Eric Ciotti doit être heureux. Il va enfin avoir une loi qui porte son nom (ils en rêvent tous) et en plus sur son sujet favori, la répression. Certes, il a travaillé le sujet, c'est indéniable. Rapporteur sur les textes sécuritaires, auteur de rapports, dont le dernier en date va nourrir sa proposition de loi.

Personnellement, je suis moins heureux.

D'abord sur le calendrier, qui est déjà bien encombré. Comme si on manquait de textes à examiner avant la fin de la législature, voilà qu'on nous en rajoute un autre. Sur le fond, c'est tout aussi déplorable. Cette proposition de loi est clairement électoraliste, il s'agit avant tout de mettre en avant le sujet de la délinquance des mineurs et de sa répression, afin de montrer les muscles et séduire la droite dure. Ça ne trompe personne, sauf qu'à force de gesticuler sur le sujet, on finit par donner une impression d'impuissance et d'incompétence : depuis le temps qu'on fait des lois là dessus, le problème ne serait toujours pas réglé. Pas certain qu'une nouvelle loi sur la délinquance des mineurs soit finalement une bonne idée.

Quand on lit les propositions d'Eric Ciotti, on mesure tout le vide de son texte, qui en est réduit à relooker les vieilles recettes. Il faut éloigner les mineurs délinquants les plus durs, en essayant, par des mesures éducatives, de rattraper ce qui peut l'être. Suivant l'orientation politique, on appelle cela camps de redressement ou "centres éducatifs fermés". Tout cela me laisse une très très grosse impression de déjà-vu. De toute manière, rien ne fonctionnera si on n'y met pas les moyens.

Enfin, le législateur va une nouvelle fois tripatouiller les textes, en lançant une proposition de loi au moment même où un projet de loi réformant en profondeur la justice des mineurs est en cours d'examen ! C'est profondément désespérant de voir que tous les rapports qui peuvent être fait sur la logorrhée législative ne sont que des incantations sans la moindre efficacité pratique.