonces ont quitté la presse papier, et si la PQR s'en tire encore un peu, c'est parce qu'il reste les avis d'obsèques, les annonces légales et les photos des gens du cru, qui achètent le journal parce qu'eux ou leurs connaissances sont en photo dedans. Pour la presse nationale, le naufrage est total, et il ne leur reste guère que des suppléments magazines indigents en contenus, mais bourrés de pubs et les subventions publiques. Et même avec ça, ils sont dans la mouise. Mais s'il n'y avait que des problèmes financiers ! La presse française a également perdu tout honneur et toute considération, et évoquer régulièrement les mânes d'Albert Londres n'y change pas grand chose, sinon ajouter du grotesque à l'hypocrisie.

Aujourd'hui, il reste encore des gens qui investissent dans la presse, rachètent des journaux. Pour eux, c'est soit une danseuse qu'on entretient, parce que ça fait bien et que c'est une marque de standing, soit un outil d'influence au service de leurs intérêts. Pourquoi donc Dassault a-t-il le Figaro, que Xavier Niel a des billes partout, avec notamment Le Monde, que c'est un Rothschild qui possède Libé et que le banquier Pigasse s'est offert son magazine politique avec les Inrocks ? Parce qu'ils ont besoin de l'outil pour soutenir les autres secteurs du groupe, pour peser "politiquement", se protéger des attaques, placer des amis et obligés (le timing du passage de Pulvar aux Inrocks est éclairant), voire quand ils manquent de pudeur, faire la promotion des produits du patron. Aujourd'hui, les deux seuls titres réellement indépendants, parce que non contrôlés par des oligarques, c'est le Canard Enchainé et la Croix. Le Canard est d'autant plus indépendant qu'il ne vit pas de la publicité, et qu'il a un trésor de guerre. Les autres journaux ne sont que des conflits d'intérêts sur pattes, plus ou moins latents, plus ou moins assumés publiquement.

Quand on me dit que la presse ne va pas bien, je suis d'accord. Mais quand on me dit qu'il faut la renflouer avec de l'argent public, je tousse un peu (beaucoup même). Quand on voit qui est derrière ces journaux, les moyens qu'ils ont, et surtout, quand on voit les torchons que peuvent être ces journaux, avec des journalistes qui se prennent pour des grands intellectuels d'autrefois, donneurs de leçons le matin, allant chercher leur sportule le soir chez leur patron, je me dis que c'est un gâchis d'argent public. Les subventions publiques devraient être réservées aux organes de presse indépendants, sans actionnaires fortunés. Cela permettrait peut-être un vrai renouveau de crédibilité de la presse française, qui en a sacrément besoin, tellement elle est tombée bas.

lundi 10 décembre 2012

Les pubs qui dérangent

Le Nouvel Obs vient de publier une publicité clairement "anti-IVG" dans son dernier numéro. Le délicat lectorat de ce journal qui se veut bien-pensant en a été choqué. Les responsables du journal ont reconnu une erreur. Cette publicité n'aurait jamais du être acceptée. Toutes les contradictions du système sont là !

La meilleure illustration est quand Renaud Dély reconnait que cette publicité là n'aurait pas dû être acceptée. Cela veut dire qu'il fait le tri des publicités, et qu'il y en a donc certaines qui sont admises et d'autres pas, sur des critères autres que le prix payé. C'est la reconnaissance quasi explicite que les pubs font partie intégrante de la "ligne" du journal, et sont donc assimilables au contenu dit "rédactionnel". Aveu terrible, même si tout observateur lucide l'a remarqué depuis longtemps ! Tous ces appels à la dépense somptuaire dans des voitures, des parfums, des montres, des vêtements seraient validées par la rédaction. Dans le même temps, on se veut bio et équitable, soucieux de la planète, chasseurs de gaspillages voire même "décroissant". Cherchez l'erreur...

Sur le fond, cette publicité est très bien conçue. Elle suggère, mais ne dit rien explicitement. On connait la Fondation Lejeune, qui officiellement, s'occupe de choses très respectables comme la recherche sur la trisomie 21. Mais en même temps, elle est très marquée politiquement. Son fondateur était à la fois un grand médecin, et un militant anti-avortement. La publicité aurait été une page blanche, avec marqué dessus "fondation Lejeune", elle aurait choqué et provoqué des réactions. Le choix de mettre en gros une image de foetus en rajoute dans le suggestion et le message ambigu achève de porter le coup. La conjonction de ces trois éléments est suffisamment éclairante pour qu'on perçoivent le message : "vous vous investissez pour sauver des animaux, mais en même temps, vous laissez massacrer des êtres humains". Le message est clairement politique, et avec une volonté de déranger. La diffuser dans le Nouvel Obs est une provocation. Objectif atteint !

Cet épisode permet de mesurer la profondeur de la misère, financière mais aussi intellectuelle, de la presse magazine française. Et dire qu'ils continuent à vivre sur le mythe d'Albert Londres et de "la plume dans la plaie".

vendredi 2 novembre 2012

Le CSA, moyen de ne pas appliquer la loi

La réflexion sur le rapprochement ou la fusion du CSA et de l'ARCEP suit son cours. Après l'ARCEP, c'est au tour du CSA de rendre son avis sur la question, avant que le gouvernement ne rende ses conclusions à la fin de l'année.

En allant sur le site du CSA pour y lire leur rapport, je suis tombé sur un autre rapport, concernant le bilan de la règlementation sur le placement produit. Le CSA avait pris une délibération sur le sujet en 2010 (à la suite de la loi audiovisuelle de 2009) et avait prévu, au bout de deux ans, de faire un bilan d'étape. Les conclusions ne sont en rien révolutionnaires, et seraient même plutôt insipides, sur l'air du "ça va plutôt bien" et "ne changeons rien". Ce qui m'a frappé dans ce rapport, c'est qu'en fait, le CSA ne sert à rien, et que sa règlementation est assez ridiculement tatillonne.

Je suis publiphobe. Je hais la publicité sous toutes ses formes, et je constate que les programmes télévisés ne sont qu'une vaste publicité. C'est au cœur même du modèle économique du système, c'est bien pour cela que je n'ai plus de télévision. Le placement produit c'est peanuts, et règlementer cela de manière aussi tatillonne est tout simplement ridicule. Tout, dans la télévision, c'est que promotion et manipulation, au service d'intérêts économiques essentiellement, et un peu politiques, quand ils peuvent l'imposer légalement. La règlementation CSA dans ce domaine relève du cache-misère permettant de donner bonne conscience.

Pire, le CSA permet de ne pas appliquer la loi, et donc de préserver les intérêts des acteurs de l'audiovisuel. La lecture du rapport est édifiante : derrière chaque décision CSA, il y a en fait un texte de loi, national ou européen, dont la décision CSA n'est parfois qu'une copie mot à mot. A quoi sert donc cette couche supplémentaire de règles ? A mon avis, strictement à rien, sauf à exonérer les acteurs de l'audiovisuel de leur responsabilité pénale. Le mécanisme est simple. On met en place une "régulation" par un organisme spécialisé, qui édicte des règles "spécifiques" qu'il est chargé d'appliquer. Comme cet organisme n'a aucun pouvoir de sanction réelle, les "régulés" en sont quitte pour un rappel à l'ordre purement formel (du genre au bout de 30 avertissements, vous avez un blâme...) et un peu de buzz médiatique de la part de "confrères" trop heureux de basher leurs concurrents. Pour le reste, inefficacité totale, encore démontrée dans ce rapport sur le placement produit. Plusieurs manquements graves ont été repérés, aucun n'a donné lieu à sanction. Ce système permet de substituer au mécanisme légal, avec sanction réelle, par des juges, un mécanisme sans sanction par un "régulateur".

Transposer une directive européenne sous forme de loi transparente renvoyant à une règlementation du CSA, c'est formellement une transposition valide. Dans la lettre. Parce que dans l'esprit, c'est autre chose, juste un moyen de neutraliser cette règlementation, tout en gesticulant suffisamment pour faire croire qu'il se passe quelque chose.