Il ne s'est même pas lancé qu'il renonce déjà ! Borloo, contre toute attente, ne sera pas candidat en 2012. Ma première réaction a été déception et colère. Décidément, les centristes n'ont pas de couilles et ne savent que renoncer à se présenter. A chaque fois, que ce soit Delors ou Borloo, c'est parce que "les conditions ne sont pas réunies pour ça marche". Mais qu'aurait du dire Chirac en 1994 ? Une candidature présidentielle, ça se joue parfois pendant la campagne, dans les semaines qui précèdent le premier tour. Déception aussi, car j'aurais sans doute voté pour lui au premier tour. Vu les autres candidats potentiels, je suis encore condamné à rester à la maison au 1er tour, comme aux autres élections, mon courant de pensée n'étant pas représenté de manière sérieuse. Je ne vais quand même pas voter pour cet ectoplasme politique de Morin...

Cette annonce rebat sérieusement les cartes à droite, et semble faire les affaires de Nicolas Sarkozy, qui ne doit pas être étranger à cette décision. Aucun rival sérieux ne surgira plus au centre. La "candidature Borloo" n'ayant pas eu le temps de cristalliser, personne ou presque ne s'est officiellement lancé en sa faveur. Pas de retour en arrière peu glorieux, pas d'équipes encore en place. Le champ semble libre pour qu'il affronte tranquillement sa plus dangereuse adversaire de premier tour, Marine Le Pen. Pas sur pourtant que ce soit le bon calcul. Une partie des centristes au sens très large (moi inclus) ne voterons pas Sarkozy au premier tour. Ce sera encore plus certains et pourrait même se prolonger au second tour s'il se met à faire la course au FN. Cela pose un problème à plus long terme pour l'UMP. Si différents courants de pensée sont condamnés à devoir se taire et à voter comme un seul homme pour un candidat qui n'est rien idéologiquement pour eux, ça passe une fois, mais ça ne tient pas longtemps. En faisant renoncer Borloo, Sarkozy accroit une frustation au sein de l'aile de gauche de l'UMP qui risque de lui péter à la gueule. Il semble ne pas avoir compris le coup des cantonales et des régionales, où les électeurs de centre droit ont boudé les urnes...

Cette manoeuvre de Sarkozy, mais aussi ce manque de courage de Borloo ne font pas de bien à notre démocratie. Que l'élection décisive, celle qui emporte le reste, soit ainsi verrouillée est mauvais, car cela créé de la frustration et de l'abstention. Comme l'eau, qu'un barrage peut temporairement retenir, la frustration politique finit toujours par trouver un exutoire. Et ça fait d'autant plus mal que la frustration est forte.