Il y a 70 ans, la France était en plein cauchemar. Notre armée s'écroulait devant les allemands, les français étaient sur les routes de l'exode. Un traumatisme national, dont nous ne sommes pas franchement remis. Certes, il y a eu de Gaulle, mais en 1940, c'était un trublion isolé. Pour les français, la guerre s'est terminée en 1940 par une capitalulation. 1945, c'est une victoire des américains et des anglais. La présence des français le 8 mai 1945 tient presque de l'escroquerie. Les dirigeants allemands sont d'ailleurs tous surpris...

Mis à part France Culture, rien, absolument rien sur cet épisode historique dans les médias. Si, on va nous parler du 18 juin et de l'appel, qui est le début d'une épopée, mais qui ne résume pas à elle seule la période 1940-1944. Vichy, c'était aussi la France, même si en 1944, on a voulu le nier ou l'oublier. Si l'histoire de Vichy et de cette période commence à être un peu mieux connue, c'est toujours le black-out sur le printemps 1940 et la faillite de l'armée française.

S'il y a un livre à lire, c'est celui de Marc Bloch, L'étrange défaite. Il est d'une lucidité sur la chute d'un pays sclérosé et ankylosé, qui a payé en quelques semaines l'incurie de ses élites, mais également son manque de vitalité (on a les élites qu'on se donne). D'autres ont écrit sur l'évènement, comme Robert Merle et son week-end à Zuydcoote ou Claude Simon et sa route des Flandres, mais ce sont des témoignages qui ne sont pas allés plus loin. L'absence de commémoration officielle est le signe que cet épisode n'est toujours pas digéré. Pourtant, un pays doit se souvenir de ses échecs comme de ses succès. On ne refoule pas impunément son passé. On le voit bien avec l'Occupation, la Collaboration et surtout la Shoah, enfouie de longues années dans le silence, et qui a resurgi dans le débat public au point de le polluer par l'excès de mémoire.