La question prioritaire de constitutionnalité est une révolution juridique, sans doute l'une des réformes les plus importantes de Sarkozy. Le Conseil constitutionnel a encore accentué cette réforme par sa pratique. Alors qu'il aurait pu se contenter d'un contrôle a minima, purement juridique, le Conseil a d'emblée décidé d'un contrôle très large de la disposition qui lui est soumise, en tenant compte du texte, mais aussi de la manière dont il est appliqué ! C'est le résultat de cet examen d'ensemble qui détermine s'il faut abroger ou pas.

C'est le parti pris dans la QPC sur la garde à vue, décision qui, si elle est confirmée, fera date, au même titre que celle de 1971 intégrant le Préambule dans le bloc de constitutionnalité.

Certains parleront de coup d'Etat. C'est vrai que cette nouvelle avancée est assez osée, mais le Conseil constitutionnel ne fait qu'exploiter l'absence de véritable encadrement de son rôle et de ses pouvoirs. Au fil du temps, l'institution est devenue tout autre chose que ce pour quoi elle avait été créée. De simple organe supplétif du gouvernement, chargé de tenir le Parlement en laisse, il est devenu une véritable cour constitutionnelle. S'étant construite de bric et de broc, elle a une forme assez baroque, avec des audaces que ne pourraient pas se permettre d'autres cours constitutionnelles, mais aussi des faiblesses et de nombreux angles morts (un peu moins depuis la création de la QPC). C'est une forme hybride de contrôle en principe juridique, mais qui s'aventure souvent sur le champ de la politique.

Cela ne va pas sans poser de délicats problèmes d'équilibre. Plus ça va, moins le conseil constitutionnel peut s'appuyer sur le texte constitutionnel pour justifier sa pratique. Cela l'oblige à mesurer à chaque fois jusqu'où il peut aller trop loin, quitte à laisser passer certaines dispositions (pour y revenir après, au prix de quelques contorsions), de peur de subir des attaques violentes de la part du pouvoir politique qui contesterait sa légitimité. Les différents gouvernements ne s'en sont d'ailleurs pas privé, quand des décisions leur déplaisaient. Ce qui sauve le Conseil constitutionnel, c'est qu'il remplit un rôle essentiel, vital, de contrôle indépendant. C'est triste à dire, mais c'est aujourd'hui en France le seul véritable contre-pouvoir.