Je ne pensais pas que l'on puisse faire plus trash, et bien si, Eric Ciotti, jamais en retard d'une surenchère, arrive encore à m'étonner sur les questions sécuritaires. Sa dernière invention, alors que l'encre de sa proposition de loi sur la suspension des allocations familiales est à peine sèche, c'est de faire encourir des peines de prison aux parents de mineurs délinquants.

En droit pur, cela revient à étendre la responsabilité civile qui pèse sur les parents au champ pénal, ce qui pose une question théorique intéressante. Je doute fort que ce débat académique soit à la portée des caniches qui ont rédigé ce texte, et qui pensent raccrocher leur texte à l'article 227-17 du code pénal, qui traite des abandons et des défauts de soins aux enfants. La philosophie de cet article est assez différente, puisqu'il s'agit de punir les manquements aux obligations de soins qui découlent de la loi. L'obligation de prévenir les actes de délinquance et d'assurer le suivi des condamnations, qui plus est avec une obligation de résultat, ne figure pas dans la loi. En fait, on crée là une nouvelle catégorie, très contestable, d'obligation parentale en matière d'éducation des enfants.

Plus prosaïquement, cette proposition de loi, qui n'est qu'une reprise de délires anciens de l'UMP, revient à charger les parents d'une tâche pour laquelle ils ne sont pas les mieux armés, et qui relève surtout de l'administration. Un moyen comme un autre de gérer les problèmes posés par le sous-effectif chronique de la protection judiciaire de la jeunesse. Le choix politique est cohérent, à défaut d'être efficace. Mais de toute manière, dans ce domaine de la sécurité et plus particulièrement du suivi des jeunes délinquants, cela fait bien longtemps que le pouvoir en place a renoncé à être efficace. Il est complètement illusoire de croire que les parents de jeunes délinquants aient un quelconque contrôle sur leurs enfants. S'ils en avaient, les enfants ne seraient sans doute pas délinquants. Les menacer de peines de prison ne sera pas plus efficace que de suspendre leurs allocations familiales.

Une fois de plus, c'est l'effet d'affichage qui compte, avec une proposition de loi qui vient en soutien d'une communication désormais rodée, à base de "bon sens" et de d'évidences biaisées. Sauf qu'au bout d'un moment, ça ne marche plus car les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ils ne peuvent pas l'être, de toute manière ! A la longue, ça devient lassant, très lassant...