Lors du déjeuner au Sénat avec Alain Lambert, celui-ci évoquait une montée du populisme, notamment vis-à-vis des élus, à qui on ne passe rien. Je partage assez son analyse, et moi aussi, je constate que les élus se voient refuser presque systématiquement le bénéfice de la bonne foi, et qu'on exige d'eux des sacrifices, notamment financiers, que bien des français ne consentiraient pas personnellement. Certains élus commencent même à réagir, quitte à s'exposer (un peu dangereusement à mon avis).

En 2009, le député socialiste Jean-Jacques Urvoas avait fait adopter en commission des lois un amendement supprimant l'article L7 du code électoral. Il s'est retrouvé au centre d'une mini tempête médiatique, lancée par rue89 et Médiapart (qui se prennent parfois pour des zorros de la pureté). Alors qu'il base son argumentation sur des considérations purement juridiques, le voilà accusé de vouloir amnistier en catimini les élus pourris. Il est obligé de laisser tomber devant cet assaut de populisme, malgré ses tentatives d'explication, qui tournent vite court, car il comprend que devant un tel emballement, ce n'est même pas la peine d'expliquer. Et voilà que cette semaine, à la suite d'une QPC, le conseil constitutionnel vient de déclarer anticonstitutionnel... l'article L7 du code électoral, avec une argumentation en tout point identique à celle de Jean-Jacques Urvoas. Là par contre, pas le moindre entrefilet, pas la moindre remarque sur cette "amnistie" des élus pourris par le conseil constitutionnel.

Deuxième exemple, le cas de Florence Woerth. Cette femme, au CV impressionnant (HEC, analyste financière, gestionnaire de fortune chez Rothschild...) est sans cesse ramenée au statut de "femme de son ministre de mari". Tout ce qu'elle peut obtenir est empreint de suspicion. C'est parce que son mari est ministre... Je doute que l'on confie la gestion d'une très grande fortune comme celle de Madame Bettancourt à n'importe qui ! Même chose, le groupe Hermès ne prend pas n'importe qui dans son conseil de surveillance. Certes, la position de son mari peut l'aider. Elle est invité dans les bons endroits, peut ainsi se constituer un carnet d'adresse, mais s'il n'y a que cela, elle n'irait pas bien loin, d'autant plus que la carrière au sommet de son mari n'a vraiment commencé qu'en 2002. Pour éviter toute suspicion, le conjoint d'un ministre ou d'un élu doit renoncer à sa carrière, à exercer tout poste de responsabilité...

Il y a pourtant des fois où les élus ont tort, où il y a de réels conflits d'intérêts. Ceux là, il faut les dénoncer et les sanctionner. C'est le travail des journalistes de faire la part des choses, ce qu'ils ne font pas assez à mon sens, se comportant davantage en procureurs qu'en juge d'instruction travaillant à charge et à décharge. Et pourtant, leur rôle est crucial, car la pression, déjà structurellement forte en France, monte de plus en plus avec la crise. Comme en période de vache maigre, il faut des boucs-émissaires, des victimes expiatoires. Les élus sont en première ligne et peuvent en concevoir une certaine amertume, surtout pour ceux qui sont parfaitement honnêtes. Certains peuvent se détourner des fonctions politiques, estimant que ça ne paie pas assez et qu'en plus, on s'en prend plein la gueule alors qu'on ne le mérite pas. La classe politique peut également se braquer et se fermer, rejetant en bloc les accusations, dans le reflet exact des démagogues et populistes de tout poil qui mettent tous les politiques dans le même sac.

Une telle évolution n'est pas bonne pour notre démocratie. Chacun doit faire les efforts nécessaires : aux politiques de faire le ménage chez eux, aux citoyens de faire l'effort de comprendre, aux médias, qui sont entre les deux, de donner à chaque partie les informations pertinentes.

Il y a du boulot...