Cette rentrée sent le remaniement à plein nez. Il n'y a qu'à écouter les ministres, même quand ils parlent d'autre chose, en fait, il ne parlent que de ça. Il y a ceux qui savent qu'ils partent. On va vers une équipe "resserrée", donc forcement, il y aura des départs. Entre ceux qui veulent rester et ceux qui veulent partir, mais pas n'importe comment, ça sature la communication ministérielle.

Il y a ceux qui prennent sereinement leur départ, comme Dominique Bussereau. Il est en poste depuis 8 ans, il sait qu'à un moment donné, on cesse d'être ministre. Il prend acte et prépare le terrain, sans crise de nerfs, avec discipline. Encore le meilleur moyen pour revenir éventuellement en 2012. Savoir partir pour mieux revenir !

Il y a ceux qui veulent partir, mais en héros ou en martyr. C'est le cas d'Hervé Morin, qui rêve de se présenter en 2012. Il doit dégager du temps pour sa candidature, et surtout, prendre un peu de distance avec le gouvernement et Sarkozy, histoire d'être un minimum crédible comme alternative à droite. Etre viré pour avoir critiqué le tour de vis sécuritaire, c'est une sortie idéale, surtout quand on vise l'électorat de centre droit, qui n'a pas franchement aimé le feuilleton sécuritaire de l'été. Hervé Morin, égal à lui même (c'est à dire pathétique) n'a pas eu les couilles de démissionner. Il se contente de critiquer, sans aller au bout de la rupture.

Il y a enfin ceux qui veulent rester. C'est là que ça devient amusant, car il y a une foule de tactiques.

La tactique Bockel, faire le bon toutou, plein de bonne volonté, qui dit qu'il veut encore être utile, même s'il a montré depuis le début qu'il ne sert à rien et n'apporte rien. Dans la catégorie ministre d'ouverture, Kouchner est plus malin, avec son "vire-moi si tu l'oses". En se positionnant contre le tournant sécuritaire de l'été, où il a songé démissionner (mais c'est bien gardé de la faire) il lance un message à Sarkozy : veux-tu faire de moi un martyr et passer pour un sale dictateur qui n'accepte pas les opinions divergentes ? Risqué, mais au point où en est Kouchner, il faut tout tenter.

Deuxième groupe, les "fidèles", qui se font plus lèche-culs les uns que les autres, faisant dans la servilité et la surenchère. Estrosi remporte la palme pour la course médiatique du mois d'août, mais d'autres ne sont pas loin derrière. Ils ne sont pas moins de trois ministres à avoir pondu des amendements sur la déchéance de nationalité, et ce coup ci, c'est Hortefeux qui dépasse les autres de plusieurs longueurs. Et il n'y a pas que le sécuritaire où il est possible faire le fayot. Nadine Morano a trouvé le bon créneau en attaquant la couverture de Marianne sur Sarkozy, le voyou de la République. Ça peut fonctionner, mais à court terme, car Sarkozy n'a guère de respect pour la servilité. Il ne connaît que le rapport de force. Mieux vaut presque lui résister qu'aller dans son sens.

Troisième groupe, ceux qui savent que non seulement, ils ne partiront pas, mais qu'en plus, ils pourraient avoir de la promotion. Etrangement, ceux là, on ne les entend pas. C'est effectivement ce qu'ils ont de mieux à faire, car entre les retraites, les Roms, l'immigration et l'affaire Woerth, il n'y a guère d'espace médiatique pour des sujets de fond.