C'est toujours un choc de voir disparaitre aussi brutalement une "figure" de la vie politique française. La mort de Philippe Seguin est pour moi un choc et une vraie tristesse.

Certes, l'homme n'était pas d'un tempérament commode, et nombre de ses collaborateurs en ont bavé. Il était cyclothymique, colérique, égocentrique. Bref, un homme politique de haut niveau normal. Mais il savait aussi être un redoutable séducteur, capable de mettre n'importe qui dans sa poche s'il le voulait.

Il a aussi été un homme politique de convictions, sachant incarner des valeurs et des idées. Et ça, c'est un espèce de plus en plus rare. C'est à mon avis le dernier à avoir été capable d'être à la fois un homme de convictions fortes et en même temps un rassembleur, capable d'être autre chose qu'un leader de chapelle. Il incarnait une droite gaulliste "sociale", c'est à dire acceptable, sur certains points, pour des gens de gauche. Séguin a du être plus proche de Chevènement que de Madelin, par exemple.

Il a été un grand président de l'Assemblée nationale. C'est à lui que l'on doit quelques révolutions internes comme la fin des délégations générales de vote, ne permettant plus qu'une délégation par député. Il faut donc que la majorité soit effectivement présente dans l'hémicycle et en commission pour l'emporter. Il a aussi été un excellent premier président de la Cour des Comptes, en donnant, grâce à son autorité personnelle, une dimension politique à ses travaux, en n'hésitant pas à taper fort quand il estimait que les bornes étaient dépassées.

Il a aussi été un perdant magnifique, que ce soit en 1999 lors de son départ de la présidence du RPR ou en 2001 après sa défaite aux municipales à Paris, sachant admettre ses défaites et en tirer les conséquences, en partant tout de suite, avec une flamboyance très gaulienne, et en passant à autre chose sans revenir sans cesse sur le passé. Seguin n'aurait jamais été un has been comme on en croise tant dans les couloirs du parlement. Il avait de la classe, de la personnalité, savait pousser de vrais coups de gueule. Un véritable animal politique, doté d'un grand sens de l'Etat avec un vision haute de la vie politique qu'il s'est appliquée à lui-même.

La disparition de Seguin, c'est à la fois un chêne qu'on abat, mais aussi la disparition d'un dinosaure. Vous vous rendez compte : un homme politique compétent, qui a des convictions, qui les défend et qui est capable de leur sacrifier sa carrière. Des comme ça, on en fait plus (et c'est vraiment très dommage).