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lundi 5 décembre 2016

Pas convaincu par Valls

Manuel Valls vient de se déclarer candidat à la présidentielle, abandonnant par là même sa place de Premier ministre. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne m'a pas convaincu, sur le fond comme sur la forme. Sur le fond, ça va aller assez vite, il n'y avait pas grand chose. Certes, on n'attend pas un programme complet dans une annonce de candidature, mais au moins quelques lignes de forces. Valls a aligné les poncifs de gauche, un enfilage de mots-clés, sans donner le moindre relief à des positions déjà connues venant de lui. A part "faire gagner la gauche", rien ne ressortait d'une discours trop long. Sur la forme, c'était cheap, avec un slogan nullissime "Faire gagner tout ce qui nous rassemble". Aucun message, sinon la répétition de ce que j'ai entendu dans le discours : "je veux faire gagner mon camp et battre la droite". En plus, il suffit de changer une lettre pour avoir "Faire gagner tout ce qui nous rEssemble", un slogan qui colle parfaitement au Parti socialiste des 20 dernières années... On est aux frontières du lapsus !

Politiquement, la meute se déchaine à gauche contre Valls, à commencer par ses adversaires directs à la primaire. Cela donne le ton de ce qui va sans doute être un combat avec de nombreux coups au dessous de la ceinture. Faute de programme crédible, que ce soit chez Montebourg ou Valls, les échanges vont se résumer à des postures et à des rappels au bilan. Les deux ayant été ministres dans un même gouvernement, ça risque de les décrédibiliser tous les deux et faire le lit de ceux qui les attendent à la sortie, Macron et Mélenchon. A moins d'une candidature surprise d'un poids lourd (du genre Ségolène Royal), je ne vois rien de bon sortir de cette primaire, sinon un candidat épuisé, couvert de sang, qui finira derrière Macron et Mélenchon...

Je ne pense pas que Valls soit en mesure de l'emporter dans cette primaire. Il ne faut pas oublier que sa base personnelle est étroite, avec 6% lors de la primaire de 2011. S'il a pu étoffer son entourage et ses soutiens lors de son passage à Matignon, il s'est fait aussi de solides ennemis. Les frondeurs, qui auraient pu, par loyauté, se rallier à François Hollande, vont se jeter dans les bras de Montebourg et Hamon. L'utilisation de l'article 49-3, sur la loi Macron, ainsi que sur la loi El Khomri, sont encore en travers de nombreuses gorges. D'autres pourront lui reprocher ses positions très sécuritaires, un état d'urgence prolongé au delà du raisonnable, sa défense de l'interdiction du burkini, et plus généralement, son style "coup de menton" qui n'est pas sans rappeler Nicolas Sarkozy. Il risque aussi de porter, aux yeux de certains hollandais, la responsabilité du retrait de Hollande. Une sorte de Brutus, qui aurait assassiné son père adoptif, afin de lui prendre sa place. Ceux qui préparaient la campagne de François Hollande vont-ils se rallier à Manuel Valls ? Cela n'est pas certain.

Au final, une fois que Valls aura quitté Matignon, sera-t-il en mesure de se présenter comme le patron et l'incarnation de la "deuxième gauche" sociale-libérale ? Qui de Macron ou de Valls est l'hériter le plus crédible de Michel Rocard ? Les deux candidats sont sur le même créneau idéologique, mais il n'y aura de la place que pour un. Certes, Macron ne participe pas à la primaire, mais s'il arrive, dès maintenant, à obtenir des ralliements significatifs au sein de l'aile "réformiste" du PS, il peut sérieusement mettre en difficulté Valls. De l'autre coté, Montebourg est moins menacé par Mélenchon, mais plutôt par l'émiettement de son bord. Si deuxième tour il y a, en l'état actuel des candidats à la primaire, les réserves de voix seront davantage chez Montebourg.

Bref, ça me semble bien mal parti pour Valls, et pour la gauche en général, qui se retrouvera avec trois candidats au premier tour, pour se partager au mieux 30 à 35% des voix. Pendant ce temps, l'extrême-droite ne se pose aucune question sur sa candidate, et à droite, Fillon aura, au mieux, un peu de dérangement avec un Bayrou, qui se tâte encore, et qui aura fort à faire avec Macron pour capter les voix du centre

vendredi 2 décembre 2016

Le lâche abandon de poste de François Hollande

François Hollande ne sera donc pas candidat à un second mandat présidentiel. C'est un véritable séisme politique, mais aussi un naufrage humain pour celui aura tout raté pendant sa présidence, y compris sa sortie. Hier soir, on l'a senti piteux et au bord des larmes. Il avait la dignité d'un type qui a pris peur et a chié dans son slip. Ce refus de se représenter relève d'un manque de courage, un aveu d'échec. Son bilan ne lui semble pas justifier, à ses yeux, qu'il se représente, et surtout, il reconnait qu'il n'a rien à proposer pour les cinq ans qui viennent. Dramatique d'en arriver à ce stade de déliquescence politique. La seule consolation est qu'il va définitivement sortir de la scène politique.

On va beaucoup attaquer les institutions, en tirer des conjectures sur le quinquennat. Il faut laisser ça de coté, l'explication est purement humaine. Tout était prêt pour une candidature de François Hollande, cette semaine encore, son fan-club se réunissait à la bellevilloise, son équipe de campagne était prête, il n'avait plus qu'à appuyer sur le bouton. Et là, il cale. A la dernière minute, sans probablement avoir averti ses proches à l'avance. Du Hollande tout craché, totalement incapable de s'inscrire dans un collectif et prenant ses décisions en fonction de lui, sans tenir compte de l'impact pour les autres.

La déflagration risque de désintégrer la gauche. La primaire va en toute probabilité opposer Valls et Montebourg. Les candidatures devant être déposées pour le 15 décembre, je vois mal un autre candidat de poids qui puisse se décider et s'organiser dans un délai aussi court. Avec deux candidats clivants, la primaire va tourner à la boucherie, pour finir par désigner, mal, un candidat qui devra affronter Mélenchon d'un coté et Macron de l'autre. Il va aussi falloir que ces candidats se bâtissent un programme de gouvernement crédible, car la primaire ne tournera plus autour de Hollande, mais sur des idées et des positionnements politiques. Je ne suis pas certain que tout cela soit prêt. Pendant ce temps, la droite et l'extrême droite, qui ont chacun un candidat incontesté dans son camp, vont faire campagne dans le pays, avec un programme.

Dans le pire des scénarios, qui n'est pas improbable, on se retrouve après une présidentielle, où Fillon l'emporte au deuxième tour sur Marine Le Pen, avec deux, voire trois partis de gauche, qui présentent des candidats aux législatives, et arrivent à obtenir un financement public pour la période 2017-2022. Chacun aura alors son autonomie, créera son appareil politique, et il faudra au moins 15 ans pour réunifier tout cela. La Gauche risque de se retrouver dans la même situation qu'en 1958. Après un exercice de pouvoir calamiteux avec Guy Mollet, par un renoncement devant l'ampleur de la tâche, le général de Gaulle est appelé. La SFIO s'enfonce dans le marasme et ce n'est en 1971, avec la prise en main du parti par Mitterrand, que s'amorce une reconquête du pouvoir qui prendra 10 ans. J'ai comparé François Hollande à Guy Mollet, au moment de l'instauration de l'état d'urgence. La comparaison est encore plus pertinente aujourd'hui.

La responsabilité personnelle de François Hollande est écrasante. Il n'a pas su exercer la fonction présidentielle. Il n'est pas fait pour ça. Et voilà qu'en bout de course, par surprise, il renonce sans combattre, refusant d'assumer politiquement son bilan, et laissant son camp en plein marasme. Irresponsable de bout en bout. Le pire crime, à mes yeux, pour une personnalité politique.

lundi 21 novembre 2016

Mission accomplie pour la primaire de la droite

La droite a remarquablement bien réussi sa primaire pour sélectionner son candidat à la présidentielle. Un succès qui marque une étape dans l'histoire politique française, dont il faudra tirer toutes les conséquences, car elle aura un impact important sur le fonctionnement des partis politiques.

Au cours de cette primaire, la droite a réussi à organiser un débat interne qui n'avait rien d'évident, au regard de sa culture politique. Avec 7 candidats sélectionnés, le risque de la cacophonie et d'un premier tour non décisif étaient réels. Il n'en a rien été, avec un François Fillon qui sort grand vainqueur, avec un score et un niveau de participation qui lui donnent une légitimité incontestable. L'acharnement d'Alain Juppé à se maintenir, alors que l'affaire est pliée, montre qu'il n'a pas compris les enjeux. Le patron à droite, c'est Fillon, point barre !

Le résultat final est un peu miraculeux, car la remontée de Fillon s'est faite dans la dernière ligne droite. Elle n'a rien de surprenant ni d'injuste, car François Fillon était, objectivement, le meilleur candidat. Il avait bossé le programme, disposait d'un vrai réseau de soutien, tant parmi les élus que les militants. Il était aussi le seul, parmi les trois candidats sérieux, à n'avoir ni passé, ni avenir judiciaire. Son habileté à été de construire une synthèse de ce qu'est la droite, à la fois libéral sur le plan économique et conservatrice sur les valeurs. Au final, Fillon est celui qui rassemble le plus, un compromis acceptable pour l'ensemble de la droite et du centre. Certes, tout le monde peut trouver des trucs qui ne vont pas. Personnellement, son coté un peu trop pro-russe, et ses appels du pied (qui ont marché) à la mouvance de la manif pour tous me chiffonne. Je regrette son manque de charisme et sa prudence que je trouve un peu excessive. Mais au final, c'est le candidat qui me convient le mieux, et de loin, parmi la palette qui était offerte. Beaucoup d'électeurs de droite ont pensé comme moi.

Un autre effet de la primaire a été l'élimination de certains candidats. L'éviction de Sarkozy, nette et sans bavure, est un immense soulagement pour moi. Une bonne chose de faite ! Dans le même ordre d'idée, le score catastrophique de Bruno Le Maire permet de sortir, pour un temps si ce n'est définitivement, une personnalité politique qui n'a pas tenu la route, et n'a pas été capable de prendre la dimension du poste. Après un premier succès d'estime à l'élection pour la présidence de l'UMP, Bruno Le Maire n'a pas su transformer l'essai. Il a fait une mauvaise campagne, et a choisi un positionnement, le "renouveau", qu'il n'était pas en capacité d'incarner, tellement cela n'est pas sa personnalité profonde. Cela s'est vu et a été durement sanctionné.

Désormais, je vois mal comment un parti politique, du moins quand il est d'opposition, pourrait se passer d'une primaire ouverte pour désigner son candidat à la présidentielle. Cela vide les grands partis politiques de ce qui leur reste de substance. Ils ne sont plus, de puis très longtemps, le lieu de production des idées. Il leur reste juste le rôle d'appareil politique pour la conquête du pouvoir. Si on leur retire le rôle de désignation du leader, je ne vois pas à quoi ils vont servir, sinon de courroie de transmission et de cartel électoral. Désormais, chaque personnalité qui ambitionne la fonction suprême se devra d'avoir son propre appareil politique, pour mener la campagne qui compte vraiment, celle de la primaire. Cela aura nécessairement des répercussions sur le fonctionnement des institutions.

L'exercice de la candidature à la présidentielle va également changer de nature, car désormais, il faudra mener deux campagnes, avec un corps électoral différent, donc une stratégie et des objectifs différents. Le tout en évitant de contredire, dans la campagne présidentielle, ce que l'on a dit lors de la primaire. Il faudra avoir une armature solide, et surtout, se dévoiler bien plus tôt qu'actuellement. La conquête du pouvoir ne pourra plus se faire sur un hold-up, lors d'une révolution de palais dans un appareil partisan. Je pense que la démocratie y gagnera.

Enfin, elle change aussi la nature de notre démocratie, car, et cela a été très bien perçu cette fois ci, le scrutin qui compte réellement, c'est celui qui désigne le candidat du camp qui a le plus de chances de l'emporter. L'élection présidentielle en elle-même risque de devenir plus ou moins une "formalité" (sauf lourde erreur d'un candidat). Avant, la primaire au sein d'un camp, c'était le premier tour de la présidentielle. Cela ne sera plus le cas, et cela risque d'écraser encore un petit peu plus les "petits candidats". Avec à la clé, une évolution vers un bi ou un tri-partisme qui étouffe électoralement, encore un peu plus, les indépendants.

Cela pose la question de l'ouverture, ou pas, du vote à la primaire. La question a été posée par les Sarkozystes, qui craignaient qu'une participation significative d'électeurs de gauche, ne favorise Juppé à leur détriment. Il n'en a rien été, au final, car Fillon a été élu par les électeurs de droite, sans apport extérieur décisif. Mais la question se reposera la prochaine fois. Quelle solution adopter ? Faudra-t-il, comme cela se fait aux États-Unis, que les électeurs se déclarent officiellement pour pouvoir participer à la primaire de leur camp ? Quels recours, légaux, en cas de contestation ? Faut-il étendre le droit électoral et ses contraintes à cette consultation, qui ne peut pas être ramenée à une simple "affaire privée", interne à un parti politique et régie uniquement par les statuts de ce parti.

La gauche avait amorcé l'évolution en 2011, la droite l'a imposé en 2016. Il va maintenant falloir travailler sérieusement sur ce qui est surement la plus importante évolution de notre démocratie depuis plusieurs décennies.

vendredi 14 octobre 2016

La littérature ne se résume pas à ceux qui écrivent des livres

Bob Dylan, prix Nobel de littérature. La nouvelle est surprenante, tellement on ne s'y attend pas, tellement on est conditionné à penser écrivain = auteur de livre (de préférence des romans). C'est d'ailleurs ce que pense un des pontifes de l'édition française, Pierre Assouline, qui ne s'en remet toujours pas. A ses yeux, Bob Dylan est illégitime à recevoir ce prix, car il n'a pas écrit de livre, et surtout, parce qu'il n'est pas de leur sérail. Derrière cette position, partagée par plusieurs autres à travers le monde, se dessine un réflexe très répandu consistant pour un groupe, à revendiquer le monopole d'une appellation valorisante, et par là, de la reconnaissance symbolique qui l'accompagne. Accorder le prix Nobel de littérature, le Saint-Graal de la profession, à une personne qu'ils considèrent comme "non légitime" est à leurs yeux une hérésie.

Je trouve au contraire que ce choix du comité Nobel est symboliquement très fort et extrêmement important. La littérature ne se résume pas aux produits très normés d'une industrie culturelle, qui s'efforce de capter à son seul profit ce qui est un bien commun, la diffusion de la Culture, du Savoir et de la mémoire collective. La littérature, c'est une forme de communication, qui peut s'exprimer avec une infinie diversité. Cela peut être bien entendu une forme écrite comme le roman (genre très récent à l'échelle de l'histoire de l'humanité) mais c'est aussi toute l'oralité, qui est le mode de diffusion le plus massif à travers le monde. Prétendre que la littérature se résume à des livres publiés chez des éditeurs, par des personnes appelés "écrivains" c'est faire preuve d'un occidentalo-centrisme insupportable et faire insulte à l'histoire littéraire de l'humanité. Le rappel à l'ordre du comité Nobel est sur ce point, hautement salutaire.

La transmission de la culture, telle que je l'envisage, ne peut être que libre et dégagée de tout carcan. Le patrimoine intellectuel de l'humanité, ses mythes, échappent à leurs auteurs. Il est même souhaitable, pour qu'un texte prenne une dimension universelle, que son auteur s'efface complètement, afin que la population puisse se les approprier et en faire une référence commune. Tout le contraire des prétentions des industriels de la littérature, très bien représentés par Pierre Assouline, où l'important est la mise en avant de l'ego de l'auteur, et le verrouillage de ses droits de propriété intellectuelle. Le rêve ultime de cette industrie est que la culture commune, ce qui donne une unité et un sens à une groupe humain, soit des œuvres sous droit. S'ils pouvaient mettre l'Illiade et l'Odyssée sous copyright, ils le feraient.

La Culture est un bien commun et personne ne peut affirmer avoir le monopole de la "culture légitime". C'est ça le message du comité Nobel, avec l'attribution du prix à Bob Dylan, et je suis très heureux qu'il ait été affirmé haut et fort car je le partage complètement.

jeudi 13 octobre 2016

Hollande aura tout raté

On pensait que Hollande ne pouvait pas descendre plus bas dans le discrédit. Il vient de montrer que c'est possible, avec la parution du livre "un président ne devrait pas dire ça". Tout est déjà dit dans le titre. Quelques éléments tirés du livre ont déjà provoqué un séisme institutionnel, avec une protestation vigoureuse, et totalement inédite, de la part des magistrats. Les réactions de la classe politique, hormis ceux qui sont envoyés comme pompiers, sont unanimes et même au PS, c'est la consternation la plus complète.

Et il y a de quoi être consterné. Le contenu des propos de François Hollande révèlent un cynisme effarant. Alors même qu'en privé, il se dit opposé à la déchéance de nationalité, il propose quand même la mesure, en espérant faire un coup tactique contre la droite. Quelques mois plus tard, le projet est abandonné piteusement, avec comme seul résultat d'avoir mis la gauche à feu et à sang. La lecture attentive de l'ouvrage, ainsi que des nombreux autres sortis récemment, vont permettre de voir l'action de François Hollande, à la fois dans la face publique et dans la face cachée. C'est à la fois fascinant et dévastateur, car François Hollande fait preuve d'une véritable transparence, comme on aimerait en voir plus souvent à ce niveau de pouvoir. Mais cette transparence n'est absolument pas maitrisée, ni sur le contenu, ni sur le calendrier et c'est absolument catastrophique, car une telle "opération vérité" doit être minutieusement préparée et s'accompagner d'une explication pour qu'on puisse en comprendre le sens.

Que François Hollande ait accepté de consacrer beaucoup de temps à des journalistes ne me choque absolument pas. Expliquer, raconter, donner une ligne et une cohérence à une action, c'est au coeur du rôle d'un président de la République. Il est entouré d'un staff nombreux, de ministres qui sont là pour faire tourner la machine gouvernementale. Un président ne devrait normalement pas se préoccuper du quotidien et des détails, mais au contraire, prendre de la hauteur. Mais voilà, Hollande a fait tout le contraire, s'occupant de tout comme un "omniprésident" et l'assumant, dans un discours à l'hôtel de Lassay. Par contre, la cohérence, la hauteur de vue, l'explication de l'action, ont été particulièrement défaillantes. Plusieurs ministres et anciens ministres affirment qu'ils ont un vrai bilan, mais qu'il a manqué un "portage politique" que seul le chef de l'Etat était en mesure d'assurer, et qu'il n'a pas fait.

Ce que je reproche à Hollande n'est pas son opération vérité, mais le fait que, comme pour tout au cours de son mandat, rien n'ai été maitrisé. Une fois de plus, il est parti dans le décor, en agissant à contre-temps et à contre-courant des attentes de la population, sans expliquer. Il s'est mis à dos la magistrature, dont il est normalement le protecteur. Que le premier président de la cour de Cassation et le procureur général se soient permis des critiques aussi virulentes et publiques est révélateur de la perte d'autorité de François Hollande. Après un tel essorage, tout le monde, classe politique comprise, ne comprend plus rien à l'action du président, tout en ayant de lui une image très dégradée. C'est le point final d'un quinquennat absolument catastrophique, sans doute le pire pour un président de la République. Après cela, je doute qu'il puisse encore être candidat à sa succession. La question se pose même de savoir s'il peut rester en poste jusqu'à la fin de son mandat...

mardi 27 septembre 2016

Il faut en finir avec Sarkozy

J'ai assisté à une "prestation" de Nicolas Sarkozy, lors d'un colloque. J'en suis sorti absolument atterré. Depuis 2010, je ne me considère plus comme un de ses électeurs, du fait de son tournant à droite sur les questions d'identité nationale. Un sentiment qui n'a fait que se renforcer depuis, du fait de son accélération dans le populisme et le sécuritaire. Mais sur d'autres sujets, je reconnaissais que comme président, entre 2007 et 2012, il avait pu faire de bonnes choses. Ce colloque portait sur l'économie et le soutien aux entreprises. Un sujet pas très clivant, surtout quand on s'adresse à la droite, et sur lequel je ne m'attendais vraiment pas à ce que j'ai vu et entendu.

Sur la forme d'abord. Je savais Nicolas Sarkozy vulgaire et mufle, jamais en retard d'une formule à l'emporte-pièce faisant appel au "bon sens" comme argument d'autorité. J'ai été servi, jusqu'à la nausée. Ce n'était plus un présidentiable que je voyais sur l'estrade, mais un pilier du café du commerce, un matamore absolument hallucinant, balançant son mépris à ceux qui l'interrogeaient, leur disant quasi-explicitement qu'il trouvait leurs questions complètement idiotes. Sa manière de se présenter et d'expliquer comme il allait procéder relevait du foutage de gueule, qui se résume en une citation. Parlant du traité européen qu'il se propose de faire adopter pour refonder l'Europe (rien que ça...), il balance très tranquillement "j'irai à Berlin dès le 7 mai, je l'ai dit à Angela Merkel, et puis à Londres le lendemain. Ce ne sera pas bien difficile à négocier, j'ai une grande expérience de la négociation européenne". Tout cela dit le plus sérieusement du monde. On en reste sans voix...

Sur le fond, c'est du même tonneau. Il enchaine les annonces toutes plus irréalistes les unes que les autres. Il propose 100 milliards d'économie dès l'été 2017, avec 34 milliards d'allègement de charges. La fiscalité sera revue de fond en comble, avec une taxe forfaitaire sur les revenus du patrimoine, à 26%. Quand on lui demande comment il va faire pour favoriser le fléchage de l'épargne des français vers l'investissement plutôt que vers les bons du trésor, il envoie tout le monde balader en affirmant que ce n'est pas à l'Etat de dire aux gens ce qu'ils doivent faire de leur argent, et qu'il n'y aura plus de niches fiscales ou de dispositifs de fléchages. Arriver à se mettre à dos une salle remplie d'entrepreneurs, quand on est un candidat LR, il faut y arriver. Nicolas Sarkozy l'a fait. Une question lui a été posée sur l'économie numérique, et là, c'est l'apothéose. Sarkozy n'a tiré aucune leçon des fiascos provoqués par le soutien, à bout de bras, des sites industriels. Il est hors de question, pour lui, de brader la production et l'industrie. S'il revient au pouvoir, il nous refera le coup de la perfusion, sur fonds publics, des sites sidérurgiques. Tout cela au détriment des secteurs d'avenir, dont il semble n'avoir que faire.

En 2016, nous avons le Sarkozy de 2012, en pire. C'est juste pas possible de le laisser revenir au pouvoir. Il se révélerait aussi nocif que Marine Le Pen. La primaire à droite a changé de visage, pour moi. Ma seule certitude était d'aller voter au second tour contre Sarkozy. Pour le premier tour, je me demandais encore, qui de Juppé, Fillon, voire NKM (on ne rigole pas), aurait ma voix. Cela n'avait guère d'importance, finalement, et ça se trouve, je ne serais même pas allé voter au premier tour. Désormais, même si je suis pleinement conscient des faiblesses et des casseroles d'Alain Juppé, je voterai pour lui, car il est le mieux placé pour éliminer Sarkozy. C'est au premier tour que la dynamique va se créer et que les choses vont se jouer. Tant pis pour les autres, qui sont peut-être mieux sur le fond, la primaire va se jouer sur un point et un seul : en finir définitivement avec Sarkozy.

vendredi 23 septembre 2016

Aux origines du blocage démocratique

La politique française est bloquée, personne ne peut le contester, au delà même de ce qui est supportable. La critique de la qualité du personnel politique ne mène nulle part. C'est un poncif vieux comme la politique, et tous les virer n'est, pas plus maintenant qu'autrefois, la solution. De la même manière, changer les institutions et la Constitution, en croyant que faire table rase change la situation, est une impasse. Ce n'est pas le cadre qui compte, mais la manière dont il fonctionne. L'important est la circulation des élites et des gens qui sont au pouvoir. La France a un problème depuis 30 ans, avec des élites politiques qui ont échoué, mais qui s'accrochent et qu'on n'arrive pas à déloger.

Le blocage est double, à la fois technique et culturel. Nous sommes avec un système politique dont l'accès est cadenassé, et un tissu associatif structurellement incapable de faire contrepoids et de présenter une alternative, capable de fournir les cadres de remplacement.

Depuis 1990, les règles du financement de la vie politique ont complètement bloqué le renouvellement de la classe politique. Afin de lutter contre la corruption, la loi de 1990 a interdit le financement des partis par les entreprises et les personnes morales. Désormais, un parti ne peut être financé que par les dons des particuliers (7500 euros maximum par tête de pipe) et par le financement public. Ce dernier est devenu essentiel, si ce n'est indispensable. Il est basé sur le résultat des législatives, et le nombre de parlementaires. Il n'est raisonnablement possible de créer un nouveau parti politique qu'une fois tous les 5 ans. Entre les deux intervalles, celui qui fait dissidence part en laissant à ses adversaires la structure du parti, et donc l'argent, se retrouvant à fonctionner (et à préparer les législatives suivantes) avec des bouts de ficelles. Je ne sais pas si la corruption a été vraiment combattue grâce à cette mesure (j'ai quelques doutes...) mais ce qui est sûr, c'est qu'elle a verrouillé l'accès à la vie politique.

La classe politique ne s'est pas contentée de mettre ce cadenas, elle a aussi complexifié le financement des campagnes électorales. Pour toute candidature, il faut un mandataire financier, avec des règles byzantines qui excluent de fait les "amateurs" et les débutants. C'est tellement complexe que régulièrement, même des hommes politiques chevronnés (qui ont essayé de bien faire) se font avoir. Et les sanctions sont lourdes, avec des risques élevés d'inéligibilité et de perte financière. Le changement des règles électorales a également fermé la porte aux candidatures isolées. Dès qu'un scrutin est à la proportionnelle, il faut monter une liste, ce qui veut dire avoir des relais et une capacité à mobiliser. A l'échelle d'une commune, c'est encore possible, mais pas pour une région. Aux élections départementales, il faut maintenant présenter un ticket de 4 personnes, (2 hommes et 2 femmes). Se présenter en indépendant est devenu impossible, il faut avoir une structure derrière soi. Structure que l'on ne peut créer qu'une fois tous les 5 ans, à condition d'être capable d'avoir 50 candidats faisant au moins 1% des voix. Donc d'avoir déjà une structure capable de présenter ces candidats... La porte est bien fermée, à double tour !

Le deuxième problème, culturel, vient de très loin, c'est notre incapacité à construire une société civile digne de ce nom. Le français râle beaucoup, mais ne retrousse pas ses manches pour régler lui même les problèmes. Il exige que l'Etat le fasse. C'est l'héritage très direct de l'Ancien Régime, où un monarque tout-puissant pourvoit aux besoins de son peuple. Si le pays est mal dirigé, c'est de la faute des ministres, et il suffit que le roi soit informé pour que les malheurs cessent. A cette culture de sujétion politique, s'est ajouté l'héritage révolutionnaire, qui a détruit les corps intermédiaires. Cela se ressent encore douloureux aujourd'hui, quand on regarde les pays anglo-saxons, et que l'on voit la vitalité de leur "société civile" avec des fondations, des associations très puissantes, bien dotées financièrement. Notre tissu associatif est minable à coté de cela, et quand il est un peu développé (dans le sanitaire et social par exemple), c'est parce que l'Etat subventionne. Les français ne donnent quasiment pas, et quand il le font, c'est pour bénéficier du crédit d'impôt. Donc au final, c'est l’État qui paye.

Dans le secteur politique, les ONG et les associations "militantes" pour des causes d'intérêt général sont cacochymes, manquant de fonds et de personnels pour développer une action, alors que politiquement, ils ont un boulevard devant eux. Imaginez ce que cela donnerait, si La Quadrature du Net ou encore Transparency International avaient chacune une centaine de salariés et plusieurs millions d'euros de budget par an et étaient en mesure de mobiliser un réseau de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le pays...

Si notre pays est bloqué, c'est parce que la société civile n'est pas organisée et puissante, et a laissé la classe politique prendre ses aises. Le moment est peut-être venu de se bouger, en donnant une ossature digne de ce nom au réseau des associations qui font de la politique (au sens noble du terme) et que l'on déverrouille l'accès au système démocratique. Pour cela, il faut s'investir, pas seulement râler.

samedi 17 septembre 2016

Les impasses de la Civic Tech

Ces derniers mois, la "civic tech" semble tourner en rond. Si de nombreux projets avancent techniquement, avec des "solutions" plus performantes, politiquement, ce n'est pas la même chose. Ce mouvement est devant des choix stratégiques qui commencent à être aperçus par certains acteurs (pas la majorité), et où les solutions semblent compliquées à mettre en œuvre, à moins d'opérer une mutation assez "radicale".

Jusqu'ici, ce mouvement "civic tech" s'est surtout concentré sur la consultation et la participation des citoyens au processus de décision et aux élections, sans remettre en cause les cadres établis. L'open data, pareillement, a été lancé dans une optique d'amélioration de ce qui existe. Les résistances des pouvoirs en place, davantage les administrations que les politiques, ont montré qu'il s'agissait d'un gros chantier, qu'il fallait mener en premier. On aperçoit au loin le bout du tunnel de cette première étape. Les administrations commencent à comprendre que l'open data, en plus d'être politiquement un peu obligatoire, peut avoir une utilité opérationnelle. C'est encore loin d'être gagné, mais depuis 2012, on a quand même bien avancé. Les politiques ont eux aussi bien compris tout l'avantage qu'ils peuvent tirer, en termes de communication, et en termes de levier d'action sur des administrations récalcitrantes, de ces "consultations citoyennes".

Cela a par exemple donné la consultation autour de la loi numérique d'Axelle Lemaire. Ça reste très gentillet, même si je ne met pas en doute la bonne volonté de la ministre et de son cabinet. Au final, cette consultation aura surtout servi à Axelle Lemaire pour pousser, en interne dans l'appareil d’État, les projets qu'elle avait à cœur, en les parant du label "plébiscité par la consultation citoyenne". En clair, les sujets "issus" de la consultation qui ont prospéré sont ceux qui avaient le soutien, voire étaient inspiré par la ministre. Le reste est parti à la poubelle. C'est sans le meilleur résultat qu'il était possible d'atteindre avec ce type de consultation, à "système politico-administratif constant". On peut difficilement se satisfaire de ce résultat...

Cela n'a pas "renversé la table" ni mis les citoyens au cœur de la décision politique. Il y a juste eu une alliance objective entre un membre du gouvernement et une micro-partie de la société civile, pour faire avancer leurs dossiers. Et encore, avec un dispositif entièrement aux mains du politique. Cette situation peut perdurer, car elle répond pleinement aux attentes de militants devenus chefs d'entreprises, qui vivent des consultations, soit comme développeurs, consultants, "organisateurs" et qui visent les marchés publics et les opportunités bullshit "comm' et marketing". Ceux-là sont de plus en plus présents dans les hackathons et autres évènements, toujours là pour pitcher et "représenter" le mouvement dans les manifestations diverses et variées.

Ce que j'attends de ce mouvement, c'est autre chose, de bien plus "radical". L'open data, c'est très bien quand ça permet de faire de belles dataviz, mais c'est encore mieux quand tout cela est réutilisé dans le débat politique, par des mouvements qui ont des choses à dire, et qui obtiennent par ce biais des informations et appuient des démonstrations qui font avancer leur message. La rencontre de la "civic tech" et de la frange politique de l'extrême-gauche aurait pu se faire avec Nuit Debout. Au tout début du mouvement, je me souviens des efforts de certains pour développer les outils numériques permettant de donner une dimension intéressante à ce mouvement social. Cela ne s'est pas produit et c'est dommage, mais ce n'est que partie remise, et je pense que les efforts et le travail de la commission numérique de Nuit Debout ne sont pas perdus. L'affaire a quand même montré l'étendue du chemin qui reste à parcourir chez les apparatchicks de la gauche radicale, qui ne se sont même pas rendus compte qu'il y avait une opportunité.

Il faut que les mouvements politiques (au sens large et noble du terme, donc pas seulement les groupuscules militants), y compris et surtout ceux qui se positionnent en dehors du "système" s'emparent des outils numériques et des données, et s'en servent pour construire leurs programmes, leurs idées, pour attaquer et contester le pouvoir en place. Quand on sait manier la communication, qu'on sait poser les "bonnes questions", ces outils de la "civic tech" peuvent être des accélérateurs. Que ce soit dans les partis politiques, les ONG, les associations soutenant des causes, qui sait se servir des outils numériques ? Personne ou presque...

Pourtant, si on veut faire avancer de manière intelligente le débat public, il faut du fond et donc des données, pour contester et contre-proposer utilement. Sinon, on reste dans le slogan creux, qui certes, peut mobiliser sur le moment, mais ne mène nulle part. Le développement technique des outils, c'est certes utile, mais l'important maintenant, pour la communauté "civic tech" est d'évangéliser et de disséminer ce savoir dans la société civile, là où se passent les choses. L'erreur de la commission numérique est de ne pas être allé voir Lordon, en lui expliquant tout le parti qu'il pouvait tirer du numérique. Croire que l'on peut faire venir les gens sur les plateformes de consultation est illusoire, les quelques expériences menées jusqu'ici démontrent très clairement qu'en dehors des geeks ou des lobbies directement concernés par le sujet, personne ne vient.

Rentrer dans les sujets par les données, et voir ce qu'on peut en tirer est une fausse route, malheureusement souvent prise par la "civic tech". Il faut d'abord poser les questions, et ensuite voir si on les données adéquates pour y apporter des réponses. Ce n'est pas la communauté "civic tech" qui est en mesure de poser les questions, mais les organismes de la société civile, ceux qui sont en prise très directe avec le terrain, avec des causes à défendre et des actions à mener. C'est à la "civic tech" d'aller vers eux. C'est comme cela que le numérique transformera vraiment la société.

mardi 23 août 2016

Le Burkini et le naufrage moral de la France

Le grand sujet du mois d'août (et ce n'est malheureusement pas fini) a été l'affaire du burkini. Ce vêtement de plage, très couvrant, est destiné aux femmes, notamment musulmanes, qui ne souhaitent pas trop s'exposer. Ce vêtement est devenu, aux yeux de certains hystériques, le symbole d'un refus des musulmans de s'intégrer, un "marqueur politique" qu'il fallait absolument combattre au nom de la laïcité. A mes yeux, c'est juste l'expression, à peine dissimulée, d'une islamophobie. Ce qui est refusé, c'est que la pratique de la religion musulmane puisse avoir une quelconque visibilité publique, avant d'en arriver à une interdiction tout court. Les musulmans doivent se faire invisibles, voire cesser de l'être, voilà l'injonction qui leur est donnée. Ce n'est pas en stigmatisant les musulmans de France que l'on va favoriser leur évolution vers une pratique plus "libérale" de donc acceptable pour l'Occident, de leur religion.

Une injonction prise très à cœur par une droite de plus en plus proche des thèses du FN, avec des maires, officiellement LR, comme à Cannes, qui n'hésitent pas à passer aux actes. La verbalisation, sur la plage de Cannes, d'une jeune fille portant un voile (même pas un burkini ou une burqa) est le signe que les digues sont en train de lâcher. Cerise sur le gâteau, la justice administrative (en l'occurrence le tribunal administratif de Nice) valide ces atteintes flagrantes aux libertés publiques. Nous assistons à une banalisation des idées du FN qui s'accomplit avec une facilité sidérante !

Bien entendu, les candidats à la présidentielle issus du parti "Les Républicains" se vautrent dans cette fange, avec un concours Lépine de la connerie qui atteint des sommets. Même NKM, la plus "à gauche" se sent obligée de participer à cette course indécente en direction de l'électorat FN. Il faut être clair, le parti "Les Républicains" s'est installé sur les terres autrefois labourées par Jean-Marie Le Pen, et récolte sans vergogne la peur de l'autre qu'il a semé pendant 30 ans. J'en viens à me demander qui, de Marine Le Pen ou de Nicolas Sarkozy, est le plus "modéré". La question peut sérieusement être posée...

Cette dérive suscite en moi un grande colère.

Colère contre cette France, qui se laisse aller au rejet de l'autre, à la haine. Cela ne mène nulle part, sinon au désordre, à la violence, si ce n'est à la guerre civile. La colère que les français de confession musulmane peuvent ressentir face à ces agressions est parfaitement légitime. L'immense majorité n'a rien à voir avec ces enfants perdus des banlieues, qui sont passés de la délinquance à la violence soit-disant religieuse. Après la relégation sociale et parfois géographique dont ils sont victimes depuis des décennies (le plafond de verre est une réalité quand on s'appelle Ahmed ou Samira), voilà qu'ils sont désignés comme bouc-émissaires et sommés de renier ce qu'ils sont, de se faire invisible, bref, d'accepter un statut de citoyen de seconde zone. C'est inadmissible !

Je suis aussi en colère contre cette classe politique, qui soit accompagne, comme à droite, ou "comprend" c'est à dire soutient sans l'assumer complètement. Le rôle des politiques est de préserver le "vivre-ensemble" et surtout pas de mettre du sel sur les plaies. Ils doivent parfois être capables d'aller à contre-courant de certaines tendances, pour les empêcher de prospérer. Or, sur l'islamophobie, les responsables de la droite dure accompagnent le mouvement et donc le renforcent car ils lui donnent une légitimité. Le pire, c'est que pour beaucoup, cela relève du pur calcul électoral. Ils estiment que c'est le meilleur moyen de revenir au pouvoir. Sacrifier l'avenir du pays au profit de leur carrière politique, avec un tel cynisme, c'est inadmissible.

L'année qui s'ouvre va être atroce. Vu la configuration politique, je crains qu'il n'y ait pas grand chose à attendre de l'élection présidentielle pour faire bouger les choses. J'espère encore qu'un sursaut puisse advenir, mais il serait vraiment temps qu'il vienne. Car le mal est profond. Le problème n'est pas seulement chez les leaders. C'est l'ensemble de la classe politique qui s'est affaissée, et qui est incapable de faire autre chose que suivre le mouvement. Je connais pas mal d'élus, de base, qui comme moi, se désolent sincèrement de la tournure que prennent les choses. Mais ils sont impuissants, pris dans les jeux d'appareil, à empêcher cette descente aux enfers morales du pays. Si eux n'y arrivent pas, qui le peut ? Tous les jours, nous descendons un peu plus vers une France déchirée, et on ne pourra pas dire qu'on n'a rien vu venir si des évènements graves arrivent...

mercredi 27 juillet 2016

Terrorisme : la droite, toujours plus loin dans l'irresponsabilité

Le terrorisme a encore frappé, deux coups rapprochés, Nice, puis Saint-Etienne-du-Rouvray. Les deux cas sont emblématiques. A Nice, un coupable inconnu des services de renseignements, pas fiché S, juste "défavorablement connu" des services de police. Dans l'autre cas, une personne clairement identifiée comme potentiellement dangereuse, sous bracelet électronique après avoir été incarcéré. Dans les deux cas, des attentats meurtriers et "frappants", soient par le nombre des victimes, soit par le choix, hautement symbolique, des cibles.

A chaque fois, la même réponse de la droite sarkozyste : toujours plus de répression et au diable les libertés publiques. Rouvrons le bagne et parquons-y tous les suspects, y compris ceux qui sont "dans la zone grise" comme n'hésite pas à le dire Sarkozy. On en est à la quatrième loi antiterroriste en trois ans, la dernière a été votée il y a une semaine, en 48h, sans la moindre étude d'impact. Pourtant, les rapports qui commencent à sortir pointent les lacunes et les faiblesses de cette politique. Oui, il faut des mesures strictes contre les jihadistes avérés, et que les services de renseignements aient les moyens de faire leur travail. Mais cela passe par autre chose que des lois toujours plus attentatoires aux libertés. Les moyens humains et matériels demandent du temps à se mettre en place, et l'application, par des humains (donc faillibles) laisse une marge d'erreur qui peut, parfois, être fatale, mais est malheureusement inévitable.

L'action des politiques face au terrorisme ne peut pas se limiter aux incantations sécuritaires et à l'empilement de textes législatifs. Il faut aussi avoir le courage de dire que nous sommes entrés dans une période de risque, avec lequel il va falloir composer. Oui, le risque d'être touché par un attentat augmente, mais il reste de très loin inférieur à celui d'être victime d'un accident de la route. Pourtant, nous continuons tous à prendre notre voiture sans avoir peur. Nos responsables politiques doivent dédramatiser, en montrant qu'ils font ce qu'ils peuvent contre le terrorisme (on ne peut pas enlever ça à l'actuel gouvernement) mais sans paniquer ni désigner de coupables trop faciles, qui permettent d'éluder les vraies raisons de la montée du terrorisme. Un vrai travail de mobilisation du pays est nécéssaire. Convoquer les réservistes, après avoir épuisé l'armée et la Police, n'est pas une réponse à la hauteur de l'enjeu. On ne peut pas franchement dire que le parti "Les Républicains", dans l'opposition, soit exemplaire, bien au contraire. On entend ses dirigeants vociférer à longueur de journée, renforçant ainsi la dramaturgie et la peur autour de ces actes terroristes. Ils ne facilitent pas le travail du gouvernement, et il semble que ce soit le cadet de leur souci. Ils se fichent de l'unité nationale et veulent surtout discréditer le gouvernement pour prendre sa place aux prochaines élections, quel qu'en soit le coût pour le pays.

Les politiques devraient également mener un véritable travail d'introspection, sur les causes profondes du mal. Actuellement, ils ne font que lutter contre les symptômes. Pourtant, une question, essentielle, n'est pas traitée ou si peu : "Comment des jeunes, né et ayant grandi en France, en sont arrivés là ?". Pourquoi tant de jihadistes français en Syrie, au point que la première langue étrangère parlée à Raqqa soit le français ? Des débuts de réflexion existent, mais on les trouvent dans la presse étrangère, rarement dans le débat public en France. Si nous voulons pourtant en finir réellement avec le terrorisme, il faut à la fois combattre Daesh au Moyen-Orient, mais aussi comprendre pourquoi nombre de jeunes les ont rejoints. Cela pourrait nous amener à de réelles remises en cause, sur le caractère très excluant, voire ségrégatif, du fameux "modèle social français". Manuel Valls a touché cela du doigt, mais s'est bien vite arrêté, et depuis, c'est la politique de l'autruche. J'y vois un manque de courage de l'ensemble de la classe politique, face à un travail, il est vrai titanesque, de remise en cause profonde du fonctionnement de la société française.

La politique prônée par les sarkozystes va très vite atteindre ses limites. Si tous les suspects sont parqués dans des camps de rétention, que tout est "sous surveillance" (comme à Nice, ville la plus fliquée de France) et qu'un nouvel attentat est commis, on fait quoi ? Ce jour là arrivera, on s'en rapproche au fur et à mesure que les attentats se succèdent, malgré toutes les mesures prises pour les éviter. A un moment donné, un nouvel attentat obligera à prendre acte de l'impasse que représente une politique uniquement sécuritaire, qui nous aura déshonorés sur le plan des Libertés publiques, sans nous protéger du terrorisme.

Ce jour là, il faudra bien qu'émerge un autre discours politique sur le terrorisme et la lutte antiterroriste. Normalement, c'est le rôle de l'opposition que d'offrir une alternative. Actuellement, ce n'est pas du tout le cas, le parti "Les républicains" poussant à la surenchère sécuritaire. Entre un gouvernement qui se discrédite par ses échecs répétés et une droite qui accélère droit dans le mur, j'ai du mal à voir qui va porter un discours alternatif au tout-sécuritaire, le seul qui puisse nous sortir de l'impasse. Ces voix existent mais sont trop faibles pour se frayer un chemin dans un système politique complètement verrouillé, et vérolé par des professionnels de l'exercice du pouvoir qui ont oublié pourquoi ils étaient là...

lundi 4 juillet 2016

Agnès Saal, le lynchage jusqu'à la dernière goutte

L'annonce du retour d'Agnès Saal, dans un poste de chargée de mission au secrétariat général du ministère de la Culture, a déclenché une mini-tempête sur les réseaux sociaux. Aux yeux de certains, cette réintégration, au terme de six mois de suspension, est inacceptable, et à la limite, le cachot (sans salle de sport privative) serait une punition presque trop douce. Je pense, au contraire, qu'Agnès Saal a payé, et qu'il faut maintenant la laisser en paix. Elle a commis une faute, elle l'a payée, même s'il faut être conscient qu'elle a sans doute payé pour les autres. Elle a juste eu la malchance que ce soit tombé sur elle (même si elle a sans doute aidé la malchance en jouant avec le feu dans des luttes de pouvoir).

Les faits qui lui sont reprochés ne relèvent pas de la cour d'assises. Elle n'a pas "piqué dans la caisse" ni commis de faux, elle a juste abusé des facilités offertes par le poste qu'elle occupait, dans des proportions qui sont apparues scandaleuses. Si ce n'est pas un crime, c'est une faute, surtout en ces temps de misère où chacun regarde dans l'assiette de son voisin, pour voir si elle est mieux garnie, et le jalouser si c'est le cas. Agnès Saal s'est sans doute comportée comme un certain nombre de ses confrères, et comme bien d'autres avant elle. Elle est tombée de haut, car elle ne s'est pas rendue compte que l'énormité de telles factures de taxis, au regard des difficultés économiques, ça ne passe pas du tout dans l'opinion. Les temps étant également à la défiance vis-à-vis des élites, tout était réuni pour qu'Agnès Saal se fasse lyncher.

La sanction a été sévère. D'abord le lynchage public. Son nom restera connu pendant un certain temps, et associé à l'abus de notes de frais, comme le nom d'Hervé Gaymard est devenu une unité de mesure pour appartement de grande surface. Pénalement, elle a été condamné deux fois, une première fois à 4500 euros d'amende, et 5500 euros de dommages et intérêts à Anticor, pour les notes de taxis de l'INA, puis à 3 mois de prison avec sursis et 3000 euros d'amende pour les notes de taxis de l'époque ou elle était directrice générale du Centre Pompidou. Bien entendu, elle a dû rembourser l'intégralité des notes de taxis. Autant dire que financièrement, elle a senti passer. Troisième sanction, sa carrière professionnelle est détruite. Si elle n'a pas été révoquée, elle a été suspendue et se retrouve, à 58 ans, simple chargée de mission au secrétariat général du ministère de la Culture. Un poste qu'un jeune énarque bien classé refuserait à sa sortie de l'ENA. Tout cela après avoir été directrice générale du centre Pompidou et présidente de l'INA. Le souvenir de l'affaire ne s'estompera pas avant son départ en retraite, ce qui est l'assurance, pour elle, de rester au placard jusqu'au bout.

A entendre certains, il aurait fallu qu'elle soit révoquée, sans indemnité, sans droit au chômage et qu'elle aille coucher sous les ponts. Les faits méritaient-ils cela ? C'est toujours fascinants de voir des gens se transformer en procureur et en juge, sur des dossiers qu'ils ne connaissent pas, ou seulement par oui-dire, sur les réseaux sociaux. Les amis d'Agnès Saal ont eu beau tenter de présenter les arguments de la défense, ils n'ont pas été entendus, le scandale médiatique ayant pris une trop grande ampleur. Ils ont eu beau dire qu'Agnès Saal était une personne travailleuse et compétente, cela n'était pas audible du tribunal populaire. Pourtant, quand on juge une personne, devant un tribunal, on le fait en considération des faits, mais aussi de la personnalité et du passé du "coupable", avec une peine individualisée. Une fois celle-ci purgée, la personne est quitte vis-à-vis de la société et peut reprendre une vie "normale" si tant est que ce soit possible, quand on est passé par une telle tourmente. Derrière le "symbole", il y a une personne humaine, il serait bon de ne pas l'oublier...

vendredi 24 juin 2016

Le Brexit est salutaire pour l'Europe

Passé le moment de sidération à l'annonce du Brexit, où on réalise que si, ils ont osé, finalement, le Brexit est plutôt une bonne nouvelle, même si elle ouvre une période d'incertitudes.

L'Union européenne, dans sa version "pères fondateurs" est en état de mort clinique depuis le milieu des années 90. Vouloir forcer le politique par des décisions économiques, la base du projet des fondateurs, est une impasse. Il n'y avait plus de souffle, plus de projet politique, juste une machinerie bureaucratique. La décision anglaise débranche le respirateur artificiel et oblige à une révision de ce qu'est l'Union européenne. Pas le choix, il faut se lancer, car derrière les anglais, d'autres vont suivre et si tous ne partent pas, beaucoup vont demander des dérogations pour ne garder que ce qui leur plait et laisser tomber le reste. On ne pourra pas tenir, il faudra tout remettre à plat.

C'est plus que nécessaire, car l'Europe, telle qu'elle existe, ne donne pas satisfaction, avec un déficit politique évident. Déjà en 2005, le peuple français avait envoyé un signal très net, sur lequel l'eurocratie s'est assise. A un moment, le couvercle de la marmite finit par sauter. Une reconstruction politique et idéologique de l'Europe s'impose. Quelle Europe voulons nous ? D'ailleurs, voulons nous une Europe ? Ces questions sont légitimes et auraient du être posées depuis longtemps. Elles ont été étouffées par les héritiers du projet des "pères fondateurs" qui refusaient une remise en cause de leur position.

Le débat est à haut risque, car en ce moment, ce sont plutôt les nationalistes qui ont le vent en poupe. L'Europe d'Orban ou de Marine Le Pen n'est pas franchement celle que je veux. L'idée d'une Europe fédérale est à écarter, le continent n'est clairement pas mûr. L'idée de ne plus avoir d'Union européenne est également à exclure, car le retour en arrière n'est pas possible. Les turbulences vont s'amplifier à court terme, avec un trou d'air économique pour l'Angleterre et le risque, très sérieux, d'une indépendance écossaise, qui donnera des ailes aux catalans. L'effet domino risque de fonctionner à plein...

Un autre problème est de remplacer les actuels dirigeants, nullissimes, de l'Union. La bulle Bruxelloise, les petits-enfants de Jacques Delors (personnel politique et "penseurs"), sont délégitimés et n'ont clairement plus de mandat, sans possibilité de "faire semblant", comme lors des précédents désaveux. Le départ des anglais va creuser des trous (notamment dans le budget) qui obligent à prendre des décisions. Ce sont d'autres qui doivent prendre le manche, et c'est compliqué, car on ne sait pas où ils sont. Cela finira par venir, la nature ayant horreur du vide, mais ça peut prendre du temps. Des processus de consultations réellement démocratiques, doivent être mis en place. C'est tout l'édifice politico-intellectuel qui est à reconstruire.

La première question à se poser est "qu'est ce que nous attendons de l'Europe". Personnellement, j'en attends d'abord la sécurité économique, afin que nous ne soyons pas bouffé par les mastodontes américains ou asiatiques. Dans le numérique, c'est ce qui nous arrive et il faut absolument y remédier. On ne peut plus rester avec une Europe en "croissance molle". J'attends aussi la consolidation du sentiment d'appartenir à un ensemble cohérent. C'est lent, compliqué, mais ça avance. Le programme Erasmus, par exemple, doit absolument être poursuivi. Enfin, j'attends qu'il y ait un minimum de stabilité pour faire face aux menaces géo-politiques. Ce serait bien d'éviter d'avoir des risques de guerres civiles et des massacres à moins de deux heures d'avion de Paris.

Le choix des moyens et des architectures institutionnelles vient après. Faut-il une Europe à plusieurs vitesses, avec un noyau dur et des choix à la carte ? Ce sera sans doute nécessaire, l'euro ayant montré les limites de la rigidité. La question des "lignes politiques", faut-il par exemple une Europe "libérale" ou "sociale", est à mes yeux totalement secondaire. J'ai pourtant peur qu'elle n'occupe beaucoup de place dans les débats.

On va sans doute avoir quelques années très difficiles, avec une Union européenne à l'arrêt. C'est sans doute nécessaire pour mieux repartir. De toute manière, on ne pouvait plus continuer comme ça. C'est en cela que le Brexit est finalement salutaire pour l'Europe.

mercredi 1 juin 2016

Un clown nommé Michel Sapin

Le Directeur général du Trésor vient de quitter ses fonctions, pour aller pantoufler chez un fonds d'investissement chinois. Le scandale est patent, et a été soulevé cet après-midi, lors des questions au gouvernement, par un Jacques Myard en grande forme, avec lequel je suis, pour une fois, en plein accord. L'homme au plus gros carnet d'adresse de l'administration, qui détient des informations économiques de premier plan, va travailler pour un pays fort peu démocratique, qui cherche à racheter des entreprises stratégiques françaises (comme des aéroports). Et personne ne moufte au gouvernement, devant l'énormité du scandale et l'absence totale de transparence de ce passage dans le privé.

La réponse de Michel Sapin est un bottage en touche totalement indigne, une non réponse qui vaut quitus à ce pantouflage scandaleux. Quelques socialistes ont applaudi à la question de Jacques Myard et un bon nombre n'en pensaient pas moins. Mais il ne se passera rien, le type va prendre ses fonctions, et faire le boulot pour lequel il sera sans doute grassement rémunéré, sans être inquiété. Ironie du sort, le même Michel Sapin défendra dans l'hémicycle, la semaine prochaine, un projet de loi sur... la transparence et la lutte contre la corruption !

Une mise en abîme qui résume parfaitement le degré de pourriture de la classe politique. Comment croire toutes les belles paroles et les textes de lois, quand dans le même temps, les actes ne suivent pas ? Cette loi "Sapin 2" (ainsi nommée car ledit Michel Sapin a défendu, il y a 25 ans, une loi au même intitulé) quand y regarde de près, n'est qu'un trompe-l'oeil. Le gouvernement va se gargariser de protéger les lanceurs d'alerte, d'encadrer le lobbying et de lutter contre la corruption, alors qu'il n'en est rien.

La réalité est beaucoup moins reluisante. Les lanceurs d'alerte sont confiés au défenseur des droits, qui n'aura probablement que peu de moyens supplémentaires pour cette mission. C'est bien gentil d'avoir une loi, mais sans moyens humains et financiers, elle ne sert à rien. La procureur financière pourrait en témoigner. Déjà surchargée de dossiers, elle vient de se lancer à la poursuite de Google, en saisissant des teraoctets de données, qu'elle n'est pas en mesure d'analyser. On peut imaginer qu'il en sera de même pour les lanceurs d'alerte, à qui je conseille de continuer à utiliser les bonnes vieilles méthodes de l'envoi du dossier à Médiapart ou au Canard, et de ne surtout pas apparaitre.

Sur l'encadrement du lobbying, on est dans la tartufferie complète, puisque toutes les obligations reposent sur les lobbyistes, qui devront s'enregistrer et se mettre quasiment à poil, avec un code de déontologie et un risque de sanctions. Dans le même temps, pas la moindre obligation ne pèse sur les décideurs publics. S'ils décident de rencontrer un lobbyiste qui n'est pas enregistré, ils ne risquent rien (par contre, c'est le lobbyiste qui trinque). Bien évidemment, pas question de divulguer le contenu des entretiens et les messages qui sont passés. Le "décideur public" (traduisez : le haut fonctionnaire) doit garder son entière liberté de manœuvre et de décision, sans que personne ne viennent lui demander des comptes sur ses choix. C'est le Conseil d’État, quartier général de la haute fonction publique française qui l'a écrit noir sur blanc, en s'excluant au passage du champ de la transparence.

Enfin, sur la lutte contre la corruption, c'est encore plus sordide. La législation française n'étant pas efficace, les entreprises françaises qui se font choper pour corruption se font condamner dans d'autres pays (les États-Unis par exemple) qui encaissent les lourdes amendes. Que d'autres pays puissent saigner les entreprises françaises à la place de Bercy est insupportable pour ce gouvernement, qui entend remettre les choses en place.

Ce texte nous permet de voir à quel point le pays est dirigé par les hauts fonctionnaires, qui ont colonisé le gouvernement. Michel Sapin est le porte-parole des fonctionnaires de Bercy, comme les ministres de la Culture sont les lobbyistes de l'industrie culturelle. L'épaisseur des politiques est à peu près celle du papier à cigarette. Ce qui devrait relever des choix politiques n'est qu'un vernis sur des textes et des pratiques qui permettent surtout à l'oligarchie en place de continuer ses petites affaires.

samedi 14 mai 2016

Débattre des symboles pour ne pas parler du reste

La polémique du moment porte sur un concert, finalement annulé, d'un rappeur à l'occasion des commémorations de la bataille de Verdun. Une partie du débat public a été occupé par ce sujet, les uns attaquant, les autres défendant, avec des grands mots comme fascisme ou ordre moral. Je ne prend pas partie dans ce débat. Je connais pas ce rappeur ni son répertoire, et j'en ai un peu rien à faire des commémorations nationales et de la manière dont elles sont organisées. Tout cela est extrêmement secondaire à mes yeux. Ce sont des détails au regard des problèmes que rencontre le pays, dont l'économie ne va pas bien, la société complètement bloquée et qui s'apprête à proroger sans broncher un état d'urgence qui n'a plus aucune justification.

Malgré l'ampleur des sujets, on passe notre temps à s'écharper sur des détails qui relèvent du symbolique et de l'identitaire. Je suis d'accord pour dire que parfois, les symboles, c'est important, mais à condition que ce ne soit pas "le symbole pour le symbole". Derrière un symbole, il faut toujours du réel, sinon, le symbole est vidé de tout sens. Or, qu'est ce qu'on trouve derrière nombre de débats sur des symboles, sinon la trouille d'une partie de la population, qui sent que les choses lui filent entre les mains. Marine Le Pen l'a très bien compris (et avec elle, la droite dure) et fait du rejet de l'autre son fond de commerce. Combien de débats qui tournent autour du pot sur l'islam, où le vrai fond du message, c'est la haine du musulman, décrit comme l'ennemi, celui qui vient prendre le pain de la bouche des "vrais français".

Derrière cette peur, il y a un déclassement de la France. Il est économique, mais aussi moral et intellectuel. La France n'est plus une grande puissance. Elle se croit encore une puissance "moyenne". Elle déchantera le jour où les taux d'intérêts vont remonter et où elle sera étranglée par sa dette. Ce jour là, il y aura un traitement de cheval à la grecque, qui sera administré à notre pays, qui devra sacrifier les derniers éléments de sa "puissance" à savoir son armée, son réseau diplomatique, sa sécurité sociale (qui reste généreuse, car fonctionnant à crédit). Tous, confusément, nous ressentons que notre pays va vers le précipice, et que nos "élites" ne font rien pour changer la trajectoire, voire appuient sur l'accélérateur, tout en lançant les écrans de fumées des "débats de société".

Le pire, c'est que nous nous laissons berner. Nous marchons à fond dans le panneau, et nous jetons avec délices dans des querelles futiles, autour du voile, de la viande halal, des concerts de rappeurs lors des commémorations. C'est le degré zéro du débat démocratique. C'est à nous, si nous voulons être responsables, de refuser ces débats "sur les valeurs" qui ne sont que l'expression d'un renfermement sur soi et d'une résignation au recul du pays, où toute initiative est critiquée. La vraie solution, c'est de reconstruire la Nation, c'est à dire le "vivre ensemble", pour que les gens puisse se raccrocher à quelque chose de positif, plutôt que de regarder avec suspicion l'assiette de son voisin, en se disant qu'il ne mérite pas ce qu'il a (surtout quand il semble avoir plus que vous).

La classe politique en place, celle qui refuse de partir, malgré les pires turpitudes, porte une lourde responsabilité. S'il n'y a plus assez de collectif et de positif en France, c'est en partie à cause de leur immobilisme et de leur renoncement. Ils ne font rien d'autre que gérer le déclin, sans proposer le moindre projet de société qui puisse remobiliser un pays qui, finalement, ne demande que ça mais à qui on ne propose rien de crédible. Les vieilles lunes idéologiques de la gauche radicale ne seront pas à la base de la France de demain, pas plus que l'égoïsme rance de la droite dure.

La Nation devra se reconstruire seule, ses "élites" ayant démissionné. C'est le sens que je vois au mouvement Nuit Debout. Il propose, de manière certes un peu brouillonne, une nouvelle manière de "faire société", sur la base de valeurs qui "parlent" aux générations qui montent, comme l'horizontalité de l'organisation, la "démocratie liquide", le partage, la sobriété (et je ne cite pas tout). On en est au tout début, et le chemin est encore long, mais jusqu'ici, les choses avancent bien, le mouvement semblant tenir le choc, malgré que les obstacles, comme les tentatives de récupération, ou de démolition, des "élites en place", qu'elles soient d'extrême gauche ou de droite.

C'est là que l'avenir du pays se joue, dans ce qui est en train de se construire Place de la République (et ailleurs en France), bien plus que dans les polémiques stériles qui sont le lot commun des médias. En espérant qu'il ne soit pas trop tard...

lundi 9 mai 2016

Dénoncer Baupin est une oeuvre de salubrité publique

Médiapart vient d'accrocher un autre politique à son tableau de chasse. Denis Baupin, député vert de Paris, et maintenant ex vice-président de l'Assemblée, a été aligné proprement par le site de presse. Une longue enquête, menée avec Radio-France, a mis sur la place publique un comportement qui peut être qualifié pénalement d'agression sexuelle et et de harcèlement sexuel, avec certaines victimes en situation de faiblesse, car salariées du groupe parlementaire ou du parti. Les témoignages, à visage découvert pour certaines, sont concordants et parfaitement crédibles. Je n'ai absolument aucun doute sur la véracité des faits rapportés par Médiapart (qui, de toute manière, ne peut pas se permettre le moindre loupé sur ce genre de papier).

On y voit un responsable politique libidineux, qui n'hésite pas à partir en chasse, en toute impunité. Des Baupin, il y en a un certain nombre en politique et au Parlement. De tous les bords, et parfois, des gens "populaires" dont on ne se douterait pas qu'ils soient en fait de véritables harceleurs. Certains sont "connus des services" et quand ils recrutent des collaborateurs, le groupe parlementaire, s'il est consulté, évite d'y envoyer des jeunes filles. Les réactions au "cas Baupin" montre à la fois une réelle ignorance des proportions que cela peut prendre, pour ceux qui ne sont pas victimes, une peur des victimes de parler, et surtout, une politique de l'autruche généralisée. Personne ne veut savoir, creuser le sujet, pour ne pas à avoir à porter la responsabilité d'être celui qui sait réellement mais ne dénonce pas. Tous peuvent se réfugier derrière le "je ne pensais pas que cela atteignait de telles proportions" et le font allègrement en ce moment. Mais combien se sont bien gardés de chercher à creuser, devinant ce qu'ils allaient trouver ? Depuis l'affaire DSK, comment prétendre ignorer qu'un "chaud lapin" n'en reste pas à d'aimables badineries et ne se laisse pas arrêter s'il se prend un rateau ?

En cela, l'affaire Baupin est salutaire, car elle met tout le monde devant la réalité, avec des faits clairs, explicites, et malheureusement, dans la "normalité" de ce qui se pratique chez un certain nombre d'hommes politiques. Ces faits restent cachés, car les victimes se taisent, avec malheureusement de très bonnes raisons de le faire (garder son job, pouvoir continuer à faire carrière...) et quand des poursuites sont engagées, elles s'enlisent dans les méandres de la procédures judiciaires, qui est trop souvent favorable aux harceleurs. C'est à la victime de faire la preuve et les temps de la justice sont très longs, et la prescription si courte. Ce n'est malheureusement pas de ce coté que les victimes peuvent trouver du secours. Il va sans dire que tout témoignage en dehors d'une procédure judiciaire fait l'objet d'un procès en diffamation, menace dissuasive pour une victime isolée.

Certains critiquent un "lynchage" et affirment qu'il faut passer systématiquement devant la justice, qu'il n'est pas possible de dénoncer ainsi certains faits. Je comprends leur position, mais sur des situations comme celle-là, je pense qu'ils sont tort. L'institution judiciaire n'est pas en mesure de répondre correctement à sa mission sur les cas de harcèlement sexuel, surtout quand le harceleur est un élu. Quand on voit comment la justice est timorée pour condamner des élus pourtant corrompus jusqu'à la moelle (je pense à certains élus des Hauts-de-Seine, ou encore des bords de la Méditerranée) comment pourrait-il en être autrement sur le harcèlement et les agressions sexuelles ? Mais par contre, il faut que la dénonciation soit solide et documentée. Pas question de laisser passer des basses vengeances, qui une fois l'effet obtenu (la démission de l'élu) se révèlent être des coquilles vides.

L'article et l'enquête de Médiapart remplissent à mes yeux toutes les conditions de sérieux. Je n'ai aucun doute qu'ils tiendront la route devant la 17ème chambre correctionnelle, si d'aventure Denis Baupin va jusqu'au procès en diffamation. C'est avec de telles dénonciations qu'on fait avancer la société, par le prise de conscience (plus ou moins forcée pour certains qui aimeraient ne pas voir) de la réalité de ce que sont les pratiques.