L'Elysée sait très bien organiser sa communication via la presse nationale, friande de "confidentiels" et autres "indiscrets". Le politique fait passer ses messages, le journaliste a une exclusivité qui lui permet de se faire mousser auprès de ses collègues et concurrents, et de donner l'impression qu'il donne de la véritable information, quitte à en rajouter dans la dramatisation.

Un magnifique exemple ici, avec une "liste noire" des députés UMP qui ne seraient pas réinvestis. C'est le genre d'info que l'on obtient par une fuite, ça ne s'invente pas. Le contenu informationnel est assez pauvre, mais son potentiel est important. Il existe une liste noire de têtes à couper ! Sarkozy le dictateur a encore frappé.

Qu'un président prépare sa réélection est chose normale, surtout quand il en est au premier mandat. En France, être élu président, c'est bien, avoir derrière une majorité parlementaire, c'est encore mieux. Il faut donc s'intéresser aux législatives et si on veut que cela se passe bien, il faut écarter certains (dont une bonne partie s'écartera spontanément) et préparer la relève. Parce que voyez vous, rien de pire pour un parti que la cacophonie, avec des sortants has been qui ne veulent pas partir (et qui se feront battre...) des dauphins potentiels en surnombre, avec des primaires qui ont souvent pour résultat de faire gagner le camp d'en face. D'où la nécessité de s'intéresser au sujet suffisamment sérieusement et en amont. Maintenant que la carte des circonscriptions est validée (préalable indispensable), on va voir qui on investit. Les spécialistes de la carte électorale font donc le tour.

On commencent par voir du coté des élus actuels. Certains sortants commencent à se faire vieux, ou alors ont fait des erreurs qui peuvent compromettre leur réélection. Avant même de savoir qui arrête, une première liste est établie : "risque de passage à gauche" si on ne prend pas les choses en mains. Soit il faut pousser vers la sortie un sortant qui n'a pas envie de décrocher. Parfois, c'est évident pour tout le monde, sauf pour l'intéressé. En général, quand on lui dit qu'il ne sera pas réinvesti qu'on va lui mettre un jeune dans les pattes et que les sondages le donnent battu, le sortant accepte de partir. Parfois, on l'achète en lui proposant une bonne place ailleurs. Par exemple le Sénat. Et ça tombe bien, il y aura des sénatoriales en 2011. Une bonne manière d'exfiltrer quelqu'un qui a encore du poids politique, mais qui aurait du mal à affronter le suffrage universel. Avec le redécoupage, il y aura quelques soucis pour des sortants qui ont vu l'équilibre politique de leur circonscription un peu modifiée.

A coté de cela, il y a les entrants. Là aussi, ça se prépare. C'est quand même plus confortable de savoir, deux ans à l'avance, que l'on sera investi sur une circonscription. On ne perd pas de temps et d'énergie à se battre contre ses petits camarades, avec toutes les séquelles que cela peut laisser. On peut aller sur le terrain et commencer à faire campagne, surtout quand la circonscription n'est pas politiquement gagnée d'avance. Pour l'élysée, c'est plus compliqué, car il faut trouver les "bons" candidats, les faire accepter sur place, dissuader des candidatures dissidentes (en sachant qu'il y en aura toujours). Repérer les sortants à dégager, c'est le plus facile.

Qu'au passage, l'un des critères pour être investi soit la proximité avec le président, c'est évident. Sarkozy ne va sans doute pas aller investir Dominique de Villepin dans une circonscription gagnée d'avance pour l'UMP. Mais à mon avis, ce n'est pas le critère primordial, et c'est là qu'est le problème dans cet article de presse. Ce qui compte, c'est la capacité d'un candidat à être élu qui compte. Vous pouvez être le sarkozyste le plus lèche-cul de France, si vous êtes incapable de vous faire élire, vous ne serez pas investi. A l'inverse, un villepiniste élu sur un terrain difficile pour la droite ne sera pas vraiment inquiété (un peu quand même, pour la forme) s'il est le seul à pouvoir l'emporter. L'idée qu'une épuration se prépare est complètement idiote. Ce serait le meilleur moyen de semer la pagaille dans le groupe UMP et donc de renforcer encore le poids de Jean-François Copé.