La défaite aux régionales et les turbulences qui en ont résulté ont amené un certain nombre à croire qu'une fenêtre de tir s'ouvrait pour leurs ambitions. Les centristes ont été les premiers à réagir, mais ils ne sont pas les seuls. Voici qu'Alain Juppé se lance à son tour, se posant en recours au cas où Nicolas Sarkozy ne serait pas candidat en 2012.

Ses chances d'être candidat à la présidentielle sont nulles. Il ne sera même pas candidat à la candidature, car je vois mal Sarkozy renoncer à se présenter en 2012 (sauf accident d'avion). Et si jamais une telle possibilité existe, Juppé a suffisamment de casseroles politiques pour ne pas aller bien loin dans une course présidentielle : ses condamnations, son âge (il aura 67 ans en 2012) son action passée et son bilan de Premier Ministre. Je ne pense d'ailleurs pas qu'il y croit lui-même. Simplement, en France, si on veut exister un tant soi peu, et être audible dans les médias, il faut agiter sa candidature possible à l'Elysée.

Il n'empêche que cela me fait un peu pitié de la part d'un homme aussi intelligent qu'Alain Juppé, et surtout, cela me désole sur l'état d'esprit de nos politiques. A l'âge de 65 ans, après 30 ans dans les circuits du pouvoir, une très grosse baffe en 1997, une condamnation avec perte de mandat et une défaite aux législatives en 2007, il souhaite encore se relancer. Dans n'importe quel autre pays, une seule de ces baffes aurait suffi à l'écarter définitivement de la vie politique nationale. En France non, même après les plus lourdes défaites, même des condamnations, on peut espérer revenir. Mais j'ai quand même une lueur d'espoir, car les temps changent, et ces tentatives de retour sont loin d'être des réussites. Si Balkany a réussi à retrouver son fief, il n'ira pas plus loin. Par contre, le come-back de Carignon a été une catastrophe et celui de Juppé aussi. Après 1997, à part président de l'UMP (et donc fondé de pouvoir de Chirac, ce qu'il a été toute sa carrière), il aura surtout été maire de Bordeaux. Sa dernière tentative de retrouver un poste d'envergure nationale a été mise en échec par les électeurs bordelais en 2007.

Il reste malgré tout du chemin, car les institutions françaises, et notamment le Parlement sont pleines de "has been" qui sont sur la pente descendante, et n'ont plus grand chose à apporter. Pour autant, ils s'accrochent à leurs fauteuils, occupent l'espace politique. Tout ça pour satisfaire leur ego qui refuse d'admettre ce déclin. Je n'en admire que plus les quelques rares élus, comme Seguin ou Dutreil, qui prennent acte qu'ils ont atteint leur sommet en politique et qui partent faire autre chose. Si tous faisaient ça, la vie politique française en serait transfigurée.