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vendredi 18 avril 2014

L'abdication de François Hollande

La France a vécu une journée très étrange avec la petite phrase balancée par François Hollande, qui nous dit qu'il n'aura aucune raison d'être candidat en 2017 si le chômage ne baisse pas. Vu que la crise dure depuis 2008, et qu'aucune réforme réellement nouvelle n'est en vue, on peut raisonnablement penser que le chômage ne baissera pas d'ici 2017, Hollande vient de se suicider politiquement. Un chef qui annonce à ses troupes qu'il n'est pas celui qui pourra assurer leur réélection au prochain coup perd 95% de son pouvoir. Tous vont se tourner vers celui qui incarne l'avenir, en l'occurrence Manuel Valls.

Ce dernier a symboliquement pris le pouvoir le même jour. Même si Aquilino Morelle est proche de Manuel Valls, ce n'est pas à ce dernier de faire le ménage, mais au président lui-même. Pas bien compliqué, depuis Clermont-Ferrand, d'appeler son conseiller et de lui donner l'ordre de démissionner. Le Premier ministre n'a rien à faire dans ce processus. Or, non seulement Valls l'a fait, mais en plus, Hollande l'a laissé faire et a acquiescé. Je n'aurais pas imaginé François Fillon convoquer Patrick Buisson et le virer de cette manière.

C'est juste sidérant, car si cela se confirme, on va se retrouver avec un premier ministre qui devient réellement le chef de la majorité, alors même que le président de la République est de la même couleur politique. Si c'est le cas, et on ne va pas tarder à en avoir soit la confirmation, soit le démenti, on entre dans une pratique institutionnelle totalement inédite. Un peu comme si Jacques Chirac avait nommé Sarkozy Premier ministre en 2005, en lui laissant les rênes du pouvoir. Cela montre à quel point les institutions de la cinquième république sont robustes. Avec un même texte, on peut avoir des pratiques qui s'adaptent aux circonstances, aux personnalités des présidents, aux équilibres politiques. Un président complètement carbonisé (18% de bonnes opinions, c'est le fond du trou) peut ainsi passer la main à un nouveau leader, sans démissionner, sans dissoudre, bref, sans repasser devant les électeurs.

Que va faire Manuel Valls ? Il a un boulevard politique, mais aussi institutionnel, car si cet effacement de François Hollande se confirme, il a une feuille vierge devant lui. C'est peut-être un moment fascinant pour les constitutionnalistes et les politistes qui est en train de s'ouvrir...

dimanche 6 avril 2014

Le spectre du vide au centre

Jean-Louis Borloo vient de créer un vide politique inquiétant au centre. A la suite de problèmes de santé, il a décidé de quitter la vie politique. Il abandonne donc ses mandats parlementaires (la présidence du groupe UDI) ainsi que la tête du parti. Une zone de dangereuses turbulences s'ouvre au centre. Une succession qui s'ouvre brutalement, sans qu'on l'aie vue venir, provoque toujours des tensions. Mais en plus, elle survient alors qu'aucun dauphin ne s'impose avec évidence, dans un parti où les forces centrifuges sont importantes. L'unité retrouvée du centre peut-elle voler en éclats ?

Jean-Louis Borloo était la clé de voute du centre en France. On ne s'en rendait pas trop compte, car le personnage n'est pas flamboyant. Pourtant, c'est lui a fédéré tout le monde. Arrivé à la tête du vieux parti radical valoisien, il en a pris le contrôle alors que cela n'avait rien d'évident. Il a ensuite fédéré les autres composantes de l'ancienne UDF, les démocrates chrétiens notamment, en créant l'UDI. Dernièrement, en vue des européennes, il a commencé à ramener Bayrou dans l'orbite de l'UDI. On peut penser qu'avec le temps, il aurait réussi à le ramener complètement, achevant ainsi la résurrection de l'ancienne UDF.

Il a aussi mis en place toutes les conditions d'une candidature centriste à l'élection présidentielle de 2017. En 2012, il a hésité à y aller, et a fini par renoncer. La structure de soutien n'était pas mure. Pour faire une présidentielle, il faut un réseau militant solide, une visibilité médiatique et un logo identifié et enfin des financements. En 2012, c'est encore Bayrou qui avait encore les éléments de la candidature. En 2017, cela aurait été Borloo qui avait tout pour se porter candidat. Au sein d'un parti politique de la cinquième république, c'est cette perspective qui fédère et fait tout tenir.

L'UDI va donc devoir se trouver un chef, qui aura vocation à être le candidat à la présidentielle de 2017. Ce n'est pas chose simple car personne ne semble s'imposer. Le premier nom qui me vient à l'esprit est celui de Jean-Christophe Lagarde. Il a tous les atouts pour faire un bon candidat. Il a une présence, une maitrise des médias, une expérience comme élu local et national. Il lui manque d'avoir été ministre et devra travailler sa notoriété médiatique, encore un peu faible. Il devra aussi fédérer les différentes familles de l'UDI, et c'est là que cela va être délicat. Que vont faire les radicaux ? Que va faire Bayrou ? Les haines au sein du Nouveau Centre sont cuites et recuites. Les obstacles ne vont pas manquer...

Les choses devraient se jouer assez vite, avec le vote pour la présidence du groupe à l'Assemblée nationale. Si Jean-Christophe Lagarde échoue, la suite sera compromise pour lui et la famille centriste va entrer dans une crise de leadership qui est son vice fondamental. On n'y aime pas les chefs, chacun est viscéralement attaché à sa liberté. L'ancienne UDF, tout comme l'UDI, n'est pas un parti "positif", construit autour d'une unité doctrinale, c'est un conglomérat de personnalités et de courants idéologiquement très différents, qui cherchent en se groupant à se protéger du grand parti conservateur. L'un des ciments de l'UDI, c'est l'existence de l'UMP. Or, en ce moment, c'est le bazar à l'UMP, qui ne semble pas trop faire peur. Les municipales ont été une bonne cuvée pour le centre, estampillé UDI ou pas. La tentation peut être grande, pour certains, de flinguer celui qui apparait comme un leader trop fort et destiné à durer...

vendredi 4 avril 2014

Les bonnes résolutions de Manuel Valls

Lors du premier conseil des ministres d'un nouveau chef de gouvernement, c'est le moment des bonnes résolutions. En général, elles ne tiennent pas longtemps. Celles de Manuel Valls risquent, comme les autres, d'exploser en vol, même si sur le fond, j'aimerais me tromper, car il va dans le bon sens. Petite tournée commentées des 6 consignes.

La clarté de la chaine de décision. Rappel évident, il est chef du gouvernement. Sauf qu'on est sous la cinquième République, et que le vrai patron, c'est le président de la République. Ayrault l'a bien vu, il se faisait court-circuiter en permanence par Hollande, qui passe son temps à envoyer des textos aux uns et aux autres. Il n'y a pas de raison que ça s'arrête. Le premier couac du gouvernement Valls viendrait du fait que Hollande à promis le commerce extérieur à Fabius, alors que Valls le donnait à Montebourg. Dans les faits, c'est du président de la République et de son élection que vient la légitimité des députés. Ils savent que leur sort est lié à celui de François Hollande, pas à celui de Manuel Valls.

La collégialité et l'importance de la délibération politique. C'est beau comme de l'antique, et je suis d'accord sur le fond. La délibération est une chose essentielle dans le cadre du processus de décision politique. Sauf que la délibération, c'est très chronophage, et les ministres ont autre chose à faire. Ils doivent diriger leur département ministériel, faire de la représentation sur le terrain, assurer la solidité de leur assise politique personnelle. En pratique, la délibération au sein d'un gouvernement tel que nous le connaissons, même à 17, ça ne peut marcher que pour les décisions politiques majeures, et encore.

L'innovation annoncée, celle d'une réunion des ministres, le jeudi matin, tous les 15 jours, m'apparait très étrange. Normalement, cela ne se fait qu'en période de cohabitation, quand le gouvernement veut travailler sans la présence du président de la République, qui n'est pas de son bord. En période de concordance entre président et majorité parlementaire, on va surtout créer un doublon par rapport au conseil des ministres. Ça va mal finir, car ce n'est absolument pas la logique de fonctionnement des institutions de la 5ème République. C'est quelque part une volonté affichée de vouloir marginaliser le président de la République, ce que Hollande pourrait ne pas apprécier.

L’efficacité. En même temps, Valls veut moins de réunions interministérielles. Il demande que les ministres échangent entre eux de manière approfondie, et chercher des accords entre eux avant de venir demander l'arbitrage de Matignon. Le coeur même du rôle du Premier ministre, dans la 5ème République, c'est d'arbitrer, et les RIM, c'est une forme de délibération politique. Par contre, s'il pouvait imposer que les RIM soient mieux préparées en amont, et qu'il n'y ait pas besoin de revenir plusieurs fois sur un même sujet, il fera gagner du temps à tout le monde. Il y aura sans doute autant de RIM, car elles sont indispensables, mais elles seront moins longues et personne ne s'en plaindra.

Le principe de la solidité juridique. Valls demande qu'on évite les risques constitutionnels et qu'on fasse des textes peu nombreux, courts et clairs. Là, c'est la lettre au père Noël ! Notre société est complexe, son organisation juridique l'est aussi. On ne peut pas croire qu'on va pouvoir faire des lois de deux pages, comme au XIXème siècle. C'est juste irréaliste. Par contre, on peut réformer les processus de fabrication de la norme, afin de ne pas encombrer les ministres et parlementaires de détails sans importances, qui noient complètement la décision publique. On peut aussi faire en sorte que les textes soient plus cohérents et synthétiques, il y a effectivement une "marge de progression". Il y a toutes les compétences juridiques au sein de l'appareil d'Etat, il faut juste organiser les choses autrement. Mais croire qu'une incantation en conseil des ministres va résoudre quoi que ce soit...

Intégrer les contraintes de la communication dans le processus décisionnel. S'il n'y a qu'un principe qui sera appliqué, ce sera sans doute celui là. Pas étonnant venant de Valls, dont le métier de base, c'est quand même la communication. Le risque évident est celui d'un dérive vers des textes et des décisions dictées uniquement par le service de la communication de Matignon, qui va devenir le filtre. A terme, c'est la crédibilité de la politique et des institutions qui est en jeu, si Matignon se met à ne plus faire de la comm'. Malheureusement, c'est l'aboutissement logique de l'affaiblissement du pouvoir des politiques. Valls ne fait que tirer la conclusion qui s'impose : le gouvernement et les élus en général ne maitrisent plus grand chose, à part la communication.

Enfin, le Premier ministre entend moins légiférer et mieux associer les parlementaires de la majorité. On verra le score du vote de confiance de mardi prochain, mais il ne devrait pas être fabuleux, vu le rétrécissement de la coalition gouvernementale. Ayrault avait bénéficié du votre positif des socialistes, des verts et des radicaux, avec une "abstention bienveillante" des communistes. Valls aura droit à un vote négatif des communistes, à une abstention pas forcément toujours bienveillante des verts, et des fragilités sur l'aile gauche du PS. Avec une majorité parlementaire fragile, on ne peut pas se permettre de traiter les députés comme des valets de ferme, en leur servant plusieurs couleuvres à avaler tous les mois. D'autant plus qu'il va commencer par leur faire avaler un boa constrictor appelé "pacte de responsabilité".

mercredi 2 avril 2014

Comment planter un remaniement en 24 h

Un évènement résume, à lui seul, le plantage du remaniement : la pseudo-nomination de Fleur Pellerin à l'hypothétique secrétariat d'Etat aux affaires européennes, au commerce extérieur et au tourisme. On y trouve toutes les tares de la pratique "hollandaise" du pouvoir : les guerres intestines entre ministres, une communication pas maitrisée et l'incapacité du sommet à trancher rapidement. La crédibilité du nouveau premier ministre est remise en cause le lendemain de sa nomination, on peut dire que l'état de grâce est court.

Hollande et Valls n'ont pas nommé tout de suite les secrétaires d'Etat, ce qui à la fois une bonne et une mauvaise idée. Tactiquement, c'est très bien joué de dire aux députés que les secrétaires d'Etat seront connus après le discours de politique générale et le vote de confiance qui ne manquera pas de suivre. Je ne vois pas meilleur moyen de rendre une majorité docile que d'agiter la perspective d'un maroquin. Cela va aussi permettre d'ajuster un peu les équilibres, certaines tendances ne vont pas manquer de réclamer davantage de postes, et l'ajustement "courants du parti socialiste" se fera sur les sous-fifres, pas sur l'équipe principale. Mais cela va continuer à alimenter la machine à rumeurs et les prédictions farfelues, ce qui brouille la communication. Les journalistes se concentrent sur ce qu'ils adorent, le storytelling et les prédictions sur les nomminations. Fleur Pellerin, à son corps défendant, a ouvert le bal, avec l'attribution, non confirmée officiellement, d'un poste qui n'est pas celui où on l'attendait, à savoir le numérique.

La spectaculaire querelle entre Fabius et Montebourg pour la tutelle sur le commerce extérieur est venue se greffer là dessus. Deux grands fauves qui se disputent une carcasse de gazelle, c'est un classique de la politique. Je ne suis pas très surpris de cette dispute, car on voyait depuis longtemps le quai d'Orsay tourner autour de cette compétence, pas tant pour faire le le boulot que pour prendre le contrôle du réseau d'Ubifrance. Que ce soit Montebourg qui soit attaqué n'est pas non plus étonnant, car contrairement aux apparences, il est affaibli par ce remaniement. Il reste au même poste, où il est quand même un peu carbonisé, avec des extensions de compétences cosmétiques. Un signe qui ne trompe pas, c'est Sapin qui s'est emparé, cet après-midi, du grand bureau au 6ème étage, reléguant Montebourg au 5ème étage. Les décisions "protocolaires" en disent souvent long sur la réalité des équilibres politiques et des influences. Mais une affaire comme celle-là, ça se gère et normalement, ça ne s'étale pas ainsi sur la place publique, avec une guerre de communiqué d'agences de presse.

Cerise sur le gâteau, on retrouve l'incapacité à trancher. Le déroulement de la journée est édifiant. C'est au milieu de l'après-midi qu'on apprend, alors même que les secrétaires d'Etat ne seront nommés que la semaine prochaine, que Fleur Pellerin prendrait le maroquin du commerce extérieur, des affaires européennes et du tourisme. Aucune source sérieuse n'est nommément citée, personne ne confirme officiellement quoi que ce soit. La composition du portefeuille est ridicule et devrait alerter. Quoi de commun entre commerce extérieur, les affaires européennes et le tourisme ? Absolument rien. On nous annonce qu'elle sera sous l'autorité de Laurent Fabius. En quoi est-il compétent sur les questions de tourisme ? Ça sent l'intox à des kilomètres, probablement un coup fourré destiné à affaiblir Montebourg et à le "mater" dès le début en lui cassant politiquement les reins. Le fait que le nom de Fleur Pellerin, son ancienne ministre délégué avec laquelle il s'entendait mal, soit évoqué suffit à signer le forfait.

A l'heure où j'écris ce billet, aucune clarification officielle, dans un sens ou un autre, n'est intervenue de l'Elysée ou de Matignon. Pourtant, Manuel Valls avait une fenêtre de tir parfaite, puisqu'il est passé au JT de TF1. Or, il n'a rien dit, ratant ainsi une magnifique occasion d'établir son autorité en annonçant lui-même le résultat de l'arbitrage, quitte à dire qu'il a été pris en concertation avec le président de la République. Mais non, rien, la querelle non seulement n'est pas tranchée (donc s'envenime), mais en plus, c'est Hollande sape de fait l'autorité de son premier ministre, en montrant ainsi qu'il reste le vrai chef et où est la limite de ce que le Premier ministre peut décider seul.

lundi 31 mars 2014

Valls Premier ministre, une fuite en avant

François Hollande vient de désigner Manuel Valls comme Premier ministre. Un choix risqué, mais qui peut apporter des solutions à certains problèmes rencontrés sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. A condition que les deux protagonistes arrivent à former un attelage cohérent et obtiennent des résultats tangibles. On est un peu dans la fuite en avant, mais Hollande n'avait pas vraiment le choix.

Premier avantage, la conduite de l'action du gouvernement. C'est le coeur du job du Premier ministre : trancher, arbitrer, coordonner, recadrer. Pour cela, il faut quelqu'un qui sache tailler dans le vif, quitte à faire des mécontents. Pour cela, Valls semble plus apte que ne l'était Ayrault. Valls sait être méchant, sait frapper et n'attends pas qu'on vienne le chercher pour intervenir dans les dossiers. Comme chef d'orchestre, il donnera sans doute de bien meilleurs résultats que son prédécesseur. Et ce n'est pas un luxe, tant les couacs, causés par un défaut d'anticipation et de coordination ont été nombreux depuis 2012. Si Valls arrive à mettre fin à l'amateurisme des équipes au pouvoir, ce sera un grand pas.

Deuxième avantage, la communication et le sens politique. Là encore, pas compliqué de faire mieux qu'Ayrault, grand baron de province qui n'est pas fait pour la politique nationale de haut niveau. La comm', c'est même le métier de base de Valls, qui a plutôt bien géré celle de Lionel Jospin, entre 1997 et 2001. Or, vu la relative impuissance des politiques dans nos démocraties modernes, il ne leur reste souvent que l'arme de la communication. Valls a également un vrai sens politique et un envergure intellectuelle, qualités absolument nécessaires à ce niveau.

Par contre, ça va couiner très sérieusement à la gauche de la gauche, y compris au sein du PS. On voit déjà que les Verts quittent le navire, et que s'il y a des ministres écologistes, ce seront des seconds couteaux. En matière de solidité de la majorité, ça risque de tanguer régulièrement, car le groupe PS n'est qu'à deux voix au dessus de la majorité absolue à l'Assemblée nationale, et encore, c'est en comptant aussi les apparentés et les chevènementistes. Mais heureusement pour Hollande, le système de la cinquième république permet de passer outre la mauvaise humeur du groupe parlementaire. C'est à l'extérieur que ça va brailler, mais les députés se coucheront bien gentiment et voteront ce que l'exécutif leur demandera. La Constitution est dotée de tous les outils pour tenir le Parlement en laisse...

En nommant Valls, il prend le contrepied de ce qu'il faisait jusqu'ici. Alors qu'il gérait le gouvernement comme il gérait le PS, il passe sur un mode différent. Le gouvernement, c'est une équipe qui a un job à mener, que l'on recrute sur cette base, pas pour qu'elle soit représentative d'équilibres politiques.

Nombre de socialistes ne s'y retrouverons pas. Que ce soit sur le positionnement très à droite de Valls, ou sur la déconnexion du gouvernement et du parti. Mais ils ne feront pas tomber le gouvernement avant 2017 car cela relèverait du suicide politique. C'est sur cela que repose le pari de François Hollande.

Mais tout cela reste fragile. Hollande devra traiter ses démons personnels, apprendre à trancher en temps utiles et à ne pas court-circuiter son Premier Ministre. De son coté, Manuel Valls devra être loyal et ne pas chercher à doubler Hollande, qui reste le seul patron politique de la majorité, car c'est de son élection que tout procède. Hollande se condamne aussi à obtenir des résultats concrets, qui rendront sa réélection envisageable. Sinon, ce sera l'hallali !

samedi 29 mars 2014

Faut-il avoir peur de la loi création ?

La loi création est dans les tuyaux. L'excellent Jamal Henni, de BFMbusiness, s'est procuré le texte. Il est encore au stade des arbitrages interministériels, n'est pas passé devant le Conseil d'Etat. Il peut donc encore bouger assez largement. Mais son contenu est parfaitement conforme à ce que l'on pouvait en attendre. Après DADVSI en 2005-2006, Hadopi en 2009, la troisième loi sur la régulation d'internet s'annonce pour 2015.

Le CSA étend son champ d'action au numérique. La chose était attendue, car de plus en plus, l'audiovisuel tend à déborder sur les espaces numériques. Canal+ vient d'ailleurs de se doter d'une direction OTT, et toutes les chaines font leur beurre sur les réseaux sociaux, où le CSA n'est pas en mesure d'aller voir ce qu'ils y font. Les choses ne pouvant aller qu'en s'empirant, il fallait bien que le CSA se dote de pouvoirs sur le net, sous peine de disparaitre purement et simplement. Comme on n'a jamais vu une autorité administrative se suicider, la fuite en avant était prévisible.

Ceux qui ont clairement le plus à craindre de cette extension des pouvoirs du CSA, ce sont les professionnels, ceux qui gagnent de l'argent en diffusant de la vidéo (et demain, toute sorte de produits culturels). Comme on dit en fiscalité, l'assiette sera large, du moins si le droit européen y consent. On voit aussi que le CSA restera globalement dans ses deux missions traditionnelles : alimenter les industries culturelles par des prélèvements obligatoires sur les distributeurs, et faire la police de la bienpensance. L'autre élément majeur, qui concerne vraiment uniquement le petit monde de l'audiovisuel, c'est la montée en puissance de la régulation économique a priori du secteur. En bref, le CSA fera à peu près ce que l'Arcep fait pour les petit monde des télécoms, le gendarme, avec un pouvoir de police. Typiquement, il pourrait être un arbitre entre Canal+ et Beinsport sur les attributions de droits sportifs. Mais pas trop quand même, car ça embête Canal+. C'est peut-être sur ce plan que la bataille sera la plus terrible.

A priori, les "amateurs" ne sont pas concernés. L'écrit non plus. On pourra donc écrire toutes les conneries qu'on veut sur un blog, on n'en répondra que devant les tribunaux pénaux, comme c'est le cas actuellement. Mais il faudrait que les choses soient clairement précisées, car l'intérêt du CSA est que son champ soit le plus possible, quitte à ne pas trop s'occuper de certains secteurs. Jusqu'au jour où il lui prend une envie d'aller faire la police de la bienpensance sur les blogs (et là, on va rire...). Autre point pas clair, le statut des entreprises de presse. Elles diffusent assez largement des contenus audiovisuels, et entrent déjà dans le cadre actuel, même le CSA s'est bien gardé d'aller les chatouiller. Si le CSA se met à vouloir réguler la presse en ligne, ça ne va être triste non plus. Des choses à surveiller donc, mais cette loi ne semble pas être l'attaque frontale qu'ont pu être DADVSI et Hadopi.

Cette loi marquera probablement un pas de plus dans l'aseptisation du web grand public, le fameux "internet civilisé" de Sarkozy et consorts. Personnellement, je m'en moque complètement, à partir du moment où cela ne s'accompagne pas d'une restriction du champ de l'internet collaboratif, celui du partage non commercial de la culture, de la libre diffusion de la connaissance et du débat démocratique ouvert.

mercredi 26 mars 2014

Le départ d'Ayrault ne changera rien

La chasse au vieux lion est ouverte. Jean-Marc Ayrault, politiquement très affaibli, est attaqué au sein de son propre camp, avant même le deuxième tour des municipales. La presse française, avec sa complaisance habituelle pour les récits des petites querelles politiciennes, relaye ces combats avec délectation.

François Hollande va-t-il faire partir son Premier Ministre. Personne n'en sait rien, tellement le président de la République est imprévisible. Il n'a sans doute pas encore tranché. Toute cette agitation sur les choix de personnes est un peu vain, je ne vois pas tellement en quoi il peut être utile d'avoir, avant sa désignation officielle, le nom du nouveau Premier ministre, si tant est qu'il change.

Quel que soit le Premier Ministre, sa marge de manoeuvre sera inexistante. La claque aux municipales impactera autant Ayrault qu'un autre, puisqu'en fait, c'est Hollande qui est visé. Le vice fondamental de ce quinquennat, à savoir l'incapacité du président de la République à trancher en temps utiles, ne va pas disparaitre. Or, c'est ce qui a sapé en partie l'autorité (déjà pas bien fabuleuse) de Jean-Marc Ayrault. Son successeur aura les mêmes soucis d'autorité et de coordination défaillante de l'action gouvernementale. Les meilleures années du mandat sont passées. Les réformes se lancent dans les deux premières années, car ce sont celles-là qui donneront leurs fruits en 2017, au moment de la campagne. Le nouveau Premier ministre ne lancera pas grand chose de nouveau, entre ce qui est déjà lancé, et ce qui est sur les rails. Si c'est pour gérer des queues de réforme, et porter la chapeau des coupes sombres (je rappelle qu'il y a 50 milliards d'économies à trouver, sous pression européenne).

Devenir Premier ministre maintenant, quand on est jeune et qu'on a de l'ambition, ce n'est pas un bon plan. La sagesse serait de laisser Jean-Marc Ayrault en place, car c'est la logique du quinquennat. Grillé pour grillé, autant qu'il fasse le sale boulot. Ce n'est pas son départ qui arrangera la cote de popularité de François Hollande. Il y aura peut-être un petit mieux passager, du fait de la nouveauté, du changement de têtes, mais bien vite, le pouvoir en place retombera dans ses ornières structurelles. Pour moi, l'essentiel est là. On s'en fout de savoir qui sera Premier Ministre, ça ne changera rien à la situation de la majorité et de la France.

samedi 22 mars 2014

La politique est un métier

L'activité politique consiste à conquérir le pouvoir politique et à l'exercer. C'est le coeur même de l'activité d'un parti politique, bien avant "réfléchir" et "avoir un programme". Quand on veut se lancer dans cette activité, il faut être lucide sur le fait que c'est un métier, qui nécessite des compétences et des qualités particulières, comme toute autre profession. Ceux qui prétendent partir la fleur au fusil, animée de leur bonne foi et d'un sens "rousseauiste" de l'intérêt général se font généralement démolir.

L'activité d'un parti politique est d'organiser la sélection et la formation des futurs candidats, mais aussi d'assurer la logistique des campagnes électorales. Pour être sérieux et avoir une chance d' l'emporter, il faut un maillage du territoire le plus fin possible. Tous les partis dignes de ce nom ont des sections locales, chargées de couvrir un territoire précis. Elles assurent l'animation régulière d'un réseau, qui va des sympathisants lointains (qui votent "bien" mais ne viendraient pas à une réunion) aux militants endurcis, qui sont prêts à tous les sacrifices pour le parti. Connaitre et référencer toutes ces personnes pour pouvoir, le moment venu, faire appel à eux, à bon escient, ça ne s'improvise pas (surtout avec l'obligation de parité). Ce n'est pas trois mois avant les municipales qu'il faut s'inquiéter d'avoir des candidats un peu crédibles pour la deuxième moitié de la liste.

Au niveau central, le parti a un rôle crucial, celui de façonner l'image. La plupart des électeurs ne s'intéressent qu'assez peu aux candidats en eux-mêmes, aux élections locales. Ils votent pour un parti, et avoir le "bon" logo sur son bulletin de vote est vital. Avoir l'investiture est un atout majeur pour l'emporter, cela se vérifie à chaque élection. Or, c'est au niveau national, dans les grands médias, que se joue cette image et cette adhésion (ou pas) de l'électeur. Le tractage sur le terrain, les affiches, c'est bien joli, mais ce n'est pas ça qui fait l'élection. Une gaffe en direct au 20h, et c'est l'ensemble des candidats estampillés qui morflent. Cela explique pourquoi les politiques manient si souvent la langue de bois à la télévision. Ils ne s'expriment pas pour eux-mêmes, mais en engagent d'autres.

Faire de la politique, c'est aussi maitriser des savoirs-faire. C'est connaitre la carte électorale, pour savoir où faire porter l'effort, quelles villes, quelles circonscriptions sont basculables. C'est également savoir calculer des répartitions de sièges à la proportionnelle, pour mettre les bonnes personnes aux bons endroits des listes (surtout quand il y a une fusion prévisible avec une autre liste après le premier tour). Sur le terrain, il faut avoir des fonctions support irréprochables, avec une gestion méticuleuse du fichier, un système de formation des futurs élus. Souvent, cela se fait sur le tas, par le contact avec les "vieux" militants et lors des campagnes électorales, mais au moins, ça existe. Pour cela, il faut des cadres aguerris, et là encore, ce n'est pas en trois mois qu'on monte une pareille structure.

Quand on souhaite se lancer en politique, il faut être conscient que l'on va avoir à se coltiner toute cette intendance, sans laquelle on devra se contenter de faire de la figuration, et terminer à 3% le soir du premier tour.

Etre élu, c'est également un métier. Dans le dispositif démocratique, l'élu a un rôle précis, celui d'impulser et de trancher les choix "politiques", c'est à dire ceux qui sont engageants pour la collectivité. L'élu n'est pas un chef de service administratif, qui gère le quotidien. Pour faire la comparaison avec l'entreprise, le maire, c'est le président exécutif du conseil d'administration, le directeur général étant le secrétaire général de la maire. Parfois, des élus n'arrivent pas à le comprendre (c'est le cas pour des adjoints qui se prennent pour le chef de service) et gaspillent leur temps et leur énergie pour des broutilles.

L'autre grand rôle du politique, une fois élu, c'est de faire le lien avec la population. Pour cela, il faut en permanence être en contact, sortir sur les marchés, être présents aux réunions, bref, multiplier les occasions d'interactions. C'est lourdement chronophage, mais pourtant, si l'élu ne le fait pas, personne ne le fera à sa place. Il ne faut jamais oublier qu'en démocratie, un élu est un représentant qui, s'il dispose d'une grande liberté dans l'exercice de son mandat, se doit d'écouter ce qu'on lui dit (même si c'est pour s'asseoir dessus).

Être élu, c'est différent d'un travail salarié, où en échange d'un salaire, pour accomplissez certaines tâches pendant un nombre d'heures déterminées. La politique, ce n'est pas du travail, c'est de la responsabilité. Un peu comme les médecins, qui ne "travaillent" pas beaucoup au sens de l'effort physique, mais qui supportent une lourde responsabilité, car de leur diagnostic, dépend la vie d'une personne. En politique, c'est pareil, ce qu'on demande à un élu, ce n'est pas de faire des heures et de se fatiguer physiquement (même si dans les faits, la plupart des élus ne comptent pas leurs heures), c'est de prendre les décisions les plus appropriées. Parfois, il peut y avoir des dilemmes, avec une pression énorme. On sait qu'il y aura des mécontents, quelle que soit la décision, car il faut choisir entre la peste et le choléra. Le cœur du rôle de l'élu, c'est alors de trancher et d'en assumer la responsabilité. Pas toujours évident...

Il faut donc des qualités particulières pour se lancer en politique. Pour autant, ce n'est pas un métier fermé (et il ne faudrait pas que cela le devienne). Il faut juste être conscient que cela demande un minimum de formation et d'organisation. Le simple citoyen qui quitte sa charrue pour exercer, du jour au lendemain, les plus hautes fonctions, c'est un mythe pour bisounours.

jeudi 20 mars 2014

Sur la route de l'Italie

La France est un pays latin, ça se voit dans sa classe politique. C'est même troublant. Dans les deux pays, une extrême-droite trouble, une droite populiste, un centre éclaté et incapable de peser, une gauche sans boussole idéologique. Comme ne pas faire le parallèle entre Berlusconi et Sarkozy, tant dans le style que sur le fond. Même populisme, même relation aux médias, même destin surtout. La seule différence est de degré, Berlusconi faisant les choses en grand, mais pas de nature. Les deux finissent d'ailleurs englués dans des affaires judiciaires, tout en continuant à tirer les ficelles de leur camp politique.

L'Italie est le miroir grossissant de la politique française. Et ce n'est pas beau à voir... A droite en tout cas, car je crains que nous ne soyons parti, à droite, pour un scénario identique, avec un décalage dans le temps, avec sans doute moins d'excès, mais quand même.

Nicolas Sarkozy est englué dans ses procès, et n'en sortira pas avant un certain temps. A son compteur, trafic d'influence, de forts soupçons de financement illicite de campagne électorale, plus d'autres affaires plus anciennes, il y en a bien une qui l'amènera devant les tribunaux. Malheureusement, il n'a pas l'âge de Chirac à sa sortie de mandat, où tous savaient qu'il était fini. Sarkozy peut encore rebondir, il a une image intacte dans son fan club de militants UMP, des réseaux y compris au coeur de l'appareil d'Etat, sans doute encore des sources de financement (quand on n'est pas regardant sur les sources, c'est plus facile). Dans son camp, les deux dauphins potentiels se sont entretués et la relève n'est pas mûre. Il va donc lutter pied à pied pour s'extirper des affaires, et en attendant, il va vitrifier la vie politique à droite. La violence des propos de sa tribune dans le Figaro me fait craindre le pire. Comparer l'action des juges (et en filigrane, du gouvernement) à celui de la stasi, c'est aller loin. Et surtout, c'est faire bien peu cas du respect de l'Etat.

Avec un tel tir de barrage, c'est une guerre ouverte qui s'annonce entre l'opposition et la majorité. Pour l'UMP, c'est une porte de salut providentielle, car elle a enfin une cause à défendre, contre laquelle personne ne pourra s'élever sans se faire lyncher par les militants. L'UMP façon Balourd va pouvoir donner le meilleur d'elle-même : cogner comme des sourds, c'est malheureusement ce qu'ils font de mieux, le meilleur exemple étant le président du groupe à l'Assemblée nationale. Une chape va recouvrir la droite, et rendre difficile tout travail de reconstruction politique, d'autant plus que cela ne sert pas les intérêts du chef. Le risque est réel de voir l'UMP se transformer en secte, avec une spirale infernale dans lequel elle risque d'entraîner une bonne partie de la droite.

En face, la gauche va sans doute trouver cette affaire tout aussi intéressante à exploiter, à court terme. Le retour de Sarkozy sur le devant de la scène, c'est que du bonheur, car finalement, c'est lui qui était le ciment de la gauche. Mais c'est un piège, car cette configuration oblige le gouvernement à se mettre en formation de tortue, comme la légion romaine autrefois. Une partie de son énergie va être occupée à contrer l'opposition. Si en plus, comme on peut le prévoir, les résultats des élections municipales et européennes ne sont pas bons, la gauche n'aura plus d'énergie à consacrer aux réformes. Notre pays en a pourtant bien besoin !

J'ai peur que les années 2014-2017 ne soient des années perdues pour la France. Je n'ai pas vraiment envie que nous nous retrouvions au même niveau que l'Italie. Malheureusement, nous en prenons le chemin...

mercredi 12 mars 2014

Bienvenue chez branquignols

Ce gouvernement est sidérant d'amateurisme, et d'une nullité crasse en communication. On le sait, mais à chaque fois, ils se surpassent pour nous étonner. Christiane Taubira vient d'exploser des records avec son traitement du dossier des écoutes de Nicolas Sarkozy. Brandir des documents, à l'heure des images à très haute résolution... Il fallait le faire ! Et c'est juste la cerise sur le gâteau.

Résumons. La droite, au cours d'une semaine difficile, se prend successivement trois affaires à gros impact négatif dans les médias : les surfacturations de Copé, les enregistrements de Buisson, et les écoutes de Nicolas Sarkozy, avec forts soupçons de trafic d'influence. Pour la Gauche, c'est du caviar, servi à la louche sur un plateau d'argent. Il suffit juste de se taire et de laisser la meute médiatique faire le job, en évitant soigneusement d'offrir une diversion. Que croyez vous qu'il arriva ? Le gouvernement a trouvé le moyen de s’emmêler les pinceaux, et de détourner l'attention des médias par une série de maladresses.

Quand on est ministre de l'intérieur ou garde des sceaux, bien évidemment qu'on est au courant de tout ce qui se passe en France. Affirmer le contraire, c'est prendre les gens (qui s'en rendent bien compte) pour des imbéciles, et passer pour un incompétent. Quand en plus, le démenti formel arrive moins de 48 heures après (notez au passage que c'est le procureur général que Taubira voulait virer qui tire la première cartouche) ça fait mal. Mais une deuxième ligne de défense est possible. On peut dire qu'on avait effectivement les grandes lignes, mais pas les détails.

Et là, c'est la bourde. Pendant une conférence de presse, Taubira brandit un document, révélant ainsi sans le vouloir, son contenu à la presse. On y trouve cette phrase "Le juge d'instruction saisi du dossier dit « des financements libyens » de la campagne présidentielle de 2007 (dont il vous est régulièrement rendu compte sous la référence AS/13/2352/FIN)". C'est de l'assassinat politique, toute la ligne de défense de Taubira s'effondre. La vérité est révélée dans sa crudité : tous les dossiers relatifs à Sarkozy sont suivis comme le lait sur le feu par la chancellerie. C'est l'image de "garde des sceaux qui n'intervient pas dans les dossiers" qui en prend un coup. Si elle ment pour ça, pourquoi la croire quand elle affirme ne pas donner d'instructions particulières ?

Comme les merdes volent en escadrille, comme le disait Chirac, on attend maintenant le document qui prouve que Manuel Valls a également menti quand il affirme qu'il a tout appris par la Presse. Le mensonge est tellement gros que ce n'est qu'une question de temps. Le timing sera sans doute parfait pour prendre le relais. Après s'être bien repus du lynchage de Taubira, excités par le goût du sang, les médias (et notamment les télés d'info en continu) vont "se faire" Manuel Valls.

Une affaire chasse l'autre, et si les dégâts des révélations concernant la droite sont réels (et ce n'est pas fini), l'UMP a réussi à sortir de l'oeil du cyclone. Le prédateur s'est trouvé une autre proie. Dans une semaine, une autre affaire prendra le relais. A moins d'une nouvelle fracassante concernant Sarkozy, qui relancerait l'intérêt médiatique, la droite aura bien limité la casse médiatique. Copé et Sarkozy peuvent remercier le gouvernement pour la formidable diversion offerte au médias. Tout cela à deux semaines des municipales.

Oui, vraiment, les socialistes sont des branquignols de la communication...

vendredi 7 mars 2014

Séisme démocratique

Nicolas Sarkozy était sur écoute. Depuis près d'un an. Il le savait, mais ne se doutait pas que son "deuxième téléphone", lui aussi, était sur écoute. La récolte a été fructueuse pour les juges, avec des révélations proprement sidérantes. Rien à voir avec les petites affaires d'organisation de meeting de Copé, ou de dictaphone de Buisson.

Que l'ancien ministre de l'intérieur, ancien président de la République, ainsi que deux anciens ministres de l'intérieur aient été mis sur écoutes, comme de simples citoyens, est surprenant, mais quelque part réjouissant. Par contre, c'est réellement surprenant qu'un tel secret ait pu être conservé pendant plusieurs mois, avant que cela ne fuite. Cela relève de l'exploit quand on connait les réseaux que Sarkozy et Guéant pouvaient avoir dans la police, et apparemment, dans les milieux judiciaires.

Cela permet d'apprendre qu'un très haut magistrat de la Cour de cassation servait d'indic sur l'avancement des procédures concernant Sarkozy. En échange de ce menu service, il a demandé un petit coup de pouce pour décrocher un poste prestigieux pour sa fin de carrière. On peut malheureusement craindre qu'il ne soit pas le seul à agir ainsi, jetant une grave suspicion sur l'ensemble de la magistrature. Une flétrissure aux conséquences très graves, car même si on se doutait que tous les magistrats n'ont pas un respect très exact de la déontologie, là, on a un nom, un visage et un manquement très facile à saisir. Un peu comme l'affaire prism, où on se doutait confusément qu'on étaient espionnés. Le scandale a véritablement éclaté quand des informations très précises et documentées sont parues, portée par un nom et un visage, celui d'Edward Snowden.

Je crains vraiment que l'on soit au début d'un séisme pour la magistrature française. Dans un contexte de crise économique qui dure, c'est tout simplement dramatique pour notre démocratie, car c'est un pilier de l'élite qui avait encore, globalement, la confiance de la population.

L'autre séisme, c'est que Nicolas Sarkozy a accompli des actes qui laissent sérieusement penser qu'il a effectué les démarches pour remplir sa part du contrat. Je ne savais pas qu'on pouvait faire des cures thermales à Monaco. Celle-là pourrait coûter cher à l'ancien président, car pénalement, ce qui a été fait s'appelle du trafic d'influence. Comme pour la corruption, les deux parties, le corrupteur et le corrompu, se retrouvent dans le box. Comme Al Capone qui tombe pour fraude fiscale, on pourrait avoir un Sarkozy qui se retrouve en correctionnelle pour un délit finalement assez mineur, à coté de ce que certains lui reprochent (comme par exemple des financements occultes de campagne électorale). Un tel scénario, qui rendrait Sarkozy inapte à revenir en politique, constitue un séisme à droite. Comme par hasard, il a lieu en même temps qu'une autre affaire qui disqualifie encore un peu Jean-François Copé dans la course à la présidentielle. Le ménage est en train d'être fait à droite.

Mais au final, ce qui pose question, c'est que ces affaires soient sorties. Il ne faut pas se leurrer, que ce soit pour Copé, Buisson ou Sarkozy, C'est arrivé dans les mains de la presse par porteur spécial, comme d'habitude. Si c'est la même source qui a réussi le triplé, je lui tire mon chapeau. Tout cela à trois semaines des élections municipales. Cela fait longtemps que l'on avait pas vu une barbouzerie politique aussi superbement bien menée ! J'ai quand même quelques doutes sur une coordination, mais si c'est une coïncidence, elle fait drôlement mal, à la droite, mais aussi à la classe politique dans son ensemble.

Et ce n'est peut être pas fini. Je serais surpris que les magistrats qui ont mis Sarkozy sur écoute n'aient ramené que cette histoire de magistrat véreux dans leurs filets...

mercredi 5 mars 2014

La réalité vécue du pouvoir

Deux affaires agitent la droite française, Copé et ses amis de Bygmalion d'un coté, et les enregistrements clandestins de Patrick Buisson de l'autre. Quasiment en même temps, le voile se lève sur la réalité de l'exercice du pouvoir au quotidien. Normalement, les citoyens ne voient jamais cela, il faut l'avoir vécu de l'intérieur pour vraiment percevoir ces réalités soudainement mises en pleine lumière.

Sur l'affaire Copé, c'est un schéma vieux comme le monde qui s'offre à nos yeux. Un leader politique, pour devenir le chef, a besoin d'un clan autour de lui. De la Rome antique en passant par le Moyen-age, c'est le même modèle qui est à l'oeuvre, celui du patron et de la clientèle à Rome, du suzerain et du vassal à l'époque médiévale. En échange de nourriture et de protection (et plus si ça marche bien), des hommes se placent dans le sillage d'un autre en vue de l'aider à prendre et exercer le pouvoir.

Comment s'étonner que Copé suive le même modèle, et s'entoure d'affidés à qui, en échange de leur fidélité, attendent que le boss remplisse la gamelle. En bon chef de clan, Copé pourvoit donc aux besoins de ses amis de Bygmalion en leur fournissant des marchés et des contrats, soit directement, soit en les "recommandant" auprès de clients potentiels. Cela fonctionne comme cela à tous les niveaux, avec plus ou moins de dérapages. Chirac a fait les choses à une toute autre échelle à la ville de Paris. Nous avons tous des exemples de tels comportements, dès qu'il y a un lieu de pouvoir.

Dans l'affaire des enregistrements de Patrick Buisson, c'est vraiment "la vie quotidienne dans l'entourage immédiat du président" qui se dévoile. Voilà comment les choses se passent réellement à l'Elysée, les petites vacheries, et les grosses crasses, les lâchages et les tromperies. Certes, là encore, ce n'est pas forcément très joli à voir, mais c'est la réalité de l'exercice du pouvoir.

Il y aurait un véritable travail d'analyse à faire à partir des matériaux accumulés par Buisson. Certes, le procédé est malhonnête, et lui vaudra quelques retours de bâtons sévères. Mais quelle occasion formidable, avec ces deux affaires, d'approcher la nature réelle de l'exercice du pouvoir, et donc d'en comprendre les rouages et mécaniques. Plus que vouloir changer les choses, je cherche plutôt à les comprendre. A défaut de pouvoir modifier les règles, il faut jouer avec...

jeudi 6 février 2014

Histoire occultée

Nous sommes le 6 février 2014. 80 ans après le 6 février 1934. Aucune commémoration officiel, aucun grand colloque, rien ! Voilà un épisode de l'histoire politique qui, encore aujourd'hui, reste complètement oublié, occulté, abandonné à l'extrême droite. Pourtant, ce 6 février 1934 est peut être l'un des évènements majeurs de la décennie 1930. Sur le moment, il a un retentissement énorme, et provoque la chute du gouvernement. Il est le point d'aboutissement d'une montée en puissance des ligues d'extrême droite. Il est aussi le point de départ d'une réaction de la gauche qui amène au Front populaire. Ce n'est pas rien...

Il y a des épisodes de l'histoire bien plus insignifiants qui sont inscrits dans les programmes officiels. C'est là qu'on se rend compte que l'histoire, ça reste encore longtemps, une affaire politique, et que finalement, les "célébrations officielles" n'ont absolument rien de neutre.

Je peux comprendre que l'on soit encore dans le "sensible". Nous sommes quelques jours après une grosse manif de la droite réac, que certains ont (bien abusivement) comparé à ce 6 février 1934. Les plaies sont encore mal cicatrisées sur la question de l'extrême droite, et certains auraient pu craindre qu'inscrire ce 6 février 1934 dans notre calendrier officiel reviendrait à légitimer l'extrême droite, en faisant d'un de leurs évènements fondateurs, une "célébration nationale". C'est faire preuve de frilosité, car même si on est en désaccord avec le fond des idées défendues par les manifestants de l'époque, on peut admettre que ce fut un évènement marquant. Organiser officiellement sa mémoire, c'est empêcher l'extrême droite de continuer à se l'approprier.

Les années 1930 sont le trou noir de notre histoire politique. Cela n'est pas encore de l'histoire, car cette période sert de repoussoir à la gauche, quand elle veut stigmatiser le droite dure sans tomber explicitement dans le point godwin. Il suffit de dire que "telle chose rappelle l'ambiance des années 30". Or, l'histoire ne se répète pas, et les années 2010 ne sont pas les années 1930. Le meilleur moyen d'élever le débat politique actuel, c'est d'accepter de regarder sereinement notre histoire, et de purger les périodes délicates. Le travail a été en partie fait pour les années les plus sombres, celles de l'occupation (même si ce n'est pas fini). Reste à faire le même travail pour la période qui précède.

Les "célébrations officielles" sont un outil idéal pour cela, car le prétexte de l'anniversaire est tout trouvé pour aborder certains thèmes qu'il serait périlleux de mettre sur la table. Il faut parler de ces périodes, en débattre, y compris dans les médias grand public. Il faut aussi assumer que cela fait partie de notre histoire, pour justement mieux la dépasser. Visiblement, en 2014, nous ne sommes pas encore mûrs pour arriver à digérer un passé vieux de 80 ans, en acceptant d'en parler sans passion, de le regarder tel qu'il est, même s'il ne nous offre pas une image très plaisante.

mercredi 5 février 2014

L'échiquier à front renversé

L'épisode du mariage pour tous marquera sans doute, même si on ne s'en rend pas compte, le moment où l'échiquier politique s'est retrouvé au grand jour, et où la gauche est devenue conservatrice, et la droite révolutionnaire et du côté du changement. Pendant très longtemps, depuis toujours même, la gauche s'est vue comme minoritaire, face à des valeurs "bourgeoises" qui n'étaient pas les siennes et qu'elle aspirait à renverser. Pendant très longtemps, elle n'avait aucun espoir d'y arriver, et la droite, de son côté, se sentait bien à l'abri. Les rôles étaient bien distribués, la droite au pouvoir, la gauche dans l'opposition et la contestation. Chacun s'est construit intellectuellement sur cette base.

Et puis est venu le moment où, sur le plan des valeurs, c'est la gauche qui l'a emporté. Il faut bien reconnaître que, depuis les années 50, notre société a vécu une révolution anthropologique profonde. J'en veux pour preuve le statut des femmes. Que d'évolutions et de changements depuis 1944, où elles acquièrent le droit de vote, puis les années 60 où elles peuvent travailler et avoir un compte en banque sans l'autorisation de leur mari, puis les années 70 où elles peuvent disposer de leur corps, avec la libéralisation du divorce et surtout le droit à l'avortement. Dans les années 80, c'est l'égalité complète en droit (même si dans les faits, c'est pas toujours ça). On en arrive aujourd'hui à un basculement où la prochaine étape, c'est l'abolition pure et simple des "genres" et des distinctions sociales et culturelles basées sur la différence masculin-féminin.

La gauche, qui portait toutes ces valeurs, s'est retrouvée dans la position dominante, majoritaire, ce qui ne lui était jamais arrivé. Elle n'a pas vraiment réussi, jusqu'à présent, à s'y faire, continuant à valoriser la "rupture", le "changement" et à se penser comme un valeureux chevalier blanc en lutte contre une domination "bourgeoise et réactionnaire" qui a cessé, depuis mai 68, d'être symboliquement dominante. Se penser en minoritaire en étant majoritaire, se croire porteur du changement alors qu'on est le tenant de la "normalité", voilà le drame de la gauche depuis 30 ans, et l'une des raisons de son malaise profond...

La droite a eu du mal à faire son deuil, beaucoup de mal même. On en voit la trace, par exemple, dans cette obsession à continuer à se croire comme seule légitime à occuper le pouvoir, comme si ses idées étaient encore majoritaires. Certes, une bonne partie de ce qui est aujourd'hui "la droite", s'est rallié, du moins en apparence, à des idées "de gauche". Personne ou presque, à droite, ne se dit contre l'égalité homme-femme. Mais il n'empêche qu'une frange non négligeable de la droite reste sensible aux bases de la pensée conservatrice d'autrefois, celle qui pouvait s'incarner dans l'image paternaliste du "bon père de famille" que nos députés viennent de sortir du Code civil. Cela se traduit par une résistance sur certains sujets, comme une volonté de préserver des structures anciennes, comme le mariage (en tant qu'institution), comme le pouvoir du père de famille (quitte à accepter que ce soit le pouvoir du parent) maître chez lui, comme le refus frontal du droit à l'avortement.

Dans la course à la mutation, c'est cette droite "conservatrice à la mode d'autrefois" qui a pris l'avantage, car elle a réussi à opérer sa mutation, et à faire son deuil. Elle accepte consciemment le fait de ne plus être dominante. C'est assez frappant, quand on prête attention, dans le discours des milieux catholiques, et cela depuis plusieurs années. Ils se vivent désormais comme une minorité, porteuse d'une "contre-culture" face à la culture dominante. Ils ont donc naturellement adopté la panoplie et les armes liés à ce rôle.

Face à cela, la gauche s'est retrouvée bien ennuyée, car dans son esprit, elle est toujours une "contre-culture" et ne se vit absolument pas comme la culture dominante. Se retrouver acculée à être dans le rôle du "conservateur" face à un groupe qui se pose en minorité contestataire de l'ordre établi est profondément déstabilisant pour la gauche française. Elle est habituée à attaquer, à avancer vers ce qu'elle pense être "le progrès", mais ne sait pas "défendre". Elle n'a pas les outils et n'y est surtout pas prête intellectuellement, alors même que leurs adversaires ont, de leur côté, opéré la mutation. On le voit bien avec le mouvement contre le mariage pour tous. Le pouvoir socialiste est profondément déstabilisé de se retrouver face à des mouvements sociaux, parce que normalement, c'est eux les manifestants qui font plier un gouvernement, pas l'inverse.

Ce mouvement a dévoilé l'impasse politique et intellectuelle de la gauche, qui n'a finalement jamais réussi à élaborer un programme de gouvernement et à assumer d'être majoritaire. Elle a par exemple été incapable de reconstruire une doctrine économique après avoir passé le keynésianisme par-dessus bord, en 1983. Aujourd'hui, c'est son dernier viatique, le sociétal, qui attaqué par un côté d'où elle n'imaginait pas pouvoir être sérieusement contestée. En 2014, la gauche est en crise profonde et doit se reconstruire de fond en comble.

lundi 3 février 2014

La contre-révolution pour tous

Il n'aura pas fallu 24 heures au gouvernement pour baisser son pantalon. Après le succès d'une nouvelle manifestation de la droite réactionnaire (80 000 personnes quand même), Le gouvernement annonce le report d'une loi qui aurait déjà dû être déposée. Il renie également l'engagement pris en janvier 2013 d'inscrire la question de la procréation médicalement assistée dans ce texte sur la famille qui ne verra sans doute jamais le jour. Après une telle reculade, ce n'est même plus la peine d'espérer la moindre réforme sociétale d'ici la fin du quinquennat...

Le gouvernement prend acte du fait que la droite réac (que je ne confonds pas avec l'extrême-droite, même si les passerelles existent) pèse réellement quelque chose en France. On peut ne pas être d'accord avec leurs positions (c'est mon cas) et reconnaitre néanmoins qu'ils sont une force politique avec laquelle il faut compter. Que le mouvement soit, un an après les grandes manifestations contre le mariage pour tous, encore capable de mobiliser 80 000 personnes sur un épouvantail aussi peu crédible que la "théorie du genre", c'est un signe important. La droite réac est de retour en France, et ce n'est pas un épiphénomène, c'est un mouvement de fond, sans doute né il y a déjà quelques années, et qui risque encore de durer un peu.

Leur force n'est pas tellement leur nombre, car finalement, ils ne pèsent pas tant que cela dans les urnes, mais leur capacité à se mobiliser. Ce mouvement est socialement très typé et mobilise peu en dehors de la bourgeoisie conservatrice. Pour un gouvernement de gauche, cela peut paraitre insignifiant, car ce sont à une très forte majorité, des gens qui n'ont jamais voté à gauche et ne sont pas prêt de le faire. Ce qui est ennuyeux pour la gauche est qu'ils sont très mobilisés, et que François Hollande a quasiment tout fait pour dégouter une partie de ses supporters et les faire rester à la maison aux prochaines échéances. Or une élection, ça se joue sur la capacité à mobiliser ses électeurs.

Ce qui est aussi ennuyeux pour la gauche, c'est que ce mouvement est en train de se doter d'une armature intellectuelle. Certes, c'est très réactionnaire (au sens premier du terme) mais on aurait tort de ne voir qu'un gloubi-boulga intellectuel derrière les élucubrations de certains sur le "djendeur". Ce mouvement est une contestation violente de l'effacement de la différence de genres dans la culture occidentale. C'est la protestation anthropologique en faveur du maintien d'une construction sociale basée sur la différence entre masculin et féminin, impliquant des rôles différenciés, et donc une place différente pour l'homme et la femme.

Finalement, le refus du mariage des personnes du même sexe n'est pas forcement que de l'homophobie, mais peut aussi être vue comme l'évènement qui a permis de cristalliser le refus, jusque là diffus et mal structuré intellectuellement, de l'effacement de la différence entre les genres. On est encore au stade de l'éruption contre une évolution, mais on passera sans doute prochainement à un début de structuration intellectuelle, présentant une véritable alternative anthropologique. Il aura des intellectuels pour "penser" une nouvelle répartition des rôles, une organisation de la société qui ne sera plus celle qu'elle était dans les années 60, tout en restant basée sur la différence entre les genres.

De profondément réactionnaire, ce mouvement peut se transformer en force de proposition d'une alternative à l'idéologie dominante depuis les années 70, et dont la prise de pouvoir symbolique se fait en mai 68. Ce n'est pas fait et il reste du chemin, mais le succès de l'enracinement du mouvement est un signe que cela devient possible...