Dimanche dernier, Arnaud Montebourg a réalisé un score à la primaire socialiste qui le met en position "d'arbitre" du second tour. Immédiatement, j'ai pensé à François Bayrou au soir du premier tour de la présidentielle en 2007. Lui aussi était le troisième homme, lui aussi a fait 18%, lui aussi était très courtisé entre les deux tours. Et puis passé le second tour, il a sombré dans le néant...

C'est bien d'être le troisième homme, mais c'est plus ennuyeux quand seuls les deux premiers sont qualifiés, car de fait, on est sorti du jeu. On a beau faire un score honorable, cette monnaie d'échange est très difficile à faire valoir. Montebourg est actuellement dans l'euphorie de l'enthousiasme de médias qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, en le proclamant comme le vrai vainqueur du premier tour. Certes, Arnaud Montebourg a fait une belle percée, mais elle est fragile.

Il va d'abord falloir qu'il assure sa place au plan national. Si, comme il l'a annoncé, il renonce à son mandat de député en 2012, et que la droite arrive à l'emporter, ça va être chaud de continuer à exister en n'étant que président du Conseil général de Saône-et-Loire. On a bien vu, avec Ségolène Royal, qu'une baronnie locale n'apporte rien pour exister au plan national. François Hollande est député, Martine Aubry est première secrétaire du PS, c'est ça qui leur donne accès aux médias et à la scène nationale, bien plus que leurs mandats locaux qui sont des parachutes et des bases arrières pour temps difficiles.

Arnaud Montebourg risque aussi d'être mis en difficulté sur son programme. La démondialisation, la mise sous tutelle des banques et ses autres cris aux relents de grand Soir, c'est bien le temps d'une campagne, mais sur un temps plus long, il faut creuser, argumenter, étayer, proposer des mesures réalistes et applicables. Bref, bâtir un programme de gouvernement. Ça demande du temps, des moyens, des soutiens et du lourd, car il part quand même de très loin. Il lui faut des intellectuels (des vrais), des économistes, des juristes. Arnaud Montebourg en a certainement dans son entourage, mais sans doute pas assez pour aller au delà de ce qu'il a produit. J'ai un peu l'impression (et ça vaut aussi pour tous les autres candidats socialistes à la primaire), qu'Arnaud Montebourg a déjà tout donné ou presque. Il va avoir besoin de recharger ses batteries intellectuelles et programmatiques, pour faire la preuve que le concept de la démondialisation, c'est autre chose qu'une vessie qu'il a réussi à faire prendre pour une lanterne le temps d'une campagne.

Arnaud Montebourg a fait une campagne très à gauche. Une partie de ses voix à la primaire viennent notamment du Front de Gauche. Quel poids cela lui donne-t-il ? C'est bien fragile tout ça, et il n'a pu occuper le terrain que par la bonne volonté des leaders de l'ultra gauche, qu'il servait en vantant leurs positionnements radicaux. Le jour où Mélenchon va sonner la fin de la récréation, quel espace restera-t-il à Arnaud Montebourg ? Il s'est quand même un peu enfermé, et tout recentrage sera délicat à mener, car ressenti comme une trahison par certains de ses soutiens. Il les perdra sans gagner grand chose au centre gauche, le secteur étant déjà surnuméraire en leaders.

Finalement, Arnaud Montebourg ne serait-il qu'une baudruche qui se dégonflera rapidement ? C'est tout à fait possible, même fort probable...