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dimanche 12 juillet 2015

Uberiser la politique

La rénovation de la vie politique est un sujet qui attire, et je ne peux que louer les initiatives permettant un meilleur fonctionnement de la démocratie. Malheureusement, beaucoup sont viciées à la base par une méconnaissance du fonctionnement du pouvoir. Pour y avoir baigné depuis des années, je sais comment ça fonctionne et je m'attendris parfois devant les propositions "bisounours" qui croient que les poncifs sur la démocratie, la primauté de l'intérêt général et autres balivernes existent réellement. C'est bien de rester idéaliste, c'est noble, mais on se fait juste défoncer en deux secondes quand on descend dans l'arène...

Il n'empêche, je pense sincèrement que des progrès sont possibles, notamment à partir des outils numériques et de la transformation des usages et pratiques que permettent ces outils. Les marges sont même très importantes. J'essaye d'y réfléchir ici, et je guette les initiatives.

Je viens d'en repérer une qui me semble prometteuse, democratech.co. Ce projet souhaite faire émerger, par le biais des réseaux sociaux et de la "multitude" un candidat à la présidentielle qui ne soit pas issu d'un parti politique. Il y a une bonne dose de "pensée bisounours" dans la présentation. Le refrain bien connu du "les partis ne nous représentent pas" accompagné d'un rejet de la politique "politicienne" verse dans le lieu commun de ceux qui ne connaissent pas assez comment fonctionne ce milieu. Le profil "chef d'entreprise" du fondateur me renforce dans mon a-priori, car le monde politique fonctionne sur une rationnalité très différente de l'entreprise. Ce qui m'a le plus attendri, c'est cette prétention à faire émerger un candidat à la présidentielle, tout en restant neutre idéologiquement. Si on lance un candidat à la présidentielle, c'est pour porter un projet cohérent et identifiable. Un candidat qui débarque avec juste "je suis tout beau, tout nouveau et je viens de la multitude" n'ira pas loin, faute de bagages.

Ou alors, ce projet est mené par des gens qui savent parfaitement ce qu'ils font, et entendent se servir de l'outil et de l'initiative pour avancer masquer et imposer, en douce, un programme qui n'a rien d'idéologiquement neutre. Je n'ai aucun élément me permettant de dire si democratech entre dans cette catégorie, mais je sais que le risque existe. Le précédent "nous citoyens" de Denis Payre, qui part en lambeaux, comme son homologue de gauche, Nouvelle Donne, est là pour montrer qu'il faut toujours regarder ce qu'il y a derrière un projet qui se présente comme "apolitique" tout en présentant des candidats aux élections. Il y a là une dissonance cognitive qui m'interpelle et déclenche des signaux d'alarme.

Toutefois, ce projet a attiré mon attention, car dans les soutiens affichés, figure Nicolas Colin. Co-auteur d'un livre, "l'âge de la multitude" et du concept éponyme, il développe depuis quelques temps une pensée affutée sur la transformation numérique de la société. Vu le parcours, ENA, inspection des finances, c'est loin d'être un bisounours ignorant des réalités des lieux de pouvoirs. Le voir figurer dans la liste des "fondateurs" m'a donc intrigué. S'il s'est embarqué dans la galère, c'est qu'il doit avoir une idée derrière la tête...

J'attends donc de voir ce que cela va donner. Je ne sais pas si le candidat qui sera présenté sera élu, mais je pressent, au regard de la nullité des partis politiques dans l'utilisation et la compréhension du numérique, qu'il peut y avoir un coup à jouer pour des "barbares". Comme Uber a fait exploser en vol le modèle économique des taxis, peut-être allons nous vivre une expérience similaire avec la politique, où il existe de fortes similitudes avec le marché des taxis : une offre de qualité médiocre, qui tient grâce à un monopole rendant la clientèle captive...

Si le but est de mettre le bazar et d'uberiser la politique, c'est la présidentielle qu'il faut viser et c'est maintenant qu'il faut partir. Si le but du projet est bien celui-là, et pas une ènième tentative "bisounours", je veux bien en être...

lundi 29 juin 2015

La disparition de Charles Pasqua

Je ne peux pas dissimuler un certain pincement au cœur à la nouvelle de la disparition de Charles Pasqua. Je suis parfaitement lucide sur les travers de l'homme, ses liens avec des milieux douteux et les commissions occultes, son coté "barbouze" et ses casseroles dans les Hauts-de-Seine. Mais je lui reconnais une véritable stature, qui manque cruellement à la classe politique actuelle. Au moins, Pasqua, il avait des couilles.

Son parcours est tout, sauf celui d'un apparatchik. Résistant, puis directeur commercial chez Ricard, il a commencé à la dure dans la politique, en se lançant dans les Hauts-de-Seine à une époque où Levallois-Perret avait un député-maire communiste. Celà lui a valu de mordre la poussière aux législatives de 1973 et aux cantonales en 1976. Ses mandats, il est allé les chercher avec les dents. Si les Hauts-de-Seine ont largement basculé à droite, c'est en partie grâce à lui. Certes, avec des méthodes pas toujours très orthodoxes, mais face à des communistes tendance Marchais, il fallait bien une bête politique.

En fait, c'est ça qui me touche chez Pasqua, son coté "animal politique" qui manque tant aujourd'hui, où nous n'avons que plus que des élus élevés en bocal, biberonnés à la politique dès leur plus jeune âge et qui n'ont rien connu de la vie. Ils ne sont pas forcément plus honnêtes et éthiques que Pasqua, tout en étant plus ternes et moins efficaces. Un élu, ça doit savoir trancher, renverser la table s'il le faut (façon Tsipras...) et pour ça, il faut du tempérament. Pasqua en avait...

Je sais bien qu'on va me balancer son action comme ministre de l'Intérieur et les violences qu'il y a pu y avoir lorsqu'il était en poste. Personnellement, je ne trouve pas son bilan si mauvais que ça, quand je regarde Cazeneuve. Au moins, Pasqua ne se serait pas laissé embobiner par les services de renseignements, qui ont fait de Cazeneuve leur porte-serviette avec la loi sur le Renseignement. Confronté lui aussi à une vague d'attentats, sans une série de lois d'exception anti-terroristes, Pasqua n'a pas démérité, alors qu'aujourd'hui, je trouve que ça flotte beaucoup trop au gouvernement, incapable de comprendre et de penser ce qui nous arrive.

Et puis surtout, au moins, avec Pasqua, on se marrait bien. C'était un personnage, comme on n'en fait plus aujourd'hui. C'est peut-être pour ça que la vie politique est aussi morne. Il n'y a plus personne que l'on puisse soit aduler, soit détester. Ils sont tous passe-murailles. Or, le rôle de la politique est aussi de faire vibrer et donc d'avoir un effet d'entrainement. Comment voulez-vous rêver avec Hollande le tout mou et Valls le carriériste ? A droite, ce n'est guère mieux, entre Juppé le lieutenant vieillissant, Fillon le hobereau de province, et Sarkozy, le cow-boy sur le retour. La France est bloquée, et c'est en grande partie la faute de son élite, qui manque dramatiquement de courage.

La mort de Charles Pasqua, c'est le départ d'une classe politique qui avait ses défauts, mais qui en échange, avait aussi des qualités. Aujourd'hui, on a des élus qui ont toujours les défauts, sans forcément avoir les qualités...

dimanche 21 juin 2015

L'impasse Nouvelle Donne

La gauche française n'en finit pas de sombrer. Les exemples ne manquent pas, à commencer par le PS, dont le naufrage sera long, même s'il y met beaucoup de bonne volonté. Le sujet du jour, c'est Nouvelle Donne, un parti lancé tout feu toute flamme, qui allait changer la politique et renverser la table à gauche. On allait voir ce qu'on allait voir. Résultat, après une période de stagnation, le mouvement éclate, avec le départ d'un certain nombre de leaders. Pas bien compliqué de lire, dans le manifeste des partants, que le grand chef, Pierre Larouturrou se comporte en apparatchik qui verrouille et place ses amis, pour diriger en autocrate. Un classique !

Je dois dire que tout cela me fait bien rire, tant cette fin était prévisible. La rencontre de bisounours avec un vieux briscard des appareils politiques ne pouvait que déboucher sur des désillusions (Je te l'avais bien dit, Isabelle...). Que va-t-il rester de Nouvelle Donne ? Rien, tout juste quelques lignes dans les livres d'histoire politique de la gauche. Il n'en sera sorti aucune réorganisation à gauche, aucune idée nouvelle, et encore moins de pratiques innovantes. Au contraire, ça sent la tambouille à l'ancienne, mal cuisinée par un leader sans charisme.

Pourtant, il y a des choses à faire. Encore faut-il partir sur de bonnes bases, en collant à la société et à ses attentes. Choisir de créer un nouveau parti, avec le même fonctionnement (en pire) que les partis traditionnels, c'est aller dans une impasse. Certes, il faudra toujours des élus, donc des organisations pour les sélectionner, les former et accessoirement, les faire élire. Mais l'important n'est pas là. Laissons donc deux grands partis, un à droite, l'autre à gauche, assurer le travail de recrutement. Être un élu, c'est un métier, qui demande des qualités particulières et une formation. Faisons en sorte que ces futurs élus envisagent d'être des animateurs du débat et des décideurs qui assument des choix quand c'est nécessaire de trancher. Si les partis politiques arrivent à produire ces élus, ils auront rempli leur rôle.

Ce qui compte, c'est la manière dont ces élus interagissent avec la société, la façon dont ils travaillent avec les citoyens, en vue de l'intérêt général. C'est là que beaucoup de choses restent à inventer, même si ça avance car avec le numérique, les outils existent.

L'erreur de base consiste à croire qu'il faut être élu pour faire de la politique, et que les partis sont le passage obligé. Cela ne correspond plus du tout aux attentes des citoyens, ce qui explique le dépérissement des partis. Il est possible de s'investir en étant un simple citoyen, sans chercher à entrer dans les querelles, parfois nauséabondes, qui sont le quotidiens des chapelles partisanes. Les élus sont en général intéressés par les retours du terrain, à condition qu'ils soient intelligents et construits. Je prends l'exemple des plateformes telles que "Parlement et citoyens", qui met en relation des parlementaires désireux de se lancer dans une proposition de loi, et des citoyens, intéressés à la co-construire. Certes, c'est encore balbutiant, mais les élus qui se sont lancés n'ont que rarement été déçus, voire en redemandent.

La généralisation du dispositif, avec d'un coté des élus qui acceptent de jouer le jeu, et de l'autre, des citoyens prêts à s'investir, pourrait donner des résultats impressionnants. L'Etat Plateforme, cher à Henri Verdier et Nicolas Colin, ce n'est pas réservé à l'administration. Les parlementaires peuvent aussi s'en servir. Je rêve qu'une mission d'évaluation de l'Assemblée nationale ou du Sénat fasse appel au crowdsourcing pour traiter des données, recueille par internet les contributions de fonctionnaires de base, ceux qui sont au guichet et assistent impuissants aux désastres initiés par les "sachants" d'en haut.

Le raisonnement vaut aussi pour l'élaboration d'idées. Cela fait belle lurette que toute activité idéologique un peu sérieuse a déserté les partis politiques. Les leaders, à la veille des élections, vont picorer un peu partout des idées ou des mesures clés-en-mains, pour être dans l'air du temps et faire illusion le temps d'une campagne. Là encore, le numérique offre les outils pour une ou des communautés qui veulent réfléchir, penser la société de demain, tout en étant pas pollués par les questions d'élections. Si des propositions en écho avec leur époque émergent, les élus sauront très vite les trouver et s'en emparer.

L'activité politique de demain, elle est là, dans l'action concrète, la co-construction des politiques publiques, bien plus que dans la masturbation intellectuelle et les délires idéologiques où sombrent bien des partis politiques. Plus on va vers la gauche, plus c'est marqué... Le drame de Nouvelle Donne est là : des personnes de bonne volonté ont été attirés sur une mauvaise route, celle du militantisme dans un groupuscule où on se chamaille pour des investitures à des élections où on fera 3% (au mieux).

samedi 23 mai 2015

Le collaboratif, nouvelle utopie politique ?

La question du "collaboratif" me semble devenir de plus en plus emblématique des attentes de la génération qui monte, celle des 25-40 ans. Même si comme beaucoup d'adjectifs comme "durable" ou "intelligent", le mot est mis à toutes les sauces par les communicants, il y a quelque chose derrière qui résonne. En tout cas chez moi...

Par collaboratif, j'entend tout ce qui touche à la coopération, à la collaboration entre personnes qui s'organisent sur un mode horizontal, pour travailler ensemble à un projet. Il y a, dans le mouvement collaboratif, un aspect "makers" qui me plaît, et change grandement des élucubrations oiseuses de bien des mouvements politiques qui passent leur temps à appeler de leurs voeux une insurrection... qui ne viendra pas ! Au moins, dans le mouvement collaboratif, il se passe des choses concrètes, avec des réalisations telles que Wikipédia ou open street map où il est possible de s'investir, sans avoir à subir un préchi-précha idéologique.

C'est un mouvement qui se structure. C'est très récent, quelques années seulement, et les principaux leaders sont juste en train d'émerger, sans avoir véritablement de visibilité médiatique. Je suis allé récemment au OuiShare festival, organisé par le collectif Ouishare, que je ne connaissais que de nom. J'y ai récupéré un petit livre, intitulé "société collaborative" dont je ne peux que recommander la lecture. Synthétique, ce petit ouvrage résume bien l'esprit de ce mouvement.

Les auteurs commencent par affirmer que ce livre n'est pas un manifeste de spéculations théoriques, mais l'exposition de réalisations concrètes, en cherchant à expliciter les principes fondateurs. C'est déjà un bon point pour moi, qui déteste les élucubrations de gauchistes qui vous refont le monde, et dont il ne sort strictement rien de concret. Pour autant, le livre est très "idéologique" dans le sens où il prend des positions doctrinales. Celles-ci ne sont pas très surprenantes. Elles critiquent le "libéralisme", à savoir l'idée que l'homo economicus est l'alpha et l'oméga, que l'homme est un loup pour l'homme et que le salut réside dans des structures de pouvoir pyramidale.

Déjà, à ce stade, j'en prend et j'en laisse. Je suis un libéral, profondément. Mais je fais la part des choses dans ce qui est mis sous ce mot. Je le suis politiquement, économiquement un peu moins. Mais un peu quand même. En fait, ce qui m'empêche de me dire de gauche (et c'est rédhibitoire) c'est mon aversion au marxisme et à ses dérivés collectivistes dont il n'est rien sorti de bon. Même si ce mouvement collaboratif fleure bon la gauche, il évite de tomber dans le travers manichéiste que je reproche à l'extrême gauche, qui désigne les bons et les méchants et cherche à opposer, voire appelle à la violence. Chez moi, une telle position, c'est éliminatoire. Or, dans le mouvement collaboratif, on trouve au contraire des appels à la coopération et à la bienveillance comme principe fondateur.

Je retrouve dans cet opuscule (qui se lit en deux heures) des thèmes qui me sont chers, comme la déconnexion des élites, l'assèchement sociétal provoqué par le "tout économique", qui tue le besoin de sens, et l'idée d'une vraie démocratie, entendue comme autre chose que l'oligarchie élective que nous connaissons actuellement en France. Au final, les points positifs l'emportent, à mes yeux, sur les points négatifs. Voilà un secteur où je signerais volontiers. En fait, j'ai déjà signé... par ma participation à nombre de projets collaboratifs, au premiers rangs desquels figure Wikipédia.

Le premier intérêt de ce mouvement collaboratif est qu'il couvre tous les champs, à la fois la consommation, la culture, l'économie, la politique. C'est en fait une nouvelle manière de penser la répartition du pouvoir et de l'investissement. Je crois profondément que c'est un levier formidable, car il existe un gisement de gains de productivité qui reste encore inaccessible dans le cadre de l'organisation économique actuelle, celui de "l'investissement". Combien de gens, dans le cadre de leur activité professionnelle, font le minimum, car ils ne voient pas de raisons de s'investir davantage. Alors qu'ils le pourraient. Certes, les gourous de la comm' et du management tentent de vendre des "solutions" aux patrons, pour que leurs salariés "s'engagent", c'est à dire donnent un peu plus que ce à quoi ils sont contractuellement obligés. Mais ça ne marche pas, car au final, les salariés ne sont pas idiots, les entreprises, c'est fait pour gagner de l'argent, pas pour "rendre le monde meilleur".

A partir du moment où on sait que le travail que l'on va fournir ne sera pas capté par un patron qui va se le mettre dans la poche, mais sera réellement "utile socialement", les perspectives ouvertes sont énormes. L'exemple parfait, c'est Wikipédia. Qui aurait cru que ce projet aurait un tel succès. La première victoire, c'est qu'une communauté ait réussi à se construire et à durer. Elle a plein de défauts, mais elle existe et fait le job, à savoir produire une encyclopédie aussi fiable (voire plutôt davantage) que ce qui existait jusqu'ici. Le plus important n'est pas là, mais dans ce qu'elle apporte à tous ceux qui s'en servent, en tirent quelque chose, et qui n'aurait pas pu produire ce qu'ils font sans l'existence de cette encyclopédie gratuite et fiable. C'est pour ça que je parle "d'externalité positive géante" car pour moi, wikipédia ou open street map peuvent faire franchir des paliers dans les gains de productivité d'autres secteurs. Pour ce qu'elles sont et apportent, mais aussi pour l'effet d'entrainement qu'elles peuvent susciter.

Notre société de la fin du XXe siècle a souffert d'un problème de "raison de vivre". Un bilan d'entreprise n'a jamais fait rêver, alors que le sentiment d'être socialement utile peut faire soulever des montagnes. Les valeurs portées par ce mouvement collaboratif peuvent être un véritable "revivifiant social", l'élément qui peut chasser la sinistrose de la société française, encroutée dans ses immobilismes et son absence de perspective mobilisatrice.

J'ai abandonné depuis longtemps l'idée que nos "élites" actuelles, politiques en tête, puisse être les acteurs du changement. Ils suivront, mais ne seront pas moteurs. Il faut que quelque chose de concret vienne de la base. L'essor du mouvement collaboratif peut être ce moteur de la transformation sociale. Ce n'est pas sûr, ce n'est pas gagné, mais ça vaut le coup d'être tenté.

mardi 5 mai 2015

Le meurtre raté du père

L'affrontement final a eu lieu au Front National. Marine Le Pen a finit par être obligée de mettre à la porte son père, après une nouvelle série de dérapages et de provocations. Cela a déclenché la très prévisible fureur du père. Depuis que Jean-Marie a passé la main à Marine, on attendait ce moment. La tension était beaucoup trop forte pour que ça tienne longtemps. Que Jean-Marie Le Pen accepte de passer réellement la main est surprenant. Ce genre d'animal politique ne part vraiment que les pieds devant. Si, en raison de leur âge, ils sont contraints de prendre du recul, ils rappellent constamment que, tant qu'ils sont vivants, il faudra compter avec eux. C'est ce que Jean-Marie s'est constamment employé à faire, jusqu'à ce qu'il force un peu trop la dose, et oblige son parti à trancher. Cet épisode dramatique est crucial pour l'avenir du Front national.

Pour Marine Le Pen, c'est l'occasion de rompre définitivement avec les aspects "fachos" du FN à l'ancienne mode, pour achever sa "dédiabolisation". Même s'il reste encore beaucoup de gens très douteux dans les rangs du FN, ils perdent leur figure de proue et certains peuvent espérer que, progressivement, les nazillons et autres pétainistes quittent le FN. En apparence, elle y gagne. Pour moi, c'est beaucoup moins clair, car il y a beaucoup d'inconnues et d'incertitudes à lever rapidement si elle veut être en état de peser lors de la présidentielle de 2017.

Première hypothèque, Jean-Marie Le Pen lui-même. Tant qu'il n'est pas entre quatre planches, le vieux conserve toute sa capacité de nuisance. Même si, officiellement, il n'est plus membre du FN et ne parle donc pas en son nom, il sera toujours présent dans les médias et ses dérapages éclabousseront le FN. Maintenant qu'il est dehors, Jean-Marie peut se lâcher encore plus, considérant qu'il n'a plus personne à ménager. S'il est encore vivant et lucide en 2017, il peut sérieusement perturber la campagne de sa fille.

Deuxième hypothèque, le départ des fachos est loin d'être acté. Il va falloir faire voter les militants pour exclure définitivement Jean-Marie. Un moment sans doute difficile, car il bénéficie encore de soutiens. Il faudra du temps panser les plaies si jamais le psychodrame entraine des déchirures dans le parti. Et ce n'est que la première étape, car il faudra nettoyer le FN de son aile droite, comme Gollnish et de quelques autres, qui ne donneront pas le bâton pour se faire battre. L'image restera encore longtemps, au point qu'il faudra sans doute, à terme, changer le nom du parti, abandonnant ainsi tout un héritage. Combien de militants vont partir ? Arrivera-t-elle à les remplacer par d'autres ? Il est possible que le FN sorte saigné quantitativement, mais aussi peut-être "qualitativement", et ait du mal à s'en remettre.

Troisième hypothèque, arriver à reconstruire un parti qui n'a plus rien à voir avec l'ancien. On le voit bien dans les expériences étrangères, en Espagne ou en Italie, la transformation d'un ancien parti néo-fasciste en parti conservateur de droite est compliqué. C'est une vraie rupture qui implique d'arriver à refonder complètement une doctrine. Or, Marine Le Pen a un défaut majeur pour mener à bien ce projet : elle est la fille de son père et porte son nom. C'est ce qui lui a permis d'arriver là où elle est, mais ce sera aussi son plafond de verre. De plus, même si elle s'est entourée d'énarques et de gens qui ont un cerveau, son staff reste encore bien faiblard. Quand on se donne la peine de lire ses programmes et déclarations de fond, on voit bien que ça ne vole pas bien haut.

Quatrième hypothèque, la manière dont Marine Le Pen va vivre la rupture. Elle assassine politiquement son père. Ce n'est pas rien. On est dans l'affectif, et contrairement à ce que l'on peut penser, Marine Le Pen fonctionne pas mal à l'affectif. Il ne faut donc pas sous estimer le risque de la voir déstabilisée, et donc, mal gérer l'opération. Rien ne serait pire pour elle que de "pardonner" à son père et de le réintégrer. Mais quand l'affectif entre dans le jeu, on peut être amené à faire n'importe quoi.

Or, pour Marine Le Pen, l'échéance de 2017 est cruciale, ce qui lui laisse bien peu de temps pour lever toutes ces hypothèques. Tout le monde l'attend au second tour de la présidentielle. Si elle n'y est pas, cela va briser la dynamique qu'elle a mis en place. Certains, à comment par sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, pourrait vouloir contester son leadership. Il faudra qu'elle attende encore 5 ans pour retenter sa chance, en arrivant à continuer à faire exister son parti pendant ce temps là. Je ne miserais plus aussi surement sur la présence de Marine Le Pen au deuxième tour...

lundi 27 avril 2015

Pantalonnade pour la présidence de France télévision

La nomination de Delphine Ernotte à la tête de France Télévision est un symptôme de la situation tout simplement lamentable de notre démocratie. Procédure batarde, absence de transparence, commentateurs à coté de la plaque, tout y est pour faire pleurer. Mais en même temps quelle superbe illustration de la déliquescence de notre pays. La France mérite pourtant mieux que cette opacité organisée par une petite élite, pour se défausser de ses responsabilités et entretenir l'immobilisme.

François Hollande est l'un des coupables de cette triste comédie. Par désir de revenir sur ce qu'à fait Sarkozy, il a voulu rendre au CSA le pouvoir de nommer le président de France Télévision et Radio-France. Sans la moindre réflexion d'ensemble, bien évidemment. On se retrouve ainsi avec un système totalement bancal, où l'Etat finance le service public, mais où c'est le régulateur qui nomme les dirigeants, sur la base d'un plan stratégique présenté par les candidats. Puis ensuite c'est au régulateur d'évaluer le travail de celui qu'il a nommé, et de donner son avis sur la manière dont le dirigeant à réussi à trouver un accord avec l'Etat, via le contrat d'objectifs et de moyens. C'est un pataquès où celui qui paie se voit retirer deux leviers, le choix des personnes et la définition des axes stratégiques, et où celui qui nomme est aussi celui qui contrôle. Du grand n'importe quoi.

On assiste ainsi au cirque de la grève de Radio France, où Fleur Pellerin se démène pour calmer le jeu, en convoquant le président de Radio-France, qu'elle ne peut pas révoquer, tout en faisant croire qu'elle a quand même la tutelle effective en jouant la décideuse. Heureusement que la grève a fini, par épuisement des grévistes, car ce n'est pas avec cette organisation bâtarde qu'on aurait pu y arriver. Au final, ça se règle en coulisses, par des pressions, des "messages subliminaux" sous forme de rapports officiels dont les "préconisations" sont en fait des ordres. C'est trop facile de faire en sorte que le gouvernement tire les ficelles en coulisses, tout en se défaussant de la responsabilité sur le régulateur, puisque c'est ce dernier qui a officiellement procédé à la nomination du dirigeant. Cela s'appelle de l'irresponsabilité, et c'est la pire faute que peut commettre un politique, car s'il est élu, c'est justement pour assumer des responsabilités.

Sur le processus de nomination, Le CSA n'a pas franchement été à la hauteur. Une liste de candidats qui n'est pas publiée, mais que tout le monde connait plus ou moins grâce aux bavardages, des auditions non publiques, et la publication, après coup, du programme stratégique de l'heureuse élue. Anxiogène pour le personnel de France-Télévision, ainsi que tous ceux qui sont impactés par ce choix. Le lapin qu'on sort du chapeau, à l'heure où on promeut la transparence et la lutte contre les conflits d'intérêts, cela ne peut que prêter le flanc à la critique. Comment savoir si tout était joué d'avance ou si, au contraire, le processus a été loyal ? C'est comme pour la science, pour qu'un résultat soit valide, il faut que le processus expérimental soit révélé et qu'un autre puisse reproduire l'expérience. Sinon, c'est le fait du prince, et tous les serments de sincérité ne valent rien.

Et c'est le cas, les articles de presse sur le processus s'en sont donné à coeur joie. Mais bien souvent, la presse en est restée aux premiers étages de l'info, colportant les rumeurs et indiscrétions sur les personnes, les clans et les alliances. Le tout en alléchant le public avec "tous les secrets de la victoire de..." ou encore "les alliances qui ont fait gagner". C'est bien, mais c'est insuffisant, car je cherche (elles doivent bien exister quelque part, mais pas dans la presse quotidienne nationale) les analyses sur la situation réelle de France télévision, qui m'apparait comme un pachyderme complètement sclérosé, dont les dirigeants ne disposent d'aucun levier et finissent systématiquement leur mandat dans l'état d'un taureau à la fin de la corrida. Je passe bien entendu sur les articles plus ou moins inspirés par le copinage, les renvois d'ascenseurs, voire par le double jeu de certains, qui sont à la fois parties prenantes de la campagne, tout en la couvrant en tant que journaliste.

Pour France-Télévision, il faudrait commencer par rétablir un équilibre normal, et confier le pouvoir à celui qui paie, à savoir l'Etat. A mes yeux, il est parfaitement légitime que ce soit le gouvernement qui fixe les axes stratégiques et désigne les personnalités qui doivent les mettre en oeuvre. Le régulateur doit rester dans son rôle, celui de l'évaluateur indépendant, qui va dire si le plan stratégique proposé par l'Etat est réaliste, qui va régulièrement auditer la manière dont il est mis en oeuvre, quitte à mettre les pieds dans le plat, en cas de dérapages, afin de rappeler le gouvernement à ses responsabilités.

La sélection d'un candidat à un tel poste ne doit se faire que sur son aptitude à diriger. Vouloir en même temps lui demander un programme, et prétendre l'avoir sélectionner sur cette base est d'une hypocrisie sans nom. C'est exactement la même chose pour les élections politiques, on sait ce que valent les promesses d'un candidat. Parfois, on ne peut même pas lui reprocher d'en abandonner certaines, quand une crise survient rend ces promesses irréalisables.

A partir du moment où chacun joue son rôle, et qu'on cherche d'abord à savoir si un futur dirigeant a les qualités pour diriger l'organisme pour lequel il postule, les choses deviennent plus simples. On ne lui demande ce qu'il va faire, mais comment il va mettre en oeuvre les directives que la tutelle a exprimé de manière claire (après un éventuel débat public). Aucun problème pour organiser un processus transparent, avec des dates limites pour candidater, des short-lists et des auditions publiques. Chacun dispose des mêmes éléments que l'autorité qui doit décider, et peut ainsi apprécier pleinement la décision prise, soit pour l'approuver, soit pour la regretter. Un tel processus rend légitime la personne nommée.

Ce n'est pas vraiment le cas de Delphine Ernotte, critiquée avant même son entrée en fonctions, et qui va trainer comme un boulet ce déficit de légitimité. Personne n'y a gagné, ni la gagnante, ni France Télévision, ni la démocratie, et ni le contribuable.CAr à n'en pas douter, la gabegie va continuer et dans 5 ans, un autre prendra la place. Ainsi va la France, et après, on s'étonne que ça aille mal...

jeudi 16 avril 2015

La baudruche de la loi renseignement

Les députés viennent d'achever l'examen du projet de loi relatif au renseignement. Le bilan est plutôt positif. Du moins au regard des craintes que l'on pouvait avoir au moment de son adoption en conseil des ministres. Entre les reculs du gouvernement, les améliorations apportées par la commission des lois et son rapporteur, Jean-Jacques Urvoas, le contenu du texte est moins pire à la sortie. Sur le plan politique, la future loi sera à ranger dans la catégorie des mal-nées, de celles qui ont été adoptées dans la douleur et les polémiques. On est loin de l'apparent consensus de départ et de la "lettre à la Poste". L'affaire est donc en bonne voie d'être neutralisée.

Après une étude attentive du contenu de la loi, je me suis aperçu qu'il n'y avait finalement pas beaucoup de points de danger. Le principal est celui des "boites noires", qui permettent aux services de renseignements de se brancher sur les équipements des opérateurs ou dans les data centers, pour espionner les données. Cet accès doit leur être interdit, car il n'y a aucun moyen de vérifier ce qu'ils font, une fois sur le réseau. Le travail a été entamé, avec une fin programmée en 2018, et un contrôle donné aux opérateurs, qui gardent un droit de regard sur ce qui se passe chez eux, et peuvent, en cas d'abus, aller sonner à la porte de la commission de contrôle. Ce n'est pas idéal, et il faudra poursuivre la démolition de cette disposition, mais il reste encore le Sénat et le conseil constitutionnel pour ça.

Le deuxième point noir était la faiblesse du contrôle. Là aussi, je suis un peu rassuré par les avancées, qui visent à faire de la CNCTR une véritable autorité de contrôle. Certes, j'aurais préféré que le juge judiciaire soit mis dans la boucle, plutôt que le juge administratif, mais globalement, l'édifice devrait permettre d'empêcher les débordements des services de renseignement. Le vrai enjeu, sur ce point, n'est pas le texte de la loi, mais les moyens humains et matériels dont disposera la commission de contrôle, ainsi que le choix des personnalités qui seront à sa tête. C'est sur eux, sur leur courage à dire non et à saisir l'opinion quand ça ne va pas, que repose une grande part de l'équilibre de ce texte.

Pour le reste, on ne fait que légaliser des choses que les services de renseignements faisaient déjà, de toute manière. Qui serait assez naïf pour croire que nos services n'utilisaient pas d'IMSI Catchers ni de balises pour les filatures ? Je ne pense pas que la nouvelle loi entrainera un changement d'échelle de leurs pratiques. Elle permettra surtout de tranquilliser les agents, et de leur permettre d'utiliser les éléments recueillis par ces moyens dans les procédures. Si la France était déjà sous surveillance massive, je ne m'en étais pas rendu compte.

Politiquement, il y a tout lieu d'être satisfait.

Malgré des délais courts et un texte imbitable très technique, la mobilisation des défenseurs des libertés publiques a été remarquable, ainsi que l'écho qu'ils ont trouvé. Pour une fois, la presse a fait son boulot de relais. Si les citoyens s'en foutaient un peu, ils ont quand même entendu parler du texte, et du fait que le gouvernement cherchait à se donner les moyens de copier la NSA des américains. Je ne suis pas sur que la popularité de Manuel Valls y gagne, bien au contraire. Les politiques, par contre, on très bien vu la mobilisation monter, avec une certaine panique. Lors des débats, Bernard Cazeneuve, pourtant impassible d'ordinaire, s'est énervé à plusieurs reprises, lâchant des propos qui lui colleront longtemps aux basques. L'élan politique initial est clairement cassé. On devrait être tranquille sur le plan sécuritaire pour un certain temps (sauf évènements exceptionnels).

J'ai également été agréablement surpris des réactions du coté de l'UMP. Mis à part Ciotti l'excité, qui rêve d'un Etat policier à la soviétique, beaucoup de députés que je n'attendais pas sur le sujet, comme Goasguen, Lellouche, Marsaud ou Devedjian, se sont élevés sur la question des libertés publiques, réclamant un contrôle par le juge judiciaire. Ils ont pourri les débats parlementaires, enlevant toute possibilité au gouvernement d'affirmer que sa loi est transpartisane. A part les radicaux, les excités de l'UMP et les légitimistes du PS, il n'y aura pas grand monde pour voter ce texte, le 5 mai prochain. Ce serait drôle que ce soit la première loi qui soit adoptée... grâce aux voix de la droite.

jeudi 2 avril 2015

Le droit d'auteur tuera la création

Je suis absolument sidéré des attaques subies par Julia Reda de la part des patrons des sociétés de gestion de droit, qui sont stupéfiants de bêtise et de conservatisme. Que l'on puisse être en désaccord avec les solutions qu'elle propose, cela peut se concevoir. Mais là, c'est la démarche même, la simple idée d'une modernisation et d'une sécurisation du droit d'auteur qui est remise en cause, de manière caricaturale. Ils montrent ainsi qu'il n'y a pas mieux que le droit d'auteur pour tuer la création.

Il faut commencer par poser quelques éléments. Le rôle des SPRD est de collecter de l'argent. Il ne faut jamais l'oublier, car ils cherchent, à longueur de temps à se faire passer pour "la création" et les "artistes". Leur but est de maximiser les profits qu'ils peuvent tirer d'un portefeuille de droits de propriété intellectuelle. Il sont dans une économie de la rente, incapables de prendre le moindre risque, et encore moins d'envisager une mutation du système qui leurs rendraient obsolètes. Aucune organisation humaine n'accepte de se suicider, les SPRD ne font pas exception.

Depuis l'arrivée du numérique, on les entend brailler à longueur de temps, critiquant toute évolution, semblant incapables de la moindre capacité d'innovation pour se mettre à l'heure du numérique.

Pourtant, le numérique change complètement la donne, tant pour le public concerné que pour les usages possibles. D'un seul coup, un accès massif et quasi gratuit à la culture devient possible. Wikipédia est sans doute la plus belle réalisation dans ce domaine. Mais il n'y a pas que l'accès à la culture. A partir de cette matière première abondante que sont les biens culturels dématérialisés, il devient possible de monter des services innovants, à forte valeur ajoutée. Même si c'est beaucoup plus développé avec la data, la dynamique reste la même partout. Il faut accepter d'ouvrir en n'ayant aucune idée de ce qui peut être fait, et accepter de perdre un peu maintenant, pour éventuellement gagner plus, dans un second temps. Cela demande une prise de risque, et surtout, une capacité à comprendre d'autres modèles économiques et une agilité pour se repositionner afin de valoriser au mieux ses actifs dans le cadre des nouveaux schémas qui se mettent en place.

Le monde des start-up, tant à la mode aujourd'hui, ce n'est que cela, des sauts dans l'inconnu, avec des usages totalement nouveaux de produits, de biens, mais aussi d'immatériel déjà existant. L'innovation, c'est souvent à haut risque, et on se plante plus souvent qu'on ne réussit. Il n'y a qu'à regarder Google, avec sa série de produits qui ont fait des flops retentissants. Mais à coté, ils ont quelques produits qui marchent extrêmement bien. Au final, la balance est plus que positive, et Google gagne beaucoup d'argent.

Pour que d'autres se lancent, et prennent des risques, il faut que cela ne coûte pas trop cher de se planter. Sinon, on ne tente rien. Appliquer de manière trop rigide la propriété intellectuelle, refuser toute innovation par pur caprice, demander des droits exorbitants, c'est le meilleur moyen de tuer toute création qui sort un peu des sentiers battus. C'est pourtant exactement ce que font les SPRD, en multipliant les obstacles et en se gavant. Combien de projets sont bloqués ou même tués dans l'oeuf à cause d'une incertitude juridique liée au droit d'auteur ? Sans doute beaucoup. Même si les poursuites sont rares, personne ne prendra le risque de se lancer avec une épée de Damoclès.

Il faut donc développer davantage les exceptions légales et clarifier le droit d'auteur pour en finir avec ce maquis totalement insécurisant pour les créateurs, qu'ils soient artistiques ou économiques. Car c'est finalement le même combat ! Il faut trouver de nouveaux équilibres pour les créateurs puissent continuer à être rémunérés pour ce qu'ils apportent, et en même temps, développer toutes les potentialités apportées par le numérique, tant pour l'économique que le culturel. C'est pour cela que je soutiens pleinement l'action de Julia Reda.

mardi 24 mars 2015

Un mandarin empêtré dans le numérique

Les grands quotidiens publient vraiment n'importe quoi sur leurs pages opinions. Je viens de tomber sur cette perle, où un mandarin, membre de l'académie de médecine, crache littéralement sur Regards citoyens et sur leur travail. Aucune argumentation, on est à la limite de l'indigence et de la scatologie, drapée d'une indignation d'oligarque qui n'a de compte à rendre à personne. C'est tout juste un mauvais billet de blog.

Cela pose une première question, de forme. Comment un truc aussi nul a pu être publié sur les échos ? Existe-t-il un travail éditorial des journalistes, qui sélectionnent les tribunes en fonction de leur contenu, de ce qu'ils apportent au débat de fond ? Alors suffit-il d'arriver avec ses titres, diplômes et carnet d'adresse pour avoir tribune ouverte ? J'ai bien peur que ce soit la deuxième solution qui ait le plus de chance d'être la bonne. On est en France...

Venons en au fond. Le type, professeur de médecine, membre de la très docte académie de médecine, pleure sur le fait qu'un collectif citoyen ait fait un travail sur les données disponibles concernant les relations financières entre les laboratoires et les médecins. Le ton et les mots employés par notre bon docteur sont absolument stupéfiants : officine, statistiques grossières, plumitifs, jeter son fiel, couardise de dénonciateur masqué. On est aux limites de l'insulte. Suit immédiatement une tentative de disqualification. Ce travail ne serait qu'un moyen d'attaquer les médecins, alors qu'ils ont "réussi" à mobiliser contre le projet de loi sur la santé. Enfin, on retrouve les très classiques critiques sur l'anonymat, et le manque de courage de celui qui n'apparait pas sous son vrai nom pour qu'on puisse lui en mettre plein la gueule.

Venant d'un membre d'une vénérable institution, on pourrait attendre un peu plus de soin dans sa tribune. Que le travail de Regards citoyens soit critiquable, c'est possible, mais dans ce cas, on apporte des arguments. C'est un peu juste de se contenter d'évoquer son cas personnel pour prétendre que les conclusions chiffrées sur les liens entre médecins et labos sont fausses. Il aurait également pu se renseigner sur Regards citoyens. Ce monsieur ayant un blog et un compte twitter, il devrait arriver à se servir de Google. Il lui suffit ensuite d'aller sur l'onglet "qui sommes nous ?", il a tous les noms, avec les photos. Il a même les comptes, qu'il se plaint de ne pas avoir trouvé... La mauvaise foi a des limites, surtout quand on prétend être crédible !

Nous avons juste un nouvel exemple, caricatural, de ce qu'est l'élite française. Un refus d'être contrôlé, et un mépris plus que souverain pour tout ce qui ne vient pas de la caste. Regards citoyens sont des "manants" qui viennent importuner un seigneur de la Cour. Que le peuple se taise et laisser donc les Grands faire leurs petites affaires entre eux. La Transparence semble être un concept totalement étranger à son mode de pensée. Il accepte éventuellement de laisser filtrer quelques informations, mais à condition d'en contrôler la teneur et la diffusion. La justification sur le ton "mais ce n'est pas bien grave", ça fait pas grand chose par médecin, et puis, on a bien droit à nos petits dédommagements, c'est juste ahurissant. Ce que Regards citoyens dénonce, c'est juste d'énormes flux financiers entre les laboratoires et les médecins, avec un problème évident de collusion, car tous les médecins ne touchent pas la même somme, loin de là. Derrière, il y a un problème de transparence dans un domaine, la Santé, où les répercussions peuvent être gravissimes. Les scandales se suivent pourtant régulièrement. Mais non, pour Guy Vallancien, on vient ennuyer quelques braves médecins pour de petits pourboires...

Il faut en finir avec ces élites. Certes, les mandarins vont continuer à couiner, voire à cogner. Ils trouveront encore un peu d'échos dans leur milieu, mais c'est bien tout. Le ton de la tribune et la pauvreté de l'argumentation montrent bien à quel point cette élite à l'ancienne est démunie face à l'émergence des données, et des possibilités de communication offertes à la société civile par internet. Tous ces gens sont incapables d'exploiter les données, d'en tirer un contre argumentaire, de venir sur le terrain de leur adversaire. Leur seule arme est de retenir les données et de chercher à faire taire ceux qui osent les exploiter. Autant de choses qui sont de moins en moins possibles.

Une telle tribune m'encourage à continuer le combat pour l'open data et la transparence. C'est une arme formidable pour faire évoluer certaines pratiques et pour obliger la société à changer, à commencer par son élite. Un proverbe dit que le poisson commence toujours à pourrir par la tête. C'est confirmé...

vendredi 20 mars 2015

Le fondement de la confiance

Le monde du numérique est à nouveau en ébullition avec le projet de loi du gouvernement sur le Renseignement. Il est vrai que Manuel Valls, qui se croit toujours ministre de l'Intérieur et de la Police même s'il est passé à Matignon, a mis la dose. Les services de renseignement se voient dotés d'un cadre juridique (c'est une très bonne chose) et d'outils parfois puissants pour écouter et repérer les dangers potentiels, notamment sur internet. Je ne nie pas qu'ils puissent en avoir besoin pour mener à bien leur mission, et je suspecte qu'ils les utilisent déjà largement de manière "a-légale" comme on le dit pudiquement...

Quand on pose des questions aux services de renseignements sur l'usage qu'ils comptent faire leurs nouveaux pouvoirs, ils ne sont pas très bavards, notamment avec la presse. C'est compréhensible, mais malheureusement, "ayez confiance" et "secret défense" ne sauraient être des réponses satisfaisantes. Nous sommes dans une société de l'information, et les postures "circulez, il n'y a rien à voir" sont de moins en moins tenables. Les militaires n'ont absolument aucune culture de la "redevabilité", l'accountability anglo-saxonne. Or, c'est une demande sociale qui monte en flèche. Il n'y a qu'à voir comment les questions de transparence et de lutte contre les conflits d'intérêts sont venues bousculer les politiques. C'est une vague de fond qui n'en est qu'à ses débuts, il serait bon que certains s'en rendent compte dans l'appareil d’État.

On peut comprendre que les opérations des services secrets demandent un minimum de secret et de discrétion, mais cela ne les exonèrent pas de tout contrôle. C'est d'ailleurs l'argument de ceux qui défendent ce texte de loi, affirmant que justement, on met en place des contrôles qui n'existaient pas, ou pas assez. C'est vrai qu'on part de très loin, avec une CNCIS totalement indigente et des services de renseignement assez largement en roue libre. Mais la mise à niveau n'est pas suffisante, loin de là même !

Que nous propose ce projet de loi ? Une autorité administrative indépendante, spécialement dédiée à la surveillance, avant, pendant et après. Même si le collège de cette autorité comportera des magistrats, le juge judiciaire, gardien naturel des libertés, est assez largement écarté. Cela rejoint une tendance actuelle, où prolifèrent les décisions administratives. Le plus récent, et polémique, est le blocage administratif des sites faisant l'apologie du terrorisme. Il vient d'être mis en oeuvre, avec déjà un premier loupé. Mais il n'y a pas que cela. Regardez donc les différentes lois votées ces dernières années. Sous prétexte de rapidité et d'efficacité, elles remplacent les sanctions pénales par des sanctions administratives, où l'administration qui contrôle, est aussi celle qui inflige des amendes, sans contrôle d'un juge judiciaire sauf si le sanctionné fait appel. Et encore, souvent, c'est le juge administratif qui prend le relais...

Le premier gros souci est là, dans cette mise à l'écart du juge judiciaire. Or, dans une démocratie, et particulièrement aujourd'hui en France, la magistrature est le seul contre-pouvoir a peu près solide, face aux politiques et l'administration. Le corps est suffisamment nombreux pour avoir en son sein toutes les ressources techniques souhaitées sur des sujets pointus. Les juges ont été également une culture politique, une éthique (même s'il y a des moutons noirs comme partout) et une solidarité qui leur permettent de faire front face aux attaques des autres pouvoirs. On a ainsi un corps de contrôle réellement indépendant, pas seulement sur le papier, mais aussi dans les faits. Il n'y a qu'eux à pouvoir faire contre-poids aux politiques et à l'administration, dont ils ne font pas partie, contrairement à leur collègues du conseil d'Etat, où la moitié de l'effectif est à des postes opérationnels dans la haute administration.

Je considère comme réellement problématique cette volonté politique d'écarter le contrôle du juge judiciaire. Une autorité administrative, même "indépendante" n'est pas en mesure d'exercer le moindre contrôle. D'abord, elle n'aura jamais les moyens matériels de tout faire. Ensuite, ses membres ne pourront guère éviter la "capture" comme cela arrive très régulièrement quand une autorité de régulation s'occupe d'un secteur étroit et homogène. L'exemple flagrant, qui concerne en plus le sujet qui nous intéresse, est celui de la délégation parlementaire au renseignement. C'est assez ahurissant d'entendre son ancien président, Jean-Jacques Urvoas, s'exprimer sur le sujet. Il est devenu le porte-voix des services de renseignement, alors qu'il est censé en assurer le contrôle politique...

Derrière cette question du contrôle, est posée celle de la confiance. Confiance dans le contrôleur, mais aussi dans le contrôlé. Or, concernant les services de renseignement, il est difficile de faire abstraction des révélations d'Edward Snowden. Même si les services français n'ont pas dérapé comme leurs collègues anglo-saxons (encore que, on ne sait sans doute pas tout) on peut se demander si c'est juste par manque de moyens matériels, ou par réelle éthique. Je n'ai absolument aucun élément pour répondre, et c'est bien là le problème. Dans le doute, j'envisage le pire...

Il y a un véritable souci dans le lien entre la Nation et ses services de renseignement, un grave problème de confiance, qui amène à des réactions épidermiques et suspicieuses dès qu'il s'agit de renforcer les pouvoirs et moyens des services secrets. Si on veut sortir de l'impasse (assortie d'un dialogue de sourds) dans laquelle nous nous enfonçons, il faut rétablir ce lien. Ce sera long, très long, car communiquer et rendre des comptes au grand public n'est pas dans l'ADN des militaires et encore moins des services de renseignement. Ils vont bien devoir s'y mettre, pourtant. De l'autre coté, il faut que le public accepte de ne pas tout savoir, voire qu'il puisse y avoir, parfois, des trucs pas très clean.

A court terme, la solution viendra d'un renforcement du contrôle du juge judiciaire, seul à même de jouer le rôle de tiers de confiance entre le public et les services de renseignement. Pour cela, il faut lui donner les moyens juridiques, et matériels, de sa mission, et accepter qu'il soit un contre-pouvoir légitime. Je pense que c'est sur ce dernier point qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire de la part de l'administration et des politiques. C'est, à mes yeux, l'un des chantiers majeurs pour renforcer notre démocratie.

vendredi 6 mars 2015

le 11 janvier, une parenthèse refermée...

Je me suis volontairement abstenu d'écrire sur les évènements des 7-11 janvier dernier, avec les attentats et la grande manifestation qui a suivi. Je ne savais vraiment pas comment "prendre" cette séquence, comment l'analyser. Je dois avouer avoir été complètement sec sur le moment, passé l'émotion qui m'a fait, comme beaucoup, descendre dans le rue le 11 janvier. Deux mois après, malheureusement, on y voit un peu plus clair. Et ce n'est pas brillant.

La parenthèse s'est refermée, le soufflé est largement retombé. Le fameux "esprit du 11 janvier", dont les politiques nous on tant parlé pendant leurs voeux, n'était rien qu'un feu de paille, qu'une intense émotion devant un drame, l'attentat de Charlie Hebdo, qui a frappé de stupeur. Il n'est rien sorti de tout cela, mis à part quelques mesures spectaculaires comme un renforcement des moyens budgétaires pour lutter contre le terrorisme et quelques coups de canifs supplémentaires aux libertés publiques. Aucune mobilisation de fond n'est venue de la population, chacun a repris le cours de ses activités et à tourné la page. Moi comme les autres...

Je partage largement le désespoir de Matthieu Magnaudeix, de Médiapart. Notre classe politique n'a globalement pas été à la hauteur (et les français non plus). Je dois reconnaitre que François Hollande a bien géré le dossier sur le moment, assurant correctement son rôle "compassionnel". Mais, je l'ai trouvé mou et manquant de lyrisme pour un moment de grande émotion nationale. Il n'a pas su trouver le ton qui aurait permis de galvaniser la Nation et de lui donner un élan. Un peu comme un sauteur à la perche, qui réussit une magnifique course d'élan, mais n'a pas les bras pour se hisser et profiter de sa course. Le reste des politiques ont suivis et n'ont pas été en mesure de sortir de l'incantation, incarné par cet "esprit du 11 janvier" dont je n'ai jamais compris ce qu'il était, et surtout, que je n'ai jamais "senti" ni ressenti.

Je suis toutefois reconnaissant à François Hollande d'avoir tué dans l'oeuf toute velléité d'un patriot act à la française, avec une nouvelle escalade législative sans que les moyens ne suivent. Je n'ose imaginer ce qu'aurait fait Nicolas Sarkozy s'il était resté président. Je préfère ne pas y penser ! Mais là encore, la réponse n'a pas été à la hauteur. Les libertés publiques en ont quand même pris un coup, avec cette hystérie de certains magistrats, condamnant à de la prison ferme pour des "je suis Coulibaly" et envoyant des gamins en garde à vue dans des commissariats. Les juges n'en sortent pas grandis. La communauté juive, directement touchée par les attentats, n'a pas perdu le nord et a réclamé pour son compte la mesure qui a si bien marché, la sortie du délit d'apologie du terrorisme du champ de la loi sur la presse de 1881. François Hollande a cédé, en annonçant lors du dîner du Crif, que le racisme, l'antisémitisme, et puis, au diable l'avarice, l'homophobie, seraient également sortis du champ de la loi de 1881. Une brèche a manifestement été ouverte dans la liberté d'expression, et il n'en sortira rien de bon, car les revendications ne vont pas manquer pour vider la loi de 1881 de toute substance.

Il ne me semble pas, par contre, qu'une analyse ait été faite des réactions à ces attentats. La manifestation parisienne, de ce que j'en ai vu, était très "blanche", trop par rapport à ce qu'est réellement la population française. Qu'il n'y ait que 60 000 manifestants à Marseille, cela devrait interpeller. Les réactions de nombreux jeunes que l'on dit pudiquement "de banlieue" ont été très claires. Ils ont refusé de s'associer au mouvement, quand ils n'ont pas applaudi aux attentats ! Il existe dans ce pays, une cassure énorme, béante, et extrêmement dangereuse pour le pays. Une partie clairement identifiée de la population n'adhère pas à ce qu'une majorité considère comme étant les "fondamentaux de la Nation".

En juillet 2013, j'avais poussé un cri d'alarme, qui m'a valu des réactions parfois virulentes. Il y a maintenant 18 mois, je voyais déjà cette fracture interne du pays, potentiellement porteuse d'une violence destructrice. Je m'alarmais également que la classe politique, et au delà, la population dans son ensemble, ne faisait pas le nécessaire pour traiter le problème. Après les attentats du 7 janvier, certains ont vu le problème et ont compris qu'un rattrapage monumental était indispensable. Il faut absolument recoudre le tissu national, en cessant d'enfermer les classes populaires urbaines dans des ghettos économiques, sociaux et culturels. On a vu ce qu'il peut en sortir... Or, passé les premiers jours, où certaines voix ont dit qu'il fallait un grand plan en faveur des banlieues et de l'intégration de ses habitants, plus rien. La chape de plomb est retombée, l'autruche a remis la tête dans le sable.

C'est sans doute la faillite politique la plus retentissante, car mettre des moyens dans les services de renseignements et les forces de police, afin de protéger les synagogues ou de surveiller les djihadistes, c'est traiter le symptôme. Mais le mal profond, celui d'une déchirure, où une partie de la population a été exclue économiquement et culturellement depuis 30 ans, et le fait payer, cela, personne ne s'en occupe et les réponses du gouvernement ne sont pas à la hauteur. Ce n'est un peu plus de saupoudrage qui va régler la situation, mais un vaste élan de l'ensemble de la population qui a manifesté le 11 janvier, pour qu'elle accepte de faire les efforts pour intégrer la frange exclue de la population.

Les Frères Kouachi et les quelques 1400 français qui font le "djihad" en Syrie, ils viennent bien de quelque part (pas au sens géographique mais culturel). Qui a cherché, parmi les élites, à comprendre, à expliquer ce phénomène, et à proposer des solutions ? Personne. Combien d'attentats et de millions de personnes dans les rues faudra-t-il pour y arriver ? En espérant que le jour où cela arrivera, il ne sera pas trop tard...

samedi 31 janvier 2015

Le secret des affaires ou comment planter un sujet

L'intelligence économique française vient de se prendre un nouveau revers, avec le retrait de la loi Macron des amendements que Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des Lois, y avait subrepticement insérés. La mobilisation des journalistes aura eu raison d'un hold-up parlementaire.

La manière dont les choses se sont passées tient un peu d'une opération de barbouze. Venant du monde de l'intelligence économique, ce n'est pas très surprenant, mais c'est aussi révélateur. Le dialogue et la concertation ne sont pas encore entrée dans ce milieu, et quand ils veulent modifier une loi, ils procèdent toujours de la même manière. Ils commencent par "capturer" un parlementaire, qui devient leur référent. Pour le député capturé, cette alliance lui ouvre un réseau intéressant dans le monde des affaires ainsi que dans celui du renseignement. Une spécialisation comme une autre, mais qui offre l'occasion de se donner des frissons en se croyant "initié". Le député est chargé d'appuyer le travail de lobbying du secteur (mené par la délégation interministérielle à l'intelligence économique), en déposant des propositions de loi et des amendements. Plusieurs "titulaires" se sont succédé, Olivier Darrason, Bernard Carayon, et maintenant Jean-Jacques Urvoas. Les deux premiers ont poursuivi leur carrière dans le secteur, après leurs défaites électorales...

Au Parlement, le "contact" est chargé de pousser des initiatives législatives. En général, ça commence bien, le lobby étant bien implanté. Les textes sont déposés, et surtout, inscrit à l'ordre du jour. Mais à chaque fois, le processus cale. En 2012, la proposition de loi de Bernard Carayon est votée par les députés, mais dort toujours, d'un sommeil sans doute éternel, dans les tiroirs du Sénat. En 2013, un avant-projet de loi est lancé, mais ne passe pas le cap de l'avis du Conseil d'Etat. En 2014, Jean-Jacques Urvoas dépose une nouvelle proposition de loi, qu'il fait avaliser par son groupe. N'arrivant pas à décrocher un créneau, il refourgue sa marchandise à son voisin, Richard Ferrand, député du Finistère, et surtout rapporteur général de la loi Macron. C'est ainsi que la proposition de loi, découpée en 7 amendements, se retrouve intégrée dans la loi, sans que personne n'émettent d'objection sérieuse. Les débats ont duré moins de 5 minutes, juste avant le repas. On peut réellement parler de "catimini".

Et là, ça commence à déraper, car plusieurs secteurs s'émeuvent. D'abord les journalistes, qui voient dans le secret des affaires un outil pour étrangler l'investigation et le journalisme économique. Les craintes sont encore plus fortes pour les lanceurs d'alertes, déjà pas très protégés en France. Enfin, le milieu de l'économie numérique s'alarme des risques sur l'innovation ouverte. Le secret des affaires, c'est encore mieux que la propriété intellectuelle pour verrouiller les marchés. On imagine sans peine les dégâts qu'un tel texte pourrait causer dans le milieu du logiciel libre, où tout repose sur des savoirs communs à la libre disposition d'une communauté. C'est finalement les journalistes qui obtiennent, sans trop de difficultés, la peau des amendements Urvoas. La loi Macron contient déjà assez de bombes comme ça, pas besoin d'en rajouter une, qui plus est sur le délicat sujet de la liberté d'expression.

Comment un milieu, qui prétend défendre "l'intelligence" peut-il se prendre les pieds dans le tapis aussi systématiquement ? C'est inquiétant pour leur crédibilité...

Le monde de l'intelligence économique est sans doute victime de lui-même. Quand on gravite dans le secteur de l'espionnage, de la concurrence internationale, on n'évolue pas dans le monde des bisounours. C'est une véritable guerre, où il y a d'énormes enjeux. On se tait, on se protège, on communique peu. Or, l'élaboration de la loi ne se fait plus, comme autrefois, dans le secret des cabinets ministériels. Le processus est de plus en plus ouvert, avec une accélération en cours grâce aux outils numériques et aux activistes qui les développent. Parmi ces "activistes", on trouve Regards Citoyens, mais aussi Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat, dont le travail est absolument remarquable (et en plus, le type est sympa). Les avis du conseil d'Etat sur les projets de loi qui sont publiés, les études d'impact plus systématiques, les travaux parlementaires retransmis en direct, l'open data des documents parlementaires. Tout cela contribue à une autre manière de faire la loi, ouverte et transparente. Pas franchement la culture du milieu de l'intelligence économique, qui n'a pas consulté, ni concerté (sauf en comité fermé) et surtout, pas communiqué.

C'est dommage, car la question de la protection de nos entreprises face à leurs concurrents internationaux est un vrai sujet qui mérite qu'on le traite. D'ailleurs, une directive européenne est en cours d'élaboration à Bruxelles. Avec cette opération barbouzarde dans la loi Macron, nos pieds nickelés de l'intelligence économique française ont salopé le sujet...

La première question qu'on se pose, c'est "pourquoi ne pas avoir attendu la directive ?". Cela ne sert à rien de légiférer en droit français si, 6 mois après, une directive est adoptée à Bruxelles. Cela laisse penser qu'il y a un truc inavouable, une entourloupe. A cette question aucune réponse du coté des acteurs français de l'intelligence économique, qui se terrent, muets. Une belle erreur, car ils ont, actuellement, une occasion de s'exprimer en étant relayés par les médias, et donc de s'expliquer. Le silence, dans ces cas là, est toujours négatif, car il laisse la porte grande ouverte aux théories du complot.

Pour l'image de marque du secret des affaires et de l'intelligence économique, cet épisode est désastreux. Autant l'enlisement de la PPL Carayon était passée totalement inaperçue, autant cette fois-ci, quelques personnes au moins ont entendu parler du secret des affaires. Malheureusement, ils en ont un image négative, sans rien connaitre au fond. Désormais, l'intelligence économique est vue comme un truc pour faire taire les journalistes et les lanceurs d'alertes, contre la transparence. C'est peut-être injuste, mais on récolte toujours ce qu'on sème et ce sont les maladresses des porteurs du projet qui sont la cause du désastre. Alors que la transposition de la directive européenne sur le secret des affaires aurait pu se faire de manière sereine, cet incident change la donne. Les journalistes, et donc le grand public, et donc les politiques vont s'y intéresser, pour y chercher la petite bête. Quand on cherche des loups, on finit toujours par en trouver.

Outre le secret des affaires lui-même, l'autre victime est le porteur du projet, Jean-Jacques Urvoas. Sa crédibilité en prend un coup, tant à l'intérieur du Parlement que vis-à-vis de l'extérieur. Finalement, tout président de la commission des lois qu'il est, il n'est pas si influent et habile. Cela promet pour la loi sur le Renseignement, annoncée dans les plus bref délais. Élaborée en partie par Jean-Jacques Urvoas, qui en sera probablement le rapporteur, elle sera regardée différemment et scrutée après cet incident sur le secret des affaires...

mercredi 31 décembre 2014

L'obsolescence du journalisme

Cette fin d'année voit la floraison d'un marronnier (il y en a tant dans les médias), celui de la rétrospective et des "prédictions" pour l'année prochaine. Je me suis un peu intéressé cette année aux articles relatifs au journalisme. L'un d'entre eux m'a interpellé, car il pose une question qui n'est jamais abordée par ses confrères : et si la crise de la presse à l'âge du numérique venait aussi de la manière de travailler des journalistes ? Et si le produit proposé n'était plus adapté à la demande ?

En effet, tous ces articles où des journalistes s'expriment sur le journalisme, parlent beaucoup de business modèles, de relation avec les lecteurs, de réseaux sociaux. La grande question est de savoir comment amener le lecteur vers ses articles, en le faisant payer au passage, si possible. Par contre, trop peu d'analyses sur ce que doit être le travail du journaliste, ce qui est à la fois étonnant, et pas si surprenant que cela. Le milieu des journalistes, comme toute "tribu" a du mal à réfléchir sur lui-même, ses pratiques et ses représentations voire ses mythes. Ils ne sont pourtant pas difficiles à détecter, il suffit d'interroger les étudiants en école de journalisme, qui veulent tous devenir Albert Londres, rêvant d'être un reporter international qui "raconte le monde" à ses lecteurs.

Il y a, dans ce milieu où on passe beaucoup de temps à regarder ce que font les confrères, la prédominance d'un format : l'article de presse, le papier éditorialisé et "anglé" qui vous raconte une histoire. On est dans le récit, avec un fil conducteur, qui doit captiver et intéresser le lecteur. Certains journalistes font cela avec talent, et la qualité de la plume est un critère de prestige dans le milieu. Ce format était parfaitement adapté à l'ère de la presse papier, où il était difficile d'informer autrement, et où il fallait trouver un juste milieu entre tous les lecteurs, puisque le plat était unique et guère différentiable au gré des demandes.

L'arrivée du numérique a bouleversé tout cet équilibre, et aurait du amener à une remise en cause qui n'a pas toujours été faite. Le journaliste n'est pas là pour raconter mais pour informer. Parfois, cela passe par un article éditorialisé, par un récit, mais c'est un format qui, a mon sens, ne doit pas être privilégié autant qu'il l'est. C'est un peu sidérant que dans l'offre de la presse française en ligne, on ne trouve quasiment que cela. Même les outils de veille, qu'on voit arriver, ne sont finalement qu'une déclinaison de cette formule, puisqu'il ne s'agit en fait que de revues de liens renvoyant vers des articles, voire des mini articles. Le journalisme politique est une véritable caricature, se résumant souvent à des récits factuels, sans analyse de fond, privilégiant la "révélation" des coulisses et des potins.

Pourtant, les demandes et les outils pour y répondre existent. Je prend un exemple que je connais un peu, celui du traitement de l'activité parlementaire française. Les journalistes sont présents dans les murs de l'Assemblée nationale, certains depuis de longues années. Mais ils y sont les mardi et mercredi, au moment des questions au gouvernement. Ils restent parfois quand un débat important a lieu, comme une déclaration de politique générale. Mais leur regard est extrêmement partiel. Sur une loi de finances, ils ne s'intéressent qu'au nombre de votants, pour savoir qui sont les "rebelles" de la majorité. Et une fois l'info obtenue, ils vont écrire leurs articles pour raconter pourquoi tel ou tel groupe s'est abstenu, sur la manière dont le gouvernement réagit. Le fond du texte, quand il est traité, l'est par les "rubricards", spécialistes du fond, mais pas de la procédure parlementaire. Les vides sont énormes...

L'élaboration d'une loi, ça commence souvent par des rapports, des questions lors d'auditions. Vient ensuite le dépôt d'un texte, son examen en commission, avec de nombreux amendements. Puis la séance et parfois un examen par le conseil constitutionnel. C'est un processus qu'il n'est pas possible d'appréhender complètement par un flash à un moment donné. L'article de presse n'est pas l'outil le plus adapté pour traiter du suivi d'un processus, sauf peut être pour donner un éclairage final, une sorte de synthèse. Mais il laisse nécessairement des choses de coté, car cela ne rentre pas "dans l'angle". Pour le suivi des amendements, surtout avant leur examen (c'est à ce moment que l'information a de la valeur) c'est davantage un système d'alerte qui est pertinent, avec les liens vers les amendements importants. Or, ce travail n'est pas fait. Il n'y a guère que sur Twitter qu'on peut trouver ces infos. Mais l'outil n'est pas optimal et même avec un storify, ça reste peu maniable.

Toujours sur l'activité parlementaire, il existe des outils formidables, construits par un groupe de geeks, Regards citoyens, qui récupère toutes les données disponibles, et les met à disposition en open data. Voilà une tâche qui aurait pu être mise en oeuvre par un site de presse. Ces bases de données sont une mine d'information, et quand elles n'existent pas (pour des raisons parfois inavouables) il est du devoir de la presse de les constituer, en allant chercher la data, comme le journaliste d'investigation va chercher l'info. Pour l'instant, ce que l'on baptise un peu pompeusement "data journalisme", c'est exploiter des bases de données déjà constituées, pour en faire de belles infographies et les exploiter pour illustrer un récit. On retombe ainsi sur le schéma de base.

Le journalisme recouvre plusieurs métiers. Celui de l'écriture et de la construction d'un récit, d'une argumentation, pour en faire un produit qui puisse être "consommable" par un lecteur. C'est aussi celui de la veille, qui a pour rôle de faire le tri dans l'abondance d'information, et d'organiser le fruit de cette veille sous une forme la plus personnalisée, en fonction des demandes du lectorat, sous tous les formats. C'est enfin être un informaticien, capable d'aller chercher des données, de les organiser et de les mettre à disposition de manière brute, pour permettre une réutilisation en toute confiance. Oui, un site de presse peut et doit faire le même boulot qu'étalab.

Le monde de la presse écrite est encore trop peu sorti de la première fonction, qui était son métier de base. Pourtant, la sortie de crise est là, dans les métiers de la veille et la gestion de bases de données, car ils peuvent générer des revenus. Le but de la presse est de rendre un service à ses lecteurs, qui ne consiste pas seulement à les divertir ou leur raconter de belles histoires pour leur faire cliquer sur de la pub. Ça eut payé, mais ça ne paye plus...

samedi 20 décembre 2014

Lionel Jospin n'avait pas sa place au Conseil constitutionnel

Lionel Jospin vient d'entrer au conseil constitutionnel. A 77 ans, il y remplace un autre homme politique blanc, décédé à 77 ans, Jacques Barrot. En matière de renouvellement, on ne peut pas faire pire. Comme s'il n'y avait pas de personne plus jeune, de femmes, de profils différents ? C'est juste profondément affligeant de la part de Claude Bartolone, et plus globalement du pouvoir en place. Dire qu'initialement, c'est Jean-Marc Ayrault qu'ils souhaitait "recaser" à cette place. J'ai envie de hurler, tellement cette décision est idiote.

Premier point, je ne m'étends pas, l'absence totale de prise en compte de la "diversité" ou de la parité dans le choix. C'est devant ces décisions qu'on se rend compte de l'inanité complète des discours sur le changement ou encore la gouvernance ouverte et la promotion des femmes, des jeunes et des "minorités" (encore que, sur ce dernier point, Jospin est protestant, même s'il passe son temps à renier cette origine qui le structure).

Deuxième sujet, qui m'intéresse tout autant, c'est la vision qui est donnée de la manière dont s'opèrent les nominations. Lionel Jospin, 77 ans, est à la retraite depuis 12 ans. On lui a bien donné un hochet, en 2012, avec une commission de réflexion qui porte son nom, et dont il ne serait rien sorti s'il n'y avait eu l'affaire Cahuzac. Pourquoi s'acharner à remettre sans cesse sur selle des battus et des retraités ? C'est quand même un problème bien français, que de voir sans cesse revenir toujours les mêmes. Une fois dans le circuit, vous y êtes pour les restant de vos jours, quelques soient vos mérites. On trouvera toujours à vous recaser, quand bien même vous ne demandez rien. Par contre, même compétent, si vous n'êtes pas du sérail, vous pouvez toujours courir...

Enfin, quelle désinvolture vis-à-vis du Conseil constitutionnel. Alors que depuis 2008, cette institution a pris une importance nouvelle, on continue à considérer, dans les milieux politiques, que c'est toujours un dépotoir à anciens hommes politiques et à très hauts fonctionnaires méritants dont on prolonge ainsi la carrière. Lionel Jospin l'a reconnu, lors de son audition devant les députés, le Conseil constitutionnel est devenu, de fait, une juridiction, une "Cour constitutionnelle". Or, personne n'en tire la conclusion qu'il faudrait peut-être y mettre des juristes, ou au moins de gens qui font ça comme un vrai métier, pas comme un moyen d'occuper sa retraite. La composition actuelle du conseil constitutionnel est dramatique sur ce plan. Il n'y a que des retraités, ou des personnes pour qui c'est le dernier poste, obtenu à quelques mois ou années de la limite d'âge, qui leur aurait amené à prendre leur retraite.

Qu'il y ait un ou deux anciens hommes politiques, cela se conçoit, car le Conseil constitutionnel est également juge électoral, pour les présidentielles, mais surtout, pour les législatives et les sénatoriales. Rien de tel qu'un ancien élu, qui a vu, voir fait lui même, les 400 coups en matière électorale, pour détecter et apprécier la sincérité des recours et la réalité des fraudes. Mais il n'en faut pas plus. Or, il y a actuellement 4 anciens élus (sur 9) sans compter VGE qui vient quand ça lui chante. C'est trop.

Le gouvernement socialiste a raté l'occasion de faire preuve de modernité et d'intelligence à l'occasion du remplacement de Jacques Barrot. Au lieu de mettre un autre ancien élu, du même âge, pourquoi ne pas avoir nommé une femme, relativement jeune, possiblement "de couleur" avec un bagage juridique un peu plus costaud ?

jeudi 4 décembre 2014

le fiasco du retour de Sarkozy

Nicolas Sarkozy est redevenu président de l'UMP. Il risque de ne pas aller beaucoup plus loin, tant ce retour a été difficile et peu convainquant. Rien de neuf dans les idées et dans le style, sinon 10 ans de plus qu'à l'époque de sa première chevauchée en direction du pouvoir, en 2004. La mayonnaise n'a pas pris, et quelque part, ça me fait plaisir. Il réussi à prendre le parti, mais le tenir pendant trois ans, ça va être une autre affaire.

Il a été mal élu. Quand on est l'ancien chef et qu'on revient, c'est pour un plébiscite à 95%. Or là, il ne fait que 64,5% des voix. Suffisant pour emporter le poste, pas assez pour donner élan et légitimité. La question des primaires est l'illustration de cet échec. Le véritable enjeu du scrutin pour la tête de l'UMP était là. Mieux élu, Sarkozy aurait tout simplement décrété que son élection valait investiture pour 2017, et qu'une primaire serait une dépense inutile. Il est finalement obligé de conserver le principe, en nommant un comité chargé d'y réfléchir. L'idée suit donc son cours, et beaucoup vont l'entretenir, rien que pour rogner les ailes de Sarkozy et lui rappeler qu'il doit les ménager, car il a un autre obstacle à franchir avant de pouvoir atteindre son vrai but, la présidentielle de 2017.

Même une fois élu, il n'arrive pas à fédérer et rassembler. Il en est réduit à prendre NKM comme vice-présidente et Laurent Wauquiez comme secrétaire général. Deux opportunistes, sans colonne vertébrale idéologique, prêt à manger à tous les rateliers. Et surtout, des gens seuls, qui n'apportent rien à Sarkozy, ni réseaux, ni influence à l'intérieur comme à l'extérieur de l'UMP. Ses adversaires, à commencer par Juppé, ont refusé les mains tendues, flinguant par exemple le "comité des ex-premiers ministres" que Sarkozy proposait d'associer à ses décisions. Les premières réunions internes ont montré que tous sont sur la défensive et attendent de voir, sans vrai ralliement spectaculaire élargissant son assise.

Les vrais gagnants du scrutin sont ailleurs. En premier, Bruno Le Maire, qui passe réellement un cap. Il prend une véritable dimension, qui en fait, pour peu qu'il sache naviguer, un candidat tout désigné pour Matignon, en 2017. Même si j'ai assez peu d'estime pour ce personnage, qui utilise toutes les vieilles recettes en prétendant faire du neuf, je dois reconnaitre qu'il a pris du galon. Les fillonistes ont également de quoi être satisfaits car l'idée des primaires subsiste, et leur champion sort de cette campagne sans trop de bosses. Mis à part l'affaire avec Jouyet, où il s'en sort miraculeusement, il ne s'est pas impliqué, et n'a pas pris de coups. C'est Juppé qui s'est chargé du sale boulot, et lui aussi s'en sort bien, retrouvant, à 69 ans, les feux de la rampe et une cote de popularité. Au regard des nouvelles normes de tolérance des français sur l'honnêteté de leurs élus, la popularité de Juppé est proprement stupéfiante pour un élu ayant été condamné à un an d'inéligibilité pour malversations...

Les jeux sont très loin d'être faits pour 2017. Entre les ennuis judiciaires de Sarkozy et l'ampleur des problèmes financiers de l'UMP, il peut se passer beaucoup de choses qui pourraient empêcher l'ex chef de l'Etat d'être candidat à la primaire. Une fois en 2016, il aura déjà deux ans de coups et attaques en tout genre (président de l'UMP, c'est exposé...) de frustrations qui se transforment en rancœurs chez ceux qu'il a déçu. Il y aura enfin une primaire, avec en face de Sarkozy des candidats d'une autre trempe que lors de cette élection à la tête de l'UMP. Tous les coups seront permis.

Je ne sais pas encore quelles seront les règles du jeu, qui sera candidat, qui pourra voter. Mais si je peux y participer, je ferai tout pour que Nicolas Sarkozy ne soit pas le candidat de la droite et du centre lors de l'élection présidentielle de 2017. Et je pense ne pas être le seul à aborder ainsi la primaire à droite...